Le CSR est-il anti anarchiste?

Espace de débats sur l'anarchisme

Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede Pierre-Joseph le Jeu 21 Jan 2016 00:45

Je pense en effet qu'il y a une erreur à vouloir calquer le projet d'émancipation des travailleurs avec le putsch qu'a réalisé la bourgeoisie en 1789, grâce aux travailleurs d'ailleurs. C'est vrai que Proudhon faisait aussi ce parallèle, notamment en adaptant la formule de Sieyès : "Qu'est ce que le Tiers-Etat? Rien. Que doit-il être? Tout." en " "Qu'est ce que le travail? Rien. Que doit-il être? Tout." On peut même voir dans "Qu'est-ce que la propriété?" une continuation de Sieyès: "Qu'est-ce que le Tiers-Etat?" (pour Condorcet, par contre, je ne vois pas trop le lien...)
Mais le parallèle ne doit pas gommer les différences. La bourgeoisie n'a jamais voulu d'une société plus juste, au contraire! Elle s'est servie de l'idée de justice pour manipuler le peuple mais ensuite, elle s'est souvent montrée envers lui bien pire que ne l'était la Noblesse:
Proudhon a écrit:aussi pleine de dédain pour le prolétariat que la noblesse le fut jamais pour la roture, la bourgeoisie a perdu tout caractère: ce n'est plus une classe, puissante par le nombre, le travail et le génie, qui veut et qui pense, qui produit et qui raisonne, qui commande et qui gouverne; c'est une minorité qui trafique, qui spécule, qui agiote, une cohue

La bourgeoisie est une cohue, elle n'est guidée que par la quête du profit et, comme je l'ai déjà dit, cette quête l'amène, non seulement à écraser les travailleurs, mais aussi à se bouffer elle-même, ce qui l'empêche de constituer véritablement une classe. Les nobles aussi pouvaient se détruire entre eux mais pas de façon aussi naturelle, ils avaient besoin, eux, d'une raison : la religion, la nation, etc. Les bourgeois, non! Pour eux, c'est normal, ce sont les lois économiques!
La bourgeoisie n'a qu'une religion: c'est l'économie et elle se fout bien qu'on croit ou non à la lutte des classes tant qu'on ne touche pas à son seul dieu: la propriété.
En 1789, le peuple s'est donné un nouveau maître mais n'a guère avancé dans son émancipation. Pour cela, il faudrait qu'il devienne une force autonome et, encore aujourd'hui, c'est loin d'être le cas, pour une raison bien simple: la classe ouvrière n'existe pas, dans le sens où elle n'est pas constituée, il faut la voir comme une puissance possible, capable de créer une nouvelle société, mais qui n'existe pas encore.
Rien ne sert de se chercher des ennemis, surtout si on est faible. Être une puissance ou rien telle est l'alternative.
PS. Pour moi, Marx est un bourgeois, non par ce qu'il pensait mais par ce qu'il était: un fils de bourgeois, qui a fait de longues études, coûteuses et qui n'a jamais accepté de travaillé que comme journaliste.
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede René le Jeu 21 Jan 2016 15:49

A ce train-là Bakounine était un aristocrate qui n’a, pour autant que je sache, jamais travaillé, sauf pour une traduction qu’il n’a jamais achevée (mais pour laquelle il a touché du fric…).
Bakounine a passé sa vie à attendre un héritage qu’il n’a jamais touché.
Ce n’est pas avec ce genre d’argument qu’il faut évaluer le contenu de la pensée d’un auteur.

Sur Bakounine, Marx et la Révolution française, voir :

« La Révolution française dans la formation de la théorie révolutionnaire chez Bakounine »
http://monde-nouveau.net/spip.php?article187

« La Révolution française comme archétype : 1848 ou le 1789 manqué de la bourgeoisie allemande »
http://monde-nouveau.net/spip.php?article147

Mais on s’éloigne du sujet, qui est le syndicalisme révolutionnaire.

Cela dit, si le sujet est épuisé, on peut clore le débat et ouvrir un autre "topic" sur la Révolution française,
Mais ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. Ce sera sans moi.
René
 
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede frigouret le Jeu 21 Jan 2016 19:02

J'ai apprécié le climat de bienveillance et de franchise de cette discussion .
8-)
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede Pierre-Joseph le Ven 22 Jan 2016 08:58

Oui, c'est vrai Marx était d'origine bourgeoise, Bakounine et Kropotkine étaient issus de la noblesse russe et ces origines ont forcément eu un impact sur leurs vies et sur leurs pensées. Ce qui ne veut pas dire que cela suffise à caractériser leurs idées. C'est d'ailleurs ce que je reproche au concept de classe: il réduit à une étiquette unique des gens, des pensées, des idées qui n'ont souvent rien à voir.
Proudhon, par contre, n'était pas un bourgeois.
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede René le Mer 27 Jan 2016 18:47

Pierre Monatte,
« saboteur du mouvement ouvrier » ?



