Un regard noir

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Re: Un regard noir

Messagede Lehning le Mer 24 Fév 2016 18:17

Une note [A.P.PO ; BA/1892, dossier Union Anarchiste Communiste, information dans le milieu libertaire, rapport du 17/02/1940.] de la préfecture de police nous apprend qu'une quinzaine de militants de l'ex-UA se sont réunis en février 1940 sous une surveillance policière infiltrée. Le dossier de police précise que "la question d'une nouvelle création des groupes UA n'est pas retenue en raison des difficultés à organiser des réunions régulières". Un rapport du 8 mai 1940 [A.P.PO, BA/1899, rapport du 8/05/1940.
Roger Boutefeu, dit Roger Coudry ou Duret, militant pacifiste et libertaire, né en 1911, mort en 1992. Sangleur dans une entreprise de presse, il fut gérant de Rectitude, l'organe de la Ligue des objecteurs de conscience, et en 1937 du Libertaire. En 1939, il deviendra membre de la commission administrative de l'UA et il fut également un des secrétaires de la Jeunesse anarchiste communiste. Condamné en 1938 pour des articles antimilitaristes à douze et dix huit mois de prison à la Santé. Il se convertira au catholicisme pendant sa détention. A sa sortie de prison Pierre Bourrit de la CGT, le plaça à Paris comme directeur d'un centre de jeunesse, le centre Baillet, à 19 km de Paris à la lisière de la forêt de l'Isle-Adam. Ce centre faisait partie des officines de "bienfaisance" du pétainisme. Cependant, d'après René Bianco, il profite de ce poste pour aider des réfractaires ou des individus en situations irrégulières, en leur fournissant des faux papiers. Jean Maîtron, d'après le témoignage de Nicolas Faucier précise, dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, que Roger Boutefeu se serait rallié au pétainisme ce que contredit René Bianco qui affirme le contraire dans sa notice. Jouera-t-il le rôle de militant infiltré pour la police comme le suggère sa présence dans des réunions d'anciens militants de l'UA en 1940 ? Il s'éloigna ensuite du mouvement libertaire et apprend le métier de berger à l'école de Rambouillet. Il s'installa à la Tranche en Isère où il écrira des romans, des essais et des pièces de théâtre qui composeront son œuvre littéraire. A son sujet, voir Les Anarchistes dans la Résistance, vol. 2, pp. 22, 23 et Le Maîtron, notice de Jean Maîtron.
Maurice Duwiquet, dit Maurice Duviquet ou Doutreau, militant anarchiste, né en 1909, habite en Haïti. Il fut élu à la commission administrative de l'UA lors du Congrès de Paris en 1937. En 1938, il fut condamné à deux ans de prison pour avoir tenu des propos considérés comme une apologie au meurtre. De 1936 à 1939 inclus, il collabora au Libertaire et restera un militant en vue de l'UA au début de l'Occupation. En 1947, il habite la Seine-et-Oise, puis il partit à Haïti pour travailler dans une station de radio. Par la suite, Duwiquet professera des idées fort éloignées de ses anciennes conceptions. Voir Le Maîtron.] explique que lors de ces réunions, une ligne de partage séparera deux propositions. La première était celle défendue autour du militant Roger Boutefeu qui pensait qu'il fallait avant tout défendre la démocratie et la seconde autour de Maurice Duviquet ridiculisait ceux qui tenaient cette position et précisait que sans faire de "propagande active", il fallait s'efforcer de "maintenir la liaison". En fait rien ne fut décidé et ces initiatives pour faire revivre l'UA se révéleront sans succès. La taupe policière en conclut, avec raison, que "les militants craignaient la répression et préféraient se tenir cois". Des rapports policiers de 1940, 1941 et 1944 [A.P.PO. BA/1900, rapport du 14/09/1944 ; BA/1899, rapport du 17/02/1940 et du 22/09/1941.] préciseront que la principale difficulté pour les libertaires de l'Union anarchiste de s'organiser est leur importante dispersion. Il est vrai que, la guerre déclarée, il ne restait plus rien du mouvement libertaire. Comment aurait-il pu en être autrement ? Ses membres étaient mobilisés, insoumis en fuite et surtout sous une importante surveillance policière. Louis Lecoin fut arrêté le 29 septembre 1939 pour le simple tract "Paix immédiate", et avec lui toute une charretée de distributeurs, ainsi que certains des signataires.

