Kropotkine et la premiére guerre mondiale

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Kropotkine et la premiére guerre mondiale

Messagede bajotierra le Lun 6 Jan 2014 10:14

Kropotkine sur la Présente Guerre


[Différentes rumeurs ont circulé concernant l’attitude de Pierre Kropotkine envers la guerre en Europe. Jusqu’à maintenant Mother Earth les a ignorées dans l’attente de l’expression directe de son opinion par Kropotkine lui-même. Nous reproduisons aujourd’hui la lettre écrite par Pierre Kropotkine, parue dans Freedom à Londres, au Professeur suédois Gustav Steffen —qui demandait son opinion à K.—avec les ajouts que Kropotkine a fait dans les trois derniers paragraphes.]



Vous me demandez mon opinion au sujet de la guerre. Je l’ai exprimé à plusieurs occasions en France, et les évènements actuels la confortent malheureusement.
Je considère que le devoir de tous ceux qui chérissent les idéaux de progrès humain, et spécialement ceux qui ont été marqués par les prolétaires européens sous la bannière de l’Association Internationale des Travailleurs, est de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour écraser l’invasion des allemands en Europe de l’ouest.

Cette guerre n’a pas été causée par l’attitude de la Russie envers l’ultimatum autrichien comme le gouvernement allemand, fidèle aux traditions de Bismarck, a essayé de le signifier. Les hommes d’état d’Europe de l’Ouest savaient déjà le 19 juillet que le gouvernement allemand avait décidé de déclarer la guerre. L’ultimatum autrichien fut la conséquence, et non la cause, de cette décision. Nous avions donc une répétition de la célèbre ruse de Bismarck de 1870.(1)

La cause de la guerre actuelle réside dans les conséquences de la guerre de 1870-1871. Celles-ci furent déjà prédites en 1870 par Liebknecht et Bebel, lorsqu’ils protestèrent contre l’ annexion de l’ Alsace et une partie de la Lorraine par l’Empire allemand, ce qui leur valut deux années de prison. Ils avaient prédit que cette annexion serait la cause de nouvelles guerres, de la montée du militarisme prussien, de la militarisation de toute l’Europe, et de l’arrêt de tout progrès social. Bakounine (2) ,Garibaldi, qui vint avec ses volontaires combattre pour la France dès que la République fut proclamée, et en fait tous les représentants progressistes en Europe, avaient prédit la même chose.

Nous, qui avons travaillé dans les différentes factions sociales-démocrates et anarchistes du grand mouvement socialiste en Europe, savons parfaitement combien la menace d’une invasion allemande a paralysé tous les mouvements progressistes en Belgique, en France et en Suisse, car les travailleurs savaient qu’au moment même où une lutte interne commencerait dans ces pays, l’invasion allemande suivrait immédiatement. La Belgique en avait été avertie. La France le savait sans l’avoir été.

Les français savaient que Metz, dont les allemands avaient fait non pas une forteresse pour la défense du territoire qu’ils s’étaient appropriés mais un camp fortifié à des fins offensives, se trouvait à moins de dix jours de marche de Paris, et que le jour de la déclaration de guerre (ou même avant), une armée de 250 000 hommes marcheraient de Metz sur Paris, avec toute son artillerie et régiments du train.

Sous de telles conditions, un pays ne peut pas être libre, et la France ne l’était pas dans son évolution, tout comme Varsovie n’est pas libre face aux canons de la citadelle russe et des forteresses environnantes et tout comme Belgrade ne l’était pas face aux canons de Zemlin.

Depuis 1871, l’Allemagne était devenue une menace permanente pour le progrès de l’Europe. Tous les pays furent contraints d’instituer le service militaire obligatoire de la même manière qu’il l’avait été en Allemagne et d’entretenir en permanence d’immenses armées. Tous vivaient sous la menace d’une soudaine invasion.

Plus que cela, l’Allemagne était le soutien principal et le protecteur de la réaction en Europe de l’Est et en Russie ne particulier. Le militarisme prussien, les parodies d’institution de représentation populaire offertes par le Reichstag allemand et les Landtage féodaux des parties séparées de l’Empire allemand, ainsi que les mauvais traitements infligées aux nationalités étouffées en Alsace, et tout spécialement en Pologne prussienne ; où les polonais ont été aussi maltraités récemment qu’en Russie —sans que les partis politiques progressistes ne protestent—ces fruits de l’Impérialisme allemand ont été les leçons que l’Allemagne moderne, celle de Bismarck, a apprise à ses voisins et, avant tout, à l’absolutisme russe. Est-ce que cet absolutisme se serait maintenu aussi longtemps en Russie, et aurait-il osé maltraité la Pologne et la Finlande comme il l’a fait si il n’avait pas pu donner en exemple l’Allemagne cultivée et si il n’était pas assuré de sa protection?

Ne soyons pas oublieux de l’histoire au point d’oublier l’intimité qui existe entre Alexandre II et Wilhelm I., leur haine commune envers la France, suite à ses efforts pour libérer l’Italie, et leur opposition aux italiens eux-mêmes ; lorsqu’en 1860 ils renvoyèrent les gouvernants autrichiens de Florence, Parme, et Modène et que Florence devint la capitale de l’Italie. N’oublions pas les conseils réactionnaires que Wilhelm I. donna à Alexandre III. en 1881, et le soutien qu’apporta son fils à Nicholas II. En 1905. N’oublions pas que si la France a accordé le prêt de 1906 à l’autocratie russe, c’était parce qu’elle avait conscience que si la Russie ne parvenait pas à reformer ses armées après la défaite en Mandchourie, elle serait condamnée à être mise en pièce par l’Allemagne, l’Italie et l’Autriche, liguées contre elle. Les évènements de ces quelques dernières semaines ont montré le bien-fondé de ces appréhensions.

