QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

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QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede René le Jeu 28 Mar 2013 12:27

Salut à vous
Je lance une sorte de SOS à la cantonade.
En marge d’un travail que je suis en train de faire, j’ai été amené à m’intéresser à Philomène Rozan et aux ovalistes de Lyon.
Philomène Rozan fut une des ovalistes de Lyon qui se mirent en grève en le 21 juin 1869 pour réclamer un salaire de 2 francs par jour au lieu de 1F50, et la journée de 11 heures.
Elles reçoivent le soutien de la section lyonnaise de l’Internaonale qui les aide à constituer un comité de grève. Une collecte de soutien est organisée, des fonds sont récoltés en France, en Belgique, en Angleterre, en Suisse… Les ovalistes tinrent ainsi un mois, répandant la grève dans d’autres ateliers. Elles organisèrent des bureaux de secours, allèrent dans la rue, les cafés. Au bout d’un mois, elles demandèrent d’adhérer à l’AIT. Le 13 juillet, une lettre de Lyon annonce au Conseil général de l’Internationale l’adhésion des ovalistes

C’est sur l’interprétation des faits que je demande vos lumières.

Le Conseil général de l’AIT proposa que Philomène Rozan reçoive un mandat pour participer au congrès de Bâle de l’AIT, mais elle ne se rendit pas au congrès.
A partir de là, on a des interprétations qui me paraissent fantaisistes. En effet, l’absence de Philomène Rozan au congrès de Bâle trouve dans des textes «marxophiles» des explications curieuses et contradictoires.

• Pour certains, c’est la faute de Proudhon :
« Marx accepta (sic) de faire d'une des meneuses, Philomène Rozan, une déléguée au Congrès de Bâle. Proudhon (évidemment) s'y opposa. »
(VOIR : http://gw2.geneanet.org/janieplantevin?lang=es&m=NOTES )
On trouve cette interprétation sur plusieurs sites : voir également : http://fr.dbpedia.org/page/Ovalistes
Dans cette simple phrase, il y a deux erreurs, significatives. D’une part Marx n’avait pas le pouvoir d’« autoriser » (sic) les ovalistes à adhérer. La lettre du 13 juillet annonce simplement qu’elles ont adhéré, point barre.
Ensuite il y a peu de chances que Proudhon se soit opposé à la candidature de Philomène Rozan, puisqu’il était mort depuis plusieurs années

• Pour d’autres, c’était la faute de Bakounine :
« Philomène présidente de la commission des ouvriers et ouvrières ovalistes, pourtant choisie (sic) par Marx pour participer au congrès de l’Internationale à Bâle, n’ira pas à Bâle, suite à une manœuvre de l’anarchiste russe Michel Bakounine qui sera proclamé représentant des ovalistes ! »
(VOIR : http://www.archives-lyon.fr/static/arch ... mesdef.pdf)

Concernant Bakounine, ce genre de manœuvre ne colle pas avec le personnage, mais c’est peut-être là l’illustration de ma partialité aveugle en faveur du révolutionnaire russe. Cependant, on voit mal pourquoi il aurait « manœuvré» pour avoir le mandat des ovalistes dans la mesure où il avait aussi celui des mécaniciens de Naples : il avait donc déjà accès au congrès en tant que délégué.

Il y a peut-être une explication, qui se trouverait dans un récent livre de Mathieu Léonard, L’émancipation des travailleurs (La Fabrique) :
«… les responsables de la section lyonnaise, Palix et Richard, préfèrent garder les mandats de la délégation des ovalistes pour eux-mêmes, ainsi que pour leur ami Bakounine, qui semble croire sincèrement que les demoiselles ovalistes l’ont expressément désigné pour les représenter. Les ovalistes n’iront pas à Bâle et retournent à l’anonymat. »


Et Léonard, citant Auzias et Houel, conclut que le sentiment s’impose d’un «rendez-vous manqué entre le mouvement ouvrier et le mouvement féministe».

Est-ce que quelqu’un aurait des lumières sur cette grave question, en particulier des éléments plus substantiels que de simples affirmations ?

René

PS. J’ai pas l’impression que les biographies de Philomène Rozan courent les rues…
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Re: QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede Cheïtanov le Jeu 28 Mar 2013 15:26

Je ne connaissais absolument pas cette histoire, je demanderais à un compagnon qui en saura peut-être plus à ce sujet...

C'est quoi des ouvrières ovalistes ?
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Messagede gloubi le Jeu 28 Mar 2013 15:31

je pensais que c'était des luttes qui ne tournaient pas rond mais en me documentant un poil je vois que c'est en rapport avec la révolte des canuts de Lyon.

"C'est nous les canuts nous allons tout nus"

sur wiki :

"Les ovalistes étaient des ouvrières de la soie dont le travail consistait à appliquer des traitements préparatoires au fil de soie grège au sortir de la filature, afin de le rendre propre au tissage (l’ovale étant la pièce centrale du moulin qu’elles surveillaient). Cette activité s’appelle également le moulinage. Les ovalistes étaient recrutées dans les campagnes voisines de Lyon, étaient payées 1,40 francs la journée de 12 heures, et étaient logées dans des chambres souvent insalubres et surpeuplées.
À Lyon, durant l'été 1869, 250 ouvrières « ovalistes » se mettent en grève pour demander une augmentation de leur salaire et une diminution de leur temps de travail. La veille du mouvement, elles signent à 250 une pétition pour réclamer 2 francs par jour, ainsi qu'une journée à 11 heures. Elles demandent l'aide du préfet pour faire aboutir leurs revendications (CF : les canuts en 1831) mais en vain. Quatre jours après, le 21 juin, elles cessent le travail. Elles reçoivent l'aide de la section lyonnaise de l'Internationale (donc d'hommes…), qui leur a permis de constituer un comité de grève, et qui a obtenu du Conseil Général l'autorisation d'organiser une collecte de soutien (des fonds ont ainsi été récoltés en France mais aussi en Belgique, en Angleterre, en Suisse…). Elles ont ainsi tenu un mois, répandant la grève dans d'autres ateliers de la Fabrique, organisant des bureaux de secours, s'emparant de l'espace public (café, rue). Au bout d'un mois, à l'issue de la grève, elles demandèrent d'adhérer à l'AIT : Marx accepta de faire d'une des meneuses, Philomène Rozan, une déléguée au Congrès de Bâle.
"http://fr.wikipedia.org/wiki/Ovalistes
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Re: QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede René le Jeu 28 Mar 2013 15:47

