Tunisie

Re: Tunisie

Messagede 1+1=plus que 2 le Jeu 3 Mar 2011 03:37

Denis a écrit:voui, ça y est, un copain algérien de Paris m'a traduit le message par téléphone en Français , c'est au pied levé mais bon ça donne ça :


Super Denis, remercie ton pote en passant !...

- reconstruction de la charte national
- rectification de certains articles qui la compose
- annulation pur et simple de condamnation d'hommes politiques
-disparition de la répression et de la dictature
-refus catégorique et total de toutes ingérence des pays étrangers
-ouverture à tout les partis


Ben c'est un peu nul à chier comme revendications !

D'après le titre (tiré de Thala Solidaire ) il s'agit de revendications (apparemment de la rue ?) qui seraient les mêmes à Tunis et à Sfax...

Ben en fait ça a pas l'air du tout d'un truc qui vient de la rue ça...
(interruption du journaliste) : il n'y a pas d'organisation politique alors ?

(réponse de Hamed) : non, pas de parti ni de syndicat, c'est juste des efforts de chaque individus de chez nous


Et moi je suis le pape ! La plate-forme de "revendications" c'est la plate-forme minimale, le plus petit dénominateur commun, de tous les partis en même temps !,

on s'est regroupé,
nous, les jeunes pour organiser cette révolte. Des groupes de jeunes avec des représentants dans chaque groupe. Je suis simple citoyen
et ils m'ont désigné (élu) pour que je soit coordinateur de ce groupe-ci.


Cause toujours !
Combien tu prends pour trahir tes frères et soeurs ?!

La révolution c'est a population qui la construit par les "démocratouilles" pour lesquels tu travailles !


Nos revendications sont très simples (basiques)

Là tu t'es encore planté, tu voulais sans doute dire merdiques !

Ben merci quand même à ton pote Denis !
"La vérité est une suite d'erreurs justifiées", donc ça sert vachement cette traduction pour constater combien y'en a qui cotinuent de vouloir récupérer.
Mais à priori parmi les gens dans la rue y'en a beaucoup qui sont loin d'être dupes, car ils continuent d'y parler, de se battre, de chercher, de proposer, de dégager les retourneurs de vestes, et de construire La Liberté et pas la démocratie !

La démocratie est un outil !

La démocratie représentative est une grosse arnaque qui génère souffrances et misère !
La démocratie directe peut elle aussi générer souffrance et misère, si les gens qui la pratiquent sont des tyrans en puissance...

"Le but c'est La Fraternité, le moyen c'est L'Égalité, la base c'est La Liberté"
Ricardo Mella

la traduction n'est pas terminée


Non, mais là c'est bon en fait...

A+ avec mon copain :amour::


Yep ! 8-)
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Re: Tunisie

Messagede Denis le Ven 4 Mar 2011 19:04

bah je reconnais qu'au téléphone c'est pas évident, mais bon, j'ai vraiment noté mot à mot pendant qu'il écoutait et traduisait le lien vidéo
Denis
 

Re: Tunisie

Messagede 1+1=plus que 2 le Ven 4 Mar 2011 20:34

La traduction est sûrement correcte, c'est le contenu qui est nul...
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Re: Tunisie

Messagede fu hsang le Sam 5 Mar 2011 08:25

jamais content ^^
bien sur que ça suffit pas , c est pour ça que il faut bouger notre cul pour faire partir ici ^^

les revolutions ne se limitent pas au mouvement emeutier , mais, c est bien un chemin , une contruction longue et edifficile ,
si tu veux vite fait eclater des boss de fin de mission , bin rejoins les bolchs
zn tunisie , ils /elles continuent
fu hsang
 

Re: Tunisie

Messagede spleenlancien le Ven 1 Avr 2011 08:58

Mohand Aziri, El Watan a écrit:Après l'euphorie révolutionnaire, le vertige des lendemains incertains
La Tunisie au milieu du gué
Un parfum de Trafalgar Square flotte sur l'avenue Habib Bourguiba. Enivrant et libertaire. Un souffle germinal parcourt l'avenue la plus emblématique de Tunis, rebaptisée symboliquement avenue Mohamed Bouazizi, du nom du premier martyr de la révolution tunisienne. La Tunisie entière vit au rythme de la révolution depuis ce cathartique vendredi 14 janvier qui a vu la chute de Ben Ali.
Tunis.
de notre envoyé spécial

Zine Al Haribine Ben Ali (Ben Ali, le fuyard), quolibet sentencieux parmi d'autres par lequel les Tunisois se vengent de l'ancien maître de Carthage, leur ancien bourreau. «Ethaoura tounssia» est sur toutes les lèvres. Disséquée, analysée, vantée, et parfois même vilipendée, la «révolution tunisienne» est portée au firmament, fonde le nouvel orgueil et la fierté nationale. Dans les bars-cafés transformés en QG de partis politiques, dans les médias publics et privés, la «révolution» est servie sous toutes ses coutures, encensée à satiété, et consommée avec boulimie.
Des débats houleux, sur la laïcité, la nouvelle Constitution, le nouveau code électoral, les élections (de la Constituante) du 24 juillet prochain, la nature du régime : parlementaire ou présidentiel… occupent l'espace public de plus en plus gagné par l'effervescence. On débat aussi de la composante et prérogatives de l'Instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la dette tunisienne (14,4 milliards de dollars) et les biens détournés par les clans Ben Ali/Trabelsi. Pas un jour ne passe sans qu'il ne charrie ici son lot de manifestations publiques. Les sempiternelles «Iatissamate» (manifestations) agacent commerçants, taximen, hôteliers… et les nostalgiques de l'ordre policier de Ben Ali. Juges, communaux, avocats, enseignants, hospitalo-universitaires, chômeurs diplômés (plus de 100 000 universitaires sans emploi) travailleurs des régies privés de transports, rapatriés de Libye (Plus de 50 000 Tunisiens travaillent en Libye), étudiants, etc. Tous les corps de métiers sont pris de convulsions, battent le pavé dans l'espoir d'améliorer un pouvoir d'achat, un rattrapage salarial. La cité administrative de La Casbah mitoyenne à l'avenue Habib Bourguiba, l'Hôtel de ville, l'esplanade du Théâtre communal, «edakhilia», le bâtiment du ministère de l'Intérieur aux allures de bunker – et où se trouvent les bureaux des polices politiques – entouré de fils barbelés et gardé par les blindés de l'armée, sont pris d'assaut quotidiennement par des centaines de manifestants.
La révolution permanente
«Thour thour ya chaâb, alla bakia edictatour» (peuple, révolte-toi encore et encore contre les restes de la dictature), scandent des Tunisiens.
«C'est une révolution permanente», s'égosille Nizar Amami, syndicaliste PTT et porte-parole de la Ligue de la gauche ouvrière. Très influent au sein de la centrale UGTT et cheville ouvrière du «Front du 14 janvier», le premier conseil de la révolution tunisienne formé d'une dizaines de partis et associations corporatistes et organisations de la société civile, le groupuscule trotskiste est sur tous les fronts. Des cercles de débats passionnés et passionnants se forment presque toutes les après-midi le long de l'avenue principale et durent jusqu'au milieu de la nuit. Des noria de militants, sympathisants de tous les courants politiques : Baâth, nationalistes nassériens, «khouanjia» (les Frères) BCBG de Nahda, ou les salafistes hard du mouvement Tahrir – interdit –, jusqu'aux mouvements hétéroclites de la gauche et de l'extrême gauche radicale qui s'essaient à l'exercice nouveau de la politique. Une cinquantaine de formations politiques – sur plus de 105 demandes déposées au niveau du ministère de l'Intérieur – dispose désormais d'un agrément en bonne et due forme.
L'inflation démocratique
«Une inflation de projets politiques. Un supermarché à idées et programmes dans lequel se perdent les Tunisiens trop longtemps sevrés d'expression libre», fait observer Moufida Belghith du conseil de l'Ordre des avocats. «Avant la chute de Ben Ali, nombre de mes amis n'osaient même pas me serrer la main en public. Maintenant, ils le font volontiers, un peu comme pour demander pardon», disait amusé Kamel Comba.
A l'instar de centaines d'opposants aux régimes de Bourguiba et Ben Ali, Kamel est passé plusieurs fois par la case prison. De ces endroits «lugubres, noirs et froids» dont regorgeait le régime de Zaba et Bourguiba. Et pas n'importe laquelle : la sinistre prison de Tunis de Gorjani où l'ex-militant clandestin de la gauche radicale et membre fondateur des Patriotes démocrates à l'université (Wadaj) a été embastillé une première fois en 1982, puis en 1985. «Ma mère en est morte de chagrin», ajoute-t-il d'une voix éraillée. Nombre de ces partis qui activaient dans la clandestinité n'ont effectué leur première sortie publique que la semaine dernière. Au cinéma Mondial ou à l'espace El Teatro pour les plus modestes financièrement, le Palais des congrès pour les plus nantis.
Une pléthore de personnages politiques sort de l'ombre, un foisonnement de partis microscopiques nés de la chape de plomb qui n'est plus, de la parole libre. Libre à telle enseigne qu'elle nourri chez certains Tunisiens de l'agacement, de la peur, des appréhensions. «C'est un saut dans le vide et sans parachute», décrit le cinéaste Mohamed Adjbouni. «La révolution tunisienne n'a rien de douce ni de romantique, ajoute-t-il. Ce sont les médias français qui nous ont collé cette appellation absurde de révolution du Jasmin. Mais avaient-ils seulement croisé une seule fois les couronnes de jasmin ? Je me le demande encore !». Peu de touristes se hasardent encore en Tunisie et ce en dépit des offres alléchantes et racoleuses des tour-operators. Et pour cause ! Les braquages, rixes, vols… sont légion – 10 000 prisonniers de droit commun s'étaient évadés des bagnes tunisiens pendant les événements de janvier – écornant la réputation lisse et doucereuse de la capitale tunisienne, jadis mecque des bourses moyennes européennes.
La ville sent assurément moins la rose et le jasmin d'antan. On grille les feux rouges, chose quasi inimaginable il y a à peine 40 jours ; stationnement sauvage de véhicules, ramassage défaillant des ordures ménagères… et à l'image des villes d'Algérie, une armée de vendeurs à la sauvette squattent en toute quiétude les grands boulevards.
Le blocage de centaines de municipalités, dont les «élus» RCD ont soit démissionné et/ou se sont volatilisés dans la nature, a installé la ville dans un état de non- gestion. La police et la garde nationale qui suscitent encore la méfiance des Tunisiens se sont mis en mode veille ou presque.
L'intervention mercredi dernier des «hakem», les policiers, pour déloger des manifestants qui se sont rassemblés à La Casbah étaient à deux doigts de raviver les tensions.
Le come-back du RCD
L'euphorie et le triomphalisme révolutionnaires ont cédé peu à peu la place au vertige des lendemains incertains. La peur de l'inconnu. La peur du «retour» du RCD, l'ancien parti au pouvoir, officiellement dissous, mais qui sous d'autres sigles revient au devant de la scène. Le nouveau Parti national, notamment, à sa tête un ancien ministre de l'Intérieur de Ben Ali. «Le RCD est une bombe à fragmentation. Mille et un éclats peuvent encore nous atteindre», déclarait, dimanche lors d'un meeting, le leader du Congrès pour la République, le neurologue Moncef Merzouki.
La crainte, dit Mustafa Ben Ahmed, syndicaliste et membre de l'exécutif de l'UGTT, est que la Tunisie devienne le nouveau laboratoire de l'internationale islamiste ou du grand capital. Tout est ouvert sur tout dans la conjoncture où nous sommes, y compris une guerre civile, car il suffit de quelques camions d'armes qui entrent par les frontières pour… . «En définitive, si l'insécurité persiste, la situation économique se détériorera davantage, cela ne fera qu'inciter l'armée et sa junte militaire, qui est en train de se former, à l'intervention directe ou indirecte pour la prise du pouvoir. C'est un scénario auquel se prépare sérieusement la nouvelle élite militaire et c'est d'autant plus plausible qu'il rejoint une demande populaire certes pas expressément formulée, mais qu'elle appelle de ses vœux.»