Bien entendu, l’accusation ne vient pas de moi mais d’Auguste Herclet, qui publia dans l’Humanité du 11 septembre 1925 un article intitulé « Les saboteurs du mouvement ouvrier », reproduit ci-dessous.
Auguste Herclet était un militant syndicaliste du textile qui fréquenta un temps le mouvement libertaire puis s’en détacha au début de 1922. Il fut le premier représentant de la CGTU auprès de l’Internationale syndicale rouge. Pendant la guerre il fit partie des Comités Zimmerwald. Il fut secrétaire de la Bourse du Travail de la Vienne et soutint la révolution russe dès le début.
Il fut membre du comité exécutif de la CGTU de 1927 à 1933, délégué de l’Internationale syndicale rouge de 1923 à 1925 et membre du Comité confédéral élargi de la CGTU en 1929. Il fut également secrétaire du bureau international de la CGTU de 1928 à 1929.
Il est l’auteur, entre autres, de L’Internationale syndicale rouge et l’unité syndicale (1923).

L’article d’Auguste Herclet reproduit ci-dessous est une attaque violente contre Pierre Monatte publiée moins d’un an après son exclusion du Parti communiste, et parfaitement illustrative des méthodes utilisées dès cette époque par les communistes, en Russie comme en France, et que Monatte avait voulu ignorer malgré les avertissements répétés des anarchistes et des syndicalistes révolutionnaires les plus conscients contre l’adhésion à l’Internationale syndicale rouge.

René Berthier

On trouvera sur le lien suivant :

http://monde-nouveau.net/spip.php?article593

un commentaire faisant suite à l'article de Herclet, retraçant le contexte dans
lequel il a été écrit.




* * * * * * * * * * * *
Les saboteurs du mouvement ouvrier

par A. HERCLET
L’Humanité, 11 septembre 1925

Voici plus, de huit mois que le minuscule groupe Monatte-Rosmer, exclu du Parti communiste, essaye de trouver une plateforme d’opposition contre la majorité confédérale sans d’ailleurs y parvenir. Rosmer-Monatte et leurs amis en sont réduits à une misérable action négative de critiques perpétuelles sans que l’on puisse savoir, car ils ne l’ont pas dit clairement et pour cause, ce qu’ils veulent, quel est leur programme.

Pour le moment et depuis des mois, nous savons bien ce qu’ils font : ils sapent dans la mesure de leurs capacités tout ce que nous faisons dans le pays. Ceux qui f urent des chefs n’ont pas su redevenir des soldats du rang, ils ont préféré, malgré nos efforts pour les en empêcher, s’engager sur la fameuse « planche savonnée » (image de Monatte à propos de la trahison de Merrheim [1]) et maintenant nous pouvons les classer parmi ceux qui font le plus de mal au mouvement révolutionnaire, qui, du point de vue de la bourgeoisie, nous combattent avec le plus d’efficacité. C’est triste à dire, quand on connaît l’histoire du mouvement syndical français, mais il le faut.

Avec leur revue, ils sabotent systématiquement le mouvement ouvrier révolutionnaire, chaque numéro est une douche glaciale sur le dos de nos militants de base. La Révolution prolétarienne jette le doute et le scepticisme dans nos organisations syndicales et communistes, sans se soucier le moins du monde de la situation dans laquelle nous sommes actuellement, c’est-à-dire engagés à fond dans la lutte contre l’impérialisme et contre la guerre au Maroc et en Syrie.

Merrheim a commencé de la même façon pour saboter notre « minorité » dans sa lutte contre la guerre impérialiste en 1917-1918. Il allait même moins fort pour commencer, puis qu’il est descendu au bas de la « planche » et les reproches de sa conscience en ont fait un pensionnaire de Charenton. Frossard a engagé la lutte contre le Parti communiste et la majorité confédérale au moment de notre campagne contre l’occupation de la Ruhr. Il a soutenu lui aussi l’anarcho-syndicalisme mourant, mort aujourd’hui, et que Monatte-Rosmer essayent de ressusciter.
Ils diront peut-être, si quelques-uns d’entre eux se rendent compte du travail contre-révolutionnaire qu’ils font, « nous n’avons pas voulu cela ». Qu’ils fassent « honnêtement » (?) ou non l’action contre-révolutionnaire, ce n’est pas la question, ils la font, tout est là !

Depuis mon retour de Russie, j’ai visité un certain nombre de centres ouvriers de province, j’ai parlé avec bien des militants locaux et j’ai pu me rendre compte personnellement que notre action est bien davantage sabotée, avec plus de résultats, par le groupe Monatte-Rosmer et par leur revue, que par les réformistes syndicaux social-démocrates et leur journal le Peuple. ̃

Y a-t-il un mouvement révolutionnaire hors celui guidé par l’I.C. et par l’I.S.R. ? Non ! il n’y a rien et il n’y aura rien ; or Rosmer, Monatte, Souvarine, etc…, sont nettement contre l’Internationale communiste et l’Internationale syndicale rouge, le Parti communiste français et la C.G.T.U. Ils dénigrent systématiquement leurs militants.

