insurrectionnisme et "anarchistes insurrectionnels"

Espace de débats sur l'anarchisme

Re: insurrectionnisme et "anarchistes insurrectionnels"

Messagede chaperon rouge le Sam 27 Déc 2008 19:21

arvn d a écrit:Salut, je m'immisce dans le débat, j'espère ne pas faire hors sujet mais, à mon avis, on parle d'écrits, de pratiques et d'individus que l'on ne connait pas. Pour avoir plus d'élements sur des théoriciens ou des revues qui mettraient en avant l'insurrectionnisme" ou insurrectionnalisme", je pense que l'on peut essayer de lire (beaucoup d'écrits en anglais) ces différentes revues


Salut arvn d, merci pour les liens. C'est assez difficile de résumer en quelques lignes, au niveau de la définition j'aimerais savoir sur quels points n'es tu pas d'accord avec ce que j'ai avancé plus haut et sur quels points mettrais-tu davantage/moins d'emphase, etc.. ce genre de trucs...

À propos de la fin et des moyens, je sais pas trop... les tendances anti-civilisationnelles, post-gauchistes, primitivistes, lifestylists,... donnent un sens à ce truc pas très social et souvent plutôt émotif et personnel - la révolution apparaissant même comme désormais impossible pour certaines. La divergence me semble ainsi profonde sur ce truc que tu avances et on la voit parfois apparaitre sur le forum comme une dialectique. Pourtant on en parle pas en tant que tendance organisationelle contre tendance anti-organisationnel et il me semble y avoir tout de même un quasi-consensus sur la nécessité de s'organiser dans les milieux sociaux et de militer.
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Re: insurrectionnisme et "anarchistes insurrectionnels"

Messagede arvn d le Sam 27 Déc 2008 19:58

Ben déjà il y a une première chose:

Entre les écrits et leurs interprétations, il y a parfois un monde. Une mauvaise interprétation de Bonnano peut mener à une sorte de nihilisme (ce que j'avais reproché à une affiche qui ne souhaite que la destruction et vive le feu, tout ça tout ça).

Personnellement, je ne pense pas que j'ai le droit de distribuer des bons points et des mauvais points d'anarchisme, d'ailleurs, comme je l'ai écrit ailleurs, je tend vers l'anarchisme, c'est ce qui me motive, mais je ne prétend pas, comme certains, être anarchiste, avec le badge, la musique, les fringues qui vont avec. Ca m'emmerde autant que les punks à crète. Bon bref revenons au sujet.

Avec Bonnano, par exemple, je reste sur ma faim même si j'aime bien ça prose, de meilleur acabit que ses suiveurs.
Il n'y a pas de perspectives, autres que la joie dans la révolte, la révolution, c'est une sorte de critique totale, complète de la société capitaliste et de ses valeurs par les gestes autant que par la parole et les écrits, la destruction de ce monde mais au-delà, quels objectifs on se fixe, cette quête de pureté est comme un vertige.
Ce que l'on désigne ou que se réclame de l'"insurrectionnnisme" (je suis allé voir sur le lien que tu nous a filé, j'ai parcouru,et ils sont rigolos à en devenir triste) et qui s'éclate en brulantdes bagnoles de luxe ou en attaquant des magasins de fourrure, ben ça m'emmerde, et je les distingue grandement de ceux, que l'on désigne aujourd'hui sous le terme de Mouvance anar-autonome et qui luttent contre les CRA (entre autres). Pour moi on ne peut pas les mettre dans le même "panier". Et je serai toujours solidaire.
Après le mieux, c'est le dialogue, connaitre le fond, leurs espoirs, leurs désirs, ce qui les motivent et après peut-être que ce débat deviendra pertinent.
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Re: insurrectionnisme et "anarchistes insurrectionnels"

Messagede willio le Sam 27 Déc 2008 20:09

arvn d a écrit:Ce que l'on désigne ou que se réclame de l'"insurrectionnnisme" (je suis allé voir sur le lien que tu nous a filé, j'ai parcouru,et ils sont rigolos à en devenir triste) et qui s'éclate en brulantdes bagnoles de luxe ou en attaquant des magasins de fourrure, ben ça m'emmerde, et je les distingue grandement de ceux, que l'on désigne aujourd'hui sous le terme de Mouvance anar-autonome et qui luttent contre les CRA (entre autres). Pour moi on ne peut pas les mettre dans le même "panier". Et je serai toujours solidaire.

En quoi ces gens t'emmerdent ?
Vous avez cru jusqu’à ce jour qu’il y avait des tyrans ? Et bien ! vous vous êtes trompés, il n’y a que des esclaves : là où nul n’obéit, personne ne commande.
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Re: insurrectionnisme et "anarchistes insurrectionnels"

Messagede Olé le Sam 27 Déc 2008 20:10

Je réagis juste sur un point futile mais qui m'a un peu interpelé...

arvn d a écrit:
Personnellement, je ne pense pas que j'ai le droit de distribuer des bons points et des mauvais points d'anarchisme, d'ailleurs, comme je l'ai écrit ailleurs, je tend vers l'anarchisme, c'est ce qui me motive, mais je ne prétend pas, comme certains, être anarchiste, avec le badge, la musique, les fringues qui vont avec. Ca m'emmerde autant que les punks à crète. Bon bref revenons au sujet.


Si l'anarchisme te motive en quoi ne peux tu pas te réclamer libertaire ou anarchiste? Ce n'est pas une case ou une étiquette, du moins à mon sens, mais tout l'inverse, une ouverture. Et il n'appartient à personne de dire si tu es anar ou pas, mais à toi seul. Il n'y a pas de label ou que sais-je encore, de diplôme du parfait anar. Et aucun anar ne prétend atteindre une "perfection" idéologique ou vivre en symbiose parfaite avec un idéal ou une philosophie. Les contradictions ou les paradoxes font partie de l'humain.
Et l'anarchisme n'est pas une mode vestimentaire avec des codes esthétiques ou musicaux, ça ce n'est qu'une vue simpliste voulue par les médias.
Exemple personnel, je n'ai aucun badge, je n'aime pas la musique punk... bref dsl du hs.
Pour le sujet, rien à dire de plus que mon premier post.
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Re: insurrectionnisme et "anarchistes insurrectionnels"

Messagede arvn d le Sam 27 Déc 2008 20:20

willio a écrit:En quoi ces gens t'emmerdent ?


La joie de la destruction pour la destruction, je ne vois pas de sens (s'en vanter sur le net...). Mais je t'avoue que ce qui me plairait ce serait d'en parler avec eux.
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Re: insurrectionnisme et "anarchistes insurrectionnels"

Messagede arvn d le Sam 27 Déc 2008 20:24

Léo a écrit:Je réagis juste sur un point futile mais qui m'a un peu interpelé...

Si l'anarchisme te motive en quoi ne peux tu pas te réclamer libertaire ou anarchiste? Ce n'est pas une case ou une étiquette, du moins à mon sens, mais tout l'inverse, une ouverture. Et il n'appartient à personne de dire si tu es anar ou pas, mais à toi seul. Il n'y a pas de label ou que sais-je encore, de diplôme du parfait anar. Et aucun anar ne prétend atteindre une "perfection" idéologique ou vivre en symbiose parfaite avec un idéal ou une philosophie. Les contradictions ou les paradoxes font partie de l'humain.
Et l'anarchisme n'est pas une mode vestimentaire avec des codes esthétiques ou musicaux, ça ce n'est qu'une vue simpliste voulue par les médias.
Exemple personnel, je n'ai aucun badge, je n'aime pas la musique punk... bref dsl du hs.
Pour le sujet, rien à dire de plus que mon premier post.


