Un regard noir

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Messagede Lehning le Jeu 31 Mar 2016 18:27

En Italie une frange importante des syndicalistes révolutionnaires soréliens de l'USI vont, lors de l'Union sacrée, à l'entrée en guerre de l'Italie, faire scission pour devenir une composante intégrante du premier fascisme. Cela touchera des militants d'importance comme Michele Bianchi, les frères de Ambris, Filippo Corridoni, Angelo Olivetti, Paolo Orana, Sergio Panunzio, Enrico Leone, Ottavio Dinale, Tomaso Monicelli. [Il faut se souvenir que Benito Mussolini provient du courant extrême-gauche du parti socialiste italien ; et si les éléments nationalistes rejoindront la CGL et la collaboration de classe, il faut aussi souligner qu'une large partie des syndicalistes révolutionnaires sous l'impulsion de l'anarchiste Armando Borghi refusèrent l'entrée en guerre de l'Italie et maintiendront l'USI sur ses positions majoritaires contre la guerre.] Cette logique, conduira Pierre Thomas à faire appel au syndicalisme révolutionnaire du début du siècle ; ce spécialiste du syndicalisme sera aussi l'un des principaux "expert" du RNP pour les questions juives ; il affirmera dans son ouvrage Servitude et grandeur du syndicalisme révolutionnaire:

"Quiconque se préoccupe de l'avenir est obligé de retourner vers cette époque, pour tâcher d'y découvrir le secret de l'élan qui depuis s'est perdu."

Photos: Alceste de Ambris ; Michele Bianchi ; Filippo Corridoni:
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Messagede Lehning le Jeu 31 Mar 2016 21:00

Photos: Armando Borghi ; Sergio Panunzio:
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Messagede Lehning le Jeu 31 Mar 2016 21:44

Il est vrai que le socialisme national de 1940 puisera dans la révolte anarchisante de la CGT du début du siècle son anti-démocratisme libéral, son antiparlementarisme et son anti-électoralisme contre le suffrage universel. Thomas cite les attaques lancées contre la démocratie par Pouget, par Griffuelhes ; et dans son interprétation personnelle, il rappelle autour du thème de "l'action directe", un soi-disant "culte des élites" et des "minorités agissantes". Ce collaborateur dévoué de Déat va démonter ce qui pour lui sont les deux faiblesses du syndicalisme révolutionnaire: "l'ouvriérisme marxiste qui isole le mouvement dans la nation et l'anti-étatisme national qui isole le mouvement de la nation". Pour lui, c'est en remédiant à ces points faibles que le socialisme national peut implanter tous les autres éléments de la révolte syndicaliste contre l'établissement politique et construire un "ordre nouveau", fondé sur la synthèse entre les "éléments sains" de la tradition "syndicaliste" et "du planisme" de l'entre-deux-guerres. [Zeev Sternhell, Ni gauche, ni droite, l'idéologie fasciste en France, éd. Complexe, p. 284 et Pierre Thomas, Servitude et grandeur du syndicalisme révolutionnaire, L'Oeuvre, 10 novembre 1940 et "D'où vient, où va le syndicalisme ouvrier", ibid., 4 décembre 1940.] Et face à cette bouillie théorique proposée par les "nazis français", de rares militants anarchistes et libertaires à la confluence du syndicalisme planiste et/ou du pacifisme intégral se compromettront et participerons à la collaboration.
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Messagede Lehning le Jeu 14 Avr 2016 01:54

