Massacre de mineurs en grève en Afrique du Sud

Massacre de mineurs en grève en Afrique du Sud

Messagede vroum le Ven 17 Aoû 2012 19:00

Le massacre de Fourmies au 21e siècle...

Afrique du Sud : la police tire sur les mineurs en grève, tuant 34 personnes

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2 ... _3212.html

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Trente-quatre mineurs ont été tués et soixante-dix-huit, blessés, dans les affrontements, jeudi 16 août, entre grévistes et policiers à la mine de platine Lonmin de Marikana, en Afrique du Sud, selon un bilan officiel de la police nationale. Le syndicat des mineurs NUM a évoqué trente-six morts. Par ailleurs, 259 personnes ont été arrêtées, "pour différents motifs, violence publique, meurtre, tentative de meurtre, rassemblement illégal, possession d'armes dangereuses", a ajouté la chef de la police nationale, Mme Riah Phiyega.

Ces décès s'ajoutent aux dix survenus dans les violences entre syndicats survenues depuis dimanche sur ce site minier, où plusieurs centaines de grévistes réclamaient d'importantes augmentations de salaire. Le président de la République, Jacob Zuma, a quitté le sommet de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) pour se rendre sur les lieux.

LA POLICE INVOQUE LA LÉGITIME DÉFENSE

Pour justifier son action, la police a montré des vidéos où l'on voit les forces de l'ordre tenter de disperser les mineurs en négociant avec eux, puis en utilisant différents moyens, dont des gaz lacrymogènes, des canons à eau, des grenades incapacitantes et des balles en caoutchouc. On y voit aussi un policier supplier les mineurs de se disperser : "Nous ne sommes pas ici pour vous arrêter, notre seul problème, ce sont les armes."
Selon la chef de la police nationale, "les policiers ont dû faire usage de la force pour se défendre contre le groupe qui les chargeait". "La police a commencé par utiliser le minimum de force, conformément à notre politique et à la loi. (...) Ce n'est que lorsque cela n'a pas suffi à stopper les manifestants que nous avons utilisé un autre outil. Et je pense profondément, nous pensons, que cela était justifié. Nous ne voulions la mort de personne", a-t-elle assuré.

Selon Reuters, des policiers, lourdement armés et appuyés par des véhicules blindés, étaient en train de dresser des barrages de fils barbelés quand ils ont été débordés par quelque trois mille employés de la mine, située au nord-est de Johannesburg. Ils ont alors tiré des rafales d'arme automatique sur un groupe de mineurs qui surgissait de derrière un véhicule.

"ILS N'ONT PAS L'INTENTION DE BOUGER"

Jeudi matin, plusieurs centaines d'hommes armés de gourdins, de barres de fer et de machettes s'étaient de nouveau regroupés à l'extérieur de la mine pour réclamer des augmentations de salaire. Le porte-parole du syndicat des mineurs, Lesiba Seshoka, a déclaré à la chaîne d'information eNews que le président de l'AMCU, le petit syndicat qui avait appelé à la grève, avait tenté de persuader les mineurs de reprendre le travail, en vain. "Ils lui ont dit qu'ils étaient prêts à mourir (...) qu'ils n'avaient pas l'intention de bouger, qu'ils allaient appeler leurs enfants à les rejoindre" sur la colline où ils sont regroupés depuis lundi.

Des incidents avaient commencé vendredi dernier à la mine, lorsque des centaines de mineurs de fond ont lancé une grève sauvage. Certains, encouragés par le syndicat AMCU, réclamaient 12 500 rands par mois (1 250 euros), soit plus qu'un triplement de leur salaire. Des affrontements ont alors éclaté entre partisans de la NUM et ceux de l'AMCU, né d'une dissidence de la NUM.

Les mineurs, qui vivent dans des taudis accolés à la mine, sans eau courante, touchent environ 4 000 rands par mois (400 euros)."Nous sommes exploités, ni le gouvernement ni les syndicats ne sont venus à notre aide", avait déclaré l'un d'eux mercredi, Thuso Masakeng, "les sociétés minières font de l'argent grâce à notre travail et on ne nous paye presque rien. Nous ne pouvons pas nous offrir une vie décente. Nous vivons comme des animaux à cause des salaires de misère".
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Re: Massacre de mineurs en grève en Afrique du Sud

Messagede Specifix le Dim 19 Aoû 2012 23:32

Avec la libération de mandela et la "fin" de l'apartheid, beaucoup avaient crié victoire ... journaux, politiciens, intellos, ...

La "démocratie" qu'ils imposent est claire ... elle n'est qu'un apartheid adapté ...
Specifix
 
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Re: Massacre de mineurs en grève en Afrique du Sud

Messagede vroum le Lun 20 Aoû 2012 21:25

Retour sur le massacre des mineurs de Marikana

http://www.autrefutur.net/Retour-sur-le ... es-mineurs


Jeudi 16 août, l’Afrique du Sud a vécu l’un des jours les plus noirs de son histoire récente. 34 mineurs en grève ont été tués lors d’un assaut donné par la police. Voici dix photos prises lors d’un reportages de Sébastien Hervieu sur place




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16/08, 13H58 : vue sur l’un des principaux puits de la mine de platine de la compagnieLonmin, une grande partie des 22 000 employés vit à proximité dans des cabanes en tôle sans eau courante où les abords sont parsemés de détritus.

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16/08, 15H17 : environ 3 000 mineurs grévistes sont installés sur une colline depuis plusieurs jours, ils refusent de bouger tant que la direction n’aura pas accepté une augmentation de leurs salaires, actuellement de 400 euros en moyenne par mois.

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16/08, 15H46 : après l’échec des négociations pour que les grévistes quittent les lieux, la police a prévenu qu’elle allait intervenir, ses hommes se préparent à donner l’assaut, épaulées par les forces spéciales.

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16/08, 16H01 : des mineurs armés de bâtons de bois et de machettes se sont avancés vers les policiers, ceux-ci après avoir reculé ont répliqué à balles réelles (voir la vidéo), une dizaine de corps gît au sol, d’autres coups de feu seront ensuite entendus plus loin.

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16/08, 16H02 : au milieu des cadavres, un survivant essaie de se relever, la police assure que les grévistes ont tiré en premier, qu’elle a agi en état “de légitime défense”, seulement six armes à feu seront retrouvées lors de l’interpellation de 259 mineurs.

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16/08, 16H05 : peu entraînée et mal équipée pour maintenir l’ordre lors de manifestations, la police sud-africaine est une nouvelle fois accusée d’avoir agi de manière disproportionnée.

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18/08, 12H35 : des mineurs grévistes entament une danse traditionnelle, malgré le sang qui a coulé, ils ne veulent pas retourner travailler et exigent toujours une hausse de leurs salaires alors que la direction menace de les licencier.
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Re: Massacre de mineurs en grève en Afrique du Sud

Messagede Johan.M le Lun 20 Aoû 2012 21:36

Sont-ils anarcho-syndicalistes ?
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Re: Massacre de mineurs en grève en Afrique du Sud

Messagede vroum le Mar 21 Aoû 2012 15:37

[Afrique du Sud] Les mineurs sommés de reprendre le travail

http://salvador-segui.blogspot.fr/2012/ ... es-de.html

La société minière Lonmin a sommé dimanche les grévistes de Marikana de reprendre le travail lundi matin, sous peine de "possibles licenciements", trois jours après la fusillade qui a fait 34 morts sur ce site d'extraction de platine du nord de l'Afrique du Sud.
"L'ultimatum final a été repoussé au lundi 20 à la suite des événements de jeudi", indique Gillian Findlay, porte-parole de Lonmin dans un e-mail à l'AFP, "l'ultimatum final donne aux employés une dernière chance de reprendre le travail ou de s'exposer à un possible licenciement". "Les employés pourraient être licenciés s'ils ne se conformaient pas à cet ultimatum", insiste le porte-parole.
Interrogés dans la matinée par l'AFP, des mineurs en grève ont déclaré qu'ils refuseraient de reprendre le travail par respect pour leurs 34 camarades tués par la police et si la direction ne répondait pas à leurs revendications salariales.
"S'attendre à ce que nous retournions au travail, c'est comme une insulte. Beaucoup de nos amis et collègues sont morts et on s'attendrait qu'on reprenne le travail, jamais", a dit un travailleur, Zachariah Mbewu, assurant qu'aucun de ses camarades ne se présenterait à son poste lundi. "Il y a des gens en prison et à l'hopital. Demain, on retourne sur la montagne mais mais on ne descend pas dans la mine, à moins que les patrons nous donnent ce qu'on réclame", a-t-il ajouté.
La colline où a eu lieu la répression de jeudi est resté déserte dimanche. La police était discrète près des logements de mineurs qui vaquaient à leurs occupations quotidiennes mais la colère restait vive.
"Nous attendons que la direction s'exprime. Demain nous ne reprendrons pas le travail s'ils n'écoutent pas nos exigences d'augmentation de salaire", a dit Fezile Magxaba, un contremaître de Marikana. "Des gens sont morts. On est en colère. Si on reprenait le travail, ce serait comme s'ils étaient morts pour rien", a-t-il ajouté tout en faisant sa lessive à un robinet collectif.
L'intervention policière a fait 34 morts et 78 blessés selon la police qui a aussi arrêté 259 personnes. Une enquête doit déterminer exactement les circonstances du déclenchement de la fusillade. La police affirme avoir agi en état de légitime défense face à des mineurs armés d'armes blanches qui chargeaient.

