Albert Libertad

Partageons le passé pour mieux inventer l'avenir...

Re: Albert Libertad

Messagede BlackJoker le Lun 28 Juin 2010 19:35

skum a écrit:peut-être as-tu déjà cherché sur le site du CIRA... sinon ben j'ai trouvé un titre d'une fantomatique brochure

Titre : Albert Libertad : son tempérament, ses idées, son œuvre
Type de document : texte imprimé
Auteurs : André LORULOT; LIBERTAD
Editeur : L'Idée libre
Année de publication : ca 1917
Importance : 16 p.
Format : 22 cm
Note générale : Publié à Saint-Etienne ?
Langues : Français (fre)
Catégories : INDIVIDUALISME
Permalink : http://www.cira.ch/catalogue/index.php? ... y&id=10744
Mention de responsabilité : André Lorulot





Apparemment il y a une controverse sur ce type ( Lorulot) et notamment son attitude dans les procès autour du mouv illégaliste avant la guerre. ( puis après lorsqu'il soutiendra les boléchviks dans les années 1920) Enfin c'est ce que j'ai lu ds le livre de Steiner sur les anar individualistes à la belle époque, mais je peux pas confirmer ou pas évidemment. Pour ceux que ça intéresse liez le bouquin. :mrgreen:
BlackJoker
 

Re: Albert Libertad

Messagede filochard le Dim 8 Aoû 2010 14:28

Libertad protestant :

La grève des gestes inutiles
(entre 1905 et 1908)


Chaque jour quelques faits nouveaux réveillent en moi cette obsession de l'ouvrier bâtissant lui-même la prison douloureuse, la cité meurtrière où il s’enfermera, où il respirera le poison et la mort.
Je vois se dresser en face de moi, alors que je cherche à conquérir plus de bonheur, le monstre du prolétariat, l'ouvrier honnête, l'ouvrier prévoyant.
Ce n'est pas le spectre du capital, ni les ventres bourgeois que je trouve sur ma route... c'est la foultitude des travailleurs de la glèbe, de l'usine qui entrave mon chemin...
Il faut bien vivre... Et l'ouvrier trompe, vole, empoisonne, asphyxie, noie, brûle son frère, parce qu'il faut vivre. (...)
Le tigre qui guette sa proie dans la jungle, ou le pélican qui va jeter son bec en l'eau pour happer sa nourriture, luttent contre les autres espèces afin de vivre. Mais ni le poisson, ni l'antilope n'échangent de vains salamalecs avec le tigre et le pélican. Et le tigre et le pélican ne fondent pas des syndicats de solidarité avec l'antilope et le poisson.
Mais cette main que vous serrez a versé l’eau mauvaise, empoisonnée dans le lait que vous avez bu, tout à l'heure, chez la crémière.
Mais cet homme qui étend son corps près du vôtre, dans le même lit, vient de rafraîchir aux halles de la viande corrompue que vous mangerez à midi, au restaurant côtoyant l'usine.
En retour, c'est vous qui avez fabriqué les chaussures en carton dont l'humidité a jeté l'un sur le lit, ou bien vous avez construit le mauvais soulèvement du métro qui s’est écroulé sur la mère de l'autre.
Vous vous côtoyez, vous vous causez, vous vous embrassez, fratricides mutuels, meurtriers de vous-mêmes. Et lorsque sous vos coups redoublés, l’un de vous tombe, vous levez le chapeau et vous accompagnez sa charogne sous la terre, de façon que, même crevé, il continue son rôle d'assassin, d'empoisonneur et qu'il envoie les derniers relents de sa chair putride pour corrompre la jeune chair de ses enfants et des vôtres.
(...) Puisque l'on parle de préparation d'organisation, que l'on impartit pour ce travail préliminaire un délai assez long, voyons s’il ne serait possible, au lieu de l'employer à une limitation fallacieuse de la durée de l'effort journalier, de chercher les rouages faisant double emploi ou complètement inutiles afin de les supprimer ; les forces inemployées ou mal employées afin de les utiliser.
Au lieu de celle limitation qui, dans l'état actuel, comportera tant d’exceptions (et quelquefois en toute raison), décidons de ne plus mettre la main à un travail inutile ou néfaste, à un travail de luxe ridicule ou de contrôle arbitraire.
Que l’homme qui enchâsse le rubis ou qui confectionne la chaînette d'or, pour enrichir (?) le cou de la prostituée "légitime" ou "illégitime" ; que celui qui travaille le marbre ou le bronze afin de recouvrir la charogne de quelque illustre voleur ; que celui ou celle qui, des heures, enfile des perles de verre, pour façonner la couronne hypocrite des regrets conjugaux ou autres ; que ceux dont tout te travail est d’embellir, d'enrichir, d'augmenter, de fabriquer du luxe pour les riches, pour les fainéants, de parer les poupées femelles ou mâles jusqu'à en faire des "reliquaires" ou des châsses, décident de cesser le travail, afin de consacrer leur effort à faire le nécessaire pour eux et les leurs.
Que ceux qui fabriquent le blanc de céruse et les matières empoisonnées ; que ceux qui triturent le beurre, mélangent les vins et les bières, qui rafraîchissent les viandes avancées, qui fabriquent les tissus mélangés, ou les cuirs en carton ; que ceux qui font du faux, du truqué, qui trompent, qui empoisonnent pour "'gagner leur vie", cessent de prêter la main à ce travail imbécile et qui ne peut profiter qu'aux maîtres dont le vol et le crime sont les gagne-pain. (...)
Que tous ceux qui percent du papier, qui contrôlent, qui visent, qui inspectent ; que les bougres que l'on revêt d'une livrée pour faire les chiens inquisiteurs ; que ceux que l’on met aux portes pour vérifier les paquets ou contrôler les billets ; que ceux dont tout l'effort consiste à assurer le bon fonctionnement de la machine humaine et son bon rendement dans les caisses du maître ; que tous ceux-là, dis-je, abandonnent ce rôle imbécile de mouchards et surveillent la valeur de leurs propres gestes.
Que ceux qui fabriquent le coffre-fort, qui frappent la monnaie, qui estampent les billets, qui forgent les grilles, qui tempent les armes, qui fondent les canons, lâchent ce travail de défense de l'Etat et de la fortune, et travaillent à détruire ce qu’ils défendaient. (...)
Or donc, camarades, cessons tous de fabriquer le luxe, de contrôler le travail, de clôturer la propriété, de défendre l'argent, d'être chiens de gardes et travaillons pour notre propre bonheur, pour notre nécessaire, pour notre agréable. Faisons la grève des gestes inutiles.
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Re: Albert Libertad

Messagede filochard le Dim 31 Oct 2010 14:12

Le culte de la charogne...

