Italie : les "maires-shérifs" multiplient les interdits

Italie : les "maires-shérifs" multiplient les interdits

Messagede Clown le Ven 22 Aoû 2008 16:04

Italie : les "maires-shérifs" multiplient les interdits

ROME (AFP, 20/08/08) - Interdiction de mendier couché, de s’asseoir à plus de trois sur un banc public ou encore de manger dans la rue : les maires italiens rivalisent d’imagination et frisent souvent le ridicule depuis le récent décret qui a accru leur pouvoir en matière de sécurité.

Le décret signé le 5 août par le ministre de l’Intérieur Roberto Maroni - qui a conduit la presse italienne à parler de "maires-shérifs" - s’inscrit dans un ensemble de mesures décidé par le gouvernement de droite de Silvio Berlusconi qui joue à fond la carte sécuritaire.

Mercredi, la commune de San Remo (nord-ouest) a pris un arrêté interdisant de mendier assis ou couché dans les lieux publics en compagnie d’animaux ou d’enfants mineurs.

Un second arrêté interdit d’entrer en contact et de demander des informations aux personnes qui "exercent l’activité de prostituées dans la rue" ou "dont l’attitude, l’habillement ou le comportement manifestent l’intention de se livrer à des prestations sexuelles".

Toujours mercredi, la municipalité de Qualiano près de Naples (sud) a décidé de bannir à partir du 29 août la vente d’alcool dès 22H les vendredis, samedis et dimanches, et d’interdire pour l’ensemble des jours de la semaine "de se promener sur le territoire de la commune ou de stationner dans des lieux publics en consommant de l’alcool".

Ces deux dernières semaines, les arrêtés les plus saugrenus se sont multipliés : à Voghera dans le nord, pour soit-disant lutter contre le trafic de drogue et le tapage nocturne, plus possible à partir de 23H locales de s’asseoir à plus de trois sur un banc public.

La ville de Florence (centre) a décidé pour sa part de tolérer la mendicité en position assise ou debout mais l’a interdite, sous peine d’amende, en position allongée ou en compagnie d’un chien.

Florence, qui est une municipalité de gauche, a aussi interdit d’étendre son linge dans la rue ou de laver les vitrines en-dehors de certains horaires. Elle a aussi prévu des amendes frappant les prostituées qui exercent leur métier "près des maisons avec des comportements et des vêtements ne correspondant pas aux normes de la décence publique".

Se promener à Gênes (nord) avec une bouteille de vin ou une canette de bière à la main est désormais passible d’une amende de 25 à 500 euros.

La ville de Vérone (nord), dirigée par le parti anti-immigrés de la Ligue du nord, prévoit la même amende pour ceux qui salissent les murs et les monuments, et une amende de 100 euros pour qui se livrent à la mendicité, tandis que Vicenza (nord) punit de 500 euros les clients des prostituées.

Avant même le décret de Roberto Maroni, le maire de Rome Gianni Alemanno (droite) avait prohibé les pique-niques sur les marches, les places ou près des monuments du centre historique de la capitale.

Outre les pique-niques, le premier citoyen de Venise, philosophe et personnalité de gauche, Massimo Cacciari, avait lui décidé d’interdire de lancer du pain aux pigeons.

Côté cigarette, Naples et Vérone, devançant le décret gouvernemental, ont également banni le tabac dans les jardins publics.

Championne toute catégorie des interdictions, l’île des VIP, Capri, où depuis 1960 il est interdit de marcher avec des sabots en bois ou d’écouter la radio dans un lieu public (depuis 1963).

Le vélo y est banni depuis 1977, et depuis 1999, durant le mois d’août, l’emploi des marteaux piqueurs, perceuses et scies électriques.

******

Italie - Sous le joug de la Botte

De notre correspondante à Rome, mardi 19 août 2008 à 04:00

Interdiction de s’embrasser en voiture, interdiction de faire des châteaux de sable et de ramasser des coquillages. En Italie, la vie n’est plus un long fleuve tranquille.