Ce fut le cas d'Abel Chausse, ancien de la CGT-SR dont il avait été l'un des fondateurs, qui rallia Georges Dumoulin et la clique de l'Atelier ; d'un Gaston Guiraud, dit P'tite Gueule, ancien de la CGT proche des pacifistes et des libertaires ; il sera le co-fondateur du journal l'Atelier, collabora à Au Travail, puis membre du Conseil national de Vichy, il sera chargé du retour des prisonniers de guerre. [C'est le même militant que Maurice Joyeux nomme par erreur "P'tit Louis Girault" dans L'Affaire Fontenis, la Rue, n° 28, 1980, p. 60 ou Maurice Joyeux, Histoire de la Fédération anarchiste 1945-1965, éd. Groupe Maurice Joyeux, 1997, p. 7.] Il y eut aussi Urbain, Marius Thévenon, un instituteur, militant syndicaliste révolutionnaire de la Loire qui, par anti-stalinisme, devint secrétaire de la nouvelle UD. Déplacé en Ardèche, il écrivit quelques articles dans le journal Au Travail. De retour dans la Loire, à l'école des cadres de Terrenoire où il assura un cours de formation syndicale en même temps qu'il créait un centre d'études syndicaliste-révolutionnaire, sa collaboration lui sera reprochée.
Il se défendit contre ces critiques, arguant de ses rapports avec la Résistance. Mis à la retraite à la libération, il fut défendu par Duperray et réintégré en 1949 après un conseil extraordinaire du SNI. [Le Maitron, notice de J. Lorcin et G. Raffaëlli. Malgré son erreur, Urbain Thévenon sera ensuite proche du réseau de résistance de L'Insurgé dans la Loire.] Nous pouvons rappeler, ici, le parcours d'un Henri Sirolle, militant anarchiste à l'UA en 1921 et secrétaire adjoint de la fédération CGT des cheminots qui après avoir été séduit par les idées sociales de Raoul Dautry en devient son secrétaire au ministère de l'Armement de Vichy, ainsi que directeur de l'apprentissage de la SNCF et délégué pour la Région parisienne du Secours national de Pétain.
[Dautry Raoul (1880-1951), ingénieur et homme politique, il fut nommé à la direction des chemins de fer du Nord, où il contribua à la formation de la SNCF en 1938, Ministre de l'Armement (1939, 1940), il prit le portefeuille de la Reconstruction et de l'Urbanisme au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (1944-45). Le couple d'instituteurs, Roger Hagnauer, issu d'une famille juive alsacienne, militant socialiste membre du noyau de La Révolution prolétarienne, et sa femme Yvonne Hagnauer, fondatrice avec Magdeleine Paz de "la Ligue des Femmes pour la Paix". Ces signataires du manifeste "Paix Immédiate" de Louis Lecoin se serviront de la maison d'enfants de Sèvres, qu'ils géreront dans le cadre du Secours national organisé par le régime de Vichy, comme lieu pour cacher de nombreux enfants juifs et des membres de la Résistance sous couvert d'expérience pédagogique. Selon les propos de Roger Hagnauer, une partie importante de la direction de la région parisienne, dont des membres éminents tels qu'Henri Sirolle étaient d'anciens syndicalistes, fut rapidement gagnée aux idées de la Résistance. En effet, il semble acquis que si l'œuvre est profondément marquée par l'idéologie du régime de Vichy, une partie du personnel, dans les bureaux et dans les maisons d'enfants, ait développé des idées diamétralement opposées.
D'après les propos d'Yvonne Hagnauer, Henri Sirolle et Jean Favier étaient au courant de ses activités. De plus, elle avait besoin de complicité pour faire admettre les enfants juifs dont elle devait justifier la présence. Thérèse Manessi fut institutrice à Sèvres à partir du 1er juillet 1943, bien que tenue à l'écart comme le reste du personnel à l'exception de Victor Gambau, l'économe, des filières clandestines par lesquelles arrivaient les enfants, savait que des liens entre Yvonne Hagnauer et des responsables du Secours national facilitaient l'hébergement clandestin de certains enfants: "Au Secours national, il y avait à un certain niveau, un chef de bureau qui enregistrait les enfants juifs qu'on nous amenait, comme des cas sociaux du département de la Seine". Une chaîne de solidarité s'est donc créée en faveur des enfants au sein du Secours national. Dans de nombreux départements, des enfants ont pu être cachés dans les maisons de cette organisation collaborationniste: Freddy Menahem qui appartenait au mouvement des Eclaireurs israélites, la sixième clandestine en zone occupée, a témoigné lui aussi que le président du Secours national dans la Sarthe procurait des refuges aux enfants juifs que les EI cachaient dans ce département. Ce dernier, inculpé à la Libération, parce que membre d'une organisation collaborationniste, s'est fait remettre la médaille de la Résistance par Freddy Menahem.]