Le Monde
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Re: Massacre de mineurs en grève en Afrique du Sud

Messagede vroum le Mar 21 Aoû 2012 17:15

L’ANC jette son masque! Travailleurs assassinés!


Les capitalistes et les politiciens coupables! Mettons fin à la brutalité policière. Pas de justice, pas de paix.

Déclaration anarchiste sud africaine sur le Massacre de Marikana.


Les capitalistes et les politiciens coupables! Mettons fin à la brutalité policière.
Pas de justice, pas de paix.

Ni Zuma [NDT. président de la République lié à l’ANC], ni Malema [ex-président de la ligue de jeunesse de l’ANC ayant alimenté des tensions raciales], ni LONMIN [NDT. minière britannique]!

La Constitution promet les droits politiques et l’égalité. Il est très clair que les patrons et les politiciens font exactement ce qu’ils désirent. Ils marchent sur la tête du peuple. C’est démontré par la tuerie de la police sur les grévistes de la mine de Marikana de la minière Lonmin.

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LES DROITS DE QUI?

Du peuple! Nous devons faire face aux faits. Le gouvernement de l’ANC et les grands capitalistes dirigent le spectacle. Le système rend les riches et puissants plus riches plus puissants.
Les travailleurs et travailleuses et les pauvres souffrent. Nous n’avons aucune protection. Vous travaillez, mais vous ne survivez pas. Les prix des aliments grimpent. L’ESKOM [NDT. tarifs d’électricités] grimpe. Nous devons payer? Avec quoi? Mais quand nous luttons, nous nous faisons tirer.

ANC/ÉTAT + PATRONS/ENTREPRISES = ALLIÉS

L’État utilise la force brutale contre la majorité. Nous marchons, émettons nos revendications. C’est notre droit. Nous devons lutter pour vivre. Alors, nous combattons contre toutes les élites : celles qui contrôlent le gouvernement et celles qui contrôlent les entreprises (comme Lonmin).

Mais nos voix sont tues avec des balles.

Bien que nous ne pouvons pas nous mettre d’accord sans critiques avec toutes les actions des travailleurs de Marikana, nous sommes toujours du côté de la classe ouvrière et des pauvres contre l’État et les capitalistes.

ANCYL = ANC = MASSACRE DE MARIKANA

L’ANC promettait de changer le système. À la place, il est devenu un morceau de ce système.
Protestant contre l’oppression du National Party (NP), l’ANC a pris le pouvoir. Le NP a assassiné des travailleurs et travailleuses. Mais maintenant l’ANC assassine des travailleurs et travailleuses.

L’ANCYL n’a aucune raison de prétendre condamner la tuerie de la police (voir sa déclaration du 17 août 2012). L’ANCYL fait parti du régime de l’ANC au pouvoir.

Malema et d’autres leaders expulsés de l’ANCYL veulent également utiliser ces événements pour être réadmis dans l’ANC – pour devenir riches ou mentir en essayant. Mais les mains de l’ANC dégoulinent de sang.

Les leaders anciens et actuels de l’ANCYL (comme tous les leaders de l’ANC) veulent plus d’argent, pas plus de liberté pour le peuple.

CAPITALISME NON MERCI!

Le capitalisme est un système de brutalité et d’exploitation, de souffrance. La classe ouvrière noire, de couleur et indienne souffre de l’héritage de l’oppression nationale de l’apartheid et de la répression capitaliste et policière quotidienne. (Et même la classe ouvrière blanche est exploitée et oppressée).

COLLECTIVISER, ET NON NATIONALISER

L’ANCYL utilise les meurtres de l’ANC pour battre à nouveau le tambour pour « la nationalisation des mines et des autres secteurs stratégiques de l’économie. » Mais Marikana démontre la vrai nature de l’État/gouvernement, peu importe le parti : une sanguinaire machine à tuer pour la classe riche noire et la classe dirigeante blanche.

Un véritable contrôle ouvrier de l’économie n’équivaut pas à des entreprises privées (privatisation) ou à des entreprises d’État (nationalisation). Ce doit être un réel contrôle démocratique de l’économie par les gens à travers des comités ouvriers et de communauté, au service des besoins des gens.

LA POLICE NE PEUT PAS ÊTRE CHANGÉE

Le rôle de la police est de réprimer et de taire les classes ouvrière et pauvre. Ce problème ne peut pas être résout par des commissions et des enquêtes – comme certaines personnes pensent. Demandez à la famille d’Andries Tatane. Ça ne peut pas être changé par des élections. Rappelez-vous : Sharpeville 1960, Soweto 1976, Uitenhage 1985, Michael Makhabane en 2000, les travailleurs de SAMWU en 2009, Andries Tatane en 2011 … Marikana 2012. Au moins, 25 manifestants et manifestantes et grévistes ont été tué-e-s depuis 2000, avant Marikana.

LE POUVOIR AU PEUPLE, PAS DES ÉLECTIONS ET DES PARTIS

Regardez Marikana. Les élections ne changent pas le système. Joindre le gouvernement et devenir politicien n’est pas une solution. Remplacer Jacob Zuma avec un autre chef de l’ANC n’est pas une solution. Un nouveau parti politique – même un parti « de gauche » ou « des travailleurs » - n’est pas une solution. Tous les partis politiques ne sont pas de la solution.

SYNDICATS : RÉVEILLEZ!

Les syndicats de Marikana, NUM et AMCU, ont tombé dans la trappe placée par la classe dirigeante politicienne et patronale. Ils se sont battus l’un contre l’autre, à la place de combattre le vrai ennemi. L’unité est la force : ne pas être divisé et dirigé. Travailleurs et travailleuses du monde entier unissez-vous! La classe ouvrière de tous les pays et de toutes les origines unie! Fin à l’alliance! Le COSATU ne devrait pas avoir de liens avec l’ANC tachée de sang.

ANARCHISME = CONTRE-POUVOIR

Il est temps de remplacer le système capitaliste / étatique avec le contre-pouvoir par le peuple. Cela signifie que nous voulons un contrôle ouvrier / de la communauté de l’économie, par le bas. Nous voulons l’autogestion directe et démocratique de l’industrie par les travailleurs et les travailleurs dans les milieux de travail; nous voulons l’auto-détermination des communautés par ceux et celles qui y vivent. Nous voulons décider collectivement sur comment nous voulons faire notre vie. Nous refusons de vivre selon les règles déterminées par les patrons et les politiciens, qui utilisent la police pour nous tirer comme des chiens quand nous désobéissons.

UNE SOLUTION : LA DÉMOCRATIE DE LA CLASSE OUVRIÈRE !
NOUS AVONS BESOIN DE VOUS! NE VOTEZ PAS, MOBILISEZ

SI VOUS ÊTES D’ACCORD AVEC CES IDÉES OU VOULEZ EN SAVOIR PLUS SUR L’ANARCHISME : zacf@riseup.net

Produit par:\
Tokologo Anarchist Collective
Zabalaza Anarchist Communist Front
Inkululeko Wits Anarchist Collective

Traduction du blogue du Collectif Emma Goldman
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Re: Massacre de mineurs en grève en Afrique du Sud

Messagede vroum le Mar 4 Sep 2012 22:41

Massacre des mineurs de Marikana : Rassemblement de solidarité !

http://rebellyon.info/Massacre-des-mine ... ikana.html

Le massacre sanglant, le 16 août dernier, de 36 mineurs grévistes de la mine d’étain de Lonmin (Marikana), tués par la police, est venu rappeler, un mois après la « journée internationale Mandela », placée sous le signe de « la paix, la réconciliation et la liberté », que l’abolition de l’apartheid n’a pas réglé les problèmes fondamentaux des couches pauvres et du prolétariat noir d’Afrique du Sud.

Si des patrons, des poli­ti­ciens et cer­tains bureau­cra­tes syn­di­caux noirs ont pu par­ta­ger quel­ques miet­tes du gâteau, les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs de l’ANC, aux­quels par­ti­cipe le Parti « com­mu­niste » sud-afri­cain, n’ont pas remis en cause l’exploi­ta­tion capi­ta­liste, ni même la domi­na­tion de la bour­geoi­sie blan­che sur l’économie.

La mine de Lonmin, qui appar­tient à une com­pa­gnie anglaise, le gou­ver­ne­ment, et notam­ment les bureau­cra­tes syn­di­caux de la COSATU qui par­ti­ci­pent à ce gou­ver­ne­ment et ont appelé à l’inter­ven­tion poli­cière contre la grève, par­ta­gent la res­pon­sa­bi­lité du mas­sa­cre, de la répres­sion pré­mé­di­tée des gré­vis­tes.

Non contents de l’atro­cité et de la lâcheté du mas­sa­cre, la com­pa­gnie Lonmin et l’état sud-afri­cain s’appuient sur cette poli­ti­que de ter­reur pour briser la grève, faire plier les tra­vailleurs/ses. Ainsi, ce n’est pas moins de 270 mineurs qui ont été arrê­tés sur les lieux du mas­sa­cre, enfer­més et accu­sés d’en être res­pon­sa­bles, en vertu d’une loi de « res­pon­sa­bi­lité col­lec­tive » qui date de l’apar­theid et qui ser­vait à semer la ter­reur contre la popu­la­tion noire. Le sang n’était pas séché que l’entre­prise avan­çait son chan­tage sinis­tre : la reprise du tra­vail ou le licen­cie­ment de tous les gré­vis­tes !

