De l'anarchisme et des gilets jaunes

De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede bajotierra le Ven 14 Déc 2018 12:00

Voilà je propose de compiler des textes ayant trait aux relations entre anarchisme et le mouvement GJ

LE FIGARO 20 NOVEMBRE

]«La France, ce n'est pas l'anarchie»: d'où vient le mot employé par Édouard Philippe ?
]•Par Journaliste Figaro Alice Develey
•Publié le 20/11/2018 à 09:08

http://www.lefigaro.fr/langue-francaise ... ilippe.php




INTERVIEW - Le Premier ministre a déclaré à propos de la mobilisation des «gilets jaunes» dimanche : «La France ce n'est pas l'anarchie. » Que faut-il comprendre ? L'éminent lexicologue Jean Pruvost revient pour Le Figaro sur ce mot aux origines bien «ambiguës».


Édouard Philippe a tiré à boulets rouges sur les «gilets jaunes». Invité sur le plateau du 20h de France 2 dimanche, il a déclaré: «La France, c'est la liberté d'expression, mais ce n'est pas l'anarchie.» L'imaginaire populaire a fait de ce dernier mot le symbole du chaos, du désordre. Du «bololo» pour reprendre l'expression du premier ministre. Mais qu'en est-il en vérité? Que faut-il comprendre? Le linguiste, auteur de Nos ancêtres les Arabes, (Lattès) et prochainement de Les Secrets des mots, (Vuibert) à paraître le 16 janvier en librairie, répond aux questions du Figaro et retrace la longue histoire de cette pensée qui trouve ses sources dans la Grèce antique.

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LE FIGARO. - Le Premier ministre Edouard Philippe a déclaré: «La France ce n'est pas l'anarchie.» Que faut-il entendre par ce mot?

Jean PRUVOST. - Le mot «anarchie» a une longue histoire et bien des sens qui se superposent. On n'ira pas jusqu'à dire qu'il y a une certaine anarchie dans la description du mot, mais c'est en tout cas un écheveau difficile à dénouer. Au départ, ce mot, «anarchie» a été construit en grec, dans une civilisation où la sagesse politique constituait à confier le pouvoir aux philosophes. Ainsi, «anarkhia», l'absence de chef, construit sur an, le privatif, et «arkhê», commandement, est un mot qu'on retrouve chez Aristote. Il passera en latin, justement à la faveur de la traduction des œuvres d'Aristote, et du latin «anarchia» viendra alors l'emprunt, la traduction française qu'en fera Oresme vers 1372. Oresme fut en effet l'un des premiers avoirs rédigé en français des traités philosophiques. Et le mot garde d'abord la valeur antique où les affranchis ont la possibilité de jouer un rôle dans le gouvernement de la cité. Mais dès que le mot va se diffuser plus largement, au XVIe siècle, il prend une valeur péjorative et devient synonyme de «désordre».

Le mot «anarchie» sera suffisamment répandu dans l'usage au XVIIe siècle pour être bel et bien présent dans le Dictionnaire françois de Richelet publié en 1680: «Ce mot se dit lors qu'il n'y a personne qui commande absolument lorsqu'il n'y a point de magistrat pour gouverner». Et Furetière, en 1690 dans son Dictionnaire universel d'ajouter un exemple éloquent, après avoir précisé que l'anarchie était un «État qui n'a point de Chef véritable»: «Pendant la Ligue la France fut dans une longue anarchie.»

En fait c'est avec la première édition du Dictionnaire de l'Académie française publié en 1694 qu'on dispose du point de vue qui va prévaloir jusqu'au XIXe siècle et perdure encore: «Anarchie: État déréglé, sans chef & sans aucune sorte de gouvernement» avec un exemple explicite: «La démocratie pure dégénère facilement en anarchie». Attention aux «casseurs de règles» en somme! «Confusion anarchique», c'est aussi le substantif choisi par les Académiciens du Grand Siècle pour illustrer l'adjectif «anarchique».


«L'idée de confusion est restée, parfois récupérée avec un vague sentiment libertaire qu'on perçoit chez Brassens ou Ferré»

N'est-ce pas Proudhon qui popularisa également la pensée anarchiste?

Au XIXe siècle, Proudhon lui donnera évidemment une certaine aura libertaire. À Pierre Larousse dans son Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, Larousse qu'on a d'ailleurs un peu vite qualifié de «proudhonien», d'offrir un très long article sur le sujet. Trois citations au vif d'une cinquantaine retiennent l'attention, après les premiers exemples donnés, explicites quant aux connotations de l'anarchie: «tomber dans l'anarchie», Sortir de l'anarchie». Voici les trois citations peut-être révélatrices du point de vue de Pierre Larousse: «La dictature n'étouffe l'anarchie qu'en accroissant l'arbitraire» (A. Billiard) ; «L'anarchie en grondant a relevé sa tête» (Victor Hugo) ; «La Hollande du joug en vain s'est affranchie, Sa liberté lui pèse et touche à l'anarchie» (Lemierre). On perçoit bien là dan le même temps, une confuse fascination et une solide peur des ravages possibles.

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Vous parlez d'une «solide peur». C'est cette définition que l'usage a retenue...

Il y a quelques jours, un collègue, François Gaudin, me demandait s'il était possible de publier aux éditions Honoré Champion un dictionnaire aujourd'hui introuvable et consacré à l'anarchie, dictionnaire qui date de 1900 et dont Lachâtre, sous un autre nom, est l'auteur. Il y en a justement une en tout début du dictionnaire, une définition de ladite anarchie, qui montre que le mouvement «anarchiste» qui ne se voulait pas nécessairement violent, a souffert au XIXe siècle d'une image dont il n'a pas réussi à se défaire. Voici le début du long article: «Le mot anarchie signifie proprement absence de commandement. Longtemps ce mot est demeuré synonyme de désordre, de confusion, de chaos. Cette acception dérivée provient de ce que, de tout temps, l'on a cru à la nécessité d'un commandement, d'un gouvernement pour empêcher l'humanité de se ruer dans le désordre, dans la confusion.» Puis viennent les faits déplorés: «Toutefois dans le langage courant, le mot anarchie est encore pris dans le sens de désordre. Pis encore, même. En raison de certains actes violents, commis par des anarchistes, actes qui, considérés en soi, n'ont aucun rapport avec l'idée anarchiste, puisque tous les partis en commirent de semblables en raison, donc, de ces actes violents, simples actes de révolte, une autre acception encore plus défavorable a été donnée à ce mot. Pour bon nombre de gens, l'anarchie consiste à tout mettre à feu et à sang, à faire sauter à la dynamite, ou à l'aide de tout explosif puissant, le plus de maisons possible.»

L'image s'est atténuée, on ne craint plus les bombes des «anarchistes». Mais l'idée de confusion est restée, parfois récupérée avec un vague sentiment libertaire qu'on perçoit chez Brassens ou Ferré par exemple.

Il est vrai que des artistes comme Brassens ou Ferré s'en sont emparés… Existe-t-il des versions romantiques, voire artistiques, de l'anarchie?

En vérité, pris absolument, le mot anarchie, en le dissociant de la politique, peut aussi avoir pour arrière-plan l'absence de contrainte, il suffit de lire le philosophe français Maurice Blondel, en 1893 dans l'Action pour en percevoir le fondement, avec du même coup une tonalité qu'il dénonce mais qui peut tout à fait rester attirante: «substituer au dogmatisme intellectuel une anarchie esthétique, à l'impératif moral une fantaisie infinie, à l'unité compacte de l'action une broderie ou le plein de la science fait ressortir le vide du rêve universel». On sent là les germes romantiques, de l'anarchie dans le domaine littéraire et artistique.

Sans faire de comparaison, le gilet, issu d'un mot turc puis emprunté en arabe, désignant le vêtement des chrétiens sur les galères, fut de fait un symbole des romantiques. Théophile Gautier s'était en effet fait remarqué par son gilet écarlate lors de la bataille d'Hernani, qui opposait, dans la salle, classiques et romantiques. Sans le savoir, les gilets jaunes, créent dans la langue une nouvelle association de couleur, dont le gilet reste le point commun. Certes, rien de bien romantique dans une manifestation contre le prix du carburant. En revanche, qu'il y ait une pointe d'esprit révolutionnaire n'est pas impossible. Et là aussi, tout comme le mot «anarchiste», «révolutionnaire» dispose d'une double connotation: d'un côté, celle d'un profond désordre et l'image d'une société mise à feu et à sang, de l'autre celle d'une aspiration à un mieux-être.

Les mots s'habillent au fur et à mesure de l'histoire de vêtements divers, au gré de l'usage et de l'évolution esthétique et politique, et le regard qu'on leur porte dépend de l'éclairage, celui du moment, celui de l'histoire. On ne s'étonnera pas que les couleurs y jouent leur rôle, du rouge au jaune, au vert. Quoi qu'il en soit, devant la difficulté, il faudrait que tous retroussent les manches. L'image est malvenue, la langue est par trop facétieuse…




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«Gilets jaunes» : assiste-on à une «révolte» ou à une «révolution» ?




http://www.lefigaro.fr/langue-francaise ... lution.php





INTERVIEW - Michel Biard, historien spécialiste de la Révolution française et professeur à l'Université de Rouen Normandie, revient sur ces termes qui émaillent le mouvement de contestation.


Certains parlent de «révolte» et d'autres, de «révolution». Comment qualifier ce mouvement de contestation des «gilets jaunes» qui traverse le pays depuis trois semaines? Michel Biard, historien spécialiste de la Révolution française et professeur à l'Université de Rouen Normandie, revient sur ces termes qui constellent la presse depuis le début des manifestations.

» LIRE AUSSI - «Gilets jaunes»: que signifie le «moratoire»?

LE FIGARO. - Peut-on parler de «révolution» pour qualifier le mouvement des «gilets jaunes»?

Michel Biard. - Pour l'instant, absolument pas. Le mot «révolution» implique depuis les XVIIe et XVIIIe siècles le sens d'un changement brutal et violent. Non pas violent au sens physique du terme, mais plutôt dans la soudaineté de l'événement. Un événement qui touche le pouvoir politique de manière soudaine, là aussi. La «révolution» implique que les personnes qui la font ont conscience de la mener, de la vivre. Dès 1789, on pouvait lire dans les titres des journaux le mot «révolution». Il y avait alors un discours, des événements autour d'elle: des fêtes, des commémorations, la création d'une association des vainqueurs de la Bastille. Une révolution est un changement brusque en ce sens qu'il est mémorable.

