Rudolph Rocker, itinéraire

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Rudolph Rocker, itinéraire

Messagede luco le Mer 14 Jan 2009 09:56

Un article très intéressant de l'indispensable revue "A Contretemps" sur l'itinéraire intellectuel de Rudolph Rocker (par Gaël Cheptou) :

"La liberté par en bas,
De l’anarcho-syndicalisme au pragmatisme libertaire"

http://acontretemps.org/spip.php?article165

Car Rocker, ce n'est pas seulement un théoricien de l'anarcho-syndicalisme "classique". Après l'écrasement de la révolution espagnole, la deuxième guerre mondiale, l'exil américain, Rocker va revisité la pensée libertaire et l'anarcho-syndicalisme pour en faire "l'exécuteur testamentaire du libéralisme".

Cette pensée libertaire revisitée, et qui le sera par d'autres à la même époque, en Allemagne notamment, certains la qualifieront de "révisionniste". Il faudrait pouvoir avoir accès aux publications de Rocker de l'après-guerre, en français, pour en juger.

Quoiqu'il en soit, Rocker développe des critiques intéressantes du Capitalisme à l'heure de sa rationnalisation extrême par le biais de l'Etat, le Capitalisme d'Etat qu'il soit à l'ouest ou à l'est. Cette préoccupation, de mettre la liberté au coeur d'une société d'égalité et de coopération doit continuer de nourrir notre réflexion contemporaine.

Nous voyons bien que l'EG qui ressurgit notamment au travers des courants trotskystes (LO, comme caricature néo-stalinienne, le NPA un peu moins mais...) n'a toujours qu'une réflexion très superficielle sur la question du totalitarisme stalinien, qu'elle analyse comme un manque de démocratie politique, alors que la base de la captation du pouvoir par une caste techno est en réalité rendue possible, inévitable, par la planification économique centralisée.

Comment socialiser et fédérer sans Etatiser, sans tuer toute initiative culturelle, politique, économique et sans uniformiser la société ?

Comment briser les pieuvres multinationales privées qui étendent leur domination marchande sur tous les aspects de la vie sans lui substituer une pieuvre Etatique, bureaucratique, tout aussi vorace et peut-être plus liberticide encore ?

Voilà des défis toujours aussi brûlant d'actualité.
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Re: Rudolph Rocker, itinéraire

Messagede luco le Mer 4 Mar 2009 09:00

Je suis un peu étonné que cette discussion sur l'itinéraire de Rocker intéresse peu.

Car en réalité les positions de Rocker ont largement influencé (à la mesure d'un courant anarcho-syndicaliste très petit, bien sûr) les syndicats AS d'après guerre : la sac et d'autres.

Plus tard, elles alimenteront les débats de la CFDT et de la deuxième gauche rocardienne, et encore aujourd'hui on en retrouve l'influence au sein de la CNT-F.

C'est d'ailleurs assez net quand on lit le Combat Syndicaliste de la CNT-F : une radicalité type protestataire, mouvementiste, à fleur de peau. On sent que les militants qui rejoignent la CNT-F le font sur une envie de lutter sans concession, sans détours.

Et en même temps, ce qui se dégage des articles, un peu comme quand on lit le ML, est une sorte de réformisme radical qui évacue presque totalement la question de la construction d'une grève générale expropriatrice, qui laisse le champ politique à ceux qui l'occupent actuellement...
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Re: Rudolph Rocker, itinéraire

Messagede qierrot le Jeu 5 Mar 2009 19:58

Je ne connais de Rocker que l'exellent livre "les soviets trahis par les bolchéks". Donc, il pourrait être intéressant que tu puisse développer sur son parcours et positions pour pouvoir justement permettre à plus de personnes de discuter.
Il en va de même à mons sens sur ce débat autour de la posture d'une partie du mouvement libertaire, où il faudrait que tu développes pour que d'avantage de personnes puissent appréhender les tenants et aboutissants de ce que tu énonces. :wink:
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Re: Rudolph Rocker, itinéraire

Messagede luco le Dim 26 Avr 2009 20:08

Bon, il me semble que le texte en lien dans ma première intervention explique assez bien l'évolution de Rocker vers une sorte de libéralisme, un démocratisme radical, associé au mutuellisme, coopérativisme, syndicalisme... mais tout en contournant la question de la révolution, de la destruction de l'état, du marché.