Introduction à l’édition Galilée 1976
Roger Langlais

Source : http://acontretemps.org/spip.php?article153

Image

L’un d’entre nous fut sollicité, en son temps, pour se livrer, sur épreuves, à une lecture critique de cette « nouvelle édition revue et augmentée » du Culte de la charogne. Il y accéda par sympathie pour le responsable de la collection « Mémoires sociales » d’Agone, dont les titres sont souvent recensés – et loués – dans nos colonnes. Lecture faite, il émit, par écrit, certaines remarques sur les choix opérés par l’éditeur – dont le plus discutable était, à ses yeux, d’avoir écarté de cette réédition le « texte d’introduction, radicalement radical » et les repères biographiques rédigés par Roger Langlais pour l’édition Galilée de 1976 – et il ajoutait : « Si c’est pour faire de la place à la longue et pompeuse présentation d’Alain Accardo, il eût mieux valu réfléchir à deux fois. De mon point de vue, Libertad méritait mieux, en effet, que ces divagations bourdieusiennes pesantes comme pierre tombale et aussi étrangères au feu des mots de l’Incendiaire que la sociologie l’est à la vie – réelle ou rêvée. »

Chacun étant libre de ses choix, chacun les assume comme il veut. Pour notre part, cette « édition revue », n’a qu’un seul intérêt, qui est certes de taille, c’est de remettre en circulation, en nombre augmenté, des textes de Libertad, qui, bénis ou pas par les sociologues bourdieusiens, continuent à sentir la poudre. Pour le reste, l’édition originale de 1976, épuisée depuis longtemps, avait sur la nouvelle le riche avantage d’être plus en phase, y compris dans ses excès, avec la prose du Grand Imprécateur.

Aux lecteurs orphelins, nous offrons donc l’introduction – excessive, mais talentueuse – que Roger Langlais rédigea pour l’occasion.

À contretemps


SI Libertad a fait face, de son vivant, à tant de calomnies, s’il a suscité la haine et la dérision, apanage des esprits les plus libres, ou s’il a été travesti en agitateur « pittoresque » par les chieurs d’encre, c’est sans doute parce que son existence même était intolérable : elle était la négation de l’hébétude, de l’instinct grégaire et de l’attachement à l’état de mort-dans-la-vie que perpétuent, d’une génération à l’autre, ceux-là mêmes que leur adhésion formelle à telle ou telle théorie révolutionnaire serait censée immuniser contre les repoussantes séductions du vieux monde. Mais s’il est scandaleux que Libertad ne soit pas entré dans la mort avant de tomber sous les coups des flics, il est bien plus intolérable encore que loin de se satisfaire d’un misérabilisme de marginal, il ait toujours porté la contradiction au cœur même de l’illusion sociale, dans le domaine réservé aux tenants interchangeables de l’Etat et sa négation spectaculaire :

« Ces soirs-là, une équipe résolue ouvrait les voies à travers le troupeau d’auditeurs, d’électeurs, à travers la pauvre humanité moutonnière, et c’est dans la manière forte que le frère semblait le plus dans son élément. Les tour-d’ivoiristes, les théoriciens de l’Anarchie blâmaient de loin ces procédés grossiers. Sur la route, du reste, se levaient, çà et là, quelques agents provocateurs. L’équipe, déterminée, résolue, sachant ce qu’elle voulait, où elle allait, à une époque où les faits de violence étaient extrêmement rares, et d’autant plus efficaces, arrivait à la tribune.
Bien des fois, dès son apparition dans une salle, les Jaurès, Anatole France, Péquinard, etc., le candidat électoral interrompait son speech et s’empressait d’annoncer au “compagnon Libertad” que la parole lui serait accordée… ! (afin qu’il n’essayât pas de la conquérir de haute lutte !). » [1]]



Si les attaques de Libertad contre l’État, la religion, voire la morale, s’inscrivent dans une certaine tradition libertaire, un ton nouveau apparaît lorsqu’il s’adresse aux prolétaires : « C’est vous, les ouvriers, qui fabriquez la matière vivante et la matière traitée pour vous tuer mutuellement. » [2]] « Les hommes actuels, si avancés soient-ils, réclament deux choses : du travail et de l’argent. Ils ne demandent pas, ils ne prennent pas du pain, des vêtements, des livres, ils veulent du travail, de l’argent. » [3]] Le travail salarié trouve son antidote dans la propagande contre les « gestes inutiles », les « gestes de mort », propagande dont la nécessité se pose aujourd’hui avec une acuité sans précédent, alors que tout ce qui était encore en gestation au début du siècle est devenu la réalité fondamentale du processus de production : le développement absolument autonome de la production, abstraction faite de toute référence à sa qualité et à sa nature, l’extraction de la plus-value et la garantie de la survie étant les seuls éléments déterminants. Les producteurs, conduits à l’abattoir par leurs « organisations ouvrières », abdiquant tout pouvoir sur leur propre existence et acceptant dans l’indifférence de lier leur sort à la prolifération de la marchandise, il n’est pas étonnant que les meilleurs d’entre eux hésitent devant le crime de lèse-majesté : Libertad et ses amis n’étaient pas liés par de tels préjugés, ce que cette vieille ganache de Jean Grave déplorait amèrement :

« Libertad m’envoyait de ses acolytes pour m’acheter des brochures. J’avais refusé de lui en vendre à lui. Mais ses émissaires étaient faciles à reconnaître. Sales, déguenillés, hirsutes et mal peignés. Ne pouvant leur demander des papiers d’identité, je leur délivrais ce qu’ils demandaient.
Pour payer, ils plongeaient leurs mains dans leurs poches, ils les ressortaient pleines de sous, de pièces d’argent et d’or mêlées ensemble. Je suppose que c’étaient des lendemains d’ “opérations fructueuses” ! Il est vrai que le même individu ne revenait jamais deux fois. Il est à supposer qu’il y a souvent des “accidents” dans le métier. » [4]]



Ceci ne peut faire oublier que l’ « individualisme » auquel fut souvent assimilée l’attitude de Libertad relève de la caricature et ne se retrouve ni dans sa vie ni dans ses écrits : « Ceux qui n’ont pas l’appétit des individualistes libéraux ne veulent pas non plus cultiver les paradoxes du “moi” ou de “l’unique” dont la propriété serait de crever de faim… La force nouvelle qui libérera les hommes lorsqu’ils sauront s’en rendre maîtres (…) est faite du courant communiste et du courant individualiste enfin fusionnant l’un et l’autre et trouvant leur aboutissement dans l’anarchisme. » [5]]

Dans le domaine de l’interprétation abusive, Aragon réussit sans peine à être le plus lourdement crapuleux à force de citations tronquées et autres ficelles de littérateur : tout ce qu’il cite de Libertad a beau être vrai, les coupures et insinuations, jointes aux dialogues imaginaires d’un roman, transmutent tout ce qui est vrai en faux et font des Cloches de Bâle un « classique » de la falsification historique.