Photo: Roger et Yvonne Hagnauer:
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Messagede Lehning le Jeu 14 Avr 2016 03:04

Photo: Freddy Menahem ; Yvonne Hagnauer avec des enfants:
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Messagede Lehning le Jeu 14 Avr 2016 03:09

Il faut dédouaner Georges Yvetot, alors âgé de 71 ans, relevant d'une opération et réduit à la misère, qui sollicité par les membres du syndicalisme collaborateur, se vit contraint d'accepter de présider le "Comité ouvrier de secours immédiat" (COSI) fondé à la suite des bombardements anglais sur la banlieue industrielle de Paris. Ce comité n'eut aucune activité du vivant d'Yvetot qui accorda, le 28 avril 1942, un mois avant sa mort, une dernière interview à Raoul Courtois dans le Cri du peuple dans lequel il s'affirme toujours libertaire.
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Messagede Lehning le Mar 26 Avr 2016 01:52

Il faut aussi rappeler l'acte impardonnable de certains syndicalistes du SUB (Syndicat Unifié du Bâtiment) de Lyon qui sont passés dans le camp nazi. Dans son livre Mémoires libertaires, les témoins que Claire Auzias a sollicités ont cité leurs surnoms: Peau d'An, le Blédine, le Blond, Quinquin, Desgeorges. D'après ses informations unanimes mais parcellaires, ces anciens syndicalistes anarchistes "rançonnaient les juifs" dans le cadre du Mouvement national anti-terroriste (MNAT) fondé par Francis André, dit Gueule Tordue, un ancien militant communiste devenu doriotiste. Le MNAT oeuvrait "pour son propre compte d'abord, puis passe accord, après 1943, avec la Gestapo qui lui concède quelques faveurs, comme le droit de prélever un pourcentage (10 à 20%) sur le bien des victimes". Ce MNAT avait comme but "l'action anti-Résistance et antisémite" grâce à l'aide d'un important "réseau de délateurs, tortionnaires, hommes de mains" en liaison avec les hommes de Klaus Barbie et parmi lesquels se trouvaient probablement les ex-subards. Ces ex-syndicalistes anarchistes ne se contentaient pas d'un rôle de simples indicateurs, mais participaient activement à la répression contre les résistants et les juifs. L'un d'eux, Fulliquet, qui fut membre de l'UA en 1935, s'engagea comme volontaire pour la légion anti-bolchévique et mourut au front, en Russie. La majorité de ces collabos anarchistes furent tués dans l'été 1944, par des partisans, communistes ou syndicalistes révolutionnaires, liés à la résistance syndicale. Desgeorges quant à lui, fut jugé avec Francis André pendant l'épuration en janvier 1946, et fusillé "officiellement". [Claire Auzias, Mémoires Libertaires: Lyon 1919-1939, éd. L'Harmattan, 1993, pp. 121-124 et 215-219.] Henri Bouyé précise:

"Je fus moi-même désigné, sans en avoir été informé, comme je ne sais quoi dans je ne sais quel organisme de la Charte du travail dont la liste des membres fut publiée au Journal officiel [...] Je n'y ai pas donné suite. Par ailleurs, on me demanda d'accepter la fonction de délégué général du "Secours national" pour le 3° arrondissement de Paris, ce que bien entendu je refusais. Si je fais état des "ouvertures" qui m'ont été faites c'est pour que chacun réalise mieux comment les choses se passaient, pour illustrer la duplicité de ceux, -heureusement très minoritaires- qui mirent trop facilement hors bord des convictions -soyons tolérants- qu'ils pouvaient se contenter de mettre en veilleuse."
[Henri Bouyé, Témoignage dans Anarchistes dans la Résistance, v. 2, (n° 23 à 25), 1985, p. 115.]