Les ovalistes étaient des ouvrières travaillant la soie en appliquant des traitements préparatoires au fil de soie grège. L’ovale était la pièce centrale du moulin qu’elles surveillaient. Les ovalistes étaient payées 1,50 F la journée de 12 heures, et étaient logées dans des chambres souvent insalubres et surpeuplées.
En 1869, 250 ouvrières ovalistes de Lyon se mettent en grève : elles signent à 250 une pétition pour réclamer 2 francs par jour, ainsi qu’une journée à 11 heures.
Le 21 juin, elles cessent le travail.
Elles reçoivent l’aide de la section lyonnaise de l’Internationale qui les aide à constituer un comité de grève. Une collecte de soutien est organisée, des fonds sont récoltés en France, en Belgique, en Angleterre, en Suisse…
Les ovalistes tinrent ainsi un mois, répandant la grève dans d’autres ateliers. Elles organisèrent des bureaux de secours, allèrent dans la rue, les cafés. Au bout d’un mois, elles demandèrent d’adhérer à l’AIT.
Le 13 juillet, une lettre de Lyon annonce au Conseil général de l’Internationale l’adhésion des ovalistes : 750 femmes et 300 hommes.
Les minutes du Conseil général rapportent, quelques semaines plus tard, lors d’une discussion sur les mandats du congrès de Bâle : « le citoyen Marx proposa, soutenu par Jung, que la femme présidente Philomène Rozan, des ovalistes de Lyon, reçoive un mandat spécial. »
Peu à peu la grève s’effilocha, mais les ovalistes obtinrent la journée de 10 heures sans perte de salaire, soit 1,50 franc pour les femmes et 3 francs pour les hommes... !!!
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Re: QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede René le Jeu 28 Mar 2013 15:49

Il y a le livre de Claire Auzias
La Grève des ovalistes. Lyon, juin-juillet 1869, 1982, Payot
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Re: QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede René le Sam 30 Mar 2013 11:04

J’ai eu des éclaircissements par Claire, l’une des autrices du livre

La grève des ovalistes
Claire Auzias et Annik Houel,
éditions Payot.


« Je pensais que pour que tu possèdes la véridique histoire de cet enjeu hors des caricatures, il te fallait le détail des événements : les voici.
« Une grève de femmes se déclenche à Lyon en juin 1869. elle est sans leaders comme toujours en ce temps-là. Les ovalistes signent une pétition au préfet, elles sont nombreuses. Peu à peu se dessine une figure fabriquée par la police : Philomène Rozan, ovaliste qui ne sait pas signer son nom. Les internationalistes s’en mêlent car à Lyon ils sont bakouniniens (Albert Richard). Ils sollicitent des soutiens internationaux en argent et les obtiennent : César de Paepe, Élisée Reclus et les ouvriers internationalistes de Rouen, tous saluent nos courageuses sœurs ovalistes.
« Elles adhèrent à la Première internationale, sous la poussée d’Albert Richard. Elles sont la première corporation féminine à le faire. Une réunion de la Première internationale à Londres en présence de Marx évoque les soutiens éventuels aux ovalistes. C’est l’époque où les grèves sont abondantes. Harriette Law, la seule femme à siéger à l’Internationale de Londres est chargée de collecter des fonds pour les ovalistes. Elle le fait auprès des associations féministes anglaises, dont Havelock Ellis, etc. Pas d’ouvriers en vue. Les ovalistes tiennent un mois et demi en grève et obtiennent des bricoles. Elles sont saluées unanimement par les sections anti-autoritaires des associations ouvrières existantes, les syndicats n’existant pas encore.
« Sur le plan international se profile le congres de Bâle. C’est l’heure où les hostilités battent leur plein entre les trois leaders et leurs émules. Marx propose qu’une femme soit déléguée à Bâle car, raconte Benoît Malon, “Comme les proudhoniens sont antiféministes et misogynes, ils se retireront de facto s’il y a une femme.”
« C’est Benoit Malon qui raconte le coup dans une de ses lettres. Marx avait proposé une femme comme déléguée pour le congrès de Bâle de l’AIT, afin évincer les proudhoniens car il ne connaît aucune femme en particulier et sûrement pas ladite Philomène, et il s’en tape comme de l’an quarante.
« Grâce à ses soutiens importants à Lyon, Bakounine emporte le mandat des ovalistes à leur insu, sans demander aux ovalistes leur avis : ce sont les internationalistes lyonnais bakouniniens qui s’approprient le mandat et font donc ici preuve, avec l’aide de Bakounine, et d’autoritarisme et de manipulation, et d’antiféminisme. Bakounine avait besoin d ‘un mandat ouvrier quelconque pour participer à Bâle, celui des ovalistes lui semblant disponible parce que lesdites grévistes étaient faibles ; il s’en empare sans demander son reste à personne et donc il siège à leur place sans les évoquer jamais, sans défendre leur cause et sans les citer, car il ne sait rien d’elles.
« C’est en cela que nous, historiennes féministes et anarchistes, avons conclu qu’aucune tendance ne se distingua des autres, car toutes utilisèrent cet argument pour leur propres causes, et en enterrant celle des ovalistes elles-mêmes.
« A aucun moment, aucun des trois leaders en présence n’évoqua Rosalie Philomène Rozan, vu qu’ils ne la connaissaient même pas, aucun d’entre eux ! Et qu’elle ne fut jamais une cheffe quelconque ; ce fut typiquement une grève sans chef, le nom de Philomène apparaît incidemment et nous avons d’ailleurs dédié notre livre à une autre gréviste, Victorine Chavet, tout aussi impliquée que la précédente. Ce sont typiquement ces grèves collectives sans direction à l’horizontalité pré-syndicale de masses unanimes et anonymes. Faire de Philomène Rozan une personnalité qui se détache de son groupe est déjà en soi une erreur d’interprétation. »
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Re: QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede Protesta le Sam 30 Mar 2013 11:18

... « Grâce à ses soutiens importants à Lyon, Bakounine emporte le mandat des ovalistes à leur insu, sans demander aux ovalistes leur avis : ce sont les internationalistes lyonnais bakouniniens qui s’approprient le mandat et font donc ici preuve, avec l’aide de Bakounine, et d’autoritarisme et de manipulation, et d’antiféminisme.


Heu otez moi d'un doute, le féminisme à cette époque là faisait déjà parti du mouvement ouvrier??? Et en Europe??? Des ouvriéres féministes ça à eu une éxistance à cette époque là??? Excusez mon ignorance :oops:
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Re: QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede René le Sam 30 Mar 2013 14:09

On peut avoir des opinions ou des comportements féministes ou antiféministes sans qu'existe formellement un mouvement féministe ou antiféministe.
De même que des gens ont fait preuve d'autoritarisme bien avant que des anarchistes conceptualient la notion d'autoritarisme.
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Re: QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede Cheïtanov le Sam 30 Mar 2013 15:33

Oui ça existait Protesta...

