Un regard noir

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Re: Un regard noir

Messagede Lehning le Ven 15 Jan 2016 03:41

A la même période, l'Espagne nouvelle indiquait qu'il n'y avait plus de guerre révolutionnaire en Espagne:

"Il y a la guerre des gouvernementaux de Valence (France, Angleterre, Russie) contre les gouvernementaux de Burgos (Allemagne, Italie). Et il y a surtout, la guerre faite par la bourgeoisie espagnole au peuple travailleur de l'Espagne, sans distinction de syndicat ou d'idéologie."

Malgré les dures réalités des propos, pour beaucoup cela fut le comble. Le Libertaire renvoya le n° 5 de l'Espagne nouvelle.
Même certains militants de la FAF commencèrent à se poser des questions. Ce fut le cas des frères Lapeyre qui allèrent jusqu'à accuser les rédacteurs de Terre libre d'agir de façon antidémocratique en publiant leurs opinions et non pas les opinions de l'ensemble des militants de la FAF. Dans une lettre ouverte, ils concluaient:

"Pour nous, sans ménager les critiques à la CNT-FAI, sans perdre une occasion de dire à ses dirigeants qu'ils sont responsables de la situation actuelle, nous restons toujours, quoi qu'il arrive, avec la révolution espagnole et c'est pourquoi nous continuons à crier: vive la CNT-FAI."

Cette position moins critique, allait dans le sens souhaité par la majorité des anarchistes espagnols et c'est ainsi que Aristide et Paul Lapeyre donnèrent vie à la nouvelle série de l'Espagne antifasciste à partir de septembre 1937.

Photos: Aristide Lapeyre ; Paul Lapeyre:
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Messagede Lehning le Mer 20 Jan 2016 20:08

En 1937, la FAI critique ouvertement "la sottise et le fanatisme de la CGT-SR et de la FAF". Pour certains, ces deux organisations avaient une interprétation de la situation espagnole trop radicale, dont la tendance était d'exagérer quelque peu le rôle de la révolution, la capacité du peuple espagnol et celle de la CNT-FAI, comme si les anarchistes étaient seuls sans UGT, les manœuvres des politiciens républicains et des staliniens.
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Messagede Lehning le Lun 25 Jan 2016 19:32

Après le congrès extraordinaire de l'AIT, en décembre 1937 à Paris, la CGT-SR est mise au pas, les contre-attaques furent accompagnées par l'exigence du retrait de Pierre Besnard du secrétariat général de l'AIT, et la FAF se trouva isolée. Comme André Prudhommeaux saura l'écrire plus tard:

"Depuis décembre 1937 par un accord tacite tous nos organes avaient interrompu la polémique sur les "fautes", les "erreurs", les "défaillances", etc., du mouvement anarcho-syndicaliste espagnol [...] de part et d'autre on s'est contenté de reproduire les opinions plus ou moins conformistes, plus ou moins mises au pas par le gouvernement et par la Guépéou que la CNT elle-même publiait dans sa presse."
[ Terre libre, n° 32, juin 1937.]

Au printemps 1938, Le Libertaire se plaint d'une baisse de soutien, le pessimisme se répand en générant de l'indifférence.

Photo: André Prudhommeaux:
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Messagede Lehning le Lun 25 Jan 2016 21:59

En mars 1938, l'Anschluss fit croître la peur d'une autre guerre contre l'Allemagne et dans laquelle les français seront impliqués. La SIA et l'UA commencèrent à se consacrer davantage sur ce problème que sur la guerre civile d'Espagne.
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Messagede Lehning le Mar 26 Jan 2016 18:00