En accordant le 5 août dernier des pouvoirs régaliens aux maires d’Italie sous couvert de garantir la sécurité de nos plus proches cousins, Roberto Maroni ne se doutait pas qu’il allait susciter une vague d’hilarité dans toute l’Europe. Prenants en effet leurs nouvelles attributions très au sérieux, les officiers du gouvernement - puisque tel est le titre que le ministre de l’Intérieur a épinglé sur leurs écharpes tricolores - s’ingénient depuis à promulguer les ordonnances les plus farfelues.

Ainsi, dans le sud de l’Italie, et plus précisément à Eboli, les amoureux risquent gros. Un tendre bécot échangé en voiture peut désormais coûter une amende allant jusqu’à 500 euros ! A Capri, autre lieu dit des amoureux, toujours dans le Sud, interdiction de picorer un sandwich sur le lido ou dans un parc. En revanche, et c’est peut-être à cause de la vague de chaleur qui brûle les corps des vacanciers cet été en Italie, on peut manger des glaces, affirme le maire qui se dit tolérant. A chaque maire sa peine

Les officiers du gouvernement rivalisent d’imagination pour aller toujours plus loin dans l’interdiction. A Eraclea, une cité balnéaire située dans la province de Venise, le maire offre sa version revue et corrigée des jeux interdits. Plus de châteaux de sables, plus de sauts remplis et de coquillages ramassés, « parents surveillez vos enfants », tonne le maire.

A Viareggio, une autre cité balnéaire située sur la côte adriatique, le paradis des discothèques, le maire s’en est pris à ceux qui se collent des ailes aux pieds. Exit les skateboards, les rollerblades et les patins à roulettes en tout genre, « aussi dangereux pour la circulation, jure très sérieusement l’édile, qu’une voiture de sport ! » A Forte dei Marmi, à deux cents kilomètres de Rome environ, interdiction de tondre sa pelouse pendant le week-end. Et à Naples et Bolzano, l’ambiance est devenue américaine.

Gare à ceux qui fument dans les parcs publics, un péché mignon qui peut coûter entre 25 et 500 euros. A Rome en revanche, Gianni Alemanno, le maire post-fasciste, bouleverse les règles de la solidarité et interdit à la population de faire les poubelles et de ramasser les restes devant les restaurants et les supermarchés. Un rude coup pour ceux qui n’ont pas de quoi se nourrir, se sont immédiatement insurgées les associations caritatives. Sous Silvio Berlusconi, qui a pourtant la réputation d’un sacré bon vivant, les Italiens sont en train de découvrir la morosité. Et pas seulement économique. Mais fidèles à leur tempérament, ils continuent de prendre la vie du bon côté, se marrent franchement et se tiennent les cotes en égrenant entre copains le chapelet des interdictions que peaufinent chaque jour leurs édiles.

Edition France Soir du mardi 19 août 2008 n°19879 page 10

******

En Italie, les "maires-shérifs" ont désormais les coudées franches en matière de loi et d’ordre

LE MONDE | 12.08.08 | 14h31 • Mis à jour le 13.08.08 | 09h54

ROME INTÉRIM

De la "prime à la production" de 500 euros promise, pour tout clandestin interpellé, aux agents de la police municipale d’Adro, en Lombardie, à l’interdiction de la mendicité près des églises, à Assise, la ville de Saint-François : les ordonnances municipales italiennes en matière d’ordre public étaient perçues, jusqu’ici, comme du folklore, l’oeuvre d’élus de la Ligue du Nord en quête de visibilité.

Mais avec la droite au pouvoir et l’arrivée de Roberto Maroni, dirigeant du parti populiste, au ministère de l’intérieur, le "maire-shérif" est devenu une réalité. Le 5 août, le ministre a signé le décret qui accorde aux maires tous les pouvoirs en matière de sécurité et en fait un "officier du gouvernement" sur le terrain. Ceux-ci peuvent exercer ces pouvoirs, entre autres, contre la prostitution, le trafic de drogue, la mendicité, en particulier des mineurs, la violence liée à l’abus d’alcool et l’"outrage à la décence". Ils sont simplement tenus de communiquer leurs ordonnances au préfet, qui ne peut pas s’y opposer.

