Contre la censure et l’intimidation dans les espaces d’expre

Journaux, fanzines, périodiques d'expression anarchiste

Contre la censure et l’intimidation dans les espaces d’expre

Messagede JPD le Lun 22 Déc 2014 14:11

Contre la censure et l’intimidation dans les espaces d’expression libertaire :


Empêcher des débats de se tenir dans des espaces « libertaires » par des menaces en amont ou par des in- terruptions intempestives (hurlements, coups et menaces de mort), répandre des accusations fallacieuses, pratiquer l’amalgame et l’anathème, inonder de commentaires injurieux des sites « libertaires » qui osent donner la parole aux auteurs mis à l’index, tels sont les comportements auxquels on assiste de plus en plus fréquemment de la part de nouveaux censeurs se décernant à eux-mêmes le label libertaire qu’ils refusent à d’autres.
Jouant avec une remarquable efficacité sur le sentiment de culpabilité des éditeurs, libraires, animateurs de sites ou de revues et organisateurs d’événements qui craignent plus que tout de se voir décerner des qua- lificatifs en « phobe », ces censeurs parviennent le plus souvent à leurs fins. Pour préserver une illusoire unité du milieu, beaucoup d’entre nous préfèrent, en effet, éviter les questions qui fâchent.
Ces pratiques autoritaires nous rappellent les agissements des staliniens français qui molestaient, me- naçaient, interdisaient d’expression, et discréditaient tous ceux qui, parlant d’un point de vue de gauche, osaient dénoncer la face sombre de l’Union soviétique. Panaït Istrati, Victor Serge, et bien d’autres en ont fait l’amère expérience.

La destruction violente d’un repas carné par certains « vegans » intégristes lors des journées libertaires de Saint-Imier en août 2012 est un symptôme de ce nouvel état d’esprit. Plus récemment, en novembre 2014, Alexis Escudero auteur de La reproduction artificielle de l’humain et ses éditeurs (Le Monde à l’envers) in- vités à débattre au salon du livre libertaire de Lyon ont été violement attaqués, événement qui fait écho à l’an- nulation d’une conférence de Marie-Jo Bonnet sur le thème « Résistance-Sexualité-Nationalité à Ravensbrück » prévue le 9 décembre 2014 au centre LGBT de Paris en vertu de menaces liées à ses positions en défaveur de la GPA.

Face à ces récents événements, nous estimons ne plus pouvoir continuer à nous taire devant ceux qui prétendent nous dicter ce que nous devons manger, boire, lire ou penser. Nous affirmons notre volonté de ne plus tolérer, au prétexte qu’elles émaneraient de gens de « notre milieu », des comportements autoritaires em- pruntés à la pire tradition stalinienne. Quiconque fait usage dans ces circonstances de violence verbale et à fortiori physique ne peut s’attendre à être traité en camarade et doit être expulsé sans ménagement des es- paces de discussions et d’échanges. Nous appelons les organisateurs des salons et des rencontres libertaires à prendre une position claire sur ce point afin que ces lieux redeviennent de véritables espaces de rencon- tres et de débats. De sorte que notre participation n’apparaisse plus comme une caution apportée aux in- trusions musclées des supplétifs de la police de la pensée.

Ont signé (Toute nouvelle signature est à envoyer à : salon.lyon@laposte.net) :