(un des précurseurs du "socialisme" au sens noble du terme, dont j'ai mangé le nom, précisait bien avant Marx and co que pour vivre heureux il fallait abolir l'argent... et les genres)

Merci de relayer cette histoire René.
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Re: QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede René le Lun 1 Avr 2013 17:57

Salut à tous
J’ai consulté Hervé Trinquier, qui est, comme chacun sait, un spécialiste de Proudhon.
Il s’occupe entre autres de la publication des œuvres de Proudhon, qu’on peut se procurer à des prix très raisonnables.
Pour ceux que ça intéresse, voir :

tops92@wanadoo.fr

Donc Hervé m’a fait part de ses réflexions sur Philomène Rozan et les ovalistes, en relation avec ce qu’avait dit Claire Auzias, une des autrices de La Grève des ovalistes. Lyon, juin-juillet 1869, Claire Auzias, 1982, Payot)

Voici ce qu’il dit :

« J’ai le sentiment que nous tournons autour de la vérité mais que nous avons tout de même pas mal progressé.
« Voici quelques réflexions.
« 1/ Je n’avais pas remarqué qu’il y avait autant de délégués ovalistes à Bâle en 1869 (Albert Richard, Palix, Bakounine).
« 2/ Le fait que Philomène Rozan soit “une figure fabriquée par la police” pourrait expliquer que nous ne trouvions pas de détails sur elle. La police évite de détailler ses méthodes de provocation ; les ouvriers grévistes s’apercevant qu’elle est un indic évitent de la porter aux nues. Mais où sont les preuves ? Les documents d’époque ?...
« 3/ Les proudhoniens – voir les rapports de l’AIT – ne sont généralement ni « antiféministes » ni « misogynes ».(1) Et d’ailleurs, Proudhon s’est régulièrement fait “remonter les bretelles” par des proches sur ce sujet. Contrairement à Proudhon, la majorité des proudhoniens ne pense pas que la psychologie féminine s’oppose à l’activité économique. La réticence voire l’hostilité du travail des femmes dans l’AIT (et il n’y a pas que des proudhoniens, loin s’en faut) est avant tout d’ordre économique. Le travail des femmes amenant sur le marché une population nombreuse de demandeurs d’emploi permettrait au patronat d’imposer une diminution des salaires. La loi de l’offre et de la demande ne s’applique pas seulement au prix des objets produits.
« 4/ Bakounine n’avait pas besoin du mandat des ovalistes pour participer au congrès de Bâle puisqu’il avait celui des mécaniciens de Naples.
« 5/ S’il y avait eut un “coup de force” des bakouniniens vis-à-vis des ovalistes qui sont en contact avec Londres, ce “coup de force” aurait sans doute été dénoncé et Marx s’en serait très probablement servi contre Bakounine. Je n’ai, pour ma part, aucun document de cette sorte… Je ne dis pas qu’il n’en existe pas.
« 6/ Ce n’est pas Bakounine mais Robert ( ???) (2) qui fait le rapport français à Bâle et les ovalistes sont “évoquées”, “citées” et, je pense, saluées :
“… Peu après le massacre de la Ricamarie, la danse des révoltes économiques était ouverte à Lyon par les ovalistes, la plupart des femmes. Elles s'adressèrent à l'Internationale, qui principalement par ses membres de France et de Suisse, les aidèrent à supporter la lutte. En dépit des tentatives d'intimidation faites par la police, les ouvriers proclamèrent publiquement leur adhésion à l'Internationale, et y entrèrent formellement en envoyant au Conseil général leur cotisation.
“A Lyon comme auparavant à Rouen, les femmes jouèrent un noble et puissant rôle dans le mouvement. D'autres métiers de Lyon suivirent l'exemple des ovalistes et nous recrutâmes plus de 10.000 nouveaux membres dans cette héroïque population, qui, il y a plus de trente ans inscrivait sur sa bannière le cri de guerre du prolétariat moderne : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant”.(3)
«

« On peut toujours estimer que c’est peu mais le rapport doit faire état de beaucoup de luttes et des différentes agressions des patrons et de la police.
« Cordialement.
« Hervé. »


NOTES
1. Ces deux termes sont d’ailleurs impropres à qualifier la pensée de Proudhon sauf si, par « antiféminisme », on entend « hostile aux mouvements féministes de l’époque ». Mais Louise Michel sera bien plus féroce que Proudhon à leur égard !!! Il faudrait détailler. Ce n’est pas le sujet. Je travaille à une réédition critique de la « pornocratie ». J’espère y apporter des éclaircissements. Mais il me faut encore au bas mot six mois de travail. En bref, j’estime que ceux qui qualifient Proudhon d’« antiféministe » ou de « misogyne » sans plus développer n’ont sans doute jamais ouvert un seul de ses livres et s’enorgueillissent de répéter quelques phrases tirées de leur contexte… Tout ceci sans partager les positions de mon vieux compagnon Pierre-Joseph.
2. Je ne sais pas qui il est ; il ne figure pas dans la liste des délégués ; je ne le trouve pas dans mon « Maitron » éditions ouvrières 1966.
3. Extrait du rapport français donné par Robert au congrès de Bâle, 7 septembre 1869 à 14 H 25 sous la présidence de Jung. Troisième séance publique.
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Re: QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede René le Mar 2 Avr 2013 16:12

Comme convenu je transmets sur le Forum les interventions de Claire Auzias et Hervé Trinquier sur l'«Affaire Philomène Rozan»

Voici la réaction de Claire au texte d'Hervé qui précède.

Concrètement, il est souhaitable de consulter
1. L'ouvrage dont Claire et co-autrice : La Grève des ovalistes. Lyon, juin-juillet 1869, Claire Auzias, Annick Houel, 1982, Payot
2. Les livres de Proudhon réédités par Hervé : tops92@free.fr
(Un peu de pub spécial-copains-copines ne fait pas de mal)



Mon cher René
Ton camarade Hervé n'a pas compris mes propos ; évidemment que Rosalie Philomène Rozan n'est pas une indic ! Nous avons toutes les preuves de son activité de gréviste acharnée et je n'ai jamais dit ça. Qu'elle fût «fabriquée par la police», je veux dire que c'est les flics qui, en cherchant comme toujours désespérément un meneur, ont trouvé ce nom-là ainsi que d'autres noms d'ailleurs, pour meneuse. Et loin qu'elle soit une indic, ça lui a d'ailleurs coûté cher.

Si Hervé veut comprendre l'enjeu de Bâle du point de vue féministe et anarchiste il n'y a pas d'autre solution que de lire le livre, en m'excusant d'avoir l'air de mettre ça en avant mais parce que les détails et la progression des faits y sont limpidement présentés; ça éviterait les fâcheux malentendus. Vous ne trouvez pas Philomène parce que elle est une des innombrables anonymes du mouvement ouvrier des femmes, c'est une généralité de base.