En juin 1938, la F.A.F. avait de sérieuses difficultés à continuer de fonctionner comme organisation. A la suite du congrès de Lyon en août 1938, une partie des militants ont répondu positivement à un projet d'unification avec l'UA.
Après le départ de Voline comme secrétaire de rédaction, Terre libre ne parut pas pendant plusieurs mois. Les frères Lapeyre étaient aussi militants de la CGT-SR et écrivaient dans le Combat syndicaliste. Il ne faisait plus de doute pour beaucoup que l'offensive franquiste d'Aragon de mars/avril, qui avait coupé l'Espagne en deux, annonçait la fin imminente de la guerre. La période d'avril 1938 à mars 1939 vit s'installer l'hégémonie du pouvoir communiste sur la république espagnole qui agonisait à la suite de cuisantes défaites militaires.
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Messagede Lehning le Mar 26 Jan 2016 19:09

A partir de 1939, on put lire les échanges de propos entre Prudhommeaux et Paul Lapeyre au sujet de la politique suivie par la FAF. Peu à peu les critiques plus ou moins personnelles furent ressenties comme de simples "engueulades". Lapeyre était convaincu que l'attitude prise dans les deux journaux avait été nuisible à la propagande anarchiste. De nombreux militants abandonnèrent la CGT-SR et la FAF persuadés qu'il n'y avait pas de différence entre Negrin et Franco. Bien que leur critique soit réelle, le résultat de l'action de la FAF fut, à l'époque, la démoralisation des militants, l'émiettement du mouvement libertaire français. Ce fut aussi le cas de la CGT-SR qui avoua sa faiblesse. Malgré les critiques de Voline qui écrivit que les militants de l'UA sont des révisionnistes, des déviationnistes qui avaient pris comme la FAI, "la voie militaire, politique et gouvernementale", cette organisation -en particulier les plate-formistes de la FCL- avait su signaler ses inquiétudes et critiquer entre camarades les choix tactiques de la FAI. [David Berry, "Face à la guerre d'Espagne", Itinéraire, n° 13, 1995 et Jérémie Berthuin, La CGT-SR et la Révolution espagnole, éd. CNT-Région parisienne, 2000.] La position de La Révolution prolétarienne (RP) fut plus complexe et découle de son postulat syndicaliste résumé ainsi par Jean Barrué en 1935:

"Ne sacrifions pas de gaieté de cœur un syndicalisme même imparfait dont l'unité, bientôt réalisée [en France en 1936], nous a coûté tant d'efforts..."
[ La Révolution Prolétarienne, n° 206, 10 septembre 1935. Les mêmes déplorent ensuite la mainmise communiste du PCF sur la CGT-Unifiée en 1936. Cf. par ex. le n° 263, 25 janvier 1938.]

Photo: Jean Barrué:
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Messagede Lehning le Mar 26 Jan 2016 19:42

Monatte apporta à la révolution espagnole un soutien critique car il souhaitait:

"ne pas renouveler avec les Espagnols, l'erreur faite avec les Russes il y a vingt ans: se placer à leur point de vue et pas au nôtre, se taire pour ne pas critiquer, mentir pour les défendre."

Avec ses amis du "noyau" de "la RP" dont certains comme Robert Louzon, Daniel Martinet, Albert Lemire ou Nicolas Lazarévitch sont allés combattre en Espagne, ils dénonceront résolument les crimes des staliniens contre le POUM et les anarchistes. Les articles sur l'Espagne de Nicolas Lazarévitch, écrits sous le pseudonyme de L. Nicolas, grâce à leur documentation, donnèrent la matière d'une critique aussi bien de l'anarchisme, du syndicalisme et de la guerre que Nicolas lui-même ne pouvait effectuer. Certains militants, c'est certain, cherchaient à la CNT toutes les excuses possibles, sans se rendre compte de l'absurdité de leurs arguments, comme Robert Louzon qui, en août 1936, écrira: "L'Etat, à l'heure actuelle, c'est la CNT."
[ La Révolution Prolétarienne, n° du 10 août 1936, cité par Alba, op. cit., p. 113, le n° du 18 juin 1937 et Colette Chambelland, Pierre Monatte, une autre voix syndicaliste, éd. de l'Atelier, 1999.]
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Messagede Lehning le Mer 27 Jan 2016 21:40

Pour que le front tienne. Nicolas Lazarévitch veut assurer les réformes à l'arrière du front républicain:

"A première vue, il pourrait paraître oiseux d'examiner les problèmes de la nouvelle organisation sociale tant que subsistera le danger de voir écraser par la botte fasciste toutes les tentatives dirigées vers la société nouvelle. Pourtant le facteur moral ayant une importance primordiale dans la guerre civile, il importe de savoir dans quelle mesure existent à l'arrière du front les conquêtes du prolétariat..."
[ La Révolution prolétarienne, n° 235, 25 novembre 1936. Les articles de Nicolas Lazarévitch (L. Nicolas) ont été reproduits en volume dans Les révolutions en Espagne, éd. Belfond.]
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Messagede Lehning le Jeu 28 Jan 2016 02:33

Avec ce raisonnement il répondait d'abord à la position de la guerre d'abord et ensuite il démontrait aux ouvriers qu'il fallait donner des raisons de soutenir l'Etat légal. Nicolas Lazarévitch savait que "le prolétariat espagnol se bat sur deux fronts" [ La Révolution prolétarienne, n° 243, 25 mars 1937.], mais n'en concluait pas l'analyse qu'exigeait ce type de lutte armée, ni l'unique voie que devait suivre le prolétariat. Il énonçait le développement d'une situation sans analyser son processus. Dès lors ses sources exactes ont comme finalité de faire porter la critique sur les staliniens, et plus globalement sur les "partis politiques", ainsi que très modestement sur la CNT, mais jamais sur la politique antifasciste. La "RP" s'étonnait souvent des actions peu révolutionnaires de la CNT, pourtant il n'y avait rien de surprenant à ce qu'un appareil d'abord "construit pour la lutte réformiste", bien qu'il puisse le cas échéant conduire des actions de collectivisation ou de luttes armées, ne soit pas devenu nécessairement l'appareil de la révolution. Les anarchistes de l'UA malgré leur radicalisme du départ, craquèrent:

"Nous savons bien que l'Espagne de Negrin n'est pas celle que nous souhaitons, n'est pas celle même que souhaitent les ouvriers espagnols. Nous avons combattu ses erreurs, ses exactions mêmes. Mais aujourd'hui ce n'est pas une question de gouvernement, c'est l'avenir du mouvement ouvrier. [...] Ton avenir, peuple de France, se joue sur de nombreux points du globe.
C'est toutefois sur l'Espagne que tu dois porter ton attention, elle attend ton salut, n'hésite plus, jette-toi dans la mêlée, il y va du sort du prolétariat espagnol, de ta liberté, et du maintien de la paix !"
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Messagede Lehning le Jeu 28 Jan 2016 03:07

Comme en conclut, Jean Barrot:

"La grande fonction idéologique de la guerre d'Espagne fut de polariser les hésitants, dans tous les pays où la résistance prolétarienne était encore vive, mais aussi dans les autres, de la Russie à l'Allemagne et l'Italie en passant par les démocraties, autour de l'alternative démocratie ou fascisme, présentée dans chaque camp comme la seule réponse au totalitarisme ploutocratique ou fasciste."
[ Le Libertaire, in L'Internationale, n° 36, 20 avril 1938 et Jean Barrot, Bilan, contre-révolution en Espagne, éd. 10/18, Paris, 1979.]

C'est, ensuite, le ralliement de l'extrême gauche à la mobilisation pour la guerre préparée par le Front populaire, et on verra que comme en 1914, il faudra abdiquer toute prétention révolutionnaire pour soi-disant sauver la civilisation de la barbarie.
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Messagede Lehning le Jeu 28 Jan 2016 03:42

Révision, des libertaires révolutionnaires teintés de marxisme ?