Qu'entend-on derrière le mot «révolution»?

Ce terme implique la volonté de changer de régime en profondeur. Ce n'est pas simplement l'idée de renverser un président, un Roi ou un empereur. Il s'agit de bouleverser ce qui touche au domaine politique, religieux et social. Mais il y a aussi le sens que peut prendre «révolution» en Angleterre, notamment au XVIIe siècle: une


«Nous sommes ici face à une révolte ou un ensemble de révoltes»

acception copernicienne du mot, c'est-à-dire l'idée qu'une révolution ramène à un point de départ positif. En 1688-89 a lieu la «Glorieuse Révolution d'Angleterre». «Glorieuse» car cette révolution est un moyen de ramener les individus aux libertés anglaises d'origine. Celles qui datent de la grande charte du Moyen Âge.

Quel mot faudrait-il alors employer pour qualifier les «gilets jaunes»?

Nous sommes ici face à une révolte ou un ensemble de révoltes. Quelqu'un qui se révolte se lève contre une autorité ou contre ce qu'il pense être un ordre injuste. Cette révolte peut prendre des formes très actives comme descendre dans la rue, jeter des pierres, ou des formes passives. Un simple «je n'irai plus voter» ou «ils sont tous pareils», par exemple.

Quelle différence avec le mot «rébellion»?

Ce mot apparaît dès le XVIIIe siècle aux côtés d'autres termes comme «troubles», «émotions», «émeutes», «séditions». Ceux qui sortent du lot sont «rébellion» et «sédition» car ils sont employés dans un sens politique. Lorsqu'on est rebelle ou séditieux, on est réfractaire à un pouvoir, une autorité. Remarquons aussi que le mot «rebelle» appartient à un langage stigmatisant: une personne au pouvoir qui souhaite épingler son opposant le qualifiera volontiers de «rebelle».


«Le mot ‘‘anarchie'' est une réalité politique claire et qui a perdu de son sens, aujourd'hui»

Que faudrait-il pour que le mouvement des «gilets jaunes» soit qualifié de «révolutionnaire»?

Il faudrait quelque chose qui aille plus loin qu'un simple slogan: «Macron démission», en l'occurrence, c'est une contestation de la personne du président de la République, de sa légitimité, du fait qu'il reste muré dans le silence. Mais, pour que le mouvement devienne «révolutionnaire», il faudrait qu'il aille plus loin. Parmi les «gilets jaunes» qui manifestent, on n'entend pas «À bas la Ve République!». En revanche, au-delà de cette révolte, nous sommes peut-être dans une révolte qui a un caractère prérévolutionnaire.

À propos des «gilets jaunes», le Premier ministre a déclaré dimanche 20 novembre: «La France ce n'est pas l'anarchie.» Est-ce le bon terme?

Non, pas du tout. Le mot «anarchie» est une réalité politique claire et qui a perdu de son sens, aujourd'hui. C'est d'abord un courant politique radical, puissant au XIXe siècle, niant l'autorité de l'État et sa nécessité. Mais le mot peut être utilisé par les hommes politiques pour stigmatiser leurs opposants. Pendant la Révolution française, il était courant de dénoncer des mouvements en disant qu'ils étaient menés par des anarchistes. Le mot «anarchie» appliqué aux «gilets jaunes» ne fonctionne pas sauf si on l'utilise comme synonyme de «désordre». Alors, il peut en ce sens s'appliquer à ce mouvement qui est spontané et qui n'a pas de porte-parole


À VOIR AUSSI - «Gilets jaunes»: une situation pré-insurrectionnelle?


UNE SALOPERIE SUR MEDIAPART
https://blogs.mediapart.fr/cuenod/blog/ ... tor=CS3-67


Gilets Jaunes et anarchisme autoritaire
4 déc. 2018
Par Cuenod
Blog : UN PLOUC CHEZ LES BOBOS

Pas une tête ne doit se lever. Si une seule dépasse, on la coupe. Et pas toujours métaphoriquement. C’est ainsi que les Gilets Jaunes qui voulaient discuter avec le gouvernement ont-ils été menacés de mort, ainsi que leurs enfants. Ils ont donc renoncé à jouer les porte-paroles. Violence dans le même camp, au nom de la pureté du mouvement.


Dès qu’une personnalité émerge, l’être collectif nommé Gilets Jaunes crie aussitôt la trahison. A partir du moment où les porte-paroles franchissent les portes de Matignon ou de l’Elysée, ils sont foutus. Les dirigeants politiques, bien plus malins qu’eux, les auront retournés et s’en serviront pour diviser le mouvement, ce qui amènera celui-ci à périr à brève échéance. La révolution n’est pas un dîner de gala, disait Mao.

De plus, tout chef est considéré, en soi, comme un ennemi. En voulant servir de fédérateur pour porter la parole du groupe, il brise aussitôt l’unité de l’être collectif. Même s’il multiplie les garanties. Cela n’a rien à voir avec sa personnalité. Le simple fait qu’un seul élément veuille représenter le tout enclenche une phase mécanique de destruction de l’être collectif. Pour s’y opposer tous les moyens sont utilisables, y compris les menaces de mort, même sur des enfants. La préservation de l’être collectif l’emporte sur toute autre considération.

C’est bien un ordre qui se construit, un ordre anarchique, certes mais un ordre tout de même qui donne… des ordres.

Tiens, à propos, qui donc les donne, ces ordres? Qui sont les Gilets Jaunes auteurs des menaces? On l’ignore, car toute Terreur, aussi petite soit-elle, a pour corollaire l’omerta. C’est pourquoi elle se révèle aussi efficace. Si le nom de ceux qui ont menacé était connu, l’affaire serait vite réglée. Mais voilà, on ne va pas donner de nom. Par peur des représailles, bien sûr. Mais pas seulement, par crainte aussi de fissurer cet être collectif que l’on a eu tant de mal à engendrer.

Cette phase d’anarchisme autoritaire, bien des épisodes insurrectionnels ou révolutionnaires l’ont connu. La Révolution française a commencé par l’universalité des droits de l’homme. La Terreur a suivi pour défendre ce principe sublime et libérateur. Et enfin, la nuit du 4 août 1789 (abolition des privilèges) a sombré dans la journée du 18 mai 1804 (Sacre de Napoléon). Même processus, avec bien sûr, les inévitables variantes, lors de la Révolution bolchévique. Il y a dans les Gilets Jaunes qui ont menacé leurs camarades, un minuscule Iagoda[1]prompt au réveil.

A chaque fois, les défenseurs de l’intégralité de l’être collectif s’organisent et s’emparent des instruments de la violence. Pour le bien de la collectivité, cela va de soi, et nullement par goût du pouvoir, voyons!

L’ennui avec le goût du pouvoir, c’est qu’il rend fou. L’humain reste partagé entre son affirmation comme individu et sa nécessité vitale de vivre en collectivité, ce qui rend paradoxale son action. Le fait de dominer les autres l’enivre. Il peut ainsi s’affirmer comme individu tout en bénéficiant de l’œuvre collective. C’est ce processus que veulent éviter les «menaceurs» au sein des Gilets Jaunes. Mais en se plaçant dans cette position de Gardiens du Temple, ils se situent immanquablement au-dessus des autres et revêtent l’uniforme abhorré des chefs, même s’ils s’en défendent avec véhémence.

Pas simple l’anarchisme autoritaire! Il va falloir en sortir. Comment ? Sans doute faudra-t-il apprendre en premier lieu à se méfier de la pureté. Pureté de la révolution, pureté de la classe ouvrière, pureté de la nation, pureté de la race… Que de crimes de masse a-t-on commis en ce nom ! Edouard Herriot – vieux politicard républicain tendance tablier de sapeur – n’avait pas tort lorsqu’il expliquait : «La politique, voyez-vous, c’est comme les andouillettes, il faut que ça sente un peu la merde, mais pas trop!»

Pas très exaltant, il est vrai. Mais pour que survive et se développe ce mouvement des Gilets Jaunes – né d’une saine réaction devant un pouvoir qui a fait de l’inégalité sociale son passeport pour la mondialisation – , il ne peut pas se tenir à son actuel surplace protestataire, sous peine de s’étioler. Peut-être que l’intelligence collective des Gilets Jaunes trouvera le moyen de briser le cercle vicieux de la chefferie que nous avons décrit et fera naître de nouvelles formes d’organisation. Espérons. Mais parfois, il faut accepter de manger l’andouillette d’Herriot.

Jean-Noël Cuénod





[1]Genrikh Iagoda fut le chef du NKVD – la police politique de l’URSS – entre juillet 1934 et septembre 1936. Sur ordre de Staline, il a fait mourir des millions de personnes lors des collectivisations forcées ; il est le concepteur du Goulag.





LE MONDE 10 DECEMBRE

« Gilets jaunes » : « On est une vague. Comment peut-on structurer un raz-de-marée ? »




https://www.lemonde.fr/societe/article/ ... _3224.html





Sur Facebook, certains tentent d’organiser des votes pour se choisir des porte-parole régionaux. Mais « l’organisation est le point noir du mouvement ».

Par Charlotte Chabas Publié le 10 décembre 2018 à 10h40 - Mis à jour le 10 décembre 2018 à 14h38



Qui parvient encore à s’y retrouver ? « C’est vrai que ça devient touffu », reconnaît Christelle F., esthéticienne de 32 ans, qui vit à Saint-Grégoire, dans la banlieue rennaise (Ille-et-Vilaine). Dans le dédale des dizaines et des dizaines de pages Facebook consacrées aux « gilets jaunes » dans sa région, cette mère de trois enfants divorcée jongle pourtant avec une facilité déconcertante. « Avec mes petits, je ne peux pas aller tous les jours sur les rassemblements, alors je reste informée comme ça », explique celle qui « est entrée dans la danse fin novembre », en comprenant que ceux qui manifestaient « étaient comme moi, pour une fois ».