Bien entendu, il serait parfaitement abusif d’en conclure que Libertad ait à un moment quelconque admis de renoncer à son individualité en la mettant au service d’une quelconque organisation. L’affirmation selon laquelle « bien qu’antisyndicaliste, il appela vers la fin de sa vie les anarchistes à rejoindre les syndicats pour y continuer la lutte » [6]] ne peut que susciter l’hilarité – ou l’indignation : s’il est vraisemblable que Libertad mena un moment son action habituelle en milieu syndical, faut-il en conclure qu’il aurait changé d’attitude ? Au demeurant, son existence fut un peu trop abrégée par la flicaille pour que l’expression « vers la fin de sa vie », qui implique au moins une évolution, ne prenne, dans le cas de Libertad, une saveur assez particulière. Du reste, il suffirait de se référer, par exemple, au témoignage suivant – celui d’une de ses compagnes – pour comprendre à quel point toute activité faisant intervenir le principe de représentation – donc de séparation – était insupportable à Libertad :

« Jamais il ne se crut plus offensé que lorsqu’une délégation de socialistes de son quartier, je crois bien Charles Bernard en tête, était venue lui offrir une candidature de conseiller général dans le 18e arrondissement. Très sérieusement, il demanda à ces hommes quel mal il leur avait fait pour qu’ils se croient obligés de venir en nombre lui apporter pareil affront. » [7]]



Il n’est donc par surprenant qu’entre le refus de l’ordre établi et celui de toute forme d’oppression bureaucratique, Libertad ait pratiqué une critique souvent scandaleuse, car dénuée de toute pitié pour les victimes. Certaines de ses déclarations, si provocatrices soient-elles – sur Courrières, sur la révolte des viticulteurs… – ne font que refléter son désir de secouer l’apathie des prolétaires, de briser leur isolement, de les amener à se constituer en prolétariat conscient : en effet, n’en déplaise aux tenants d’un libéralisme pisseux [8]], toute la question sociale – aujourd’hui comme hier – est en fin de compte une affaire d’armement, le terme étant pris ici dans son acception la plus vaste, et s’appliquant à la trajectoire humaine qui va de la révolte individuelle à la critique collective du vieux monde par les armes. Tandis que les différentes variétés de pacifistes – néo-chrétiens ou militants –, dont l’avant-gardisme se situe dans le domaine de la « lutte anti-impérialiste », brandissent leurs pancartes, les militaires jouent : le potlatch est leur activité quotidienne et la destruction de la marchandise (qui n’a pas besoin d’être consommée au sens guerrier) est aussi celle de la vie des hommes incorporés dans l’armement. Le « gaspillage pour le rang » est fondé non pas sur l’anéantissement du matériel humain, mais sur l’anéantissement du travail humain. Précisons, au passage, que les considérations humanitaires, l’ « opinion » chère aux staliniens et autres croyants, ne peuvent ici être prises en considération : il est temps que quelques-uns au moins soient persuadés que le sort réservé à chacun est pire que tout ce que l’humanité a connu jusqu’ici, si les circonstances l’exigent. Le capitalisme mondial n’est pas mû par un sadisme quelconque, mais par les simples impératifs de sa survie et de son développement illimité : les dizaines de cobayes humains de Cincinnati, cancéreux exposés à titre expérimental à des radiations atomiques sous l’autorité du ministère de la Défense américaine, n’étaient, parmi d’autres, que des objets. Aujourd’hui, il ne s’agit plus que de retourner la marchandise militaire contre ceux qui président à sa production. Ce retournement ne peut avoir lieu que si l’utilisation de l’armement par les ennemis du vieux monde, et d’abord l’approche de celle-ci, est révolutionnaire. L’utilisation par les révolutionnaires de la marchandise militaire est déjà sa négation, et cette négation apparaît à tous les stades du développement historique. L’exemple de l’Espagne, après celui de la Commune, indique assez la place et le rôle de l’armement : l’illusion d’être armé rejoint l’illusion de posséder les moyens de production. L’issue est la même : la mort des révolutionnaires.

Les pièges tendus à ceux qui sont décidés à en finir avec l’actuelle organisation sociale sont multiples, et infiniment plus subtils que ceux qui attendaient les révolutionnaires des siècles passés ; à mesure que le but et la possibilité concrète d’accomplir le saut qualitatif indispensable se rapprochent, les obstacles se multiplient (le « gauchisme » n’en a été que l’aspect le plus évident). Cependant, l’échec est de moins en moins tolérable. La Commune est morte, selon le mot de Marx, de sa bonhomie, alors que tout était encore relativement simple. Les révolutionnaires modernes ne peuvent se permettre de tomber dans les mêmes pièges : tout échec du mouvement révolutionnaire dans l’avenir, et surtout sur le plan de l’action armée, signifiera beaucoup plus qu’un échec politique, parce que nul ne prendra les armes pour la vieille politique, mais seulement pour la subversion illimitée du vieux monde. « La fin réelle absolue de l’acte de guerre », comme dit Clausewitz, c’est-à-dire la défaite de l’ennemi, doit être définie par les révolutionnaires. C’est même sans doute leur tâche essentielle, et elle sera d’autant plus difficile qu’il n’est pas besoin de pratiquer la politique-fiction pour savoir que l’ennemi sera toujours prêt à renaître au sein même du mouvement révolutionnaire. Le cynisme de Libertad ne visait que l’honnêteté de ceux qui remettent leur sort aux mains de dirigeants : « Les ouvriers honnêtes ne pillent pas les armureries, ils se terrent habituellement ; leur révolte consiste à aller voter pour le député socialiste et à payer leurs cotisations syndicales, et quand ils se fâchent, ils ont la poitrine à l’air, comme là-bas en Russie, devant les balles des soldats. » [9]]



Rejet du passé, rejet des germes de mort ou de putréfaction qui empoisonnent déjà le futur, sont indissolublement liés : tel est le sens de la haine que porte Libertad au « culte de la charogne », dont toute la vie quotidienne subit l’envahissement : « Les morts nous dirigent ; les morts nous commandent, les morts prennent la place des vivants. » Jamais peut-être l’essence morbide de la démocratie, dans ses manifestations apparemment les plus disparates, n’a été perçue avec une telle lucidité. Il est d’ailleurs superflu d’insister sur le caractère prémonitoire de cette vision : il suffit de considérer le fascisme, putréfaction ultime de la démocratie, le stalinisme triomphant, construit sur des millions de charognes – celles des « héros » et celles des « traîtres » – ou l’idéologie du martyr partagée par la plupart des mouvements qui prétendent s’opposer à la bureaucratie comme au capitalisme et pour lesquels, dans le meilleur des cas, la vie n’est que l’espoir de vivre.

« Par-dessus tous mes désirs, j’ai celui de vous voir secouer votre résignation, dans un réveil terrible de Vie. Il n’y a pas de Paradis perdu, il n’y a pas d’avenir, il n’y a que le présent. » Cette affirmation de l’éternel présent est peut-être, chez Libertad, la plus riche en perspectives. Loin d’être une négation de l’histoire, elle annonce la généralisation de la vie historique à l’ensemble de la société ; elle constitue le cadre d’une action collective sans contrainte dans laquelle chacun remet perpétuellement en jeu sa propre existence. Quoi que l’on puisse penser de leur attitude suicidaire, qui facilita le triomphe de la société, c’est ainsi que vécurent – et moururent – Bonnot et ses amis, ceux qu’André Colomer appela « les hardis joueurs de leur vie… les éternels joueurs de leur pensée ».