Les quarante trois dernières années ont été la confirmation de ce qu’écrivait Bakounine en 1871, à savoir que, si l’influence française disparaissait en Europe, l’évolution de celle-ci se trouverait rejetée d’un demi siècle en arrière. Et aujourd’hui, il est évident que si l’invasion actuelle de la Belgique et de la France n’est pas repoussée par l’effort commun de toutes les nation d’Europe, nous connaitrons un autre demi siècle, ou plus, de réaction.

Durant les quarante dernières années, la menace d’une guerre franco-allemande planait en permanence sur l’Europe. Bismarck n’était pas satisfait de la défaire écrasante infligée à la France. Il trouvait qu’elle se rétablissait trop rapidement de ses blessures. Il regrettait de ne pas avoir annexé la Champagne et de ne pas avoir exigé une indemnité de quinze mille millions de francs au lieu des cinq mille millions. A trois occasions, Alexandre II. et Alexandre III. ont du intervenir pour empêcher les impérialistes allemands d’attaquer la France une fois de plus. Et au moment où ils se sentirent assez forts, comme puissance maritime, les allemands se mirent en tête de détruire la puissance maritime de l’Angleterre, de s’installer fortement sur les côtes sud de la Manche et de menacer l’Angleterre d’une invasion. La presse allemande, à la langue de vipère, dit aujourd’hui que, en envoyant ses hordes sauvages mettre à sac et incendier les villes de Belgique et de France, elles combattent la Russie ; mais j’espère que personne n’est assez stupide pour croire ces absurdités. Elles conquièrent la Belgique et la France, et elles combattent l’Angleterre.

Leurs buts sont : de forcer la Hollande à devenir une partie de l’Empire allemand, afin que les passages entre l’Océan Indien et le Pacifique, actuellement détenus par les hollandais, tombent entre les mains allemandes; de prendre possession de Anvers et de Calais; d’annexer la partie est de la Belgique, ainsi que la Champagne,afin d’être à deux jours seulement de la capitale de la France. Cela a été le rêve des Kaiseristes allemands depuis Bismarck ,bien avant le rapprochement franco-russe , et cela reste leur rêve.

Ce n’était pas pour combattre la Russie que l’Allemagne, en 1866 , a mis les mains sur le Danemark et a annexé la province de Schleswig-Holstein.Ce n’était pas contre la Russie mais contre la France et l’Angleterre que l’Allemagne a construit sa flotte énorme, qu’elle a creusé et fortifié le Canal de Kiel et érigé le port militaire de Wilhelmshafen, d’où une invasion de l’Angleterre ou un attaque contre Brest et Cherbourg peuvent être préparées en toute sécurité et dans le plus grand secret. La fable de combattre la Russie dans les plaines de France et de Belgique, qui est aujourd’hui reprise par la presse allemande, a été concocté pour l’exporter en Suède et aux Etats-Unis; mais il n’y a pas un seul allemand intelligent qui ne sache pas que les ennemis visés sont la Grande Bretagne et la France. Les allemands eux-mêmes n’en font aucun secret dans leurs conversations et leur travail sur la prochaine guerre .

La décision de déclarer la guerre actuelle a été prise en Allemagne dès que les travaux d’élargissement et de fortification du Canal de Kiel ont été terminés en grande hâte cet été, le 20 juin. Mais la guerre a presque éclaté en juin 1911—nous le savons bien ici. Elle aurait pu éclater l’été dernier si l’Allemagne avait été prête. En février dernier, l’imminence de la guerre était si évidente que, me trouvant à Bordighera, j’ai dit à mes amis français qu’il était stupide de s’opposer à la loi instituant les trois années de service militaire, alors que l’Allemagne se préparait activement à la guerre; et j’ai averti mes amis russes de ne pas rester trop longtemps dans les villes côtières allemandes parce que la guerre commencerait dès que les moissons seraient prêtes en France et en Russie. En fait, seuls ceux qui s’enfouissaient la tête dans le sable comme des autruches pouvaient ne pas s’en rendre compte par eux-mêmes.

Maintenant, nous avons appris ce que veut l’Allemagne, combien sont grandes ses prétentions, combien les préparatifs de cette guerre furent importants et soignés et quelle sorte d’évolution attendre d’une victoire des allemands. Leurs rêves de conquête, c’est l’Empereur lui-même, son fils et son chancelier qui nous en ont fait part. Et maintenant, nous avons entendu, pas seulement ce qu’un lieutenant allemand ivre peut dire pour justifier les atrocités commises en Belgique par les hordes allemandes, mais ce qu’un dirigeant du Parti Social Démocrate allemand, le Dr. Sudekum, délégué par son parti, à l’impudence de dire aux travailleurs de Suède et d’Italie pour excuser la barbarie des huns allemands dans les villages et les villes belges . Ils ont commis ces atrocités parce que les habitants civils ont ouvert le feu sur les envahisseurs pour défendre leur territoire!! Pour un social-démocrate allemand, c’est une excuse suffisante! Lorsque Napoléon III a donné la même excuse pour justifier la fusillade contre les parisiens le jour de son coup d’état, toute l’ Europe l’a qualifié de crapule. Aujourd’hui, la même excuse est avancée pour justifier des atrocités infiniment plus abominables par un élève allemand de Marx!
Cela donne la mesure de la dégradation de l’état de la nation durant ces quarante dernières années.

Et maintenant, laissons imaginer par tous ce que seraient les conséquences si l’Allemagne sortait victorieuse de cette guerre.

La Hollande—obligée de rejoindre l’Empire allemand, parce qu’elle détient les passages entre l’Océan Indien et le Pacifique et que les allemands en ont besoin.

La plus grande partie de la Belgique annexée à l’Allemagne—elle est déjà annexée. Une somme énorme et ruineuse de dédommagement exigée, en plus des pillages dèjà commis.

Anvers et Calais devenus des ports militaires allemands, en plus de Wilhelmshafen au Danemark—à la merci de l’Allemagne, qui sera annexé dès l’instant où elle osera ne pas servir les plans agressifs des allemands, plans qui sont appelés à se développer, comme ils le font depuis les succès de 1871.