La semaine passée, Christelle F. a pourtant « beaucoup hésité ». Devait-elle prendre part au vote organisé par un groupe rassemblant près de 10 000 personnes pour « choisir le porte-parole breton des “gilets jaunes” » ? Partagée entre le pragmatisme d’avoir « besoin de quelqu’un pour porter leur revendication », et l’écueil de « trouver une personne fiable qui ne nous trahisse pas », elle reconnaît que « l’organisation est le point noir du mouvement, et c’est pas près de se résoudre ».

Sur la page Facebook créée le 30 novembre, une cinquantaine de candidatures ont pourtant afflué de toute la Bretagne pour assurer cette fonction de porte-parolat. Les seules conditions pour postuler, « être apolitique, non syndiqué et être, bien sûr, convaincu par le mouvement des “gilets jaunes” ».

Ils sont peintres, commerciaux, auxiliaires de vie, infirmiers, agriculteurs…, tous ont en commun de vouloir « ajouter leur pierre à l’édifice », résume Jérôme Allo, électromécanicien dans la région de Vannes (Morbihan). « A un moment, on a besoin de se structurer pour pouvoir faire remonter les informations du terrain jusqu’au palais d’argent », explique ce « gilet jaune » de « la première heure ». Mais dans les commentaires, sous les professions de foi et les messages vidéo des candidats, le débat fait rage : les « gilets jaunes » ont-ils vraiment besoin de porte-parole ?

« Faire remonter sans déformer »

Certains se sont bien essayés à l’exercice. Le 26 novembre, une délégation de huit « communicants officiels » avait été désignée dans des circonstances encore obscures pour « engager une prise de contact sérieuse et nécessaire » avec les représentants de l’Etat et porter une série de revendications communes. Mais le torrent de critiques venues du terrain, voire de menaces, a freiné leurs élans. Ils sont maintenant une dizaine de figures de la mobilisation à prendre la parole publiquement, sans avoir été officiellement désigné pour cela.
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Pour Jérôme Allo, qui enchaîne les réunions dans toute la Bretagne, c’est là tout le paradoxe du mouvement : « Tout part du bas, mais on ne sait pas encore comment le faire remonter sans le déformer. » Lui, qui se décrit comme doté d’une « facilité de dialogue », aimerait pourtant « trouver la solution ». « Pour pas qu’on se fasse reprocher de ne pas être constructifs », dit ce père de famille titulaire d’un BTS [brevet de technicien supérieur], qui a enfilé le gilet jaune parce qu’« à ce rythme-là, [il] ne pourra rien laisser à [ses] trois enfants ». « Parce que des idées, on n’en manque pas », dit-il.

La semaine passée, lui et cinq autres « gilets jaunes » de Plémet et Pontivy se sont réunis à son domicile, pour rédiger les doléances à adresser à Marc Le Fur, député Les Républicains des Côtes-d’Armor. « Rien qu’en faisant cette action on s’est pris des messages clamant qu’on n’avait aucune légitimité », reconnaît Jérôme Allo, qui concède : « On ne pourra jamais représenter tout le monde. »

« On ne pourra pas faire l’unanimité »

Pourtant, « si personne ne s’investit, on n’arrivera jamais à rien », affirme Guillaume Vadier, qui s’est, lui aussi, porté candidat pour le porte-parolat breton. A 34 ans, ce commercial qui fait en moyenne 130 kilomètres par jour pour travailler reconnaît que l’exercice pourrait se révéler être « un numéro d’équilibriste » : « Il faudra être humble, on ne pourra pas faire l’unanimité. » Mais, il en est persuadé, « on peut parler avec tout le monde, tous les milieux, et trouver des points communs dans tous ces avis différents ». Il en veut pour preuve ces longues journées de blocage, « où des gens aux opinions politiques très différentes passent dix heures côte à côte ».
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Alors tant pis pour sa vie quotidienne, ses heures de sommeil sacrifiées, l’organisation familiale chamboulée. Guillaume Vadier, sa femme et leurs trois enfants sont « prêts à ça ». « A aucun moment je ne vois ce rôle comme décisionnaire, ce serait juste un rouage dans notre fonctionnement, jamais l’Elysée ne recevra une foule pour discuter », explique Guillaume Vadier.

Même parmi les candidats, certains doutent du bien-fondé de cette désignation. Pour Guillaume Paque, un de ces « nés au milieu des classes moyennes qui a dégringolé l’échelle sociale », le mouvement des « gilets jaunes » est « un cadeau du ciel ». « Ce qu’on fait est inédit, on est en train d’inventer un nouveau modèle de contestation, conclut ce Morbihannais de 50 ans. Nous n’avons pas besoin de structure, on est une vague. Comment peut-on structurer un raz-de-marée ? On attend juste qu’il déferle pour reconstruire ensuite. »

« Une force insaisissable »

« Qui a besoin d’interlocuteurs ? Les journalistes et les politiques. Nous, pas forcément », renchérit dans les commentaires de la page Facebook Alice L., cariste intérimaire de 28 ans qui vit à Rosporden (Finistère). « Notre organisation, elle existe déjà en ligne, entre amis, entre voisins, sur les ronds-points. C’est pas parce que ça rentre pas dans leur case “grève classique” que ça n’a pas de valeur », explique celle qui a été « heureuse le jour où sa paye a atteint les quatre chiffres ». Pour cette « gilet jaune », « tant qu’on reste une force insaisissable et sans personne à corrompre à sa tête, on sera forts ».

Sur la page Facebook pour désigner le porte-parole de Bretagne, le vote s’est clos après vingt-quatre heures en ligne. C’est Maxime Nicolle, plus connu sous le pseudonyme « Fly Rider », qui a été choisi. Cet intérimaire de 31 ans, qui vit à Dinan (Côtes-d’Armor), avait été invité sur le plateau de l’émission de Cyril Hanouna, « Touche pas à mon poste », le 20 novembre, pour parler de la colère des « gilets jaunes ». Depuis, son compte Facebook est devenu l’un des plus actifs sur le suivi des blocages, relayant autant des informations sur les actions que des sujets plus polémiques et mensongers. Mais le jeune homme à la barbe rousse, dans un des directs nocturnes dont il est coutumier, affirmait à la fin de novembre ne pas vouloir être porte-parole du mouvement, à moins qu’il ne réunisse trois millions de votes. Sur la page consacrée, il n’en a réuni que 1 496. Depuis le résultat, l’intéressé ne s’est pas manifesté.

Sur un autre groupe censé désigner un porte-parole pour l’Ile-de-France, on a finalement préféré annuler le vote, « face au refus général des “gilets jaunes” pour fixer un représentant ou un porte-parole régional ». « Trop tôt pour déterminer une telle organisation », conclut l’organisateur du sondage.


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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede Lehning le Mer 19 Déc 2018 00:12

Bonsoir !

Intéressant !...

Le mot "anarchie", notamment employé par le 1er Sinistre Philippe fut juste prononcé, à mon avis, pour décridibiliser le mouvement des Gilets jaunes et le faire passer pour quelque chose d'inorganisé, de confus et donc potentiellement aussi de dangereux.
Pour Philippe, le mot "anarchie" est employé dans le sens de désordre, de violent, d'incontrôlé. Dans son sens péjoratif. Dans le sens où l'anarchie c'est forcément quelque chose de mauvais, qui fait peur, etc. et qu'il faut à tout prix éviter.

Les politicards savent exactement ce que recouvre l'anarchisme. C'est politiquement évidemment ce qui les révulse le plus car ils savent que si la société devient anarchiste, c'est la fin de leurs carrières politiciennes.

Nota: il y a aussi un autre gazier (Valette) qui a déclaré qu'il ne voulait pas d'anarchistes dans le mouvement des Gilets jaunes. Il cherche apparemment à se faire le porte-parole des Gilets jaunes pour les prochaines élections européennes. (Francis Lalanne est également dans ce mouvement: bouh !^^)

Salutations Anarchistes !
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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede bajotierra le Mer 19 Déc 2018 19:21

Dans le Gard des palettes bien vicieuses blessent un commissaire et le préfet dénonce des "anarcho- libertaires "

Mercredi 19 décembre, deux policiers ont été blessés devant la sous-préfecture d'Alès dans le Gard, haut lieu de blocages des "gilets jaunes".
Mercredi, lors d'une intervention dans la matinée pour libérer les trois entrées de la sous-préfecture d'Alès, bloquée par des "gilets jaunes", une policière a reçu un coup de poing au visage, tandis que l'adjoint du commissaire souffre d'une entorse au genou.

Les manifestants se sont rapidement dispersés.

Un peu plus tôt, le commissaire lui-même s'est blessé à la main en manipulant des palettes.


Une enquête est ouverte alors que le sous-préfet, Jean Rampon, évoque des "groupuscules qui conduisent les "gilets jaunes" vers des actions dures. Les "gilets jaunes" représentent la démocratie citoyenne, mouvement louable, tandis que les anarcho-libertaires fomentent la subversion".

Des "gilets jaunes" qui d'ailleurs se désolidarisent de ces actes violents. Une dizaine d'entre eux s'est rendue peu de temps après les faits au commissariat. Ils voulaient remettre un bouquet de fleurs à la policière blessée...

MIDI LIBRE


https://www.midilibre.fr/2018/12/19/deu ... 735941.php
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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede rastanar le Ven 21 Déc 2018 15:41

Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour décrédibiliser toute forme de début de révoltes si ce n'est plus,où l'on voit un "pauvre préfet" qui ne sait même plus ou il habite,dénonçant des "anarcho-libertaires",
alors que cela veut dire la même chose,la violence ne vient pas des dits nanars mais bel et bien de l'état,toujours en train de chialer,ouin-ouin,pourtant les policiers n'ont pas à se plaindre,ils en subis-
-sent beaucoup moins,tout comme les crs,c'est bien payer pour ce qu'ils font.La répression ça rapporte.L'état les cajolent.(Ni état,ni police).

De plus un commissaire n'est même pas foutu de manipuler des palettes avec des clous avec précaution,ça se voit que bosser,il ne sait pas ce que sait,qu'il reste dans son bureau au chaud à côté du
radiateur,il fait froid maintenant,il faut son écharpe,il va s'enrhumer,il aura une belle augmentation à la fin du mois.Une boite de chocolat en prime livrée par l'Elysée.