Éditions Acratie ; Éditions Le Coquelicot ; Éditions de la Pigne ; Éditions de la roue ; Éditions Rue des Cascades : Éditions Le Monde à l’envers ; Éditions libertaires ; Collectif Lieux communs ; Éditions Le Pas de côté ; mensuel Courant alterna- tif. Gérard Amaté (auteur) ; Jacques Baujard (Librairie Quilombo) ; Xavier Beckaert (auteur de Anarchisme. Violence, Non- violence, éditions du Monde libertaire) ; Pascal Bedos (site @narlivres) ;Venant Brisset ; Marie-Claire Calmus (Chroni- queuse à la revue l'Emancipation et auteure des Chroniques de la Flèche d'Or.) ; Jutta Bruch ; Éric B Coulaud (créateur et animateur du site Éphéméride anarchiste) ; Éduardo Colombo (membre du Comité de rédaction de Réfractions) ; Chris- tian Calvi ; Loïc Debray (co-auteur de RAF-Fraction armée rouge, L’Échappée) ; Jean-Marc Delpech (auteur de Alexan- dre Jacob, l’honnête cambrioleur, Atelier de création libertaire) ; Jean Claude Driant (membre de l'association et des éditions CRAS) ; Jean-Pierre Duteuil (auteur de Mai 68 un mouvement politique Acratie) ; Felip Equy (militant libertaire) ; Jean Pierre Garnier ; Daniel Guerrier (Éditions Spartacus) ; C. Gzavier (co-auteur avec JW de La tentation insurrec- tionniste (Acratie 2012) ; Annie Gouilloux (traductrice de Lewis Mumford pour les éditions de la Roue et les éditions de La Lenteur) ; François Heintz ; Jean-Michel Kay (éditions Spartacus) ; Jean-Michel Lebas ; Jean-Pierre Lecercle ( édi- tions Place d’Armes) ; Alain Léger (libraire et éditeur) ; Hugues Lenoir (Groupe commune de Paris-FA, collaborateur du Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone) ; Bernard Marinone (CNT Energie) ; Philippe Pelle- tier (groupe Makhno-FA) ; Serge Quadruppani ; Marie-Christine Rojas Guerra (Chroniques syndicales sur Radio libertaire) : Gilbert Roth (CIRA Limousin) ; Anne Steiner (auteur de Les En-dehors, L’Échappée 2008, collaboratrice du Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone) ; Christophe Soulié (auteur de Liberté sur paroles chez Analis) ; Azu- cena Rubio (militante libertaire) ; Annick Stevens (membre du Comité de rédaction de Réfractions) ; Pierre Thiesset ( éditions Le Pas de côté) ; Catherine Thumann (collaboratrice de la presse indépendante) : Marc Tomsin (Rue des Cas- cades) ; Matias Velazquez (membre du CIRA Marseille et CIRA Limousin) ; Jacques Wajnsztejn (auteur de Rapports à la nature, sexe, genre et capitalisme. (Acratie 2014) et membre du comité de rédaction de la revue Temps critiques)

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Re: Contre la censure et l’intimidation dans les espaces d’expre

Messagede herope le Lun 22 Déc 2014 18:56

Il y a un risque à se poser en juge des interventions certes musclées, car elles sont l'expression extrême d'une forme de dictature. De plus les Anarchistes ont vocation a n'avoir de contour précis . Mais les faits de violences physiques sont détestables.
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Re: Contre la censure et l’intimidation dans les espaces d’expre

Messagede Boehme le Mar 23 Déc 2014 01:04

Toujours cette manière d'envisager la censure à l'ancienne, en la reliant aux intimidations, à la police, et je ne sais quels autres signifiants censés donnés le sentiment de l'urgence. Je crains fort qu'avec cette rhétorique on ne dit rien quant à la manière dont s'organise l'espace public. La manière dont on enclôt des empans de terre, dont on trace des cadastres, des "sphères", à accoler avec l'épithète "public" pour se donner l'illusion de la présence des autres. Ce que ne dit pas ce communiqué, ce qu'il suspend entre deux guillemets pour se donner l'air d'avoir déjà bien essoré cet autre épithète, c'est ce qu'il entend par espace "libertaire". Qu'est-ce que c'est, l'espace "libertaire" ? Un rayon à la FNAC du coin ? Un stand monté en urgence dans quelque exposition à la porte de Vincennes ?

"Se décerner le label libertaire". On trouve résumé dans ces quelques mots toute la misère de notre espace d'expression. Elle n'est même pas le fait de quelques réflexes staliniens (je constate trop souvent que l'imitation antidatée du vieux style donne de grossières catégories), mais d'un mouvement général et inédit. L'organisation spectaculaire de l'espace public procède d'une même volonté : administrer une diversité factice et sciemment entretenue d'espaces afin de détourner les consciences individuelles de leur solitude. Des scènes se montent pour donner l'illusion d'une unité, qui n'est pas celle, particulière, de quelque "espace libertaire", mais celle de l'espace public, espace résiduel sur lequel tout se joue. Elle opère des identifications ("nous sommes des libertaires, nous...") par différenciation ("...contrairement à eux !"). Elle neutralise d'éventuels contacts épidermiques, veille à la bonne sécurité des familles ("Il parle du Figaro, il n'est pas de chez nous..."); et elle assure cette sécurité indépendamment, souvent malgré le propos qu'on ne lit pour ainsi dire jamais.