Enfin Bakounine avait besoin du mandat des Ovalistes et c 'est pourquoi il l'a pris. Il était le seul mandaté au nom des ovalistes et pas plus que les autres il n'a évoqué leur grève à Bâle. L'antiféminisme légendaire de Proudhon est difficile à mettre en doute, il suffit de lire un certain Joseph Dejacque pour s'en souvenir.
Quant à Marx il est comme les autres, les femmes ça n'existe pas, la politique c'est une affaire de garçons entre eux. C'est tout l'intérêt de la grève des ovalistes que d'avoir mis ceci en lumière crue. Quant aux prétextes économiques avancés pour justifier l'antiféminisme du mouvement ouvrier et de l'AIT en particulier, personnellement je le récuse. il y a eu des grèves d'hommes contre le travail des femmes, notamment l'affaire Emma Couriau en 1913, bien plus tard donc.

Vu que j'ai passé des années sur ces questions, je me permets de vous en faire part car il est difficile de nos jours désormais d'analyser le mouvement ouvrier — et politique — en omettant sa dimension antiféministe. Je récuse donc tout l'argumentaire de Hervé, du début à la fin, avec mes excuses. La grève des ovalistes illustre exemplairement l'exclusion des femmes du mouvement ouvrier d'alors (malgré de nombreuses luttes qu'elles menèrent), sous les trois noms conjugués de Marx, Proudhon et Bakounine tout comme leurs épigones et elle illustre aussi l'appropriation d'une lutte à des fins partisanes, en quelque sorte, l'exploitation de la grève des ovalistes par les délégués en présence à Bâle, car plus égalitairement, c'eût été Philomène Rozan en effet (ou une autre ovaliste gréviste) qui eût dû siéger à Bâle ou à défaut au moins Virginie Barbet qui était une féministe internationaliste bakouninienne de Lyon, et n'a pas non plus participé à Bâle.

A bientôt donc
Bises
Claire
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Re: QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede René le Mer 3 Avr 2013 09:32

Réponse d'Hervé Trinquier à Claire Auzias


Claire
Mon cher René
Ton camarade Hervé n'a pas compris mes propos ; évidemment que Rosalie Philomene Rozan n'est pas une indic ! Nous avons toutes les preuves de son activité de gréviste acharnée et je n'ai jamais dit ça. Qu'elle fut "fabriquée par la police" je veux dire que c'est les flics qui, en cherchant comme toujours désesperément un meneur, ont trouvé ce nom là ainsi que d'autres noms d'ailleurs, pour meneuse. Et loin qu'elle soit une indic, ça lui a d'ailleurs coûté cher.

Hervé

Je n’avais, en effet, pas compris. Puisque Claire a des « preuves » du militantisme de Ph. Rozan et de la répression qu’elle a subie — donc des documents — c’est de là qu’il faut repartir et non de sites internet plus ou moins fiables.

Si Hervé veut comprendre l'enjeu de Bâle du point de vue féministe et anarchiste il n'y a pas d'autre solution que de lire le livre, en m'excusant d'avoir l'air de mettre ça en avant mais parce que les détails et la progression des faits y sont limpidement présentés; ça éviterait les fâcheux malentendus :


Promis ! dès que je passe à Publico je me le procure.

Vous ne trouvez pas Philomène parce que elle est une des innombrables anonymes du mouvement ouvrier des femmes c'est une géneralité de base ; enfin Bakounine avait besoin du mandat des Ovalistes et c 'est pourquoi il l'a pris. Il était le seul mandaté au nom des ovalistes


NON !
1/ Bakounine n’avait pas besoin du mandat des ovalistes de Lyon, il avait déjà celui des mécaniciens de Naples.
2/ Il y avait QUATRE délégués des ovalistes de Lyon au congrès de Bâle. Et là, je copie un extrait du rapport du compte rendu du congrès. Ce n’est pas de l’internet ! Il y avait :
Albert RICHARD, tisseur, délégué des corporations des ovalistes et des passementiers de Lyon. (Quai de Serin 20, Lyon.)
PALIX, tailleur, délégué des corporations des ovalistes et des tailleurs de Lyon. (Rue du Cours-Huiton.)
Ch. MONNIER, chapelier, délégué de la section des ovalistes de Saint-Symphorien d'Ozon. (Rue Montesquieu 53, à Saint-Symphorien, Isère.)
BAKOUNINE, publiciste, délégué des ouvriers ovalistes de Lyon. (Genève, 125, rue Montbrillant.)

...et pas plus que les autre il n'a évoqué leur grève à Bâle.


NON ! La grève des ovalistes a été évoquée par un certain Robert dans le rapport français du conseil général et Palix a lu un rapport spécifique sur les ovalistes. Les textes qui suivent sont scannés des comptes rendus officiels du congrès. Ce n’est pas de l’internet.

... l'antiféminisme légendaire de Proudhon est difficile à mettre en doute ,il suffit de lire un certain Joseph Dejacque pour s'en souvenir.


J’aime bien Dejacque. C’est un poète de la révolution libertaire et je trouve qu’il dépasse souvent Hugo. Mais, en ce qui concerne Proudhon, je préfère lire… Proudhon. Dejacque ne fait que reprendre le livre de Jenny d’Héricourt. Je travaille pour ma part :
1/ sur les textes de Proudhon en tant que publiciste ; ceux qu’il a édités, essentiellement les chapitres du De la Justice ;
2/ Sur le Proudhon intime : Correspondance, Carnets ;
3/ sur un texte qu’il a toujours refusé de donner à ses éditeurs alors qu’ils le suppliaient et qui a été retrouvé après sa mort, à savoir la pornocratie.
Je compte faire un livre composé du texte intégral de Jenny d’Héricourt, La femme affranchie ; de celui de Juliette Lambert Idées antiproudhoniennes (à ma connaissance ils n’ont jamais été réédités) ; de La Pornocratie (Proudhon répond aux deux textes précédents — précisons que je n’aime pas ce texte, sinon je l’aurai déjà publié) ; d’extraits des Carnets et de la correspondance.
Pour ma part, je persiste à penser que si les anarchistes ne peuvent pas reprendre à leur compte la vision de la femme qu’a Proudhon, les termes de misogyne et d’antiféminisme ne lui conviennent pas. Mais cela fait plus de vingt ans que je cherche vainement un(e) féministe qui aurait lu Proudhon afin d’avoir un autre éclairage que le mien.

Quant à Marx il est comme les autres, les femmes ça n'existe pas, la politique c'est une affaire de garçons entre eux. c'est tout l'interêt de la grève des ovalistes que d'avoir mis ceci en lumière crue. Quant aux prétextes économiques avancés pour justifier l'antiféminisme du mouvement ouvrier et de l'AIT en particulier, personnellement je le récuse.


Je ne suis pas un spécialiste de l’AIT. Je n’ai lu que le Guillaume, le Freymond, le Nettlau (AIT en Espagne) et le Molnar (sur la fin de l’AIT). En revanche, je possède l’intégralité des rapports parus à l’époque et m’y réfère. Je suis persuadé que la lecture de ton livre m’ouvrira bien des pistes de réflexion.

il y a eu des grèves d'hommes contre le travail des femmes, notamment l'affaire Emma Couriau en 1913, bien plus tard donc. Vu que j'ai passé des années sur ces questions, je me permets de vous en faire part car il est difficile de nos jours désormais d'analyser le mouvement ouvrier — et politique — en omettant sa dimension antiféministe. Je récuse donc tout l'argumentaire de Hervé, du début à la fin, avec mes excuses.