C'est à dire qu'en germe nous avons là, tout ce que l'on va retrouver théorisé par la deuxième gauche cfdt des années 70. Le destin de ce courant autogestionnaire et syndical qui se ressource à Proudhon, Leroux... sera de finir comme super champion du social-libéralisme. De l'autogestion à l'apologie du marché.

La CNT-F produit assez peu au niveau théorique. Ce qui n'est pas grave, ils ont certainement mieux à faire et peu de "cadres". Dans les luttes, ils font le boulot et leur existence est un appui pour tous ceux qui combattent.

Mais étrangement, les rares textes un peu étoffés "contemporains" qui ont été pondus et qu'on trouve sur le site de la CNT-F ressemblent comme deux gouttes d'eau à ceux de la deuxième gauche des années 70. La révolution (ou grève générale expropriatrice) est escamotée, toute planification ou sortie du marché explicitement combattues, les ennemis désignés sont plus l'EG "marxiste" que les socio-démocrates ou les Verts, un certain nombre d'arguments sont empreints des logiques managériales, pragmatiques, économistes... venues de l'entreprise, "l'efficacité" du marché y est plébiscitée, pire la logique de la réduction du temps de travail comme objectif est critiquée, et si mes souvenirs sont bons on y critique aussi le concept de lutte de classe.... Bref, au final une vision plus "proudhonienne", qu'anarcho-syndicaliste type CNT espagnole des années 30.

Voir ici :
http://www.cnt-f.org/spip.php?article719

http://www.cnt-f.org/spip.php?article714

C'est d'autant plus étonnant que les militants de "base" que je connais sont plutôt des "communistes libertaires" dans le sens "on veut faire la révolution, s'attaquer à l'état, mais pas avec les logiques léninistes ni pour aboutir à une société autoritaire". Donc "gauchistes", conseillistes, au sens large.
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Re: Rudolph Rocker, itinéraire

Messagede Alayn le Lun 27 Avr 2009 04:48

Bonsoir ! Rudolf ROCKER est très intéressant (désolé Luco de n'avoir pas percuté plus tôt sur ce topic).

Rudolf ROCKER étant, avec Gustav LANDAUER, Erich MUHSAM, Augustin SOUCHY, etc... l'un des anarchistes les + importants de l'Allemagne !

Le temps de retrouver les références d'un pavé essentiel et fondamental écrit par Rudolf ROCKER et republié et traduit pour la première fois récemment par les Editions du Monde Libertaire et je reviens.
(qui parle entre autres de son anti-nazisme et de son action dans la FAUD allemande -syndicat anarchosyndicaliste- avec Augustin SOUCHY...)
Bio et Mémoires d'Augustin SOUCHY ici: http://anarchie23.centerblog.net (rubriques "Portraits d'Anars" et "Ouvrages Anars").

Salutations Anarchistes !
"La liberté des autres étend la mienne à l'infini"
Michel BAKOUNINE
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Re: Rudolph Rocker, itinéraire

Messagede luco le Jeu 10 Sep 2009 09:57

Rocker, Leval,... vers un humanisme libertaire... et réformiste.
---------
http://libertaire.org/article103.html
3. Révolution ou évolution ?