L’Est de la France—annexé à l’Allemagne, dont les nouvelles forteresses seront à deux ou trois jours de marche de Paris. La France sera donc à la merci de l’Allemagne pour les cinquante prochaines années. Toutes les colonies françaises—Maroc, Algérie, Tonkin—prises par les allemands: Nous n’avons pas de colonies qui valent plus de deux pences: nous devons en avoir, a dit le fils aîné de Wilhelm l’autre jour. C’est si simple—et si candide!

En ayant face à ses côtes une série de ports militaires allemands le long de la côte sud de la Manche et de la Mer du Nord, que peut être la vie du Royaume-Uni sinon une vie entièrement dictée par l’idée d’une nouvelle guerre afin de se débarrasser de la menace permanente d’une invasion—qui n’est plus impossible puisque l’agresseur dispose de grands paquebots, de sous-marins et d’avions.
La Finlande—devenue une province allemande. L’Allemagne a y travaillé depuis 1883, et ses premières initiatives dans la campagne actuelle montre ses visées. La Pologne—définitivement obligée de renoncer à tous ses rêves d’indépendance nationale. Les dirigeants allemands ne sont-ils pas en train de traités aussi mal, sinon plus mal encore, les polonais de Poznań, que ne le firent les autocrates russes? Et les sociaux-démocrates allemands ne considèrent-ils pas déjà les rêves polonais de renaissance nationale comme une ineptie! Deutschland uber Alles! L’Allemagne au-dessus de tout!

Mais assez! Chacun avec une connaissance de la politique européenne et de ses développements ces vingt dernières années complètera lui-même le tableau.

Mais quid du danger russe? Se demandera probablement mes lecteurs.

A cette question, toute personne sérieuse répondra probablement que , quand vous êtes menacés par un grand, très grand danger, la première chose à faire est de combattre ce danger et examiner ensuite le suivant. La Belgique et une grande partie de la France sont conquises par l’Allemagne et la civilisation européenne, dans son ensembles, est menacée par sa poigne de fer. Faisons d’abord face à ce danger.
Quant au danger suivant, y a t’il quelqu’un qui n’a pas pensé que la guerre actuelle, où tous les partis en Russies se sont élevés unanimement contre l’ennemi commun, rendra matériellement impossible le retour de la vieille autocratie? Et ceux qui ont suivi attentivement le mouvement révolutionnaire en Russie connaissent certainement les idées qui ont dominés dans la Première et Seconde Doumas à peu près librement élues. Ils savent sûrement que l’autodétermination complète de toutes les composantes de l’Empire constituait un point fondamentale de tous les partis radicaux et lubéraux. Mieux: la Finlande a depuis accompli sa révolution sous la forme d’une autonomie démocratique et la Douma l’a approuvée.

Et enfin, ceux qui connaissent la Russie et les derniers évènements savent certainement que l’autocratie ne sera plus jamais rétablie sous ses formes d’avant 1905, et qu’une Constitution russe n’épousera jamais les formes et l’esprit impérialistes prises par le pouvoir parlementaire en Allemagne. Quant à nous, qui connaissons la Russie de l’intérieur, nous sommes sûrs que les russe ne deviendrons jamais une nation agressive, guerrière comme l’est l’Allemagne. Cela est démontré non seulement par toute l’histoire russe mais aussi parce qu’un tel esprit guerrier serait incompatible avec ce que la Fédération de Russie est appelée à devenir dans un proche avenir.

Mais même si nous nous trompions dans toutes ces prévisions, bien que chaque russe intelligent les confirmera ,—nous aurions le temps de combattre l’impérialisme russe de la même façon que l’ Europe amoureuse de la liberté est prête en ce moment à combattre ce vil esprit guerrier qui a pris possession de l’Allemagne depuis qu’elle a abandonné les traditions de sa civilisation précédente et adopté les principes de l’impérialisme bismarckien.

Il est certain que la présente guerre sera une grande leçon pour toutes les nations . Elle leur apprendra que la guerre ne peut pas être combattue par des rêves pacifistes et toutes sortes d’idioties comme quoi la guerre est si meurtrière qu’elle deviendra impossible à l’avenir. Comme elle ne peut pas être combattue par cette sorte de propagande antimilitariste qui a été menée jusqu’à maintenant. Quelque chose de plus profond que cela est nécessaire.

On doit s’attaquer aux racines des causes de la guerre. Et nous avons bon espoir que le présente guerre ouvrira les yeux des masses ouvrières et d’un grand nombre d’hommes des classes moyennes éduquées . Ils verront le rôle qu’ont joué le Capital et l’Etat en provoquant les conflits armés entre nations.
Mais pour le moment, nous ne devons pas perdre de vue la principale tâche du jour. Les territoires de France et de Belgique doivent être libérés des envahisseurs. L’ invasion allemande doit être repoussée—aussi difficile cela soit-il. Tous les efforts doivent aller dans ce sens.
---------------------------------------
(Les notes sont de Kropotkine)

1 Je parle du télégramme falsifié d’Ems qu’il a rendu public pour faire croire que les français étaient les responsables de la guerre. Plus tard, il s’est vanté lui-même de cette ruse.
2 Dans ses Lettres á un Français et L’Empire Knouto-Germanique et la Révolution Sociale, publiés maintenant dans le Vol. II de ses Œuvres Paris (P.-V. Stock).

NDT : Dans le même numéro, Alexander Berkman critiquera la position de Kropotkine dans un article intitulé In Reply to Kropotkine et qui sera traduit à la suite.
Figurait également un article qui reprenait les arguments développés par Kropotkine lui-même, intitulé Wars and Capitalism écrit en 1913, avec comme introduction
"Aucune meilleur réponse ne peut être faite au changement d’attitude de Kropotkine que ses propres arguments contre la guerre écrit en 1913"
http://dwardmac.pitzer.edu/Anarchist_Archives/kropotkin/warsandcap.html
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Re: Kropotkine et la premiére guerre mondiale

Messagede bajotierra le Lun 6 Jan 2014 10:22

"Il est certain que la présente guerre sera une grande leçon pour toutes les nations . Elle leur apprendra que la guerre ne peut pas être combattue par des rêves pacifistes et toutes sortes d’idioties comme quoi la guerre est si meurtrière qu’elle deviendra impossible à l’avenir. Comme elle ne peut pas être combattue par cette sorte de propagande antimilitariste qui a été menée jusqu’à maintenant. Quelque chose de plus profond que cela est nécessaire.