Pour moi c'est une étiquette, je préfère l'anarchie comme but. Pas besoin de me réclamer ceci ou cela, c'est participer à l'etiquetage social, les tribus à la con et l'atomisation de la société.
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Re: insurrectionnisme et "anarchistes insurrectionnels"

Messagede willio le Sam 27 Déc 2008 20:34

arvn d a écrit:
willio a écrit:En quoi ces gens t'emmerdent ?


La joie de la destruction pour la destruction, je ne vois pas de sens (s'en vanter sur le net...). Mais je t'avoue que ce qui me plairait ce serait d'en parler avec eux.

C'est toi qui interprètes ça comme ça (la destruction pour la destruction). Tu crois que c'est le but ? Pourquoi choisir sa cible (luxe, fourrure, etc.) et ne pas tirer au hasard à ce moment là ?

Pour l'étiquette "anar" je suis d'accord avec Léo. L'anarchisme n'est pas une catégorie enfermante comme d'autres.
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Re: insurrectionnisme et "anarchistes insurrectionnels"

Messagede arvn d le Sam 27 Déc 2008 20:42

Oui en effet, je l'interprètes comme cela à défaut d'en savoir plus. J'aimerais savoir comment ils imaginent la portée de leurs gestes.
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Re: insurrectionnisme et "anarchistes insurrectionnels"

Messagede chaperon rouge le Sam 27 Déc 2008 21:39

Des contacts que j'ai pu avoir, la révolution n'est pas tant le but de ces "insurrectionnistes" que de libérer un moment et un espace et y "vivre pleinement/librement", "sans autorité". La façon que j'ai écrit le terme ici est volontairement un anglicisme puisque c'est surtout en anglais que j'ai vu apparaître le terme. Quant à un lien avec la tendance "anarcho-insurrectionnaliste" avouée de Bonnano, je peux pas trop dire je connais vraiment pas le bonhomme. Toutefois, en Europe, je suis à peu prêt certain qu'une frange du mouvement autonome, porte les mêmes analyses que les insurrectionnistes tranchant avec les autonomes sociaux au point où pourrait être porté à se demander si il y a récupération du phénomène. Après tout de ce que j'ai pu apprendre ces derniers mois, cette partie d'autonomes sociaux ont des idées très proche de celles des communistes libertaires même s'ils/elles recherchent des orgas moins contraignantes sur certains aspects, tandis que l'autre partie semble quasiment prête à s'y opposer directement(de ce qui se dit bien sûr)[vous comprendrez que c'est très vulgarisé pour en arriver à 2 parties noires et blanches].
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Re: insurrectionnisme et "anarchistes insurrectionnels"

Messagede chaperon rouge le Dim 28 Déc 2008 18:23

Par rapport à ton deuxième message Léo où tu avances que c'est un courant qui amène une vue "dualiste voire manichéenne", je crois, comme dans mon dernier message, que c'est assez vrai. J'avance justement dans le dernier message qu'il m'apparait qu'il puisse être possible de trancher le mouvement autonome sur ces bases, mais je peux me tromper. Il y a un faussé certain dans le mouvement entre les idées anti-organisationnelles et celles sociales et je me demande sur quelle base l'existence de celui-ci est rejeté du revers de la main.

Il y a bien des critiques sur des moyens organisationnels par les autonomes qui prisent au sens radical peuvent amener des individus à rejeter toute forme de militantisme pour se replier dans l'isolation. C'est en partie ainsi que le lien m'apparait frappant et d'amener ces idées nord-américaines ici me semblent pouvoir jeter l'éclairage sur des trucs qui me semblent occultés(et la tendance autonome reste très floue pour moi-voir un énorme ramassis).
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Re: insurrectionnisme et "anarchistes insurrectionnels"

Messagede yves le Jeu 1 Jan 2009 23:50

chaperon rouge a dit : la tendance autonome reste très floue pour moi-voir un énorme ramassis

Je dis c'est idem pour les individualistes que j'invite à s'associer en application de la part 3 du petit manuel anarchiste individualiste de émile ARMAND

Que chaque sensibilité anarchiste s'organise ON AVANCERA MIEUX Yves
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Re: insurrectionnisme et "anarchistes insurrectionnels"

Messagede vroum le Sam 11 Avr 2015 09:05

Anarchisme, insurrections et insurrectionnisme

L'insurrection - le soulèvement armé du peuple - a toujours été proche du coeur de
l'anarchisme. Les premiers documents programmatiques du mouvement anarchiste ont été
rédigés par Bakounine et un groupe d'insurrectionnistes républicains de gauche
européens lorsqu'ils se rapprochèrent de l'anarchisme en Italie dans les années
1860. Cette démarche ne marqua pas une rupture avec l'insurrectionnisme mais avec le
républicanisme de gauche, peu après que Bakounine eut participé à une insurrection à
Lyon, en 1870. La politique révolutionnaire européenne des cent années précédentes
avait été dominée par des insurrections depuis que le succès de la révolution
française en 1789 avait déclenché le processus qui aboutit au renversement de
l'ordre féodal dans tous les pays. La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789,
avait montré le pouvoir du peuple en armes, et ce moment insurrectionnel a changé
l'histoire de l'Europe alors qu'il mobilisa sans doute seulement quelques milliers
de personnes.


Insurrection et politique de classe

1789 a aussi inauguré un modèle politique selon lequel, même si les travailleurs
représentaient la masse des insurgés, c'était la bourgeoisie qui en recueillait les
fruits et réprimait ensuite les masses lorsqu'elle mettait en place sa domination de
classe. Cette leçon ne fut pas perdue pour ceux qui considéraient que la libération
devait entraîner la libération économique et sociale de tous, et ne pouvait être
réduite au droit d'une nouvelle classe à exploiter « démocratiquement » les masses.

Au cours des insurrections républicaines qui éclatèrent en Europe durant le siècle
qui suivit, et en particulier en 1848, le conflit entre les capitalistes
républicains et la petite et moyenne bourgeoisie, d'un côté, les masses
républicaines de l'autre, devint de plus en plus aigu. Vers les années 1860, ce
conflit aboutit à l'émergence d'un mouvement spécifiquement socialiste ; celui-ci
comprit que la bourgeoisie républicaine n'allait plus combattre pour la liberté en
faveur de tous, mais contre elle, y compris aux côtés des partisans de l'ordre
ancien, si nécessaire. C'est l'expérience de l'insurrection polonaise de 1863, à la
suite de laquelle il devint clair que les bourgeois républicains craignaient
davantage une insurrection paysanne que la domination tsariste, c'est cette
expérience donc qui convainquit Bakounine. Désormais le combat pour la liberté
allait devoir être mené sous un nouveau drapeau - un drapeau qui chercherait à
organiser les masses travailleuses uniquement pour leurs intérêts propres.

Les premiers anarchistes adoptèrent les nouvelles formes d'organisation ouvrière qui
étaient en train de naître, et en particulier l'Association internationale des
travailleurs, autrement dit la Première Internationale. Mais même s'ils
reconnaissaient le pouvoir de la classe ouvrière organisée en syndicats,
contrairement à la majorité des marxistes ils ne considéraient pas que cela
signifiait que le capitalisme pouvait être réformé. Les anarchistes insistaient sur
le fait qu'il faudrait encore des insurrections pour renverser la vieille classe
dominante.