Peut-on séparer l’I.C., l’I.S.R., le Parti communiste russe de la Révolution russe ? Non ! mille fois non ! Rosmer-Souvarine le savent mieux que personne ; cela ne les empêche pas de combattre l’Internationale et d’essayer de diminuer ses militants. Il est impossible de combattre l’I. C. sans servir la bourgeoisie : que les hommes du « noyau » de la Révolution prolétarienne ne s’étonnent pas si nous les qualifions de contre-révolutionnaires.

On ne peut pas être neutre vis-à-vis d’eux en souvenir du temps passé ; nous devons les combattre de toutes nos forces, de toute notre énergie en faisant litière des anciennes amitiés. A quelques-uns, nous étions bien attachés à Monatte qui a guidé nos premiers pas dans le mouvement syndical et qui, à un moment donné, a guidé celui-ci vers l’I.S.R. A quelques-uns, lorsque Monatte-Rosmer se sont engagés sur la planche savonnée, nous avons essayé de les retenir, nous avons essayé de les empêcher de faire le dernier pas qui les plaçait hors de l’Internationale communiste et contre elle. Ce faisant, nous ne nous sommes pas engagés à les suivre, mais au contraire, depuis que nous avons compris qu’ils étaient non seulement perdus pour la Révolution, mais aussi ses adversaires, nous nous sommes engagés à les combattre. Nous y sommes d’autant plus décidés que nous avons pu voir tout le mal qu’ils font à nos organisations.

Nous avions espéré que même exclu, Monatte, pour ne parler que de lui, aurait pu se retenir ; il pouvait dans le rang jouer un grand rôle, s’il était demeuré un révolutionnaire, quoique en désaccord avec le Parti communiste, s’il n’était pas tout entier dominé par des considérations d’amour-propre blessé ; il aurait pu, membre de la C.G.T. réformiste, lutter dans son syndicat, dans sa Fédération, dans le dernier congrès de la C.G.T. pour l’unité et contre le syndicalisme de gouvernement.

Membre de la C.G.T., il eût rallié autour de lui toute l’opposition. Il n’en a pas été capable, il préfère réserver ses critiques pour la C.G.T., le P.C., l’I.C. et l’I.S.R. ; il préfère avec ses amis se raccrocher aux vieilles formulés périmées de l’anarcho-syndicalisme, essayer comme l’a fait Godonnèche au dernier congrès confédéral, de démolir le bureau confédéral avec le vieux dada de l’anti-fonctionnarisme et delà non-rééligibilité des fonctionnaires, etc.

A la R.P. on fulmine aujourd’hui à la façon de Besnard, Verdier, Lecoin contre, « l’emprise du P.C. » sur la C.G.T.U., on raconte qu’il n’y a plus d’Internationale communiste, ou que, si elle existe encore, elle est « dirigée par des putschistes, etc. On répète avec le Temps et les autres journaux réactionnaires à qui veut l’entendre que, par exemple, l’affaire de la bombe de la cathédrale de Sofia, c’est l’I.C. qui l’a organisée ainsi que le putsch d’Esthonie.

On raconte cela tout en sachant que c’est faux, archi-faux, que c’est contraire à la tactique de l’I.C. qui s’est prononcée immédiatement après. L’attentat terroriste de Sofia, contre cette méthode de lutte individuelle et par petits groupes sans liaison avec les masses ouvrières et paysanmes. Monatte-Rosmer racontent cela tout de même, passent leur temps à dénigrer et à salir les militants de la Révolution russe et de l’Internationale communiste, et ce qui est le plus triste, c’est qu’ils savent parfaitement que c’est le contraire de la vérité.
Nous n’épiloguerons pas davantage au point de vue sentimental sur d’anciens militants révolutionnaires, mais nous nous attacherons seulement ici, pour les ouvriers révolutionnaires qui pourraient être abusés, à démontrer que le groupe de la Révolution prolétarienne n’a pas choisi le chemin qui mènera le prolétariat à la Révolution sociale, mais au contraire, celui de la contre-révolution.

A. HERCLET.

[1] Merrheim (et Bourderon), tous deux délégués à la conférence de Zimmerwald, passèrent un accord avec la majorité confédérale en décembre 1917, rejoignant Jouhaux dans le soutien à une résolution qui appelait à une victoire milmitaire dans le cadre de la défense nationale. (R.B.)
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede frigouret le Jeu 28 Jan 2016 11:17

J'essaie de me renseigner un peu sur Monnate, certains le décrivent comme communiste , d'autres comme anarchiste ou anarchisant , c'est pas clair.
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede Chevalier du Travail le Jeu 28 Jan 2016 22:40

" certains le décrivent comme communiste , d'autres comme anarchiste ou anarchisant "

L"un n'empêche pas l'autre :wink:
Avant la bolchévisation du PCF, le parti est caractérisé par une forte présence anarchiste dans les toutes premières années.