On doit s’attaquer aux racines des causes de la guerre. Et nous avons bon espoir que le présente guerre ouvrira les yeux des masses ouvrières et d’un grand nombre d’hommes des classes moyennes éduquées . Ils verront le rôle qu’ont joué le Capital et l’Etat en provoquant les conflits armés entre nations.
Mais pour le moment, nous ne devons pas perdre de vue la principale tâche du jour. Les territoires de France et de Belgique doivent être libérés des envahisseurs. L’ invasion allemande doit être repoussée—aussi difficile cela soit-il. Tous les efforts doivent aller dans ce sens.
"
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Re: Kropotkine et la premiére guerre mondiale

Messagede Cheïtanov le Lun 6 Jan 2014 16:57

Il soutenait donc bien la guerre... le manifeste des 16 quoi.
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Re: Kropotkine et la premiére guerre mondiale

Messagede JPD le Lun 6 Jan 2014 20:49

Il soutenait donc bien la guerre... le manifeste des 16 quoi.


C'est en effet incontestable ! Mais il y a pire....

Que beaucoup, désorientés, manipulés, menacés, isolés, aient fait le pas de l'union sacré au mépris des considérations antérieures est compréhensible.
Cela signifie simplement que les tendances "pacifistes" "grève générale en cas où..." et plus largement syndicalistes révolutionnaires avaient été largement surestimées, comme c'est le cas à présent dans le mouvement anar avec une lecture un peu triomphaliste de l'histoire qui oublie que la CGT était déjà devenue une organisation réformiste.

Mais pour Kropotkine c'est autre chose ! Dès le début du siècle il avait fermement déclaré qu'en cas de conflit il choisirait la France. Pourquoi ? Parce que Kropotkine est, avant d'être anarchiste, un républicain dont le modèle est la France. Comme de nombreux aristocrates éclairés russes, il se tourne vers le modèle français d'une démocratie bourgeoise pouvant évoluer vers ce qu'il croit être le communisme. Evidemment étant une icône, encore maintenant, pour de nombreux anars sa position peut paraître une "trahison". Elle n'est en fait que logique et c'est tout à l'honneur de Kropotkine de n'avoir pas été une girouette opportuniste. Simplement un adversaire politique....
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Re: Kropotkine et la premiére guerre mondiale

Messagede vroum le Mar 7 Jan 2014 00:31

Le principal échec c''est celui de la CGT qui en 1912 et en 1913 anticipe la guerre en préparant la grève générale et qui le jour de la mobilisation se dégonfle et rejoint l'union sacrée. On voit bien que l'influence des anarchistes et des syndicalistes révolutionnaires au sein du mouvement ouvrier ne pèse déjà plus grand chose, l'immense majorité des travailleurs partiront la fleur au fusil pour une guerre qu'ils pensent courte :

1912 : La CGT en grève générale contre la guerre

http://www.alternativelibertaire.org/?1912-La-CGT-en-greve-generale

Le 24 novembre 1912, alors que la guerre des Balkans a porté l’Europe au seuil d’un embrasement généralisée, l’Internationale socialiste tient en Suisse un mémorable congrès contre la guerre que Louis Aragon évoquera en 1934 dans Les Cloches de Bâle.

Mais la CGT française, d’orientation syndicaliste révolutionnaire, n’a pas souhaité aller à Bâle voter des protestations pacifistes « platoniques ». Elle a de plus hautes ambitions. En parallèle de l’événement socialiste, elle tient donc son propre congrès extraordinaire contre la guerre, à Paris.

Organisé en un temps record, c’est un succès en termes d’affluence : 750 délégués représentant 1.452 syndicats, c’est davantage qu’au congrès ordinaire du Havre, deux mois plus tôt. La salle des fêtes de la coopérative La Bellevilloise est trop exiguë pour les contenir tous.

Le but du congrès est d’organiser une grève générale préventive de vingt-quatre heures pour démontrer l’opposition du prolétariat à la guerre, et décourager le bellicisme du gouvernement Poincaré.

Surenchère anarchiste

C’est la première fois, depuis son échec lamentable de mai 1909, que la CGT tente une grève générale. Pendant la crise marocaine, en 1911 [1], les syndicalistes y avaient renoncé, constatant que la classe ouvrière n’était pas prête à se soulever. On imagine donc le poids qui pèse sur les épaules des militantes et des militants, en cette fin 1912, à l’idée d’empoigner de nouveau cette arme formidable mais si peu maniable : la grève générale.

En la matière, la CGT bute toujours sur le même obstacle : les fédérations stratégiques pour bloquer le pays – mineurs et cheminots – ne sont pas les plus volontaristes. S’il ne tenait qu’à leurs dirigeants, réformistes, le sujet ne serait même pas abordé. C’est en bonne partie pour les contourner que ce congrès extraordinaire, qui sera l’expression directe de la base, a été convoqué. Et cela marche.

La droite de la CGT s’oppose à la grève générale, mais avec peu d’assurance. Ses porte-parole s’expriment devant une salle hostile, et les grosses fédérations réformistes (Mineurs, Livre, Cheminots) ne se portent nullement à leur secours.

