QUELLE ECONOMIE ANARCHISTE ?

Espace de débats sur l'anarchisme

QUELLE ECONOMIE ANARCHISTE ?

Messagede vroum le Mer 22 Mai 2013 11:01

QUELLE ECONOMIE ANARCHISTE ? [Annonce d'une série de débats]

http://famontpellier34.blogspot.fr/2012/12/quelle-economie-anarchiste.html

Notre groupe publie ici son texte d'appel à un débat sur l'économie anarchiste. Pour cela, nous prévoyons une tournée dans plusieurs villes. Nous serons d'abord les invités du CIRA (Centre International de Recherches sur l'Anarchisme) le Samedi 12 janvier 2013 à partir de 17h, au 50, rue Consolat à Marseille.

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Introduction à:
« Quelle Économie Anarcho-libertaire* ? »



Groupe Montpellier34


On est en droit de s’interroger sur l’attitude des anarchistes au sujet de ce qui a pris de nos jours une importance démesurée, le problème lancinant de l’économie.

Si, dans la culture dominante, l’économie a pris une telle prépondérance, elle en demeure hélas, décontextualisée de tout objectif concret de gestion qui puisse répondre aux justes besoins de la diversité humaine selon ses ressources naturelles. Il convient donc, à l’humanité, de repenser son économie de façon locale et fédéraliste. Dans cette optique, il s’avère stratégique de proposer d’autres types d’approches économiques que les soi-disant « solutions » autoritaires proposées par l’ultra-libérale et son Économie de Marché Internationalisée actuelle ou par un retour improbable à l’État providence sous ses aspects aussi bien sociaux-démocrates que néo-keynésiens.

Il faut dire que dans son histoire et, dès le XIXème Siècle, l’anarchisme pour tenter de résoudre les querelles entre d’une part, les anarchistes communistes et collectivistes (théorie de Bakounine) en Espagne, puis entre anarchistes individualistes et communistes au États-Unis, va parvenir à l’acceptation du concept d’ « anarchisme sans adjectif ». Cette position, dont l'expression fut créée par Fernando Tarrida del Marmol, était une tentative de montrer une plus grande tolérance entre les tendances libertaires et de rendre clair que les anarchistes ne devraient pas imposer de plan économique préconçu à quoi que ce soit, même dans la théorie. L’adoption de ce concept par des propagateurs comme Voltarine de Cleyre, Ericco Malatesta, Max Nettlau et Élisée Reclus a porté la majorité de la mouvance anarchiste à rejeter tous modèles économiques comme faux. Cependant, de façon à ce que soit préservée la diversité idéelle en recherchant sa justesse et son équilibre ; elle prendra parfois une position pluraliste puisant des éléments de chacun des modèles proposés par les théories, collectivisme, communisme, individualisme (mutualisme ou associationnisme), dans les substances de leurs fondements même.

Malgré les années et sa remise en cause par les anarcho-communistes puis les anarcho-syndicalistes, cette position est devenue une « tradition » chez de nombreux anarcho-libertaires pour qui elle a évolué comme une évidence. Pour ses compagnons, les tendances économiques sont pensées comme d'un " intérêt accessoire " par rapport à l'abolition de l'autorité sous les formes de l'Étatisme et/ou du capitalisme(1) – pourtant des concepts éminemment économiques –.

Ils sont de façon pragmatique pour la liberté d'expérimentation comme règle première de la société libre. C’est ce que Bakounine qualifiait dans ces derniers écrits de « propagande par le fait ». Celle-ci n’ayant rien à voir avec la triste interprétation faite postérieurement par certains exaltés et leur mystique de la bombe. Cependant, de ces expérimentations, ne sont que rarement explicitées des propositions pour l’"ici & maintenant" nécessaires même au sein d’une « idéofortie(2) » forcément pluraliste et en mouvement perpétuel.

Combien de fois, lorsque certains d’entre nous veulent avancer des propositions réactualisées ou effectuer des projections économiques, nous sommes arrêtés par des compagnons qui nous disent: « ce n’est pas à nous de décider des formes que prendra la gestion économique, mais au peuple ou à la société ».