Le problème de la participation gouvernementale de la CNT-FAI restait entier. Pour une frange de la mouvance, les jeunes en particulier, la révolution espagnole représentait la possibilité révolutionnaire de l'anarchisme. Ce qui poussa certains militants à chercher des solutions au problème de la révolution en dehors des chapelles traditionnelles de l'anarchisme ou de la gauche. C'est dans ce contexte et face à la déroute des organisations anarchistes que Charles Ridel (Charles Cortvrint) créa en février 1938, avec la coopération de libertaires étudiants et jeunes anarchistes communistes (JAC proche de l'UA), de pivertistes et d'autres courants de la gauche (les Jeunes à la gauche du mouvement abondanciste de Jean Nocher), la revue Révision, dont "le but était de réunir des révolutionnaires sincères et honnêtes". Selon le manifeste du groupe Révision les organismes de gauche manquent d'idées nouvelles. Ainsi, il faut rejeter "les credo et catéchismes vieillis", "réformisme, bolchevisme, syndicalisme, anarchisme", car "il est temps de réviser l'ensemble de nos conceptions socialistes et révolutionnaires pour une étude fraîche de la réalité d'hier et d'aujourd'hui". Le groupe veut créer un "socialisme libre et humain", "un socialisme libertaire":

"Nous entendons par libertaires tous les révolutionnaires qui se refusent à négliger le côté humain du socialisme et qui ne conçoivent la lutte sociale et la société nouvelle que sur les bases d'une démocratie véritable."

Photos: Charles Ridel (à droite avec une casquette et à ses côtés Antoine Gimenez avec un chapeau) dans le Groupe international de la colonne Durruti à Siétamo en septembre 1936 ; regardez bien les noms des orateurs de l'affiche d'un meeting: on y retrouve, entre autres, Marceau Pivert, Jean Nocher, et même Sébastien Faure:
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Messagede Lehning le Jeu 28 Jan 2016 05:02

Dans Révision nous trouvons résumés la critique du mouvement anarchiste français, du socialisme, du syndicalisme de l'entre-deux-guerres, le problème de la guerre d'Espagne et des interrogations sur le renouvellement du socialisme. Née à un moment où le mouvement ouvrier international s'effondrait sous le poids de la réaction triomphante, Révision a disparu en juin 1938 après seulement six numéros. Dans son dernier numéro réalisé avec difficulté en août 1939, le groupe publiera un article intitulé "L'évolution de la démocratie française par le groupe franco-espagnol des amis de Durruti." [Le n° 6 de Révision était intitulé Courrier des camps. Il était rédigé moitié en français moitié en espagnol, et était destiné aux révolutionnaires espagnols enfermés dans les camps créés par le gouvernement français pour les républicains fuyant le régime de Franco.] Dans ce dernier, ils affirmaient que la soi-disant démocratie française était en train de devenir un Etat fasciste: certaines conquêtes sociales de 1936 étaient remises en cause, et de nouvelles mesures étaient mises en place par les employeurs contre les travailleurs ; les libertés élémentaires étaient remises en question ; les camps de concentration pour républicains espagnols et étrangers indésirables seraient bientôt utilisés contre les français "indésirables" ; la société en train de se militariser sous prétexte de "repopulation et défense de la race" ; des espions imaginaires étaient repérés partout ; le parlement était ajourné. Pour le capitalisme français, la restructuration et "la guerre impérialiste" étaient constituées comme une manière d'évacuer les difficultés présentes:

"Il faut donc en finir avec le bobard bourgeois de la démocratie [...] L'illusion dans la démocratie, à travers la catastrophique expérience des fronts populaires français et espagnol, a empêché le prolétariat d'écraser la bourgeoisie dans ces deux pays [...] Il faut préparer le prolétariat, moralement et matériellement, à cette nouvelle étape de la lutte finale qui ne peut se résoudre que par l'assujettissement du prolétariat (dans la guerre impérialiste en premier lieu) ou par son triomphe. Pour cela, il est nécessaire de rompre avec ceux qui ont participé aux compromis avec la bourgeoisie, c'est-à-dire au sabotage des mouvements ouvriers espagnol et français."
[David Berry, Charles Ridel et la revue "Révision" (1938-39), Présence de Louis Mercier, éd. A.C.L., 1999 et Le Mouvement anarchiste français (1939-1945, Résistance et Collaboration) dans la revue Dissidence, n° 12-13, 2003, p. 44.]
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Messagede Lehning le Jeu 28 Jan 2016 05:58