Surtout, Claire, ne t’excuse pas ! De formation proudhonienne, j’adore la polémique. C’est grâce à elle que nous progressons ! donc, au contraire, un grand merci au temps passé à cette réponse.
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Re: QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede René le Mer 3 Avr 2013 11:09

A propos de l'affirmation selon laquelle les délégués des ovalistes n'auraient jamais mentionné leur grève lors du congrès de Bâle de l'AIT, Hervé Trinquier apporte quelques éclaircissements.
On trouvera ci-dessous des textes extraits du

« COMPTE RENDU DU IVe CONGRES DE L’AIT TENU A BALE EN SEPTEMBRE 1869. BRUXELLES, IMPRIMERIE DE DESIRE BRISMEE, RUE DES ALEXIENS, 13 - 1869 »
retranscrits à partir de l’exemplaire qui se trouve au Musée Social de Paris



7 SEPTEMBRE 1869 TROISIEME SEANCE PUBLIQUE

(Dans la liste des délégués, on trouve les quatre noms mentionnés plus haut)

Dans le rapport français du Conseil général lu par Robert on trouve les paragraphes suivants :

« …Peu après le massacre de la Ricamarie, la danse des révoltes économiques était ouverte à Lyon par les ovalistes, la plupart des femmes. Elles s'adressèrent à l'Internationale, qui principalement par ses membres de France et de Suisse, les aidèrent à supporter la lutte. En dépit des tentatives d'intimidation faites par la police, les ouvriers proclamèrent publiquement leur adhésion à l'Internationale, et y entrèrent formellement en envoyant au Conseil général leur cotisation.
« A Lyon comme auparavant à Rouen, les femmes jouèrent un noble et puissant rôle dans le mouvement. D'autres métiers de Lyon suivirent l'exemple des ovalistes et nous recrutâmes plus de 10.000 nouveaux membres dans cette héroïque population, qui, il y a plus de trente ans inscrivait sur sa bannière le cri de guerre du prolétariat moderne : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant. »


Enfin, un rapport spécifique aux ovalistes a été lu le même jour par Palix :

RAPPORT DES OVALISTES DE LYON

La corporation ouvrière au nom de laquelle je viens exposer des griefs au sein du Congrès, est intéressante à plusieurs points de vue. C'est d'abord une corporation où la majorité est composée de femmes. C'est à ce titre que je réclame tour à tour au nom de ces malheureuses, d'abord la pitié universelle pour elles, ensuite la réprobation générale pour leurs oppresseurs.
En économie sociale, il est établi sans conteste que la femme qui est obligée de travailler pour subvenir à ses besoins les plus impérieux établit par ce seul fait une concurrence dangereuse pour le travail de l'homme. D'un côté, avec l'organisation politique et sociale actuelle il est impossible qu'il en soit autrement. Les gouvernements et les capitalistes, dispensateurs de la fortune publique, ont eu soin de créer cet amalgame où la fatalité semble jouer le plus grand rôle : de sorte que, pour tout individu qui n'est pas tout à fait dépourvu de bon sens ou de bonne foi, la question se pose claire, incisive, pressante. D'où vient le mal? Tout le monde le sait. Quel est le remède? Tout le monde hésite à se prononcer. A quoi tient cet état de chose? A ce que le plus grand nombre des capitalistes et des théoriciens se sont contentés de signaler les anomalies qui pèsent sur l'existence des travailleurs sans que presque jamais aucun d'eux ait pu trouver le moyen d'arriver à une solution pratique. Et pour quelle cause? Parce que la plupart, pour ne pas dire tous, ont complètement ignoré les premières notions de ce qui constitue un travailleur proprement dit.
Découvrir un système, c'est bien; le mettre en pratique, c'est mieux. Or, tout ce qui a été dit et écrit depuis le premier des économistes jusqu'au dernier, n'a abouti jusqu'à présent qu'à faire entrevoir aux malheureux dépossédés de la terre, un avenir si lointain et si confus, que le découragement s'empare par moments du plus grand nombre.
En voyant l'état d'exploitation et d'asservissement où sont plongées les malheureuses au nom desquelles je parle, l'on se demande si la barbarie de l'état sauvage n'est pas préférable à cette civilisation mensongère et inhumaine dont se vantent avec tant d'orgueil les nations européennes !
Avant 1848, en France, les malheureuses assujetties à cette industrie meurtrière, travaillaient, dans les villes seize heures par jour, à 1 fr. 25 environ. Dans les campagnes où aucune police ne surveillait la cupidité des patrons, elles travaillaient dix-sept heures, et les meilleures ouvrières gagnaient de 18 à 25 fr. par mois. Ce n'est pas tout, pour complaire à son patron, le garde-chiourme de ces bagnes inavoués, ou, si l'on veut, le contremaître, trouvait encore le moyen, par des manoeuvres infernales, de leur voler deux heures par jour, ce qui, tout compte fait, portait la journée à 18 et 19 heures! Et pour pousser l'abomination à son comble, on rencontrait, et on rencontre encore, de jeunes ouvrières de 9, 10 et 11 ans!... Que l'on vienne nous dire encore après cela que nous vivons sous des gouvernements libéraux! Que l'on vienne nous dire encore que les commerçants et les industriels qui accaparent les millions au prix de tant d'atrocités sont d'honnêtes gens! Un homme qui, dans un mouvement de colère, portera à son semblable, un coup pouvant porter atteinte à sa santé ou à sa vie, sera traduit devant les tribunaux, condamné comme un misérable dangereux pour la société, et ce sera justice; et tous ces vampires qui se vautrent dans un luxe insultant, et qui, de propos délibéré, assassinent indirectement des milliers de producteurs, passeraient impunément pour d'honorables citoyens ! Mais alors, logique, où es-tu ?
En 1848, une grève éclata, de justes réclamations se firent entendre, et après quelques jours de lutte, la journée fut réduite de deux heures pour les ouvriers de Lyon. Cette nouvelle condition a duré jusqu'au commencement de juillet 1869, époque à laquelle de nouvelles réclamations ont été adressées aux patrons. Après un mois ou cinq semaines de lutte, la grève s'est terminée par une diminution de travail de deux heures. Bref, on en est arrivé à obtenir de ne travailler que 10 heures par jour. Quant au prix de la journée, il est resté à peu près ce qu'il était avant la grève.
Quelques jours de prison pour les unes, quelques jours de famine pour beaucoup d'autres, tel a été le prix auquel s'est faite cette conquête.
Après avoir vu rapidement l'état de ces malheureuses au point de vue matériel, jetons un coup d'oeil sur le côté moral. Ces forçats féminins, après avoir rempli cette journée de labeur, sont réduits le soir à monter sous les combles des maisons qui leur servent d'ateliers, dans des chenils qui leurs servent de dortoirs. Là, elles trouvent un grabat dont le linge n'est changé que tous les trois mois et le plus souvent tous les six mois. Quant aux accessoires ils ne sont changés ou appropriés que lorsqu'on est obligé de les remplacer complètement. Tous les insectes de la création, pour me servir d'une expression vulgaire, habitent ces lieux infects, de sorte qu'après avoir épuisé leur corps en travaillant toute la journée pour entretenir le luxe des parasites, elles sont obligées de le donner la nuit, en pâture à la vermine !
L'ignorance est encore l'apanage de cette classe de la société. Sur mille, l'on en trouvera quarante environ sachant un peu lire, mais on n'en trouvera peut-être pas dix sachant signer leur nom ! Comment pourrait-il en être autrement, puisque dès l'âge de 8 à 9 ans, des parents aussi stupides qu'elles, les sacrifient déjà comme instruments de production, et les livrent à la merci d'individus sans entrailles qui n'ont pas honte de pratiquer la traite des blancs en plein dix-neuvième siècle ! De là cette pauvreté d'intelligence qui fait bientôt d'elles, des créatures dégradées au moral comme au physique. Ainsi, immoralité faute d'instruction, souffrances physiques par l'excès de travail au-dessous de l'âge voulu, insuffisance de gain comme salaire pour le genre de travail qu'elles font, voilà les causes capitales qui font de ces pauvres créatures le jouet de toutes les passions mauvaises de la société. Une grande partie d'entre elles peuplent les hospices, beaucoup d'autres se font condamner pour infanticide, de sorte que l'on peut considérer les prisons et les hospices comme les asiles de retraite de ces victimes du travail !
Nous ne ferons pas comme ces juges, nommés par le bon plaisir de quelques têtes couronnées. Nous ne dirons pas que pour tel et tel motif nous sommes obligés de jeter un voile sur les griefs que la justice humaine nous force de dénoncer. Nous venons au contraire, avec toute la brutalité des faits, exposer devant les assises du travail tout ce qu'il y a d'horrible, pour ne pas dire plus, dans la position insoutenable qui est faite au plus grand nombre par l'organisation anarchique sous laquelle nous vivons.
Nous voudrions pouvoir faire en sorte que l'indignation qui nous exaspère, s'inoculât immédiatement dans les veines de tous les travailleurs !
Pour remédier au plus tôt à cet état de choses, il ne s'agit pas de savoir si tel système économique est meilleur que tel autre, nous devons nous occuper sérieusement et d'urgence d'organiser, par tous les moyens possibles, un programme qui nous permette de mettre à la disposition d'une corporation quelconque des secours immédiats pour l'aider à secouer le joug de l'exploitation. Presque tous les économistes s'acharnent à trouver la solution complète du système économique social, mais malheureusement presque pas un ne s'occupe de l'organisation matérielle de son système. Cependant nous savons par expérience que le peuple n'a pas toujours le temps d'attendre que les rêveries des penseurs de tous les pays se changent en réalités. La misère et la faim rendent l'homme impatient ou l'abrutissent. Les grandes fortunes rendent l'homme orgueilleux et égoïste, par conséquent nuisible. Trouver la solution de ce problème n'est pas difficile, les autres améliorations viendraient ensuite d'elles-mêmes.
Il me reste un devoir impérieux à remplir: c'est celui d'adresser, au nom de la corporation que je représente, tous les sentiments de reconnaissance fraternelle dont sont animés ses membres envers les généreuses sections de l'Internationale qui ont donné un témoignage si éclatant de leurs sentiments de solidarité.