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Messagede Lehning le Mar 26 Avr 2016 19:47

Il y eut, comme nous le verrons, l'effet "pervers" de la politique des copains qui servira à quelques-uns de prétexte pour rentrer dans les officines de Vichy. Il y eut ceux qui, sous l'emprise des nécessités ou pour fuir la répression directe, ont pu partir en Allemagne ou entrer au service de "l'organisation Todt" ; et aussi, ces pacifistes intégraux devenus des propagandistes de la paix hitlérienne. En ce qui concerne ce triste aspect des pacifistes, voila un extrait du témoignage de Henri Bouyé:

"Lorsqu'en été 1940, Hitler, après avoir soumis une bonne partie de l'Europe, prononça un discours "pacifiste", combien de ces amis d'hier jubilaient en nous expliquant que le dictateur illuminé allait, lui, construire la paix ! (Un comble !). Combien en avons-nous vu de ces anciens "combattants de la paix" se nourrir de douces paroles pour justifier leur acceptation du fait accompli, peu touchés qu'ils semblaient être par les exactions, les violences, les actes criminels commis à portée de notre regard par le nazisme au mépris du respect de la vie, de la sensibilité et des libertés les plus élémentaires. Leur antimilitarisme d'antan ne jouait plus dès lors qu'il s'agissait de la "rénovation" de la race au nom des valeurs prônées par le national-socialisme et, bien souvent, c'est le cœur serré et le poing crispé, qu'après avoir fait le tour de la situation avec ces compagnons de route de la veille, nous les laissions à leurs réflexions. Parmi ces oublieux, il s'en trouva qui allèrent tellement loin dans la complaisance ou la compromission avec l'appareil répressif hitléro-pétainiste, qu'à l'heure précise où les autorités d'occupation allemande quittaient Paris, ils vinrent vers nous pour que nous intervenions en leur faveur, apeurés, affolés qu'ils étaient par une opinion publique violemment dressée contre eux, réclamant à leur encontre les mesures les plus dures.
Le meilleur moyen pour eux de s'en tirer était de partir le plus vite possible, de disparaître et plus tard on verrait. C'est ce qu'avec la discrétion qui s'imposait il nous est arrivé de les aider à faire."

[Henri Bouyé, idem, p. 114 et dans Georges Fontenis, Changer le monde, p. 40.]

Photo: Henri Bouyé:
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Messagede Lehning le Lun 9 Mai 2016 16:08

Bien sûr, il s'agissait ici surtout de gens qui n'avaient fait que se compromettre, sans réelle collaboration avec les pouvoirs hitléro-vichystes. S'il y avait eu quelques rapprochements de pensée, il n'y avait pas eu répressions, dénonciations ou profit financier. Certains de ces militants un peu trop compromis ont eu l'honnêteté de s'effacer:

"C'est ce que fit un Le Meillour, équivoque du fait de son pacifisme à tout prix, mais qui eut le bon goût, après 1944, de se contenter d'écrire quelques articles ici ou là."
[Georges Fontenis, idem., op. cit.]

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Messagede Lehning le Lun 9 Mai 2016 18:43