Si l’on éprouve quelque réticence à l’égard des jugements qui précèdent, ou si l’on estime qu’ils demandent à être tempérés, deux exemples dévoileront la vraie nature de la société contre laquelle se dressèrent les compagnons de L’Anarchie. Le premier concerne une étonnante manifestation du culte de la charogne pratiqué par les nécrophiles chrétiens à l’époque et dans la ville même où Joseph Albert devint Libertad :

« Les restes précieux de Marie-Céline avait été déposés dans le cimetière commun de Talence et l’humble carré de terre qui les renfermait devint bientôt le centre d’un vrai pèlerinage… D’insignes faveurs attribuées à l’intervention de la sainte clarisse semblaient affirmer sa gloire et son crédit auprès de Dieu… Ce fut alors que nous conçûmes le projet de retirer le cercueil de Marie-Céline du cimetière commun pour le placer dans un terrain de concession, où il serait plus facile d’en garantir l’authenticité.
Ce fut le 24 décembre 1898, à 9 heures du matin, qu’eut lieu la double cérémonie de l’exhumation et de la translation.
Une trentaine de personnes en furent témoins. Parmi elles se trouvait Mme Cousseau, une grande amie du monastère, guérie, dans le courant de l’année, par Marie-Céline, d’une cruelle synovite et qui allait être encore particulièrement favorisée en cette journée bénie… Ce fut un moment de grande émotion lorsque le cercueil fut sorti de la fosse et déposé aux pieds des assistants qui tombèrent à genoux pour le baiser respectueusement… En baisant ce bois béni, M. Daniel Tardieu, notre représentant, sentit deux fois des émanations de verveine… Les religieuses de Marie-Joseph présentes sentirent d’une façon très prononcée de suaves parfums d’encens. Il n’y avait cependant au cimetière ni encens, ni encensoir. Quant à Mme Cousseau, elle affirma qu’en baisant le cercueil, il lui avait semblé mettre la tête dans un brasier de parfums ! Ces parfums s’exhalaient doux et suaves comme ceux qu’on brûle le Jeudi-Saint. » [10]]

Au sortir de cette scène idyllique, il convient de s’attarder sur les anecdotes qui suivent, relatées avec une délectation de charognard par un rejeton de la grande bourgeoisie :

« Après l’exécution de Pranzini [le 31 août 1887], et dès que les formalités légales eurent été accomplies, son corps fut réclamé par un représentant de la Faculté de Médecine et, selon l’usage, transporté à l’Ecole Pratique d’Anatomie. (…) Le lendemain de l’exécution, M. Goron, sous-chef de la Sûreté, avait demandé à l’un de ses inspecteurs les plus habiles, le nommé Rossignol, de lui procurer un souvenir matériel de l’assassin de la rue Montaigne. Rossignol, en effet, était un spécialiste en ce genre de bibelots et collaborait utilement à la constitution d’un musée criminel qu’organisait un haut fonctionnaire de la Préfecture de Police. Rossignol se fit fort de satisfaire le désir que lui avait exprimé son chef. Le jour même, il s’abouchait avec le garçon de laboratoire du professeur Poirier [11]], un nommé Godinet, dit Chausson, (qui) consentit, moyennant un louis, à remettre à l’inspecteur Rossignol de la peau de Pranzini, de quoi faire deux ou trois porte-cartes. Toutefois, comme un élève avait prélevé le meilleur morceau, la partie la plus fine, Chausson ne put donner à Rossignol qu’un morceau de la poitrine. Le policier put néanmoins obtenir de ce fragment tégumentaire deux porte-cartes d’une parfaite élégance, et, quinze jours plus tard, il offrait l’un à M. Goron, et l’autre à M. Taylor. Ces messieurs acceptèrent leur souvenir sans grand enthousiasme et le dissimulèrent dans le tiroir de leur bureau, tandis que le jeune étudiant montrait volontiers son portefeuille à ses intimes, qui l’admirèrent pour la finesse du grain et sa couleur d’un beige tendre [12]].
(…) L’affaire n’avait certes pas la gravité que certains voulaient lui accorder. Plus d’une fois, de la peau humaine, prélevée dans les salles de dissection de l’Ecole Pratique, avait servi à faire des reliures… et personne ne s’en était ému…
(…) Paul Poirier avait été nommé professeur d’anatomie à la Faculté de Médecine, quand une autre mésaventure, d’ordre criminel, apporta quelque trouble dans le laboratoire du maître (…).
C’était en 1894. L’on avait transporté à la Faculté de Médecine le corps d’un anarchiste, Emile Henry, émule du célèbre Ravachol, exécuté le matin même sur la place de la Roquette. Le professeur Poirier le réclama pour son laboratoire, comme il s’était réservé le cadavre de Pranzini, quelques années auparavant. Sur-le-champ, je fus, ainsi que mes trois camarades, chargé de prélever sur le macchabée des fragments anatomiques de toutes sortes, destinés à des dissections et à des préparations, qui devaient enrichir le musée de la Faculté.
Depuis deux bonnes heures, nous étions occupés à ce travail d’un genre assez particulier, quand un coup de téléphone vint déranger le “Patron”. La Préfecture de Police l’informait que la famille du supplicié avait réclamé son corps et qu’il convenait de le renvoyer immédiatement à la Morgue, où l’on devait le mettre en bière.
Poirier s’était précipité dans le laboratoire où nous étions en train de travailler : “Halte, mes enfants ! dit-il de sa voix de commandement, il faut rendre Henry à sa famille !” Et il nous donna l’ordre de réparer tous les dégâts que nous avions commis, en nous procurant sur d’autres cadavres ce qui manquait déjà au corps de l’anarchiste. Pendant deux heures, nous dûmes nous livrer à un véritable travail de stoppage, afin de faire disparaître les ravages que nous avions commis avec nos scalpels. C’est ainsi que nous rendîmes à sa famille le corps d’Henry, ravaudé de façon si brillante que personne ne put se douter des outrages qu’il avait subis. Sic itur ad astra ! » [13]]

Telle était cette société, telle elle demeurera tant que Dieu et l’Etat y exerceront leur domination.

Roger Langlais

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NOTES

[1] [J. Tournebroche, L’Anarchie, n° 16, janvier 1927.

[2] [« Fratricide », L’Anarchie, n° 65, 5 juillet 1906.

[3] [« La journée de huit heures », L’Anarchie, 1905.

[4] [J. Grave, Le Mouvement libertaire sous la Troisième République, Paris, 1930.

[5] [« L’individualisme », L’Anarchie, n° 146, 23 janvier 1908.

[6] [Y. Blondeau, Le Syndicat des correcteurs de Paris et de la région parisienne, Paris, 1973.

[7] [J. Morand, La Revue anarchiste, n° 17, mai-juin 1923.

[8] [À cet égard, on pouvait croire, avec la pompidolisme, avoir atteint le fond de la poubelle. On constate aujourd’hui qu’il y avait encore autre chose en dessous.

[9] [« Les émeutes à Limoges », L’Anarchie, n° 2, 20 avril 1905.

[10] [Prodiges et faveurs attribués à l’intercession de la servante de Dieu sœur Marie-Céline de la Présentation, vierge clarisse morte en odeur de sainteté à l’âge de dix-neuf ans au monastère de l’Ave-Maria de Bordeaux-Talence, 1923.

[11] [Ce Poirier avait organisé pour l’Ecole Pratique d’Anatomie un musée anatomique qui comportait une collection de tatouages prélevés sur les cadavres destinés à l’enseignement des élèves.