À l’autre extrémité, la gauche de la CGT se sent en bonne position et donne dans la surenchère, dépassant très vite la question de la grève de vingt-quatre heures pour porter le débat sur l’attitude à avoir en cas de guerre. Les militants de la Fédération communiste anarchiste (FCA) et leurs sympathisants mènent l’offensive sur le thème de l’antipatriotisme [2]. Estor (du Bâtiment de Montpellier) appelle les cheminots et postiers à saboter les voies de communication en cas de mobilisation [3]. Le terrassier Lepetit voit dans la grève de vingt-quatre heures une répétition générale qui « n’est pas tant destinée à effrayer le gouvernement qu’à donner confiance au monde ouvrier » [4]. L’intervention la plus fracassante est celle de Gaspard Ingweiller, du Syndicat des métaux de la Seine, et d’Henry Combes, des Employés [5] . Le rapport dont ils donnent lecture préconise l’édition de manuels de sabotage ; la grève insurrectionnelle en cas de guerre ; la formation de « groupes secrets de compagnons sûrs » pour passer à l’action révolutionnaire ; la réquisition ou la destruction des rotatives de la presse bourgeoise [6]. Pour Combes, par ailleurs secrétaire de la FCA, le mouvement ouvrier, s’il veut effrayer la bourgeoisie, doit moins réclamer la paix que préparer la guerre : « Il ne faut pas qu’on croie que nous avons peur de la guerre, il faut qu’on sache que nous sommes prêts, s’il y a la guerre, à faire la révolution, à réaliser la transformation sociale. » [7].

Cette attitude tribunitienne va quelque peu agacer les responsables confédéraux comme Léon Jouhaux, Yvetot, Griffuelhes, Merrheim et Dumoulin, soucieux d’obtenir une grève de vingt-quatre heures sans effrayer les délégués les plus modérés. Ce sont finalement leurs interventions qui cadrent le débat et, à son terme, la grève générale est votée par acclamation à la quasi unanimité [8]. Ce sera le 16 décembre 1912.

Le congrès se termine comme il se doit par un meeting de masse salle Wagram : 15.000 auditeurs viennent applaudir les orateurs venus de toute la France.

La rumeur d’Arracourt

Sitôt revenus chez eux, les militants s’attèlent à la tâche. Il reste trois semaines. Et il leur faut de l’ardeur car, au même moment, la ferveur nationaliste redouble dans la presse, qui monte en épingle un épisode symptomatique : la mobilisation d’Arracourt, près de la frontière allemande.

Par suite d’une erreur des PTT à Arracourt, neuf communes rurales de Meurthe-et-Moselle ont reçu, le 28 novembre, un ordre de mobilisation militaire. Dans une parfaite discipline, sans manifester de réticence, l’immense majorité des paysans a illico répondu à l’appel. L’événement témoigne du sentiment d’imminence de la guerre en ce mois de novembre 1912, jusque dans les campagnes les plus reculées. Le gouvernement et la presse y voient surtout une gifle pour les pacifistes. La presse ouvrière rétorque « bluff », « battage patriotique » [9] et même « légende » [10].

Les militants de la CGT poursuivent donc courageusement leurs préparatifs dans un climat hostile, avec un gouvernement qui interdit les meetings, ferme certaines bourses du travail, sanctionne certains maires récalcitrants et menace de révocation les travailleurs des arsenaux. En même temps, le sentiment d’urgence à faire grève baisse d’un cran, avec l’apaisement international : le 3 décembre, en effet, un armistice a été signé dans les Balkans.

Perquisitions et arrestations

À Paris, l’État poursuit la répression contre les plus remuants des antipatriotes : la FCA et les Jeunesses syndicalistes subissent perquisitions et arrestations. Avec plusieurs de ses responsables en fuite à l’étranger ou sous les verrous, la FCA est fortement ébranlée, mais ne plie pas. Début 1913, un procès collectif pour « menées anarchistes » au titre des lois scélérates de 1894 se conclura, pour 5 militants, par un total de seize années de prison et 6.300 francs d’amende. Le procès de la « bande à Bonnot », au même moment, éclipsera complètement cette manœuvre d’étouffement des révolutionnaires.

Enfin, c’est le Jour J.

La grève générale de vingt-quatre heures contre la guerre, le 16 décembre 1912, est un demi-succès. Afin de gonfler les chiffres, on avait choisi un lundi, jour de la semaine où l’absentéisme au travail est le plus élevé, pour cause de dimanche trop arrosé [11].

Au terme de la journée, la CGT revendique 600.000 grévistes. Ce n’est pas mirobolant. Pas honteux non plus. Le quotidien Le Matin y verra l’équivalent d’un « 1er mai un peu amplifié » [12]. Pour l’essentiel, la presse bourgeoise cherche à nier l’événement. « Échec complet de la grève “générale” de vingt-quatre heures » clame L’Écho de Paris ; « Échec » également pour Le Gaulois, La Croix, Le Petit Journal et L’Intransigeant ; « immense four » pour Le Figaro ; « four noir » pour L’Action française. Plus indulgent, Le Matin titre : « La grève pacifiste fut loin d’être générale », tandis que Le Petit Parisien et La Presse évoquent son caractère « partiel ». Le Temps, lui, appelle le gouvernement à sévir contre les antipatriotes [13].

Les mineurs créent la surprise

De fait, l’opinion publique n’a guère été « émotionnée » par cette journée, pour reprendre le mot d’Émile Pouget [14]. La vie quotidienne n’a pas été perturbée : les trains et les tramways ont roulé, les quotidiens ont été placés en kiosque, le courrier a été acheminé.

Le mouvement a essentiellement reposé sur les régions et les corporations habituelles. Très fort dans le Rhône grâce à l’arrêt des tramways et omnibus – 50.000 grévistes ont défilé à Lyon, ce qui ne s’était jamais vu. Honorable en région parisienne – sans surprise, ce sont le Bâtiment, les Métaux et l’Ameublement qui ont le mieux marché. A contrario, gaziers, électriciens et Livre n’ont pas bougé. Pas plus que les travailleurs de l’État, à l’exception des allumettiers d’Aubervilliers.

Les deux bonnes surprises, ce sont les Ardennes et les bassins miniers. La fédération des Mineurs est réformiste, mais elle a loyalement mobilisé ses troupes, avec un résultat encourageant : 50% de grévistes dans le Nord et le Pas-de-Calais, 66% à Montceau-les-Mines, 25% dans la Loire, plus de 90% dans l’Aveyron, l’Allier et le Gard. « Or, il ne faut pas l’oublier : sans charbon, pas de guerre possible ! » s’enthousiasme Pouget. Quant aux Ardennes, département industriel et d’autant plus sensible qu’il est frontalier avec l’Allemagne, le mouvement a été massif, avec 50.000 grévistes.