La leçon qu'en tira le groupe Révision restera fortement teintée de dialectique marxiste. La revue au delà de ses questions pertinentes restera inscrite dans le cadre de la lutte des classes et l'affirmation de la nécessité d'une force ouvrière autonome en opposition à la collaboration avec la démocratie bourgeoise. Bien qu'elle fut un effort louable pour analyser la réalité du mouvement révolutionnaire, elle brouilla les cartes de la mouvance anarchiste, en introduisant l'idée d'un mouvement libertaire révolutionnaire embarqué dans une prolétarisation, un matérialisme dialectique et historique à la mode marxiste qui rebuta les anarchistes orthodoxes.
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Messagede Lehning le Mer 3 Fév 2016 18:52

Au seuil de la guerre: un impossible pacifisme

Depuis la fin de la guerre de 1914-1918, le pacifisme faisait son chemin au sein du milieu anarchiste. En 1936, l'UA, tout en critiquant la politique de neutralité affichée par le gouvernement Blum, ne condamna pas le principe de la non-intervention. Au contraire dans le Libertaire, on se prononça à plusieurs reprises en faveur du maintien de la paix. C'est le cas de Sébastien Faure "Ah ! Non pas la guerre" qui dénonçait les menées guerrières du Parti communiste.
[Sébastien Faure, Le Libertaire, n° 512, septembre 1936.]
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Messagede Lehning le Mer 3 Fév 2016 19:30

En 1937, le même journal titrait "Tout pour la révolution espagnole, rien pour la guerre impérialiste." [Le Libertaire, n° 531, 15 janvier 1937.] Cette position en accord parfait avec les principes anarchistes présentait cependant un certain nombre d'ambiguïtés importantes qui plaçaient les militants de l'UA dans une position malaisée, voire contradictoire. En effet, toute aide importante à la révolution espagnole nécessitait la complicité du gouvernement du Front populaire français. Complicité ou du moins complaisance que faisaient jouer des personnalités comme Louis Lecoin pour faciliter l'acheminement de l'aide aux insurgés espagnols, ce qui cadrait mal avec la neutralité absolue qu'il était demandée au gouvernement de respecter par ailleurs. Ensuite, il devint évident que la politique de non-intervention préconisée par la Grande-Bretagne, puis par la France, devenait le moyen le plus sûr d'étouffer la révolution sous le couvert de préserver la paix.
La comédie de la non-intervention sacrifiait l'Espagne antifasciste sur l'autel d'une paix hypocrite. Devant la menace de voir s'installer soit le fascisme, soit la révolution sociale proche de ses frontières, Blum choisissait la politique de recul et d'abandon préconisée par l'Angleterre et qui déboucha sur une guerre inévitable. Ce pacifisme "à courte vue" ne pouvait en tout état de cause faire barrage au fascisme et à la guerre.

Photo: Léon Blum:
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Messagede Lehning le Dim 7 Fév 2016 17:50

Contrairement à l'hésitation de l'UA, la CGT-SR ne cessa jamais de dénoncer la politique de recul des pays démocratiques face aux exigences fascistes qui "entraînaient le prolétariat mondial". Elle se rendait bien compte en revanche de ces enjeux. La guerre devenait jour après jour "plus nécessaire" car elle était l'aboutissement d'une opposition d'intérêts impérialistes. La poursuite d'une politique "pacifiste" ou qui privilégie le maintien formel de la paix ne pouvait avoir que des résultats contraires à ceux recherchés, comme le prouva l'issue malheureuse de la guerre d'Espagne.
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Messagede Lehning le Dim 7 Fév 2016 18:26