Les premières insurrections anarchistes

Les tentatives anarchistes de déclencher des insurrections s'étendirent en même
temps que le mouvement grandissait. En fait, avant même l'insurrection lyonnaise, un
anarchiste (Chávez López) fut impliqué dans un mouvement insurrectionnel indigène au
Mexique. En avril 1869, il publia un manifeste appelant « le principe révéré des
gouvernements autonomes de village à remplacer la souveraineté d'un gouvernement
national qui n'est que le collaborateur corrompu des grands propriétaires fonciers
(1) ». En Espagne, dans les années 1870, durant lesquelles les tentatives des
ouvriers de former des syndicats furent violemment réprimées, les anarchistes
participèrent à de nombreuses insurrections, et dans le cas des petites villes
industrielles, ces soulèvements réussirent à l'échelle locale durant la grande
révolte de 1873.

À Alcoy, par exemple, après que les ouvriers des usines de papier eurent été
réprimés parce qu'ils luttaient pour la journée de 8 heures, ils « s'emparèrent des
usines et y mirent le feu, ils tuèrent le maire et défilèrent dans les rues en
brandissant les têtes des policiers qu'ils avaient tués (2) ». En Espagne, on
assista à de nombreuses insurrections dirigées par des anarchistes avant celle qui
remporta le plus grand succès, répondit au coup d'Etat de juillet 1936 et faillit
écraser les fascistes.

En Italie, en 1877, Malatesta, Costa et Cafiero se dirigèrent avec un groupe
d'hommes armés vers deux villages de Campanie. Une fois arrivés, ils mirent le feu
aux registres des impôts et proclamèrent la fin du règne du roi Victor Emmanuel ;
malheureusement leur espoir de déclencher une insurrection s'écroula et l'armée
intervint rapidement. Bakounine avait déjà été impliqué dans une tentative de
déclencher une insurrection à Bologne en 1874.


Les limites des insurrections

Parmi ces premières tentatives d'insurrection beaucoup subirent une sévère
répression étatique. En Espagne, le mouvement anarchiste fut obligé de plonger dans
la clandestinité vers le milieu des années 1870. Cela conduisit au développement de
la « propagande par le fait » : certains anarchistes réagirent à cette répression en
assassinant des membres de la classe dirigeante, y compris plusieurs rois et
présidents. À son tour, l'Etat intensifia sa répression. Après qu'un attentat à la
bombe eut été commis, 400 personnes furent arrêtées et conduites dans une tour à
Barcelone en 1892 où elles furent torturées. On leur arracha les ongles ; on pendit
les hommes par les pieds ; on leur écrasa et brûla les testicules. Plusieurs
décédèrent à la suite de ces tortures avant d'être jugés, et cinq furent exécutés au
terme du procès.

Sur le plan théorique, l'erreur commise par les anarchistes durant cette période fut
de croire que les travailleurs voulaient partout se soulever et que tout ce que les
groupes anarchistes avaient à faire, c'était d'allumer la mèche qui allait
déclencher l'insurrection. Cette faiblesse ne caractérisait pas seulement
l'anarchisme - comme nous l'avons vu, elle touchait aussi le républicanisme radical.
Ce qui explique pourquoi, parfois, comme en Espagne et à Cuba, les anarchistes et
les républicains combattirent ensemble contre les forces de l'Etat. Dans d'autres
pays, la gauche adopta aussi cette attitude ; ainsi, durant l'Insurrection de Pâques
1916, en Irlande, les syndicalistes révolutionnaires et les nationalistes conclurent
une alliance.

Cependant l'approche organisationnelle originelle des anarchistes rassemblés autour
de Bakounine ne se limitait pas à tenter d'organiser des insurrections, elle
impliquait aussi leur participation aux luttes de masse des travailleurs. Si
certains anarchistes réagirent, dans ces circonstances, en développant l'idéologie
de l'« illégalisme », la majorité d'entre eux commencèrent à se tourner vers ces
luttes de masse. En particulier, ils entrèrent dans des syndicats de masse ou
contribuèrent à les construire sur une position syndicaliste révolutionnaire. Au
début du XXe siècle, les anarchistes participèrent à la construction - quand ils ne
les construisirent pas eux-mêmes - de la plupart des organisations syndicalistes
révolutionnaires qui allaient dominer la politique révolutionnaire jusqu'à Octobre
1917. Très souvent, ces syndicats furent eux-mêmes impliqués dans des insurrections,
comme en 1919, en Argentine et au Chili. Dans ce dernier pays, les ouvriers chiliens
« s'emparèrent de la ville de Puerto Natales, en Patagonie, et la dirigèrent sous le
drapeau rouge et selon les principes anarchosyndicalistes (3) ». Un peu plus tôt, en
1911, les anarchistes mexicains du Partido Liberal Magonista, avec l'aide de
militants américains des Industrial Workers of the World « organisèrent des
bataillons (...) en Basse-Californie, et s'emparèrent de la ville de Mexicali et des
environs ».


Les insurrections et les anarchistes communistes

La tradition organisationnelle anarcho-communiste remonte à Bakounine et aux
premiers documents programmatiques rédigés par le mouvement anarchiste à ses débuts
dans les années 1860. Mais ces idées en matière d'organisation ne furent pas
développées de façon collective avant les années 1920. Encore à cette époque, il y
avait des individus et des groupes qui défendaient les principes de base de
l'anarcho-communisme - l'engagement dans la lutte de masse des travailleurs et le
besoin d'une organisation et d'une propagande anarchistes spécifiques.

En 1926, l'anarchisme communiste clarifia ses positions quand un groupe d'exilés
révolutionnaires analysèrent pourquoi leurs efforts avaient échoué jusqu'ici. Cela
aboutit à la rédaction de la « Plateforme organisationnelle des communistes
libertaires » que nous avons déjà analysée dans d'autres articles.

Il convient de noter ici que, comme leurs prédécesseurs des années 1860, ces groupes
d'anarchistes communistes essayèrent de tirer les leçons de la participation
anarchiste à différentes insurrections ainsi qu'à la révolution durant la période
1917-1921. Parmi eux figuraient Nestor Makhno, figure clé d'une insurrection de
masse dirigée par les anarchistes en Ukraine occidentale. L'Armée révolutionnaire
insurrectionnelle d'Ukraine combattit les Austro-Hongrois, les pogromistes
antisémites, différentes armées blanches et l'Armée rouge contrôlée par les
bolcheviks, durant ces années.

Ces « plateformistes » (comme on allait les appeler plus tard) écrivirent : « Le
principe d'asservissement des masses par la violence constitue la base de la société
moderne. Toutes les manifestations de son existence - l'économie, la politique, les
relations sociales - reposent sur la violence de classe dont les organes de service
sont, l'autorité, la police, l'armée, le tribunal. Tout dans cette société, chaque
entreprise prise isolément, de même que tout le système d'Etat, n'est que le rempart
du capitalisme où l'on a constamment l'oeil sur les travailleurs, où l'on tient
toujours prêtes les forces destinées à réprimer les travailleurs menaçant les
fondements ou même la tranquillité de la société actuelle. En même temps, le système
de cette société maintient délibérément les masses laborieuses dans un état
d'ignorance et de stagnation mentale : il empêche par la force le relèvement de leur
niveau moral et intellectuel, afin d'en avoir plus facilement raison. Les progrès de
la société moderne, l'évolution technique du capital et le perfectionnement de son
système politique fortifient la puissance des classes dominantes et rendent de plus
en plus difficile la lutte contre elles, faisant ainsi reculer le moment décisif de
l'émancipation du travail. L'analyse de la société moderne nous amène à la
conclusion qu'il n'y a que la voie de la révolution sociale violente pour
transformer la société capitaliste en une société de travailleurs libres (4). »


L'expérience espagnole

Le prochain développement de l'anarchisme communiste concerna une fois de plus ceux
qui se trouvaient au centre de l'insurrection, cette fois le groupe des Amis de
Durruti, actif à Barcelone durant l'insurrection de Mai 1937. Les « membres et les
sympathisants des Amis de Durruti étaient des camarades éminents du front de Gelsa
(5) ».