À l’exception de l’expérience espagnole, l’espoir de voir se réaliser le projet communiste libertaire semble bien mince dans l’entre-deux-guerres. Au contraire, les dictatures et les régimes totalitaires se multiplient en Europe. Après la Seconde Guerre mondiale, les militants devront affronter les pires dangers pour réussir à faire passer leur propagande dans les pays du bloc de l’est ou en Espagne. Du côté des nations démocratiques, l’échec est d’autant plus durement ressenti que contre toute attente ce sont les partis communistes qui incarnent l’espoir d’un changement social. En théorie, il n’y a rien de changé, et la révolution reste virtuellement à l’ordre du jour de chaque réunion. Mais au-delà de la phraséologie révolutionnaire, il semble bien que l’essai de réalisation pratique tenté en Espagne ait montré aux militants les plus expérimentés les limites de l’utopie anarchiste.

Gaston Leval [1], dans un effort de rajeunissement de la doctrine, s’efforce dès la Libération de concevoir un anarchisme constructeur qui pourrait faire l’économie d’une révolution violente. Profondément marqué par l’épisode espagnol, il a pris conscience dans l’action de la somme des efforts et des sacrifices nécessaires pour qu’un tel bouleversement puisse avoir une chance d’aboutir. Ses mises en garde s’opposent singulièrement au romantisme révolutionnaire de la plupart des articles du journal : « Ceux qui continuent à prétendre que le peuple pourrait triompher d’une lutte armée contre l’État font preuve d’une démence stupéfiante » [2]. Niant, à la suite de Proudhon, la nécessité d’une guerre civile, il remarque que « la révolution sociale que Proudhon proclamait imminente il y a un siècle, dont Bakounine et Kropotkine, comme Marx et Engels, crurent aussi voir les signes annonciateurs à tant de reprises dans la seconde moitié du XIXe siècle, ne s’est pas produite » [3]. Il veut croire à une évolution possible de la société dans un sens libertaire. Il propose pour y parvenir la création de coopératives de consommateurs afin de supprimer les intermédiaires et d’éviter l’exploitation provoquée par le commerce [4]. Mais « pour réaliser cette tâche, qu’implique le bouleversement des relations humaines, une certaine préparation culturelle et morale est nécessaire » [5]. Concernant cette variété d’anarchisme qui s’applique à défendre ici et maintenant ses principes, c’est peut-être moins de communisme libertaire qu’il faudrait parler que de socialisme ou d’humanisme libertaire [6].

Refusant le prêt-à-penser idéologique, André Prudhommeaux se fait le chantre d’une démarche expérimentale semblable à celle engagée de son côté par Gaston Leval. Venu des milieux d’ultra-gauche, il traite à de nombreuses reprises dans les colonnes du Libertaire du communisme des conseils [7] et de la révolution spartakiste. Secrétaire de rédaction de l’hebdomadaire de la F.A. en 1947, à la suite de Georges Brassens [8], il évoque Karl Liebknecht ou Rosa Luxembourg. Son esprit d’ouverture se manifeste également au sein du Cercle libertaire des étudiants (C.L.E.) qu’il anime à partir de février 1948 et où il invite Albert Camus à s’exprimer. Pour André Prudhommeaux « une proclamation de déchéance de l’État (comme celle de Bakounine à Lyon en 1870) ne saurait suffire, si elle n’est accompagnée d’une adhésion à un système de morale et de justice. » [9]

Encore ces militants n’ont-ils perdu qu’une partie de leurs illusions. En dépit des années de guerre et de nombreux motifs de déception, ils continuent à lutter pour un monde meilleur, en se montrant simplement un peu plus lucides sur leurs probabilités de réussite. Les véritables pessimistes libertaires, quand à eux, ne croient pas aux chances de réalisation d’un idéal aussi élevé que le communisme libre. Ils refusent de se laisser embarquer dans des aventures sans lendemains : « Si nous n’avons même pas la ressource de croire aux vertus de la destruction, c’est que, anarchistes désaffectés, nous en avons compris l’urgence, et l’inutilité » [10]. C’est le point de vue que défendent des théoriciens individualistes radicaux comme Max Stirner ou Georges Palante.