Photos: Roger Boutefeu:
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Re: Un regard noir

Messagede Lehning le Mer 24 Fév 2016 19:19

Dans ses souvenirs, René Lochu relate:

"La guerre est déclarée. Quelques semaines plus tard, je recevais, comme les copains de la section pacifiste LICP, un paquet de tracts que Louis Lecoin venait de faire imprimer à 1 000 000 exemplaires: "Paix Immédiate !" [...] Nous en avions déjà diffusé une bonne partie, mais la police était sur les dents et il était prudent de mettre à l'abri les exemplaires restants. Nous ne tardâmes pas à avoir la visite de ces messieurs. Prévenu par un ami qui venait d'être perquisitionné, mes précautions étaient déjà prises. Or, un soir en rentrant du travail, j'appris leur passage à notre domicile. Leurs recherches furent vaines [...] j'avais camouflé les tracts dans un seau, lequel était masqué, dans la cheminée, par le rideau contre lequel ma femme et ma fille était adossées [...] Je fus cependant convoqué au commissariat central. A défaut de tracts, les policiers avaient fait main basse sur des exemplaires de La Patrie humaine, du journal SIA et d'un paquet de chansons contre la guerre [...]"
[Jean René Saulière dit André Arru, "Réflexion sur des Histoires", dans Les Anarchistes dans la Résistance, Bulletin du CIRA de Marseille, vol. 1 (n° 21, 22), 1984, p. 32 et René Lochu, Libertaires, mes compagnons de Brest et d'ailleurs, éd. La Digitale, 1983/2003, op. cit., pp. 103-104.]

Photo: René Lochu:
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Messagede Lehning le Mer 24 Fév 2016 19:51

Dans ces conditions de répressions policières importantes, les quelques structures clandestines prévues comme celle de Bordeaux, auront du mal à se développer et une perspective stratégique comme la grève générale insurrectionnelle soutenue par la CGT-SR va tomber à l'eau. Que ce soit dans le mouvement ouvrier ou dans la mouvance libertaire, il faut reconnaître qu'aucune action d'envergure n'était possible. Les jeunes ouvriers seront mobilisés, prêts à faire de la chair à canons, et certains seront même atteints par la fièvre nationaliste !

Nicolas Faucier écrit à propos de cette période:

"Pour beaucoup c'est le sauve-qui-peut, le "débrouillardage" individuel pour sauver sa peau à l'étranger ou en entrant dans la clandestinité pour éventuellement fomenter le défaitisme révolutionnaire. D'autres acceptaient de rejoindre leur corps, affirmaient que l'absence d'enthousiasme et le bouleversement des esprits, après la trahison de Staline, permettraient d'envisager à bref délai, la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile. On se sépara sans autre décision."
[Nicolas Faucier, dans Société et contre-société, communauté de travail du CIRA, librairie Adversaire, Genève, 1974.]

Photo: Nicolas Faucier:
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Messagede Lehning le Jeu 25 Fév 2016 01:36

Alors, le découragement dû aux défaites répétées du mouvement ouvrier, l'isolement, la résignation, la conscience de leur impuissance face à la victoire militaire de l'Allemagne nazie et un pacifisme intégral béat, vont conduire les militants anarchistes à adopter une position individuelle. Les solutions se feront donc en fonction des personnalités de chacun: rejoindre la mobilisation nationale, fuir à l'étranger, être emprisonné pour insoumission, désertion ou raison politique, puis choisir entre le pire et le meilleur, la collaboration, l'attentisme et la résistance.

Les uns répondirent la mort dans l'âme à l'ordre de mobilisation. Ce fut le cas de René Frémont, leader de l'UA, qui pensait en se ralliant à la lutte antifasciste transformer la guerre impérialiste en révolution. Il sera tué en juin 1940 pendant la retraite.