On ne remédie pas à l'inflation orchestrée des sphères privatives par la mobilisation à la résistance contre la "censure" et l' "intimidation" (qui fait aujourd'hui partie constituante du commerce ordinaire des maquereaux éditeurs, lesquels se battent, et non plus ne négocient, pour avoir leur parcelle éditoriale sur la 89ème Rue ou ailleurs). Si on veut prendre la formule très juste de herope au sérieux ("Les anarchistes ont vocation à n'avoir pas de contours précis", sans la majuscule, par modestie), il faudrait au contraire appeler à la démobilisation. Car l'espace public est un nul part radical, le lieu où la fragilité des relations humaines se rencontre elle-même, se fait et se défait; le lieu où un livre ou un communiqué trouve son lecteur, et non l'inverse; le lieu où cité politique et société civile sont une seule et même chose. Raison pour laquelle il inquiète. Car il menace en permanence le commerce des recettes du bien-vivre, les échangistes internétiques qui prétendent à la solidarité, les amuseurs publics qui réclament leur part de publicité sonore, et bien d'autres de ces grotesques personnages de vaudeville qu'il n'est jamais superflu de renvoyer à leur non-lieu.

Et quelle raison auraient les anarchistes de se satisfaire d'un espace d'expression réduit à dix lettres ?
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Re: Contre la censure et l’intimidation dans les espaces d’expre

Messagede frigouret le Mar 23 Déc 2014 10:45

Déjà ne pas se situer dans un clivage gauche/droite serait salutaire.
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Re: Contre la censure et l’intimidation dans les espaces d’expre

Messagede bajotierra le Mer 24 Déc 2014 17:51

frigouret a écrit:Déjà ne pas se situer dans un clivage gauche/droite serait salutaire.


herope a écrit:Il y a un risque à se poser en juge des interventions certes musclées, car elles sont l'expression extrême d'une forme de dictature. De plus les Anarchistes ont vocation a n'avoir de contour précis . Mais les faits de violences physiques sont détestables.


"Ni contours, ni clivage" ...Reste la question des principes

Face à ces récents événements, nous estimons ne plus pouvoir continuer à nous taire devant ceux qui prétendent nous dicter ce que nous devons manger, boire, lire ou penser


C'est un minimun , mais c'est pas gagné
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Re: Contre la censure et l’intimidation dans les espaces d’expre

Messagede frigouret le Mer 24 Déc 2014 19:27

L'Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure est un exelent modèle, réussir a exposer la pensée de Armand et de Besnard dans un même ouvrage , chapeau. A coté anarchopedia fait sectaire.
8-)
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Re: Contre la censure et l’intimidation dans les espaces d’expre

Messagede vroum le Mer 14 Jan 2015 19:33

Retour sur le Salon des éditions libertaires de novembre 2014
(Temps critiques et les éditions de l'Impliqué)



Pour commencer, une bonne nouvelle, puisqu'il nous a semblé que le Salon a vu sa fréquentation augmenter en nombre comme en diversité. Toutefois nous soutenons toujours qu'un couplage avec le Salon libertaire de Paris sous la forme d’une alternance d’un an sur deux au mois de mai serait une meilleure solution à la fois pour une visibilité périodique plus marquée et une estimation plus raisonnable de nos « forces productives » (éditeurs comme organisateurs). Cela allégerait d'une part la charge logistique pour votre collectif lui permettant peut être de mieux se centrer sur les aspects politiques du salon, nous y revenons de suite, d'autre part cela permettrait aussi de demander aux éditeurs de préciser à l'avance et de mieux présenter leurs propositions de débat. En outre cette alternance des dates marquerait une complémentarité, au moins de fait entre les deux salons que nous pensons bénéfique.

Passons à la mauvaise nouvelle : la censure du débat d’A.Escudero sur le livre La reproduction artificielle de l’humain qui déjà donne un sacré coup de canif pour ne pas dire de poignard à l'idée de diversité que nous avancions plus haut. Notre bilan ne sera donc pas seulement « technique » comme d'habitude mais plus « politique ».