Sans aller jusqu’à cette position extrême, certains « déçus de l’anarchisme » restent fidèles à leur idéal de jeunesse même lorsqu’ils ont cessé d’y croire tout à fait. Ils conservent des relations avec les milieux libertaires et choisissent plutôt que de déposer les armes, de concentrer leur action sur un thème particulier. La période de l’après-guerre enregistre ainsi une nette désaffection pour les organisations libertaires spécifiques au profit de groupements pacifistes ou d’associations de libres penseurs. Plusieurs militants déplorèrent cette dispersion des énergies au profit de causes qui n’avaient peut-être pas besoin des anarchistes pour être défendues [11] ou trouvèrent ridicule l’attitude de ceux qui se spécialisent au point de ressasser toujours les mêmes analyses. Il n’en demeure pas moins que l’influence de personnalités comme André Lorulot et Sébastien Faure dans la Libre Pensée ou encore Louis Lecoin dans le courant pacifiste ont sans doute fortement contribué à orienter ces mouvements dans une direction libertaire. Et si les effets de leurs actions ne se sont peut-être pas fait sentir sur le coup, nous pouvons aujourd’hui reconsidérer sereinement l’efficacité de ce type d’engagement. S’ils n’ont pas fait la révolution qu’ils appelaient de leurs voeux, ces compagnons ont au néanmoins obtenu des résultats tangibles. Louis Lecoin, qui n’a sans doute jamais voté de sa vie, a été ainsi à l’origine de textes législatifs portant sur le droit d’asile et sur l’objection de conscience. Pourquoi les libertaires devraient-ils entrer dans les syndicats et rester à la porte des associations de libres-penseurs, des ligues pacifistes, des auberges de jeunesses ou de la franc-maçonnerie ? En jouant un rôle non négligeable dans ces groupes ils ont continué à exprimer leurs points de vue dans des débats importants en réussissant à se passer de parti politique ou d’un quelconque porte-parole. Ils ont su inventer une façon originale de vivre leur utopie à contre courant de la « politique politicienne ». Même si leurs idées ont été injustement oubliées ou travesties, leurs modes d’action vont influencer les générations suivantes de contestataires qui iront jusqu’à faire de ces pratiques anti-autoritaires une véritable contre-culture. [12]

[1] De son vrai nom Pierre Piller, Gaston Leval signait aussi ses articles dans Le Libertaire sous les pseudonymes de Robert Lefranc et Max Stephen. Insoumis, il se réfugia en Espagne pendant la Première Guerre mondiale. Délégué à Moscou par les groupes anarchistes de Barcelone au congrès constitutif de l’Internationale Syndicale Rouge, il s’activa pour obtenir la libération de plusieurs de ses compagnons emprisonnés. Il collabora au Libertaire avant de partir pour un séjour de dix ans en Argentine « effectuant la traversée à fond de cale sans passeport et sans billet » (Léo Campion, Le Drapeau noir, l’équerre et le compas, op. cit., p. 112). De nouveau en Espagne de 1934 à 1938, il participa à la guerre dans les rangs de la C.N.T. Il tirera de cette expérience un livre entièrement consacré aux réalisations concrètes de la révolution : Espagne libertaire, op. cit. Revenu en France, il est condamné pour insoumission à quatre ans et demi de prison par le tribunal militaire de Paris mais il réussit à s’évader de la centrale de Clairvaux en juin 1940. Après avoir participé à la reconstruction de la Fédération Anarchiste en 1954, il fonde l’année suivante les Cahiers du socialisme libertaire qui deviennent en 1963 les Cahiers de l’humanisme libertaire, puis Civilisation libertaire. Cf. René Bianco, Un siècle de presse anarchiste..., op. cit., p. 422 et 435.