Et ce sous-préfet,Jean Rampon,nous fait dans le complotisme puant sans apporter la moindre preuve de ce qu'il raconte :arrow: "des groupuscules qui conduisent les gilets jaunes vers des actions dures",
pas besoin des nanars, pour les politichiasses,c'est quoi pour eux des actions dures ?,qu'on rigole un peu.

La manipulation ne fonctionne pas,bande de caves !.
Le soulèvement aura lieu...tu aura beau prier ton dieu---La Canaille

"C'est pas des trous de balle qui vont nous empêcher de vivre.
D'ailleurs j'en ai un et je vis très bien avec"---Karin Viard
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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede bajotierra le Sam 22 Déc 2018 11:09

Sur France Culture à propos de la semaine sanglante de Barcelone , de l'éxécution de Ferrer et de l'émeute parisienne qui s'ensuivit


https://www.franceculture.fr/politique/ ... 1545417790

Sur le Media Emmanuel Todd évoque les "anarchiste espagnols " à 1h30


https://www.youtube.com/watch?v=xzvP2lA1hBY
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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede Lehning le Sam 22 Déc 2018 21:45

Bonsoir !

De la part des grands merdias et de la Macronie particulièrement, des mots reviennent souvent: chaos, anarchie notamment. Toujours bien entendu dans un sens péjoratif.

Pourtant, hormis un seul A cerclé sur 1 Gilet jaune, je n'ai pas vu pour l'instant de drapeaux noirs, ni de Blacks-Blocks !

Qu'est-ce qu'il y a d'anar dans le mouvement des GJs ?: le refus de leaders, des rassemblements spontanés, certaines revendications diffuses comme l'appel de Commercy par ex. Oui, certes.

Il y a aussi, à mon avis, un certain sentiment diffus, un petit parfum d'anarchisme latent parfois. Dans certains propos de GJs aussi quelquefois. Bien trop rares malheureusement.

Salutations Anarchistes !
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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede bajotierra le Dim 23 Déc 2018 11:59

l
refus de leaders, des rassemblements spontanés, certaines revendications diffuses comme l'appel de Commercy par ex. Oui, certes.Il y a aussi, à mon avis, un certain sentiment diffus, un petit parfum d'anarchisme latent parfois. Dans certains propos de GJs aussi quelquefois. Bien trop rares malheureusement.


C'est déjà pas mal ...
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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede vroum le Ven 28 Déc 2018 09:59

Le mal de révolution

Quel est exactement le problème avec les Gilets jaunes ?


mercredi 26 décembre 2018 https://www.non-fides.fr/?Le-mal-de-revolution

Souvent c’est lorsque la société a l’apparence d’aller mal qu’on prend la mesure de ce que cela implique qu’elle aille bien. Dans le cas précis de la « crise actuelle », l’apparence reste une apparence. Car malgré le vacarme médiatique cette société tient bien debout, la nuit comme le jour : les pauvres continuent à créer la richesse pour les riches, les migrants se font pourchasser, les damnés pourrissent en prison, les industriels nous tuent à petit feu et tout le monde semble sombrer dans les tristes images de bêtise généralisée. Pourtant, c’est cette apparence de rupture dans son rapport à la société actuelle qui peut, à mon avis, donner quelques indices quant au terrain sur lequel nous faisons désormais nos pas : le problème avec les Gilets jaunes est le même qu’avec la société dont ils font partie.

Il me paraît essentiel de poser la question de manière la plus large possible. Certaines prises de distance récentes par rapport à ce mouvement populiste sont bien nécessaires et ont le mérite d’exister. Elles effleurent quelques problèmes d’importance en passant, mais cela avant de conclure de la même manière qu’à n’importe quelle occasion, n’importe quel mouvement social, n’importe quelle météo. Cette invariance de la part de certains compagnons est troublante et c’est en partie à elle que voudrais répondre avec le plus de camaraderie possible. En revanche, il n’est pas dans mes intentions de critiquer les positionnements infâmes et opportunistes de la part de nos ex-camarades sous teintes libertaires délavées – des positionnements complaisants envers des horreurs que je ne croyais jamais voir sous le pavillon anti-autoritaire ; je voudrais contribuer à la critique des rapports sociaux existants pour qu’un débat plus large et non-consensuel débouche sur d’autres réponses que celles qu’on a pris l’habitude de trouver. En d’autres mots, je ne veux pas confirmer ce sur quoi je suis d’accord dans les prises de distance susmentionnées ; je voudrais contribuer à ce qui n’a pas encore été dit.

***

Pourquoi un mouvement hyper-médiatisé, pas exactement plus massif que n’importe quel mouvement social, d’abord aux sensibilités puis aux revendications pour le moins douteuses, suscite autant d’hésitation de la part de ceux qui, d’une manière ou une autre, souhaitent la fin de toute domination ? Des compagnons ont déjà évoqué le fétichisme des moyens (blocage, sabotage, émeute, pillage, affrontement), ainsi que la coïncidence purement formelle entre certaines méfiances au sein de ce mouvement (des porte-paroles, des syndicats, des partis politiques) et les principes qui nous sont chers (refus de la représentation). Mais peu, à ma connaissance, ont parlé de notre propre mal de révolution qui est la source de bien des aveuglements. De ce mal qui attire le regard vers chaque petite braise en espérant que celle-ci serait prometteuse de quelque chose de fondamentalement autre – au point où elle nous rend parfois aveugles à des vraies brèches qui s’ouvrent là où nous les attendons moins. Dans la mesure où la critique des agissements et des positionnements des autres ne devrait pas être un exercice d’auto-satisfaction, je propose de chercher les causes de cécité dans quelque chose qui nous est commun – nous tous qui sommes profondément dégoûtés par ce monde et qui en cherchons une issue. Cette « générosité » critique n’empêche en rien de tourner le dos à certains ex-camarades, car il n’y a pas d’autre nom pour ceux qui passent leurs jours et leurs nuits sur les réseaux sociaux et restent aveugles aux revendications nationalistes, voire ultra-nationalistes de ce mouvement qu’à ce jour personne n’a dénoncé « de l’intérieur ». Il y a des erreurs qui finissent par ressembler à des choix malgré elles.

En cette grande époque de confusion, il n’est jamais anodin de commencer par des banalités de base. Car avant d’aborder la question des Gilets jaunes il faudrait se rappeler le contexte dans lequel se déroule ce spectacle fluorescent. L’hyper-médiatisation donne l’illusion lénifiante que c’est le désordre du mouvement qui fournit le contexte, comme si les blocages, les sabotages, les émeutes et les pillages étaient venus en droit chemin depuis un autre monde. Comme si les actions dépassaient les intentions en quelque sorte. À force de répéter que les casseurs sont apparus « en marge de manifestation », les journalistes finissent par nous convaincre de leur transcendance. Qu’il y ait des casseurs qui n’appartiennent pas aux manifestations, qu’il y ait des parties sans rapport au tout. De la même manière, toutes ses « dégradations » ont la fausse apparence d’être radicalement autre chose que le monde où l’on vit. Lorsque les apparences médiatiques nous réchauffent le cœur davantage que les horreurs relatées au quotidien, la représentation se confond avec la réalité et gagne l’esprit révolté. D’où l’aveuglement quasi-total devant l’image d’émeute : même si tout le monde sait que les destructions en soi parlent peu des intentions de leurs auteurs, la plupart préfèrent se comporter comme si elles étaient portées par les actions elles-mêmes, ceci malgré les individus qui y participent.

Le contexte, donc, n’est pas fourni par le désordre du mouvement, car ce désordre ne dit rien de ce qui passe par les têtes des gens. Le vrai contexte de ce mouvement est l’aliénation extrême et décomplexé, qui ne se cache ni dans les paroles, ni dans les actes des Gilets jaunes. Cette aliénation passe avant tout par l’identification personnelle à son rôle social. La croyance d’être fondamentalement identique à sa fonction dans la société est peut-être plus répandue que jamais. Même les travailleurs les plus intensément exploités, tels les saisonniers, les livreurs à vélo, les intermittents de toute espèce, s’identifient à leur métier au point de former des communautés autour du rôle économique qui leur a été attribué dans cette société. Pour les autres il reste toutes les communautés imaginaires selon les penchants spirituels, sexuels et récemment même « raciaux ». Ainsi la vie sociale, affective et amoureuse se trouve nettement divisée en tant qu’auxiliaire par rapport à ce que chacun est socialement, selon le rôle que cette société nous attribue. Dans une société où la nécessité de vendre son travail pour survivre conditionne forcément la vie sociale, les rôles sociaux sont inévitablement définis par le rapport au travail, ne serait-ce que négativement, comme c’est le cas de certains chômeurs assumés. Mais quel que soit le rôle social, rien n’est plus favorable au maintien des rapports sociaux en place que cette identification à son rôle dans leur sein.

Cette identification n’a fait que s’accroître durant ces quelques décennies de pacification sociale. Il suffit de comparer quelques films d’aujourd’hui à ceux d’antan pour s’apercevoir de l’effacement progressif de cette scission entre les rôles sociaux des personnages et leurs « vraies » aspirations dans la vie. En règle générale, le héros d’antan refuse son rôle dans lequel il se sent confiné et incapable de vivre ou d’être autre chose. Même les flics dans les polars agissent à partir de ce qu’il y a de humain en eux, par opposition à ce qu’il y a de flic. Le héros d’aujourd’hui agit en affirmant son rôle social : en tant que chef d’entreprise, en tant que paysan, en tant que politicien, flic ou pompier… Toute représentation converge vers ce mensonge absolu qu’on puisse s’épanouir en tant que membre de cette société.