Monatte au congrès anarchiste d'Amsterdam en 1907: http://kropot.free.fr/Amsterdam.htm
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede frigouret le Ven 29 Jan 2016 09:57

OK, donc Monnate était adhèrent a une orga anarchiste.

J'ai pas fini de tout comprendre mais déjà une question me brule.

Donc après la commune le mouvement ouvrier se dissout sous la répression, mouvement ouvrier qui je suppose devait être très proudhonien (?).

En 1876 un congrès très coopérateur et mutualiste , des proudhoniens encore (?)

Puis au congrès suivant, 1877 je suppose, des socialistes élèvent la voix est il dit.Pour porter des thèmes comme l'abolition du salariat.
Qui étaient ces socialistes ? Des marxistes?
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede Pierre-Joseph le Ven 29 Jan 2016 17:34

Le texte d'Herclet est très révélateur de la cassure provoquée dans le mouvement ouvrier, pas seulement par Monatte (le pauvre!) mais par l'ISR et tout ceux qui ont participé, à un moment ou un autre, à son développement.
Herclet est un ancien anarchiste, passé au bolchévisme suite à son adhésion à l'ISR. Ses premiers pas vers l'ISR, nous dit-il, il les a fait en suivant Monatte! C'est Monatte (et le courant qu'il représente) qui l'a convaincu que l'anarchosyndicalisme était mort et qu'il ne pouvait rien exister en dehors de l'ISR!
Cela admis, comment entendre ensuite une critique de l'ISR et du PC? Comme il le dit: c'est impossible! Et il a raison.
Bien que je ne partage absolument pas le point de vue d'Herclet sur l'anarchosyndicalisme, très mal inspiré quand on sait le rôle qu'il va jouer en Espagne quelques années plus tard, je trouve sa critique envers Monatte totalement légitime: à quoi cela peut-il bien servir d'enterrer l'anarchosyndicalisme si c'est pour, à peine quelques années plus tard, tenter de ressortir quelques uns de ses arguments avec plus de confusion et moins de clarté?
Dernière édition par Pierre-Joseph le Ven 29 Jan 2016 21:45, édité 1 fois.
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede René le Ven 29 Jan 2016 20:09

Il ne faut pas confondre le premier parti communiste formé par des syndicalistes révolutionnaires et des anarchistes, qui n’a jamais été reconnu par Moscou et qui a rapidement disparu de la circulation, et le parti communiste "officiel" issu de la scission de Tours en 1920
(voir : « Esquisse d’une histoire du premier parti communiste en France »
http://monde-nouveau.net/spip.php?article592)

Sinon, les syndicalistes révolutionnaires et anarchistes qui ont adhéré au PC et qui n’ont pas été exclus ou qui n’en sont pas partis on très rapidement pris le ton. La lettre de Herclet, ancien libertaire, est significative, à cet égard.


• Monatte a d’abord été anarchiste. Il a participé au congrès anarchiste international d’Amsterdam en 1907.
Là, il s’est confronté à Malatesta dans un débat sur le syndicalisme, lors duquel il défendit les positions syndicalistes révolutionnaires. Je ne crois pas qu’il ait fait partie d’un groupe anarchiste.
Voir : Débat Monatte/Malatesta au congrès anarchiste international d'Amsterdam (1907)
http://monde-nouveau.net/spip.php?article526

• Ensuite on ne peut plus le considérer comme anarchiste mais comme syndicaliste révolutionnaire. C’est lui qui a fondé La Vie ouvrière en 1909. Il représentait en gros la branche « moderniste » du courant syndicaliste révolutionnaire, qui voulait modifier les structures de la CGT pour adapter celle-ci aux mutations du système capitaliste.
Il y avait à côté de ce courant « moderniste » un courant « historique » qui voulait garder les vieilles formes du mouvement syndicaliste révolutionnaire. C’étaient de gens comme Pouget, par exemple (qui finit par démissionner de la CGT en 1909).
On retrouvera ce clivage « historique »/« moderniste » après la révolution russe.

• Ensuite après la révolution russe, après une période d’euphorie où tout le monde était enthousiaste, le courant syndicaliste révolutionnaire s’est scindé en deux : un courant qui avait appris ce qui se passait en Russie et qui ne voulait pas soutenir le régime, un courant qui ne voulait pas savoir et qui soutint le régime, en particulier qui soutint l’adhésion de la CGTU (scission de la CGT) à l’Internationale syndicale rouge. (La CNT espagnole, qui avait envoyé des délégués sur place, décida de ne pas y adhérer).
Monatte faisait partie de ceux qui soutenaient l’adhésion de la CGTU à l’Internationale syndicale rouge.
Le naïf Monatte, qui apparemment n’avait rien su de ce qui se passait au même moment en Russie, s’était imaginé que le parti communiste français respecterait l’« indépendance » du mouvement syndical. (Monatte d'avait pas été envoyé en Russie comme délégué de la CGTU, puisque son sydicat n'en était pas membre...)