Les Amis de Durruti comprenaient des membres de la CNT mais étaient très critiques
par rapport au rôle joué par ce syndicat en 1936. « La CNT ne savait pas comment
gérer ce rôle. Elle ne voulait pas pousser plus avant la révolution, avec toutes les
conséquences que cela supposait. Elle avait peur [de l'intervention] des flottes
étrangères (...). Est-ce qu'une révolution a pu triompher sans vaincre
d'innombrables difficultés ? Est-ce qu'une seule révolution au monde, d'une certaine
dimension, a pu éviter une intervention étrangère ? (...) On ne réussit jamais rien
si l'on utilise la peur comme un tremplin et qu'on se laisse envahir par la
timidité. Seuls des hommes courageux, résolus, peuvent obtenir de grandes victoires.
Les timides n'ont aucun droit à diriger les masses (...). La CNT aurait dû s'emparer
du siège du conducteur, dans le pays, infliger un brutal coup de grâce à tout ce qui
était dépassé et archaïque. Nous aurions ainsi gagné la guerre et sauvé la
révolution. (...) Mais elle fit le contraire (....). Elle insuffla une bouffée
d'oxygène à une bourgeoisie terrifiée et anémique (6). »

Dans plusieurs pays à travers le monde, l'anarchisme fut écrasé avant, pendant et
après la Seconde Guerre mondiale. Des anarchistes participèrent à des mouvements de
résistance durant la guerre mais, après 1945, ils furent réprimés par le «
communisme » oriental ou la « démocratie » occidentale. En Uruguay, l'un des rares
pays où un mouvement communiste anarchiste important avait survécu, la FAU mena une
lutte armée clandestine contre la dictature militaire à partir des années 1950. Les
anarchosyndicalistes cubains, en particulier les ouvriers des usines de tabac,
jouèrent un rôle significatif dans la révolution cubaine, mais ils furent réprimés
par le nouveau régime [castriste].


L'idéologie de l'insurrectionnisme

Il existe une longue tradition au sein de l'anarchisme qui consiste à construire des
idéologies à partir d'une tactique. L'implication longue et profonde des anarchistes
dans des insurrections a donné naissance, et cela n'a rien de surprenant, à
l'idéologie anarchiste de l'insurrectionnisme.

On trouve une autodéfinition de l'insurrectionnisme dans un texte italien de 1993 :
« Nous considérons que la forme de lutte plus adaptée à l'état du conflit de classe
actuel dans pratiquement toutes les situations est la forme insurrectionnelle, et
c'est particulièrement le cas dans la zone méditerranéenne. Par pratique
insurrectionnelle nous entendons l'activité révolutionnaire qui entend prendre
l'initiative dans la lutte et ne se limite pas à attendre ou à définir des réponses
défensives aux attaques par les structures du pouvoir. Les insurrectionnistes ne
soutiennent pas les pratiques quantitatives typiques qui consistent à attendre, par
exemple, des projets numériquement significatifs avant d'intervenir dans les luttes,
et qui durant cette période d'attente se limitent au prosélytisme et à la
propagande, ou à une contre-information stérile car elle ne sert à rien (7). »

En tant qu'idéologie, l'insurrectionnisme a pris naissance dans les conditions
particulières de l'après-guerre en Italie et en Grèce. Vers la fin de la Seconde
Guerre mondiale, il existait de véritables possibilités révolutionnaires dans ces
deux pays. Dans beaucoup d'endroits, les fascistes furent chassés par des partisans
de gauche avant l'arrivée des armées alliées. Mais, en raison des accords de Yalta,
Staline ordonna à la gauche officielle révolutionnaire du Parti communiste de
contenir la lutte. Résultat, la Grèce allait subir des décennies de dictature
militaire tandis qu'en Italie le Parti communiste continua à limiter les luttes.
L'insurrectionnisme fut l'une des nombreuses idéologies socialistes nouvelles qui
apparurent pour faire face à ces conditions particulières. Cependant, le
développement de l'insurrectionnisme dans ces pays dépasse le cadre de cet article.
Nous nous intéresserons ici au développement d'une idéologie insurrectionniste dans
le monde anglophone.


L'insurrectionnisme et le monde anglophone

Un insurrectionniste a décrit la façon ces idées se sont répandues à partir de
l'Italie : « L'anarchisme insurrectionniste s'est développé dans le mouvement
anarchiste anglophone à partir des années 1980, grâce aux traductions et aux écrits
de Jean Weir dans sa maison d'éditions Elephant Editions et sa revue Insurrection.
(...) À Vancouver, au Canada, des camarades locaux engagés dans la Croix Noire
anarchiste, le centre social local et dans les revues No Picnic et Endless Struggle
ont été influencés par les projets de Jean, et cela a contribué à développer
constamment la pratique des anarchistes insurrectionnistes dans cette région (...).
La publication anarchiste Demolition Derby à Montréal a aussi donné des informations
sur le mouvement anarchiste insurrectionniste jusqu'à aujourd'hui (8). »

Cet insurrectionnisme allait apparaître comme une tendance spécifique dans
l'anarchisme anglophone à un moment précis, et ce n'est pas une surprise pour nous.
Les contre-sommets internationaux ont donné une impulsion massive à l'anarchisme en
partie grâce à la forte visibilité de la tactique des Black Blocs et assimilés.
Après le contre-sommet de Prague en 2000, l'Etat a appris à réduire considérablement
l'efficacité de ce type de tactique. Peu après la désastreuse expérience de Gênes et
le contrôle réussi d'un certain nombre de blocs aux Etats-Unis, une discussion s'est
engagée : certains prônaient un militantisme plus grand et une organisation plus
clandestine, tandis que d'autres préconisaient de se détourner du spectacle des
contre-sommets.

En même temps, de nombreux jeunes qui découvraient l'anarchisme pour la première
fois ont souvent cru, à tort, que l'image militante qui avait tout d'abord attiré
leur attention dans les journaux télévisés étaient le produit des activités des
insurrectionnistes. En fait, toutes sortes d'anarchistes prônant la lutte des
classes, y compris des anarchistes communistes et des syndicalistes, avaient
participé à des activités du type black blocs lors des contre-sommets. Comme ces
militants pensent que de véritables insurrections joueront un rôle dans l'avènement
d'une société anarchiste, il n'est pas étonnant qu'ils s'impliquent dans de petits
combats de rues, quand cette tactique leur semble avoir un sens. Lors du
contre-sommet de Gênes, il est apparu que l'Etat avait considérablement haussé le
niveau de la répression. Les anarchistes-communistes se mirent donc à discuter pour
savoir si une tactique avait un avenir, et ce débat se déroula dans les colonnes de
cette revue et d'autres publications.


Les idées de base de l'insurrectionnisme

Commençons par écarter quelques mythes à propos de l'insurrectionnisme.
L'insurrectionnisme ne se limite pas à la lutte armée, même s'il peut inclure la
lutte armée ; en effet, la plupart des insurrectionnistes critiquent l'élitisme des
avant-gardes qui pratiquent la lutte armée. Leur étiquette ne signifie pas non plus
qu'ils passent leur temps à préparer de véritables insurrections : la plupart des
insurrectionnistes sont assez intelligents pour comprendre que ce programme maximum
n'est pas toujours possible, même s'ils n'hésitent pas à condamner les autres
anarchistes parce qu'ils attendent [le Grand Soir].