Les réseaux dits sociaux ne font qu’exacerber cet aplatissement en donnant une plateforme pour s’exhiber avec plus ou moins de goût. Il est évident que les pensées réduites aux images ou à quelques 280 caractères ne sont pas des idées à réfléchir et débattre entre plusieurs personnes. Le fait de relayer ou de ne pas relayer une certaine information, une certaine image ou une certaine blague sur le Web a peu avoir avec leur contenu. Il s’agit avant tout d’exhiber les attributs de soi-même : plus important que le contenu d’un message est le fait que c’est moi qui le relaie. Dans cette situation il n’est pas étonnant que les idées qui ne sont pas effectivement réduites à quelques images ou phrases sont souvent tout à fait réductibles au format des réseaux sociaux. Tel est le cas des textes militants qui ne sont pour la plupart pas plus nuancés que les autocollants voués à les « populariser ». Ceci pour dire à quel point l’aliénation déborde les groupements sociaux selon leurs virages à gauche ou à droite. Il s’agit d’un fait social qui nous concerne tous et dont il ne faudrait pas sous-estimer la portée.

Il est désolant de voir certains admirer l’horizontalité de ce mouvement, car celle-ci, abstraction faite de son contenu, n’est jamais rien d’autre qu’un passe-tout pour les manipulateurs de toute espèce. C’est d’ailleurs pour ça que multiples réunions pendant des épisodes révolutionnaires étaient systématiquement interdites aux politiciens et aux syndicalistes. Mais il est tout à fait stupéfiant d’entendre parler d’une auto-organisation quelconque lorsqu’il s’agit des échanges sur les réseaux sociaux ! Ce qui me paraît un préalable indispensable pour n’importe quelle forme d’auto-organisation à grande ou petite échelle, c’est la rencontre, ne serait-ce que celle des idées… Or, la plateforme d’aplatissement que fournissent les réseaux est tout sauf favorable à de telles rencontres, pour des raisons évoquées ci-dessus. L’idée que les réseaux sociaux fournissent une rupture dans les modes de communication appartient au monde des mensonges. Il est donc très malheureux de constater que même les compagnons quelque peu obsédés par la toujours vulnérable surpuissance du « techno-monde » avalent la pilule quand c’est opportun de le faire.

Le plus important à souligner au sujet des réseaux sociaux est le fait que ceux-ci ne font que recycler les formes d’aliénation qui les précèdent. Ils ne fournissent aucune occasion de partager « sans médiation », comme disent certains. C’est pour cela que l’aspect dit non-centralisé et non-hiérarchique de ce mouvement n’est qu’un leurre promu depuis belle lurette par ceux qui sont aujourd’hui ses leaders rivaux. Ainsi toutes les grandes idées sorties de la gueule de ce mouvement ont à l’origine des personnages bien précis, très actifs sur les réseaux et très loin de l’apolitisme revendiqué : le noyau dur pour la VIe République et contre le « mélange racial » d’Éric Drouet (l’auteur de l’appel du 17 novembre) et Priscilla Ludosky (page Facebook La France en colère) ; l’adjacent Christophe Chalençon, un simple forgeron qui n’aime pas « l’oligarchie des énarques » et les musulmans ; les politiciens de droite « modérés » des Gilets jaunes « libres ». Tous sont caractérisés par cette étrange constante nationaliste qui semble déranger peu en dehors des groupuscules connus de l’ultra-droite. Ayant lu les 42 doléances à l’origine emphatiquement « mystérieuse » selon les journalistes, on pourrait se demander s’il y a quelque chose d’autre qu’un souci de concurrence dans le fameux « rejet » du Rassemblement national par les Gilets jaunes : des salaires calibrés à l’inflation pour les français à l’expulsion systématique des déboutés du droit d’asile, la pleurnicherie de « je ne suis pas raciste, mais il faut s’occuper de sa famille d’abord » n’a rien d’original – bien qu’il faille être un peu français au fond de l’âme pour ne pas s’en inquiéter.

Que tout cela ne soit pas partagé par tout le monde dans la nébuleuse fluo, c’est une chose. Que personne n’ait la moindre chose critique à dire là-dessus, c’en est une autre.

L’idée même de référendum qui, entre autres horreurs, fera « entendre et appliquer » les 42 chialeries est depuis longtemps soutenue par un supporteur fervent du fluorescent pisseux, un dénommé Étienne Chouard. Ami de Soral avec qui il ne se trouve en désaccord que sur ses opinions aux sujets de l’homosexualité et du féminisme, cet anarchiste auto-désigné est partisan de la démocratie athénienne dans la douce France. À commencer par les référendums d’initiative citoyenne, RIC pour les initiés, qui régleront les questions nationales de grande importance, telles les 42 revendications, le Frexit et on peut imaginer la suite. En parfait accord avec son désaccord face aux « élites », la totalité du mouvement a à ce jour repris cette revendication puante des atrocités à venir. Voilà pour les assemblées constituantes et la démocratie directe.

La liste des problèmes évoqués ci-dessus n’est pas exhaustive, mais elle illustre à quel point l’avalanche de merde à venir était déclenchée de manière tout à fait centralisée et politicienne. L’exacerbation de l’aliénation quotidienne par les réseaux sociaux ne permet rien d’autre que la confusion, porteuse de la Réaction crasse. On ne pourrait trop souligner le rôle joué par les pseudo-philosophes obscurantistes – bloggeurs, vidéologgeurs et rhétoriciens de tout genre – qui pullulent le Web depuis des années pour sortir à présent dans les rues et sur les rond-points. Ainsi la stigmatisation, d’apparence ridicule et inoffensive, de la « globalisation libérale et libertaire » par la plume logorrhéique de J.-C. Michéa, par exemple, est cet automne sortie dans les rues de Toulouse sous la forme d’une pancarte. La bêtise du monde virtuel n’attend que l’occasion de se concrétiser et la convergence des ressentiments suppurés en ligne est peut-être la seule véritable spontanéité de ce mouvement.

Tout cela n’enlève en rien le fait qu’il y ait des gens, avec ou sans gilet, qui voient dans cette effervescence une occasion de chercher autre chose que le quotidien des rapports sociaux. Le seul fait de « tenir » un rond-point témoigne du besoin de se rencontrer en dehors de travail, en dehors du Web et en dehors de toutes les formes d’être ensemble bien désignées. Ainsi que l’émeute, malgré l’obscurité des intentions des participants, qui témoigne d’une joie de se déchaîner un tant soit peu contre le luxe étouffant. Mais il est également vrai que cela ne relève pas des caractéristiques du mouvement lui-même. N’importe quel autre contexte à la même hauteur de désordre pourrait fournir une pareille « occasion », comme disent certains. Le problème, c’est que lorsqu’on agit dans un contexte donné, on agit par rapport à ce contexte aussi. Tout comme pendant des manifestations de 2016 certains camarades se sont posés la question s’ils n’étaient pas en train de jouer aux bras armés de la CGT en prenant des risques à leur place, aujourd’hui on pourrait se demander si cet assaut au luxe, bien trié et avec une remarquable préférence pour le luxe étranger, ne servirait pas la contestation nationaliste. Car les actions parlent très rarement par elles-mêmes, surtout dans un contexte où il y a une division nette entre ceux qui manient la parole et ceux qui agissent. À force d’ignorer le monde dans lequel ils vivent, certains compagnons partisans du « désordre » ont fini par prétendre que les leaders de ce mouvement ont condamné les violences. Or, le noyau durement nationaliste, peut-être le plus influent dans les réseaux, n’a jamais condamné les violences qui, quand elles ne parlent pas, parlent souvent en leur nom.

Pour ceux d’entre nous pour qui le niveau des dégâts n’a pas le dernier mot sur la portée subversive d’un mouvement, la force de celui-ci se définit par ce qu’il arrive à mettre en cause, dans les paroles et dans les actes. Ici la rupture dans le quotidien aurait pu provoquer une mise en cause de ce quotidien, ou de certains de ses aspects, mais elle ne l’a pas fait – y compris parce que la rupture a été très limitée malgré les exagérations médiatiques. Quelques slogans répétitifs mis à part, nulle part il n’y a eu une mise en cause de la propriété, de l’exploitation, de l’État. Plus concrètement, parmi les mille raisons de se prendre à Vinci, la critique n’a jamais dépassé les prix et l’entretien des autoroutes ! Autrement dit, en dehors des intentions individuelles de ceux qui ont « saisi l’occasion », après un mois de blocages, de sabotages, d’émeutes et de pillages ce mouvement n’a contesté aucun aspect des rapports sociaux en place.

Bien qu’on ne puisse pas vraiment parler de la totalité, ni même de la majorité des gens qui participent au mouvement des Gilets jaunes, on peut très clairement parler de sa tonalité générale, concertée par ses dirigeants. Avant de parler des groupes d’extrême- ou d’ultra-droite, il faudrait s’interroger sur le nationalisme flagrant des meneurs et des suiveurs. Les troupeaux des followers, ne sont peut-être pas tous d’accord sur les aspects les plus xénophobes (et encore, une position claire là-dessus s’est perdue quelque part dans les fils effilochés des réseaux sociaux), mais à ce jour personne – à part les Gilets jaunes « libres » beaucoup plus méthodiquement politiciens de droite – n’a contesté les positions nationalistes des initiateurs, ni de leurs successeurs. Les pancartes qu’on voit sur les rond-points, y compris les plus « gauchistes », ne convergent que sur ce doux ressentiment de se sentir abandonné par les « élites » de « son » pays. Et si, comme disait Jean Malaquais, qui aime « son » pays n’aime par conséquent pas le « vôtre », alors prendre soin de « sa » famille d’abord veut inévitablement dire en laisser une autre crever.

C’est dans ce contexte-ci que les drapeaux tricolores me paraissent bien plus menaçants que ne pourraient paraître les drapeaux nationaux dans d’autres contextes. N’en déplaise aux métaphysiciens du désordre, la différence d’usage des drapeaux nationaux entre les Gilets jaunes et pendant les Printemps arabes consiste dans le fait que pendant cette belle période de révolte au Maghreb et au Moyen-Orient l’usage de n’importe quel drapeau pour symbole était largement débattu par les participants et parfois refusé par certains d’entre eux. Or, dans nos contrées d’aujourd’hui le drapeau tricolore est brandi par les troupeaux avec ou sans chef et tout simplement ignoré par tous ceux qui voudraient « saisir l’occasion ».