[2] Gaston Leval, Pratique du socialisme libertaire, op. cit., p. 3, cité par Pierre D’Ovidio in Les Anarchistes en France de 1945 à la veille de mai-juin 1968, op. cit., p. 81.

[3] Robert Lefranc, « L’anarchisme révolutionnaire », Le Libertaire n°113, janvier 1948

[4] Robert Lefranc, « Les raisons de l’abstentionnisme », Le Libertaire n°56, 22 novembre 1946.

[5] Robert Lefranc, « L’anarchisme révolutionnaire », Le Libertaire n°113, janvier 1948

[6] Robert Lefranc, « L’humanisme libertaire », Le Libertaire n°129, 14 mai 1948

[7] André Prunier, « Les communistes de conseil », Le Libertaire du 29 mai 1947.

[8] Cf. le compte-rendu du « Comité Interrégional du dimanche 27 avril 1947 » in Le Lien n°2, mars-avril 1947.

[9] A.P. [André Prudhommeaux], « La loi, le contrat et la coutume. Vers une charte des usages ? », Le Libertaire n°78, 22 mai 1947, article repris dans André Prudhommeaux, L’Effort libertaire : 1. Le principe d’autonomie, op. cit. p. 94-96.

[10] E.M. Cioran, Histoire et utopie, Paris, Gallimard, 1960.

[11] C’est le cas par exemple de Gaston Leval qui écrit : « Nous avons fait d’un certain nombre de problèmes - sexologie, néo-malthusianisme, éducationisme, etc. - secondaires au regard du problème fondamental qu’était l’élimination du capitalisme et de l’État, l’instauration du socialisme libertaire, nous avons fait dis-je, de ces problèmes secondaires les objectifs principaux ». Robert Lefranc, « L’anarchisme révolutionnaire », Le Libertaire n°113, janvier 1948

[12] Reste à étudier les modes de transmission entre les différentes générations. L’édition de journaux et de livres constitue certainement l’un des vecteur de ce passage de relais mais que savons-nous par exemple des relations entre jeunes et vieux dans les milieux anarchistes ? L’étude de la pyramide des âges des militants révèle de nombreuses « classes creuses » qui constituent autant de fossés entre des jeunes inexpérimentés et des hommes d’âge mûr possédant le savoir. Guy Bourgeois dans sa préface à la réédition du Manifeste du communisme libertaire de Georges Fontenis, rappelle que dans les années cinquante il était très difficile de se procurer les ouvrages de Bakounine, Kropotkine, etc. alors que ceux de Marx et Engels trônaient dans toutes les librairies.
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Re: Rudolph Rocker, itinéraire

Messagede frigouret le Ven 2 Sep 2016 08:23

J'exhume cette discussion pour compléter le sujet sur " nationalisme et culture".
On y trouve en lien le deuxième volet du dossier de " à contretemps" sur rocker ( la liberté par le bas).

Perso je ne pense pas que de soir une "collaboration critique" avec les sociaux démocrates qui sera fructueuse, mais plutôt un approfondissement du mutuellisme.
8-)
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Re: Rudolph Rocker, itinéraire

Messagede frigouret le Sam 3 Sep 2016 22:08

luco a écrit:Un article très intéressant de l'indispensable revue "A Contretemps" sur l'itinéraire intellectuel de Rudolph Rocker (par Gaël Cheptou) :

"La liberté par en bas,
De l’anarcho-syndicalisme au pragmatisme libertaire"

http://acontretemps.org/spip.php?article165

Car Rocker, ce n'est pas seulement un théoricien de l'anarcho-syndicalisme "classique". Après l'écrasement de la révolution espagnole, la deuxième guerre mondiale, l'exil américain, Rocker va revisité la pensée libertaire et l'anarcho-syndicalisme pour en faire "l'exécuteur testamentaire du libéralisme".