D'autres pacifistes intégraux, qui avaient acquis auprès de la mouvance anarchiste et libertaire, de la renommée et même parfois une certaine communion d'idées, vont franchir le pas vers la collaboration. Ce fut le cas de Robert Jospin, militant socialiste, pacifiste et de forte sensibilité libertaire qui pendant l'Occupation, a adhéré à "la Ligue de la pensée française" (LPF) aux côtés des "Aliniens", Alain Château, René Gérin et Camille Planche. Cette organisation hostile à Déat, était, par contre, proche de Pierre Laval. Par ses relations, il aida quelques résistants et en 1942, il subira une perquisition et une courte arrestation. Puis nommé conseiller municipal de Meudon par Vichy début 1944, il collabora à la rédaction du journal pro-nazi Germinal, ce qui lui valu son exclusion du parti socialiste à la Libération. Quant à René Gérin, l'un des rédacteurs en chef de l'organe hebdomadaire des Combattants de la Paix, Le Barrage, qui avait refusé la Légion d'Honneur, en tant qu'objecteur de conscience, sa participation à la LPF ne l'empêchera pas de collaborer, en plus, comme critique littéraire, à L'Oeuvre, l'organe vichyste de Déat de 1940 à 1944. A ce titre il fut condamné à la Libération à huit ans de travaux forcés, dix ans d'interdiction de séjour et à l'indignité nationale à vie. Par la suite grâce à une campagne de protestation et des mesures de clémence sa peine fut réduite à trois ans. [Robert Jospin fut le père du premier ministre socialiste Lionel Jospin. Voir Jean-Pierre Biondi, La Mêlée des pacifistes, 1914-1945, la grande dérive, éd. Maisonneuve & Larose, 2000, pp. 130-131 et Louis Louvet, René Gérin: un procès de la Libération, 2° éd. augmentée de La Justice enferrée supplément aux Cahiers de Contre-Courant, n° 54, octobre 1954.] Quant à Georges Pioch, en tant que membre du comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA), il avait signé le tract "Paix immédiate". Mais, devant les poursuites judiciaires, il se rétractera. Attitude qui lui fut reprochée par Nicolas Faucier dans son livre sur le pacifisme. Ensuite, il passa à la presse de collaboration, où il tiendra notamment la chronique artistique de L'Oeuvre jusqu'en 1942. Dénoncé comme juif et franc-maçon à partir de 1941, il fut forcé de se retirer de la vie journalistique.
Il y eut aussi Marcelle Capy, une célèbre propagandiste pacifiste qui collabora à L'Oeuvre. Un Félicien Challaye, militant anticolonialiste, pacifiste, membre de la LICP et du CVIA où il a conjugué ses efforts avec ceux d'Alexandre et d'Emery pour faire prévaloir l'idée de "paix sans aucune réserve" ; il publia en 1933, l'opuscule Pour la paix désarmée même face à Hitler et fut signataire du tract "Paix immédiate" ; puis il va soutenir le régime de Vichy et la politique de collaboration en écrivant dans les journaux comme L'Atelier de 1943 à 1944 et dans Germinal en 1944, sans cesser de se référer au Jauressisme, à Zola et au socialisme de jeunesse de Péguy. Il y eût aussi Paul Léon Emery, animateur du CVIA, membre de l'UD CGT de Lyon, rédacteur à L'Ecole émancipée, qui fut l'"un des rares intellectuels proches du milieu ouvrier et libertaire lyonnais". Il avait la particularité d'être anticommuniste, pour le rapprochement franco-allemand et d'un courant ultra-pacifiste de la CGT.
Il s'engagea dans les milieux actifs de la collaboration, devient l'un des animateurs de l'Ecole des cadres de la Légion des combattants Allevard en Isère, à l'origine d'une doctrine de la Révolution nationale cherchant à fonder les bases de l'ordre nouveau sur les philosophies de Proudhon et Auguste Comte. Il écrira à l'hebdomadaire Germinal lancé en mars 1944 sous la direction de l'ex-socialiste Claude Jamet. Lors de l'exécution par la Résistance à Lyon de Jeanne Chevenard, membre de la collaboration syndicale, il constatait que "toute une partie de la jeunesse n'est plus qu'une hideuse canaille pour laquelle un système bien compris de travaux forcés serait le seul traitement curatif concevable." [Nicolas Faucier, Pacifisme et Antimilitarisme dans l'entre-deux-guerres (1919-1939), éd. Spartacus, 1983 et Jean-Pierre Biondi, La Mêlée des pacifistes, 1914-1945, la grande dérive, éd. Maisonneuve & Larose, 2000, pp. 130-131.] Enfin citons le cas de Robert Tourly, directeur de La Patrie humaine, signataire du tract "Paix immédiate" qui devint secrétaire de rédaction du Matin, journal de Bunau-Varilla devenu pro-nazi jusqu'en 1942. Il entra ensuite au Secours national, en 1943, par l'intermédiaire de son ami Sirolle, et occupa le poste de chef de division à l'Entraide d'hiver. Il fera rentrer son ami Roger Monclin dans les restaurants communautaires où il fut envoyé pour trouver du ravitaillement dans la région de Chinon.
[Roger Monclin, manuscrit inédit: "Quelque part... ailleurs", dans Anarchistes dans la Résistance, vol. 2, 1985, p. 140.]