Parmi les promoteurs anarchistes, il n’y a guère que Proudhon, Kropotkine, Cornelissen, Besnard pour s’être intéressés de près à l’économie dans son cadre général. Pierre-Joseph Proudhon va tenter une analyse critique des facteurs de l’économie, dans le but de constituer une science sociale jugée par lui encore inexistante. En effet, il voyait venir une société – qu’il appelait de ses vœux – dans laquelle le politique se trouve intégré dans l’économique. Pierre Kropotkine, quant à lui, bien qu’il fût un authentique homme de science (mathématicien, géographe, cartographe), s’est borné, en moraliste plus qu’en scientifique, à esquisser les grandes lignes d’une économie idéale dans une société anarchiste. Christian Cornelissen, en tant que syndicaliste révolutionnaire et anarcho-communiste, pragmatique et réaliste, insiste dans « El comunismo libertario y el régimen de transición » sur ‘la période de transition’ entre économie capitaliste et économie anarcho-communiste. Dans son ouvrage « Théorie de la valeur» publié dès 1903, il réfute « la théorie de valeur-travail », que les économistes classiques (capitalistes) autant que Karl Marx ont défendue. Ces recherches furent poursuivies dans son « Traité général de science économique » dont la publication s’étalera jusqu’en 1944. Il y avance ‘une théorie inductive(3) du salaire’ qui lui valut une renommée internationale. En 1934, Pierre Besnard dans son ouvrage "Le Monde Nouveau, son plan, sa constitution et son fonctionnement", aborde l’organisation économique et politique au niveau de la production industrielle, agricole, syndicale, politique ou administrative, sociale et conclut par une organisation générale du monde nouveau. Son approche est faite selon des conceptions calquées sur l’organisation syndicale.

Bien sûr, de nombreux militants ont par la suite traité de l’Économie mais dans des cadres particuliers, comme celui d’un pays et surtout de l’Espagne et de sa révolution ; c’est le cas, en particulier, de Isaac Puente, Digo Abad de Santillan, Joan Pau Llauro Fàbregas, Pierre Pillier (Gaston Leval), Augustin Souchy, etc…. Malheureusement, il nous faut souligner que les développements des organisations anarchistes d’après-guerre ont souvent pâti de leur dépendance parfois excessive au modèle théorique de la Révolution Espagnole de 1936-1939.

Notre réflexion puisera aussi, mais avec circonspection et sans omettre certaines critiques sur des propositions contemporaines emblématiques d’économies dite « libertaires » comme :

L’Économie autogestionnaire de Abraham Guillén Sanz ("Las bases del desarrollo económico de la sociedad libertaria", Abraham Guillén, Ediciones Madre Tierra, Madrid 1990), reprise actuellement par la CNT/E & El Instituto de Ciencias Económicas y de la Autogestión (ICEA) et, présenté par Daniel du groupe Gard-Vaucluse de la FA dans le Monde Libertaire n°1447 de septembre 2006 ;

L’Économie participaliste ou participative (participatory economics, en abrégé ParEcon ou Ecopart) de Michael Albert et Robin Hahnel, ("Looking Forward: Participatory Economics for the Twenty First Century", Albert and Hahnel, South End Press, 1991 & "The Political Economy of Participatory Economics", Albert and Hahnel, Princeton University Press, 1991). Cette proposition “libertaire” est surtout connue en Français par entre autre la présentation et le résumé de Normand Baillargeon ("Une proposition libertaire : l’économie participative" par Normand Baillargeon, 1999) ;

La Démocratie inclusive ou générale de Takis Fotopoulos ("Inclusive Democracy", ed. Kastaniotis, Athens, 1999, Takis Fotopoulos (2003), "Inclusive Democracy and Participatory Economics", Democracy & Nature, Volume 9, 2003, pages 401 - 425 - & "Vers une démocratie générale, une démocratie directe, économique, écologique et sociale", ed. Seuil, 2002), présenté par Jean-Claude Richard du groupe Henry-Poulaille de Saint-Denis, Le monde Libertaire, 13 mars 2003 ;

L’Économie Politique Mutualiste de Kevin Amos Carson, ("Studies in Mutualist Political Economy", Kevin A. Carson, ed. BookSurge Publishing, 2007 & "Organization Theory: A Libertarian Perspective" ed. BookSurge Publishing, 2008), dont notre camarade Gaël du groupe la Rue Râle, FA, nous a proposé l’approche particulière effectuée par l’Anarchist Federation (UK), grâce à sa traduction dans « Le Lien » BI FA n° 498 de Juillet 2012.



Ces manières de voir traduisent l’opposition, qu’il existe à l’intérieur du mouvement anarcho-libertaire, entre ceux qui croient à la nécessité d’une méthode scientifique pour mener à bien une Révolution évolutionniste, gradualiste et rationnelle de la société, au romantisme de ces inconditionnels de la Révolution insurrectionnelle décidés à réaliser coûte que coûte un modèle social idéal.
Face à ce constat, nos contradicteurs soulèvent un problème important, c’est qu’en général, les théories anarchistes restent floues et disent peu de chose sur le passage de la société étatique et capitaliste actuelle vers la société proposée par les anarcho-libertaire. En ce sens, ils jugent nos idées comme utopiques et irréalisables.