Celles-ci se multiplient. A Rome, le nouveau maire de droite, Gianni Alemanno, prévoit, à la rentrée, de réarmer la police municipale, d’interdire la mendicité et les laveurs de vitres aux feux rouges. L’idée d’empêcher la fouille des poubelles a été, pour l’instant, mise de côté, après l’alarme lancée par le monde catholique.

Les initiatives viennent de droite comme de gauche. A Vicenza, en Vénétie, le maire, Achille Variati, membre du Parti démocrate (centre gauche), s’en prend aux "bivouacs en ville", mesure qui vise surtout les Roms. Un des rares élus de gauche dans le Nord aux élections du printemps dernier, il avait fait campagne sur la "tolérance zéro". "La sécurité, dit-il, n’a pas d’étiquette, elle nous concerne tous. Mes citoyens s’attendent à ce que les illégalités soient combattues, de la plus petite à la plus grande." A une différence près, par rapport à ses collègues de droite. "Nous agissons aussi sur la solidarité. La mesure vise les nomades qui s’installent en dehors de toute règle, en ville, mais à ceux qui ont leur résidence chez nous, nous offrons une place dans un campement réglementé, avec tout ce que cela comporte, à commencer par la scolarité pour les enfants", ajoute le maire.

DES CITOYENS "AUXILIAIRES CIVIQUES" Comme dans certaines communes de droite, Vicenza a introduit une ordonnance qui fait passer à 500 euros l’amende minimale pour les voitures des clients de prostituées qui "ralentissent le trafic" à proximité des endroits fréquentés par celles-ci. Elles-mêmes risquent une forte amende pour "attentat à la pudeur".

C’est une commune de gauche, Florence, qui, en 2007, avait donné le coup d’envoi à l’interdiction des petits "laveurs de vitres", décision suivie par de nombreuses municipalités ; comme à celle de la mendicité, qui a poussé le cardinal Renato Martino, responsable au Vatican de la justice et des migrants, à réagir, le 8 août : "Mendier est un droit humain fondamental pour ceux qui ont faim et qui ont froid. Le vrai pauvre a le droit de chercher comme il peut à obtenir un morceau de pain et à demander l’aide de son prochain."

A Vérone, le maire de la Ligue du Nord, Flavio Tosi, ne l’entend pas ainsi et prévoit la confiscation de l’argent récolté et une sanction de 100 euros. A Assise, le maire de droite, Claudio Ricci, défend son ordonnance qui interdit la mendicité près des églises, "souvent liée à la microcriminalité. En luttant contre ce racket, nous n’avons qu’anticipé le décret Maroni. La sécurité, pour une ville comme la nôtre, avec 6 millions de touristes par an, est une condition indispensable."

A Novara, dans le Piémont, pas de groupes au-delà de deux personnes, la nuit, dans certains parcs de la ville. "Nous aurions pu les fermer, en tenant compte des protestations des riverains", se justifie l’adjoint au maire pour la sécurité, Mauro Franzinelli, membre de la Ligue. La formation populiste veut aller encore plus loin : à Boltiere, près de Bergame, en Lombardie, à partir de l’automne, des citoyens volontaires vont être formés comme "auxiliaires civiques" afin d’aider la police municipale. A Adro, la ville de la "prime anticlandestin", il n’y en a pas besoin : la norme, qui remonte à 2006, n’a pas eu l’impact attendu. Quatre interpellations, la première année. Depuis, plus rien. Pas de clandestins interpellés ni de primes aux agents municipaux.
Clown
 
Messages: 200
Inscription: Ven 20 Juin 2008 18:11

Retourner vers Actualités

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 3 invités