Photo: Robert Jospin:
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Messagede Lehning le Mar 10 Mai 2016 04:28

Photos: Georges Pioch ; Marcelle Capy ; Félicien Challaye:
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Messagede Lehning le Mar 10 Mai 2016 18:16

Dans cette période sombre, il faut chercher à distinguer ceux des camarades qui se servirent des différentes "oeuvres" pétainiste comme l'Entraide française, le Secours national, les Restaurants communautaires, par opportunisme alimentaire, pour aider les "copains en difficulté", en même temps parfois faire de la résistance et ceux qui allèrent trop loin. Certains vont les utiliser de manière délibérée afin d'aider des camarades et/ou la Résistance.

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Messagede Lehning le Mar 10 Mai 2016 19:21

May Picqueray, par exemple, utilisera les Quakers ou la commission d'aide aux enfants espagnols, une organisation humanitaire politiquement neutre pour aider les camarades prisonniers dans les camps de concentration français et aider des émigrés allemands antinazis échappés du camp de Vernet.
Elle effectuera aussi une démarche auprès du ministre de l'Intérieur de Vichy, Pierre Pucheu, et réussit ainsi à obtenir la libération de l'anarcho-syndicaliste Nicolas Lazarevitch, de sa femme et de ses enfants du camp de Vernet. [May Picqueray, May la réfractaire, éd. Marcel Jullian, 1979, p. 171 ou éd. Libertaires, 2003.] Il est certain que lorsque des militants adhérent au COSI et qu'un Louis Lecoin devient un responsable des restaurants communautaires, cela permet de sortir d'affaire des compagnons qui avaient des problèmes. Mais à quel prix ? Au prix d'une connivence avec des officines pétainistes et ainsi perdre toute crédibilité en tant que militant libertaire révolutionnaire. Louis Lecoin y entraînera des militants comme Félix Guyard dit Félo et François Carpentier tous deux de la première FCL, ainsi que Pierre Pillier (Gaston Leval), ce qui valut à ce dernier d'être écarté temporairement de la FA en 1945.
[Georges Fontenis, Changer le monde, p. 39 et Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français.]

Il écrit dans ses mémoires:

"En janvier (1941) seulement, on m'offrit, à Comoedia, une place de correcteur à demi-temps. Au bout de quelques mois, sur l'intervention de Tourly, l'ancien animateur de la Patrie humaine, Sirolle, directeur de l'Entraide d'hiver, me fera entrer aux "restaurants communautaires" où ma besogne consistera à empêcher les restaurants de diminuer frauduleusement la portion, déjà congrue, revenant à la clientèle."

Photos: Félix Guyard ; Gaston Leval:
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Messagede Lehning le Mar 24 Mai 2016 15:29

Maurice Joyeux précise:

"Il nous a expliqué lui-même dans son livre: Le Cours d'une vie, que son attitude pendant ce conflit a consisté à aider les emprisonnés et, pour le faire, il a renoué des contacts avec ceux des syndicalistes pacifistes et libertaires, des hommes comme Belin ou comme Froideval, qui, à cette époque, avaient adhéré à la Charte du travail mise en place par l'entourage de Pétain. En tout bien tout honneur, nous dit Lecoin. Mais le voir dans le sillage de Belin n'avait pas convaincu les anarchistes qui, à partir de 1943, avaient essayé de reconstituer le mouvement libertaire ; et, en 1945, lors de la création de la Fédération anarchiste, aucun d'entre nous n'avait songé à faire appel à lui. Bien sûr, personne ne trouva rien à reprocher à Lecoin pour lequel à cette époque la défense des emprisonnés prenait le pas sur l'action révolutionnaire et libertaire, sinon des "compromissions" inévitables lorsque le pacifisme prend le pas sur l'action révolutionnaire ; mais 1944 est le temps de l'exaltation, et les gens qui sont restés passifs ou ont de près ou de loin pactisé avec l'adversaire paieront leur attitude du rejet de leur famille spirituelle, et Lecoin ne fut pas le seul dans ce cas.
D'ailleurs, en 1944, Lecoin et quelques-uns de ceux qui eurent une attitude similaire à la sienne et qui, plus tard, viendront me voir pour m'expliquer leur démarche ne feront rien pour se rapprocher de nous."