Photo: René Frémont:
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Messagede Lehning le Jeu 25 Fév 2016 02:08

Certains gagnent l'étranger. André Prudhommeaux, de la FAF, passe en Suisse avec sa famille et en compagnie d'Alexandre Croix. Ils y resteront jusqu'à la fin de la guerre.
Roger Monclin et Alexandre Breffort, tous deux rédacteurs de La Patrie humaine se réfugient en Suède où ils sont arrêtés par la police en avril 1940 et écroués dans la prison de Grangesberg, puis à la maison centrale de Falun et au camp de concentration de Langmora. Ensuite de retour en France, pour Breffort en mai 1941, et pour Monclin en octobre 1942, ils seront condamnés tous deux à 6 mois de prison. Le cas de Cortvrint Charles, dit Louis Mercier-Vega ou Ridel à l'UA, est plus insolite. Insoumis en 1939, il s'exile d'abord au Chili, puis il s'engagera en juin 1942 dans les Forces françaises libres avec lesquelles il participa notamment à des combats en Afrique.
Preuve qu'après un choix sentimental, il prit une option politique qui lui semblait plus lucide.
[Cela lui est reproché dans L'Autre Communisme par G. Fontenis qui parle à son sujet de "revirements les plus étranges".
Heureusement, il rajoute par la suite: "Encore s'agit-il d'un choix [...] sans faiblesse vis à vis du nazisme", puis, "nous ne pouvons considérer comme cohérent le parcours de Mercier-Vega". Pourquoi cette réserve alors que plus loin il défend les militants espagnols combattants dans les armées "alliées" ? Existe-t-il une différence d'appréciation entre militants anarchistes français et espagnols ?]

Photo: Roger Monclin:
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Messagede Lehning le Jeu 25 Fév 2016 20:52

A la déclaration de la guerre, certains militants vont choisir l'objection de conscience. En effet cette attitude avait été rejetée pendant des années par le mouvement anarchiste qui lui reprochait d'être avant tout, une réponse individuelle à un problème social. Celle-ci signifiait que l'objecteur de conscience, avait une obligation envers l'Etat, qu'il était perdu en tant que militant pendant sa période d'emprisonnement et se condamnait à être complètement ligoté par la surveillance policière. Finie pour lui l'action révolutionnaire. Cependant à la suite du premier conflit mondial de 1914-18, les anarchistes vont modifier leurs positions et devant la difficulté d'organiser un mouvement collectif de résistance à la guerre, et tout en continuant de participer aux campagnes au sein du mouvement ouvrier, dans les organisations pacifistes, une tendance croissante se dessina tout le long de l'entre-deux-guerres à accepter les réponses individuelles et particulièrement l'objection de conscience. Ce changement est notable au sein de l'UA, et alors qu'en 1929 son secrétaire, René Frémont, condamnait l'individualisme de l'objection de conscience pour réaffirmer la validité du mot d'ordre: "Transformons cette guerre capitaliste en guerre révolutionnaire !" [Le Libertaire, 12 octobre 1929. Sur l'objection de conscience, David Berry, "Le mouvement anarchiste français (1939-45)", revue Dissidences, 2003, op. cit., p. 46.], à son congrès d'avril 1930, les militants l'acceptèrent comme une forme valable de propagande par le fait. Comme le précise l'historien David Berry, pour répondre aux critères de l'UA, le militant devait se laisser arrêter et déclarer son refus de servir dans l'armée. Si l'on s'en tient à cette définition, seul un très petit nombre de militants ont été des objecteurs de conscience. Les plus célèbres dans ce cas furent, Louis Lecoin, leader de l'UA arrêté à Angers le 29 septembre 1939 interné à la Santé, puis au camp de Gurs dans les Basses-Pyrénées, au camp de Nexon en Haute-Vienne, puis au fort de Djelfa en Algérie avec Robert Louzon jusqu'en septembre 1941 ; Nicolas Faucier de l'UA emprisonné à trois ans à Poissy, à Fontevrault, puis maintenu administrativement en détention pour l'organisation Todt [L'organisation Todt était une énorme formation paramilitaire, sorte d'arme du génie annexe, exécutant les travaux importants d'infrastructure dont avaient besoin les armées de Hitler. Elle construisit par exemple, "la ligne Siegfried", puis "Le Mur de l'Atlantique" en embauchant de gré ou de force des ouvriers étrangers et français. L'organisation porte le nom de son créateur, le général Fritz Todt, constructeur des autoroutes du Troisième Reich, puis ministre de l'armement et des munitions en 1940, mort dans un accident d'avion en 1942.], dans les camps de Rouillé et de Neville dans la Vienne, d'où il s'évada en décembre 1943 ; Joseph Briand, condamné à cinq ans de prison à Rennes, puis à Bouguen ; il fut libéré par les Allemands et ensuite incarcéré à nouveau lors de la libération pour être enfin amnistié le 14 juillet 1946. Il y a aussi Pierre Martin condamné une première fois, en 1937, a dix-huit mois d'emprisonnement, il refuse son affectation à la caserne de Metz. Il est à nouveau condamné en avril 1939, cette fois au maximum en temps de paix, soit deux ans de prison. La guerre le surprit à l'hôpital militaire où il est soigné à la suite d'une grève de la faim entreprise pour protester contre ses conditions de détention. Il fut transféré en 1940 à la prison de Clairvaux où, affecté au greffe, il apprit qu'en mai 1940 une soixantaine d'autres objecteurs se trouvaient derrière ses murs. A la suite de son bombardement la centrale fut évacuée. Après une série d'épreuves Pierre Martin fut enfin rendu à la liberté en avril 1941. André Le Marc, du groupe libertaire de Rennes, qui déchira son livret militaire à la gendarmerie ; il fut condamné en 1939 à cinq ans de prison qu'il effectua à Clairvaux puis à Riom. Enfin Boncoeur qui fut condamné à cinq ans de prison par le tribunal de Versailles, et finalement porté disparu pendant l'occupation.