Article original :
http://www.djazairess.com/fr/elwatan/318498
spleenlancien
 

Re: Tunisie

Messagede hocus le Ven 8 Avr 2011 21:21

Avec 6 jours de retard :


Le nouveau ministre de l’intérieur annonce la couleur
La Tunisie renoue avec la répression policière
le 03.04.11 | 01h00



Une nuit de terreur et de répression barbare digne du temps du régime de Ben Ali. Quarante-huit heures après la nomination du nouveau ministre de l’Intérieur Habib Essid – qui a occupé plusieurs fois les fonctions de chef de cabinet de ministres de l’Intérieur sous Ben Ali –, les Tunisois ont eu à revivre, dans la nuit de vendredi à samedi, des scènes de violence inouïe qu’ils pensaient à jamais révolues depuis le 14 janvier.

Tunis
De notre envoyé spécial

En début de soirée, alors que des centaines de manifestants observaient un sit-in devant le bâtiment du ministère de l’Intérieur exigeant le départ du président provisoire Foued Mebazaa et du Premier ministre Béji Caïd Essebsi, les agents de la police antiémeute, communément appelés les «BOB» et de la Garde nationale ont sonné la charge. Gaz lacrymogènes, passage à tabac et interpellations des manifestants. Une grosse panique s’est emparée des habitués et hôtes de l’avenue Habib Bourguiba qui s’est vidée en deux temps trois mouvements. Les jeunes manifestants se sont réfugiés dans les rues et boulevards adjacents et ont dressé des barricades, rue de Marseille, avenue de Paris, avenue de Palestine. Ils ne tiendront pas longtemps sous la charge violente des agents, dont le gros des contingents de policiers en tenue civile, cagoulés, roulant à moto ou chevauchant les blindés de la Garde nationale.

Poursuivis à l’intérieur des quartiers populaires, nombre de manifestants ont violemment été pris à partie par les «milices» du ministère de l’Intérieur, armées de gourdins et autres barres de fer. Le communiqué du ministère de l’Intérieur parle d’une opération de «maintien de l’ordre» et justifie le recours à la force par le fait que les manifestants ont été les premiers à user de la violence contre les services de police. C’est la deuxième fois en moins d’une semaine que le gouvernement provisoire a recours à l’usage de la répression. Début de la semaine dernière, les policiers ont eu à disperser violemment un rassemblement à la Casbah.

Durant la même journée de vendredi, plusieurs manifestations et marches ont eu lieu. Pendant que les jeunes militants du PCOT (Parti communiste ouvrier), de Nahda et du mouvement des Patriotes démocrates, etc., étaient contenus au niveau de Bab Jedid par les forces de police les empêchant d’atteindre le palais du gouvernement situé à la Casbah, l’avenue Bourguiba était, elle, le théâtre d’une démonstration de force des salafistes de la nébuleuse Al Tahrir. A l’heure de la prière du vendredi, plusieurs centaines de militants et sympathisants d’Al Tahrir (interdit) ont fermé une aile de l’avenue et organisé une prière publique suivie d’une procession imposante. Aujourd’hui, à midi, la police est de nouveau intervenue pour chasser du Théâtre communal, les manifestants de la Casbah I, II, et III, abréviation désignant des types d’alliances politiques. Lors d’une interview accordée mardi à trois chaînes TV tunisiennes, le Premier ministre, Caïd Essebsi, annonçait déjà la couleur et un nouveau cycle de répression. Dans son speech télévisé, décrié par les partis de l’opposition, le Premier ministre a insisté sur l’impérieuse nécessité de «restaurer l’autorité de l’Etat».

Révolution Acte II

«C’est un mauvais signe», commente Moncef Marzouki, président du Congrès pour la République. «L’agressivité et l’extrême brutalité des forces du désordre, dit-il, portent la signature des hommes de Ben Ali.» Essebsi, un «adepte de la méthode et de la pensée «bourguibienne» serait, d’après Marzouki, en train de régler ses comptes avec le «benalisme» par révolution interposée. Si «le gouvernement s’entête à mener seul la barque de la transition démocratique, à user de provocation et de répression disproportionnées, la Tunisie n’est pas à l’abri d’un Acte II de la révolution». Même son de cloche chez Chokri Belaïd du Mouvement des patriotes démocrates pour qui le retour aux affaires de Habib Essid n’augure rien de bien réjouissant et hypothèque sérieusement la prochaine élection de l’Assemblée constituante. «La nomination d’Essid signe le retour en force de la police politique et des méthodes musclées», souligne-t-il.

Le Conseil de la sauvegarde de la révolution et le «Front du 14 janvier» qui regroupent une pléthore de formations politiques de l’opposition sont en conclave depuis vendredi pour étudier les voies et moyens de riposter à l’offensive du gouvernement Essebsi, a déclaré Nizar Ammami, syndicaliste PTT et porte-parole de la Ligue de la gauche ouvrière. Dans un communiqué rendu public, le conseil en question a dénoncé la répression aveugle et les velléités de «confiscation» de la révolution tunisienne. Le 27 février dernier, et suite à des manifestations monstres qui ont duré plusieurs jours à la Casbah et encadrées par le «Front du 14 janvier», Mohamed Ghannouchi a été contraint de démissionner. En sera-t-il de même pour l’actuel Premier ministre qui n’a que 22 jours à la tête du gouvernement ?

Mohand Aziri


http://www.elwatan.com/evenement/la-tun ... 50_115.php
hocus
 

Re: Tunisie

Messagede vroum le Dim 10 Avr 2011 17:05

extrait du Monde Libertaire n°1630 (7-13 avril 2011)

http://www.monde-libertaire.fr/international/item/14431

Retour sur la Tunisie

La situation actuelle en Tunisie n’attire plus l’attention de l’actualité qui, toujours
très volatile, s’est déplacée vers d’autres lieux placés en tête de ligne des agences de
presse. Les croisés soit-disant humanistes et militarisés de l’Occident accourent au
chevet du peuple libyen, drapés dans leurs hypocrites résolutions démocratiques et
désintéressées, pendant que les Bahreïnis se font discrètement écraser par les armées
saoudiennes et émiraties… L’Égypte a voté (et puis après ?), les syriens s’y mettent et
en payent le prix fort, et pendant ce temps les Yéménites résistent comme ils peuvent…
Alors que se passe-t-il en Tunisie, prés de trois mois après la fuite de Ben Ali ? Sur la
désormais fameuse place de la Kasbah, siège du gouvernement tunisien, les manifestants,
venus du centre de la Tunisie, d’où est parti le soulèvement de décembre dernier,
campaient depuis le 19 février et réclamaient, entre autres, la dissolution de l’ancien
parti au pouvoir et de la police politique. Le 25 février, avait lieu les plus
importantes manifestations, à Tunis et dans toutes les villes du pays, plus importantes
encore que celles du 14 janvier qui précédèrent la chute du régime. Les manifestants
exigeaient le départ du Premier ministre, qui était en place depuis onze ans et avait
servi Ben Ali avec zèle et application. À l’issue de violents affrontements avec la
police, qui firent cinq morts et plusieurs dizaines de blessés, le Premier ministre a été
viré, et remplacé par un ancien ministre de Bourguiba, Béji Caïd Essebssi.
Habilement, il a répondu par l’annonce de l’élection en juillet prochain d’une assemblée
constituante, après la réforme du code électoral ; la justice tunisienne a prononcé la
dissolution du RCD, le parti de Ben Ali ; la police politique a été officiellement
dissoute. Malgré ces annonces, la population reste très méfiante, car si effectivement
des avancées politiques ont eu lieu, comme la liberté de la presse et d’organisation
politique, les tractations en coulisse, l’ingérence étrangère manifestée par la visite de
la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton et la normalisation en cours font
craindre un rapide retour à l’ordre et la non-satisfaction des attentes populaires.
Partout, dans tous les secteurs, des grèves ont éclaté : les revendications mettent en
avant les salaires, les conditions de travail, l’emploi. Dans le secteur touristique, en
plein marasme, qui emploie directement près de 300 000 personnes et représente près de 7
% du PIB, les demandes de titularisation des trop nombreux contrats précaires et de
hausse salariale sont très fortes. De nombreuses usines sont occupées ; certains patrons
étrangers, en majorité français, vont jusqu’au lock-out, ou menacent de délocaliser vers
d’autres cieux plus cléments au capital. Parfois, des hausses de salaire sont accordées
localement, sans véritables négociations de branche ou catégorielles. En maints endroits,
les sections syndicales sont débordée par la base, qui sait que c’est le moment ou jamais
pour tenter de faire aboutir les revendications. Le peuple tunisien reste frustré, ses
attentes concrètes en matière d’emploi, de salaire et de niveau de vie sont non
satisfaites à ce jour. Des allocations, quelques subsides sont lâchés pour tenter de
faire taire la grogne sociale. De plus, les vieilles habitudes policières n’ont pas
disparu, les victimes de la répression des manifestations n’ont toujours pas obtenu
réparation, aucun responsable des assassinats perpétrés par la police n’a à ce jour été
inquiété. Ce qui est à craindre, et qui déjà semble se profiler, c’est la confiscation de
cet élan révolutionnaire par une fraction de la bourgeoisie, qui s’est débarrassée de la
clique de Ben Ali devenue trop gênante et trop gourmande, et qui souhaite au plus vite
reprendre ses affaires. La mise en place de la « Haute instance pour la sauvegarde de la
révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique », machin
hétéroclite où siègent une centaine de personnalités plus ou moins cooptées et censées
donner une feuille de route pour la mise en place de réformes politiques ne doit pas
faire illusion : ce jeu politicien ne répondra pas aux aspirations légitimes du peuple.
Chaque parti nouvellement autorisé, et ils sont cinquante dans ce cas, entend tirer à lui
les bénéfices et se prépare pour la course au pouvoir. On le voit, la révolution reste à
faire, et après l’euphorie de la chute du dictateur, le travail sérieux d’organisation et
de lutte au quotidien pour la transformation sociale ne fait que commencer. Après avoir
courageusement combattu la dictature, au prix de dizaines de morts, après avoir recouvré
dignité et libre parole, les Tunisiens doivent maintenant s’engager dans la lutte contre
les exploiteurs, tout « démocrates » qu’ils se prétendent. C’est à nous, anarchistes, de
soutenir, d’aider, de faire connaître nos buts et nos moyens d’action, à tous ceux qui
sont en lutte pour la liberté et la dignité, pour l’égalité et la justice, contre la
domination et le système capitaliste, qu’ils soient de Tunisie, de Libye ou d’ailleurs.

Mohamed, groupe Pierre-Besnard de la Fédération anarchiste
"Prolétaires du monde entier, descendez dans vos propres profondeurs, cherchez-y la vérité, créez-la vous-mêmes ! Vous ne la trouverez nulle part ailleurs." (N. Makhno)
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Re: Tunisie

Messagede Denis le Lun 18 Avr 2011 20:22

La nouvelle dynamique des échanges
franco-tunisiens

comme quoi le capitalisme a encore de beaux jours devant lui !

Conférence et rencontres d'affaires

en présence de Monsieur Abdelazi z RASSAA
Ministre tunisien de l'Industrie et de la Technologie,

Mercredi 11 mai 2011
de 9h00 à 17h00
Chambre de commerce et d’industrie de Paris
27 avenue de Friedland 75008 Paris

En savoir plus. S'inscrire.

Nota : le nombre de places étant limité,
nous vous recommandons de vous inscrire sans tarder.