Qu'est-ce donc que l'insurrectionnisme ?

Le groupe « Do or Die 10 » a publié une introduction (9) utile sous le titre : «
L'anarchie insurrectionnelle : s'organiser pour l'attaque » (10). Je citerai
plusieurs fois cet article dans les paragraphes qui suivent.

Le concept d'« attaque » se trouve au coeur de l'idéologie insurrectionniste : «
L'attaque est le refus de la médiation, de la pacification, du sacrifice, des
accommodements et des compromis dans la lutte. C'est en agissant et en apprenant à
agir, pas en faisant de la propagande, que nous ouvrirons la voie à l'insurrection,
même si bien sûr l'analyse et la discussion ont un rôle à jouer et servent à
clarifier les façons d'agir. Attendre apprend uniquement à attendre : agir apprend à
agir. »

Cet essai s'inspire d'un certain nombre de textes insurrectionnistes antérieurs
comme « At Daggers Drawn » (À couteaux tirés) pour qui : « La force d'une
insurrection est sociale, et non militaire. La révolte généralisée ne se mesure pas
par l'affrontement armée mais par l'étendue de la paralysie de l'économie, la prise
en main des lieux de production et de distribution, la distribution gratuite de
biens qui détruit tous les calculs (...). Aucun groupe de guérilla, quel que soit
son efficacité, ne peut prendre la place de ce mouvement grandiose de destruction et
de transformation (11). »

La notion insurrectionniste d'attaque ne se fonde pas sur une avant-garde qui assume
la libération de la classe ouvrière. Les insurrectionnistes savent « que le système
ne craint pas les actes de sabotage en eux-mêmes, mais leur extension sociale (12)
». Autrement dit, les actions directes d'un petit groupe ne peuvent avoir du succès
que si elles sont reprises par la classe ouvrière. C'est une façon beaucoup plus
utile de discuter de l'action directe. Habituellement le débat oppose les partisans
des « commandos d'action directe » les plus spectaculaires, qui analysent leurs
actions en elles-mêmes, aux organisations qui refusent d'aller au-delà de la
propagande pour l'action de masse ; et qui trop fréquemment se contentent de
dénoncer le caractère « élitiste » des actions des petits groupes.


Emeutes et lutte de classe

Les insurrectionnistes reconnaissent souvent la lutte de classe alors que la gauche
réformiste refuse de le faire. C'est ainsi qu'au début des années 1980, Jean Weir
observait que « Les luttes qui se déclenchent dans les ghettos des centres villes
sont souvent interprétées à tort comme des violences absurdes. Les jeunes qui
luttent contre l'exclusion et l'ennui sont des éléments avancés de l'affrontement de
classe. Les murs du ghetto doivent être détruits, et non entourés de nouvelles
clôtures (13). »

L'idée que de telles actions doivent être reprises par la classe ouvrière est aussi
considérée par les insurrectionnistes comme une réponse importante à l'argument
selon lequel l'Etat peut simplement réprimer de petits groupes. « Il est
matériellement impossible à l'Etat et au Capital de policer tout le terrain social
(14). »

Comme on peut l'imaginer, les désirs individuels sont centraux pour
l'insurrectionnisme, mais ils n'ont rien à voir avec l'individualisme grossier de la
« droite libertaire ». « Le désir d'une autodétermination et d'une autoréalisation
individuelle conduit à la nécessité d'une analyse de classe et de la lutte de classe
(15). »

La théorie insurrectionniste, telle que nous l'avons exposée jusqu'ici, ne pose pas
de problèmes graves aux anarchistes communistes. Au niveau théorique, les problèmes
surgissent à propos de l'idéologie organisationnelle que les insurrectionnistes ont
construite en même temps que leurs autres propositions. Une grande partie a été
construite comme une critique idéologique dirigée contre le reste du mouvement
anarchiste.


L'« organisateur »

La critique insurrectionniste de l'« organisateur » constitue certes une mise en
garde utile contre les dangers d'une telle fonction. Mais elle s'est transformée en
une position idéologique qui présente de tels dangers comme inévitables. « La
fonction de l'« organisateur » est de transformer la multitude en une masse
contrôlable et de représenter cette masse devant les médias ou les institutions
étatiques » ; « Pour l'organisateur (...) l'action réelle passe loin derrière
l'entretien de l'image médiatique ».

La plupart d'entre nous connaissent des campagnes de la gauche, menées par tel ou
tel parti, au cours lesquelles cette analyse s'est vérifiée. Mais notre expérience
nous enseigne que cela n'a rien d'inévitable. Il est tout à fait possible que des
individus aident à l'organisation d'une lutte sans que cela se produise. Un camarade
a plus de temps disponible que tous les autres, il se charge donc d'un certain
nombre de tâches qui doivent être faites - devient-il un « organisateur » ?

Le problème avec cette interdiction apparente des « organisateurs » c'est qu'il
empêche d'analyser pourquoi ces problèmes se posent et donc comment on pourrait les
empêcher de survenir.

En ce qui concerne les relations avec les médias, ce n'est pas compliqué. Toute
personne qui a un contact avec les médias, au cours d'une lutte controversée, sera
bombardée de questions sur la possibilité d'actions violentes - pour les médias ce
genre d'infos sont très « chaudes ». S'ils obtiennent ce type d'infos jour après
jour, semaine après semaine, alors les journalistes finiront par essayer de façonner
la lutte de façon à ce qu'elle suive l'agenda des médias.

La solution est simple. Ce problème surgit parce que la gauche tend à se doter d'un
« dirigeant » qui s'occupe à la fois de l'organisation d'une manifestation, par
exemple, et des contacts avec les médias pour cet événement. Notre expérience nous a
appris que si l'on sépare les deux rôles, et que les « organisateurs » de l'action
en question ne sont pas les mêmes que ceux qui parlent aux médias, le problème peut
être réduit voire éliminé. Les véritables « organisateurs » sont isolés des médias
mais informent régulièrement celui ou celle qui sert de porte-parole vis-à-vis des
médias. Et le porte-parole n'a pas son mot à dire sur l'organisation de la
manifestation.


Les médias et l'opinion publique

Voilà comment les insurrectionnistes décrivent les médias : « Un avis particulier
n'est pas quelque chose que l'on recueille d'abord parmi des personnes interviewées,
et qui est ensuite diffusé dans les médias, comme la simple expression de l'opinion
publique. Cet avis existe d'abord dans les médias. Ensuite, les médias le
reproduisent un million de fois jusqu'à le rattacher à un certain de personnes (les
conservateurs pensent X, les libéraux ou les gens de gauche pensent Y). L'opinion
publique est produite comme une série de choix ou de solutions simples ("Je suis
favorable à la mondialisation et au libre échange" ou "Je suis pour davantage de
protectionnisme et de contrôle des frontières"). Nous sommes tous censés choisir,
comme nous choisissons nos dirigeants ou nos hamburgers - au lieu de penser par
nous-mêmes. »

Ce raisonnement semble solide, et il contient une bonne dose de vérité. Mais cette
analyse globale obscurcit de nouveau un débat sur la façon dont ces problèmes
peuvent être surmontés. Tant que nous ne disposons pas de nos propres médias
alternatifs - et, dans ce cas, certains des problèmes ci-dessus décrits se
manifesteront aussi - nous serions fous de ne pas utiliser les médias à travers
lesquels nous pourrions toucher les millions de personnes dont nous sommes coupés
par notre manque de ressources.