Comment éviter que se reproduise ce genre de situation puisqu'il semble évident que ce n'est pas là une question rhétorique. Comme nous le disions en préambule, il y a un travail et des choix à faire en amont. Soit il vous faut accepter toutes les propositions de débats des éditeurs en leur faisant confiance. Et c'est apparemment ce que vous avez fait présentement et alors il faut en assumer le risque. Soit vous assumez une pré-censure en fonction du contenu d'un livre que vous avez lu préalablement ou alors en fonction de vos préjugés politiques. Il semble en l'occurrence que le livre n'avait été lu que par deux personnes du collectif, d'ailleurs en désaccord sur leur appréciation réciproque mais que les préjugés politiques avaient déjà libre cours (« je ne l'ai pas lu mais j'ai une copine qui me dit que … et je lui fais confiance », sic). Il semble donc que malgré toute cette indécision interne vous ayez finalement fait confiance à l'éditeur … ou alors que vous ayez décidé de privilégier la liberté de débattre. En tout cas, sans ce travail en amont, il s'avérait difficile de savoir si cela valait la peine de maintenir un débat dans un contexte tendu non seulement par la pression de certains groupes militants sur ce thème de la PMA/GPA mais aussi par son orchestration politique et médiatique à partir des manifestations autour du mariage pour tous. Ce travail en amont n'est pas un travail simplement technique puisque de fait, maintenir ce débat était, dans ce contexte justement, une prise de position politique, que vous le vouliez ou non. En tout cas, si vous ne l'avez pas perçue comme telle, les perturbateurs ne se sont pas fait faute de le voir ainsi !

Le descriptif d'annonce d’un débat ne peut pas être une simple accroche pour intéresser le lecteur, une simple formalité technique. Auteurs et éditeurs politiques n'écrivent pas et ne publient pas sans formuler des thèses. Il faut donc que les organisateurs y soient attentifs afin de fixer les limites de la liberté d'expression non pas dans l'absolu mais par rapport au caractère de la manifestation. Il y a un moment où la position de la neutralité n'est plus tenable soit parce que l'éditeur ou le livre ne rentre pas politiquement dans le cadre du salon soit parce qu'une tendance ou un courant se met à imposer son filtre particulier qui va définir de l'extérieur le cadre de la manifestation en question.
Revenons au concrets de l'événement : si certains ont vu dans le descriptif du débat de la provocation, autant savoir qu’il est très proche de la 4ème de couverture du livre et finit sur un slogan (provocateur !?) qui figure bien dans le livre : “la PMA, ni pour les homos, ni pour les hétéros !”. On ne peut pas dire que l’auteur et son éditeur ont caché leur position. Donc les choses étaient claires de leur côté, alors pourquoi faire les étonnés ? En tout cas vous étiez forcément alertés par la rumeur qui courrait déjà depuis quelques jours (nous en avons d'ailleurs nous-mêmes été avertis plusieurs jours à l'avance) d'une possible action contre la tenue du débat d’Escudero. Maintenir le débat envers et contre tout était donc en soi une prise de position politique sur l'intérêt intrinsèque du débat. Elle nous est apparue comme une décision courageuse et cohérente qui aurait peut être nécessité une discussion préalable du collectif et même une discussion avec l'auteur sur ses intentions voire son état d'esprit, afin de savoir si son but principal était de choquer comme la phrase d'annonce le laisse supposer ou de discuter sur le fond et au-delà des slogans à l'emporte-pièce qui caricaturent plus qu'ils ne synthétisent la pensée d'un auteur. Et enfin, le principe du débat étant définitivement retenu, s'assurer que les conditions soient réunies pour que le débat ait bien lieu et garantir l'intégrité physique des personnes mises en cause mais néanmoins invitées. On ne peut certes pas tout prévoir à l'avance et le pire n'est jamais certain mais le fait est que faute de cela vous vous êtes retrouvés dans l'urgence à parer au plus pressé. C’est sous la menace, de la part de la sécurité incendie, d’appeler les flics qu’a été prise, par vous, la décision d’annuler le débat, et ce après à peine ¼ d’heure de blocage vu une intensité de violence dans la salle qui n'avait pas besoin de s'exprimer physiquement pour être remarquée. Forts de ce qu'ils percevaient comme une première victoire facile, les perturbateurs ont alors poursuivi l'invité à la table de son éditeur. Faisant donc la loi dans le salon le groupe s’est montré violent verbalement et physiquement (même si ce dernier aspect a été limité par un barrage protecteur). Il ne manquait que le goudron et les plumes ainsi que l'autodafé pour nous rappeler des souvenirs historiques de sinistre mémoire, souvenirs que les perturbateurs semblent ignorer, eux qui nient l'Histoire en traitant indistinctement tous leurs opposants de fascistes, sans connaître donc le sens du mot et qui pensent que rien (pas même le mouvement féministe et encore moins des figures historiques comme Emma Goldman ou Alexandra Kollontaï) n'a existé avant eux.