Inscription possible par fax 01 55 ** 39 75 ou par mail diacimagh rebpmo@cci p.fr

Contact : + 33 1 55 65 ** 98

Conformément à la loi du 6 janvier 1978, vous disposez d’un droit d’accès auprès de c pdp@c cip.fr Vous disposez également d'un droit de modification, de rectification et de suppression des données à caractère personnel vous concernant auprès de dcek leov@cc ip.fr ou en cas de difficulté, auprès de c pdp@cc ip.fr.


Ce message et toutes les pièces jointes sont confidentiels et/ou couverts par le secret professionnel et transmis à l'intention exclusive de ses destinataires. Toute modification, édition, utilisation ou diffusion non autorisée est interdite. Si vous avez reçu ce message par erreur, merci d'en informer son émetteur ou le signaler à cpdp@cc ip.fr. La CCIP décline toute responsabilité au titre de ce message s'il a été altéré, déformé, falsifié ou encore édité ou diffusé sans autorisation. Si l'objet de ce message est indiqué comme "privé", son contenu est sous la seule responsabilité de son auteur.



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et le Boris Bo.. est toujours là !!!

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Denis
 

Re: Tunisie

Messagede spleenlancien le Sam 30 Avr 2011 08:25

Ons Bouali, Nawaat a écrit:NDLR : Pour les besoins de la rédaction, aucune femme n’a été maltraitée, exploitée ou battue. Aucun hijab ni niqab n’ont été brûlés. Seuls le recours à la raison humaine finie et quelques tasses de café ont été de mise.

L’exception tunisienne est désormais renversée. A l’heure où les Saoudiennes, les Iraniennes et autres confinées sous les tissus de misère se battent pour leurs droits d’êtres et de citoyennes, les Tunisiennes, qui à ce jour portaient le flambeau de l’émancipation féminine dans le monde arabo-musulman, voient certaines de leurs compatriotes abandonner le front et tirer, telles des mercenaires, sur leur propre camp. « Mon niqab est ma liberté », scandent les voilées jusqu’à l’œil. Elles y croient dur comme fer. Elles se disent libres de renoncer à leur liberté, telles un agonisant sur son lit de mort qui vous martèle : « Je suis libre de m’euthanasier.»

La sacro-sainte liberté personnelle, qu’on n’y touche pas. Vous entendez ? La liberté de culte et un devoir dit religieux, imparables. Vous voulez en parler ? Vous allez vous égarer sur un champ miné. Le débat est clos, esquivé plutôt. Et gare à vous si la raison vous pousse à y voir plus clair. Vous pensez jouir enfin de la liberté d’expression, vous ne connaitrez pas celle de penser. Gare à vous si vous critiquez le port du hijab, niqab, tchador et autres draps venus d‘ailleurs. Vous êtes – au choix – islamophobe, athée, RCDiste, sioniste et un larbin de l’Occident. Que nenni concitoyens! Que nenni, c’est relou et rimbou! Les musulmanes « tuniso-tunisiennes » veulent comprendre, se questionnent. Sommes-nous moins musulmanes que les Koweitiennes, les Afghanes, les Pakistanaises ? Non. Alors pourquoi ce nouveau schisme textile qui nous divise à l’intérieur de nos frontières ? Toutes les générations de safsari –et sans safsari- qui nous ont précédées ne connaissaient pas l’Islam ? Ou le hijab est à la musulmane ce que l’habit est au moine ?

Quand la technologie sert l’obscurantisme

D’autres questions se posent, sur le petit écran cette fois. Faut-il cacher les deux mains, un doigt, plusieurs ? Faut-il cacher un œil, les deux, aucun ? Le débat sur le voile est désormais réduit à cela, au nombre de centimètres carrés de peau tolérés. Une version plutôt soft de ce que vous pouvez écouter sur les chaines satellitaires.

En effet, parmi les résultats d’une rencontre anachronique entre les intellects rétrogrades et les nouvelles technologies, figurent les émissions religieuses rigoristes du Golfe, les conquistadors de l’audimat dont le nom vous promet la lumière du cœur, une paix spirituelle, une foi sereine. Vous y trouvez de longs débats sur l’art du châtiment ou comment battre sa femme sans l’humilier. Sadisme vous dites ? Ça y ressemble. Vous découvrez un nouveau clergé audio-visuel qui vous dicte entre autres ce qu’il faut porter, ce qu’il faut penser, si les animaux sont hram (véridique) et si les hommes doivent uriner debout ou assis (véridique aussi). Est-ce là vos préoccupations concitoyens?

Sur une de ces chaînes, un homme sorti des ténèbres vante les mérites des satellites dans l’endoctrinement des cerveaux tunisiens. Une sorte de croisade satellitaire du XXIème siècle mi-wahhabite mi-salafiste. L’homme de Cro-Magnon, dont la longueur des poils faciaux est inversement proportionnelle à celle des dendrites de ses neurones, jubile. « Fatahna Tounes», assure-t-il. Il crache sur la tombe de nos penseurs, piétine de ses pieds poussiéreux notre Histoire quadri-millénaire et personne ne zappe.

Safsari Vs. Hijab

Toute une technique que de mettre le hijab. Sauf qu’au son «triq » de l’épingle qui se ferme, certaines pensent sceller en elle la vérité absolue. Si vous froncez les sourcils à la vue de cet ornement austère – les couleurs et les goûts ne se discutent pas cela dit – c’est l’islam que vous critiquez. Pire, c’est Allah que vous niez. N’est-ce pas là le vrai blasphème ? On vous ferait douter de votre islam et de celui de vos aïeules, les bédouines au front tatoué, dans leurs malyas colorées.

Le hijab est si étranger aux musulmanes « tuniso-tunisiennes » que les féministes les plus farouches d’entre elles finiraient par ressentir la nostalgie du safsari. Si la Tunisie sombre dans l’obscurantisme et que la menace du vitriol les contraint à se couvrir entièrement, la mode étant au vintage, elles porteront les habits de leurs grands-mères et non ceux revisités par Hassan Al Banna et Khomeiny. Là au moins, c’est tunisien. Tu-ni-sien.

Niqab, faux débat

Débattre d’un sujet quel qu’il soit ne se résume pas à la question : « Etes-vous pour ou contre? » Imaginez un débat sur l’esclavage qui aborderait la question : « Pour ou contre les punitions corporelles ? » Le fouet est toléré mais la mutilation est considérée contre-productive. Et l’esclavagisme lui-même ?! Le principe. Le radical. Le rhizome. Personne n’en parle.

De même, le débat sur le niqab est tronqué et d’autant plus faussé par des crispations identitaires dues au même débat tenu à l’extérieur de nos frontières. Il se réduit à un simulacre d’échanges qui font diversion et créent, par effet ricochet, un laxisme inconscient vis-à-vis du hijab. Pourquoi le hijab et pas le niqab me direz-vous ? Pour des mesures de sécurité répliquent les plus pragmatiques. Les hypocrites aussi. Et tous ceux qui ne veulent pas se mouiller parce qu’ils se disent tolérants. La tolérance n’exclue pas la prise de position. Tout comme le respect n’empêche pas la critique.

Qu’on ne s’y trompe pas alors. Hijab, niqab : même combat. Réduire leur port à une liberté vestimentaire -je suis libre de le porter comme tu es libre de porter des chaussettes rayées- c’est nier le message fort qu’ils portent, le poison qu’ils véhiculent : le corps de la femme est le territoire de l’homme.

Levons le voile

Le hijab augmente-t-il la foi d’une femme? La foi est-elle alors quantifiable ? Si oui, comment peut-on la jauger ? La théologie n’établit pas de lien attestable entre le voile et la foi, un objet extérieur fini et un assentiment subjectif, intérieur et non fini. La tâche à laquelle s’attèlent les théologiens est d’interpréter les textes religieux et y puiser la réponse à cette question : le voile est-il une obligation religieuse? Jusqu’à ce jour les différentes écoles ne trouvent pas réponse commune. Les avis divergent selon que la « awra » d’une femme réside également dans ses cheveux, son visage, ses mains ou les trois. Ce qui laisse le temps à nous autres communs des mortels, exclus de la surenchère des hadiths, au savoir théologique restreint et au raisonnement métaphysique limité, d’appréhender la chose autrement : une lecture qui met au centre de sa logique l’humain.

Le paradoxe de liberté

La fonction du hijab est de dissimuler une chevelure féminine susceptible de réveiller l’instinct incontrôlable du mâle, supposé sexuellement instable. Ce tissu relève moins d’une relation verticale, transcendantale, entre la femme et Dieu que d’un rapport horizontal, profane, terrien, entre la femme et l’homme. Il ne s’agit pas ici de quelques individus isolés mais de rapports sociaux qui nous transcendent. Alors, présenté comme le choix personnel de certaines, le hijab concerne inéluctablement toutes les femmes.

Le hijab est l’emblème de la soumission sociale à l’homme. C’est bien de l’homme avec un petit h qu’il s’agit, son regard, son désir, sa volonté. C’est en réponse à cela, à la « nature » masculine que la femme se voile. D’où le paradoxe de la liberté. Aussi libre et personnel soit-il, se voiler est un choix liberticide et en totale contradiction avec l’autonomie féminine. Le niqab vient renchérir. Plus qu’une soumission à l’homme, il est la déclinaison vestimentaire de la négation de soi. Un acte d’aliénation féminine. Une auto-humiliation que certaines s’infligent alors que d’autres aspirent à la dignité, à une société égalitaire et une citoyenneté sans frontières sexuelles.

Achevé de rédiger le 22 avril 2011


Article original :
http://nawaat.org/portail/2011/04/25/hi ... 9ailleurs/
spleenlancien
 

Re: Tunisie

Messagede spleenlancien le Mar 10 Mai 2011 16:39

http://juralibertaire.over-blog.com/ext ... press.com/ a écrit:Mercredi 4 mai, dans l’après-midi, la Tunisie découvre une vidéo explosive postée sur les réseaux sociaux avant que toutes les radios du pays n’en reprennent le contenu.

Une interview de Fahrat Rajhi, ex-ministre de l’intérieur destitué par le premier ministre Béji Caïd Essebsi à la fin du mois de mars, a véritablement mis le feu aux poudres. Fahrat Rajhi fut notamment responsable de la dissolution du RCD et de la confiscation de ses biens. Cet ancien magistrat détesté par les cadres de son ministère avait échappé de peu au lynchage par ceux-ci lors de sa prise de fonction. A l’origine du limogeage de plusieurs responsables policiers, il fut par la suite jugé trop dérangeant et trop dangereux par la hiérarchie policière et depuis remplacé par Habib Essid.

Dans cette vidéo, on le voit et l’entend révéler la préparation d’un coup d’état par le général et chef d’état-major des armées Rachid Ammar pour prendre le pouvoir en cas de victoire électorale des islamistes aux élections du 24 juillet. Fahrat Rajhi dénonce aussi en vrac le rôle des Sahéliens qui ne voudraient pour rien renoncer au pouvoir( Les sahéliens : de sahel ou littéralement la côte, région côtière entre Tunis et Sfax comprenant les villes de Sousse, Monastir et Mahdia dont est originaire la majeure partie de la classe politique tunisienne depuis l’indépendance, Habib Bourguiba et Zine Ben Ali en sont les plus notoires représentants). Mais aussi la direction occulte de Kamel Letaiëf, ex-ami intime de l’ex-dictateur, homme d’affaires et magnat du bâtiment, l’accusant de diriger le gouvernement et de désigner les ministres en sous-main. Des propos que Fahrat Rajhi a finalement regretté le lendemain. Ce qui n’empêcha pas les autorités de transition de vivement réagir en démentant farouchement les assertions de l’ex-ministre de l’intérieur.

Cependant, il n’en fallait pas beaucoup plus pour jeter de nouveau sur l’avenue Bourguiba à Tunis plusieurs centaines de personnes, venues là pour appeler au départ du gouvernement de transition. Depuis les marches du théâtre municipal jusqu’aux lignes de barbelés qui protègent le ministère de l’intérieur, l’on pouvait entendre « Echaâb yourid ethaoura min jadid (Le peuple veut une nouvelle révolution) », « pas de peur, pas de terreur, la souveraineté est entre les mains du peuple » ou « Peuple, révolte toi contre les restes de la dictature ». Le rassemblement fut dispersé par la force deux heures plus tard par les BOP (Brigades de l’Ordre Publique, équivalent des CRS).