En dernier chef je voudrais aborder la fameuse dimension de classe de ce mouvement. Dans certains textes publiés au cours de ce mouvement, des gens se sont demandés si le fait de questionner la dominante réactionnaire des Gilets jaunes ne relevait pas d’un certain « mépris de classe ». Poser la question, c’est y répondre : il faut se sentir en dehors, voir au-dessus des déshérités pour s’interroger de cette manière. C’est la moindre des choses que de se méfier de la pureté révolutionnaire, à commencer par soi-même. Pourtant, il me paraît également vrai qu’une masse des pauvres – bien que cela soit loin d’être le cas de la composition de ce mouvement – ne fait pas un mouvement de classe. Certains compagnons rejettent le terme tout court. Soit. Je ne suis pas particulièrement attaché à une terminologie quelconque. Mais placer l’individu – une notion qui m’est chère – au centre du projet révolutionnaire ne peut pas faire économie du fait que l’exploitation de l’homme par l’homme reste au cœur des rapports sociaux capitalistes. On peut chercher un autre mot si celui-ci ne nous convient pas. Il n’en reste moins que les adeptes du fluorescent n’ont pas fait preuve du minima de méfiance vis-à-vis de l’exploitation elle-même. Tout comme les nationalistes qui fournissent le vocabulaire populiste, les participants n’ont pas exprimé leur méfiance vis-à-vis de la richesse – seulement vis-à-vis des « oligarques » qui les distribuent de manière non-méritée selon quelque système de valeurs. Même les marxistes devraient le savoir : le mérite du prolétariat révolutionnaire, aujourd’hui anéanti, est non pas d’appartenir à sa condition d’exploité mais de la refuser. Sans prétendre que les rapports de classe couvrent l’intégralité des formes de domination, ce refus me paraît la moindre des choses. Qu’il soit partiel ou intégral, obscur ou lucide, pure ou impur, ce sont des questions à dépasser dans une situation donnée. Mais en aucun cas on ne peut parler d’un assaut de classe quand la bourgeoisie elle-même n’est pas remise en cause. Aucune dialectique ne cassera les briques s’il n’y a pas de dialecticien pour le faire.

Cela mis à part, ce n’est pas la première fois dans l’histoire que les pauvres sortent en masse dans la rue pour exiger leur propre asservissement. Que la pauvreté qui leur appartient soit bien réelle ne change en rien la situation.

***

Je reviens sur notre propre mal de révolution. Sur ce point je ne suis pas d’accord avec les prises de position de certains compagnons anarchistes. Car, à mes yeux, la peine de ne pas trouver de sortie de ce monde clôturé de tous les côtés appelle à réfléchir à ce que cela voudrait dire d’entrevoir une brèche, sans réponses données en avance. Il me paraît insuffisant de se contenter de l’invariance de ses propres méthodes. Bien que prendre des distances, garder un peu de lucidité et ne pas se laisser influencer soit important, il n’en reste pas moins que la réalité à laquelle on fait face est en train de se transformer et la Réaction, politique et sociale, gagne du terrain. Se poser la question « en tant que » – anarchiste, autonome, marxiste ou autre – ne fait souvent que contourner la question : comment s’opposer à ce monde de domination de manière plus conséquente que ce qu’on a fait jusqu’à maintenant.

Il ne s’agit en aucun cas de remettre en cause la révolte individuelle. Pourtant, il me paraît indispensable de dépasser l’auto-contentement qui, très souvent, l’accompagne.

Pour cela, il est indispensable de faire preuve d’une certaine humilité devant la tâche. La bêtise qui caractérise les milieux contestataires d’aujourd’hui est certainement alimentée par l’aliénation croissante dans cette société, dont les réseaux sociaux font indubitablement partie. Mais elle est aussi nourrie par le refus catégorique de débat un tant soit peu collectif et non-consensuel parmi les compagnons. Ce qui, très naturellement, empêche l’action collective. La valorisation absolue d’action, qu’elle soit en dehors ou en-deça du cadre légal, provoque une méfiance de toute réflexion qui ne se termine pas par un appel inconditionnel à manifester, à « être nombreux » ou à attaquer.

Agir ici et maintenant est un choix qui a du sens pour les individus qui le font. Nous avons tous des manières d’y attacher une certaine importance, qu’elle soit politique, sociale, économique ou tout simplement personnelle. Pourtant, l’humilité devant la tâche, le fait de reconnaître l’insuffisance perpétuelle de nos actes, pourrait déboucher sur une ambition plus grande que s’endormir en étant content de soi : créer de l’air dans ce monde étouffant et, qui sait, peut-être un jour le transformer.

Comment avancer dans cette direction-là ? Comment entraver cette bêtise nationale ? Comment critiquer l’exploitation de l’homme par l’homme en dehors des grandes concentrations industrielles ? Comment critiquer la propriété après un siècle d’« avancées » dans ses modes de fonctionnement ? Comment combattre toutes les formes de domination sans se spécialiser dans aucune d’entre elles ? Comment arriver au cœur des rapports sociaux qui ne font que nous rendre malades ? Comment, enfin, s’y prendre pour avancer vers leur destruction ?

Comment être à la hauteur de cette impossibilité actuelle d’une révolution sociale, pour la dépasser ?

Je ne sais pas. Il y a plein de choses qui se précisent aux moments de révolte collective, tout comme il y en a plusieurs qui prennent forme aux moments de révolte individuelle. Personne se saurait donner des recettes et ceux qui prétendent en avoir devrait être virés tout de suite. Je sais que malgré les apparences nous sommes quelques uns à être en mal de révolution et je propose de réfléchir aux manières de donner des moyens à nos ambitions.

Robert de Fulminet,
dernier jour avant le solstice d’hiver, 2018.
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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede Groucho Marx le Ven 28 Déc 2018 15:26

https://actu.fr/occitanie/toulouse_3155 ... 1545979796

Acte VII des Gilets jaunes à Toulouse : les commerçants ne veulent plus se laisser faire
Face à de nouveaux appels à manifester en centre-ville de Toulouse, notamment le 29 décembre, plusieurs commerçants mettent en garde : « la violence pourrait changer de camp ».
Publié le 28 Déc 18 à 7:16
jh
Environ 2 500 personnes ont manifesté le 22 décembre 2018 dans le centre-ville. (©Actu Toulouse / Maxime Gil)
Sur la page Facebook Gilets Jaunes Toulouse, un nouvel appel à manifester est lancé le samedi 29 décembre 2018. Déjà défini comme l’« Acte VII », l’événement aura lieu place Arnaud-Bernard, à 14 heures.

kj
Le rendez-vous est donné samedi, à 14 heures, place Arnaud-Bernard. (©DR)
Le 22 décembre, lors de la dernière manifestation en centre-ville de Toulouse, on dénombrait encore « environ 2 500 manifestants », selon la préfecture de la Haute-Garonne. Les services de l’État précisent qu’une centaine de casseurs en avait alors profité pour s’infiltrer dans le cortège.

Pas de trêve des confiseurs
Des Gilets jaunes prennent aujourd’hui leur distance avec cet appel à manifester le 29 décembre. C’est le cas d’Yves Garrec, chauffeur privé indépendant et cofondateur du groupe Vox Populi. Il regrette que le « noble mouvement des gilets jaunes » ait été « complètement infiltré par les anarchistes et les extrémistes sur certaines manifestations où l’on chante plus l’Internationale et la Lutte finale le poing levé que la Marseillaise la main sur le cœur ». Yves Garrec se dit favorable à une trêve des confiseurs.

Trêve des confiseurs ou pas, un sentiment de colère gagne les commerçants du centre-ville. Ces derniers avaient lancé un cri de détresse à l’approche de Noël en appelant à ne pas manifester et à venir dans le centre-ville pour consommer et sauver ainsi les petits indépendants durement touchés par les manifestations à Toulouse.

« La violence pourrait changer de camp »
Voyant de nouveaux appels à manifester en centre-ville, le 29 décembre, pour l’« Acte VII », et le 5 janvier, pour l’« Acte I » de l’année 2019, certains commerçants refusent de rester les bras croisés. Jean-Marc Martinez, président de la fédération des associations des commerçants, artisans et professionnels de Toulouse, met en garde :

La violence pourrait changer de camp. Des commerçants viennent me voir pour réfléchir aux moyens de se défendre. Jusque-là nous étions pacifiques… mais nous n’allons plus rester inactifs. Il y a un ras-le-bol face à l’impunité des casseurs. Pourquoi les forces de l’ordre n’emploient-elles pas les grands moyens ?

Selon Jean-Marc Martinez, le manque à gagner pour les commerçants est considérable :

Le chiffre d’affaires perdu, on ne le refera pas. Et ce ne sont pas les soldes d’hiver qui vont changer quelque chose.

Des boutiques pourraient faire faillite
Selon Jean-Jacques Bolzan, adjoint au maire en charge des commerces, de nombreuses boutiques du centre-ville risquent de faire faillite au premier trimestre 2019, lorsque les charges vont tomber :

L’État doit répondre aux préoccupations des commerçants en restaurant l’ordre républicain. Cela risque de mal finir. Nous sommes en démocratie, que les Gilets jaunes dialoguent avec leurs parlementaires. La violence n’est pas une option.

« Le préfet est prévenu »
Contacté par Actu Toulouse, un commerçant de la rue Alsace-Lorraine met directement en cause la responsabilité du préfet dans cette « tragédie » en plusieurs actes :

Il y a soit une incompétence du préfet, soit une volonté de laisser pourrir la situation. Qu’on arrête de parler de casseurs incontrôlables. J’ai vu face à moi des Gilets jaunes « monsieur Tout-le-Monde » qui se radicalisaient. Les forces de sécurité ne sont pas en cause, c’est la préfecture qui ne fait pas son travail en ne donnant pas les ordres.

Selon lui, certains commerçants n’ont aujourd’hui plus rien à perdre et pourraient se faire justice eux-mêmes à force de perdre les nerfs. « Je connais des commerçants qui ont tout perdu », explique-t-il. « Et quand quelqu’un est à la ruine, cela peut très mal finir. On peut déjà compter 200 dépôts de bilan et près de 800 licenciements. Et des Gilets jaunes voudraient encore manifester en ville ? C’est un miracle s’il n’y a encore rien eu de grave à Toulouse. Le préfet est prévenu ».