On est alors en droit de s’interroger sur l’attitude des anarchistes qui, généralement, nient que le sujet de l’économie ait un intérêt et une portée si essentiels qu’ils devraient redevenir l’une des principales bases de leur fondement.

Pour cette raison, la question de principe que nous devons d’abord nous poser reste la nécessité de réfléchir et de proposer, d’une façon pragmatique et donc pratique, l’organisation économico-politico-sociale des formes de sociétés à venir.

En tenant nécessairement compte de la diversité des cultures et des spiritualités. Les anarchistes doivent intégrer à leurs réflexions la complexité du monde au risque de bâtir sur du sable.

Nous nous devons de trouver une passerelle entre l’Action/Théorie(4) et la Théorie en action(5).

Nos propositions ne sont que des exemples pratiques ou théoriques examinés dans une période (un espace-temps) historique donnée. Elles resteront donc évolutives et seront même probablement remises en cause dans l’avenir ; car en effet, il n’y a pas de modèle économico-politico-social indépassable.

Cette préoccupation reste le principal sujet des anarcho-libertaires pour proposer un autre futur crédible.

En réalité, il n’y a de meilleur réalisme que celui des « révolutionnaires » qui, en critiquant la société actuelle, avancent une idée précise de celle qui doit la remplacer.

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1ère question : Qu’appelle-t-on « ÉCONOMIE » ?

L’ÉCONOMIE vient du grec oikos, famille/maison dans un sens proche du foyer et nomos, loi. Pour comprendre l’économie, dont notre vision a été falsifiée par les "sciences" économiques occidentales, il nous faut en revenir à sa définition aristotélicienne.

Aristote montre, dans "L’Éthique à Nicomaque", "La Politique" et "Les Économiques", la différence fondamentale entre l’économique et la chrématistique.

La chrématistique (de khréma, la richesse, la possession) est l’art de s’enrichir, d’acquérir des richesses, de faire du profit. Selon Aristote, elle est l’accumulation de la monnaie pour la monnaie et à la suite de Platon, il condamne ainsi le goût du profit et de l’accumulation de richesses. En effet, Il y a, ici, confusion entre le moyen et la fin, la monnaie est un moyen pour échanger des valeurs d'usage en vue de satisfaire la vie – au sens des besoins vitaux. La chrématistique ne consiste en revanche qu'à accumuler la richesse comme fin en soi, comme si celle-ci en elle-même pouvait épanouir l'être humain. Le système capitaliste et son évolution actuelle en économie de marché internationalisée sous le prétexte d’enrichir « les Nations » fait sans conteste partie de ce concept.

De fait, dans le langage d'Aristote, l’économie signifie la science, ou l'art, de gérer et de pourvoir au bien-être de l’οἷκος, c’est à dire la famille/maison (le foyer), première association naturelle à laquelle l'homme est socialement disposé. Et donc, par expansion à l’ensemble des structures, arrondissements, communes ou cités (dèmes ou dèmos, δῆμος / dêmos, au double sens de "circonscription administrative de base/peuple "), régions, pays qui fondent l’appartenance sociale et la Société. Pour lui, les Économies sont liées à des sujets comme, la règle ou gestion domestique (économie domestique), la Politique ou les politiques (économie-politique) et impliquent des règles d’éthiques (philosophie morale).

Spontanément, le grand public et nos économistes professionnels se représentent la structure économique de toute société à l’image de ce qu’elle est dans la nôtre, un ensemble d’institutions distinctes des autres rapport sociaux, politiques, familiaux, culturels, religieux, etc… Ils sont assujettis et aliénés à notre système de pensée occidentale ; ils font de l’occidentocentrisme.

Dans la culture occidentale, les sciences économiques ne sont en fait que l’étude de mathématiques probabilistes liées aux aspects financiers, productivistes, bancaires et boursiers de la structure politico-économique – chrématistique - du Capitalisme transformé en Économie de Marché.

Dans ce contexte, le Marché est liée à la tétrade, production (surproduction), consommation (consumérisme), échange (le Marché Internationalisé) et profit (enrichissement d’une oligarchie ploutocratique et à présent surenrichissement d’une élite transnationale).

Pourtant, la compréhension de l’Économie ne devrait pas être difficile. Après tout, la gestion politico-économique s’intéresse au pourquoi et au comment l’on doit effectuer une activité sociétale (ou «travail non salarial»), à ce qu’on produit, à la façon dont on en assure la distribution ou les services et, tout bien considéré, à l’usage qu’on en fait afin de répondre aux besoins fondamentaux de nos sociétés tout en respectant notre environnent et la diversité de nos niches écologiques.