Dans les autres régions, ce sont les bastions ouvriers locaux qui ont réalisé le mouvement. Les usines de chaussures et les filatures ont chômé à Fougères, Saint-Quentin, Roanne, Valenciennes, Vienne, Amiens... Les ports et docks ont été bloqués à Nantes et au Havre, particulièrement mobilisé. En revanche, les ouvriers des arsenaux de Brest, de Toulon et de Rochefort ont visiblement craint les menaces de révocation. À Brest, par exemple, on n’a dénombré que 57 absents, contre 250 en moyenne le reste de l’année [15]. Dans le Cher, le mouvement a été général, et même suivi par les paysans... seules les usines d’armement de Bourges s’en sont tenues à l’écart. Dans le Gard, l’Hérault et les Pyrénées-Orientales, ce sont les ouvriers agricoles qui ont fait le mouvement.

Partout, le mouvement s’est accompagné de meetings pacifistes, avec une affluence inégale. Des affrontements avec les forces de l’ordre ont eu lieu à Puteaux, Billancourt, Levallois-Perret et Lyon. En région parisienne, la police a perquisitionné les locaux syndicaux.

A la veille de graves difficultés

À l’heure du bilan, la CGT respire : au regard de ses propres critères, elle a passé l’épreuve sans se ridiculiser. La démonstration n’a certes pas été à la hauteur de l’enjeu, mais elle pèsera passablement plus lourd que le congrès socialiste de Bâle. La CGT est la seule force dans le pays à pouvoir enclencher une telle mobilisation, et la seule en Europe à l’avoir fait. La Voix du peuple, organe de la confédération, ne crie pas au triomphe mais salue « une belle manifestation contre la guerre […] vraiment significative pour les gouvernants. […] On sait, en haut lieu, que la classe ouvrière est composée d’une minorité révolutionnaire dangereuse. On la sait maintenant capable, cette minorité, d’entraîner les masses à une révolution sociale le jour ou le lendemain d’une déclaration de guerre. » [16]

C’est Le Libertaire qui se montre, de loin, le plus enthousiaste en titrant « La guerre impossible » à la une. « Nous n’aurons pas la guerre. Le peuple n’en veut pas ; en voici nos gouvernants avertis », écrit Eugène Jacquemin, qui poursuit : « Jamais jusqu’à présent, une grève de protestation n’a réuni autant de grévistes […] : pour l’instant, c’est suffisant. Aucun gouvernement ne se risquerait à affronter les hasards d’une guerre dans de pareilles conditions. » [17].

Pour Émile Pouget, c’est la leçon principale à retenir : « La mobilisation pour la paix n’a pas été générale... oui ! C’est un fait indéniable ! Mais […] si le gouvernement commettait la criminelle folie de décréter la mobilisation pour la guerre... cette mobilisation serait encore bien moins générale que ne l’a été la grève de lundi. » [18]

Officiellement, le mouvement ouvrier affiche sa confiance. En réalité, il est à la veille de graves difficultés : en 1913, la montée vers la guerre va s’accélérer. Au sein de la CGT, tandis que les réformistes vont prioriser l’action corporative traditionnelle et consolider leurs troupes, les révolutionnaires, priorisant la lutte contre la guerre, vont encaisser toute la répression, épuiser leurs forces et voir leur base se rétrécir. À partir de l’été 1913, la CGT va être secouée par une crise morale dont, un an plus tard, quand sonneront des heures décisives, elle ne sera pas sortie.

Guillaume Davranche (AL Montreuil)

8 octobre 1912 : La guerre éclate dans les Balkans, opposant l’Empire ottoman (soutenu par Vienne et Berlin) à la Serbie, à la Grèce, à la Bulgarie et au Monténégro (soutenus par Paris, Londres et Saint-Pétersbourg).

27 octobre : Discours de Nantes du président du conseil, Raymond Poincaré : « La France ne veut pas la guerre, mais elle ne la craint pas »

12 novembre : Grand meeting de la FCA promettant le « sabotage de la mobilisation » si elle advenait. Dans les jours qui suivent, la répression s’abat sur les anarchistes.

17 novembre : L’Empire ottoman est à genoux, la Russie et l’Autriche-Hongrie sont sur le pied de guerre. Grand rassemblement pacifiste au Pré-Saint-Gervais avec le PS et la FCA.

24 novembre : Congrès socialiste international contre la guerre, à Bâle. Le congrès extraordinaire de la CGT à Paris vote une grève générale préventive.

3 décembre : Armistice dans les Balkans.

16 Décembre : En France, 600.000 grévistes contre la guerre.

16 février 1913 : Echec des négociations et reprise des hostilités dans les Balkans.

[1] Lire « 1911 : Agadir, la guerre est déjà là », Alternative libertaire de février 2011.

[2] C’est ce terme qui prévaut à l’époque, sur celui d’internationalisme.

[3] Le Journal des débats du 25 novembre 1912.

[4] Compte-rendu du congrès, page 44.

[5] Le Journal des débats du 25 novembre 1912.

[6] Le Gaulois du 25 novembre 1912.

[7] Compte-rendu du congrès, page 41.

[8] Compte-rendu du congrès, page 61.

[9] Gustave Hervé, La Guerre sociale du 4 décembre 1912.

[10] Pierre Monatte, La Vie ouvrière du 20 décembre 1912.

[11] On appelait cela « faire la Saint-Lundi ».

[12] Le Matin du 17 décembre 1912.

[13] Le Temps du 18 décembre 1912.

[14] Émile Pouget, La Guerre sociale du 18 décembre 1912.

[15] Le Gaulois du 17 décembre 1912.

[16] La Voix du peuple du 22 décembre 1912.

[17] Le Libertaire du 21 décembre 1912.