Lyon, le 3 septembre 1869.
L. Palix


Affaire à suivre… Comme le dit fort justement René, on se croirait dans une enquête policière. Mais c’est passionnant.

Amitiés libertaires.

Hervé
René
 
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Re: QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede René le Mer 3 Avr 2013 18:51

Suite du feuilleton.
Réponse de Claire Auzias


Chers camarades, René et Hervé,
Le premier extrait de texte du congrès est archi-connu, il est de Marx (ou un marxiste proche). Il est cité dans toutes les histoires de l’Internationale marxiste. Je le connaissais.
Le second est évidemment une magnifique trouvaille que je ne connaissais pas, en tout cas je n’en ai plus souvenir, nous avons réalisé cette recherche en 1978 ! pardonnez moi. Je connais bien sûr Palix, mais je pense que je n’ai même pas eu l’idée d’aller chercher de son côté, car dans les rapports de police de la grève, on dit bien que les internationalistes s’activent, mais comme des gradés le feraient à mille lieues des troupes qu’ils s’approprient. En effet, s’il arrive à quelqu’un de lire le livre sur la grève, ceci est très clair.
Mais, en vue de notre réédition, il me faudra au contraire cette fois-ci aller fouiller.

Je ne suis pas surprise de la nature des infos ici présentées. Elles sont exactes sauf une info considérable dans le texte de Marx ou de son affidé : nous avons compté nous-mêmes 2 000 ouvrières grévistes réellement avec leurs noms, adresses des ateliers, etc., et retrouvé grand nombre des actes de naissance pour en faire le portrait social (profession des parents, parcours d’emploi, illettrisme, etc.) et à l’hospice où elles furent effectivement en très grand nombre. Les chiffres ont été gonflés par enthousiasme par les internationalistes en vue de la propagande.

En revanche, je confirme que certaines sections de l’Internationale ont cotisé pour les ovalistes et que cela leur a grandement soutenu le manger et le moral. Elisée Reclus a apporté du fric, quelques autres que j’ai déjà cités, je crois que Bastelica de Marseille a envoyé un salut, et les meilleurs furent les ouvriers de Rouen qui joignirent des saluts fraternels et chaleureux à leurs vaillantes sœurs, sic.
Mais les internationalistes « bakouniniens » ont tous dit aussi qu’ils étaient alors débordés par les grèves partout et n’avaient plus de ressources.

Deux choses que je voudrais ajouter: l’adhésion des ovalistes à l’AIT a duré deux mois (comme en 1936 en France, les adhésions syndicales ont duré trois mois). Il n’en demeure pas moins que les ovalistes sont la première corporation féminine à adhérer, cela est vrai. Dès qu’elles n’ont plus rien eu à attendre de personne, elles ont délaissé ce terrain. et en plus elles étaient licenciées sans boulot pour beaucoup. Elles ont tenté une seconde grève quelques mois plus tard, qui n’a pas marché du tout.
Ce texte de Palix dément mon affirmation selon laquelle les Ovalistes n’ont pas été évoquées à Bâle, et c ‘est tant mieux. J’irai donc dès que possible piocher dans les archives pour augmenter cette source.
Merci donc à René pour ce complément, comme quoi rien ne vaut le travail collectif !
Hélas, dans l’histoire des luttes des ouvrières et des femmes pour leur émancipation, cela ne renverse pas la vapeur. Et c’est très grave, mais je ne sais pas quel est l’objet des recherches de René ni d’Hervé, et je doute que ce soit votre souci.