Et s'il est vrai que les médias aiment à simplifier l'histoire en la réduisant à des
choix binaires, cela ne signifie pas que toute personne qui reçoit des informations
des médias accepte cette division. Beaucoup de gens, sinon la quasi-totalité,
comprennent que les médias déforment la réalité et ils ont tendance à ne pas
accepter ces divisions binaires.


En attendant la révolution ?

Les insurrectionnistes nous disent que la gauche en général et le reste du mouvement
anarchiste en particulier prônent « une critique de la séparation et de la
représentation qui justifie d'attendre et accepte le rôle du critique. Sous prétexte
de ne pas se séparer du "mouvement social", on finit par dénoncer toute pratique de
l'attaque comme une "fuite en avant" ou une simple "propagande parlée". Une fois de
plus, les révolutionnaires sont appelés à "démasquer" les conditions réelles des
exploités, cette fois, par leur inaction même. Aucune révolte n'est donc possible en
dehors d'un mouvement social visible. Donc, celui qui agit doit nécessairement
vouloir prendre la place du prolétariat. Le seul patrimoine à défendre devient la
"critique radicale", la "lucidité révolutionnaire". La vie est misérable, donc on ne
peut rien faire d'autre que de théoriser la misère (16). »

Nous décelons ici la principale faiblesse de l'insurrectionnisme - son manque de
débat sérieux avec d'autres tendances anarchistes. Les insurrectionnistes veulent
nous faire croire que tous les autres courants révolutionnaires, y compris les
autres tendances anarchistes, seraient partisans d'attendre et de prêcher à propos
des méfaits du capitalisme plutôt que d'agir. Il existe quelques groupes auxquels
s'applique cette critique, mais en réalité, même parmi les organisations non
anarchistes du mouvement révolutionnaire, la plupart des militants s'engagent
également dans des formes d'action directe, quand ils pensent que cela a un sens du
point de vue tactique. En réalité, c'est aussi ce que pensent les insurrectionnistes
eux-mêmes ; comme tout le monde, ils reconnaissent la nécessité d'attendre jusqu'à
ce qu'ils pensent que le moment est venu. Ils reconnaissent que ce n'est pas demain
que l'on prendra d'assaut la Maison Blanche.


La critique de l'organisation

L'idéologie de l'insurrectionnisme est aussi bancale en ce qui concerne la question
de l'organisation. Elle se déclare opposée à l'« organisation formelle » et à l'«
organisation informelle ». Souvent, leurs explications ne sont pas claires, car il
semble que l'expression « organisation formelle » désigne tout ce qui marche mal
dans une organisation.

Les insurrectionnistes tentent de définir l'organisation formelle comme « des
organisations permanentes [qui] font la synthèse de toutes les luttes au sein d'une
seule organisation, et qui servent de médiateurs des luttes avec les institutions de
la domination. Les organisations permanentes tendent à se transformer en
institutions qui se dressent au-dessus de la multitude. Elles tendent à créer une
hiérarchie, formelle ou informelle, et à priver de pouvoir la multitude (...). La
constitution hiérarchique de relations de pouvoir supprime la possibilité de décider
au moment où cette mesure est nécessaire et attribuée à un comité quelconque au sein
de l'organisation (...). Les organisations permanentes ont tendance à prendre des
décisions qui ne sont pas fondés sur une action ou un but précis, mais sur les
besoins de cette organisation, en particulier sa préservation. L'organisation
devient une fin en soi. »

Bien que ce soit une assez bonne critique des formes d'organisation léninistes ou
social-démocrates, cela ne s'applique pas vraiment aux formes d'organisation
anarchistes - en particulier aux organisations anarcho-communistes. Ces dernières ne
cherchent pas, par exemple, à « établir une synthèse de toutes les luttes au sein
d'une seule organisation ». Au contraire nous pensons que l'organisation spécifique
anarchiste doit intervenir dans les luttes de la classe ouvrière, et que ces luttes
doivent être autogérées par la classe - et non gérées par une organisation, qu'elle
soit anarchiste ou pas.


Solutions aux problèmes de l'organisation

Loin de développer une hiérarchie, non seulement nos règles internes interdisent la
hiérarchie formelle, mais elles contiennent des dispositions visant également à
empêcher le développement d'une hiérarchie informelle. Par exemple, un pouvoir
informel considérable peut échoir à quelqu'un qui est le seul capable d'effectuer
une tâche particulière et qui parvient à tenir ce rôle depuis de nombreuses années.
Ainsi, le règlement interne du Workers Socialist Movement affirme qu'aucun membre ne
peut occuper un poste, quel qu'il soit, plus de trois ans. Passé ce délai, il doit
démissionner.

Ces types de mécanismes formels pour prévenir le développement d'une hiérarchie
informelle sont fréquents dans les organisations anarchistes-communistes. En fait,
il s'agit d'un exemple où l'organisation formelle offre une plus grande protection
contre la hiérarchie ; notre méthode formelle d'organisation nous permet également
d'accepter des règles pour prévenir le développement d'une hiérarchie informelle.
L'insurrectionnisme n'a pas su élaborer une critique sérieuse de la hiérarchie
informelle, mais, comme toute personne active dans le mouvement anarchiste dans le
monde anglosaxon le sait, puisqu'il n'existe pas d'organisation formelle de taille
importante, les problèmes de hiérarchie au sein du mouvement sont le plus souvent
des problèmes de hiérarchie informelle.

Si vous écartez tout ce qui peut mal fonctionner dans une organisation, alors le
concept d'organisation « formelle » se résume à la présence continue d'un groupe qui
perdure entre les luttes et se nourrit des luttes. Bien que, ici aussi, la
distinction soit brouillée parce que les insurrectionnistes considèrent que,
parfois, une organisation informelle peut être impliquée dans plus d'une lutte ou
passer d'une lutte à l'autre.

D'un point de vue anarchiste communiste, la principale fonction d'une organisation
est d'aider à créer une communication, un objectif commun et une unité à travers et
entre les luttes. Cela ne signifie pas que toutes les luttes doivent être
formellement enfermées dans le cadre d'un seul programme et mises sous la coupe d'un
groupe de dirigeants. Mais, dans un sens informel, l'organisation anarchiste
communiste agit comme un canal de communication, de circulation et de débat entre
les luttes, canal qui permet d'accroître la communication et augmente les chances de
victoire.


La proposition insurrectionniste - l'organisation informelle

Le mode d'organisation défendu par les insurrectionnistes est guidé par le principe
selon « L'organisation la plus minimale possible nécessaire pour atteindre nos buts
est toujours la meilleure solution pour maximiser nos efforts. » Ce qui signifie
créer des petits groupes de camarades qui se connaissent bien et disposent de
beaucoup de temps à passer les uns avec les autres afin de discuter des problèmes et
décider d'actions - en clair, des groupes d'affinités.

On nous dit que « avoir une affinité avec des camarades signifie les connaître,
avoir approfondi la connaissance que l'on a d'eux. Au fur et à mesure que cette
connaissance se développe, l'affinité peut augmenter au point de rendre possible une
action commune (17) ».

Bien sûr, les insurrectionnistes savent que les petits groupes sont souvent trop
petits pour atteindre un objectif tout seuls, dans ce cas, ils affirment que ces
groupes peuvent se fédérer temporairement pour cet objectif spécifique.