Les économies humaines ne peuvent être abordées que par ses aspects sociologiques, ethnologiques, écologiques, voire archéologiques, c’est à dire anthropologiques et environnementalistes. Ils présentent donc des aspects divers – dans l’espace géographique et le temps historique. Et même si notre chape médiatico-culturelle cherche à nous imposer une représentation faussée de notre monde - la Terre - par des concepts globalistes occidentaux de « Mondialisation », « Globalisation du marché» et même « Empire(6) », la composition humaine de notre planète, en rapport avec la diversité biologique qui l’entoure, reste multiple: une mosaïque culturelle, économico-politique et écologique. Cependant nous tenons à préciser, ici, l’évolution du capitalisme occidental vers une Économie de Marché Internationalisée dont la sphère économique est gérée par une élite transnationale. Une réflexion réaliste ne peut se faire que face à ce constat.

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2ème question / Quelle Économie dans une société anarcho-Libertaire ?

Kropotkine écrivait dans " La science moderne et l’anarchie": « Aucune lutte ne peut avoir de succès, si elle reste inconsciente, si elle ne se rend pas un compte concret, réel, de son but. Aucune destruction de ce qui existe n’est possible, sans que, déjà pendant la période de destruction et des luttes menant à la destruction, on ne se représente mentalement ce qui va prendre la place de ce qu’on veut détruire. On ne peut pas faire une critique théorique de ce qui existe, sans se dessiner déjà dans l’esprit une image plus ou moins nette de ce que l’on voulait voir en lieu et place de ce qui existe.»

Cependant, Il n’est pas question ici, de répondre en proposant une sorte de pensum qui ne ferait que la somme de nos propres et uniques propositions.

Pour cela, nous vous offrons de bâtir cette réponse au cours d’échanges et de débats publics, que nous piloterons à partir d’idées-forces de l’Économie dans son sens le plus large.

Á la suite des prises de notes qui seront réalisées lors de ces confrontations avec le public, nous souhaitons élaborer une brochure qui présenterait « des propositions pour une Économie anarcho-Libertaire ».

De fait, cette Introduction doit être lue comme, pour reprendre une expression anglo-saxonne, un « work in progress », c’est-à-dire un travail en cours, une réflexion non finalisée.

Notes:

1) Jacques Ellul fait remarquer dans " De la révolution aux révoltes" que, depuis leurs origines, les acteurs révolutionnaires n'ont cessé de se focaliser sur la question de l'amélioration des institutions, ce qui n'a fait que renforcer l'appareil d'État et ce qui aboutit, selon lui, à un résultat totalement inverse à celui recherché : les individus cessent d'être révolutionnaires car ils délèguent aux appareils étatiques le soin d'opérer les changements de société (le réformisme est la confiscation par l'État de l'élan révolutionnaire). Dès lors, la révolution est à la fois (et paradoxalement) impossible - du fait que l'État bourgeois a "récupéré" à son profit tout le potentiel révolutionnaire et que la majorité des individus s'y conforment - et "nécessaire" - dans la mesure où le totalitarisme étatique va croissant [a]. "Croire que l'on modifiera quoi que ce soit par la voie institutionnelle est illusoire" conclue-t-il.

[a] Contrairement au ultra-libéraux et aux libertariens, nous pensons que croire que les États perdent de leur autorité devant le Marché est une erreur dans la mesure où celui-ci ne peut prospérer qu’avec l’aide de la force de coercition des autorités étatiques soumise à son économie transnationale. En effet, les États-nations existent encore et partagent leur pouvoir avec les entreprises transnationales, dans le cadre d’un système où l’État a comme rôle réduit d’assurer un cadre stable au fonctionnement économiques mis en place par l’élite du Marché internationalisé (voir Takis Fotopoulos).

2) Au sens de Proudhon, l’Anarchisme est une théorie adéquate à l’action, c'est-à-dire ni une idéologie, ni un dogme, ni un modèle, ni une abstraction, ni un précepte, mais une force mobilisatrice et créative nécessairement adaptative et évolutive.

3) La théorie inductive est définie comme l’opération par laquelle l’esprit part des faits particuliers pour s’élever à une loi générale.
Son principe est représenté de la manière suivante : Observation puis Constat puis Principe énoncé.
Elle doit respecter les trois phases de base :

a) la phase de contextualisation, c’est à dire que l’observateur part d’une situation concrète pour amener le thème étudié qui devra être trouvé par la projection textuelle de l'univers interprétatif de l’observateur.

b) la phase de conceptualisation qui a pour objectif de permettre à l’observateur de déduire à partir des situations des généralités.

c) la phase de recontextualisation durant laquelle l’observateur doit transformer les concepts trouvés et définis sur une autre situation.