[Louis Lecoin, Le cours d'une vie, supplément de Liberté, p. 202 et Maurice Joyeux, Sous les plis du drapeau noir, éd. du Monde libertaire, 1988, p. 113.]
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Messagede Lehning le Mar 24 Mai 2016 17:52

Au sujet de ceux qui entrèrent au service d'organisations allemandes, G. Fontenis écrit:

"Nous ne pouvons nous satisfaire de l'absence d'explication de Nicolas Faucier, insoumis en août 1939 mais intégré dans l'organisation Todt [G. Fontenis, idem, p. 67 ou 40.] en 1943, par force en août 1943, puis librement en avril 1944."

Photo: Fontenis:
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Messagede Lehning le Mar 24 Mai 2016 18:13

Celui-ci s'explique dans ses mémoires de la façon suivante:

"Fidèle à mes principes, ma première réaction fut de refuser catégoriquement mon concours à cet engrenage homicide. Je n'allais pas servir les desseins meurtriers du fascisme hitlérien, que j'avais toujours combattu, alors que j'avais refusé ma complicité à ceux des fauteurs de guerre de mon propre pays. Ce à quoi mon interlocuteur, tout en comprenant mon attitude, me fit observer que mon refus pouvait me valoir les pires conséquences, alors qu'au contraire, en acceptant de supporter l'inévitable, peut-être aurais-je la chance de pouvoir m'évader (il ne croyait pas si bien dire, ainsi qu'on le verra...). Ce fut ce dernier argument qui l'emporta."
[Nicolas Faucier, Dans la mêlée sociale, p. 163, éd. La Digitale, 1988.]
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Re: Un regard noir

Messagede Lehning le Mar 24 Mai 2016 19:15

D'autres vont partir en STO en Allemagne. Ce fut le cas de Fernand Planche qui pour éviter une nouvelle incarcération son dossier étant ouvert, s'engage pour travailler un an à Berlin.
Pendant son séjour forcé dans ce pays, il fut condamné par contumace à six mois de prison, qui furent couverts par les onze mois de préventive qu'il avait déjà effectués. [René Bianco, Les Anarchistes dans la Résistance, vol. 2, p. 60.] Avait-il vraiment le choix ?

Photo: René Bianco:
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Re: Un regard noir

Messagede Lehning le Mer 25 Mai 2016 01:16

Il nous faut aussi signaler ici les cas douteux de militants qui ont exercé des fonctions à responsabilité. C'est Julien Toublet qui, secrétaire de la CGT-SR et membre de l'AIT jusqu'en 1939, se ralliera un temps à la Charte du travail et à la révolution nationale de Pétain, bien que, nous le verrons plus loin, il jouera ensuite un rôle de premier plan dans la reconstruction d'un mouvement libertaire clandestin.
[Cette affaire fut soulevée lors d'un congrès de la CNT dans les années qui suivirent sa création.]