Mais les tra­vailleurs/ses n’ont pas cédé, et la grève s’est au contraire étendue à d’autres mines, à d’autres sec­teurs, ce qui a poussé le gou­ver­ne­ment à relâ­cher les gré­vis­tes. Nous devons les sou­te­nir par des actions de soli­da­rité, jusqu’à ce que les assas­sins – et donc les com­man­di­tai­res – soient punis ; jusqu’à ce que toutes les pour­sui­tes soient aban­don­nées ; jusqu’à ce que les reven­di­ca­tions des mineurs soient satis­fai­tes !

Ces crimes ne sont pas sim­ple­ment liés aux par­ti­cu­la­ri­tés de la situa­tion en Afrique du Sud. Ils por­tent le sceau de la société capi­ta­liste elle-même, de sa crise qui la pousse à tout pour défen­dre bec et ongle son économie, son taux de profit. Ils prou­vent qu’au même titre que les états ouver­te­ment oppres­sifs, les états qui se pré­ten­dent démo­cra­ti­ques, et quel­ques soient les partis qui com­po­sent le gou­ver­ne­ment, n’hési­tent pas à employer la force armée contre les tra­vailleurs/ses en lutte, dès lors qu’ils n’arri­vent pas à conte­nir leur révolte par les métho­des de la « négo­cia­tion sociale ».

Nous devons dénon­cer ces crimes non seu­le­ment parce qu’ils sont insup­por­ta­bles, mais aussi parce que nous avons besoin de ren­for­cer notre soli­da­rité de classe au plan inter­na­tio­nal, pour ren­ver­ser demain une société qui pro­duit pério­di­que­ment, et iné­vi­ta­ble­ment, de tels mas­sa­cres.

le capi­ta­lisme en crise ne recule devant rien pour défen­dre ses inté­rêts !
Manifestons notre solidarité !
Rassemblement à Lyon
Samedi 8 Septembre, 15 H
Place du Pont (Métro Guillotière)



Nous appelons tous et toutes, les organisations associatives, syndicales, politiques attachées à la défense des intérêts de notre classe à se joindre à notre appel, à notre action.

Premiers signataires : Union pour le communisme, Initiative communiste-ouvrière, Fédération syndicale étudiante Lyon, Comité communiste internationaliste, Nouveau parti anticapitaliste, Parti communiste-ouvrier d’Iran, Marxistes révolutionnaires (Maroc), Coordination des Groupes Anarchistes - Lyon
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Re: Massacre de mineurs en grève en Afrique du Sud

Messagede vroum le Ven 7 Sep 2012 11:29

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Tensions. La colère reste vive à la mine de Marikana, en Afrique du Sud, où une fusillade avait coûté la vie à 34 personnes le 16 août. Près de 3000 mineurs ont une nouvelle fois défilé ce mercredi pour réclamer notamment un doublement de leurs salaires. Le ressentiment est d'autant plus vif que de nouveaux témoignages seraient venus accréditer la thèse incriminant la police pour le massacre survenu cet été. Les victimes auraient été sommairement exécutées ou achevées à terre par la police. Une commission d'enquête a été mise en place par le président Jacob Zuma pour déterminer le déroulement des évènements.




Marikana : de nouveaux témoignages accusent la police

http://www.lepoint.fr/monde/marikana-de ... 723_24.php

Deux rescapés de la mine de platine affirment que les grévistes ont été sommairement exécutés par la police.

Deux nouveaux témoignages publiés mercredi dans la presse sud-africaine sont venus accréditer la thèse selon laquelle nombre de mineurs grévistes ont été sommairement exécutés ou achevés à terre par la police à la mine de platine de Marikana le 16 août. "Il y avait un Sotho (ethnie sud-africaine, NDLR) que j'ai vu à genoux près d'un gros rocher les mains en l'air. Il suppliait qu'on lui laisse la vie et s'excusait à n'en plus finir en disant qu'il ne savait rien", a raconté au quotidien Star Lungisile Lutshetu, l'un des mineurs arrêtés après la fusillade et libéré lundi.

"Mais les officiers l'ont froidement mitraillé à l'arme automatique et il a eu le corps transpercé", a-t-il dit, racontant aussi comment la police avait empêché les mineurs de s'enfuir en leur bloquant le passage. "Nous avons couru pour remonter sur la colline et j'ai trouvé une cachette entre des gros rochers mais la police était déjà là partout. Ceux qui étaient devant moi se faisaient tirer dessus à bout portant et tombaient sur moi, c'est comme ça que j'ai eu la vie sauve", a-t-il dit. Lungisile a vu 15 mineurs abattus ou blessés, dont "certains achevés d'une balle dans la tête".
Ordre de tirer

Lui-même a été extrait d'une pile de cadavres et de blessés quand la police s'est aperçue qu'il était encore vivant et l'a fait prisonnier. "Nous sommes restés environ trois heures le ventre à terre. Les pauvres qui ont osé lever les mains ont été tués", a-t-il poursuivi, convaincu d'avoir eu la vie sauve parce que les secours sont finalement arrivés et ont demandé aux policiers "de ne pas tirer sur les blessés". Le quotidien a recueilli un autre témoignage auprès d'un foreur, Johannes Mashabela, embauché en juillet par Lonmin et qui a entendu un officier donner l'ordre de lui tirer dessus. Il a réchappé de la fusillade en rampant.

"Il n'y avait pas moyen de s'enfuir à cause des cordons de police tout autour de nous et c'est là que j'ai rejoint les autres qui couraient vers le champ. J'ai soudain vu les gens tomber autour de moi et j'ai réalisé qu'ils se faisaient tirer dessus", dit-il. La seule version officielle à ce jour affirme que les policiers ont ouvert le feu pour protéger leur vie lorsque la foule des mineurs, armés de lances, de machettes et de quelques armes à feu, les a chargés.

Les événements du 16 août ont fait 34 morts et 78 blessés près de cette mine de platine où une grève illégale accompagnée de violences avait déjà fait 10 morts dont deux policiers et deux vigiles dans les jours précédents.
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Re: Massacre de mineurs en grève en Afrique du Sud

Messagede vroum le Lun 10 Sep 2012 12:00

Afrique du Sud: grève sauvage de 15.000 mineurs
Reuters Mis à jour le 10/09/2012 à 11:22 |


Un tiers de la main-d'oeuvre sud-africaine de Gold Fields, soit 15.000 mineurs, ont entamé une grève sauvage, la dernière en date à frapper le secteur minier du pays, a annoncé lundi le quatrième producteur mondial d'or. La grève a lieu alors que la police sud-africaine craint des violences à la suite de l'expiration du délai prévu pour la reprise du travail dans la mine de platine de Marikana, exploitée par Lonmin, où des heurts ont fait 34 morts parmi les mineurs, la plupart tués par la police, le 16 août.

Gold Fields a trouvé un accord la semaine dernière pour mettre fin à une précédente grève sauvage, rassemblant 12.000 employés dans sa principale mine de l'est du pays, mais la contestation s'est désormais déplacée dans un site aurifère exploité par le groupe dans l'Ouest. La société a précisé ne pas connaître l'origine exacte de la grève de lundi, alors que le secteur minier est agité par le conflit entre le Syndicat national des mineurs (NUM), proche du gouvernement, et l'Association des mineurs et des salariés du bâtiment (AMCU), qui refuse de reprendre le travail à Marikana.
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Re: Massacre de mineurs en grève en Afrique du Sud

Messagede lucas le Dim 16 Sep 2012 11:52

En Afrique du Sud, la bourgeoisie lance ses policiers et ses syndicats sur la classe ouvrière.

Le 16 août, au-dessus des mines de Marikana, au Nord-Ouest de Johannesburg, 34 personnes tombaient sous les balles de la police sud-africaine qui en blessait 78 autres. Plusieurs centaines de manifestants étaient également interpellées. Immédiatement, les images insoutenables des exécutions sommaires faisaient le tour du monde. Mais, comme toujours, la bourgeoisie et ses médias édulcoraient le caractère de classe de cette grève, la réduisant au sordide affrontement entre les deux principaux syndicats du secteur minier, et jouant la vieille partition du “démon de l’apartheid”.

lire la suite:
http://fr.internationalism.org/ri435/en ... riere.html

Lucas - sympathisant de la Gauche Communiste
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Re: Massacre de mineurs en grève en Afrique du Sud

Messagede vroum le Jeu 27 Sep 2012 23:53

Marikana ouvre une brèche en Afrique du Sud

19 septembre 2012 à 20:56

http://www.liberation.fr/monde/2012/09/ ... sud_847484

Récit Après un mois d’août sanglant, les grévistes de la mine de platine viennent d’obtenir une revalorisation des salaires. Partout dans le pays, ils sont érigés en exemple.

Par SOPHIE BOUILLON Envoyée spéciale à Marikana

«Ce matin, pour la première fois depuis six semaines, je me suis réveillé avec le sourire. Nous sommes heureux, raconte Andrew, chef opérateur à Lonmin. Je peux désormais aider ma famille.» Mardi soir, les mineurs de Marikana ont accepté l’offre de la direction pour la revalorisation de leur salaire. Celui-ci n’atteint pas les 12 500 rands (un peu moins de 1 200 euros) demandés au début de la grève mais, grâce au système de bonus, et à une augmentation de 22%, Andrew va quasiment doubler son salaire brut. Les foreurs recevront désormais 11 000 rands mensuels. L’extraction de platine devait reprendre jeudi, et les actions de Lonmin avaient fait un bond, une heure après l’ouverture des Bourses, de 6% à Londres et 8% à Johannesburg.