Hugues-Olivier Dumez
Actu Toulouse
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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede Protesta le Sam 29 Déc 2018 23:23

Je trouve le texte de NON FIDES un peu "flottant", critique mais prudent... Quoiqu'il en soit je les ai connus plus réactif pour soutenir des militants en taules au bout du monde, mais pour ce qui est de soutenir des gilets jaunes en taules içi en région France, ils semblent moins enthousiastes.
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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede bajotierra le Lun 31 Déc 2018 11:32

Les Gilets jaunes sont-ils des anarchistes ?
Par Charles Macdonald


Un grand nombre d’opinions ont été émises par les politologues, sociologues, historiens et autres sur la nature du mouvement des Gilets Jaunes (GJ). Ce mouvement déconcerte. On ne trouve pas le modèle qui le définirait le mieux. Jacquerie, Mai 68, résurgence des grandes grèves du passé, Nuits Debout, Prise de la Bastille ? Les -ismes (poujadisme, nationalisme, extrémisme de droite ou de gauche, réformisme, fascisme, antifascisme) ne conviennent pas vraiment. Il y a un déficit de vocabulaire. Les intellectuels s’affairent. Mais, dans cette fébrilité conceptuelle, un mot n’est presque jamais prononcé, celui d’anarchisme. Pourquoi ?

A-t-on oublié que le terme « anarchie » signifie simplement « sans chef » ? Les GJ sont-ils sans chefs ? Incontestablement. Des représentants ou porte-parole plus ou moins auto-désignés sont apparus, pour disparaître aussitôt. Les GJ sont-ils encadrés par des partis ou des syndicats ? Evidemment non. Reçoivent-ils des ordres d’une autorité supérieure ? Aucunement. Ils sont donc anarchistes au sens étymologique, simple, primaire du terme. Pourquoi ne pas prononcer ce mot ? Pour des raisons évidentes. Les anarchistes, dans la pensée politique et académique ambiante signifie « casseurs », « voyous » « nihilistes ». Anarchisme signifie, pour la quasi totalité de nos intellectuels dument formatés, chaos et destruction. Ce sens n’est pas le bon.

Et pourtant l’anarchie et l’anarchisme sont des constantes de l’histoire et de l’évolution humaine. Elle peut apparaître sous différentes formes, spontanée, non idéologique (anarchie) ou idéologique, doctrinaire, organisée (anarchisme) mais elle a toujours deux aspects fondamentaux. Le premier, déjà indiqué par son nom, est le refus du pouvoir et de l’institution qui l’incarne suprêmement, l’Etat. L’autre est celui de la création de communautés fondées sur l’entraide, la coopération, l’équivalence radicale de sujets concrets. Or n’est-ce pas exactement ce que l’on observe chez une partie au moins des GJ ? Ces ronds-points qui voient se dresser des cabanes, où l’on se parle, où des individus qui ne connaissaient pas se trouvent et s’accordent, où des commerçants apportent du pain et des croissants, où l’on boit du café dans une ambiance de camaraderie, autour de feux, dans le froid, où finalement l’on retrouve ce grand festin de l’humanité qui est de se retrouver dans la convivialité heureuse. Après, il faut s’organiser, et alors commence un long processus qui transforme l’anarchisme spontané et viscéral en un combat pour le pouvoir où il risque de se perdre.

Les GJ ont surgi de l’indifférenciation, de leur condition d’inférieurs, de leur statut de sujets abstraits et invisibles du tout social. Ils sont devenus des sujets concrets, vivants, et non plus des numéros, des catégories statistiques. Ils ne proposent pas d’abord de slogan politique, de dispositif économique, de mesure administrative. Ils disent : je suis pauvre, je suis humilié. Ils racontent leur histoire. Ils sont devant les caméras des personnes à part entière. Ils parlent à la première personne et disent au grand chef : dégage ! Ils protestent contre l’aliénation dont ils sont victimes. Celle du pouvoir, celle de l’existence. Ils sont, en tout cela, sinon anarchistes, en tout cas « anarches », même s’ils sont aussi beaucoup d’autres choses.

En tout état de cause les GJ veulent plus d’égalité, produisent de la fraternité et rejettent les hiérarchies. Même s’ils sont loin pour une grande part des idées libertaires ou des programmes anarchistes, même s’ils ne se réclament pas de Bakounine, de Proudhon ou de Bookchin, ils appartiennent à la grande mouvance humaine pour laquelle les termes d’anarchie et d’anarchisme doivent être utilisés.

Charles Macdonald est directeur de recherche honoraire en anthropologie au CNRS et auteur notamment de L’ordre contre l’Harmonie. Anthropologie de l’anarchie (Paris, Editions Petra, 2018, https://www.editionspetra.fr/livres/lor ... -lanarchie).



http://serpent-libertaire.over-blog.com ... istes.html
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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede bajotierra le Mer 9 Jan 2019 10:23

https://www.franceculture.fr/histoire/n ... eme-droite

Lundi 7 janvier, Michel Wieviorka déclarait que ces cercles "fascistes" bardés d'un A, vus un peu partout dans les manifestations des "gilets jaunes", témoignaient d'un mouvement d'extrême-droite. Or depuis sa naissance méconnue en 1964, ce "A" n'a jamais été autre chose qu'un symbole anarchiste.
“Errare humanum est”. Sur Twitter, alors que l’extrait de son passage lundi 7 janvier sur le plateau d’Yves Calvi sur Canal + commençait à faire polémique à vitesse grand V, le sociologue Michel Wieviorka a reconnu s’être trompé : contrairement à ce qu’il affirmait la veille dans L’Info du vrai pour étayer son idée que le mouvement des gilets jaunes penche à l’extrême droite, le A entouré d’un cercle n’est pas "un symbole fasciste".

Et pour cause : ce A cerclé n’a jamais été autre chose qu’une référence du répertoire anarchiste. Il est, même, la principale iconographie anarchiste. Très massivement visible dans les milieux antifascistes, il n’a à l’inverse jamais été utilisé par l’extrême-droite française. Ni de près, ni de loin.

Très visible aujourd’hui dans toute l’Europe, son origine précise, qui remonte aux années 60, demeure toutefois assez méconnue. Certains datent parfois le symbole de l'époque de Proudhon en personne, sachant que le théoricien français, premier à revendiquer le terme “anarchiste”, est mort en 1865. Donc c’est faux - autant que de dire qu’il était déjà arboré par des militants CNT durant la Guerre d’Espagne. Vous ne le trouverez pas sur les représentations des barricades de la Commune, ni dans les archives de La Révolution sociale, publication anarchiste de la fin du XIXe siècle, pas davantage que sur les photos de la Guerre d'Espagne.

L’émergence du A cerclé intervient en fait un siècle après la mort de Proudhon. Les archivistes certifient sa naissance en 1964, en France, dans les pages du numéro d’avril du Bulletin des Jeunes Libertaires qui expliquait alors leur geste graphique ainsi :

Deux motivations principales nous ont guidés : d'abord faciliter et rendre plus efficace les activités pratiques d'inscriptions et affichages, ensuite assurer une présence plus large du mouvement anarchiste aux yeux des gens, par un caractère commun à toutes les expressions de l'anarchisme dans ses manifestations publiques. Plus précisément, il s'agissait pour nous de trouver un moyen pratique de réduire au minimum le temps d'inscription en nous évitant d'apposer une signature trop longue sous nos slogans, d'autre part de choisir un sigle suffisamment général pour pouvoir être adopté, utilisé par tous les anarchistes. Le sigle adopté nous a paru répondre le mieux à ces critères. En l'associant constamment au mot anarchiste il finira, par un automatisme mental bien connu, par évoquer tout seul l'idée de l'anarchisme dans l'esprit des gens.

Peace, love... and anarchy ?

Ses géniteurs, Tomas Ibanez et René Darras, ont-ils trempé leur inspiration chez leurs voisins du militantisme anti-nucléaire ? Cinq ans plus tôt, en 1958, le graphiste britannique Gerald Holtom avait justement dessiné, dans un cercle noir, ce qui deviendra le fameux “peace and love”, destiné à la campagne pour le désarmement nucléaire.

Cousinage idéologique ou simple capillarité graphique ? Outre Manche, Holtom avait été objecteur de conscience durant la Seconde guerre mondiale et, au-delà de la course au nucléaire, son symbole icono sera bientôt rapidement baptisé “symbole pour la paix”. Mais c’est par l’Italie que le A cerclé de Ibanez et Darras trouvera le chemin de la postérité, en s’ancrant résolument dans les milieux libertaires pour ne plus en bouger : en 1966, deux ans après leur coup de crayon séminal, la Gioventù libertaria de Milan, mouvement libertaire du Nord de l'Italie, s’en empare.

En 1971, alors qu’un mensuel anarchiste italien en fait son logo, un peu partout en Europe, des militants ont commencé à se le réapproprier. C’est ainsi que le A cerclé sera de retour en France. Il ne disparaîtra plus… sans quitter, jamais, le giron anarchiste.

Et si vous souhaitez profiter de cette boulette sur l'origine du symbole anarchiste pour replonger aux racines du mouvement politique, de Proudhon à Bakounine, vous pouvez redécouvrir l'émission "La Fabrique de l'histoire" du 28 août 2017 :

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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede bajotierra le Ven 11 Jan 2019 10:53

https://www.franceculture.fr/emissions/ ... 1546966723


Que ce soit sur le plan économique ou politique, le projet de fédéralisme développé par Proudhon résonne aujourd’hui avec les aspirations à plus d’autonomie et de justice sociale, entendues ces derniers jours chez les Gilets Jaunes.

En réalité ce mouvement, né ces dernières semaines sur une contestation des politiques économiques et sociales néolibérales mises en œuvre depuis trente ans, entend désormais se saisir de ce terrain d’expression qui lui manquait pour formuler un certain nombre de revendications.

On a notamment beaucoup parlé de la question du référendum d’initiative citoyenne. Une demande largement relayée par les médias tant le fait de se fier au jugement du peuple peut sembler pour certains effrayant. Mais cette mesure n’est en réalité qu’un détail dans la demande de ces citoyens à voir leur parole entendue et prise en compte.

Comment ne pas s’interroger en effet devant ces institutions politiques, héritées d’un monde fini, qui ne donnent la parole à leurs membres qu’une fois tous les cinq ans pour exprimer une sanction ferme et définitive.