Durant ces trois phases, l’observateur est acteur. On peut donc dire que la méthode inductive est une méthode active grâce à laquelle l’observateur participe pleinement au processus aboutissant à la formulation de Principes interprétant l’observation.

Les sciences économiques et sociales suivaient, à l’origine, une méthode inductive. Celle-ci ne doit pas être confondue avec les "fausses méthodes inductives" qui conduisent à des démarches inorganisées, à des discussions de « café du commerce » ou à des formules « pseudo-inductive ».

4) L’action/théorie, c’est la pratique qui devient une méthode.
Elle se définit comme une connaissance qui se base sur l’action (l’opération par qui produit une conséquence (un effet) sous l’influence de l’individu qui agit de lui-même), qui n’est plus spéculation (ni une observation, ni une réflexion intellectuelle portant sur des objets abstraits) mais réaliste ; elle donne alors une représentation matérielle, proche ou identique à "ses" applications.

5) Une théorie en action signifie une idée ou connaissance spéculative et vraisemblable mise en pratique dans le domaine du réel.

6) En référence au livre de Michael Hardt et Antonio Negri, "Empire", Exils, (fr) 2000.


* Anarcho-libertaire, est un néologisme introduit au début des années 1990, par les institutions policières et médiatiques pour stigmatiser les milieux ou la mouvance, qui se situent hors de l’anarchisme organisé, comme certains anarchistes, libertaires et autonomes afin de les faire passer pour des groupes informels violents, des « terroristes » : car, l’anarchiste est « un poseur de bombe ». On peut se dire de prime abord qu’ «anarcho-libertaire» est un bel exemple de redondance. Cependant, l’expression est utilisé ici, dans un autre sens, celui de mettre en exergue l’Anarchisme et l’anarchiste en prévalence avant le libertaire, en recherchant à rattacher les deux termes qui malgré certaines affirmations non pas la même valeur sémantique et ne sont pas équivalent. L’anarchisme est une « idéofortie(2) » qui est un au-delà à la démocratie, alors que le mouvement libertaire (libertairisme) n’est qu’une défense du droit à la liberté individuelle, assimilé aux États-Unis aux « libertariens de Gauche » et parfois même en France, à un simple « Nietzschéen hédoniste ». Comme la très bien souligné Claude Fréjaville dans le Monde Libertaire n° 1663 de mars 2012 : « On a admis depuis la synonymie des termes libertaire et anarchiste, mais il convient de noter qu’ils sont utilisés avec les nuances fournies par leurs définitions respectives. Le libertaire est attaché à la liberté et aux droits individuels, alors que l’anarchiste est avant tout anti-autoritaire et socialiste. […] (L’) anarchisme ne peut pas se réduire à une simple intention ou volonté libertaire. L’anarchisme a une histoire, des théories et ne fait pas de la liberté un dogme qui pourrait contrarier l’idée même de la justice sociale. Notre mouvement doit être considéré avec ce qu’il renferme d’enseignement et de réflexions et il n’était pas inutile de rappeler ici que s’il y a bien chez tout anarchiste un libertaire, il n’est pas toujours possible d’affirmer le contraire. »
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Re: QUELLE ECONOMIE ANARCHISTE ?

Messagede frigouret le Jeu 23 Mai 2013 12:48

J'aime bien l'approche pluraliste de cette conférence, malheureusement passée. Il me semble qu'elle fait partie d'un cycle de conférence, d'autres dates ?
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Re: QUELLE ECONOMIE ANARCHISTE ?

Messagede ECR le Jeu 10 Déc 2015 15:05

Voici quelques mois que je me suis mis à la traduction de l'ouvrage de Wayne Price L’Économie de Marx pour les Anarchistes - Une Introduction Anarchiste à la Critique de l'Economie Politique de Karl Marx

Les chapitres seront publiés à raison d'un par semaine sur le site d'ECR :
http://espritcritiquerevolutionnaire.revolublog.com/publications-hebdomadaires-de-l-economie-de-marx-pour-les-anarchistes--a119168394

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Re: QUELLE ECONOMIE ANARCHISTE ?