Vendredi 6 mai en tout début d’après-midi, un nouveau rassemblement fut organisé encore avenue Bourguiba et cette fois-là les BOP s’illustrèrent encore dans leur registre habituel. Et si, en France, on en est encore à considérer qu’il y ait de bons et de mauvais flics, le fameux et inénarrable duo comique du gentil et du méchant des millions de français qui ont connu le grand spectacle de la garde à vue, à Tunis, il est bien difficile de distinguer chez le flic moyen s’il n’est que pervers ou s’il n’est que pervers et brutal. La seconde forme semble remporter tous les suffrages en ces temps démocratiques chez les BOP. Il est d’ailleurs assez rare de ne pas voir une charge de police s’interrompre pour rebrousser chemin sur une vingtaine de mètres afin d’aider un collègue à finir à coup de pieds et de matraques une personne jetée au sol à l’aide de ses propres cheveux. La plupart du temps, celle-ci est laissée inanimée sans volonté particulière de l’interpeller. Toute le reste de cette après-midi, les affrontements continuèrent dans tout le centre de Tunis, les journalistes et photographes furent systématiquement poursuivis, comme jusqu’au siège du quotidien La presse de Tunisie où les BOP rappelèrent cet organe de presse si proche de Ben Ali au souvenir de cette si douce dictature. Si MAM n’eut finalement pas le temps de faire parvenir quelques livraisons de palettes de grenades lacrymogènes, la police n’en est pas pour autant en manque puisque des sociétés américaines ont suppléé à cette absence actuelle de la diplomatie française. Une générosité limitée puisque personne n’a pourtant songé à équiper les BOP de masque à gaz. Ce qui, au vu de leur propre penchant à arroser leur environnement de lacrymogènes, les met dans une situation tout aussi lacrymale que les émeutiers. Bref les tunisois ont éprouvé dans les larmes et les plaies que leur police n’avait pas connu de révolution depuis le « miracle » du 14 janvier. Malgré ce que cet article révèlera un peu plus loin et ci-dessous.



A signaler que plusieurs commissariats ont été incendiés vendredi soir dans des municipalités du Grand Tunis. A Ben Arous, au Kram et à La goulette entre autres. Ce dernier avait été réinstallé dans de nouveaux locaux suite à l’incendie de l’ancien et dont ce blog avait publié quelques photos il y a moins d’un mois. Le Couvre feu a été décrété hier dans tout le Grand Tunis (Tunis, Ariana, La Manouba, Ben Arous) jusqu’à nouvel ordre, de 21h à 5h du matin, par décision des ministères de l’intérieur et de la défense nationale.

Ces événements sont à considérer dans une ambiance politique empoisonnée à tous les niveaux par deux éléments non négligeables. La réhabilitation forcée des forces de sécurité et le régime de la rumeur. Deux éléments qui s’intègrent dans un processus politique qui consiste à faire passer un suppositoire à pachyderme dans un trou de souris. L’image est grossière mais certainement moins que cette tentative d’obliger le peuple tunisien à choisir entre liberté ou sécurité. Certains chroniqueurs et éditorialistes n’hésitant pas à plagier un ex-trotskyste et ex-loser présidentiel, Lionel Jospin, en affirmant, comme il l’avait fait en 1997, augurant du climat sinistre et délirant agitant depuis l’ensemble de la classe politique française, que la première des libertés est la sécurité.



Cela fait déjà plus d’un mois que l’artillerie lourde du gouvernement national de transition, entre autres, bombarde les esprits pour transformer les forces de sécurité de Ben Ali en acteur de la révolution tunisienne. Le point d’orgue dans ces manœuvres dignes de l’intelligence d’artilleurs serbes sur les collines de Sarajevo furent les festivités organisées à Carthage par le président par intérim Foued Mebazaa en présence du ministre de la justice Karoui Chebbi et l’actuel ministre de l’intérieur Habib Essid commémorant le 55ème anniversaire de la création des forces de sécurité le 18 avril.

Au cours de cette cérémonie pleine de remises de galons et de galoches en tout bien tout honneur, les flics sont quand même des gens virils et même souvent des mecs, des vrais, Le président Mebazaa a honoré la mémoire de ceux « qui ont perdu leurs vies dans l’exercice de leurs nobles fonctions pour protéger les tunisiens et défendre la patrie ». Appelant les forces de sécurité intérieure à « faire preuve de labeur et de vigilance pour préserver les principes du système républicain et le prestige de l’État ». Insistant ce jour là sur la nécessité de consolider les acquis de la révolution, défendre la souveraineté de l’État et s’imprégner des principes démocratiques et des droits humains. Saluant au passage les grands sacrifices et la détermination des forces de sécurité intérieure à préserver la souveraineté de la patrie et protéger les instituions de l’état, à rétablir la sécurité et à rassurer les citoyens en faisant respecter la loi et servir l’intérêt public. Pour continuer avec ces déclarations proprement indigestes, le ministre de l’intérieur a ponctué cette cérémonie en rappelant « la pleine appartenance » des forces de sécurité intérieure au peuple tunisien et « leur ferme » volonté de participer à la sauvegarde des acquis de la révolution et à la réalisation de ces objectifs. Il a affirmé qu’il ne ménagera aucun effort pour permettre aux cadres et agents de la sécurité intérieure d’accomplir leurs missions dans les meilleurs conditions afin de consolider le rétablissement de la sécurité et la reprise économique du pays. « Notre relation avec le citoyen doit être basée sur la confiance, le respect mutuel, la transparence et la primauté de la loi ». Ces interventions se sont conclues sur une cérémonie en mémoire des deux martyrs des forces de la sécurité intérieure. Le ministre rappelant « L’important rôle de ces agents dans la protection de la révolution ». Une minute de silence a ensuite été observée à leur mémoire.

A Thala, les familles des martyrs tombés, comme tant d’autres en Tunisie lors des journées de décembre et janvier, attendent toujours des inculpations de moins en moins probable de policiers identifiés comme les assassins.

Le lendemain de cette odieuse cérémonie, le quotidien Le temps titrait « Les BOP se défendent : Il n’y a pas de sniper dans nos rangs ». Le journal citait là d’obscurs responsables, sans jamais les nommer, qui prétendaient que ces snipers étaient venus de Libye et financés par Kadhafi en personne. Le journal n’hésitait pas non plus à se lancer dans de périlleuses analyses. « Maintenant que le président a pris la fuite, il est temps que justice soit faite, surtout pour la perte en vies humaines dans la population. Mais le fait que la police ait toujours été sommée d’exécuter les ordres, comme cela se passe dans n’importe quel autre pays, suffit-il qu’on la juge automatiquement coupable de meurtres de civils, avec préméditation en plus, et sans de surcroît en établir les preuves. Le responsable ne serait-il pas surtout celui qui les a donnés? ». Habile, très habile quand on sait qu’aucun ordre écrit n’a été donné pour réprimer. Si on ne peut savoir qui les a donnés ces ordres, c’est donc que ce n’est la faute de personne et surtout pas la faute de ces pauvres petits instruments de la terreur qu’étaient les BOP. Dans le même article on pouvait également lire les déclarations d’un lieutenant de police. Celui-ci y affirmait qu’ « On utilisait des bombes lacymogènes et on voyait des gens mourir devant nous, nous en étions choqué nous aussi ». Cet article s’acharnait à faire la scabreuse démonstration que la police n’avait fait qu’exécuter les ordres rappelant en guise de conclusion qu’« on comptait 90 maisons de policiers incendiées, 2 morts par balles et plus de 600 gravement blessés dans le corps de police ». Pauvres biquets…

Rappelons aussi qu’entre autres à Sidi Bouzid et Kasserine, des familles affirment que les agents des forces de l’ordre ont assassiné de sang froid. Plusieurs d’entre elles disposent de listes nominatives dont elles réclament en vain depuis des mois l’arrestation et le jugement. Ces assassins continuent pourtant à se promener tranquillement sans être inquiétés. Et bien que ces familles organisent régulièrement des manifestations pour pousser les autorités à agir, celles-ci font la sourde oreille. Un tueur notoire est même monté en grade à Sidi Bouzid et on lui a décerné cette promotion à titre de récompense pour « ses mérites pendant la révolution ».

Dès lors tout est possible et le 20 avril, les agents des forces de l’ordre ont fait grève. Enfin une grève d’un genre particulier. Ceux-ci ont porté un brassard rouge pour protester contre toutes ces accusations qu’ils jugent infondées et qui essaient de leur faire porter le chapeau de la répression. Ces dénégations répétées des forces de police ont même poussé les militaires à faire un communiqué officiel dans lequel ils affirmaient qu’ils n’avaient jamais tiré sur la population. Alors si c’est pas toi et si c’est pas moi, c’est qui ? Personne ? Et c’est ainsi que les forces de l’ordre tentent très grossièrement de se disculper en désignant selon eux les vrais responsables des tueries. Les mystérieuses milices du RCD à la solde de Kadhafi utilisant des munitions israéliennes parce que sa mère était juive. Des choses que l’on entend vraiment trop souvent dans la bouche des tunisiens.

L’Etat joue sur le pourrissement de la situation et sur l’inquiétude engendrée par cette période de transformation. Les peurs sont comme partout instrumentalisées. Et depuis quasiment deux mois, beaucoup de tunisiens s’en sont aussi donnés à cœur joie dans les tribunes offertes par les journaux et autre rubriques d’opinions comme dans les discussions de café pour fustiger l’inaction des forces de l’ordre face à ce qu’ils dénoncent comme un climat d’insécurité générale. Les vendeurs à la sauvette, les hooligans, les mendiants, les évadés de prison, les sit-in et autres grèves faisant d’office figure d’épouvantail à moineaux. On les accuse de tous les maux et surtout de compromettre la situation du pays. On se plaint d’un manque de sécurité et donc de police.

Il est vrai que celle-ci avait de bonnes raisons de se faire oublier un moment ou au mieux de se faire un tant soi peu discrète. L’armée suppléant à cette absence temporaire et nécessaire. Vu la place qu’elles ont occupé et le rôle qu’elles ont joué pendant la dictature bourguibio-benalienne, comment pourrait-il en avoir été autrement après une révolte faisant chuter ce qui était un véritable état policier.

Pourtant vu de Tunis, on assiste depuis plusieurs semaines à un retour progressif et certain de ces forces de sécurité. Comme le soulignait un ami de Gabès, peut-on imaginer un état sans police ? On ne peut répondre fatalement que par la négative à une question aussi implacable. La force d’un État étant à la mesure de sa capacité à exercer sans partage son monopole de la violence. Nous serions tentés d’ajouter une question subsidiaire. Peut-on imaginer une révolution sans État ? La question évidemment feinte car il ne s’agit pas de l’imaginer, il faut pouvoir en élaborer sa possibilité concrète. Une réponse peut-être prétentieuse mais nécessaire s’il l’on ne veut pas voir les éternels schémas historiques se répéter.



En Tunisie pour l’instant, la révolution prend les mêmes et recommence. Tout comme il n’est pas possible de liquider totalement les deux millions de tunisiens qui faisaient partie du RCD, il semble difficile pour les tunisiens de ne pas pouvoir envisager de se passer de cette police qui fut celle de la dictature et qu’ils voudraient comme par magie voir devenir du jour au lendemain celle de la nouvelle Tunisie « révolutionnaire ».