Photos: Camp de Gurs en 1940 ; René Louzon ; Pierre Martin:
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Messagede Lehning le Jeu 25 Fév 2016 22:09

Il y eut aussi de nombreux militants libertaires prisonniers de guerre et des réfractaires, des insoumis et des politiques qui connurent les prisons françaises en 1939-40 et ensuite les internements de Vichy. Dans le premier cas, il y eu Louis Anderson, dit Ander de l'UA, mobilisé, il fut prisonnier. Après huit mois de captivité il parvint à s'évader d'Allemagne et se réfugia à Lyon. Arrêté en juin 1942 à la ligne de démarcation, il fut condamné par les Allemands à six mois de prison qu'il accomplit à Chalon-sur-Saône, à Dijon et au fort d'Hauteville.
Louis Dorlet, collaborateur du Combat syndicaliste, mobilisé en 1939 et affecté dans un hôpital vétérinaire en Alsace, il fut fait prisonnier quinze jours après l'Armistice et envoyé en stalag à Halbe, sur un kommando à 12 kilomètres de Berlin, puis en 1945 à Reichbahn. Il prend le maquis avec une dizaine de camarades d'infortune et rentra en France en juillet 1945.
Lucien Bernizet, membre du groupe anarchiste de Romans, fut embarqué au Bataillon d'Afrique formé par les exclus de l'armée et encadrés par des officiers de la Légion étrangère dans le sud tunisien, ramené en France après l'Armistice, il fut arrêté en septembre 1940 et conduit au camp de Loriol dans la Drôme où il retrouva l'un de ses camarades de groupe, René Paul.
Libéré, il avait quitté son domicile de Romans par sécurité pour se réfugier chez un camarade de Genissiers où en septembre 1941, il fut arrêté comme otage par les gendarmes et conduit au Temple de la Loge L'Humanité de la Drôme à Valence et remis aux groupes mobiles de réserve. Après trente heures sans boire ni manger, il fut relâché. Le Lann Auguste, secrétaire de la SIA pour la région de Brest: mobilisé, prisonnier de guerre, on le libère au début 1941, il fut alors arrêté en France le 22 septembre 1942 et interné à Voves, pendant deux mois.
Surveillé par la police, son domicile est perquisitionné deux fois.