[12] [Les passages soulignés le sont dans le texte.

[13] [André Pascal [Henry de Rothschild], Pranzini. Le crime de la rue Montaigne, Paris, 1933.
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Re: Albert Libertad

Messagede filochard le Dim 31 Oct 2010 14:29

C'est la fête !

Le culte de la charogne

par Albert Libertad (1907)

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Dans un désir de vie éternelle, les hommes ont considéré la mort comme un passage, comme une étape douloureuse, et il se sont inclinés devant son “mystère” jusqu’à la vénérer.

Avant même que les hommes sachent travailler la pierre, le marbre, le fer pour abriter les vivants, ils savaient façonner ces matières pour honorer les morts.

Les églises et les cloîtres, sous leurs absides et dans leurs chœurs, enserraient richement les tombeaux, alors que, contre leurs flancs, venaient s’écraser de pauvres chaumières, protégeant misérablement les vivants.

Le culte des morts a, dès les premières heures, entravé la marche en avant des hommes. Il est le “péché originel”, le poids mort, le boulet qui traîne l’humanité.

Contre la voix de la vie universelle, toujours en évolution, a tonné la voix de la mort, la voix des morts.

Jéhovah, qui il y a des milliers d’années l’imagination d’un Moïse fit surgir du Sinaï, dicte encore ses lois; Jésus de Nazareth, mort depuis près de vingt siècles, prêche encore sa morale; Bouddha, Confucius, Lao-tseu, font régner encore leur Sagesse. Et combien d’autres !

Nous portons la lourde responsabilité de nos aïeux, nous en avons les “tares” et les “qualités”.

Ainsi, en France, nous sommes les fils des Gaulois, quoique nous soyons français de par les Francs et de race latine lorsqu’il s’agit de la haine séculaire contre les Germains. Chacune de ces hérédités nous donne des devoirs : Nous sommes les fils aînés de l’Église de par la volonté d’on ne sait quels morts et aussi les petits-fils de la grande Révolution. Nous sommes les citoyens de la troisième République et nous sommes aussi voués au Sacré Cœur de Jésus. Nous naissons catholiques ou protestants, républicains ou royalistes, riches ou pauvres. Nous sommes toujours de par les morts, nous ne sommes jamais nous. Nos yeux, placés au sommet du corps, regardant devant eux, ont beau nous diriger en avant, c’est toujours vers le sol où reposent les morts, vers le passé où ont vécu les morts, que notre éducation nous permet de les diriger.

Nos aïeux…, le Passé…, les Morts…

Les peuples ont péri de ce triple respect.

La Chine est encore à la même étape qu’il y a des milliers d’années parce qu’elle a conservée aux morts la première place au foyer.

Le mort n’est pas seulement un germe de corruption par suite de la désagrégation chimique de son corps, empoisonnant l’atmosphère. Il l’est davantage par la consécration du passé, l’immobilisation de l’idée à un stade de l’évolution. Vivant, sa pensée aurait évolué, aurait été plus avant. Mort, elle se cristallise. Or, c’est ce moment précis que les vivants choisissent pour l’admirer, pour le sanctifier, pour le déifier.

De l’un à l’autre, dans la famille, se communiquent les us et coutumes, les erreurs ancestrales. On croit au Dieu de ses pères, on respecte la patrie de ses aïeux… Que ne respecte-t-on leur mode d’éclairage, de vêture ?

Oui, il se produit ce fait étrange qu’alors que l’enveloppe, que l’économie usuelle s’améliore, se change, se différencie, qu’alors que tout meurt et tout se transforme, les hommes, l’esprit des hommes, restent dans le même servage, se momifient dans les mêmes erreurs.

Au siècle de l’Électricité, comme au siècle de la Torche, l’homme croit encore au Paradis de demain, aux Dieux de vengeance et de pardon, aux enfers et aux Walhalla afin de respecter les idées de ses ancêtres.

Les morts nous dirigent; les morts nous commandent, les morts prennent la place des vivants.

Toutes nos fêtes, toutes nos glorifications sont des anniversaires de morts et de massacres. On fait la Toussaint, pour glorifier les saints de l’Église; la fête des trépassés pour n’oublier aucun mort. Les morts s’en vont à l’Olympe ou au Paradis, à la droite de Jupiter ou de Dieu. Ils emplissent l’espace “matériel” par leurs cortèges, leurs expositions et leurs cimetières. Si la nature ne se chargeait elle-même de désassimiler leurs corps, et de disperser leurs cendres, les vivants ne sauraient maintenant où placer les pieds dans la vaste nécropole que serait la terre.

La mémoire des morts, de leurs faits et gestes, obstrue le cerveau des enfants. On ne leur parle que des morts, on ne doit leur parler que de cela. On les fait vivre dans le domaine de l’irréel et du passé. Il ne faut pas qu’ils sachent rien du présent.
Si la Laïque a lâché l’histoire de Monsieur Noé ou celle de Monsieur Moïse, elle l’a remplacé par celle de Charlemagne ou celle de Monsieur Capet. Les enfants savent la date de la mort de Madame Frédégonde, mais ignorent la moindre des notions d’hygiène. Telles jeunes filles de quinze ans savent qu’en Espagne, une Madame Isabelle resta pendant tout un long siècle avec la même chemise, mais sont étrangement bouleversées lorsque viennent leurs menstrues.

Telles femmes qui pourraient réciter la chronologie des rois de France sur le bout des doigts, sans une erreur de date, ne savent pas quels soins donner à l’enfant qui jette son premier cri de vie.

Alors qu’on laisse la jeune fille près de celui qui meurt, qui agonise, on l’écartera avec un très grand soin de celle dont le ventre va s’ouvrir à la vie.

Les morts obstruent les villes, les rues, les places. On les rencontre en marbre, en pierre, en bronze; telle inscription nous dit leur naissance et telle plaque nous indique leur demeure. Les places portent leurs titres ou celui de leurs exploits. Le nom de la rue n’indique pas sa position, sa forme, son altitude, sa place. Il parle de Magenta ou de Solférino, un exploit des morts où on tua beaucoup; il vous rappelle saint Eleuthère ou le chevalier de la Barre, des hommes dont la seule qualité fut d’ailleurs de mourir.

Dans la vie économique, ce sont encore les morts qui tracent la vie de chacun. L’un voit sa vie toute obscurcie du “crime” de son père; l’autre est tout auréolé de gloire par le génie, l’audace de ses aïeux. Tel naît un rustre avec l’esprit le plus distingué, tel naît un noble avec l’esprit le plus grossier. On n’est rien par soi, on est tout par ses aïeux.

Et pourtant, aux yeux de la critique scientifique, qu’est-ce que la mort ? Ce respect des disparus, ce culte de la décrépitude, par quels arguments peut-on les justifier ? C’est ce que peu de gens se sont demandé, et c’est pourquoi la question n’est pas résolue.

Ne voyons-nous pas, au centre des villes, de grands espaces que les vivants entretiennent pieusement : ce sont les cimetières, les jardins des morts.