• En mai 1923, il avait adhéré au Parti communiste et rejoint son comité directeur en janvier 1924 avant d’en être exclu en décembre « comme ennemi du prolétariat, du Parti et de l’Internationale ». Donc on peut dire qu’il a été « communiste » pendant moins de deux ans.

• En janvier 1925, Monatte fonda La Révolution prolétarienne, revue mensuelle « syndicaliste-communiste » autour de laquelle se regroupèrent tous les déçus du communisme.
Je n’ai pas connu Monatte évidemment mais j’ai connu beaucoup de ceux qui avaient fondé la Révolution prolétarienne avec lui. Au début des années 70 ils étaient âgés, mais ils étaient bien là.
Le groupe parisien de l’Alliance syndicaliste tenait ses réunions dans leur local, rue Jean-Robert et évidemment nous nous croisions, d’autant que certains camarades les plus anciens de l’Alliance étaient également adhérents à la RP.
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede Chevalier du Travail le Sam 30 Jan 2016 07:50

Pour ce qui est du Parti Communiste Français et ses relations avec le syndicalisme révolutionnaire: http://syndicaliste.phpnet.org/spip.php?article454

Pour ce qui est de "l'anarcho-syndicalisme de la CNT espagnole" qu'évoque Pierre-Joseph:
http://syndicaliste.phpnet.org/spip.php?article458
http://syndicaliste.phpnet.org/spip.php?article459

Outre l'analyse manichéenne de René sur cette époque: soit t'es un vrai syndicaliste révolutionnaire et tu suis la scission des anarcho-syndicalistes, soit t'es un faux syndicaliste révolutionnaire et tu lèches les bottes au bolchévisme via l'ISR... Il y a des positions intermédiaires intéressantes telle celle de Marie Guillot (déjà évoquée dans le débat, accusée de stalinienne et pro-bolchévique :shock: ). Comment affirmer que la position de Marie Guillot est symptomatique de la tendance pro-bolchévique CSR alors que justement elle s'illustre pour l'adhésion à l'ISR par soucis tactique international mais s'opposera toujours à la main-mise du PC sur la CGT, de l'IC sur l'ISR, et d'un quelconque parti sur le syndicalisme. Cette position révolutionnaire d'indépendance du syndicalisme l'amène aussi à ne pas suivre la scission anarcho-syndicaliste de Besnard. Le sujet est donc bien plus complexe qu'il n'y parait et bien plus divers que ce que tu veux faire croire. Au delà du tout blanc ou tout noir, il y a des nuances de gris. Et les CSR d'aujourd'hui se réclament de ces nuances de gris.
http://syndicaliste.phpnet.org/spip.php?article554
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede frigouret le Sam 30 Jan 2016 10:24

Dans ma petite caboche la grande scission du mouvement ouvrier je ma vois entre l'AIT de Marx et l'AIT de saiSaintnt Imier.
Ce qui m'interroge c'est qu'en 1906 au congrès d'Amsterdam aussi bien Monnate que Malatesta ont renoncé aux idéaux de Saint Imier. Saint Imier c'est avant tout la volonté d'en finir avec l'État, c'est le refus du dogmatisme idéologique. Mais 40 ans plus tard on retrouve des anarchistes comme monnate ou Malatesta ayant complètement intégrés le communisme comme objectif stratégique global de la classe ouvrière , prétention absurde et reactionnaire.
8-)
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede Chevalier du Travail le Sam 30 Jan 2016 11:04

Le communisme c'est aussi la volonté et le but d'en finir avec l'Etat.
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede frigouret le Sam 30 Jan 2016 12:42

Ah ouais, parce que c'est pas ce que j'en connais du communisme, je l'ai toujours vu présenté comme un système global et exclusif, un peu comme le SR, rien ne doit exister en dehors. Sinon ça ne s'appelle plus du communisme mais du cooperativisme ou du collectivisme ou de l'autogestion ou du mutualisme ou du marché libre en fin des trucs basés sur l'association volontaire.
Moi je perçois les différents entre SR et AS comme des querelles sur les modalités de gestion du communisme, mais les deux sont bien d'accord sur le fait que le communisme , en tant que système global, soit totalitaire.
8-)
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede Chevalier du Travail le Sam 30 Jan 2016 13:10

C'est ça que j'adores dans l'anarchisme et les divers interprétations. Pour René, les CSR sont "anti-anarchistes" (ce qui est ridicule) ; et pour Frigouret qui appartient à un tout autre courant anarchiste: René est tout autant anti-anarchiste car il a une vision communiste et lutte de classe de l'anarchisme, comme les SR :P
Ce que René reproche aux CSR, Frigouret le reproche également à René :lol:
Avouez quand même que la situation est énorme :twisted:

Voilà pourquoi on tournera toujours en rond sur ce sujet :wink:
Et tu as au final raison: AS et SR sont identiques et veulent la même chose. Mais les choix tactiques et stratégiques pour arriver à l'objectif commun font que AS et SR sont inconciliables (selon nous). Ce sont deux courants idéalement similaires mais stratégiquement opposés.
Mais en tout cas le débat se tient bien et c'est agréable d'exposer ses différents dans le calme.
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede Pierre-Joseph le Sam 30 Jan 2016 15:12

Je ne comprends pas l'intérêt de se placer délibérément dans le gris et d'appeler ça de la tactique. De quelle tactique s'agit-il? Entretenir le flou et la confusion? Dans quel but?
Ce n'est pas être manichéen que de chercher de la cohérence dans ses idées et dans ses actes. Ce qui est manichéen selon moi, c'est plutôt le concept de lutte de classe mais c'est un autre sujet...
Comme je le disais plus haut, la critique qu'Herclet adresse à Monatte est complètement justifiée, bien que je ne partage pas son point de vue sur l'anarchosyndicalisme, bien mal inspiré (peut-être à cause de la propagande mensongère dont il se plaint abondamment dans son texte). En effet, on ne peut pas faire le choix de l'ISR et défendre ce choix contre ceux qui s'y opposaient (les anarchosyndicalistes) en entraînant un maximum de syndicats dans cette impasse pour ensuite dire: Oh non! Finalement, c'est nul et chercher un entre deux qui n'a aucun sens. Soit on reste du côte de l'ISR, soit on reconnaît qu'on s'est trompé! Ou alors on se condamne à ne jamais tirer de leçons de ses erreurs et à s'y vautrer encore et encore...
Mais je répète ma question: quel en est l'intérêt?

(Cela me paraît un peu hors-sujet mais je ne peux pas considérer comme anarchistes des gens qui défendent la propriété (privée, collective ou autres) : la propriété, c'est le vol!)
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede frigouret le Sam 30 Jan 2016 17:07

Grrrrr....

Pour ne pas revenir sur la propriété bajotierra m'avait signalé Rudolf Rocker comme theoricien de l'AS. et en effet les quelques résumés de sa pensée que j'ai trouvé me semblent très intéressants , ça donne envie de le lire en entier, des avis ?
8-)
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede René le Sam 30 Jan 2016 19:58

Juste deux points de méthode:
1. Je ne confonds pas le "Courant syndicaliste révolutionnaire" d'aujourd'hui, c'est à-dire un groupe se déclarant syndicaliste révolutionnaire, et le courant syndicaliste révolutionnaire au sens large, cd un mouvement historique fondé à peu près en même temps que le début de la CGT et qui a disparu comme mouvement de masse avec l'apparition du communisme soviétique.
2. Comme il n'y a pas de copyright sur l'appellation "anarchiste", je ne peux empêcher personne de se déclarer anarchiste tout en étant contre la socialisation des moyens de production. Il suffit de faire preuve d'un peu de discernement avant d'établir un lien parfaitement illégitime entre de telles conceptions et les miennes. On peut d'ailleurs retourner l'argument avec l'appellation "syndicalisme révolutionnaire". J'ai découvert "l'Histoire de l'Internationale syndicaliste rouge" publié par les amis de "Chevalier du Travail" sur un site maoïste vantant Marx-Engels-Lénine-Staline-Mao-Enver Hodja. Il ne m'est pas venu à l'esprit de faire des rapprochements saugrenus...

Cela dit:

Je ne vois pas où est le manichéisme dans l’analyse que je fais. Je ne dis pas : « Soit t'es un vrai syndicaliste révolutionnaire et tu suis la scission des anarcho-syndicalistes, soit t'es un faux syndicaliste révolutionnaire et tu lèches les bottes au bolchévisme via l'ISR », je dis simplement :

1. Que les syndicalistes révolutionnaires de la tendance Besnard avaient autant de légitimité à se dire syndicalistes révolutionnaires que ceux de la tendance Monatte ;
2. Que les militants qui ont décidé de couper les ponts avec l’Internationale syndicale rouge et de créer l’AIT de Berlin se considéraient comme les vrais syndicalistes révolutionnaires — c’est eux qui se considéraient comme tels — ce qui est attesté dans le fait que leur déclaration de principes fait une dizaine de fois mention au syndicaliste révolutionnaire, jamais à l’anarcho-syndicalisme.
3. Que les syndicalistes révolutionnaires qui ont apporté leur soutien à l’Internationale communiste et à l’Internationale syndicale rouge ont contribué à liquider le syndicalisme révolutionnaire et ouvert la voie à la bolchevisation de la CGTU.

J’aurais pu ajouter que ceux qui auraient, comme tu dis, « scissionné » de la CGTU ont tenté à plusieurs reprises de négocier des compromis et de trouver des solutions, qui ont toutes été rejetées par les communistes.