Cette pensée libertaire revisitée, et qui le sera par d'autres à la même époque, en Allemagne notamment, certains la qualifieront de "révisionniste". Il faudrait pouvoir avoir accès aux publications de Rocker de l'après-guerre, en français, pour en juger.

Quoiqu'il en soit, Rocker développe des critiques intéressantes du Capitalisme à l'heure de sa rationnalisation extrême par le biais de l'Etat, le Capitalisme d'Etat qu'il soit à l'ouest ou à l'est. Cette préoccupation, de mettre la liberté au coeur d'une société d'égalité et de coopération doit continuer de nourrir notre réflexion contemporaine.

Nous voyons bien que l'EG qui ressurgit notamment au travers des courants trotskystes (LO, comme caricature néo-stalinienne, le NPA un peu moins mais...) n'a toujours qu'une réflexion très superficielle sur la question du totalitarisme stalinien, qu'elle analyse comme un manque de démocratie politique, alors que la base de la captation du pouvoir par une caste techno est en réalité rendue possible, inévitable, par la planification économique centralisée.

Comment socialiser et fédérer sans Etatiser, sans tuer toute initiative culturelle, politique, économique et sans uniformiser la société ?

Comment briser les pieuvres multinationales privées qui étendent leur domination marchande sur tous les aspects de la vie sans lui substituer une pieuvre Etatique, bureaucratique, tout aussi vorace et peut-être plus liberticide encore ?

Voilà des défis toujours aussi brûlant d'actualité.


Par exemple pour répondre à la dernière question sur les multinationales, Carson développe l'idée que se sont les législations sur la propriété intellectuelle qui favorisent la concentration du capital à l'échelle internationale.

http://comedieus.blogspot.fr/2012/05/ke ... s.html?m=1

Comment socialiser et fédérer sans etatiser?
Sur ce point on peut trouver des pistes de réflexion chez Elinor Ostrom.
https://regulation.revues.org/10452

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Elinor_Ostrom
L'article Wikipedia sur Ostrom.

Bon je vais cueillir des figues pour les faire secher, bonne journée.
8-)
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Re: Rudolph Rocker, itinéraire

Messagede bajotierra le Mar 20 Sep 2016 11:54

biographie de F Gomez , il me semble plus complète notemment concernant l'évolution de la pensée de Rocker

http://acontretemps.org/spip.php?article160

De cette guerre, Rocker dira :

« Je désirais la défaite de l’Allemagne, non que les défauts, les contradictions et les injustices inhérentes au système capitaliste me fussent soudainement devenus sympathiques, mais simplement parce que je n’avais pas perdu le sens des proportions
. » [Mémoires, vol. 3.]

Il sera clairement interventionniste et partisan déclaré de l’implication des anarchistes dans la résistance antinazie.

Puis viendra la paix, et son cortège de désillusions.

Installés à Mohigan, une communauté libertaire située à une centaine de kilomètres de New York, les Rocker y trouveront un « lieu de vie idéal ». Au sortir de la guerre, les nouvelles qui leur parviennent des compagnons allemands disent assez quelle fut la violence du choc : presque tous ceux qui, de près ou de loin, ont été de la résistance antinazie sont morts au combat, sous la torture ou en déportation. Décimée, la FAUD n’existe plus que dans la mémoire de quelques anciens. Malgré diverses tentatives de reconstruction, sous son nom ou sous d’autres appellations – comme la Fédération des socialistes libertaires (FSL) –, elle finira par sombrer. Désormais la relève manque.

Pour l’anarchisme, c’est une longue traversée du désert qui commence. L’époque lui est hostile. Entre flonflons patriotiques et envolées démocratiques, les peuples y aspirent au bien-être matériel et à la liberté surveillée. Cette mutation historique, Rocker tentera de la penser, convaincu qu’un renouveau de la pensée libertaire exige d’ouvrir les yeux sur le monde tel qu’il est, au prix d’un réexamen critique de ses principes et d’une révision de ses méthodes.
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