Baci et on continue !
Claire
René
 
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Re: QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede René le Jeu 4 Avr 2013 11:19

SUITE DU FEUILLETON

J'ai posé 3 questions à Claire :

1. Comment s'est fait la décision de mandater quelqu'un pour les ovalistes à Bâle :
2. Y a-t-il des comptes rendus ou procès verbaux de réunions où la chose s'est déroulée ?
3. Est-ce que Marx a expressément mandaté Rozan ?

Voici sa réponse :

René,
Pour sûr, Marx n'a pas mandaté Rozan. Benoît Malon (si je ne m'abuse) a proposé à Marx d'inviter une femme (anonyme: n'importe laquelle).
« Une femme » à Bâle car, « vu que Proudhon a horreur des femmes, il sera écarté de facto » (1). Ces pots ne sont pas texto, mais c’est le sens ; et ils ne sont pas loin du texte que je cite de mémoire.
Jamais de la vie Marx n'a connu le nom de Philomène Rozan, à aucun moment il ne l'a proposée au congrès. Ces détails en l'intéressaient pas du tout. J'ai lu quand même les comptes rendus des séances de l'AIT à Londres ! La proposition de Marx était antérieure à la grève des Ovalistes (sauf erreur de ma part) et était théorique : « Puisque Proudhon a peur des femmes, invitons une femme pour le faire fuir et gagner la partie du congrès de Bâle. » C'est l'idée exacte et les mots ne sont pas très loin du texte exact.

Il n'y a , à ma connaissance , aucun compte rendu de la façon dont s'est décidé le mandat à Bâle au nom des Ovalistes. Mais, suite à ta trouvaille précédente (2), il faudrait peut-être piocher dans le dossier de surveillance policière de Palix et des internationalistes lyonnais, qui ne se trouvent pas dans le dossier de la grève, pour savoir cela.
A mon avis, il n'y a que les Bakouniniens à Lyon comme internationalistes, pas d'autres à ma connaissance. Lyon est dominée par eux. C'est donc entre eux qu'ils décident de la forme de leur participation à Bâle.

Ce n'est pas avec les ovalistes (je n'ai aucune source à ce sujet), sauf peut-être oralement entre potes, sans formalités. et comme leur soutien à Bakounine et leur conviction sur ce plan est ferme et claire, ce sera un mandat pour Bakounine et jamais de la vie ils n'ont imaginé envoyer une ovaliste plaider sa propre cause. Car le propos des internationalistes était de s'implanter dans le peuple des travailleurs grâce à leurs luttes et non pas que ces travailleurs, ouvriers, etc., s'expriment eux-mêmes : c'est un « âge » du développement de l'Internationale, encore « paternaliste » et qui n'a pas gagné encore ses lettres de noblesse autonomistes et de syndicalisme révolutionnaire, disons pour faire vite. Les prolétaires ne sont pas encore considérés comme adultes et responsables à part entière, les femmes moins que les hommes, en plus.

Je signale que pour connaître les grèves présyndicales de cette époque à la veille de la Commune, il faut lire impérativement le livre de Michelle Perrot, sa thèse, Les ouvriers en gréve, 1864-1880, plus ou moins les dates (3), qui montre le grand écart entre grévistes et organisateurs militants de l'époque. Ce que sont les grèves alors sont des accès de fureur populaire et ouvrière, pas des stratégies d'organisation internationales.

Sur la troisième question, la réponse suit.


Notes de R.B.
(1) Proudhon est mort en 1865.
(2) Celle d’Hervé Trinquier.
(3) Les ouvriers en grève, France 1871-1890 (3 vol.), Michelle Perrot, Éditions de l'École des hautes études en sciences sociale (Note de R.B.)
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Re: QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede René le Jeu 4 Avr 2013 13:48

RECTIFICATIF

Claire me signale que dans le texte précédent il faut remplacer "Proudhon" par "les proudhoniens", naturellement, puisqu'il est mort en 1865.
René
 
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Re: QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede René le Jeu 4 Avr 2013 14:08

COMMENTAIRE DE RENÉ


J’ai fait quelques recherches concernant le Conseil général de l’AIT, l’« affaire Rozan » et les ovalistes.
Je n’ai malheureusement pas les minutes des réunions du Conseil général, mais j’ai trouvé un extrait desdites minutes cité dans un livre (en anglais) de Christine Fauré, Political and Historical Encyclopedia of Women, p. 347, Taylor & Francis [Encyclopédie politique et historique des femmes] :

« Une lettre venant de Lyon fut lue annonçant l’adhésion des Ovalistes de cette ville à l’Association internationale, constituant environ 750 femmes et environ 300 hommes. Une déclaration officielle accompagnait cette lettre, les cotisations sont à payer au congrès à Bâle. Les Ovalistes étant en grève, elles demandaient de l’aide. » (Minutes, 13 juillet 1869, Documents, Vol. 3)


Et plus loin (c’est Christine Fauré qui écrit) :

« Les minutes de la même réunion enregistrent l’adhésion des Ovalistes à l’AIT, et “en ce qui concerne la question d’aide pécuniaire, Mrs Law exprima l’idée qu’il serait souhaitable de communiquer avec Mr Stuart Mill afin de soulever le cas auprès de l’Association pour le suffrage féminin, qui doit se réunir samedi”. Law accepta d’agir en tant que déléguée de l’AIT à la prochaine réunion de l’association féminine et d’y collecter des fonds pour les grévistes de Lyon. “Mrs Law rapporta que la question des Ovalistes de Lyon ne serait pas officiellement soulevée par l’Association pour le suffrage féminin, mais qu’elle aurait reçu des dons privés si elle avait eu un formulaire de souscription. Le Club des femmes à Union Street était d’accord pour collecter des souscriptions si un formulaire avait été distribué.” (Minutes, 20 juillet 1869, Documents, vol. 3.) Elle ajouta que le Club des Femmes de Union Street était prêt à collecter des dons par le moyen d’une liste de signatures. (C’est pendant cette réunion du Conseil général que Marx ouvrit le débat sur la question du droit à l’héritage, soulevant un sérieux échange d’opinions). Pendant la réunion du 27 juillet 1869, Law donna à Eugène Dupont, secrétaire pour la France, la somme de 2 livres, 4 shillings et 6 pence pour les travailleurs de la soie, faisant remarquer que « les dames n’aimaient pas s’identifier aux grèves » [Faisant sans doute allusion à la faible somme recueillie auprès des donatrices : l’équivalent aujourd’hui d’environ 200 euros. R.B.]