Il a donc fallu, à quelques uns, faire barrage de protection et subir sans trop broncher les insultes provenant de visages déformés par la haine dont les seuls arguments à nous opposer étaient ceux de leur victimisation (« nos vies », « on nous tue ») comme si Escudero et nous étions leurs bourreaux ! Comme si leur souffrance était supérieure ou plus radicale que celle des chômeurs en fin de droit, des sans-papiers, des yézidis ou tout simplement de personnes qui ont perdu un être cher comme l'actualité la plus récente nous le montre encore.

Que se serait-il passé si nous et quelques autres individus décidés plus quelques personnes interloquées dont une de la librairie se fera d'ailleurs traitée de bourgeoise à cause sans doute de son habillement « classique », n'avions pas défendu la table qui faisait rempart ? Il n'y aurait eu que J-Pierre et Gérard pour faire face ?

Et ne parlons pas de certaines interventions à contre-sens prenant complètement J-P et Gérard à contre-pied, l'une demandant l'exclusion des perturbateurs qui devenaient Escudero et ses éditeurs pourtant invités.

L'idée d'une situation où toutes les tendances se disant libertaires peuvent cohabiter a, de fait, volé en éclats. Cela avait déjà été le cas pour les « 20 ans », mais à la différence près que le rapport de force s'est inversé. À l'époque les particularismes radicaux essayaient de pénétrer les milieux et organisations libertaires, aujourd'hui les libertaires « politiques » sont à la remorque d'un milieu multiforme dont le point de convergence est d'ériger le privé au rang de politique, mais contrairement aux années de révolte contre l'ordre établi, (1960-70), c'est aujourd'hui à l'instigation et sous les mots d'ordre des grandes institutions capitalistes comme la Commission européenne que cela s'effectue. Le célèbre « laissez faire, laissez passer » du libéralisme s'est propagé à tout le libertarisme qu'il soit de droite (dans le monde anglo-saxon) ou de gauche (en Europe). Si on redescend des hautes sphères du pouvoir jusqu'au milieu libertaire, la stratégie des particularistes y est claire : le mettre devant le fait accompli. Cela va de tracts ou de textes dont l'orthographe est genrisée sans demander leur avis aux auteurs jusqu'au fait de tracer les nouvelles lignes amis-ennemis et donc de décider qui est libertaire non pas en fonction de références théoriques ou historiques ou encore du parcours militant de telle ou telle personne mais à partir d'un positionnement par rapport à des préférences sexuelles ou d'intérêt ou de goût érigées en marqueurs de la lutte contre les dominations. D'où la peur d'être exclu de la part de ceux qui subissent ça et qui se demandent comment arriver à faire tenir ensemble position politique et militante classique et position post-moderne ; une peur redoublée par la crainte d'une fracture générationnelle souvent mise en avant par les particularistes (« vieux cons d'intellos hétéros », « hommes aux cheveux gris » lit-on sur le défouloir du net, diatribes contre les hommes de plus de 35 ans à une AG à NDDL).

Leur action coup de poing à l’intérieur d’un espace libertaire pour censurer une parole qui n'avait rien de fasciste mais seulement, qu'on soit d'accord avec ou non est une autre histoire, le tort de déplaire à ces nouveaux ayatollahs a montré a contrario les limites de la bienveillance à leur égard qui dure depuis longtemps dans les milieux libertaires. Il faut bien prendre en compte qu’un tel précédent, s'il n'est pas clairement dénoncé, laisse la porte ouverte à toutes les pressions et à d’autres actions coup de poing que va-t-il se passer pour Michéa ou si éventuellement PMO s'invitait ou était invité ? C'est d'ailleurs pour cela que l'on a participé depuis à un appel contre la censure en milieu libertaire.