Photos: Camp de Loriol ; Lucien Bernizet:
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Messagede Lehning le Ven 4 Mar 2016 19:37

Dans les cas d'insoumission ou de désertion, il y eut Pierre Piller, dit Gaston Leval, condamné par la police de Vichy à quatre ans et six mois de prison à la centrale de Clairvaux où, après deux ans, il s'échappa au cours de son bombardement ; Maurice Joyeux condamné pour insoumission à trois ans de prison fut incarcéré au fort de Montluc, où il fomentera une mutinerie en 1941. Cette mutinerie, la seule qui pendant cette période troublée ait réussi, est généralement ignorée, l'autorité militaire ayant fait autour d'elle un prudent silence. [Maurice Joyeux, Mutinerie à Montluc, éd. La Rue ou Souvenirs d'un anarchiste, 1910-1944, éd. Tops/H. Trinquier, 2002, pp. 346-55.] Après son évasion, il fut transféré à nouveau à Montluc et poursuivra sa peine dans la prison de Lodève, puis au camp de Mauzac en Dordogne. On peut encore citer pour exemple: Gilles Dubois condamné à trois ans de prison, incarcéré à Loos-lès-Lille et après des stages à la Santé, à Fresnes, pour finir son temps à Clairvaux ; Jehan Mayoux, secrétaire de la Bourse du travail de Dunkerque, refuse l'ordre de mobilisation, il est condamné à cinq ans, emprisonné à Lyon, puis à Clairvaux. A la suite du bombardement de cette centrale, il est l'un des nombreux détenus à prendre le large. Il est capturé ensuite par les Allemands et amené comme prisonnier de guerre en Allemagne où, à la suite de plusieurs tentatives d'évasions, il est interné au camp disciplinaire de Rawa-Ruska. Il rentre de captivité en mai 1945. Roland Seron fut arrêté le 21 août 1939 et écroué à la Santé à Paris, au camp de Grone près d'Orléans, au camp d'Avord dans le Cher, au camp de Gurs dans les Basses-Pyrénées où il rencontra Louis Lecoin, puis à la fabrique Perlière de Périgueux, à la prison militaire de Bergerac, prison d'Agen, prison centrale d'Eysses, au fort Barraux dans l'Isère, et Saint-Suplice-la-Pointe dans le Tarn d'où il fut libéré en janvier 1943. Assigné à résidence à plan d'Orgon, les gendarmes lui apportent son ordre de départ pour le STO en Allemagne, il terminera la guerre dans une semi-clandestinité à Lagnes dans le Vaucluse. André Lansade, du groupe anarchiste de Limoges, fut arrêté et incarcéré à la prison de la ville, puis au camp de Nexon en Haute-Vienne où il retrouva Lecoin et Louzon. Jean Roy fut arrêté le 23 mars 1940 et condamné à cinq ans de prison. Pendant un séjour à l'hôpital de Clermont-Ferrand, il s'évade le 7 août 1940. Repris le 23 août, il sera alors condamné pour désertion à 10 ans de prison. A l'occasion du 1er janvier 1947, le ministre de la Guerre le propose pour une remise de peine de six mois. Il avait déjà fait sept ans de prison.
Albert Cané interné en 1942 au camp de Compiègne dans l'Oise. Marceau Lefebvre, qui prit le maquis en 1939 dans la région d'Alès, il se rendit aux gendarmes de Tamaris et fut incarcéré au Fort Saint-Nicolas à Marseille pendant quatre mois. On peut aussi citer pour mémoire les militants anarchistes internés au camp de Vernet dans l'Ariège, Léo Campion, Ernest Tanzer (dit Ernestan), Nicolas Lazarévitch. Combien d'autres, dont nous ignorons les noms, seront emprisonnés pendant quatre ans, pour insoumission ou désertion, et seront déportés ou tués lors des affrontements militaires.