Les vivants se plaisent à enfouir, tout près des berceaux de leurs enfants, des amas de chair en décomposition, de la charogne, les éléments nutritifs de toutes les maladies, le champ de culture de toutes les infections. Ils consacrent de grands espaces plantés d’arbre magnifiques, pour y déposer un corps typhoïdique, pestilentiel, charbonneux, à un ou deux mètres de profondeur; et le virus infectieux, au bout de quelques jours, se baladent dans la ville, cherchant d’autres victimes.

Les hommes qui n’ont aucun respect pour leur organisme vivant, qu’ils épuisent, qu’ils empoisonnent, qu’ils risquent, prennent tout à coup un respect comique pour leur dépouille mortelle, alors qu’il faudrait s’en débarrasser au plus vite, la mettre sous la forme la moins encombrante et la plus utilisable.

Le culte des morts est une des plus grossières aberrations des vivants. C’est un reste des religions prometteuses de paradis. Il faut préparer aux morts la visite de l’au-delà, leur mettre des armes pour qu’il puissent prendre part aux chasses du Velléda, quelques nourriture pour leur voyage, leur donner le suprême viatique, enfin les préparer à se présenter devant Dieu. Les religions s’en vont, mais leurs formulent ridicules demeurent. Les morts prennent la place des vivants.

Des nuées d’ouvriers, d’ouvrières emploient leurs aptitudes, leur énergie à entretenir le culte des morts. Des hommes creusent le sol, taillent la pierre et le marbre, forgent des grilles, préparent à eux tous une maison, afin d’y enfouir respectueusement la charogne syphilitique qui vient de mourir.

Des femmes tissent le linceul, font des fleurs artificielles, préparent les couronnes, façonnent les bouquets pour orner la maison où se reposera l’amas en décomposition du tuberculeux qui vient de finir. Au lieu de se hâter de faire disparaître ces foyers de corruption, d’employer toute la vélocité et toute l’hygiène possible à détruire ces centres mauvais dont la conservation et l’entretient ne peuvent que porter la mort autour de soi, on truque pour les conserver le plus longtemps qu’il se peut, on balade ces tas de chair en wagons spéciaux, en corbillards, par les routes et par les rues. Sur leur passage, les hommes se découvrent, ils respectent la mort.

Pour entretenir le culte des morts, la somme d’efforts, la somme de matière que dépense l’humanité est inconcevable. Si l’on employait toutes ces forces à recevoir les enfants, on en préserverait de la maladie et de la mort des milliers et des milliers.

Si cet imbécile respect des morts disparaissait pour faire place au respect des vivants, on augmenterait la vie humaine de bonheur et de santé dans des proportions inimaginables.

Les hommes acceptent l’hypocrisie des “nécrophages”, de ceux qui “mangent les morts”, de ceux qui vivent de la mort, depuis le curé donneur d’eau bénite, jusqu’au marchand d’emplacement à perpétuité; depuis le marchand de couronnes, jusqu’au sculpteur d’anges mortuaires. Avec des boîtes ridicules que conduisent et qu’accompagnent des sortes de pantins grotesques, on procède à l’enlèvement de ces détritus humains et à leur répartition selon leur état de fortune, alors qu’il suffirait d’un bon service de roulage, de voiture hermétiquement closes et d’un four crématoire, construit selon les dernières découvertes scientifiques.

Je ne me préoccuperai pas de l’emploi des cendres, quoiqu’il me paraîtrait plus intéressant de s’en servir d’humus que de les balader en de petites boîtes. Les hommes se plaignent du travail et ils ne veulent pas simplifier les gestes trop compliqués en presque toutes les occasions de leur existence, et même pas supprimer ceux qu’ils font pour l’imbécile autant que dangereuse conservation de leurs cadavres. Les anarchistes respectent trop les vivants pour respecter les morts.

Souhaitons un jour où ce culte désuet sera devenu un service de voirie, mais où, par contre, les vivants connaîtront la vie dans toutes ses manifestations.

Nous l’avons dit, c’est parce que les hommes sont des ignorants qu’ils entourent de singeries culturelles un phénomène aussi simple que celui de la Mort.

Notons d’ailleurs qu’il ne s’agit que de la Mort humaine, la mort des autres animaux et celle des végétaux n’est pas l’occasion de semblables manifestations. Pourquoi ?

Les premiers hommes, brutes à peine évoluées, dénuées de toutes connaissances, enfouissaient avec le mort son épouse vivante, ses armes, ses meubles, ses bijoux. D’autres faisaient comparaître le “macchabée” devant un tribunal pour lui demander compte de sa vie. De tout temps, les humains ont méconnu la véritable signification de la mort.

Pourtant, dans la nature, tout ce qui vit meurt. Tout organisme vivant périclite lorsque pour un raison ou pour une autre l’équilibre est rompu entre ses différentes fonctions. On détermine très scientifiquement les causes de mort, les ravages de la maladie ou de l’accident qui a produit la mort de l’individu.

Au point de vue humain, il y a donc mort, disparition de la vie, c’est-à-dire cessation d’une certaine activité sous une certaine forme.

Mais au point de vue général, la mort n’existe pas. Il n’y a que de la vie. Après ce que nous appelons mort, les phénomènes de transformisme continuent. L’oxygène, l’hydrogène, les gaz, les minéraux s’en vont sous des formes diverses s’associer en des combinaisons nouvelles et contribuer à l’existence d’autres organismes vivants. Il n’y a pas mort, il y a circulation des corps, modification dans les aspects de la matière et de l’énergie, continuation incessante dans le temps et dans l’espace de la vie et l’activité universelles.

Un mort c’est un corps rendu à la circulation, sous sa triple forme : solide, liquide, gazeuse. Cela n’est pas autre chose et nous devons le considérer et le traiter comme tel.

Il est évident que ces conceptions positives et scientifiques ne laissent pas place aux spéculations pleurnichardes sur l’âme, l’au-delà, le néant.

Mais nous savons que toutes les religions prêcheuses de “vie future” et de “monde meilleur” ont pour but de susciter la résignation chez ceux que l’on dépouille et que l’on exploite.

Plutôt que de nous agenouiller auprès des cadavres, il convient d’organiser la vie sur des bases meilleures pour en retirer un maximum de joie et de bien être.

Les gens s’indigneront de nos théories et de notre dédain; pure hypocrisie de leur part. Le culte des morts n’est qu’un outrage à la douleur vraie. Le fait d’entretenir un petit jardin, de se vêtir de noir, de porter une crêpe ne prouve pas la sincérité du chagrin. Ce dernier doit d’ailleurs disparaître, les individus doivent réagir devant l’irrévocabilité de la mort. On doit lutter contre la souffrance au lieu de l’exhiber, de la promener dans des cavalcades grotesques et des congratulations mensongères.

Tel qui suit respectueusement un corbillard s’acharnait la veille à affamer le défunt, tel autre se lamente derrière un cadavre, mais n’a rien fait pour lui venir en aide, alors qu’il était peut-être encore temps de lui sauver la vie. Chaque jour la société Capitaliste sème la mort, par sa mauvaise organisation, par la misère qu’elle crée, par le manque d’hygiène, les privations et l’ignorance dont souffrent les individus. En soutenant une telle société, les hommes sont donc la cause de leur propre souffrance et au lieu de gémir devant le “destin”, ils feraient mieux de travailler à améliorer les conditions d’existence pour laisser à la vie humaine son maximum de développement et d’intensité.