Cette grève aura causé la mort de 45 personnes depuis le mois d’août. Le moral des mineurs était au plus bas ce week-end, d’autant plus que le gouvernement avait déployé l’armée et la police dans le township voisin de Wonderkop pour récupérer les armes illégales et intimider les grévistes. La compagnie avait également menacé de renvoyer les mineurs s’ils n’acceptaient pas cette nouvelle offre. Mais la majorité, silencieuse et apeurée, n’avait d’autre choix que de suivre le mouvement de grève, sous risque de subir des violences de la part de leurs collègues. Le cadavre d’un employé a d’ailleurs été retrouvé la semaine dernière, tué semble-t-il d’un coup de machette sur la nuque.

«Crise de confiance». L’heure est donc au soulagement. Et au bilan. Hier, les mineurs ont marché jusqu’au siège de leur syndicat traditionnel, le National Union of Mineworkers (NUM), pour brûler leur carte d’adhésion. «C’est une grande victoire, personne n’avait obtenu de tels résultats et nous ne le devons qu’à nous-mêmes. Pas au syndicat. Il nous a abandonnés», poursuit Andrew. Dès demain, il promet de s’inscrire à l’Association of Mineworkers and Construction Union (AMCU), l’organisation concurrente qui, selon lui, protégera mieux ses droits. Au-delà des revendications salariales, c’est donc une véritable guerre syndicale qui s’est déroulée pendant six semaines à Marikana. Le NUM regroupait une très large majorité des employés de Lonmin. Mais la confiance n’est plus là et les travailleurs dénoncent la trop grande proximité de l’organisation avec le parti au pouvoir, l’African National Congress (ANC). Par le système du Black Business Empowerment (BBE), négocié à la fin de l’apartheid, beaucoup de membres de l’ANC se retrouvent actionnaires des plus grandes mines du pays. Une relation incestueuse que dénonce le jeune populiste Julius Malema, d’ailleurs exclu de l’ANC (lire ci-contre). Devant les mineurs de Marikana, il s’égosillait il y a quelques jours encore : «L’Etat a pris clairement position pour le capital contre les travailleurs !»

«La crise de confiance envers le NUM est immense, analyse Trenton Elsley, directeur de l’Institut de recherche pour le travail au Cap. Ce syndicat puise ses racines dans la lutte anti-apartheid, et c’est la première fois qu’il fait face à une telle contestation populaire.» Toutefois, le chercheur s’inquiète de l’engouement «trop rapide» pour l’AMCU, l’organisation rivale. «C’est un petit syndicat, qui a été mis sous les projecteurs grâce à Marikana, mais il n’y a aucun signe qui prouve son efficacité à grande échelle.» Or, l’AMCU est bien décidée à surfer sur cette vague soudaine de popularité. D’autant plus que les mineurs d’Implats, second producteur de platine au monde, réclament à leur tour une hausse de salaire, la seconde depuis le début de l’année. «Les tensions à Marikana posent un problème à toute l’industrie minière du pays», regrette le directeur d’Implats, Terence Goodlace.

Le mouvement s’étend maintenant aux mines d’or. Les 15 000 employés de Gold Fields ont arrêté le travail il y a deux semaines et réclament un salaire de 12 500 rands. Andrew n’ira pas rejoindre ses «frères» grévistes dans les autres mines de la province du Nord-Ouest : «Nous avons déjà beaucoup perdu. C’est dangereux pour nous d’aller à Implats, la police quadrille les routes. On espère avoir ouvert la voie, ils sont dans nos cœurs.»

«Sous pression». «Les revendications de Marikana vont désormais être le point de référence pour les négociations dans le secteur, explique Trenton Elsley. Les compagnies minières sont sous pression, et elles ne peuvent plus ignorer les contestations.» Dans le Business Day, un quotidien sud-africain pour les chefs d’entreprise, les économistes s’inquiétaient hier des conséquences de l’offre de Lonmin. Sur les marchés mondiaux, le cours du platine a perdu 2,8% mardi. «L’industrie minière subit des coûts de production très importants avec la hausse du prix de l’électricité, analyse le spécialiste Peter Attard-Montalto. Et les salaires comptent déjà pour 60% du budget dans le platine.»

Comme lors de tous les mouvements sociaux en Afrique du Sud, les compagnies privées brandissent la menace d’une baisse des embauches. Une intimidation importante alors que près de 25% des Sud-Africains sont sans emploi. A la Bench Marks Foundation, un institut de contrôle pour les compagnies minières, on refuse «cette menace» : «Le coût de la vie en Afrique du Sud est élevé. Ces mêmes compagnies paient des salaires bien plus importants à leurs employés au Canada ou en Australie, regrette son directeur, John Capel. Implats et Lonmin ont besoin de notre pays, puisque nous avons 90% des ressources de platine mondiales. Où voulez-vous qu’ils aillent ?»

La grève de Marikana pourrait être un tournant historique. Au moment où les plus populistes ouvrent le débat sur la nationalisation des mines, l’ANC subit de fortes contestations. A quelques mois du prochain congrès du parti, en décembre, la grève a déstabilisé le Président, Jacob Zuma, en course pour un second mandat. Et sa décision d’envoyer l’armée a creusé encore un peu plus le fossé entre la majorité noire et ses anciens libérateurs.
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Re: Massacre de mineurs en grève en Afrique du Sud

Messagede Specifix le Ven 28 Sep 2012 15:38

... Hier, les mineurs ont marché jusqu’au siège de leur syndicat traditionnel, le National Union of Mineworkers (NUM), pour brûler leur carte d’adhésion. «C’est une grande victoire, personne n’avait obtenu de tels résultats et nous ne le devons qu’à nous-mêmes. Pas au syndicat. Il nous a abandonnés», ... les travailleurs dénoncent la trop grande proximité de l’organisation avec le parti au pouvoir, l’African National Congress (ANC). Par le système du Black Business Empowerment (BBE), négocié à la fin de l’apartheid, beaucoup de membres de l’ANC se retrouvent actionnaires des plus grandes mines du pays. Une relation incestueuse que dénonce le jeune populiste Julius Malema, d’ailleurs exclu de l’ANC (lire ci-contre). Devant les mineurs de Marikana, il s’égosillait il y a quelques jours encore : «L’Etat a pris clairement position pour le capital contre les travailleurs !» ... la grève a déstabilisé le Président, Jacob Zuma, en course pour un second mandat. Et sa décision d’envoyer l’armée a creusé encore un peu plus le fossé entre la majorité noire et ses anciens libérateurs.
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Re: Massacre de mineurs en grève en Afrique du Sud

Messagede rastanar le Dim 30 Sep 2012 14:49

Vu que ces gens là vivent encore dans des bidons-villes avec des salaires très,très,très bas(100 à 150 euros en moyennes),les

manifestations et les grèves vont continuer.

Quand je pense qu'il y a des familles de 7ou 8 personnes,voir plus qui s'entassent dans du 15m carré sans pour autant avoir

accès à l'eau potable,à électricité et à la santé...bref faut croire que vivre normalement c'est un luxe que les classes aisées

de ce pays se foutent éperdument et oui la ségrégation existe encore,l'apartheid n'est pas fini dans ce pays.
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Re: Massacre de mineurs en grève en Afrique du Sud

Messagede vroum le Jeu 4 Oct 2012 14:50

Marikana : ce que nous montre le massacre

in le Monde libertaire # 1683 (4-10 octobre 2012) http://www.monde-libertaire.fr/syndical ... e-massacre

Les mineurs de platine de Marikana, en Afrique du Sud, ont gagné après six semaines de grève : les salaires ont été très nettement augmentés (parfois doublés). Plus encore, les ouvriers, par leur courage, leur force et leur détermination, ont montré qu’on pouvait mettre à genoux les exploiteurs. Mais ce conflit a vu aussi un épisode sanglant quand, au mois d’août, 34 mineurs ont été assassinés par la police qui a tiré sur la foule. Une page noire aussi du syndicalisme, puisque le principal syndicat de mineurs – qui n’était pas à l’origine de la grève – a alors fermement condamné la violence… des manifestants !

La vue de policiers abattant des travailleurs en grève à Marikana (Afrique du Sud) a eu quelque chose de vraiment humiliant. Des témoignages ultérieurs affirment que le jour de la fusillade, des travailleurs ont pu être exécutés loin du regard des appareils photo de la presse. Et il se dit aussi que des grévistes arrêtés suite à cette fusillade ont été torturés. Même si tout être humain doué du moindre sens de la justice devrait être indigné par le comportement de l’État et de l’entreprise Lonmin, les événements de Marikana ne devraient tout de même pas surprendre. Marikana ne s’est pas produit hors de tout contexte : une longue histoire nous y mène.

Une longue histoire

En fait, Marikana, et ce qui l’entoure, nous en disent beaucoup sur notre exploitation par la classe dirigeante aussi bien aujourd’hui que dans le passé. Cela nous en dit beaucoup sur le rôle que l’état joue dans la société. Et cela nous dit que la classe ouvrière noire continue de subir l’oppression nationale en Afrique du Sud.

En effet, les conditions de travail indignes, et les rémunérations au lance-pierres, sont notoires dans les mines de platine. Il y a continuité des pratiques qui historiquement ont conditionné l’exploitation des mines dans le pays : non seulement le travail est dangereux, mais les mineurs sont quotidiennement assujettis à l’oppression de la hiérarchie, des contremaîtres et des vigiles. Des boîtes de gardiennage comme S4G font leur pub sur leur capacité à « sécuriser » le travail à l’aide de gardiens armés et des meutes de chiens. C’est dans cet environnement que la grève de Marikana, et la violence qui l’a entourée, se sont déclenchées.