Il y a même eu des tentatives d'étendre cette approche à l'échelle internationale.

« L'Internationale insurrectionniste anti-autoritaire est destinée à être une
organisation informelle (...). [Elle] est donc fondée sur un approfondissement
progressif de la connaissance réciproque entre tous ses adhérents (...). À cette
fin, tous ceux qui y adhèrent doivent lui faire parvenir la documentation qu'ils
estiment nécessaires pour faire connaître leur activité... au groupe à l'origine de
cette initiative (18) ».


Les noyaux autonomes de base

Il est évident que le succès d'une révolution libertaire exige que la masse de la
population soit organisée. Les insurrectionnistes le reconnaissent et ils ont tenté
de construire des modèles d'organisation de masse en harmonie avec leurs principes
idéologiques. Les noyaux autonomes de base, comme ils les appellent, s'inspiraient à
l'origine du Mouvement autonome des cheminots de Turin et des ligues autogérées qui
luttaient contre l'installation d'une base de missiles de croisière à Comiso.

Dans La Tension anarchiste Alfredo Bonanno décrit ainsi l'expérience de Comiso : «
Un modèle théorique de ce type a été utilisé dans une tentative d'empêcher la
construction d'une base de missiles américains à Comiso au début des années 80. Les
anarchistes qui sont intervenus pendant deux ans ont construit des "ligues
auto-gérées" (19) ». « Ces groupes ne doivent pas être composés seulement
d'anarchistes. Toute personne qui entend se battre pour des objectifs donnés, même
limités, peut participer pour autant qu'elle tient compte d'un certain nombre de
conditions essentielles. Tout d'abord qu'un « conflit permanent » caractérise les
groupes qui s'attaquent à la réalité dans laquelle ils se trouvent, sans attendre
les ordres de qui que ce soit. Ensuite, ils sont « autonomes », c'est-à-dire qu'il
ne dépendent pas des partis politiques ou des organisations syndicales, et
n'entretiennent pas de relations avec eux. Enfin, ils affrontent les problèmes un
par un et ne proposent pas de plates-formes globales de revendications qui
inévitablement aboutissent à la création d'une administration qu'il s'agisse d'un
mini-parti ou d'un petit syndicat alternatif (20) ».

Bien qu'elles se disent « autogérées » ces ligues ressemblent fort aux organisations
de façade utilisées par de nombreuses organisations léninistes pour relier et
contrôler les luttes sociales. Pourquoi ? Eh bien, parce que la définition ci-dessus
correspond à celle d'une organisation qui, tout en cherchant à organiser les masses,
le fait selon une ligne définie par les groupes informels d'anarchistes. Si elles
étaient vraiment autogérées, ces ligues ne définiraient-elles pas elles-mêmes leur
mode de fonctionnement et les questions sur lesquelles elles veulent lutter ? Et,
comment se fait-il que, dès le début, ces ligues autogérées excluent non seulement
toutes les autres organisations concurrentes, mais se refusent même à entretenir des
relations avec les partis politiques ou les organisations syndicales ? Encore une
fois, toute véritable lutte autogérée doit décider elle-ême avec qui elle doit
avoir, ou ne pas avoir, des relations et pas simplement suivre le diktat d'une
minorité idéologique organisée.

Un autre insurrectionniste, O.V., a défini les ligues comme « l'élément reliant
l'organisation anarchiste informelle spécifique aux luttes sociales » et considère
que « Ces attaques sont organisées par les noyaux en collaboration avec des
structures anarchistes spécifiques qui fournissent un soutien théorique et pratique,
recherchent des moyens nécessaires pour l'action en identifiant les structures et
les personnes responsables de la répression, et en offrant un minimum de défense
contre les tentatives de récupération politique ou idéologique par le pouvoir ou
contre la répression pure et simple (21). »

Cette position est encore pire - les structures anarchistes spécifiques se voient
ici accorder le rôle de prendre presque chaque décision importante à la place de la
ligue. Toute prétention à l'autogestion devient alors absurde et une telle « ligue
autogérée » ne peut que se transformer en une créature manipulée par des cadres
révolutionnaires auto-sélectionnés censés être capable comprendre des problèmes que
les autres membres ne peuvent pas maîtriser. Cela semble tellement contradictoire
avec ce qu'écrivent par ailleurs les insurrectionnistes que nous allons arrêter là
notre polémique et prendre le temps de nous demander pourquoi ils se retrouvent avec
une telle position.


La question des accords

La raison tient dans le fait qu'une action commune exige évidemment un certain
niveau d'accord commun. L'approche insurrectionniste de ce problème est assez
difficile à saisir et c'est la raison pour laquelle ces étranges contradictions se
manifestent dans les ligues autogérées qu'ils préconisent. Le problème est que la
conclusion d'un accord requiert la prise de décisions et que, si ces décisions sont
l'objet d'une discussion, il est possible qu'une décision prise par la majorité soit
considérée comme erronée par le groupe informel.

L'article de Do or Die tente d'écarter ce problème évident de la façon suivante : «
L'autonomie permet de prendre des décisions quand elles sont nécessaires, au lieu
qu'elles soient pré-déterminées ou retardées par la décision d'un comité ou d'une
réunion. Cela ne veut pas dire toutefois que nous ne devrions pas réfléchir à
l'avenir de manière stratégique et conclure des accords ou élaborer des plans. Au
contraire, les plans et les accords sont utiles et importants. Mais il faut
souligner l'importance de la souplesse qui permet aux gens de rejeter les plans
lorsqu'ils deviennent inutiles. Les plans devraient s'adapter aux événements au
cours de leur déroulement. »

Ce raisonnement pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses - comment peut-on
élaborer un plan, sans prédéterminer quelque chose ? Si un groupe de personnes «
pensent à l'avenir de manière stratégique » ce groupe n'est-il pas de fait un «
comité ou une réunion », même s'il choisit de ne pas utiliser ce nom ? Et qui défend
des plans qui ne peuvent pas « s'adapter aux événements au cours de leur déroulement
» ?

D'un point de vue anarchiste-communiste, la réflexion stratégique sur l'avenir
consiste à utiliser cette réflexion pour dresser des plans pour l'avenir. Elaborer
des plans suppose de prendre des décisions à l'avance ; de les prédéterminer au
moins en partie. Et les plans devraient être faits et adoptés suite à une discussion
formelle, ce qui suppose des réunions voire la constitution d'un comité qui se
réunira. Pourquoi nier tout cela ?


Négociation

À l'instar des anarcho-syndicalistes les plus idéologiques, les insurrectionnistes
défendent une position idéologique hostile aux négociations. « Les compromis ne font
que renforcer l'État et le Capital », nous dit-on. Mais ceci est un slogan qui ne
fonctionne que si vous êtes un petit groupe sans influence sur la lutte. En dehors
d'une révolution, il est rare de gagner un combat sur toute la ligne ; si nos idées
sont entendues, nous serons sans cesse confrontés à un choix : négocier une victoire
limitée ou subir une défaite sévère parce que nous aurons conseillé de lutter pour
un objectif dont nous savons qu'il ne peut être gagné. Notre objectif est quand même
de gagner tout ce qui est possible, pas de lutter jusqu'à une défaite glorieuse, non
?

Apparemment ce n'est pas le cas de certains insurrectionnistes puisque l'un d'eux
décrit de façon favorable la situation suivante : « Les travailleurs qui, au cours
d'une grève sauvage, brandissaient une bannière disant : "Nous ne demandons rien "
comprenaient que la défaite est dans la revendication elle-même » (22). Une telle
réflexion n'a de sens que lorsque les travailleurs concernés sont déjà
révolutionnaires. S'il s'agit d'une lutte sociale pour, disons, une réduction de
loyer ou une augmentation des salaires, une telle banderole est une insulte pour les
besoins de ceux qui luttent.