Dans un article à paraître bientôt, nous tenterons de dire en quoi et comment le régime de la rumeur comme artefact politique alimente ce processus de restauration de l’autorité de l’État et de réhabilitation de la police. Quels sont les enjeux immédiats d’une révolution sans nul doute possible, inachevée ?
spleenlancien
 

Re: Tunisie

Messagede tagrawla le Mar 10 Mai 2011 18:03

Quatre mois après la chute du régime Ben Ali
La Tunisie cherche sa voie


La Tunisie négocie un «virage dangereux» dans sa conduite à un système démocratique. Près de quatre mois en effet après la chute de Ben Ali, ce pays est en proie à une situation pour le moins inédite, où les luttes politiques ont donné lieu à des clivages qui risquent sinon de compromettre la poursuite du processus démocratique, du moins de le dévier de son cours naturel ou de le retarder.

Depuis quatre jours, Tunis ainsi que d’autres grandes villes du pays sont le théâtre de violents affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Le gouvernement provisoire est carrément accusé de vouloir «torpiller les objectifs de la Révolution». «Nous assistons à une lutte féroce entre les forces de la Révolution et les contre-révolutionnaires qui se joue sur plusieurs terrains», a résumé la situation Sihem Ben Sedrine, une des actrices de la Révolution qui a chassé Ben Ali du pouvoir. L’ancien régime «refuse» de mourir alors que le nouveau tarde à naître.


Le calendrier politique risque d’être chamboulé. L’on évoque la probabilité de reporter la date de l’élection de l’Assemblée constituante prévue pour le 24 juillet prochain. Le gouvernement provisoire n’hésite pas à reprendre à son compte des méthodes que les Tunisiens ont cru chasser à jamais du paysage politique tunisien.
Des figures de l’opposition radicale sont persécutées, des manifestations sont violemment réprimés et même des journalistes ont été sérieusement violentés. Un couvre-feu est décrété dans le Grand-Tunis. Un retour en arrière. «Il se passe des choses graves qui montrent que rien n’a changé. Des dirigeants politiques qui affichent leur opposition au gouvernement provisoire sont intimidés, persécutés et font l’objet de campagne de dénigrement, comme au temps de Ben Ali», a dénoncé la militante des droits de l’homme Radhia Nesraoui. Contactée par téléphone, l’avocate a évoqué une situation critique où «le gouvernement de Béji Caïd Essebsi avec la complicité des rescapés de l’ancien régime tentent d’isoler du débat politique actuel toutes les voix discordantes». Il faut rappeler que la sortie médiatique de l’ancien ministre de l’Intérieur, Farhat Rajhi, qui a parlé «d’un gouvernement de l’ombre», a mis le feu aux poudres.


Le secrétaire général du Parti communiste ouvrier tunisien (PCOT), Hamma Hammami, qui est dans le viseur du gouvernement d’Essebsi en raison de ses critiques acerbes, a indiqué dans une déclaration à El Watan que «le pays se trouve dans une impasse politique parce que le gouvernement actuel s’est avéré incapable de réunir les conditions pour la tenue d’une Assemblée constituante. Il ne fait rien pour juger ceux qui avaient commis des crimes au temps de Ben Ali. Pire, la répression politique sévit encore». Le chef du PCOT, qui dit être victime d’une campagne, a fait savoir que les responsables de la violence qui s’emparée de la Tunisie «est du fait des forces contre-révolutionnaires. Même si officiellement la police politique est dissoute, mais réellement elle sévit encore. Les actes de violence et les scènes de pillage sont orchestrés par ses éléments».


Les forces politiques qui ont porté la Révolution craignent fort la déviation du cours de la Révolution. Les nervis de l’ancien régime tentent de semer le trouble. «Je suis inquiète parce qu’il y a des parties qui ne veulent pas que le processus de transition démocratique atteigne son objectif», a estimé Maya Jribi, la secrétaire générale du Parti démocrate progressiste (PDP), membre du gouvernement provisoire. Jointe par téléphone, Mme Jribi a considéré que «la transition est une phase très difficile et que certaines parties liées au parti dissous (RCD, ndlr) voudraient saborder». Cependant, la cheftaine du PDP se dit confiante, car «les Tunisiens sont à la hauteur des enjeux actuels et ils sauront déjouer toute tentative visant à détourner la Révolution de ses objectifs. Pas question pour eux de revenir en arrière». Et pour ce faire, elle a appelé les partis politiques et le gouvernement à «plus de vigilance et être solidaires pour réunir les conditions nécessaires à la tenue d’une Assemblée constituante, seule garante de la volonté populaire».
En somme et malgré les doutes qui planent sur le devenir de la Révolution du jasmin, les Tunisiens, qui ont vaincu un des dictateurs les plus cruels au monde, gardent l’œil ouvert. Pas question de leur confisquer leur révolution.

Hacen Ouali

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Les réformes patinent en Tunisie
La rue renoue avec la protestation

le 09.05.11


La chute de Zine El Abidine Ben Ali n’a pas encore mis fin au régime policier. Hier, la capitale, Tunis, a de nouveau vécu au rythme des confrontations entre manifestants anti-gouvernementaux et policiers, rapporte l’AFP. Ainsi, au centre de Tunis, la police a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui s’étaient réunis pour la quatrième journée consécutive.


Les protestataires réclament plus de réformes, alors que le régime du président Zine El Abidine Ben Ali est tombé le 14 janvier dernier. Entre autres réformes revendiquées, le départ du gouvernement. Les forces de l’ordre ont tiré des gaz lacrymogènes, dispersant les manifestants qui ont bravé le couvre-feu décrété samedi soir. Mesure que les autorités justifient par le fait que des pillages et des violences s’étaient produits dans la capitale et ses environs ces derniers jours.


Cependant, cela n’a pas empêché des scènes de violence au centre de Tunis et dans la banlieue, à l’exemple de la cité d’Etthadamen.
Depuis jeudi dernier, le gouvernement de transition est confronté à des manifestations à Tunis. Une source proche des autorités tunisiennes accuse «des milices du parti du président déchu Ben Ali, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD)» dissous le 9 mars, lesquelles «payent des jeunes pour semer le trouble dans le pays». En conséquence, les autorités tunisiennes ont appelé ce même jour la population à respecter le couvre-feu instauré à Tunis et sa banlieue, avertissant que tout violateur pourrait «s’exposer au danger», a rapporté l’agence tunisienne TAP citée par l’AFP.

Dans un communiqué conjoint cité par la TAP, le ministère de l’Intérieur et le ministère de la Défense nationale appellent tous les citoyens à respecter cette décision, soulignant que «tout contrevenant pourrait s’exposer au danger et faire l’objet de poursuites judiciaires». [/i ]Les autorités misent [i]«sur la conscience du citoyen en cette conjoncture exceptionnelle que vit le pays, les deux ministères invitent, également, l’ensemble des citoyens à faire preuve d’un sens civique et de responsabilité aigus afin de contribuer à l’accalmie de la situation et au retour à la normale».

Selon l’APS, citant à son tour la même agence, le ministère de l’Intérieur a relevé que ces troubles événements ont été provoqués par les «accusations» de l’ancien ministre Farhat El Rajhi. «Ce sont des accusations propagandistes et des mensonges fondés sur des interprétations personnelles qui ont provoqué une pression sur la rue tunisienne et qui visent à semer la discorde entre Tunisiens et à porter atteinte aux institutions de l’Etat.»

En effet, jeudi dernier, l’ex-ministre de l’Intérieur, Farhat El Rajhi, a accusé l’armée tunisienne «de préparer un coup d’Etat militaire» en cas de réussite des islamistes aux prochaines élections de juillet.
Suite à ces déclarations, l’ancien ministre de l’Intérieur a été limogé par le président de la République par intérim hier de la direction du Haut comité des droits de l’homme. «Le président de la République par intérim a décidé de mettre fin aux fonctions de Farhat Rajhi à la tête du Haut comité des droits de l’homme et des libertés fondamentales (HCDHLF)», a annoncé l’agence TAP. Dans un communiqué, le ministère de la Défense a dénoncé vendredi les propos de Farhat Rajhi qui représentent, selon le ministère, «un grand danger pour la révolution du peuple tunisien et pour la sécurité du pays actuelle et future».

Amnay idir

EL WATAN
tagrawla
 

Re: Tunisie

Messagede spleenlancien le Mer 29 Juin 2011 10:40

Les vieilles manies ont la peau dure.

http://www.mediapart.fr/article/offert/ ... ba1e113797
spleenlancien
 

Re: Tunisie

Messagede spleenlancien le Ven 1 Juil 2011 20:11

Une analyse libertaire de la revolution tunisienne par Quentin Chambon, intitulée De Bello Punico parue aux Editions Antisociales.
Eu egard à la longueur je le quote pas, je colle un lien. Merci hocus :wink:

https://juralib.noblogs.org/de-bello-pu ... n-tunisie/
spleenlancien
 

Re: Tunisie

Messagede Amnesia le Lun 18 Juil 2011 18:40

Décès d'un adolescent dans des affrontements avec la police à Sidi Bouzid

http://www.france24.com/fr/20110718-ado ... on-ben-ali

Décès d'un adolescent dans des affrontements avec la police à Sidi Bouzid
Un adolescent de 14 ans a été tué et deux autres personnes blessées dans des affrontements violents entre manifestants et forces de l'ordre à Sidi Bouzid. Le Premier ministre, Béji Caïd Essebsi, évoque une tentative de déstabilisation.
Par Dépêche (texte)


AFP - Le Premier ministre tunisien Béji Caïd Essebsi a implicitement dénoncé lundi une tentative de déstabilisation dans le pays suite à une série d'incidents violents dans plusieurs villes, et a assuré que les élections se tiendraient comme prévu le 23 octobre.

Le discours à la Nation télédiffusé du Premier ministre s'est décidé in extremis lundi midi, au lendemain d'une manifestation à Sidi Bouzid, ville emblématique de la révolution tunisienne, dans laquelle un adolescent de 14 ans a été tué par balle.

Au cours du week-end, des commissariats de police ont également été attaqués dans plusieurs villes du pays, notamment à Tunis et à Menzel Bourguiba (65 km au nord de la capitale), faisant au moins six blessés parmi les forces de l'ordre.

"Il y a des troubles pour empêcher la tenue des élections. Ces élections, elles auront lieu bon gré mal gré le 23 octobre comme prévu", a déclaré le Premier ministre dans son intervention au palais de la Kasbah, le siège du gouvernement.

Il a évoqué implicitement une tentative de déstabilisation en relevant "une concomitance étrange" entre les troubles dans plusieurs villes du pays, et en assurant que "ceux qui ont volé des armes veulent renverser le régime". Des armes et des munitions ont été dérobées lors de l'attaque du poste de police à Menzel Bourguiba dans la nuit de samedi à dimanche.

"Il y a des partis politiques et des mouvements marginaux qui ne sont pas prêts pour les élections, car ils sont sûrs de ne pas les remporter", a accusé M. Caïd Essebsi sans les citer, évoquant "certains mouvements extrémistes religieux". "Mais ce ne sont pas les seuls. Nous ne voulons pas d'extrémisme, ni de droite, ni de gauche", a-t-il martelé.

"Le peuple tunisien a fait une révolution, et personne ne s'appropriera cette révolution", a-t-il asséné, en demandant à "tous les partis politiques de condamner ces événements", et en en appelant à "la responsabilité de tous les citoyens".

M. Caïd Essebsi a également assuré que son gouvernement n'avait pas l'intention de rester au pouvoir après l'élection de l'assemblée constituante le 23 octobre. "Dès qu'un gouvernement légitime sera en place, notre mission sera terminée", a-t-il déclaré.

A Sidi Bouzid, le calme semblait revenu lundi, selon des habitants contactés par l'AFP. Mais "il y a un climat de peur. Plusieurs commerçants ont fermé leurs magasins et un hélicoptère continue à survoler la ville", a déclaré un responsable local du PDP (parti démocratique progressiste) sous couvert de l'anonymat.

"La ville est sous le choc. On n'avait pas vu une telle violence depuis la révolution", a déclaré un responsable associatif en évoquant la nuit de violences au cours de laquelle le jeune garçon Thabet Belkacem, a été tué par balle. Selon la version du ministère de l'Intérieur, les forces de l'ordre ont fait des tirs de sommation pour disperser les manifestants, et une balle a ricoché et atteint l'adolescent. Deux autres personnes ont été blessées.