La grève sauvage de Marikana n’est pas non plus un événement isolé, même si on se limite à l’histoire récente. Ces cinq dernières années ont vu des grèves sauvages et des sit-in dans le secteur du platine. La plupart ont été provoqués ou menés par des travailleurs peu payés, précaires ou intérimaires. Chaque fois ou presque, l’État et la police de la mine ont réprimé brutalement les mineurs en grève. Lors d’au moins deux grèves sauvages précédentes, plus une manifestation communautaire dans la zone platinifère, des manifestants ont été tués par la police ou des vigiles. Il faut donc souligner que casser des manifestations et des grèves, y compris par la force des armes, n’est pas inhabituel pour la police. Ce n’est pas en contradiction avec leur mission, mais plutôt une partie intégrante de celle-ci. Le nombre de meurtres a été beaucoup plus important à Marikana (surtout depuis 1994), mais pour la police, ce n’est pas nouveau de tuer, menacer ou même torturer au nom de la protection des intérêts des riches et des puissants.

L’État protecteur des riches

Du coup, la violence ouverte de l’État dans le secteur du platine et à Marikana met à nu sa vraie nature, et son rôle de protecteur de la classe dirigeante. Ce n’est pas un malheureux accident si l’État protège les mines de grandes compagnies comme Lonmin, et s’il s’est montré prêt à utiliser un tel degré de violence à cet effet. Il s’agit plutôt d’une des fonctions essentielles de l’État (et donc de sa police) : il est là pour ça. Pour que le capitalisme fonctionne. Et pour que la société de classe se perpétue, l’État est vital. Il joue un rôle central dans la protection et la perpétuation de la base matérielle sur laquelle se fonde le pouvoir des élites. Sans l’État, qui revendique le monopole de la violence sur un territoire donné, aucune élite ne pourrait diriger, ni revendiquer et obtenir la propriété de la richesse et des moyens de production. En fait, l’État, comme entité, est le défenseur du système de classe, et un corps centralisé qui concentre nécessairement le pouvoir dans les mains des classes dirigeantes : sur ces deux aspects, il est l’outil à travers lequel une minorité dirige une majorité. Avec ses bras législatif, exécutif, judiciaire ou policier, l’État protège toujours la propriété (individuelle ou étatique) d’une minorité, et s’applique à éliminer toute menace sur la poursuite de l’exploitation et de l’oppression de la classe ouvrière. Marikana, et d’autres mouvements et grèves, le montrent : cela peut inclure et aller jusqu’à l’assassinat de ceux qui constituent une menace.

Tous les États, de tout temps et en tous lieux, ont également toujours pesé sur l’économie, en faveur d’une classe dirigeante d’un type ou d’un autre, et les événements de Marikana et d’autres mines de platine en sont également un exemple édifiant. Comme l’ont noté des organisations telles que Benchmarks, les grandes compagnies minières ont procédé à de véritables spoliations dans la zone platinifère, en chassant de fait des communautés de territoires qui, en théorie, leur appartenaient à titre coutumier. Cela s’est fait en collusion avec l’État, et cela ne devrait pas nous surprendre : comme Pierre Kropotkine l’avait remarqué, en société capitaliste, « l’État a toujours interféré dans la vie économique en faveur de l’exploiteur capitaliste. Il lui a toujours garanti la protection de ses vols, et son aide et soutien pour qu’il s’enrichisse davantage. Et cela ne saurait être autrement : il s’agit d’une des missions – la mission principale – de l’État ».

C’est pour cela que l’état sud-africain a légalisé les spoliations commises par les entreprises du platine comme Lonmin. C’est aussi pour cela qu’il ne fait rien ou presque contre la pollution massive qu’elles causent : agir ne serait pas économiquement favorable à cette industrie.

Les gouvernants, qui constituent une partie de la classe dirigeante, basée sur le contrôle des moyens de coercition, de l’administration, et parfois de la production, ont également des raisons qui leur sont propres pour protéger la minorité possédante : en effet, c’est de l’exploitation qu’ils tirent leur situation privilégiée. C’est pour cela que l’état sud-africain a protégé avec tant d’enthousiasme des compagnies comme Lonmin : la rémunération des hauts fonctionnaires, pour la plupart liés à l’ANC, en dépend. Il est évident que nous devons formuler des exigences concernant l’État et nous mobiliser pour qu’elles soient satisfaites, mais nous devons également réaliser que l’État fait lui-même partie du problème : il est intrinsèquement opposé à la classe ouvrière, et Marikana l’illustre clairement.

Force et consensus

Toutefois, l’État ne peut pas gouverner uniquement par la force : la force est le pilier ultime sur lequel repose son pouvoir, mais pour assurer sa propre stabilité et celle du capital, il essaie également de gouverner par le consensus. Pour ce faire, il se prétend le défenseur du bien commun, alors qu’en réalité il facilite, établit et perpétue l’exploitation et l’oppression. Il est exact que la plupart des états possèdent aujourd’hui des lois protégeant des droits de base, et que quelques-uns assurent une forme de protection sociale – y compris l’État sud-africain. Cependant, ces lois et cette protection ont été conquises grâce aux luttes massives des opprimés, et on ne devrait pas l’oublier : les États n’ont pas juste donné ces droits. Et même là où ces lois existent (parfois uniquement sur le papier), l’État essaie d’en tirer un profit de propagande. C’est cette duplicité qui a conduit l’anarchiste révolutionnaire Errico Malatesta à écrire que l’État « ne peut se maintenir longtemps sans cacher sa vraie nature sous un déguisement d’utilité générale ; il ne peut pas imposer le respect des vies des privilégiés s’il ne paraît pas réclamer le respect de la vie humaine, il ne peut pas imposer l’acceptation des privilèges de quelques-uns s’il ne fait pas semblant d’être le gardien des droits de tous ». C’est dans ce contexte que l’on doit considérer l’annonce par l’État sud-africain d’une commission d’enquête sur ce qui s’est passé à Marikana. Et même, il faut avoir conscience que la commission d’enquête ne sera pas neutre : elle appartiendra elle-même à l’État, sera centralisée, et son fonctionnement sera basé sur des lois qui sont opposées à la majorité. Par conséquent, elle sera intrinsèquement biaisée en faveur de l’État et de la compagnie.

L’exploitation des Noirs

Ce que les événements de Marikana et des mines de platine ont également mis en lumière, c’est la nature et la forme que le capitalisme a pris en Afrique du Sud. Depuis sa naissance, le capitalisme est basé sur l’exploitation des travailleurs, noirs aussi bien que blancs. Cependant, en Afrique du Sud, les travailleurs noirs ont également subi l’oppression nationale, et cela veut dire qu’ils ont été systématiquement assimilés à une force de travail extrêmement bon marché et sujette à un racisme institutionnel. L’histoire du travail noir à très bon marché a permis aux capitalistes blancs – traditionnellement rassemblés autour des propriétaires miniers – de faire des profits extraordinaires, et c’est sur cette base qu’ils sont devenus très riches. Sans le travail noir extrêmement bon marché, l’exploitation minière en Afrique du Sud n’aurait jamais été aussi profitable, et la richesse des capitalistes blancs aurait été bien moindre.

Aujourd’hui, ainsi que le montre la situation des mines de platine, cela continue. La richesse de la classe dirigeante repose toujours principalement sur le travail noir très bon marché. C’est la raison pour laquelle certains secteurs de l’économie, comme les mines de platine, sont si profitables. Depuis 1994, l’ensemble de la classe ouvrière s’est appauvri, y compris la classe ouvrière blanche, et les inégalités se sont accrues, d’une manière générale, entre la classe dirigeante et la classe ouvrière. Cependant, la classe ouvrière noire, parce qu’elle effectue les travaux les moins bien payés, et du coup continue d’être confrontée au racisme, reste soumise à la fois à l’exploitation et à l’oppression nationale. Tant que celles-ci n’auront pas disparu avec le système capitaliste sur lequel elles sont fondées et qu’elles servent, les véritables liberté et égalité pour les classes ouvrières noire et blanche ne seront pas réalisées en Afrique du Sud. Ainsi que Marikana l’a clairement mis en lumière, de ce fait, il faut que dans le combat pour en finir avec les inégalités et le système capitaliste qui les génère, la fin de l’oppression nationale et du racisme que subit la classe ouvrière noire soient des revendications centrales. Mais comme on le sait depuis longtemps, si l’on veut réaliser une société juste, les moyens et la finalité des luttes doivent être aussi similaires que possible. Autrement dit, si nous voulons que la société future soit réellement égalitaire et non raciste, notre lutte pour en finir avec l’oppression nationale de la classe ouvrière noire, le capitalisme et le racisme en Afrique du Sud, cette lutte doit s’appuyer fermement sur des idées non racialistes.