Pacifiste par principe, la Révolution prolétarienne refusa toute guerre contre Hitler, qui sera "la plus typiquement impérialiste qu'on ait connue depuis 150 ans" [La Révolution prolétarienne, n° 288, 10 février 1939.], mais voulait apporter une aide en armes à la République espagnole. Elle dénonçait la duplicité de l'Etat français, non la nature de l'Etat espagnol. Elle ouvrit même ses colonnes à l'ambassadeur espagnol de la République à Paris. [La Révolution prolétarienne, n° 287 et 288.] Quant aux militants de la tendance de l'Ecole émancipée, une dissension importante va exister en leur sein, et si la frange majoritaire autour de Marcel Valière dénoncera la non-intervention et militera avec les syndicalistes révolutionnaires de la "RP" en faveur du POUM, une minorité surtout dans le Sud-est autour de G. Serrey sera favorable au pacifisme intégral, ce qui fut source d'ambiguïté, car André Delmas, Emery et la direction de la Fédération générale de l'enseignement développaient le même thème dans une optique réformiste. Pour une frange radicalisée du prolétariat, dont des groupes comme la Révolution prolétarienne sont une expression, la guerre d'Espagne avait servi de début de justification à la guerre future contre le fascisme.
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Messagede Lehning le Dim 7 Fév 2016 19:01

Refusant jusque-là l'Union sacrée, même contre l'Allemagne nazie, les prolétaires qui résistaient encore en venaient à l'accepter, comme un "moindre mal" comparé à la victoire fasciste. [Jean Barrot, Bilan, contre-révolution en Espagne, éd. 10/18, Paris, 1979.] La défense de la paix "à tout prix", le refus viscéral de nouvelles boucheries furent probablement les facteurs qui, à ce moment-là, paralysèrent le plus l'action des minorités internationalistes et révolutionnaires face aux menaces de guerre impérialiste y compris parmi le milieu anarchiste. La politique pacifiste "à outrance" qu'adopta au cours des mois qui précédèrent le conflit mondial le groupe de la Patrie humaine, ne pouvait se révéler qu'inefficace et dangereuse pour la paix elle-même.
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Messagede Lehning le Dim 7 Fév 2016 21:00

La Patrie humaine, journal du "pacifisme intégral", a été fondée par Victor Méric, alias Flax, comme organe de presse de la Ligue internationale des combattants de la paix (LICP) de 1931 à 1933. A cette date, il y a eu séparation entre les socialistes qui se regrouperont derrière René Gérin et le journal Le Barrage et les anarchisants tolstoïens qui ouvriront alors le titre à l'expression de toutes les sensibilités pacifistes et antimilitaristes. Elle compta parmi ses principaux rédacteurs bon nombre de militants anarchistes tels que Louis Loréal, Gérard de Lacaze-Duthiers, Hem Day, ainsi que des personnalités du monde syndical, littéraire et même politique.
Cette promiscuité engendra une grande confusion, et l'on peut affirmer que si de telles complaisances ont donné beaucoup au pacifisme d'alors, le pacifisme, lui, n'a rien donné à l'anarchisme. Cette revue faisait volontairement et aveuglément abstraction des volontés guerrières des puissances impérialistes en présence, et d'autre part elle s'en remettait pratiquement à la bonne volonté des gouvernements pour régler les conflits, ce qui les exposait à accepter n'importe quel compromis, voire compromission, pourvu que la paix soit maintenue.

Photos: Gérard de Lacaze-Duthiers ; Hem Day:
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Messagede Lehning le Lun 8 Fév 2016 18:33

"Nous sommes persuadés, affirmait encore calmement La Patrie humaine en février 38, que ni Scheider, ni Krupp, ni Hitler, ni Staline, ni Mussolini, ni Daladier ne veulent la guerre... Il faut le proclamer tout haut, c'est la peur qui peut nous amener la guerre."
["Paniquards", La Patrie humaine, n° 288, 18 février 1938.]

Ce type de position conduisit à plusieurs reprises les rédacteurs de ce journal à se montrer "compréhensifs" envers les revendications hitlériennes et fascistes ! Par ailleurs, on se fit aussi les défenseurs jusqu'au bout d'une politique de rapprochement franco-allemand, afin d'obtenir "des relations confiantes et cordiales entre la France telle qu'elle est et l'Allemagne telle qu'elle est."
["Anti-fascisme de paix et anti-fascisme de guerre", La Patrie humaine, n° 330, 10 février 1939.]
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