Depuis la chute du régime de Ben Ali le 14 janvier, manifestations et grèves se sont multipliées, souvent pour protester contre la lenteur des changements dans un pays où le taux de chômage pourrait atteindre les 20% en 2011.

Mais la contestation a pris un tour plus violent ces derniers jours, notamment après la dispersion brutale d'un sit in vendredi à Tunis.

Certains accusent les islamistes d'Ennahda, grands favoris des élections, de téléguider la contestation. D'autres y voient la main des RCDistes, les membres du parti dissous de Ben Ali.
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Re: Tunisie

Messagede Nico37 le Jeu 25 Aoû 2011 16:28

La Tunisie « post-Ben Ali » : état des lieux par Tahar Moez, militant communiste tunisien - 21 mai 2011.

Certains slogans de la révolte de décembre 2010 résument son caractère de classe. Les jeunes chomeurs ou précaires des régions de l’intérieur (par opposition aux régions côtières) criaient : « Le travail est un droit, oh bande de voleurs » ou bien « Non aux Trabelsis pilleurs de la trésorerie » en plus du fameux « RCD dégage »... Lorsque des couches de la petite bourgeoisie (avocats, artistes, journalistes, médecins, universitaires...) ont rejoint la vague de contestation le dernier week-end de décembre 2010, les slogans à caractère démocratique commencent à dominer... Une partie de la bourgeoisie a commencé à lâcher le gouvernement, après le 10 janvier 2011, une bourgeoisie qui voulait investir, mais la famille regnante lui impose des règles qui ne respectent pas la propriété privée héritée ou acquise... Trois semaines après le début de la révolte, l’impérialisme européen continue de soutenir le pouvoir, tout en manifestant des signes d’impatience. La France voulait envoyer des policiers expérimentés. Les EU se souciaient de quelques « blogueurs » et « internautes », ayant probablement participé aux sessions de formation du programme américain « MEPI »...
L’absence d’une expression politique organisée des déclencheurs de la révolte, s’est fait sentir à partir du 10 janvier. Le pouvoir réprime sauvagement, mais recule et trébuche. La fuite de Ben Ali, le 14 janvier 2011, a surpris tout le monde. La tête du pouvoir est tombé, mais le système est sauvé... Les militants progressistes ont joué un rôle décisif, mais leurs organisations n’avaient pas prévu cette situation. Elles n’ont pas formé de front ou de coordination qui les rassemble. Elle ne se sont pas préparées à prendre le pouvoir. Elles n’ont pas de programme... Le vide a été rempli par l’armée, les dirigeants du régime, fraichement convertis aux « valeurs démocratiques », les partis réformistes, la direction de l’UGTT... Des français (d’origine tunisienne) proches de la droite au pouvoir en France occupent des postes ministériels, depuis la fuite de Ben Ali... Les jeunes travailleurs, chomeurs, précaires, des villes de l’intérieur ou des cités populaires ont bien défendu les acquis, obtenus au prix de près de 250 morts... La répression, l’usure et l’absence de forces révolutionnaires organisées ont fini par avoir le dessus, pour le moment... Même si les forces impérialistes ont été surprises par la tournure des évènements, elles ont assez de ressources pour rebondir et circonscrire la révolte. Jeffrey FELTMANN (sous-secrétaire d’Etat, chargé du moyen orient) a séjourné en Tunisie durant trois jours à un moment crucial. Depuis, les visites et les interventions de l’UE, des USA, de la Banque Mondiale, du FMI etc n’ont pas cessé...

La situation actuelle est la conséquence logique du rapport des forces dans le pays. Il y a des acquis au niveau des libertés individuelles, de la légalisation des partis politiques, ainsi qu’au niveau de l’expérience et de la conduite des luttes sociales. Une certaine liberté d’expression a vu le jour, même si elle est en train de céder la place à une censure directe ou déguisée...
Sur le plan économique, la situation des jeunes chômeurs et précaires ne s’est guère améliorée, alors qu’ils étaient le fer de lance de la révolte... Les salariés ont multiplié les actions visant à améliorer leurs salaires et leurs conditions de travail. Ils ont l’habitude des luttes collectives. Il y a eu des acquis: augmentation de salaires, titularisation des précaires du secteur public, fin du recours du secteur public à la sous-traitance pour effectuer des taches comme le nettoyage ou le gardiennage... Quelques responsables de grandes entreprises ont été expulsés et « virés » par les salariés. Les entreprises des familles Ben Ali et Trabelsi sont mises sous tutelle de l’Etat... Cependant, la droite organise des manifestations pour réclamer l’ordre et la fin des grèves. Les médias publics relayent ces revendications, au nom de l’intérêt économique national et mènent une campagne de dénigrement contre l’UGTT et la gauche...
Sur le plan politique, les forces progressistes se sont regroupées au sein du « Front du 14 janvier » qui reste très peu actif. Les citoyens ont participé à la gestion du quotidien et à la sécurité des villes, cités et quartiers, contre les milices du RCD et la police, au moment de la révolte. Aujourd’hui, les citoyens participent aux comités locaux de « protection de la révolution ». Le gouvernement provisoire a été forcé de dissoudre le RCD et d’accepter l’élection d’une assemblée constituante, mais en imposant une date très rapprochée, ne permettant pas aux partis interdits sous Ben Ali de se faire connaitre par les électeurs... Les dirigeants du RCD ont fondé au moins quatre partis politiques et dominent le paysage médiatique. Ils ont les moyens financiers et l’expérience politique pour se faire une place et tromper la vigilance d’une partie de la population qui s’oppose actuellement à leur retour sur la scène politique publique. Deux des partis d’opposition démocratique, d’avant le 14 janvier 2011, se sont discrédités en participant au gouvernement impopulaire de Mohamed Ghannouchi. Ils sont en train de récupérer les adhérents du RCD. Quant aux intégristes, ils investissent le terrain et paraissent comme les grands gagnants du soulèvement, alors qu’ils étaient invisibles lors des manifestations, des sit-in et des occupations. Les islamistes dits « modérés » d’Annahdha ont investi les mosquées (près de 5 milles en Tunisie) et imposé des imams proches de leurs idées, à la place des imams discrédités, imposés par le régime Bourguiba-Ben Ali. Ils ont réussi à fermer les « maisons closes ». Pour les bars, c’était plus difficile, même si le régime a fermé des milliers de bars, pour favoriser les bars des hotels, les restaurants dits touristiques et la vente d’alcool au marché noir, aux mains de « la famille regnante ». Les miltants d’Annahdha achètent et louent les boutiques ou logements vides pour les transformer en locaux de leur parti (légalisé) ou en « écoles coraniques ». Leurs dirigeants multiplient les interventions politiques dans les mosquées et y font leur campagne électorale. Les agressions physiques se multiplient, contre les femmes dont la tenue vestimentaire ne correspond pas à leurs normes. Des miltants de gauche et leurs familles ont été agressés et dénoncés publiquement comme impies ou traitres... Les islamistes dits «salafistes » ou multiplient les agressions et les provocations dans la rue... Ni les islamistes « modérés » d’Annahdha, ni « les extrémistes » d’« Attahrir » n’étaient visibles lors des manifestations contre l’ambassadeur de France qui a insulté le peuple tunisien, ni contre Hilary Clinton...

L’actuel chef du gouvernement provisoire « Béji Kaïd Essebsi » est un bourgeois tunisois qui était ministre de l’intérieur sous Bourguiba, durant 14 ans. Il a crée la police politique. Il était ministre et président de la chambre des députés (désignés) sous Ben Ali... Il a remis l’autoritarisme et le mépris à l’ordre du jour. La répression des manifestations, le controle des médias, les campagnes de dénigrement contre la gauche, l’alignement sur les positions des impérialistes... rappellent l’ère Bourguiba-Ben Ali... Aucune démarche n’a été effectuée pour récupérer les richesses pillées. Il continue à poursuivre la même politique économique désastreuse, basée sur le tourisme et les secteurs précaires et non productifs. En décembre 2010, La dette extérieure a atteint 20 milliards $ (2000 $ par habitant). Pour chaque dollar emprunté, la Tunisie rembourse en moyenne 1,60$. Depuis 1970, le pays a remboursé 2,5 fois les sommes empruntées... Le 19 mai 2011, monsieur Essebsi a demandé aux institutions de pillage international cinq milliards de dollars par an, pendant les cinq années à venir... En plus des sommes déja empruntées à l’UE, aux USA, au FMI, à la Banque Mondiale etc. Il est en train d’hypothéquer l’avenir des générations futures, alors que sa mission est de gérer les affaires courantes jusqu’au 24 juillet 2011...
Les forces réactionnaires s’organisent. Elles sont en train d’opérer le retour en arrière. Les forces progressistes n’ont pas les moyens financiers d’Annahdha ou du RCD. Elles n’arrivent pas, non plus, à constituer un front, même électoral provisoire, pourtant leurs militants ont payé un lourd tribut, lors du soulèvement... Cependant, le peuple qui a réussi à déboulonner un des régimes policiers les plus repressifs du monde, est capable d’imposer un régime progressiste, représentant les intérêts des producteurs et des pauvres... Mais quand ?
Nico37
 

Re: Tunisie

Messagede Nico37 le Mar 6 Sep 2011 20:52

Tunisie : Microsoft avait passé un accord avec le régime de Ben Ali Guillaume Champeau - publié le Lundi 05 Septembre 2011 à 09h46 - posté dans Société 2.0

Un câble diplomatique rédigé par l'ambassade américaine de Tunis montre que même le gouvernement américain était inquiet du contenu secret d'un accord signé entre Microsoft et le régime de Ben Ali en 2006. L'ambassade estimait que Microsoft risquait d'accroître "la capacité du gouvernement tunisien en matière de surveillance de ses propres citoyens".

Wikileaks a publié la semaine dernière l'intégralité des câbles diplomatiques américains en sa possession, révélant des documents jusqu'alors inconnus. Parmi eux figure un câble classé "confidentiel" émanant de l'ambassade américaine à Tunis, daté du 22 septembre 2006, dont la traduction est publiée par ToBeGoodAgain. Il révèle que même l'administration de George Bush était inquiète du contenu d'un accord passé entre Microsoft et la Tunisie de l'ancien président Ben Ali.

L'accord, signé en juillet 2006 lors du Microsoft Government Leaders Forum, décrit "une coopération avec le gouvernement tunisien en matière de e-gouvernance, cyber-sécurité, droits de propriété intellectuelle et développement des capacités pour les programmes de technologies de l'information en Tunisie". En échange de l'équipement de ses ordinateurs et réseaux, le gouvernement de Ben Ali "a accepté d'acheter douze mille licences pour la mise à jour des ordinateurs du gouvernement avec des logiciels Microsoft sous licence, plutôt que les versions piratées couramment utilisées jusqu'ici", rapporte l'ambassade.

Pour Microsoft, l'accord était stratégique et très difficile à négocier. "Le fait que le gouvernement se soit appuyé sur les logiciels open source limitait drastiquement les affaires en Tunisie et empêchait Microsoft de participer aux appels d'offres du Gouvernement Tunisien", explique le câble diplomatique. La firme de Redmond a donc dû faire à un certain nombre de concessions, jusqu'à accepter de fournir le code source de ses logiciels à l'administration tunisienne, très méfiante à l'égard de l'américain Microsoft. Y compris à l'égard de la directrice générale de Microsoft Tunisie, Salwa Smaoui. "Elle a rapporté que certains ministres du gouvernement tunisien lui avaient demandé à plusieurs reprises pourquoi, en tant que Tunisienne, elle «travaillait pour les Américains», et que des soupçons frôlant souvent l'hostilité posaient sur les négociations".