Comment ne pas entendre ces appels à sortir d’une démocratie intermittente et conflictuelle, sans voir des pistes et des indices dans les travaux de Proudhon.

On pense ainsi au fédéralisme porté par Proudhon, qui entend offrir aux citoyens la possibilité de s'exprimer dans la multiplicité de leurs choix.Pierre-Joseph Proudhon entend, avec ce système politique, remettre en cause le centralisme qui sclérose l’économie et la démocratie françaises. Une critique qui n’a, semble-t-il rien perdu de sa pertinence quand on voit l’irrépressible besoin de démocratie, et de participation au débat public, qui s’exprime aujourd’hui.

Ainsi, selon Proudhon, le principe national lui-même, est la source d’une centralisation, fermée, hostile et encline à la guerre. L’établissement d’une vaste confédération doit donc permettre de faire coopérer les individus vers des intérêts convergents.

Si on peine aujourd’hui à imaginer les formes d’une organisation par-delà l'État-Nation, la réflexion proudhonienne peut néanmoins nous inspirer sur la nécessité de repenser notre contrat social.

On pourrait ainsi s’inspirer des travaux du penseur français pour réfléchir à des formes de représentation renouvelées. Là où Proudhon propose une chambre des régions et des professions - l’équivalent d’une fusion de notre Sénat et du CESE- on pourrait aujourd’hui imaginer la fusion de ces institutions avec, par exemple, une part de citoyens tirés au sort.

Pour autant cette actualité de la pensée de Proudhon ne se limite pas aux questions démocratiques. On perçoit également cette nécessité d’une refonte démocratique et participative au sein de l’entreprise. Dès les années 1830, certains militent ainsi pour faire descendre la République dans l’atelier. Proudhon lui-même se fait le penseur du mutuellisme, avant d’intégrer cette organisation économique -des travailleurs possédant eux-mêmes terre et machine- dans la logique plus large du fédéralisme. Ce sont même ces rapports entre coopératives qui construisent et donnent corps à la théorie du fédéralisme.

Aujourd’hui encore, la nécessité de repenser l’entreprise se fait jour dans les discours et les revendications d’un certain nombre de travailleurs. L’entreprise comme unité verticale et despotique, participe en outre d’un capitalisme qui détruit la planète et accroît les inégalités.

Repenser l’organisation de l’entreprise, c’est donc aussi repenser le système dans lequel elle s’insère. Une aspiration d’autant plus forte que nombre d’intellectuels et de théoriciens du travail développent aujourd’hui l’idée selon laquelle une entreprise pensée et administrée par ses membres -une SCOP par exemple- est non seulement source de bien-être pour les travailleurs mais offre aussi une véritable viabilité de long terme.Q


et également
Les "gilets jaunes" sont-ils des anarchistes ?


https://bibliobs.nouvelobs.com/screensh ... istes.html
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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede frigouret le Ven 11 Jan 2019 11:05

Oui enfin je n'oublie pas le dédain et même l'hostilité dont tu à fais preuve envers les tentatives de contestations du centralisme, langues vernaculaires, affaire catalane et j'en passe, tu n'es pas le mieux placé pour parler fédéralisme.
8-)
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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede bajotierra le Ven 11 Jan 2019 11:29

Voilà ce que j'écrivai en introduction de ce sujet
Voilà je propose de compiler des textes ayant trait aux relations entre anarchisme et le mouvement GJ


Recensement ne signifie pas assentiment .
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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede Lehning le Ven 11 Jan 2019 20:29

Bonsoir !

Julien Bargeton, dépité LREM sur BFMTV: "ce sont des anarchos-libertaires"

:D Ca montre le niveau ! Ce gazier ne connaît pas le mouvement anar manifestement !

Salutations Anarchistes !
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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede Pierre-Joseph le Jeu 31 Jan 2019 16:46

Jérôme Rodriguez sur le plateau de Russia Today:
Pourquoi appeler à l'anarchie? Pourquoi appeler à tout casser? C'est pas dans notre intérêt! Nous sommes des gens intelligents! On ne va pas casser notre France!
Les black-blocs ont annoncé leur venue à l'acte de samedi dernier et ont annoncé leur venue à l'acte XII.
Donc, aujourd'hui, j'appelle M. Castaner à prendre ses responsabilités parce qu'ils sont annoncés.
Donc je le regarde droit dans les yeux M. Castaner:
Vous allez faire quoi samedi contre ces personnes?
Font-ils votre jeu?
Sont-ils en train de vous servir pour tuer le mouvement?
Parce que nous, à un moment donné, on ne se laissera pas faire contre ces gens là.
On essaiera de les écarter parce qu'on est des pacifistes.
Nous ne voulons pas de violences parce qu'en fin de comptes, des personnes viennent créer une violence, on les assimile à des gilets jaunes, alors que ce n'est pas du tout des gilets jaunes.
Nous, on vient à la manif, on a fini, on rentre chez nous, on va boire un coup au café, on va débattre, on rentre en famille.
Une bonne manifestation, c'est quand tout le monde rentre vivant chez lui, quand tout le monde rentre avec ses deux yeux, ses deux mains, ses deux pieds.


J'ai trouvé cette évocation de l'anarchie intéressante, bien qu'elle ne soit pas flatteuse. Elle montre qu'il nous reste un sacré boulot pour nettoyer ces idées reçues, cette propagande d'état qui nous colle aux basques, où anarchie = tout casser = blacks-blocs.
Il analyse assez justement que ces blacks-blocs semblent utilisés par le pouvoir pour décrédibiliser le mouvement des gilets jaunes. Il n'est pourtant pas si difficile de pousser un peu plus loin l'analyse et de se rendre compte que ces black-blocs ont aussi décrédibilisé les mouvements précédents et justifié leur écrasement par la violence d'état. Ces black-blocs décrédibilisent plus spécifiquement encore les anarchistes, ce qui a permis leur éviction totale ou presque du champ social.
On a pourtant vu de multiples images de policiers en civil qui infiltrent les manifs et provoquent les manifestants pour les inciter à la violence. Tous ceux qui ont déjà participé à des manifestations revendicatives (pas des kermesses électorales évidemment!) le savent aussi.

J'ai cherché ces annonces de blacks blocs pour l'acte XI et l'acte XII et j'ai trouvé ça, sur le site paris-luttes.info:

De la nécessité de restaurer l’existence d’un cortège de tête et d’un Black Bloc dès les actes XI et XII…

Le texte n'est pas signé et publié dans la rubrique antifascisme. On ne sait pas de qui il émane, s'il a été discuté par quelques militants ou si c'est une pure manipulation policière. En tout cas, le fait d'imposer une couleur, une organisation et des actions, qui plus est violentes, à une manifestation, sans même prendre le temps d'en discuter avec les organisateurs, ne peut pas être le fait d'anarchistes, ce n'est pas compatible avec nos idées.
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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede bajotierra le Jeu 31 Jan 2019 19:29

Plus que des blak blok , qui sont effectivement un contre-sens tactique , parlons de la violence , personne n'a appeler à casser, mais ça casse comme jamais , les gilets jaunes sont pacifiques , mais le nombre de mutilés en manif n'a jamais été aussi fort depuis la guerre d'Algérie .

Les radars et péages incendiés , le restaurant détruit , les préfectures et gendarmeries attaquées , la voiture incendié d'un leader local ne sont pas non plus le fait de blak blocs, je note depuis le début une ambiguité du rapport à la violence, Drouet et cie appellent au soulévement , mais pris dans les filets des provocs policières ils crient aux "casseurs" .

C'est typique d'un mouvement social , on y a cette idée naive que le capitalisme va offrir gentiment sur un plateau ce qu'on lui demande , comme si la violence ne lui était pas inhérente .
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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede Lehning le Jeu 31 Jan 2019 20:38

Bonsoir !

Je pense qu'il y a confusion entre ce que sont réellement les Blacks-Blocks (pas là pour casser mais juste organisés d'une certaine manière pour se défendre -système de la tortue très serré pour justement évité l'infiltration de keufs en civils) et des casseurs-ses qui ne sont pas des anars ni des Blacks-Blocks mais juste des casseurs-ses et pilleurs-ses (venant des périphéries, des banlieues...).
On me souffle également, à juste titre d'ailleurs, qu'il y a aussi beaucoup d'ultra-Droiteux-ses, de nazillon-nes chez les casseurs-ses (1 de Dijon notamment qui a participé au saccage de l'Arc de Triomphe et chez lui a été trouvé des trucs pro-nazies).

Du coup, les propos de Rodrigues me déçoivent quelque peu. Mauvaise analyse !

Et y'en a marre de toujours vouloir faire passer les anars pour des casseurs-ses, des violent-e-s, etc.
Et l'appel des anti-fachistes contre l'ultra-droite me semble une bonne chose !

Salutations Anarchistes !
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Re: De l'anarchisme et des gilets jaunes

Messagede Pierre-Joseph le Jeu 31 Jan 2019 21:52

Si les "blacks-blocs" ne sont pas là pour casser mais juste organisés d'une certaine manière pour se défendre -système de la tortue très serré pour justement éviter l'infiltration de keufs en civils- alors il serait plus judicieux d'appeler ça "service d'ordre" et de se coordonner avec les services d'ordre déjà existant au lieu de les stigmatiser et de les traiter de "droite extrémiste et fascisante".
Un service d'ordre, ce n'est pas forcément le service d'ordre autoritaire et borné de la CGT, de l'UNSA ou du reste de la bande. Un service d'ordre est au service de la manifestation pour que les choses se passent en bon ordre et les anarchistes y ont, a priori, toute leur place.
Stratégiquement, si les "blacks-blocs" s'appelaient "service d'ordre", les medias et donc la population qu'ils abreuvent, auraient peut-être moins tendance à les assimiler à des casseurs.

Du coups, je crois au contraire que M. Rodriguez a mis le doigt sur un problème essentiel.

Ensuite, il est vrai qu'on ne peut pas écarter la question de la violence aussi facilement. Près de chez moi, un QG gilet jaune a affiché:
La violence est l'argument de ceux que l'on écoute pas


Avec deux interprétations possibles puisque ni les keufs, ni les gilets jaunes ne sont écoutés par le gouvernement.
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