La partie noire de la classe dirigeante

S’il est clair que la classe ouvrière noire demeure opprimée nationalement, la situation de la petite élite noire est en revanche très différente. Quelques-uns, grâce à leurs hautes fonctions dans l’appareil d’État, et donc à leur contrôle des moyens de coercition et de l’administration, ont rejoint les anciens capitalistes blancs dans la classe dirigeante. Ils ont utilisé leur position dans l’état pour amasser de la richesse et du pouvoir. D’autres ont également rejoint la classe dirigeante, mais par la route du Black Economic Empowerment. Cela se voit au fait que toutes les familles liées à la direction de l’ANC – les Mandela, Thambo, Ramaposa, Zuma, Moosa, etc.– ont des actions ou des sièges au conseil d’administration des plus grandes firmes sud-africaines, dont les compagnies minières. En fait, Ramaphosa n’est pas seulement actionnaire et membre du conseil d’administration de Lonmin ; mais aussi de nombreux emplois à Marikana sont externalisés vers des compagnies dans lesquelles il a des intérêts, telles que Minorex. La richesse et le pouvoir de cette partie noire de la classe dirigeante reposent eux aussi sur l’exploitation de la classe ouvrière en général, mais principalement et spécifiquement sur l’exploitation et l’oppression nationale de la classe ouvrière noire. Et c’est pour cette raison que la partie noire de la classe dirigeante a été si dure dans l’action contre la classe ouvrière noire – que ce soit pendant les grèves du platine, Marikana, ou d’autres grèves en général.

Michel Bakounine avait prévu la possibilité d’une telle situation se produisant dans des situations où la libération nationale était basée sur une stratégie de prise du pouvoir d’état. Bakounine disait que la « voie étatiste » était « entièrement ruineuse pour les vastes masses populaires ». Parce qu’au lieu d’abolir le pouvoir d’État elle changeait juste le maquillage de la classe dirigeante. Du fait de la nature centralisée des États, les dirigeants ne peuvent être nombreux. La majorité du peuple ne peut jamais être impliquée dans le processus de décision d’un système étatique. En conséquence, il affirmait que si une lutte de libération nationale était menée avec « l’intention ambitieuse de construire un pouvoir d’État » ou si « elle était menée sans le peuple et voyait de ce fait son succès dépendre d’une classe privilégiée », elle deviendrait « un mouvement réactionnaire, désastreux, contre-révolutionnaire ». Il remarquait aussi que quand d’anciens héros de la libération entrent dans l’État, à cause de sa structure hiérarchisée, ils deviennent des dirigeants, s’habituent aux privilèges conférés par leurs nouvelles fonctions, et finalement ne représentent plus le peuple, mais eux-mêmes et leurs propres prétentions à gouverner le peuple. L’histoire a prouvé que ses intuitions étaient correctes : les anciens héros de la libération de l’Afrique du Sud la dirigent selon leurs intérêts propres, ils se vautrent dans les privilèges de leurs fonctions et ils exploitent et oppriment la vaste majorité du peuple de leur pays, y compris à Marikana et dans le secteur platinifère.

Des solutions

L’espoir d’une meilleure société repose sur les travailleurs, et parmi eux les travailleurs du secteur platinifère. Le combat pour en finir avec les inégalités en Afrique du Sud ne sera pas simple, Marikana nous le montre. Même les syndicats tels que l’Union nationale des mineurs (NUM) se sont éloignés des luttes du secteur platinifère. Cela est dû en partie au fait que le Num se concentre désormais sur les travailleurs les mieux payés de ce secteur. Les travailleurs faiblement rémunérés, sous-traitants ou intérimaires, qui sont le fer de lance des luttes telles que celle de Marikana, sont actuellement minoritaires à l’intérieur du syndicat. De plus, le NUM est complètement lié à l’ANC, ce qui limite son indépendance. Il s’est embourbé dans le dialogue social et attaché au marchandage collectif formalisé : autant de recettes pour qu’émerge et s’enracine une bureaucratie syndicale. En fait, la bureaucratie du NUM n’a pas montré de sympathie pour les grèves sauvages du secteur platinifère, y compris celle de Marikana, parce qu’elles contrarient ses intérêts : leur paie dépend notamment des conventions négociées dans le cadre de la loi. Cela signifie que les travailleurs, s’ils veulent que leurs luttes les mènent plus loin, doivent se réapproprier leurs syndicats, les débarrasser de la bureaucratie syndicale et/ou créer de nouvelles structures, AG, conseils ouvriers, etc., comme outils de lutte. Cela aussi, Marikana l’a clairement établi.

Il est essentiel pour l’avenir des luttes de classes que les mineurs du secteur platinifère, et notamment de Marikana, obtiennent la satisfaction de leurs revendications. S’ils y parviennent, cela pourrait donner dans tout le pays une nouvelle jeunesse aux luttes de classe qui déclinent depuis la fin des années 1980. En fait, les travailleurs doivent conquérir de meilleurs salaires, des conditions de travail plus sûres et obtenir la fin du racisme. Cependant, à long terme, si on veut vraiment en finir avec l’injustice et les inégalités, les travailleurs (y compris les chômeurs) devront s’emparer du pouvoir et gérer la société avec leurs propres structures. Cela signifie affronter l’État, qui n’est pas à eux (c’est un instrument de la classe dirigeante, dont la bureaucratie d’État et les capitalistes, et pas de la classe ouvrière). Cela implique d’abandonner la foi dans les nationalisations, qui reviennent essentiellement à donner la propriété à la bureaucratie d’État, et non à la classe ouvrière. En effet, revendiquer des nationalisations, c’est se faire des illusions sur un pouvoir d’ordre supérieur, en l’occurrence l’État, et cela ne montre et ne crée aucune confiance en la classe ouvrière elle-même.
L’État n’est pas un moindre mal face au capitalisme : les deux participent du même système. À l’inverse, les travailleurs doivent, ainsi que Marikana nous le montre, utiliser ces luttes réformistes, par exemple salariales, pour construire une alternative qui s’appelle se réapproprier la terre, les mines, les usines et autres lieux de travail afin de les autogérer au bénéfice de tous et de chacun. Alors seulement, quand la classe ouvrière aura fait cela et gérera la société au travers de ses propres structures et non d’un état, le pouvoir de la classe dominante, le pouvoir de son État brutal et les inégalités seront vaincus ; alors seulement les massacres de Marikana et les autres meurtres au nom du profit deviendront de l’histoire ancienne.

Shawn Hatting
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Re: Massacre de mineurs en grève en Afrique du Sud

Messagede vroum le Mar 30 Oct 2012 11:10

Interview de Jonathan, secrétaire international du Zabalaza Anarchist Communist Front (ZACF) sur le massacre par la police de travailleurs en grève dans le société minière Lonmin à Marikana en Afrique du Sud

Interview réalisée par Zine Mutiny

http://www.autrefutur.net/Il-vaut-mieux-mourir-que-de


- Peux-tu nous donner quelques informations à propos de la grève à Marikana ? Quand a-t’elle commencé, et quelles sont les demandes ?, Quelles sont les conditions de travail ?, Est lié à toute l’industrie minière en l’Afrique du Sud ?

Jonathan : La grève a commencé à Marikana le 10 août 2012, lorsque les 3.000 perceurs de roche ont lancé une grève sauvage pour réclamer une augmentation de salaire de 4.000 rands [11.302 ZAR = € 0.088] 12 500 par mois (les trois principaux dirigeants de Lonmin touchent 44, 6 millions par an). Cependant, il ne faut pas considérer cela comme un incident isolé, les grèves sauvages pour de meilleurs salaires et de meilleures conditions se sont multipliés dans la bande de platine d’Afrique du Sud.
Les conditions dans les mines sont si mauvaises que même le ministre du Commerce et de l’Industrie les a décrits comme « épouvantable ». Non seulement les travailleurs sont soumis à une exploitation extrême, mais ils subissent souvent l’oppression et la domination des dirigeants de la mine, les contremaîtres, superviseurs et des membres de la sécurité. C’est particulièrement difficile pour les mineurs noirs. Des niveaux élevés de sécurité dans les mines signifient que les travailleurs sont constamment surveillés par des gardes de sécurité et des circuits de caméras, détection par scannage de l’iris de l’œil dans l’entreprise, et les fouilles corporelles humiliantes à la fin de la brigade.
En plus de l’oppression et de la domination routinières auxquelles sont confrontés les mineurs, les conditions de travail dans les mines sont très dangereuses et malsaines. L’équipement lourd avec lequel les mineurs travaillent à des centaines de mètres sous terre, la chaleur intense et des endroits exigus, causent des dommages permanents aux oreilles chez de nombreux travailleurs. Les travailleurs souffrent également de problèmes de peau causés par l’eau industrielle, dans la réduction de certains travaux, utilisée pour le refroidissement. De nombreux autres mineurs souffrent de silicose par inhalation de la poussière de roche lors du perçage. Afin de compléter leur revenu de base, de nombreux mineurs sont obligés de prendre des risques, ils portent assez accidents fois, comme travailler de longues heures sans sécurité et pour obtenir des bonus de production - qui deviennent une partie importante du revenu d’un grand nombre mineurs.
Ces conditions d’ exploitation, d’ oppression et de domination, avec un travail extrêmement dangereux, qui sont celles des mineurs, sont typiques de l’ensemble du secteur, je pense qu’il serait juste de dire que la grève chez Lonmin à Marikana est "liée à l’état de l’industrie minière dans toute l’Afrique du Sud », mais nous devons nous rappeler que la grève elle-même est due à des demandes spécifiques pour des augmentations de salaire des perceurs de roche, et n’a pas été liée aux luttes dans d’autres mines, et bien que plus tard les mineurs Marikana aient essayé de construire la solidarité avec les travailleurs des mines à proximité.

En plus du salaire de base de 4.000 par mois, certains mineurs reçoivent également une indemnité de logement. Ces subsides font partie d’une tentative de l’entreprise pour que les travailleurs quittent les hôtels, pour aller dans les bidonvilles près des mines, une tentative –semble-t-il de réduire les coûts et récupérer des bénéfices. L’un des principaux moyens par lesquels les entrepreneurs tentent de récupérer ou augmenter les profits, cependant, est de réduire la masse salariale par le biais de l’intermédiation du travail considérable et l’externalisation (30% des travailleurs employés dans Lonmin mine de Marikana sont externalisées), et ces travailleurs ont souvent un salaire beaucoup plus bas que leurs collègues qui sont permanents et ils n’ont pas accès aux aides au logement et aux soins de santé.