Comment pourrait-on connaître la vie alors que les morts seuls nous dirigent ?

Comment vivrait-on le présent sous la tutelle du passé ?

Si les hommes veulent vivre, qu’ils n’aient plus le respect des morts, qu’ils abandonnent le culte de la charogne. Les morts barrent aux vivants la route du progrès.

Il faut jeter bas les pyramides, les tumulus, les tombeaux; il faut laisser la charrue dans le clos des cimetières afin de débarrasser l’humanité de ce qu’on appelle le respect des morts, de ce qui est le culte de la charogne.


Le culte de la charogne, Paris, Galilée, 1976, pp. 45-52.

Source : http://raumgegenzement.blogsport.de/201 ... ogne-1907/


- " Libertad, l’écorché vif " par Christophe Patillon
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Re: Albert Libertad

Messagede vroum le Ven 9 Aoû 2013 23:00

Pas demain, aujourd’hui ! – Les exigences d’un Albert Libertad

http://fa86.noblogs.org/?p=9593

Pourquoi l’anarchiste Albert Libertad a-t-il toujours été traîné dans la boue, de son vivant comme par la suite ; pourquoi a-t-il attiré autant de haine et de mépris, y compris de la part de libertaires et d’autres révolutionnaires ? Pourquoi tant d’historiens du mouvement anarchiste ont-ils tenté de le virer de leurs récits, de le réduire à un agitateur pittoresque, voire à un provocateur, ne comprenant pas trop de quoi il parlait ? Les réponses à ces questions sont à la portée de quiconque veut prendre la peine de se plonger un peu dans sa vie, ses activités et ses écrits.

Libertad était de ces anarchistes qui n’économisaient pas leurs flèches. Il ne visait pas seulement les maîtres, mais pointait aussi la résignation des esclaves, la soumission du prolétariat, et les faux critiques qui prêchent la Révolution de demain en échange de l’attente et de l’acceptation de la misère d’aujourd’hui. Il était un caillou dans les chaussures des juges et des riches, contre lesquels il fulminait sans merci, mais aussi des foules qui ont une fâcheuse tendance à toujours suivre. Tirer sur les bergers ne l’empêchait pas de jeter à la face du troupeau la responsabilité de l’existence moutonnière.

Image

Rien d’étonnant à ce que ce miteux vagabond de Libertad, arrivé à Paris sur ses béquilles, se fasse vite une réputation de chamailleur et de bagarreur, dont les mots étaient aussi craints que les cannes. Il saisissait chaque occasion pour affirmer ce qu’il avait à dire : au milieu d’une messe à la cathédrale, lors d’une réunion des socialistes, chez le boulanger, face à son propriétaire, dans la rue.

Mais ne nous précipitons pas à travers sa vie, et prenons plutôt le temps d’une rencontre avec notre Libertad, par-delà les frontières du temps et de l’espace. Ne fût-ce que parce qu’il est des fils parcourant l’histoire qui nous donnent le sentiment de nous y reconnaître, qui renouent avec le passé, avec lesquels on peut dialoguer et, comme c’est sans aucun doute le cas avec Libertad, qui peuvent encore donner un beau coup de pied dans ce qui s’est encroûté ou pétrifié.

« Je ne veux pas échanger une partie d’aujourd’hui pour une partie fictive de demain, je ne veux rien lâcher du présent pour le vent du futur. »

La résignation va presque toujours de pair avec une sorte de promesse d’avenir. Demain ça ira mieux, demain quelque chose changera, demain sera différent. Entre temps, la machine continue de tourner, dévore la vie, et demain reste toujours demain. Chaque compromis au quotidien, chaque petite concession, chaque suicide partiel broie, comme le décrit Libertad, une partie de notre confiance en nous, de notre individualité, de notre volonté de vivre en cohérence avec nos idées. Libertad réduit en miettes tous ceux qui s’emploient à inventer des raisons pour justifier le sursis de la vie ; et il s’acharne plus durement encore contre ceux qui enrobent leur retraite de phrases révolutionnaires.

Le défi qu’il lance à la vie, son exigence, c’est celle de l’immédiat, du tout ici et maintenant. Et pas juste à propos de quelques aspects de la vie, mais bien de chaque expérience, de chaque sentiment, de toute joie et plaisir. Il ne s’agit pas de subsister en attendant le règne de l’abondance, mais de manger, ici et maintenant, manger ce qu’il y a de meilleur. Il ne s’agit pas de s’entasser dans un taudis, mais d’habiter dans une maison, et dans la plus belle qui soit. Il ne s’agit pas de refréner ses désirs sexuels et de les limiter au mariage ou à un seul partenaire pour toujours, mais d’engager, quitte à ce qu’elles se rompent, des relations amoureuses de réciprocité, non pas pour assouvir quelque besoin naturel, mais pour jouir abondamment de tout baiser, de toute caresse, de toute câlinerie.

Irréaliste ! Utopique ! Rêverie ! crie le troupeau en chœur. Certes. Exagérés, excessifs, exigeants, passionnels, voilà les désirs de Libertad. De là part sa révolte. Il ne se satisfait d’aucun placebo – quand la société d’aujourd’hui repose sur leur distribution –, et se confronte ainsi directement aux murs des institutions, aux chaînes de l’exploitation, à la résignation de ses semblables, aux habitudes et aux traditions. L’exigence de l’immédiat fait de chaque aspect de la vie un champ de bataille où il faut en découdre ; où seule la révolte permet d’ouvrir une brèche. Et qu’apporte une telle révolte, demanderont de manière accusatoire les réalistes ? « La joie du résultat est déjà dans la joie de l’effort. Celui qui fait les premiers pas dans un sens qu’il a toute raison de croire bon, arrive déjà au but, c’est-à-dire qu’il a la récompense immédiate de ce labeur. » Le but de la révolte n’est pas séparé des moyens qu’elle se donne, ils sont étroitement imbriqués.

Alors, quoi de surprenant à ce que la révolte de Libertad se serve de toutes les armes et jette par-dessus bord tout légalisme ? Quoi d’étonnant si ceux qui veulent manger ici et maintenant à leur goût, l’arrachent au commerçant qui en a fait une marchandise ? De même, la diffusion du journal l’anarchie, dont Libertad était une des forces motrices, allait de pair avec la diffusion de différents illégalismes (du vol à l’escroquerie en passant par le faux-monnayage) chez les anarchistes ; tandis que s’opérait d’autre part un rapprochement entre la canaille dont grouillait Paris et des cercles anarchistes. Après la mort de Libertad, ce sont de cercles autour de l’anarchie que surgiront « les illégalistes », qui se consacreront à aller piller, les armes à la main, les coffres-forts des banques.