Pour obtenir signature, Microsoft a multiplié les courbettes, et a fini par prendre en compte les "réalités des affaires en Tunisie", notamment à l'égard de la femme de l'ancien dictateur. L'ambassade de Tunis écrit ainsi que "l'affiliation du programme à l'association caritative de Leila Ben Ali est révélatrice des manoeuvres d'arrière-boutique parfois nécessaires pour finaliser un accord". Mais les Etats-Unis semblent surtout craindre que d'autres concessions aient été faites, encore moins avouables.

A la date du câble diplomatique, et malgré des demandes répétées, le gouvernement américain n'avait en effet toujours pas réussi à obtenir une copie de l'accord, ce qui selon l'ambassade démontre que le gouvernement de Ben Ali "fait prévaloir le secret à la transparence".

"En théorie, augmenter la capacité du gouvernement à appliquer la loi à travers la formation en technologies de l'information est positif, mais étant donné la lourde interférence du gouvernement tunisien en matière d'Internet, il est à se demander si cela ne va pas accroître la capacité du gouvernement tunisien en matière de surveillance de ses propres citoyens", concluait l'ambassade. Au début des révoltes, le gouvernement de Ben Ali avait fait arrêter des blogueurs, et surveillé l'utilisation de Facebook, dont des pages étaient bloquées par l'outil de censure du gouvernement. Depuis, le filtrage a été suspendu, avant de faire son retour à l'égard des contenus pornographiques.
Nico37
 

Re: Tunisie

Messagede tagrawla le Dim 16 Oct 2011 18:10

Des islamistes tunisiens s’en prennent à Nessma TV
le 10.10.11 | 01h00



Les salafistes tunisiens ont donné, samedi et hier, un avant-goût du sort funeste qu’ils réservent à la société tunisienne au cas où ils s’empareraient du pouvoir.

Grisés par l’éclatante revanche qu’ils ont eue sur le régime totalitaire de Ben Ali, qui les avait réduits au silence pendant près de 20 années, des groupuscules d’extrémistes religieux se sont distingués, ces dernières semaines, en commettant d’innombrables actes d’intolérance.

Les premiers à faire les frais de la violence intégriste sont les clients des débits de boissons alcoolisées situés dans la banlieue de Tunis. Un confrère tunisien exerçant dans un quotidien arabophone public témoigne, avec preuves et photos à l’appui, que des islamistes ont passé à tabac, au mois d’avril dernier, des personnes «cueillies» à la sortie de bars.
Ces événements, qui sont passés presque inaperçus en raison de l’euphorie suscitée par la «Révolution du jasmin» aussi bien dans les médias que dans la société, renseignent à tout le moins que les salafistes tunisiens ont bien l’intention de marquer la nouvelle Tunisie de leur empreinte idéologique. De gré ou de force. Mais visiblement surtout de force.

La preuve : quelque 300 personnes, en majorité des salafistes, ont tenté hier matin d’incendier le siège de la chaîne de télévision privée Nessma, à Tunis, pour protester contre la diffusion, vendredi, du film franco-iranien Persépolis sur le régime de Khomeiny en Iran. Une scène en particulier (la petite fille héroïne du film se représentant Dieu en vieux monsieur barbu) a suscité la colère des manifestants.

Dans le but de se démarquer de ces individus et de dégager la responsabilité de sa formation politique dans ce qui s’est produit, un responsable du mouvement islamiste Ennahda s’est empressé, dans la même journée, de condamner «l’attaque». Afin de ne pas donner l’occasion au pouvoir tunisien de s’emparer de cette affaire et d’invoquer le motif du péril intégriste pour reprendre les choses en main, ce responsable a insisté sur l’idée qu’il s’agissait là d’un «acte isolé»et qu’il n’y avait «pas lieu de s’inquiéter». «On ne peut que condamner ce genre d’incident. Il ne faut pas brouiller les cartes et les gens doivent garder leur calme», a déclaré à la presse Samir Dilou, membre du bureau politique d’Ennahda. «Si les gens ont des critiques à faire contre Nessma, ils doivent s’exprimer dans la presse, pas utiliser la violence», a-t-il dit.

Il y a lieu de faire remarquer tout de même que personne, à ce jour, ne connaît le poids réel de l’islamisme politique en Tunisie et encore moins celui du salafisme. Donc il est objectivement difficile, en l’absence d’élections libres et d’études sérieuses, de dire s’il y a menace ou pas. Quoi qu’il en soit – et contrairement à Ennahda qui dépense des fortunes pour soigner son image de parti islamiste soft, soluble dans la démocratie comme l’AKP de Turquie – les radicaux tunisiens ne paraissent pas craindre la mauvaise publicité. Cela semble même le cadet de leurs soucis.

Certains de leurs éléments ont ainsi envahi samedi l’université de Sousse, dans le nord-est du pays, pour protester contre le refus d’inscription opposé par les autorités universitaires à une étudiante voilée. «Le secrétaire général de l’université a été agressé ce matin avec beaucoup de violence par un groupe d’extrémistes religieux», a déclaré Moncef Abdoul Djalil, doyen de la faculté de lettres et sciences humaines de l’université de Sousse, une ville située à environ 150 km au sud de Tunis. Selon cet universitaire, cité par l’agence de presse officielle TAP, quelques personnes ont manifesté devant la faculté de lettres avant d’envahir le bâtiment en brandissant des banderoles réclamant le droit des étudiantes à porter le niqab. «Cet incident grave a provoqué un mouvement de terreur et de panique dans les rangs des étudiants et des enseignants», a ajouté le doyen.

En réaction à cette «irruption islamiste», plus de 200 femmes répondant à un appel lancé sur les pages des réseaux sociaux du web ont manifesté samedi pour dénoncer «les forces rétrogrades et les fanatiques». Scandant des slogans hostiles au port du niqab qui «porte préjudice à l’identité de la femme tunisienne», elles ont appelé à mettre fin aux campagnes d’intimidation et à lutter contre le fanatisme religieux.Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique ainsi que le Pôle démocratique moderniste (PDM), qui rassemble plusieurs partis et personnalités indépendantes, ont aussi «fermement condamné» ces violences qui «portent atteinte à l’intégrité de la faculté».

A rappeler que la Tunisie, dont la révolution du Jasmin a chassé du pouvoir le président Ben Ali le 14 janvier, organisera le 23 octobre des élections constituantes. Il est à parier qu’au fur et à mesure qu’approchera cette importante échéance pour l’avenir de la Tunisie, les tensions qui opposent déjà laïques et islamistes risquent de s’exacerber. Espérons seulement que les Tunisiens éviteront de reproduire les mêmes erreurs que celles commises par les Algériens dans les années 1990 et feront unanimement le choix d’une transition politique pacifique.


Zine Cherfaoui
el watan

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ILS ONT ESSAYÉ D'INCENDIER LA MAISON DE NABIL KAROUI
Les islamistes passent à l'acte

Par Tahar FATTANI - Dimanche 16 Octobre 2011

Les islamistes tunisiens sont de plus en plus virulents Des hommes armés de cocktails Molotov, de barres de fer et d'armes blanches ont tenté de mettre le feu au domicile du patron de Nessma TV.

Le bras de fer Islamistes-Nessma TV fait toujours l'actualité. Une nouvelle fois, des islamistes radicaux s'en sont pris à cette chaîne de télévision et à son boss Nabil Karoui. Des dizaines de personnes ont attaqué vendredi soir la maison du patron de Nessma TV. Ces attaques sont intervenues après les manifestations organisées le même jour après la prière du vendredi. Selon les rapports des médias, des hommes armés de cocktails Molotov de barre de fer et d'armes blanches ont tenté de mettre le feu au domicile de M. Karoui. Un mur constituant la clôture de cette maison a été incendié, selon la même source. C'est ce qui a permis aux manifestants de pénétrer à l'intérieur et agresser une femme qui s'y trouvait. Dans un témoignage à l'AFP, Sofiane Ben Hmida, un des journalistes vedettes de la chaîne, a précisé qu'«une vingtaine d'hommes étaient parvenus à entrer dans la maison, où se trouvaient la femme et les enfants de M. Karoui. Ce dernier n'était pas chez lui lors de l'attaque, survenue vers 19h». Et d'ajouter: «La famille a pu sortir par derrière et elle est en sécurité. Les assaillants ont saccagé la maison et y ont mis le feu», a-t-il témoigné. Le renfort des services de sécurité a évité le pire.

A l'issue de cette attaque, le ministère de l'Intérieur a, dans un communiqué, indiqué que 5 individus ont été arrêtés, personnes présumées être à l'origine de ces incidents. De son côté, Nessma TV a dénoncé cette attaque par un groupe d'une centaine d'hommes de la mouvance salafiste. M. Karoui, qui s'est dit «choqué» et «effondré», dénonce et déplore l'absence de soutien de la société civile. «Il n'y a aucun soutien, aucune société civile (...). Il n'y a pas de gens qui veulent nous défendre, qui veulent nous soutenir. Aujourd'hui, nous sommes devenus des pestiférés, des gens veulent nous brûler», s'est-il exprimé dans une interview à notre confrère El Watan. Et d'afficher sa crainte quant à la sécurité de sa famille. «Des pages entières sont créées (sur Facebook) pour appeler au meurtre de ma personne même, de ma famille et des employés de Nessma TV. Nous ne sommes pas en sécurité», a-t-il clamé.
La polémique entre les islamistes et Nessma TV a été déclenchée la semaine passée au lendemain de la diffusion par cette chaîne d'un film franco-iranien Persepolis qui contient une séquence où Dieu apparaît sous les traits d'un vieillard barbu, une représentation de la divinité que l'Islam proscrit. Des manifestations ont été organisées pour dénoncer le film. Le patron de Nessma TV a certes présenté ses excuses aux Tunisiens. A l'évidence sans résultat. M. Karoui défend toutefois la diffusion de ce film. «Le film a été programmé sur Nessma et, le même jour, dans les salles de cinéma où il est passé une dizaine de fois. Il a obtenu le visa du ministère de la Culture. Les Affaires religieuses n'ont rien dit. Cette semaine, il passe à Riyadh et à Abou Dhabi où il a remporté le Grand Prix», a-t-il encore souligné.
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ILS ÉTAIENT DES DIZAINES DE MILLIERS À MANIFESTER HIER À TUNIS
Les islamistes bombent le torse

Par Correspondance particulière Neffousi OULD SI AHMED - Samedi 15 Octobre 2011

La vague verte déferle sur Tunis Ces derniers ont organisé après la prière du vendredi une manifestation pour demander la fermeture de Nessma TV.

«Persepolis», le film de la Franco-Iranienne, Marjane Satrapi diffusé, il y a une semaine par la chaîne Nessma, a eu de quoi heurter les sensibilités des islamistes tunisiens. La représentation figurée d'Allah, comme vu dans le film, relève d'une question particulièrement sensible dans la religion musulmane.