- De la lecture des rapports de ce qui s’est passé, il semble y avoir des preuves que le massacre n’était pas vraiment prémédité, dans une certaine mesure, par la chaîne de commandement de la police, car les flics n’avait pas de munitions réelle, mais ils avaient mis une clôture barbelée pour que les grévistes se dirigent vers eux pour échapper aux canons à eau et aux gaz lacrymogènes. Il est probable qu’au moins un certain niveau de violence a été planifiée à l’avance. Au-delà de la police, quel était le rôle de l’ANC (Congrès national africain, African National Congress ANC), le parti au pouvoir dans le bain de sang ? La déclaration sur le massacre sur le site Zabalaza condamne également la Ligue de la Jeunesse de l’ANC et des gens comme Julius Malema (ancien président de la Ligue de la Jeunesse de l’ANC, désormais exclu de l’ANC) pour avoir publiquement critiqué la police. Peux-tu-nous expliquer cela ?

Jonathan : La police sud-africaine (SAPS South African Police Service) est généralement considérée comme étant mal formé quand il s’agit de contrôler la foule, mais cela ne peut justifier le massacre surprenant de 34 mineurs le 16 août, dont certains, on l’a appris plus tard, ont été tués dans le dos alors qu’il tentait de fuir, d’autres poursuivis et exécutés quand ils se réfugiaient dans des éboulis rocheux proches.
Étant donné que la police a déclaré que le jour du massacre était "le jour J" pour la grève, et que la force spéciale d’élite de la police a été utilisée, il semble très clair qu’il y a eu une décision de briser la grève et de protéger les intérêts économiques et la propriété privée des employeurs en utilisant tous les moyens nécessaires. Le 13 août, une délégation de travailleurs de Lonmin de Marikana a été envoyé à la périphérie à la mine Karee pour tenter de convaincre les travailleurs de faire grève aussi. À son retour, la délégation a été la cible de tirs de la police, qui a fait deux morts chez les travailleurs. Les travailleurs ont essayé de se défendre, d’où deux policiers tués. Que le niveau de violence ait été planifiée à l’avance ou non, ou qu’il vienne tout simplement de la réaction de la police à la mort de ses collègues, quelques jours avant, le fait est que la police n’a pas hésité à recourir à une force excessive, et n’a montré aucun remords plus tard.
Un certain nombre de hauts responsables de l’ANC et des familles liées à elle, comme Mandela, Thambos, Zumas, etc., ont aussi exercent d’énormes intérêts économiques dans les sociétés minières platine. Intérêts Cyril Ramaphosa (un ancien chef de la NUM, National Union of Mineworkers South Africa, Syndicat national des mineurs d’Afrique du Sud) par exemple, fait non seulement partie de la direction et détient des participations dans Lonmin, mais il a des intérêts dans un certain nombre d’entreprises sous-traitantes à Marikana. Compte tenu de cette situation et le climat de grèves sauvages en cours et des sit-in dans l’ensemble du secteur ces dernières années, il semble vraisemblable que la décision ait été de donner un avertissement exemplaire sur les mineurs de Marikana afin d’intimider et de décourager les travailleurs de se lancer dans de futures actions, pour protéger les intérêts économiques de l’élite de l’ANC.
La Ligue de la jeunesse et Julius Malema, de leur côté, ont profité de l’incident pour critiquer publiquement la police et les dirigeants actuels de l’ANC afin d’obtenir le soutien des travailleurs, en essayant de renverser le président Jacob Zuma et de réinstaller Malema tout en consolidant la demande de la Ligue de la jeunesse de nationalisation des mines. Ainsi, prétendument les mineurs et les communautés voisines des mines pourraient avoir une participation plus juste de la richesse minière, mais, franchement, ce serait pour la Ligue de la jeunesse une façon d’accumuler de la richesse et de la puissance à travers les positions qu’ils désirent exercer dans l’État.


- J’ai lu que certains des principaux rapports de la presse ont mis en évidence l’affrontement entre deux syndicats, le NUM et AMCU Association des mineurs et de la construction de l’Union (AMCU Association of Mineworkers and Construction Union, Association des mineurs et syndicaux dans la construction), comme cause de la violence. Était-ce un facteur important ou un grossier canular pour détourner l’attention de la violence en Afrique du Sud ? Les syndicats, notamment le NUM, sont-ils coupables en collaboration avec les patrons ? Si oui poux-tu nous expliquer comment cela s’est passé ? L’AMCU est-elle meilleure ?

Jonathan : Dans toute l’industrie en général, de nombreux travailleurs qui font grève et des sit-in étaient des travailleurs contractuels ou employés par des agences de travail temporaire - qui sont parfois en dehors du NUM, qui se concentre sur les travailleurs permanents et spécialisés - qui ont senti que leurs intérêts n’étaient pas suffisamment représentés dans les accords par les fonctionnaires NUM. De plus, le NUM perdait en adhésion par rapport à l’AMCU, et il est possible qu’une partie au moins de la violence initiale ait été alimentée par la rivalité en termes d’adhésion. Pour les événements qui ont mené au massacre, il a été question de trois travailleurs tués par des hommes portant des chemisettes du NUM, bien qu’il soit difficile de savoir si les hommes armés étaient en fait des membres de la NUM ou juste embauchés comme nervis pour attiser la rivalité intersyndicale et diviser les travailleurs. Il faudrait voir, cependant, que l a grève à Marikana était en grande partie auto-organisée et a rassemblé les travailleurs non syndiqués et les membres du NUM et de l’AMCU.
L’accent mis sur rivalité syndicale et les affrontements entre les travailleurs a été largement répandue pour détourner l’attention à la fois sur les exigences très réelles et légitimes des travailleurs et sur le fait que la grève a été largement autogérée, échappant au contrôle des fonctionnaires des deux syndicats, peut-être pour renforcer l’image de la police comme un « défense de la paix » alors que qu’elle la défense de la violence pour sauvegarder la propriété et le profit.
Compte tenu de la nature corporatiste du NUM - et de Cosatu (Congress of South African Trade Unions, Congrès des syndicats sud-africains du Congrès des syndicats sud- africains) - en général, depuis 1994, on observe l’existence et le maintien d’une couche de bureaucratie syndicale des fonctionnaires qui repose sur la collaboration avec les employeurs. Les accords à long terme signés par les fonctionnaires du NUM bloquent les salaires pendant de longues périodes, les travailleurs mécontents ont recours aux grèves sauvages et aux sit-in. Les permanents du NUM ont critiqué les travailleurs à cause des grèves sauvages hors du cadre juridique et des termes des conventions de travail, où résident les intérêts des dirigeants syndicaux, au point qu’ils ont demandé aux grévistes de retourner au travail ou qu’ils ont demandé leur licenciement ou leur arrestation.
Je tiens à souligner, cependant, que nous ne voyons pas le NUM en soi comme un problème et nous sommes avec lui contre les patrons. Le NUM a remporté des victoires massives de travailleurs ces dernières années, en jouant un rôle clé dans l’effondrement du système d’« apartheid » dans le secteur minier. Sans le NUM, les conditions seraient bien pires. Cependant, nous nous sommes rendus compte que le NUM est de plus en plus sous le contrôle de fonctionnaires grassement payés, peu d’entre eux travaillent encore comme mineurs. Par conséquent, nous insistons sur la nécessité pour les travailleurs membres du NUM d’imposer leur contrôle sur le syndicat et de le faire revenir au niveau des intérêts des travailleurs, ce qui implique nécessairement la remise en question de l’alliance avec l’ANC, ouvertement alliés des propriétaires miniers.

L’AMCU pourrait être un peu mieux que le NUM car elle est indépendante de l’ANC et du SACP [South African Communist Party, PC d’ Afrique du Sud] , mais ce n’ est certainement pas à un syndicat contrôlé par la base ouvrière. Être un syndicat légaliste et les intérêts de sa bureaucratie lui interdise de soutenir l’action directe autogérée des travailleurs pendant les grèves sauvages et les sit-in.


- Quels sont les derniers développements de la grève ? J’ai lu que la police avait été torturé des détenus grévistes. Le 20 août, le journal Mail and Guardian a cité un mineur disant : "Mieux vaut mourir que de travailler pour cette merde ... Je ne vais pas arrêter la grève. Nous allons protester jusqu’à obtenir ce que nous voulons. On ne nous a rien dit. La police peut essayer de nous tuer, nous ne bougerons pas." Est-ce une attitude généralisée ou bien de nombreux travailleurs se sont laissé intimider ? Est-ce qu’il ya beaucoup de solidarité des autres mouvements sociaux en Afrique du Sud ?