Photo: Gaston Leval:
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Messagede Lehning le Ven 4 Mar 2016 20:09

Photos: Gilles Dubois ; Jehan Mayoux ; Léo Campion:
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Messagede Lehning le Ven 4 Mar 2016 20:17

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Messagede Lehning le Mar 15 Mar 2016 12:35

Enfin ceux qui étaient arrêtés pour des raisons politiques comme Ernest Lucien Juin (dit E. Armand), responsable de L'En Dehors et leader des individualistes, fut interné en mai 1940 successivement au camp des Hirtaignes à Chaon (Cher), au camp de Sablon en Dordogne, au camp de Saint-Germain-les-Belles en Haute-Vienne, à la prison départementale Saint-Pierre à Marseille, au camp de Chibron dans le Var et enfin au camp de la sûreté nationale de Saint-Suplice-la-Pointe dans le Tarn. Il est libéré le 8 mai 1941, mais doit transiter quatre mois au camp de Brens dans le Tarn. Il partira pour son domicile le 3 septembre 1941. Gabriel Diné, fut un ancien militant communiste exclu du PC pour avoir animé en 1936 et 37, le Comité de défense de la révolution espagnole d'inspiration anarchiste. En 1940, il connut trois fois la prison préventive en particulier lors de la visite du Maréchal Pétain à Toulon. Le 10 décembre 1940, il fut arrêté et conduit à la prison maritime de Toulon pour détention de documents anarchistes et fut inculpé pour "atteinte à la sécurité de l'Etat". Relâché mais sous surveillance, il n'a pas eu de contact avec la Résistance.
Fernand Planche, il fut inculpé de complicité de désertion et incarcéré en 1939 à la prison de la Santé, puis par "mesure administrative", au camp de Maisons-Laffitte en Seine-et-Oise où Daladier fait interner les gens "susceptibles de nuire à la défense nationale", puis au moment de la débâcle, il devait être évacué vers Pau. Le 10 mai 1940 au passage de la Loire, à Meung, la colonne de prisonniers fut bombardée, permettant la fuite des détenus. Planche regagne Paris, y retrouve sa compagne et alla travailler en usine. [Pascal Bedos, "Les anarchistes français de 1939 à 1945", dans Increvables Anarchistes, volume 7, 1939/1945, De la résistance anti-fasciste aux luttes anti-coloniales, éd. du Monde libertaire/Alternative libertaire, Paris/Bruxelles, 1999, Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, éd. de l'Atelier, 1997 et "Les anarchistes dans la Résistance", du Bulletin du CIRA de Marseille, vol. 2 (n° 23 à 25), 1985, Nicolas Faucier, Pacifisme et antimilitarisme dans l'entre-deux-guerres (1919-1939), éd. Spartacus, 1983 et Pierre Martin, Candide et le Moloch, éd. Utovie.] Le docteur Fernand de Elosu, militant anarchiste, néo-malthusien, pacifiste et non-violent sera condamné en 1940 comme "communiste" et mourra en prison en 1941 d'une pneumonie. Ivan Alexandrovitch Ioudine, qui connu la prison en Russie avec Voline, fut arrêté à Paris, sur dénonciation d'un Russe blanc à la Gestapo et déporté en août 1944 à Buchewald puis à Dora où il mourut. Et dans le cadre de la Liste "S", Lucien Haussard condamné à quatre mois fut interné à Montignac (Dordogne), au château du Sablon et libéré au printemps 1941. Quant à Lucien Huart, on perd sa trace après son arrestation. Il serait mort pendant l'Occupation.

Photos: Emile Armand ; Fernand Elosu:
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Messagede Lehning le Mar 15 Mar 2016 14:37

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Re: Un regard noir

Messagede Lehning le Mar 15 Mar 2016 14:50

Compromissions et collaborations

La dure réalité de la guerre va entraîner une fracture entre les pacifistes à tout prix, surtout attentistes, et ceux qui mesurèrent combien la nécessité de s'opposer à la menace de l'hitlérisme prenait le pas sur les seules positions idéalistes. A la signature de l'armistice un espoir de regroupement clandestin semble autorisé, mais de nouveaux problèmes commencèrent à se poser. L'hitlérisme s'installait à l'intérieur des frontières françaises, dans une apparente discrétion. En effet, sous l'impulsion du maréchal Pétain, la révolution nationale du gouvernement français prenait les mesures qui lui convenaient.
La police était faite par des Français obéissant à Vichy et les Allemands laissèrent à Pétain la liberté des vaincus. Certains dans la mouvance anarchiste se laissèrent prendre aux apparences d'une guerre latente qu'ils prirent pour une réconciliation avec l'ennemi héréditaire allemand et par un climat qui, dans ces temps de propagandes collaborationnistes, leur sembla plus fraternel.