[18] La Guerre sociale du 18 décembre 1912.
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Re: Kropotkine et la premiére guerre mondiale

Messagede Cheïtanov le Mar 7 Jan 2014 13:16

@ JPD : c'est intéressant cette analyse sur Kropot', je n'y avais jamais pensé. J'ai fini "Mémoires d'un Révolutionnaire", c'est vrai que ça ressort pas mal à ce que tu dis !

@ Vroum : merci de l'article, il est clair qu'en 1914; la CGT était déjà réformiste...
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Re: Kropotkine et la premiére guerre mondiale

Messagede jeannetperz le Mer 8 Jan 2014 18:44

a triturer la neurone CNT-Caen forum noir et rouge a penser révolutionnaire :protestation devant les libertaires. La guerre des Etats c'est la militarisation
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Re: Kropotkine et la premiére guerre mondiale

Messagede Cheïtanov le Mer 8 Jan 2014 21:22

"Protestation devant les libertaires du présent et du futur sur les capitulations de 1937", par un "incontrôlé" de la Colonne de Fer.

http://cnt.ait.caen.free.fr/forum/viewt ... %A9#p49705

Le texte fait 9 pages en pdf, je peux l'envoyer.

No war but class war (Kropotkine ou pas)
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Re: Kropotkine et la premiére guerre mondiale

Messagede bajotierra le Sam 25 Jan 2014 13:12

bonjour,

je viens lire une apologie de Fanny KAPLAN par kuhing sur le forum rouge et noir
http://cnt.ait.caen.free.fr/forum/viewt ... =19&t=6990

Fanny KAPLAN était SR et dans la ligne de SAVINKOV qui était SR de droite , SAVINKOV , d'abord Kerenskyste il rejoindra les russes blancs , mais l'ommission de kuhing ne s'arrête pas ce détail , surtout l'attentat du 30/08/1918 contre Lénine fut justifié par la signature de la PAIX de Brest Litovsk , le 3 mars 1918 , avec l'Allemagne

Fany KAPLAN déclare avant de mourir: « J'ai tiré sur Lénine parce que je le considère comme un traitre au socialisme et parce que son existence discrédite le socialisme. Je suis sans réserve pour le gouvernement de Samara et pour la lutte contre l'Allemagne aux côtés des Alliées"
concrètement , si j'utilise la pauvre terminologie marxistoide de kuhing cela fait de KAPLAN une féroce impérialiste qui soutenait la continuation de la boucherie de 14/18

C'est quand même curieux cette apologie de Kuhing , quand on sait qu'il dénonce comme impérialistes pro-OTAN (rien que ça !) ceux qui ne sont pas a priori contre une intervention en faveur des révoltés syriens
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Re: Kropotkine et la premiére guerre mondiale