Jonathan : Les mineurs en grève à Marikana ont accepté une augmentation des salaires de la direction de jusqu’à 22 %, une victoire partielle -bien qu’avec des primes de productivité le revenu est supérieur-, ils ont repris le travail le jeudi Août 20. Mais les troubles et les mouvements sociaux se sont multipliés dans le secteur minier depuis que les perceurs de roche ont lancé la grève sauvage à Marikana il y a six semaines. On a rapporté que190 sur les 260 mineurs arrêtés à Marikana ont été torturés et il est possible que cela, ainsi que la difficulté de maintenir une grève sans avoir d’argent, en vivant dans la pauvreté, a contribué pour que les travailleurs acceptent une offre inférieure à la demande original.
Des attitudes similaires ont été exprimées par les grévistes dans l’autres mines, mais il reste à voir si oui ou non ils seront en mesure de résister et de maintenir leur lutte jusqu’à la victoire. Depuis la tuerie il y a eu une série de piquets de grève et des manifestations de solidarité à travers le pays. Une campagne de solidarité pour Marikana a été lancée avec un fonds de solidarité. En raison de la capacité limitée et de notre propre orientation stratégique, nous au ZACF, cependant, nous ne participons pas activement à cette campagne, et je ne peux donc pas commenter sa composition exacte et l’orientation.


- Peux-tu nous donner d’autres cas de violence d’État contre les mouvements sociaux et du travail en Afrique du Sud ? Y a-t’il le danger de traiter le massacre comme un incident extrême, isolé et en ignorant d’autres cas de violence d’État et l’ensemble de la réalité du capitalisme en Afrique du Sud ?

Jonathan : La police dans la période post-apartheid en Afrique du Sud utilise des balles en caoutchouc, des gaz lacrymogènes, des grenades assourdissantes, des véhicules blindés et des hélicoptères contre les grévistes et les manifestants de la communauté [noire]. Avant Marikana, au moins 25 manifestants grévistes, et des enfants ont été tués par les forces publiques et de répression privée en Afrique du Sud. Un des plus connus, tout simplement parce qu’il a été capturé sur vidéo de façon spectaculaire et diffusé à l’échelle nationale, était le cas d’AndriesTatane 33 ans, tabassé puis tué par balle par la police lors d’une manifestation à Ficksburg en 2011. En 2009, cinq grévistes de l’Union africaine des employés municipaux ont été tués ou blessés, également en 2009, au moins trois personnes sont mortes lors d’une grande grève dans le secteur du platine, avec trois autres personnes tuées le 1er août 2012 et 20 blessés à la mine Aquarius Kroondal.

Bien que Marikana était plus une affaire de l’utilisation de la force meurtrière contre des civils par les forces de répression en Afrique du Sud depuis le massacre de 1960 Sharpeville et la fin de l’apartheid, c’est loin d’être un cas isolé, et il serait très dangereux de le voir ainsi. Alors que beaucoup reconnaissent avec raison le rôle et de la police et celui de l’Etat dans la défense des intérêts économiques des investisseurs dans le secteur minier et d’autres secteurs, la position communément admise - dont un grand nombre de personnes de gauche - est que l’État est une entité neutre, et que la violence policière est le résultat d’une mauvaise formation et de ses chefs, ce qui est désastreux pour la cause des travailleurs et de l’émancipation populaire. Ce point de vue ne parvient pas à reconnaître le rôle central de l’État et de ses organes répressifs dans le maintien du capitalisme et de la défense de la propriété privée et les intérêts économiques de l’élite dirigeante. L’alternative présentée habituellement se concentre sur l’État et l’idée que la prise du pouvoir par un parti des travailleurs ou d’une avant-garde révolutionnaire - ou tout simplement en remplaçant quelques pommes pourries en haut - peuvent transformer l’État en une institution qui peut être utilisé pour servir les intérêts des classes populaires, et même comme un outil dans la lutte pour l’émancipation. Ceci, bien sûr, renforce la dépendance et l’espérance du salut par le haut, plutôt que d’encourager l’indépendance et la confiance en soi de la classe ouvrière pour obtenir sa libération.

- As-tu des commentaires ?

Jonathan : Pas vraiment - juste pour remercier Mutiny de l’occasion offerte de présenter nos points de vue et d’indiquer aux lecteurs intéressés par une analyse plus approfondie de Marikana et des luttes dans le secteur du platine, l’article de Shawn Hattingh de ZACF « What the Marikana Massacre tells us » [qui nous enseigne le massacre de Marikana] », qui est la principale source de cette interview.
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Re: Massacre de mineurs en grève en Afrique du Sud

Messagede apeqli le Lun 23 Sep 2013 20:22

http://www. rfi.fr/afrique/20130920-afrique-sud-police-verite-tuerie-marikana-enquete-mineurs-salaire-anc-cosatu
Afrique du Sud: la police n'aurait pas dit toute la vérité sur la tuerie de Marikana
Manifestation des familles des victimes à Pretoria, le 12 septembre 2013, contre le refus du gouvernement sud-africain de financer la défense des victimes de la fusillade policière de Marikana.
Manifestation des familles des victimes à Pretoria, le 12 septembre 2013, contre le refus du gouvernement sud-africain de financer la défense des victimes de la fusillade policière de Marikana.
REUTERS/Ihsaan Haffejee
Par RFI

En Afrique du Sud, la police aurait menti au sujet des circonstances de la « tuerie de Marikana » en août 2012. A l’époque, la police avait tiré sur des mineurs qui manifestaient à Marikana pour une hausse de leur salaire. Trente-quatre mineurs étaient morts. La police avait invoqué la légitime défense, accusant certains mineurs d’être armés. Depuis, une commission d’enquête, mise sur pied par le gouvernement, est chargée de faire la lumière sur cet incident et d’établir les responsabilités. Et après des mois d’audiences, jeudi, cette même commission a fait savoir qu’elle avait de nouveaux documents indiquant que la police n’a pas dit toute la vérité.

Par Alexandra Brangeon

La commission dit avoir obtenu l'accès informatique à des disques durs appartenant à des membres de la police. Sur ces disques durs, elle a pu récupérer des documents que la police affirmait ne pas détenir. Mais aussi des pièces qui sembleraient avoir été falsifiées et même fabriquées après les événements. On n’a pas accès à ces documents, mais apparemment il s’agirait de vidéos et de photos qui incrimineraient les forces de sécurité.

Par exemple, une vidéo avec des mineurs morts et les mains attachées dans le dos. Il y aurait également des photos de victimes allongées par terre sans armes, et quelques heures plus tard, les mêmes photos sont prises avec des armes autour des corps. Bref, des documents qui, pour la commission, « prouvent que la version de la police sur les événements de Marikana ne correspond pas à la vérité ». La commission n’utilise pas le mot mentir, mais on n’en est pas loin.

La police affirme avoir agi en légitime défense…

Les policiers sud-africains récupèrent des armes soi-disant utilisées par les mineurs grévistes de Marikana, en août 2012.
20/09/2013 - Afrique du Sud
Afrique du Sud: la police mise en cause par une commission d’enquête sur la tuerie de Marikana

La police a accusé certains mineurs d’être armés de couteaux et de machettes. La chef de la police nationale Riah Phiyega n'a jamais admis la moindre responsabilité des forces de sécurité. Et à ce jour, aucun policier n’a été inquiété pour la mort de ces 34 mineurs. Et pourtant les premières auditions avaient déjà révélé que certaines victimes avaient été poursuivies et abattues dans le dos par des policiers.

... et regrette la méthode utilisée par la commission

Ce vendredi matin, la police a simplement publié un communiqué regrettant de ne pas avoir pu clarifier ces informations avant qu’elles ne soient rendues publiques. Elle regrette la méthode utilisée par la commission. Et rappelle que cette commission est censée être neutre. La police ajoute qu’elle sera prête à répondre à toutes les questions mercredi prochain quand la commission reprendra ses audiences.

Le mutisme de la classe politique

Ce qui est plus étonnant, c’est le manque de réaction du monde politique. Il n’y aucune réaction du gouvernement, du parti au pouvoir, l’ANC, de la Cosatu, la principale confédération syndicale. Ni même du parti de Julius Malema, que RFI a eu en ligne cet après-midi. Il y a un silence total sur cette affaire.

Ce qui dérange, ce sont les liens entre la police et la compagnie minière Lonmin qui détient le site de Marikana et le gouvernement et donc l’ANC. Le gouvernement paye les avocats qui représentent la police auprès de la commission. Les mineurs, qui n’ont pas les moyens d’avoir une représentation légale, accusent le gouvernement de prendre parti. Donc, il y a un conflit entre les deux et la Cosatu est déchirée entre son alliance avec le gouvernement et son devoir de défendre les travailleurs. RFI a également tenté de joindre tout au long de la journée AMCU (Association des mineurs et du bâtiment), le petit syndicat radical à qui appartenaient les mineurs, en vain. Seule l’Alliance démocratique de Hellen Zille, la maire blanche du Cap, s’est exprimée, disant qu’il s’agissait d’ « une des révélations les plus choquantes de notre démocratie ».

Quelles implications ces révélations vont-elles avoir ?

On est passé d’un débat sur « y a-t-il eu légitime défense ? » à « y a-t-il eu tentative de dissimulation ? Et si c’est le cas, qui en a donné l’ordre ? Jusqu’où remonte la responsabilité ? »

Cette affaire met en cause l'intégrité et l'honnêteté du haut commandement de la police sud-africaine. La semaine dernière, la commission a auditionné le lieutenant-colonel Duncan Scott, qui était chargé des opérations policières pour contenir la manifestation de Marikana. Lors de son contre-interrogatoire, il a proposé le disque dur de son ordinateur à la commission. Et c’est là qu’auraient été trouvés certains documents qui n’avaient pas été apportés au dossier auparavant. Il semblerait qu’en faisant cela le lieutenant-colonel ait cherché à impliquer sa hiérarchie et de montrer que si manipulation il y a, cela vient de bien plus haut. La commission d’enquête va reprendre ses audiences la semaine prochaine.
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