Messagede ECR le Jeu 10 Déc 2015 15:44

Soit dit en passant :

Concernant l'économie, Marx Il n'a certes pas inventé grand chose, s'est largement inspiré de Smith, Ricardo, ou même Proudhon. Mais il a donné du sens à la critique de l'économie politique et nous a laissé une théorie bien plus systématique que celle des auteurs anarchistes, qui, de surcroit permet encore d'expliquer la réalité et les mouvements du capitalisme et les causes profondes de ses crises : discordance temporelle dans la circulation du capital, absence de coordination (anarchie de la production), séparation des acheteurs et des vendeurs, concurrence, disproportion, croissance de la mécanisation ; ainsi que de ses manifestations de base : baisse tendancielle du taux de profit, surproduction, problèmes de réalisation.
Une société anarchiste émancipée du capitalisme devrait penser les conditions permettant de régler ces problèmes. Et à ce niveau, ni le mutuellisme, ni le collectivisme anarchiste (celui de la tendance des successeurs de Bakounine qui s'était opposé aux communistes anarchistes vers 1875-1880), ne sont en mesure de régler ces problèmes. Seul le communisme le peut. Mais communisme est un grand mot, et encore faut-il en définir les critères. Pour moi, ce serait :
-Propriété commune, gérée démocratiquement par la société, sur la base du fédéralisme, de la démocratie directe et du mandat impératif.
-Suppression de l'échange marchand, de la monnaie, de l'argent.
-choix de production à travers des débats démocratiques (l'offre et la demande sont débattues en assemblées générales, plutôt que de se régler sur le marché).
-recensement des besoins en amont de la production.
-La société intègre tous ses membres dans la production, pour un temps égal pour chacun/chacune.
-De la participation à la production de la société découle un droit de retrait d'une part égale du produit social pour chacun/chacune de ses membres (qui se fait sous forme de distribution directe).
-La société décide de ce qui s'applique à la production commune et de ce qui relève d'une production spécifique (la production spécifique s'organise librement entre personnes volontaires, sur le temps libre - celui qui ne relève pas du temps de production commun).
Avec cette base, il me semble que l'on peut avoir l'égalité, plus de temps libre et neutraliser la conditions de la crise.

*J'aimerai bien savoir de quelle manière Cornelissen réfute la théorie de la valeur travail de Marx. Il est souvent dit qu'il l'a réfutée jamais expliquer en quoi... Le peu que j'ai pu en lire, dans un pdf sur Monde-Nouveau, traite de dimension assez relatives de la théorie de la valeur, à travers la symbolique des marchandises. Ça apporte surtout de nouvelles contre tendances à la théorie de Marx sur la baisse des prix et des profits, mais ne réfute pas la théorie pour autant la théorie de la valeur travail.

**Concernant Pierre Besnard, ses erreurs sont de confondre surproduction et sous consommation, et de ne pas comprendre les problèmes structurels (les potentialités de crise) que pose un système ou les échanges sont basés sur de la monnaie-argent.
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Re: QUELLE ECONOMIE ANARCHISTE ?

Messagede Pierre-Joseph le Mar 5 Jan 2016 23:45

Je ne pense pas que Marx a donné du sens à la critique de l'économie politique et nous a laissé une théorie bien plus systématique que celle des auteurs anarchistes.
Au contraire, depuis plus d'un siècle, le marxisme a abondamment contribué à son maintien par la grave insuffisance critique de sa théorie qui, loin des objectifs révolutionnaires, préserve l'essentiel des préceptes économiques et donc du système d'exploitation.

D'abord, comme tous les économistes, Marx et les marxistes ne remettent pas en cause le postulat d'Adam Smith « tout travail laisse un excédent » qui sert de fondement à l'Économie. Tout au contraire de Proudhon, pour qui « le principe que tout travail doit laisser un excédant n'est autre que la consécration du droit constitutionnel que nous avons tous acquis par la révolution, de voler le prochain », Marx et ses fidèles disciples se contentent de baptiser cet excédent plus-value et la définissent comme la valeur du surtravail. Ce n'est qu'un rhabillage de l'économie politique, non une critique et, encore moins une remise en cause de ce qui la fonde: le droit de voler. Marx et ses disciples prétendent dénoncer l'exploitation mais ils la consacrent.

Une image simple permet de visualiser cette hypocrisie : admettons comme Marx que le travail d'un ouvrier dans une usine puisse être divisé entre travail nécessaire et surtravail, admettons comme Marx que ce surtravail ait une valeur bien déterminée sans se poser la question de qui la détermine, enfin, restituons cette valeur à l'ouvrier. Celui-ci est-il libéré de l'exploitation ? Selon Marx oui ! Pourtant, cet ouvrier continue à pointer tous les matins à la même heure qu'il n'a pas choisie, à faire un travail ingrat qu'il n'a pas choisi, à obéir aux ordres d'un patron qu'il déteste autant même si celui-ci ne s'enrichit plus que par son propre « travail nécessaire », tout cela en échange de quelques billets dont la valeur est fixée indépendamment de lui, par les économistes. Voilà selon Marx un monde libéré de l'exploitation, quelle foutaise!