C'est aussi celui de Pierre Besnard, leader de la CGT-SR et secrétaire de l'AIT qui adhéra à la Légion des combattants de Pétain. [C'est l'organisation des anciens combattants créée par Vichy et chargée de soutenir la révolution nationale de Pétain et promouvoir la devise "Travail, Famille, Patrie".] On prétend qu'"il s'en est expliqué" [Voir G. Fontenis, idem et Anarchistes dans la Résistance, vol. 2, n° 23 à 25, p. 17.] mais en fait, comme l'a remarqué G. Fontenis, Besnard n'a jamais fourni les documents qu'il avait promis lors de la rencontre d'Agen en 1944. [Voir G. Fontenis, son annexe II, L'Affaire Pierre Besnard, p. 277 ou 180.] De plus, il écrivit sous l'occupation un livre intitulé Pour assurer la Paix, comment organiser le monde exposant son "plan" d'organisation mondiale, à l'intention des vainqueurs, quels qu'ils soient, qui ne fit pas l'unanimité chez ses amis.
[A ce sujet Louis Louvet écrivit de façon énigmatique, dans Ce qu'il faut dire du 10 mars 1947 (P. Besnard était mort le 19 février):
"Durant la Seconde Guerre mondiale, il se réfugia dans le Midi. Il y mena une activité qui ne fut pas du goût de tous les camarades et je sais aussi qu'il publia un livre -je l'ai- qui ne fit pas l'unanimité parmi ses amis."]

Photo: Pierre Besnard:
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Re: Un regard noir

Messagede Lehning le Mer 25 Mai 2016 18:06

Parmi ceux qui allèrent trop loin, il faut citer Charles Dhooge, un militant de Reims, directeur d'une clinique avant guerre, qui soutient activement la Charte du travail en faisant des conférences publiques en sa faveur, et fut président du centre de propagande syndicaliste. Il écrivit aussi dans le journal collaborateur L'Atelier. Il semble, cependant, que ces actes lui ont permis de sauver quelques camarades et sa clinique fut apparemment utilisée pour cacher des armes et des réfugiés.
Ces services rendus à la Résistance lui furent reconnus à la Libération. Louis Descasin, ancien membre de l'UA où il fut l'administrateur de La Revue anarchiste de 1922 à 1925, qui préconisa "la Collaboration" et alla travailler en Allemagne pour l'exemple. C'est dans Germinal, hebdomadaire de la pensée socialiste française, qu'un Gérard de Lacaze-Duthiers publia ses articles "sur l'art et le socialisme". Il écrivit aussi pour La Gerbe. Quant à René de Marmande, journaliste libertaire, ancien collaborateur des Temps nouveaux, il publia des chroniques de souvenir dans L'Atelier. [Voir G. Fontenis, L'autre communisme, p. 64, Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français et Les anarchistes dans la Résistance, vol. 2, p. 14, 46. Par contre comme le précise René Bianco, il n'y a pas de raison de soutenir l'affirmation sans preuve, de Pascal Ory dans Les Collaborateurs, 1940-1945, éd. Seuil, 1976, p. 128, selon laquelle Sébastien Faure aurait collaboré avec L'Oeuvre.] Ils ne furent pas les seuls, mais l'absence de fait précis ou documenté, nous interdit de parler des quelques cas qui parfois seraient allés plus loin. Par contre, il nous faut dénoncer, les cas incontestables de collaboration avec le nazisme.

Photos: Gérard de Lacaze-Duthiers ; René de Marmande:
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Dernière édition par Lehning le Mer 25 Mai 2016 19:26, édité 1 fois.
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Re: Un regard noir

Messagede Lehning le Mer 25 Mai 2016 18:46

Louis Loréal écrira dans des journaux pro-nazis comme L'Atelier, Trait d'union (journal des prisonniers de guerre imprimé à Berlin), La Gerbe et Germinal. Dans ce dernier, il avouait le 7 juillet 1944:

"Moi aussi j'eus un moment d'hésitation. Ce n'est pas en vain qu'on a milité une trentaine d'années dans les milieux libertaires. Puis j'ai réfléchi. Et maintenant je n'ai aucune vergogne à confesser que l'autoritarisme dont il s'agit ne m'effraye pas le moins du monde [...]
Eh bien, venez avec nous. Par votre présence, vous nous aiderez à insuffler un authentique esprit socialiste à la révolution. La Révolution sociale a proclamé Marcel Déat, ne peut s'accomplir qu'avec le peuple. Votre devoir est d'être avec nous avec le peuple..."
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