Christine Fauré poursuit :

« La question des travailleurs de la soie fut de nouveau soulevée à la réunion du 10 août 1869 : “Des déclaration d’adhésion furent reçues de la société des tapissiers de Lyon, 200 Ovalistes de St. Symphorien d’Ozon (Isère) et une annonce que l’adhésion des Ovalistes de Lyon avait été reçue.” (Minutes, Documents, vol. 3). Sur proposition de Marx, le Conseil général décida d’accorder un mandat spécial (1) [special credentials] à Philomène Rozan, membre de l’Internationale et présidente de la Société des Ovalistes de Lyon. » [« As proposed by Marx, the General Council decided to grant « special credentials » to Philomène Rozan, a member of the International and the president of the Société des Ovalistes de Lyon. »]


J’ai mis « mandat spécial » en italique parce que les mots anglais sont « special credentials », credentials ne signifiant pas à proprement parler « mandat ».
Être mandaté se dit : « to be given a mandate » ou « to be mandated ».
Credential veut dire : « référence », « lettre de recommandation », « certificat », « attestation ».
Good credential = bonnes références.
Special credentials pourraient vouloir dire « pouvoirs spéciaux », « habilitation », « autorisation spéciale ».

Il y a peut-être une explication à tout ça, en fait très simple. On la trouve suggérée dans un livre (en anglais encore !) (2), mais il n’est pas certain que l’explication satisfasse Claire, très remontée contre Marx et sa supposée indifférence envers les femmes en général, et Philomène Rozan en particulier. L’auteur écrit que Marx et Jung, un proche de Marx, ont proposé au Conseil général de donner à Rozan un « mandat spécial » afin de pouvoir assister au congrès de Bâle. C’est donc un « mandat spécial » du Conseil général, et non de la section des ovalistes, ou de la fédération lyonnaise de l’AIT. En fait, ce n’est pas un mandat, c’est une accréditation, ce qui correspond mieux à l’anglais « credentials ». En passant, on voit que contrairement à ce que dit Claire, Marx avait bien entendu parler de Philomène Rozan puisque à en croire les minutes des réunions du Conseil général, c’est lui et Jung qui proposent de l’« accréditer ».
Donc, Marx savait sans doute que Rozan n’avait pas de mandat des Internationaux de Lyon, c’est la raison pour laquelle il propose au Conseil général de l’accréditer pour participer au congrès de Bâle.

C’est ainsi que Nimz écrit :

« D’où sa proposition, soutenue par son partisan Hermann Jung et avec l’accord du CG, que “la présidente Philomène Rozan” du syndicat des travailleurs de la soie de Lyon se voie attribuer une “accréditation spéciale” pour participer au congrès à venir ».


Pourquoi cette préoccupation de Marx ? Parce que, dit August H. Nimz, Marx est très soucieux de mettre en avant, dans l’Internationale, la question de l’émancipation des femmes, et pour cela il veut que des femmes occupent des mandats. Il ne le fait pas pour emmerder Proudhon, qui est de toute façon mort, il le fait peut-être (certainement) pour emmerder les proudhoniens (c’est de bonne guerre), mais il le fait surtout parce que, comme il l’avait écrit en 1844 dans La Sainte Famille, « le degré d’émancipation de la femme est la mesure naturelle de l’émancipation générale » (Pas mal, comme formule…). En fait, quoi qu’en pense Claire, Marx est très soucieux de la question de l’émancipation des femmes et de leur accès à des fonctions de responsabilité dans les organisations ouvrières.
Il y a de nombreux textes de Marx qui confirment sa préoccupation d’intégrer les femmes aux responsabilités dans le « mouvement social », comme on dirait aujourd’hui.
Mais c’est un autre débat…

_________________

NOTES
(1) « Mandat spécial » est le terme qui est donné dans les textes français que j’ai lus sur cette question. (R.B.)
(2) August H. Nimtz, Marx and Engels: their contribution to the democratic breakthrough, page 201. State University of New York Press, 2000.
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Re: QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede René le Lun 8 Avr 2013 11:27

Georges Ribeill écrit dans Socialisme autoritaire ou libertaire, tome I, p. 80, que Bakounine « recevra, sans l’avoir demandé, un mandat de Richard, qu’il remercie dans sa lettre du 15 août »
(Voir ci-dessous)
Bakounine avait séjourné plusieurs années en Italie, juste avant de venir s’installer en Suisse en 1867, et avait pris beaucoup de contacts, notamment à Naples, puisqu’il séjournait dans la région. Il avait même été à l’initiative de la création de plusieurs sections de l’AIT, alors qu’il n’était pas membre. On comprend donc qu’il n’ait eu aucune difficulté à obtenir un mandat des mécaniciens de Naples, où il était très connu.


Lettre de Bakounine à Albert Richard
15 août 1869
Genève
Source: De la guerre à la commune: textes de 1870-1871, éd. par F. Rude, Paris, 1972, p. 453

« Ce 15 Août 1869
« Cher ami – Je te prie de vouloir bien remercier en mon nom la Section Lyonnaise en général et les dames ovalistes en particulier pour l'honneur qu'elles viennent de me faire et pour la marque de sympathie et de confiance qu'elles viennent de me donner - J'accepte avec bonheur leur mandat et je tâcherai de le remplir de mon mieux. - Ecris-moi de suite quels sont les autres membres de la Section de Genève que vous avez nommés, si vous en avez nommé d'autres.
« Il est bon aussi que je reçoive mon mandat, ou au moins la copie de mon mandat dans le plus bref délai possible. - Tu m'apporteras l'original. Et à propos quand penses-tu partir? Il serait bon que nous arrivons à Bâle non le 5, mais le 3 soir. Nous sommes décidés ici de partir de Genève le 3 matin - De cette manière nous aurons le temps de nous entendre avec quelques amis de Belgique qui viendront aussi deux jours avant l'ouverture des séances publiques - Tâche donc de venir aussi en même temps que nous. Et surtout réponds moi-aussitôt.
« Ton M. Bak. »
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Re: QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede acratack le Lun 8 Avr 2013 11:36

Il faut faire gaffe à Claire Auzias qui est une trotskyste infiltré dans le milieu anarchiste et qui est familière avec les magouilles et compagnies. alors du coup la fiabilité de ses thèses poses des questions.
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Re: QUESTION À LA CANTONADE SUR PHILOMÈNE ROZAN

Messagede René le Lun 8 Avr 2013 14:17

Je m'inscris vigoureusement en faux contre l'accusation de "trotskiste" portée contre Claire Auzias.
On peut l'accuser de tout ce qu'on veut, mais pas de ça !!!
Dans ce topic que j'ai ouvert, il s'agit d'essayer de voir plus clair sur un sujet qui a été peu étudié, et que Claire a le mérite justement d'avoir étudié.
Je souhaite vivement qu'on évite, comme cela arrive souvent, qu'un sujet intéressant soit dévoyé parce qu'un ou plusieurs interventants dévient sur des questions personnelles ou polémiques.
Amicalement
René
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