Messagede Pierre-Joseph le Ven 19 Oct 2018 14:11

L'Union sacrée est la grande trahison de Kropotkine, de James Guillaume, de Jean Grave et de tous ceux qui les ont suivis, c'est aussi, par ces quelques noms, la grande trahison de la Première Internationale contre les travailleurs français et, à mon avis, un évènement clé pour comprendre la désaffection des idées anarchistes en France au XXème siècle et jusqu'à aujourd'hui.
Les arguments développés par Kropotkine pour justifier son alliance à l'impérialisme anglais, dans cette lettre et ailleurs, sont si stupides qu'on peut raisonnablement se demander s'il y croyait vraiment et, s'il n'y croyait pas, quel pouvait être son véritable but, sa réelle motivation.
Il appelle, au nom de l'AIT, tout le genre humain à se battre contre l'Allemagne. Mais pourquoi? Qu'est-ce qu'elle lui a fait?
Il lui reproche d'avoir annexé l'Alsace et la Loraine. Mais qu'est-ce que ça peut bien lui faire? Les alsaciens et les mosellans ont-ils été plus malheureux allemands que français? Probablement pas, il semblerait même que beaucoup soient encore nostalgiques de cette époque puisque, 100 ans après leur refrancisation, ils continuent à s'accrocher à cette législation exceptionnelle qu'est le Concordat et à leur langue, très germanique.
Quand il affirme que l'Allemagne a toujours voulu envahir la France et la Belgique, il se garde bien d'en donner les raisons. Pourquoi? C'est simple: il n'y en a aucune, il n'y a rien en France et en Belgique qui puisse intéresser l'Allemagne. Le charbon est déjà dépassé, les réserves françaises et belges sont déjà bien entamées et l'Allemagne a les siennes. Ce qu'il lui manque, c'est du pétrole mais elle sait que ce n'est pas là qu'elle en trouvera.
Le tout jeune Empire allemand recherche une union pangermanique mais, là encore, cela ne concerne ni la France, ni la Belgique, sauf peut-être la Flandre.
Kropotkine décrit l'Allemagne comme un pays qui voudrait tout le mal possible à la France, sans en donner la moindre raison. Il peint l'image d'un monstre fou, prêt à nous sauter à la gorge à tout moment pour justifier les préparations minutieuses à la guerre de l'état français depuis plusieurs années, notamment l'allongement du service militaire et la course aux armements. Il prétend que tous ces préparatifs guerriers seraient de la faute de l'Allemagne avec une mauvaise fois déconcertante.
Tous les historiens sérieux s'accordent à dire que les responsabilités de l'escalade vers la guerre sont partagées. J'ajoute que les propos de Kropotkine, au nom de l'AIT en font partie.
D'autre part, il faut replacer la France à sa place dans ce conflit, son rôle n'est pas central. La principale rivalité en Europe se jouait entre ses deux principales puissances : l'Allemagne et l'Angleterre. C'est donc indirectement, par son alliance avec l'Angleterre que la France a été conduite à la guerre.
Il est vrai que l'Allemagne s'était préparée à cette guerre, bien plus que la France et qu'elle était devenue une puissance économique et militaire bien supérieure. Et alors ? Pourquoi en avoir peur ? Pourquoi lui faire la guerre ?
Surtout, pourquoi prendre part dans un conflit entre puissances impérialistes qui ne nous concerne en rien? Y aurait-il un impérialisme meilleur qu'un autre ?
Le summum de l'abjection est atteint quand il cite Bakounine :
« Les quarante trois dernières années ont été la confirmation de ce qu’écrivait Bakounine en 1871, à savoir que, si l’influence française disparaissait en Europe, l’évolution de celle-ci se trouverait rejetée d’un demi siècle en arrière. Et aujourd’hui, il est évident que si l’invasion actuelle de la Belgique et de la France n’est pas repoussée par l’effort commun de toutes les nation d’Europe, nous connaitrons un autre demi siècle, ou plus, de réaction. »
L'influence française dont parle Bakounine, c'est celle de la Commune. La France que rallie Kropotkine, c'est celle des versaillais qui l'ont massacrée. La trahison est totale et le mensonge est tellement énorme qu'on ne peut pas décemment croire qu'il ne soit pas volontaire.
La France de Kropotkine a suffisamment rappelé ce qu'elle était, avec les lois scélérates, avec les condamnations à mort des militants anarchistes, avec les fusillades sur les manifestants, à Fourmies et ailleurs, la criminalisation des syndicats, l'arrestation de tous les meneurs de la CGT à la veille de la guerre, en 1908, notamment Pouget, Yvetot et Griffuelhes. Kropotkine ne pouvait pas ignorer tout cela. Sa France n'est pas celle de la Commune, ni même de 89, elle est son ennemi juré, celle que les travailleurs doivent détruire.
Il ment quand il dit que la guerre était inévitable. Il existait, dans les dix années qui ont précédé la guerre, un fort antimilitarisme en France, à la tête du quel on ne saluera jamais assez le travail de la CGT. Ces militants ne faisaient pas l'autruche, comme il l'affirme, ils se battaient énergiquement pour ouvrir les yeux des travailleurs, pour ne pas les laisser tomber aveuglément dans cette boucherie où ils n'avaient rien à gagner et tout à perdre.
Pour rendre la guerre inévitable, il aura d'abord fallu les abattre, eux et leur organisation.
Là encore, l'AIT joue son rôle.
En 1907, simultanément au congrès antimilitariste international se tient le congrès anarchiste international à Amsterdam. Cette simultanéité n'est certainement pas un hasard. D'ailleurs des militants anarchistes locaux tenteront de dissoudre le congrès pour qu'il rejoigne le congrès antimilitariste, en vain. C'est Malatesta qui l'empêche en prétendant qu'il préfère parler d'antimilitarisme entre anarchistes, plutôt qu'avec des bourgeois. La vérité est que ses préoccupations du moment sont fort éloignées de ce sujet. Il ne se réveillera de son aveuglement que bien plus tard, bien trop tard.
Kropotkine ne se rend pas à ce congrès mais il est probable, car ils sont tous les deux exilés à Londres, qu'il soit à l'origine de la mission accomplie par Malatesta : écarter la CGT et son antimilitarisme de l'AIT.
Malatesta s'y emploie avec brio, il pointe les insuffisances du syndicalisme qui, effectivement, ne contient pas en lui tout le programme de la révolution et peut même se retourner contre elle. Les critiques qu'il formule sont solides et fondées, il n'y a rien à redire. Ce qu'on peut lui reprocher, en revanche, c'est de ne reconnaître aucune qualité au syndicalisme développé par la CGT, ni sa force, ni son énergie au service des causes révolutionnaires, en particulier, de l'antimilitarisme.
La toute jeune CGT, pleine de naïveté et de dynamisme est venue voir dans ce congrès une vieille dame endormie qui, au lieu de guider et d'encourager ses enfants, préfèrent les poignarder dans le dos.
Il faut noter que les critiques formulées par Malatesta contre le syndicalisme sont également valables contre l'anarchosyndicalisme et que le discours tenu à Monate aurait pu, tout aussi bien, être tenu à la CNT en 1923. Pourquoi ne l'a-t-il pas fait ?
Je pense qu'il a été manipulé par Kropotkine.
Je pense qu'il en a résulté une fausse opposition entre anarchosyndicalistes et syndicalistes révolutionnaires, alors que tout le monde avait partiellement raison.
Je pense que le véritable dessein de Kropotkine était très loin de cette querelle inutile, c'était la guerre contre l'Allemagne, pour une raison que je ne comprends pas.
La thèse qu'il aurait été plus républicain qu'anarchiste ne tient pas : il n'est ni l'un, ni l'autre. La France de Clémenceau, celle qui assassine Jaures, n'a rien d'une république, c'est une tyranie contre le peuple. Les allemands nous auraient rendu bien service en l'abattant. D'ailleurs, c'est bien dans ces circonstances qu'était née la Commune et c'est dans des circonstances inversées que vont naître la république des Conseils de Bavière et de Hongrie.
Toutes les nations ont leur potentiel révolutionnaire et contre-révolutionnaire, les variables ne sont bien souvent que des circonstances et des opportunités. Si Kropotkine était vraiment internationaliste, il n'aurait pas mis tant d'acharnement à essayer de prouver le contraire. Sur son lit de mort, il finira par reconnaître l'insincérité de son engagement dans l'Internationale, puisqu'il refusera que soit chantée l'Internationale lors de ses funérailles.
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Re: Kropotkine et la premiére guerre mondiale

Messagede Lehning le Mer 24 Oct 2018 21:10

Bonsoir !

Etant alsacien d'origine (on ne se refait pas^^) je peux juste dire que l'Alsace a toujours été 1 enjeu car c'est une région riche.

A l'époque aussi (et pas que par Kropotkine ; Bakounine fut aussi anti-germaniste), l'Allemagne a toujours été la bête noire. (à juste titre ou pas).

Bien entendu, qu'en tant qu'anars, on n'a pas, du moins à mes yeux, à soutenir 1 Etat contre 1 autre, etc. On doit être anti-étatiste !
Comme on doit être antimilitariste et anti-capitalo.

Salutations Anarchistes !
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