Déjà, après la tentative de putsch, des 20 ans de la librairie, le collectif a laissé filer la situation, ne voulant pas faire plus de vagues. Il n’empêche : on trouve très facilement les textes des assaillants de l'époque sur internet (http://1libertaire.free.fr/DossierLaGryffe.html) alors qu'il faut chercher au CDL la réponse du collectif de la librairie.

Aujourd’hui, ce n’est pas le propre de la seule Gryffe et du Salon que d'avoir à faire à ce genre de situation. Les libertaires se retrouvent coincés dans leurs propres contradictions. Contradictions consistant à accepter tout et son contraire, de la féministe pro prostitution un jour à celle contre le lendemain, de l’antispéciste d'un côté au mangeur de saucisses de l'autre (voir St Imier), etc. Tous les organisateurs de ces événements pensent cela tenable parce qu'ils sont encore dans la perspective oecuméniste du grand mouvement libertaire. Ils se retrouvent donc à la merci de la bonne volonté des fractionnistes et ces fractionnistes peuvent se démultiplier à partir du moment où toute « victime » peut se présenter comme libertaire ou révolutionnaire sans en avoir la moindre culture ou idéal. En fait, beaucoup de libertaires semblent procèder comme les comptables du PIB qui ajoutent les plus et les moins pour augmenter le taux de croissance ! Plus on engrange de « victimes » plus on est gros et plus on est fort !

Or les divergences sont bien réelles et les incompatibilités ne peuvent être masquées plus longtemps quand finalement c'est au niveau de l'ensemble des rapports sociaux que les débats sont portés et que la marmite bouillonne. Alors l'implosion n'est pas loin comme dans un reflet des problèmes dans la société actuelle. On vient d'en avoir deux exemples avec le départ de la Coordination lesbienne en France (CLF) de l'inter LGBT d'une part et l'impossibilité pour Marie-Jo Bonnet de maintenir sa conférence sur les homosexuelles à Ravensbruck au centre LGBT de Paris.

Nous sommes donc bien à l'heure des confrontations d'idées et des prises de position, sinon la même situation risque de se reproduire mais sous une forme radicalisée.

La riposte à chaud de J-Pierre par rapport à l'attitude de la CGA Lyon nous est apparue comme un premier signe de cette nécessité.


Gzavier et JW pour Temps critiques, le 15/01/2015
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Re: Contre la censure et l’intimidation dans les espaces d’expre

Messagede Bobomb le Dim 18 Jan 2015 19:26

Je pense que le débat dépasse celui sur la GPA.

Je me suis pas intéressé à la question donc je vais pas prendre parti là-dessus, mais c'est plus globalement le mode d'action même des antifas vis-à-vis des médias dits confusionnistes ou supposés confusionnistes, voire d'extrême-droite, qui je pense pose problème.

Je fais référence à des actions de censures de rencontres-débats, projections de documentaires, conférences, etc, par exemple de Chouard, Pierre Carles, Bricmont, Kempf, Lordon, Rabhi, etc, de la part de plusieurs groupes antifascistes.

Peut-être que ça ne rentre pas dans votre définition de "l'espace libertaire", mais c'est là que tout s'écroule. Ca ne tient pas, souvent le terrain des idées est délaissé, abandonné, pour celui de la censure. C'est très dommage je trouve. Et je dis ça même pour les enflures de la pire espèce (Soral etc) qui ne méritent que mon crachat ; mais, en prenant du recul, ils méritent plus mon crachat verbal qu'un réel crachat, car sinon les choses ne bougeront jamais.
Et surtout, les bases d'une société libertaire, me semble-t-il, se trouvent dans le débat.

Pour moi, ces actions, qu'elles soient dans un cadre strictement "libertaire" comme ça m'a l'air d'être le cas avec le débat sur la GPA, ou qu'elles soient dans un cadre plus large, participent d'une part à dénaturer les principes mêmes de l'anarchisme ; d'autres part à briser le "consensus" du "mouvement des mouvements" qui est à l'origine du renouveau militant fin 90'/début 2000' avec une émulation forte des réseaux militants, ce qui, d'un point de vue pragmatique pour servir la lutte, me semble particulièrement contre-productif.