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Messagede Lehning le Mar 15 Mar 2016 15:20

Certains syndicalistes et pacifistes trompés par l'armistice vont être séduits par le gouvernement de Pétain. L'appareil d'Etat avait été désarticulé par la rapidité de l'invasion allemande. Compte tenu du non-rapatriement des prisonniers de guerre, le gouvernement fantoche de Vichy, entre autre palliatif, se tourna vers les organisations syndicales pour y puiser des personnes sensées plus préparées que d'autres au secours des secteurs défaillants. Il y eut de la part des autorités pétainistes une véritable sollicitation envers les militants syndicalistes.
Avec un passé syndical, on pouvait faire carrière dans maints organismes, administrations ou entreprises. Dans ce bourbier, il en est qui devinrent des "grands commis de l'Etat", chef de cabinet ou ministres. [Henri Bouyé, Témoignage dans "Anarchistes dans la Résistance", Bulletin du CIRA de Marseille, v. 2 (n° 23 à 25), p. 114.] Ce fut le cas de René Belin, ancien cégétiste devenu ministre du travail qui avec son directeur de cabinet Raymond Froideval et son équipe composée de Pierre Milan, Francis Million et Auguste Savoie, des anciens de la revue Syndicat, favorable au "planisme", vont mettre en place la Charte du travail.

Photo: René Belin:
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Re: Un regard noir