En dehors d'une révolution, la question ne devrait pas être de savoir s'il faut ou
non négocier, mais plutôt qui négocie, avec quel mandat et quelles sont les
procédures nécessaires avant qu'un accord puisse être conclu. Mais bien sûr, si l'on
évite d'aborder ces questions, alors le vide sera rempli par des autoritaires qui
seront contents de négocier selon leur conception et d'une manière qui minimise
leurs responsabilités.


La répression et le débat

Sans entrer dans les détails de chaque controverse, l'un des problèmes majeurs qui
se posent dans les pays où les insurrectionnistes mettent leurs paroles en pratique
est souvent que leurs actions n'ont que peu de résultats, à part de fournir une
excuse pour la répression étatique et d'isoler du mouvement social tous les
anarchistes, et pas seulement ceux qui ont participent à ces actions.

Les insurrectionnistes affirment être prêts à débattre de questions tactiques, mais
la réalité de la répression étatique, en pratique, signifie que toute critique de
leurs actions est présentée comme prenant le parti de l'État. Il y a 30 ans, Bonanno
affirmait déjà que tous ceux qui pensaient que de telles actions étaient prématurées
ou contre-productives prenaient le parti de l'Etat. Ainsi il écrit dans La Joie
armée : « Lorsque certains disent que le moment n'est pas mûr pour une attaque armée
contre l'État, ils ouvrent les portes de l'asile psychiatrique pour les camarades
qui mènent ces attaques ; quand ils affirment que le temps de la révolution n'est
pas encore venu, ils serrent les cordons de camisole de force ; lorsqu'ils
prétendent que ces actions sont objectivement une provocation, ils endossent la
blouse blanche des tortionnaires (23). »

En réalité, de nombreuses actions revendiquées par des insurrectionnistes sont
critiquables ; et si les travailleurs ne sont pas autorisés à critiquer ces actions,
ne sont-ils pas simplement réduits à un rôle de spectateurs dans une lutte entre
l'État et la minorité révolutionnaire ? Si, comme semble l'impliquer Bonanno, il est
impossible de critiquer même les actions les plus folles, alors aucune véritable
discussion tactique n'est possible.


Vers une théorie communiste anarchiste

Les anarchistes communistes ont adopté un critère différent de celui de la raison
quand il s'agit de l'action militante. Si vous prétendez agir au nom d'un groupe
particulier, alors vous devez d'abord démontrer que le groupe est d'accord avec le
genre de tactique que vous proposez d'utiliser. Cette question est bien plus
importante pour la pratique anarchiste que la question de savoir quelle tactique
pourrait adopter tel ou tel groupe d'anarchistes.

Comme nous l'avons vu, les anarchistes communistes n'ont pas d'objection de principe
contre les insurrections, notre mouvement a été construit sur la tradition de la
participation des anarchistes à des insurrections et nous nous inspirons de
nombreuses personnes impliquées dans ces insurrections. À l'époque actuelle, nous
continuons, chaque fois que cela peut faire avancer la lutte, à défier les limites
que l'Etat cherche à imposer aux manifestations de protestation. Là encore, il ne
s'agit pas seulement pour nous d'émettre un jugement ; dans les cas où nous
affirmons agir en solidarité avec un groupe (par exemple, des travailleurs en
grève), alors c'est le groupe concerné qui détermine les limites de la tactique qui
peut être utilisé dans sa lutte.

L'insurrectionnisme nous présente une critique utile de beaucoup de pratiques
répandues dans la gauche. Mais il tente d'étendre à tort cette critique à toutes les
formes d'organisation anarchiste. Et dans certains cas, les solutions qu'il
préconise pour résoudre les problèmes réels de l'organisation sont pires que les
problèmes qu'il veut résoudre. Les anarchistes communistes peuvent certainement
apprendre des écrits insurrectionnistes, mais ils n'y trouveront pas de solutions
aux problèmes de l'organisation révolutionnaire.

Joe Black

(Traduit par Ni patrie ni frontières, 3 octobre 2009)




1. John M. Hart, « Anarchism and the Mexican Working Class ».

2. James Joll, The Anarchists, p. 229.

3. Merci à Pepe pour ses informations sur l'Argentine et le Chili.

4. Plateforme d'organisation des communistes libertaires, en ligne :
http://www.nestormakhno.info/french/pla ... g_plat.Htm

5 Jaime Balius (secrétaire des Amis de Durruti), "Towards a Fresh Revolution", cf.
http://struggle.ws/fod/towardsintro.Htm

6 "Towards a Fresh Revolution".

7 "For an Anti-authoritarian Insurrectionist International-Proposal for a Debate,
Anti-authoritarian Insurrectionnist International, (Promoting Group)", Elephant
Editions 1993 en ligne sur le site http://www.geocities.com/cordobakaf/inter.html

8 "Réponse d'Andy à une version antérieure de cet article", cf.
http://www.anti-politics.net/forum/viewtopic.php?t=1052

9 Il contient cependant au moins une erreur élémentaire, puisque, bizarrement, il
décrit la Fédération anarchiste italienne (qui pratique la synthèse) comme une
organisation plateformiste, ce qui suggère que les auteurs n'ont guère essayé de
comprendre ce qu'est le plateformisme avant de le rejeter.

10 Do or Die n° 10, 2003, en ligne sur http://www.eco-action.org/dod/no10/anarchy.htm

11 Anonyme, "At Daggers Drawn with the Existent, its Defenders and its False
Critics", Elephant Editions en ligne :
http://www.geocities.com/kk_abacus/ioaa/dagger.html

12 Do or Die n° 10, "Insurrectionary Anarchism and the Organization of Attack".

13 Jean Weir, « Insurrection », en ligne :
http://www.geocities.com/kk_abacus/insurr5.html

14 Do or Die n° 10, "Insurrectionary Anarchism and the Organization of Attack".

15 Do or Die n° 10, "Insurrectionary Anarchism and the Organization of Attack".

16 Anonyme, "At Daggers Drawn with the Existent, its Defenders and its False
Critics", Elephant Editions. En ligne :
http://www.geocities.com/kk_abacus/ioaa/dagger.html

17 O. V., "Insurrection", en ligne : http://www.geocities.com/kk_abacus/insurr3.html

18 "For An Anti-authoritarian Insurrectionalist" International, Elephant Editions
1993 en ligne http://www.geocities.com/kk_abacus/ioaa/insurint.html

19 Alfredo Bonanno, La Tensione anarchica, traduit en anglais par Jean Weir, 1996,
en ligne : http://www.geocities.com/kk_abacus/ioaa/tension.html

20 Alfredo Bonanno, La Tensione anarchica (The Anarchist Tension), ibid.

21 O. V.,"Insurrection", online at http://www.geocities.com/kk_abacus/insurr2.html

22 Anonyme, "At Daggers Drawn with the Existent, its Defenders and its False
Critics", Elephant Editions. En ligne :
http://www.geocities.com/kk_abacus/ioaa/dagger.html

23 Alfredo Bonanno, La gioia armata, 1977 Edizioni Anarchismo, Catania, 1998. En
français, « La joie armée » se trouve sur
http://www.non-fides.fr/spip.php?article321



Cet article est extrait de Red and Black Revolution n° 11, octobre 2006
Revue du Workers Solidarity Movement
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