"Il n’y a ni bon ni mauvais usage de la liberté d’expression, il n’en existe qu’un usage insuffisant."
(Raoul Vaneigem)
"Si tu parles de liberté d’expression, même les pédophiles ou les fascistes ont droit à la parole. Et si tu leur enlèves ce droit, à ceux qui te dérangent, alors t’es comme tous les tyrans, la bonne conscience en plus."
(Mikhaïl W. Ramseier)
“Si l’on ne croit pas à la liberté d’expression pour les gens qu’on méprise, on n’y croit pas du tout.”
(Noam Chomsky)

Je sais qu'à priori je m'éloigne beaucoup du débat "libertaire", mais justement, finalement je ne crois pas.
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Re: Contre la censure et l’intimidation dans les espaces d’expre

Messagede loupi le Mar 20 Jan 2015 13:35

Moi aussi je pense que refuser des débats avec des les gens que tu as cité Bobomb me paraît une mauvaise solution puisque de toute façon ils ont internet pour faire passer leurs idées. Je trouve donc important un débat avec ces personnes (surtout les plus dangereuses, qui n'ont pas de contre pensée sur internet et peuvent balancer leurs idioties pour manipuler les gens qui les regardent sans risquer d'être contre dit) pour montrer aux gens qui ils sont vraiment.
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Re: Contre la censure et l’intimidation dans les espaces d’expre

Messagede vroum le Jeu 19 Fév 2015 16:17

Anarchisme, antiautoritarisme et autodestruction ?

https://grainedanar.wordpress.com/2015/02/18/anarchisme-antiautoritarisme-et-autodestruction/

Nous souhaitons revenir sur ce qui s’est passé au salon des éditions libertaires à Lyon, dans la journée du samedi autour de la présentation du livre d’Escudero. Nous avons participé à un événement exceptionnel par sa gravité. Non pas que la violence nous effraie, mais parce que cet événement violent (à tous les niveaux) s’est déroulé au sein d’un espace construit et destiné aux pensées libertaires et a amené des individu(e)s qui se croisent, militent ensemble, partagent les mêmes lieux, et œuvrent ensemble et chacun(e) à leur manière à la construction d’une société libertaire, à s’attaquer, s’insulter se battre même comme de vulgaires ennemi(e)s.

Comment avons nous pu « nous anarchistes » en arriver à une situation proche du lynchage? Comment certain(e)s ont pu croire qu’en supprimant ce débat nous pouvions évacuer les questions politiques, humaines, économiques, philosophiques que ce sujet pose? Comment certain(e)s ont pu croire, que ce livre, volontairement provocateur ( au sein des milieux libertaires) pourrait permettre le débat? Comment avons nous pu à ce point nous laisser tenter de part et d’autre par la logique du bouc émissaire, comment certain(e)s ont pu croire qu’en réduisant un individu au silence, en lui interdisant de s’exprimer, nous allions pouvoir annuler, supprimer les questions que posent ce livre?

Ces situations violentes ne sont pas nouvelles mais elles deviennent récurrentes dans les milieux libertaires et mettent en évidence deux problèmes majeurs auxquels nous nous heurtons, que cela soit au sein de la mouvance libertaire qu’au sein des organisations.

Nous pouvons faire deux constats qui eux-mêmes nous amènent à poser un certain nombre de questions.

Premier constat : la pensée libertaire aujourd’hui est traversée par un courant de pensée très actif qui mobilise et rassemble une partie de nos milieux militants mais également rassemble autour de lui des individu(e)s n’ayant jamais participé ( ou refusant de participer) activement à toute activité politique. Cette mouvance, qui peut se décliner de plusieurs manières, dénonce la surconsommation, la technologie, la science et ses dérives, la malbouffe…. et remet au centre de la réflexion l’idée d’une nature qu’il faut « préserver».

C’est au nom de cette nature qui serait première et dans un contexte de désenchantement politique total que l’essentialisme se développe sans entraves. Ce retour au naturel s’accompagne d’un retour à l’ordre moral, et au religieux sous des formes les plus diverses, allant d’une position mystique confuse «il faut honorer la mère nature» aux positions religieuses ouvertes avec un retour en force des intégrismes. Cette idéologie soi disant «apolitique» (enfin des discours qui ne sont pas pourris par la politique pensent certain(e)s!) détourne d’une analyse critique et politique, une prise de conscience salutaire des enjeux écologiques auxquels nous sommes confrontés.