Bien sûr, il y a des positions intermédiaires. Mais lorsque les événements rendent nécessaire de prendre une position tranchée, il y a toujours des gens qui temporisent, hésitent, ne perçoivent pas les enjeux réels et qui se situent dans une position intermédiaire.
Le problème est que lorsque tu es à Kronstadt en mars 1921 et que tu as l’armée rouge en face de toi, tu ne peux plus avoir de position intermédiaire.
Le problème est que lorsque tu es un syndicaliste révolutionnaire français dans les années 20 et que tu sais forcément ce qui s’est passé à Kronstadt et ce qui se passe dans toute la Russie soviétique, tu ne peux pas te situer dans une « position intermédiaire ». Tu dois prendre position; ce n’est pas une question de « manichéisme », c’est une question de faire le bon choix.
Les syndicalistes révolutionnaires qui ont adhéré au parti communiste ont fait leur choix, comme Auguste Herclet dont j’ai exhumé un article. Le discours de ce militant, ancien libertaire, a le mérite d’être extrêmement clair, il est extrêmement significatif des militants qui ont fait le même choix que lui.

Marie Guillot est un personnage attachant du courant syndicaliste révolutionnaire de l’époque, qui présente pas mal de points communs avec Pierre Monatte dans leurs rapports avec le parti communiste. A commencer par la naïveté politique.

Elle se trouva entre deux feux dans les dissensions qui opposèrent au sein de la CGTU les partisans du centralisme à tout prix et les fédéralistes – autrement dit communistes et anarchistes Comme Monatte, elle veut maintenir le syndicalisme révolutionnaire dans la continuité de ses pratiques tout en soutenant les communistes russes au pouvoir. Et comme Monatte, elle se brûlera les ailes à ce jeu.
Marie Guillot se retrouva au bureau confédéral de la CGTU du fait du désistement de Louis Bouët.

Cet instituteur est un personnage peu ordinaire. Il participe au congrès de Tours, en 1920, signe la motion en faveur de l’adhésion à l’Internationale communiste, déclare lors de ce congrès qu’il ne doit pas y avoir de subordination du syndicat au parti. Il est nommé au comité directeur du PC au congrès de Marseille en 1921 mais en 1922 il s’oppose au Front unique et démissionne du comité directeur du PC. En juin 1922 il est élu au Bureau confédéral de la CGTU au congrès de Saint-Etienne… mais refuse d’y siéger, ce qui permet à Marie Guillot d’accéder à ce mandat.
En 1924 il refuse le poste de Secrétaire général de L’Humanité. Il quitte le PC en 1927 et adhère au Cercle communiste démocratique, fondé par Boris Souvarine.
Il semble avoir été dans un état d’hésitation permanente, éprouvant la nécessité de s’impliquer dans le mouvement communiste mais réticent à chaque fois : j’y vais-t’y, j’y vais t’y pas ?
C’est à tort, je pense, qu’il est classé comme syndicaliste révolutionnaire, mais son refus du Front unique en fait un communiste atypique
.

Si Marie Guillot a été élue au bureau confédéral de la CGTU en juin 1922, c’est parce qu’il y avait eu un désistement. Elle en démissionne en juillet 1923, convaincue que le combat pour l’indépendance du syndicat est perdu. Son combat aura duré treize mois. Pourtant, elle avait âprement combattu les positions des fédéralistes — la tendance Besnard — opposés à l’adhésion à l’Internationale syndicale rouge et à la subordination du syndicat au Parti communiste.

(A suivre.)
René
 
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede Chevalier du Travail le Dim 31 Jan 2016 08:38

"De quelle tactique s'agit-il? Entretenir le flou et la confusion? Dans quel but?"

La tactique de cette époque ? C'est tout simplement la Révolution Mondiale, et avoir un poids international dedans en tant que courant. Le mouvement ouvrier et révolutionnaire n'est pas encore sur sa phase de repli à ce moment là. L'objectif est donc uniquement tactique dans l'ISR: bénéficier d'une vraie internationale syndicale, et tenter de limiter la main-mise du bolchévisme sur le mouvement ouvrier (tentatives qui se solderont par un échec, tout comme la constitution d'une nouvelle internationale AIT complètement à la ramasse). Le bolchevisme a été un rouleau compresseur, il a surpris tout le monde et a changé en peu de temps nos conceptions politiques. Combien d'entre vous s’intéressent aux stratégies militaires et à "l'art de la guerre" ? Certes Marie Guillot et consor ne lisaient surement pas non plus ce genre d'ouvrage (rares en plus à l'époque), mais pas obligé de sortir de St Cyr pour comprendre que les victoires ne dépendent pas d'avis déconnectés des contextes. Au contraire, elles dépendent de la stratégie adaptée à l'analyse du terrain et des mouvements. Je pense (et c'est l'avis des CSR d'aujourd'hui) que, considérer qu'au moment de l'ISR il n'y avait pas une carte tactique à jouer, c'est être complètement à côté de la plaque. C'est cette même quête de tactique et de poids qui a poussé la CNT espagnole à adhérer à l'IC avant de se rétracter. Le dilemme c'était: comment espérer garder une influence et un contre-pouvoir en dehors de l'internationale IC/ISR ? L'AIT anarcho-syndicaliste est la preuve que sortir de l'Internationale a précipité son isolement. Pour preuve, c'est l'ISR et la CGTU qui, en France, mènent massivement la campagne pour libérer Sacco et Vanzetti (l'UA n'ayant qu'une visibilité et influence réduite). En août 1927 l'ISR, la CGTU et le PCF appellent à la grève générale pour "sauver sacco et vanzetti", pour sauver des anarchistes. La perte d'influence menée par la scission anarcho-syndicaliste s'est tellement opérée rapidement que même des thèmes touchant au milieu libertaire, c'était les "méchants pro-bolchéviques" qui s'en chargeaient.