Messagede Lehning le Mar 15 Mar 2016 20:37

En 1940, Louis Bertin fonda dans la zone Sud l'hebdomadaire Au Travail qui réunira de nombreux responsables de la CGT parmi lesquels des proches du milieu libertaire comme Jeanne Chevenard ou Georges Lefranc, en complet accord avec ce grand projet social de Vichy. La mouvance "parisienne" ou "politique" se prononce pour la collaboration avec le nazisme. Elle regroupait, autour du journal l'Atelier qui sera publié à partir du 7 décembre 1940, des anciens de la CGT, dont Georges Dumoulin, qui fut anarcho-syndicaliste, un proche de Monatte, Francis Delaisi, un ancien syndicaliste révolutionnaire qui fut responsable de la culture économique du monde prolétarien dans La Vie ouvrière, ainsi que des "néo-pacifistes" autour de Ludovic Zoretti, Georges Souliès et Guy Lemonnier. La plupart de ces militants venant surtout de la SFIO vont participer sans réserve au syndicalisme collaborateur et certains deviendront au sein du Parti populaire français (PPF) et surtout du Rassemblement national populaire (RNP) des "nazis français". On y rencontra aussi quelques militants anarchistes, syndicalistes révolutionnaires, pacifistes ou au passé libertaire, dont certains furent abusés par la Charte du travail et ses quelques aspects néo-proudhoniens. [Tous les syndicats nationaux ont été dissous par Vichy en août 1940 et la Charte du travail appliquée à partir d'octobre 1941. Avec la Charte du travail le gouvernement de Vichy prétendait ouvrir une ère nouvelle dans les relations sociales. Cette Charte institue une organisation corporative du travail avec la fin des syndicats. Les corporations sont des organes publics dont le but était de réaliser sur le lieu du travail une unité organique entre patrons et ouvriers. Elle a pour volonté de rompre avec l'affrontement des classes qui est censé avoir mené la France à sa perte et de privilégier la solidarité sociale. En réalité, la prise en main de ces structures par le patronat, les cadres, les cols blancs confortera, sous le couvert du corporatisme, l'inégalité sociale et économique. Voir le Maitron et Jean-Pierre Biondi, La Mêlée des pacifistes, 1914-1945, la grande dérive, éd. Maisonneuve & Larose, 2000, pp. 121-124.] Certains se feront surtout berner par les thèses du RNP, les discours et les articles de L'Oeuvre émis par Marcel Déat et sa clique, parmi laquelle des syndicalistes pacifistes comme Georges Albertini et Georges Lefranc. D'abord, il y eût le planisme qui, dans son objectif "de réaliser un régime intermédiaire entre l'économie capitaliste et l'économie communautaire", contenait "en germe, le national-socialisme, puisqu'il faisait reposer l'unité nationale sur la justice". Cette union a-classiste de l'ensemble des catégories sociales était placée sous la bannière de Proudhon. Barthélémy Montagnon dans Néo-socialisme ? fait appel "au vieux socialisme français de Saint-Simon et de Proudhon", à "la vraie tradition du socialisme français". Pour les militants du RNP, il s'agissait, à l'heure de la collaboration, par leur plate-forme de rassemblement, de "faire passer notre pays de l'atomisation à l'organisation" d'un "socialisme nouveau": un "socialisme national", un "socialisme communautaire", qui renonce au parlementarisme, "l'instrument le plus redoutable, parce que le plus caché, de la domination de la ploutocratie". Ainsi naîtra à la place du "socialisme revendicatif" d'antan, le "socialisme constructif" de la "révolution nationale", cette révolution qui, les hommes de Déat ne cessent de le répéter, reste encore à faire. Ces thèmes "néos" sont repris par les hommes du PPF, par Loustau et par Doriot, qui veulent intégrer le prolétariat à la communauté nationale. Et certains de nos militants se laisseront aller au chant des sirènes, à l'appel aux hommes nouveaux, à la collectivité contre l'individu, à l'ardeur révolutionnaire de Déat, de Doriot, de Barthélémy Montagnon, de Ludovic Zoretti, de Gabriel Lafaye et de tant d'autres militants de cette gauche néo-socialiste qui croyaient alors leur heure arrivée. Le RNP se proposait de dépasser les vieilles oppositions. "Il ne s'agit pas de savoir d'où l'on vient, mais où l'on va", dira Déat dans le premier numéro de son bulletin, le 6 juin 1942 ; et Georges Albertini proclamera huit jours plus tard dans le titre de son article du Le National populaire, "Ni gauche, ni droite". [Zeev Sternhell, Ni gauche ni droite, l'idéologie fasciste en France, éd. Complexe, pp. 282-285, J. Guionnet, "Où sont les socialistes", Le National populaire, n° 31 du 30 janvier 1943, L. Rebeix, Socialismes et socialistes, ibid., n° 99, 10 juin 1944, Marcel Déat, Le Discours du chef, ibid., n° 94, 6 mai 1944 et Vers le parti unique, ibid., n° 1, 6 juin 1942 et G. Albertini, Ni gauche, ni droite, ibid., n° 2, 13 juin 1942.] Les partisans de Déat et du courant Syndicat de Belin appuieront les efforts en vue de l'application de la Charte du travail mais ils n'avaient pas attendu son lancement pour avoir recours à l'idée d'un renouveau syndicaliste. L'application de cette Charte du travail sera de la responsabilité de Hubert Lagardelle qui deviendra secrétaire d'Etat au Travail du deuxième ministère Laval en avril 1942. On doit rappeler que Hubert Lagardelle avait été, avant 1914, un militant socialiste et le théoricien du "socialisme ouvrier", inspiré du syndicalisme révolutionnaire qui s'exprimait alors dans l'excellente revue Mouvement socialiste dont il était le directeur et à laquelle collaboraient alors Griffuelhes, le secrétaire de la CGT et Georges Sorel.
Mais celui-ci deviendra, en 1926, membre du faisceau de Georges Valois, puis, dans les années trente, il jouera le rôle d'intermédiaire entre Laval et Mussolini et, acquis au fascisme, il sera l'un des spécialistes du syndicalisme corporatif.

Photos: Georges Dumoulin ; Georges Lefranc:
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Messagede Lehning le Mar 15 Mar 2016 21:46

Photos: Marcel Déat ; Francis Delaisi ; Ludovic Zoretti:
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Re: Un regard noir

Messagede Lehning le Mar 15 Mar 2016 22:26

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Re: Un regard noir

Messagede Lehning le Mar 15 Mar 2016 23:29

Photos: Doriot ; Gabriel Lafaye:
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Re: Un regard noir

Messagede Lehning le Mer 16 Mar 2016 03:17

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Re: Un regard noir

Messagede Lehning le Mer 16 Mar 2016 03:32

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