Il ouvre des brèches insidieuses. Là où il faudrait construire une véritable pensée politique nouvelle, on observe un retour vers des idéologies réactionnaires, seuls référentiels prêts à penser.

Au sein des milieux et organisations anarchistes, cette influence (qui puise nous le rappelons, dans un questionnement légitime sur l’évolution de notre société de consommation), qu’on le veuille ou non est présente, elle s’insinue dans la littérature, dans les textes militants, dans les attitudes même. Comment cela pourrait il en être autrement? Le confusionnisme idéologique qui fait des ravages n’épargne pas les milieux d’extrême gauche et libertaire. Que proposons nous? Nous ne pouvons-nous nous satisfaire de positions de refus sans appel, d’avis tranchés, d’interdictions, nous ne pouvons pas non plus garder le silence. Il est urgent d’ouvrir des espaces de réflexion, d’analyse, sans avoir peur des fantômes du passé, mais en rappelant sans cesse ce qui nous fonde, comprendre ce qui sous-tend le mouvement vegan, le végétarisme, la diversité des revendications des milieux LGTBIQ, la stratégie de la décroissance, le refus d’un développement incontrôlé de la science et des techniques, le refus du travail et du monde du travail comme référentiel, le retour au local, la marchandisation de l’humain, le retour au religieux, le port du voile ou autre, le terrorisme religieux etc… il est urgent de débattre, de mettre nos idées et principes anarchistes à l’épreuve en les confrontant à l’évolution sociétale, aux histoires des individu(e)s et à leurs besoins. Il est urgent de leur donner leur place dans ces débats qui, surfant sur la confusion et la profusion de l’information tous azimuts se perdent dans les méandres nauséabonds d’une morale douteuse qui se propose de remettre de l’ordre dans nos pensées laissées sans guide…

Deuxième constat : le milieu et les organisations libertaires et anarchistes sont en difficulté justement parce qu’ils sont antiautoritaires ! Et cela pour deux raisons : parce que ce sont des milieux qui prônent la liberté d’expression et le débat d’idées et qui sont donc « poreux » mais aussi parce qu’ils laissent la place du pouvoir volontairement «vacante» (puisque n’aspirant pas au pouvoir) prenant ainsi le risque que ce pouvoir soit pris de manière arbitraire ou de manière insidieuse au nom des idées anarchistes par celles et ceux qui, à l’intérieur, trouvent là un débouché à leurs propres ambitions ou promotion.

On peut au nom de la liberté d’expression et du « devoir » de débattre, principes anarchistes fondamentaux, tenir des propos, écrire des textes ou livres, qui s’éloignent des principes anarchistes, on peut aussi, décider au nom des idées libertaires de jeter le discrédit sur des camarades considéré(e)s comme «non-conformes», on peut pour conclure, au nom des idées anarchistes s’autoriser à exclure celles et ceux qui veulent faire taire!

Nous sommes donc confronté(e)s à deux problèmes :

La prise de pouvoir autoritaire, de plus en plus fréquente, mode de réponse «économique» qui permet d’exclure le débat en imposant un point de vue (et qui résulte peut être de notre difficulté à penser ces questions de société). Ce positionnement marque un tournant important dans les milieux libertaires. Il montre l’influence majeure du système néo libéral sur nos organisations, la banalisation d’un fonctionnement on off, avec-contre, dedans-dehors… Ce système de pensée fondé sur l’urgence, la pression, l’isolement des individu(e)s, la précarisation, la concurrence, l’exclusion etc…, offre l’avantage de définir en permanence dans quelle case se trouve chaque individu(e). Pas d’espace de pensée, pas de temps de réflexion, pas de doute, pas de progression dans sa pensée et dans son point de vue sur les choses. Les pensées des autres sont intrusives, il faut les combattre, elles menacent mon équilibre en créant dans mon esprit un espace d’incertitude. Pourtant cet espace d’incertitude est aussi un espace de dialogue interne qui est le seul garant d’une vision autogestionnaire et libertaire de la société.

Lorsqu’on commence à « guillotiner », karchériser, exclure, répondre dans l’urgence, refuser de prendre le temps de la réflexion, résumer, reformuler, remettre de l’ordre, assainir, …On finit par… voter et décider de prendre le pouvoir…

Salutations anarchistes !

Graine d’anar, groupe lyonnais de la Fédération Anarchiste
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