Donc oui, la question tactique d'être dans une internationale qui marche est crucial et n'a rien de flou ou de confus.

La position intermédiaire a son importance, c'est celle qui en général a tout mesuré. Car c'est bien beau de trancher et de prendre position, mais Kronstadt n'a pas grand chose à voir avec l'ISR. En quoi la position intermédiaire est intéressante ? On peut citer le "Pacte des syndicalistes purs", cette fraction clandestine en interne des CSR créée et dirigée par Besnard. Acte de destruction des CSR, acte fondateur de l'anarcho-syndicalisme français et acte fondateur de la scission CGTU / CGT-SR:

" En acceptant ce pacte, les membres des C.S.R. soussignés, prenons l’engagement d’observer à la lettre l’esprit de ce qui suit:

1° – Ne révéler à personne l’existence de notre comité.

2° – Être présents à toutes les réunions du comité à moins de cas imprévus et sérieux. Fournir des explications justifiées aux camarades.

3° – Pratiquer entre nous une solidarité effective, matérielle et morale sans limite. Se défendre mutuellement contre toute attaque et répondre l’un de l’autre comme de soi-même. Se prêter aide et protection réciproque en se réclamant solidaire l’un de l’autre.

4° – S’astreindre à une discipline très sévère en vue de coordonner tous nos efforts dans la même direction.

5° – Notre seule direction et notre constante préoccupation doit être de faire éclore la Révolution, pour cette cause nous nous engageons à donner nos biens et notre vie.

6° – Représentant individuellement et collectivement le syndicalisme révolutionnaire, nous nous engageons en notre âme et conscience à défendre le fédéralisme et l’autonomie du mouvement syndicaliste.

7° – Nous nous engageons à œuvrer par tous les moyens en notre pouvoir pour qu’à la tête et dans tous les rouages essentiels du C.S.R., principalement à la tête de la C.G.T. quand elle sera en notre pouvoir et sous notre contrôle, nous assurions l’élection, aux postes les plus en vue et responsables, tant au point de vue des conceptions théoriques qu’à celui de l’action pratique, des camarades purement syndicalistes révolutionnaires, autonomistes et fédéralistes.

8° – Nous nous engageons à ne poursuivre la lutte quotidienne générale que sur le terrain du syndicalisme révolutionnaire, à ne nous inspirer que de ses conceptions propres et à ne subir aucune influence extérieure.

9° – Producteurs, notre action et notre espoir se placent dans la vie économique et dans le changement économique de la société. Le syndicat étant la base de la société future, le syndicalisme doit être son couronnement.

10° – Toute critique qui pourrait surgir des personnes ou des idées du Comité doit être formulée au sein du Comité et rien n’en doit transpirer.

11° – Pour l’admission des nouveaux membres, les candidats doivent être présentés par l’un de nous sans qu’il s’en doute, et, en cas d’admission, en principe, les candidats doivent être préparés et travaillés d’avance avant la rentrée, afin d’obtenir leur consentement pour le Pacte et pour toutes ses conséquences et ensuite être amenés au Comité.

Verdier, Besnard, Marie, Bische, M. Relenque, Churin, Macheboeuf, Scheiber, Pothion, Jouve, Ferrand, Daguerre, Maison, Gaudeaux, Sirolle, Varlot, Totti, Fourcade."
https://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/08/13/le-pacte-des-anarchistes-des-csr-1921/


Donc... désolé mais je crois que ça n'a rien à envier aux autoritaires bolchéviques. Questions pratiques bureaucratiques et anti-démocratiques y'a pas à dire c'est clean. Donc je crois que oui, affirmer la position d'époque des CSR favorables à l'ISR: Ni Bolchévisme (tenter de minimiser la main-mise du parti sur le syndicat), Ni Besnard et les anarcho-syndicalistes, c'est en partie justifié et ça n'a rien de naïf. Juste être en phase avec la réalité du moment et pouvoir tactiquement y faire des choses.
Dernière édition par Chevalier du Travail le Dim 31 Jan 2016 09:32, édité 1 fois.
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Re: Le CSR est-il anti anarchiste?

Messagede frigouret le Dim 31 Jan 2016 09:30

Du même Clauswitz .

" Une série de victoires tactiques peut conduire de grandes forces sur de mauvaises voies"
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