Les marxistes croient que l'exploitation des travailleurs se mesure à la part de la plus value sur le travail, c'est à dire que seule la plus-value génère de l'exploitation. En réalité, le capitalisme n'a pas besoin de plus-value pour exister. D'ailleurs l'aboutissement logique de l'accumulation est la disparition de la plus-value: si tout le capital passe entre les mains d'un seul (un groupe de propriétaires ou un état) alors l'accumulation n'est plus possible puisque tout a déjà été accumulé mais l'exploitation des travailleurs est la même parce que l'organisation du travail est la même : mêmes structures, mêmes usines, même division du travail, etc.

Pour maintenir cette illusion de plus-value, les économistes sont obligés de forger des concepts très douteux, tels que l'accumulation élargie par exemple, et les états sont forcés de réinjecter de l'argent liquide dans les banques, comme en 2008, pour qu'elles puissent continuer à créer de l'argent sur la base du crédit, c'est à dire de rien.

Proudhon le signalait déjà dans Philosophie de la misère en 1843 : « N'est-ce pas en vertu de cette contradiction qu'on entend sans cesse répéter dans les cours, et qu'on lit dans les ouvrages d'économie politique, cette hypothèse absurde : Si le prix de TOUTES choses était doublé... Comme si le prix de toutes choses n'était pas la proportion des choses, et qu'on pût doubler une proportion, un rapport, une loi! »

Les économistes, marxistes et autres, sont pires que des pyrrhoniens, ils refusent d'admettre que celui qui possède tout ne peut plus s'enrichir d'avantage, ils refusent d'admettre cette évidence pour vrai qu'il est impossible de posséder plus que tout. Non ! Ils préfèrent le mot de Tertullien sur l'Évangile, credo quia absurdum.

Contrairement à ce que pense Marx, l'État est toujours un exploiteur, qu'il extraie ou non de la plus value, parce qu'il peut prétendre aussi, pour justifier ses revenus, sa domination et l'exploitation qui s'en suit, que son travail est nécessaire et que tout travail mérite salaire. La plus-value peut aisément se transformer puisqu'elle n'est qu'une vue de l'esprit et prendre la forme, par exemple, d'un salaire. La dernière trouvaille de la division du travail en fournit d'ailleurs une illustration percutante dans le métier de trader. Certains capitalistes trouvent encore trop fatiguant de placer eux-mêmes leur capital et louent les services d'un travailleur pour s'en occuper. Ainsi, extraire de la plus-value d'un capital devient un travail ! Je laisse le soin aux marxistes d'y distinguer la part du surtravail et la part du travail nécessaire...

Cette distinction n'a d'ailleurs aucun fondement. Alors que la valeur est déterminée par la loi de l'offre et de la demande et que cette valeur est sujette à des aléas constants, mathématiquement indéterminables, Marx prétend que cette valeur se décompose en deux quantités bien déterminées : la valeur du travail nécessaire et celle du surtravail. Mais par quel miracle une valeur indéterminable, a priori, se transforme en deux valeurs déterminées chacune par une quantité de travail ? Il faudrait pour cela que la loi de l'offre et de la demande fixe la valeur de chaque produit en fonction de la quantité de travail fournie pour sa réalisation or ce n'est pas le cas. Si un produit nécessite beaucoup de travail mais n'est pas demandé, alors il ne vaut rien et aucun capitaliste ne pourra extraire une plus value de sa production, ni aucun travailleur un salaire. Ainsi, malgré ce que postulent les économistes, il peut arriver que le travail ne laisse aucun excédant, ni le capital aucune plus-value mais, au contraire, une perte lorsque la loi de l'offre et de la demande est défavorable.

Avant que Marx n'est formulé cette théorie de la plus-value, Proudhon en dénonçait déjà l'illusion : « Comment si l'offre et la demande sont la seule règle des valeurs, peut-on reconnaître ce qui excède et ce qui suffit ? Ni le prix de revient, ni le prix de vente, ni le salaire, ne pouvant être mathématiquement déterminés, comment est-il possible de concevoir un surplus, un profit? »

Il ne s'agit pas de nier que les capitalistes volent les travailleurs mais, au contraire, de critiquer sans concessions toutes les théories économiques sur l'excédant ou la plus value (c'est la même chose) parce qu'elles tendent à réglementer ce vol en en faisant une loi économique.