« Qu’importent les gestes mauvais, les gestes inutiles, les gestes empoisonneurs ? Il faut vivre. Or travailler, c’est empoisonner, piller, voler, mentir aux autres hommes. Travailler, c’est mélanger de la fuscine aux boissons, fabriquer des canons, abattre et débiter en tranches de la viande empoisonnée. Travailler, c’est cela pour la viande veule qui nous entoure, cette viande qu’il faudrait abattre et pousser à l’égout. »

Combien de révolutionnaires n’ont-ils pas opposé à l’exploitation une exaltation du travail, dessinant un avenir qui ressemblait plutôt à un grand camp de travail volontaire ? Pas surprenant alors que le mouvement ouvrier -socialistes et syndicalistes inclus- en soit généralement resté à une remise en cause partielle de l’économie, à une critique de ses formes (les conditions de travail, le rapport entre travail et capital) plutôt que de son essence même. La critique du capitalisme doit s’accompagner de celle du travail, si elle veut toucher les fondations de cette société. Libertad ne fustige pas uniquement la propriété, mais aussi le travail en tant qu’activité nocive, non seulement pour soi, sa santé et son esprit, mais aussi pour les autres et l’environnement. Or de nos jours, sans doute encore plus qu’hier, l’économie produit surtout des objets inutiles et toxiques (des appareils cancérigènes à la nourriture industrielle,…).

Evidemment, le refus du travail ne signifie pas le refus de toute activité, comme ont essayé de nous le faire croire les marxistes et leurs cousins pendant plus de 150 ans. Ce refus signifie par contre le choix de l’activité qui a du sens, de l’activité qui satisfait, aussi bien nos besoins matériels que nos passions et désirs les plus fous. Voilà pourquoi Libertad parle tellement de joie et de plaisir. Face aux funèbres sirènes de l’usine, il joue la mélodie de la vie.

« Ce n’est pas avec la quantité de la foule qu’on fait un mouvement, c’est avec sa qualité. Et si c’est presque impossible d’avoir cette qualité de la foule, disons que ce sera avec la qualité de ceux qui jetteront les foules sur les voies de la révolte. »

Libertad ne s’est jamais efforcé de séduire ou de charmer les masses. Au contraire, il maniait le fouet pour fustiger leur résignation, leur collaboration avec la domination. On ne trouvera chez Libertad pas un mot en faveur de ce qui est ou veut faire « masse » : du « peuple » au « prolétariat », des partis aux syndicats. Il fulmine contre les foules qui vont à la caserne pour accomplir le service militaire, qui se traînent vers les usines pour aller se crever au travail, qui sont prêtes à lyncher quiconque offense leur morale (à base de monogamie, d’honneur, de patrie et de religion). Mais il ne voulait rien avoir à faire non plus avec les tours d’ivoire, ce mépris bourgeois pour la plèbe qui n’est pas alimenté par l’orgueil individuel, mais par le dégoût. Il savait saisir chaque occasion pour discuter et aussi éliminer les obstacles qui parsèment le chemin vers le libre développement de l’individualité. Quant à ceux qui n’en voulaient rien savoir, ils ont tâté de ses béquilles.

Le parcours de sa vie est traversé par le fil du quantitatif et du qualitatif. Loin de pousser des cris d’allégresse quand des milliers de gens descendent dans la rue, il dirige immédiatement son regard vers le contenu de cette protestation, vers les moyens dont elle ose se doter, au-delà de la légalité, vers les obstacles qu’une révolte arrive à détruire d’emblée. A plusieurs reprises, il suggérera qu’une œuvre de chirurgien est indispensable, affirmant en même temps la force « purificatrice » du feu anonyme qui consume les usines et les institutions. Selon Libertad, il ne faut pas chercher la qualité chez la masse amorphe, elle suivra toujours les bergers de service. La diffusion d’idées anarchistes ne sert pas à entraîner les gens dans un éternel combat pour quelque Paradis, mais doit les encourager à vivre ici et maintenant en hommes libres, débarrassés de tout préjugé moral et religieux. Libertad tenait beaucoup à cette diffusion, à cette propagande comme on l’appelait à l’époque. Il avait presque toujours des brochures et des journaux anarchistes dans sa poche ; il organisa inlassablement avec d’autres compagnons les fameuses Causeries Populaires, des soirées où étaient discutés tous les thèmes imaginables. Ces causeries avaient lieu toutes les semaine en divers endroits, dans les faubourgs de Paris comme dans d’autres villes, et connaissaient un grand succès. Elles attiraient tant de personnes et étaient si passionnées qu’elles se terminaient souvent en bagarre – contre les flics… ou entre soi.

« Pour entretenir le culte des morts, la somme d’efforts, la somme de matière que dépense l’humanité est inconcevable. Si l’on employait toutes ces forces à recevoir les enfants, on en préserverait de la maladie et de la mort des milliers et des milliers. Si cet imbécile respect des morts disparaissait pour faire place au respect des vivants, on augmenterait la vie humaine de bonheur et de santé dans des proportions inimaginables. »

Libertad n’était pas le premier à le dire, ni le dernier : cette société aime la mort et refoule la vie. Partout, ses habitudes et ses coutumes, son travail et ses structures, sa morale et ses valeurs sèment la mort, empoisonnent et écrasent. Et quand la mort n’est pas au rendez-vous, la vie elle-même est dénuée de sa plénitude, de sa multiplicité infinie d’expériences et de sentiments, pour se voir réduite à une espèce d’ersatz qui suffit pour tenir le coup, qui nous fait survivre. Et tandis qu’on rend hommage aux morts, tout en méprisant les vivants, on se suicide à petit feu, et jour après jour nous détruisons une partie de nous-mêmes.

Le misérabilisme régnant dans les cercles révolutionnaires est une vraie plaie. Non seulement l’attitude qui consiste à attendre tel ou tel moment conduit souvent à l’abandon et à la dépression, mais elle nous bouffe aussi peu à peu la vie. En attendant des temps meilleurs, on se contente de nourriture insipide, de logements insalubres, on se perd en petits compromis avec des propriétaires, des fonctionnaires, des patrons. Et au fur et à mesure, ces petits compromis en deviennent des grands, une espèce d’attitude face à la vie. On s’efforce de se convaincre que les « années folles de notre jeunesse » étaient une rébellion sans contenu ; on s’adapte ; la pression du milieu est trop grande et la révolte paraît trop exigeante. Les désirs indomptables, la joie de la révolte laisse la place à la logique de gains et de pertes, de résultats et de rapports de force réalistes, de calculs. Les idées se transforment en politique ; les désirs deviennent des analyses et, pas à pas, on oublie que la joie est dans l’agir même, dans le fait même de parcourir notre propre chemin. Que la subversion commence dans nos propres vies, en ce moment même – et qu’aucun mirage, pas plus qu’un quelconque réalisme, ne nous fera renoncer à la joie que nous procure notre œuvre destructive.

Libertad aspire sans trêve à la vie pleine, il refuse toute séparation entre ses différents aspects. Sa révolte est indivisible, ne supporte pas d’ajournement et s’exprime à tous les moments – opportuns ou pas, souhaités ou pas, petits ou grands. Pour lui, pas de fossé entre les grandes batailles et les petits combats, il entremêle tout à tort et à travers, parce que partout c’est son individualité, c’est lui qui est en jeu et se met en jeu.

[Traduit du néerlandais. Paru comme introduction dans Albert Libertad, Niet morgen, vandaag !, Tumult Editions, Bruxelles, avril 2011.]
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