Enfin, outre ces défauts théoriques, l'analyse marxiste, en ne percevant le problème de l'exploitation des travailleurs que sous le prisme de la plus-value, n'est qu'une œillère, qui conduit moins à cerner le problème qu'à en masquer l'essentiel. Pour pendre un exemple, il est clair que la division du travail, qui sépare activité intellectuelle et activité manuelle, qui spécialise et réduit toujours le champ de chacune de ces activités à très peu de choses, qui abrutit l'artisan en en faisant le simple rouage d'une machine qui le dépasse, est au moins autant à la source des inégalités sociales et de l'exploitation des travailleurs que la plus-value qui obsède Marx et les marxistes.
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Re: QUELLE ECONOMIE ANARCHISTE ?

Messagede frigouret le Mer 6 Jan 2016 22:36

Une économie anarchiste c'est une économie sans prolétaires.

Un prolétaire ne possède que lui même, c'est donc un individu libre, mais ce n'est pas assez.car tout individu est naturellement riche des ressources de la terre,. Si un individu n'est pas riche c'est qu'il a été volé, un prolétaire est un exproprié.

Mais enfin il faut bien que la terre aille au paysan, l'argile au potier et le bois au charpentier et c'est bien un droit exclusif sur les ressources qui fonde la liberté et l'indépendance du paysan, du potier et du charpentier.

La propriété c'est le vol et la liberté. Il ne faut pas renoncer a la liberté mais aussi il faut réparer le vol.

Tout individu doit être garanti d'un capital minimum annuel en compensation de la privatisation des ressources.

Dans un monde équitable l'accès aux ressources pourrait être conditionné a l'utilisation d'une monnaie fondante dont la fonte annuelle alimenterait le capital minimum garanti.a chacun.

Ce n'est pas le capitalisme qu'il faut abolir, mais le prolétariat.

Sur ces bases nous pouvons fonder une économie anarchiste du laissez faire basée sur la liberté individuelle, l'égale liberté , et la libre formation des prix par la subjectivité des acteurs économique.
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Re: QUELLE ECONOMIE ANARCHISTE ?

Messagede frigouret le Dim 18 Déc 2016 16:44

Bien sur que celui qui possède tout peut encore s'enrichir, grâce à son travail par exemple, mais aussi la nature produit continuellement de nouvelles richesses.

En fait toutes richesses sont dans des cycles de destruction/création, et nous mêmes sommes aussi dans ces cycles, la vie nous dépasse.
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Re: QUELLE ECONOMIE ANARCHISTE ?

Messagede Lehning le Lun 19 Déc 2016 18:59

Bonsoir !

Pfiou... alors que la sur-consommation de la planète est assez flagrante today, non tout va bien pour Frigouret... La nature produit toujours de nouvelles richesses... C'est un puits sans fond... On peut continuer donc, d'après lui, à exploiter au maximum. Hein, n'est-ce pas Frigouret ?

Et pis, on peut avoir bonne conscience, la vie nous dépasse... :religion: (çà nous fait un bon alibi^^).

On peut donc, encore et toujours, selon Frigouret, expliqué dans le texte, consommé à mort, exploité, piller.
Tout le credo libertarien en filigrane bien entendu.
Ecraser les autres est aussi fortement conseillé.

Salutations Anarchistes !
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Re: QUELLE ECONOMIE ANARCHISTE ?

Messagede frigouret le Lun 19 Déc 2016 19:43

Mais non , d'abord je suis paysan et c'est mon métier de vivre de la nature dans le respect de sa fertilité, question de survie.
En fait j'avoue que je voulais surtout "brancher" Kaiwa 1234 qui parseme le forum d'interventions laconiques et enigmatiques afin d'échanger avec lui.
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Re: QUELLE ECONOMIE ANARCHISTE ?

Messagede frigouret le Mar 20 Déc 2016 10:49

A mon avis poser la question de l'économie anarchiste c'est poser la question du droit anarchiste, après tout économie signifie les "normes de la maison".
Toujours à mon avis l'idéal anarchiste c'est la parfaite égalité de droit, en effet la situation de gouverné ou de gouvernant est le résultat d'une inégalité en droit.
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Re: QUELLE ECONOMIE ANARCHISTE ?

Messagede Nadia le Mar 24 Jan 2017 03:29

frigouret a écrit:d'abord je suis paysan.

C'est vrai? Où ça, guignol? Parce que moi, je suis vraiment agricultrice, alors ça m'intéresse, les collègues, tu vois.
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Re: QUELLE ECONOMIE ANARCHISTE ?

Messagede frigouret le Mar 24 Jan 2017 05:21

Tu veux que je te fasse des petits ouvriers agricoles ?
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