Après l'attaque du siège de la chaîne par les salafistes, il y a quelques jours, ces derniers ont organisé après la prière du vendredi une manifestation pour demander la fermeture de Nessma.
La manifestation, qui a également rassemblé les radicaux comme El hijra wa takfir, avait commencé pacifiquement à la sortie de la mosquée El Feth au centre de Tunis après le prêche de vendredi. Un impressionnant cordon de sécurité a été mis en place juste avant la prière au niveau de la station du métro La République (Le passage) pour empêcher les fidèles d'emprunter la rue de Paris.
Après leur rassemblement à la fin de la prière, des centaines d'islamistes ont marché jusqu'au niveau de la station de La République avant de rebrousser chemin pour emprunter la rue de Londres longeant le jardin public Habib Thameur et menant vers Bab Souika.
Ils étaient au moins dix mille à avoir manifesté. Hommes et femmes se sont joints alors aux fidèles criant des slogans tels que «La ilaha ilallah», (Il n'y a de Dieu que Dieu), «Nourid dawla islamiya» (Nous voulons un Etat islamique) ou Khaybar khaybar ya yahoud, djaïch Mohamed sayaoud». Les mêmes slogans et même ambiance qui rappellent le temps de l'ex-parti dissous, le Front islamique du salut (FIS) même si le contexte est différent.
Tous les commerçants ont fermé leurs boutiques quelques minutes avant la prière. A l'approche du siège du gouvernement, seuls les plus radicaux des manifestants ont poursuivi le mouvement de protestation. Là, la police a utilisé des gaz lacrymogènes contre des centaines de personnes, essentiellement des salafistes qui voulaient manifester dans la Casbah de Tunis.
Des dizaines d'entre eux pourchassés par la police se alors sont réfugiés dans la mosquée de la Casbah. Le calme est revenu quelque temps après.
Rappelons que même si le P-DG de Nessma, Nabil Karoui, a présenté ses excuses au peuple tunisien au lendemain de la diffusion de «Persepolis», cela n'a pas réussi à apaiser la colère des gens de tout bord. D'ailleurs, même des prêches de vendredi dans les mosquées de Tunis ont été consacrés à cette affaire. La chaîne Nessma reste de ce fait au centre d'une controverse dont beaucoup de gens s'interrogent sur les tenants et les aboutissants de la diffusion du film «Persepolis».
Un quinquagénaire contacté lors de la manifestation nous déclare: «Ce n'est pas un hasard que la chaîne Nessma passe la caricature à cet instant précis. Le film était une provocation pour montrer ce qui arriverait après les élections si les islamistes étaient majoritaires. La programmation du film n'était pas innocente.»

Une affirmation qui n'est pas loin de la vérité si l'on reprend la déclaration du P-DG de Nessma au moment de présenter ses excuses.
«Nous sommes à 15 jours des élections. On voudrait que la Tunisie passe à la démocratie et pas à une autre tyrannie. On est dans un combat juste. On ne va pas s'arrêter pour ça», avait expliqué Nabil Karoui.
l''expressiondz
tagrawla
 

Re: Tunisie

Messagede rastanar le Lun 24 Oct 2011 20:00

les islamistes peuvent prendre le pouvoir,si ils le prenne,ça peut faire comme en Algérie d'il y à
une vingtaines d'années avec la répression religieuse donc fasciste qui découlera d'une guerre
civile.

Ces gens-là profitent toujours d'un gros malaise social et de la misère des populations les plus
pauvres pour imposer leurs dogmes et leurs saloperies d'illuminés en s'appuyant sur des partis
politiques plus que douteux et aussi sur une bonne partie de l'armée(généraux et colonels).

Les intégristes religieux de tout poils sont tout simplement des parvenus et des arrivistes qui
idolâtre le capitalisme,ils détournent les moyens financiers qui permettraient de soulager un
peu le sort des plus démunis à leurs propres avantages pour vivres grassement sur le dos de
tous les exploités.

Dieu ,ALLAH OU Yahvé ne leurs rendrons pas et c'est même certain ! . :antifa:
Le soulèvement aura lieu...tu aura beau prier ton dieu---La Canaille

"C'est pas des trous de balle qui vont nous empêcher de vivre.
D'ailleurs j'en ai un et je vis très bien avec"---Karin Viard
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Re: Tunisie

Messagede michel le Lun 24 Oct 2011 20:53

Excuse moi, pourrais-tu develloper sur la question de l'Algérie car ce que tu dis est difficilement compréhensible.

ensuite je voudrais insister sur le fait que si les islamistes ont eu autant de voix, c'est a cause de la politique de Bourguiba et de Ben Ali, soutenus par la france qui soutenait que c'etaient des "despotes éclairés"(sic). ils ont dévellopé une petite partie du pays, celle visible par les gens vennant de l'exterieur. Le reste du pays, l'interieur en fait, a été laissé pour compte et la misère s'est maintenue.
Les islamistes ont fait un gros travail sur les quartiers les plus pauvres et les campagnes pauvres aussi. Pendant ce temps la les autres partis étaient trop occupés a leurs calculs politiciens et n'en avaient
rien a foutre des pauvres. Ils proposaient des mesures stupide et ultra clientellistes. On peux donc dire que c'est toute la classe politique tunisienne qui est responsable de la montée des islamistes qui eux ont su
faire preuve de clairvoyance politique et en manipulant meme la gauche pour se renforcer. un exemple dans ce texte de la CNT-AIT.
La gauche, l’extrême droite et l’occupation de la kasbah

La place centrale de Tunis ou siège le gouvernement a été occupé plusieurs fois après le 14 janvier. Les politiciens de gauche l’ont utilisé comme tremplin pour lancer l’idée de Constituante dans le débat public comme « alternative » à la dictature de Ben Ali et de son parti le RCD.

Mais ils n’ont rien trouvé de mieux que de s’allier avec l’extrême droite locale (représentée par les salafistes) ! Bien que voyant qu’ils se faisaient dépasser par les islamiste (qui sont plus proche des gens parce qu’ils distribuent des victuailles aux présents et qu’ils jouent sur le sentiment d’appartenance à l’identité musulmane, pour lequel ils avaient évidemment plus de crédibilité que les staliniens et leurs alliés), les politiciens de gauche ont continué jusqu’au bout à travailler avec les islamistes.

Le résultat est que les staliniens ont renforcé l’extrême droite à la faveur des occupations de la kahsbah ! Ils s’en sont bien aperçu et ont reconnu leur erreur mais le mal était fait et désormais les sondages désignent l’extrême droite salafiste comme le vainqueur du scrutin pour la constituante.


http://cnt.ait.caen.free.fr/forum/viewt ... =25&t=6664

A savoir que les islamistes ne sont pas dans une position pour prendre le pouvoir. ils seront premiers aux elections et auront donc plus de siege que les autres dans l'assemblée qui va (peut etre, rien n'est sur) se
créer. ils auront une influence certaine sur la suite mais n'ont pas la majorité necessaire a pouvoir diriger unilatérallement le pays, ils seront contraint de faire des alliances et donc des compromis.

pour l'analogie avec l'Algérie elle est infondée car l'armée est tres faible en tunisie tandis qu'en Algérie c'est elle qui dirige et elle a un poids considérable.
michel
 

Re: Tunisie

Messagede spleenlancien le Lun 24 Oct 2011 22:02

Propos recueillis par le collectif Lieux Communs fin aout – début septembre. Entretien paru dans la revue "Réfractions" n°27, octobre 2011.

Notre camarade interviewé ici est un ancien marxiste libertaire influencé depuis des décennies par les idées de C. Castoriadis. Vivant à Tunis, il tente d’organiser politiquement des milieux qui s’éveillent à la chose politique autour d’idées radicalement nouvelles pour le pays et les dogmes qui y ravagent la vie intellectuelle et politique depuis trop longtemps mais que le soulèvement du 14 janvier ne semble qu’avoir à peine écornés. Les événements et leurs suite avaient été l’objet de textes et d’interviews (1) ; il nous livre ici un portrait sombre et sans concession du paysage politique tunisien à la veille des élections du 23 octobre, en même temps que quelques pistes d’actions et de réflexions élémentaires qui échappent autant à la démagogie électoraliste qu’à l’extrémisme suicidaire. On y découvre enfin une population sans aucune expérience politique, et aux perspectives ingrates, qui ne se résigne pas à se voir confisquer une liberté si chèrement, et si admirablement, conquise.

Dès le départ précipité de Ben Ali pour l’Arabie Saoudite, vous aviez qualifié le mouvement tunisien de décembre-janvier de « soulèvement populaire » et non de « révolution », puisque le peuple n’avait pas cherché à former des organes politiques autonomes pour transformer radicalement leur société (2). Ce diagnostic s’est largement vérifié, à la fois contre l’opinion occidentale qui se satisfait d’une telle normalisation, et contre les gauchistes tunisiens qui jouaient les « jusqu’au-boutistes » à des fins politiciennes. Huit mois après les événements, quel regard rétrospectif portez-vous sur ces événements ? Leur interprétation est-elle un enjeu politique aujourd’hui ?

Dès le départ on a insisté sur le caractère spontané du soulèvement bien que des éléments appartenant à des groupes politiques y ont participé, y compris nous. Mais aucune formation politique n’avait prévu l’évolution des évènements ni n’a eu d’influence décisive dans le soulèvement. Notre position est la suivante: c’est un soulèvement contre le despotisme mais qui survient après des décennies d’apathie presque totale et de décadence sur le plan intellectuel, culturel, artistique,… Ce qui complique évidemment les choses et pèsent lourdement sur la suite. Par exemple l’importance des questions relatives à l’identité, aiguisées par le conflit du proche orient, imprègne les courants politiques qui jouent sur ce sentiment nationaliste, en partie justifié, mais qui bloque toute réelle ouverture à l’occident. Il faut dire que nos intellectuels n’ont aucune connaissance de l’évolution des idées dans les pays occidentaux et restent en majorité attachés à des schémas du passé, bolcheviques, maoïstes, nationalistes arabes, baathistes, ou intégristes musulmans. Certes, le soulèvement a, en quelque sorte, dépassé tous ces dogmes, mais sans pour autant que nos intellectuels ne révisent leurs positions. Ils ont concentré leurs efforts et actions contre les gouvernements successifs, donc en direction des instances politiques [par exemple les spectaculaires manifestations à la Kasbah de Tunis], et se livrent à des alliances malsaines avec les extrême-droites religieuses, pourtant soutenues par le régime du Qatar et les milieux financiers internationaux des pays du Golfe. Au lieu de profiter des possibilités offertes par le soulèvement pour s’intéresser aux questions de fond qui concernent la vie quotidienne des Tunisiens (problèmes économiques, sociaux, écologiques, culturels...) ils s’investissent dans une bataille politicienne qui réduit leurs effectifs au fur et à mesure que le souffle de l’insurrection se dissipe. Actuellement le nombre des partis politiques reconnus dépasse la centaine et le peuple n’a aucune confiance en ces politiciens.


C’est vrai qu’une une véritable unité nationale s’était créée, au lendemain du soulèvement, et les tunisiens étaient à la fois fiers et très prudents. Peut-on aujourd’hui déceler une évolution dans le rapport que la population entretien avec cet acte fondateur à la fois victorieux et douloureux, et notamment son symbole, le sacrifice de M. Bouazizi qui a tout déclenché ?

Bouazizi n’inspire plus l’unité nationale, d’autant plus que des éléments nouveaux sont venus remettre en cause le déroulement des évènements... Notamment, on aurait découvert la mauvaise conduite de Mohamed Bouazizi avec l’agent de police, qui était une femme, et la façon abominable avec laquelle il l’a traitée. La population de Sidi Bouzid ainsi que tout le peuple tunisien a finalement eu de la sympathie pour elle et l’a soutenue... Aujourd’hui, ceux qui inspirent l’unité, ce sont les centaines de morts des différentes régions bien que cela soit devenu secondaire, et facilement récupérable par n’importe quel tribun. La seule chose positive décelable c’est l’absence de peur, le dépassement de la posture de soumission et l’unité des gens contre les anciennes figures et responsables corrompus. Mais cela entraîne aussi le fait que certains croient qu’avec la « révolution » tout est permis et il y a même un déchaînement de comportements anti-sociaux. Par exemple, les gens au quotidien ne se respectent plus ni la priorité en voiture, ni les feux de circulation, jettent des ordures partout, ont installé des barricades avec demande de droits de passage,...


En effet, la dissipation de cette peur endémique et cette liberté d’expression et d’action si chèrement conquises vont de pair avec la disparition de la stabilité, de l’ordre et de la sécurité tels que les garantissait l’ancien régime. Qu’est-ce qui a changé dans la vie de tous les jours, pour les tunisiens ? Et comment appréhendez-vous ce nouveau contexte politique ?

Les tunisiens sont à la fois enthousiastes et pessimistes quant à l’avenir: d’une part ils ont fait tombé un symbole du despotisme, Ben Ali, mais d’autre part il y a un vide politique et culturel énorme. Les gens sont devenus méfiants. Bien sûr on a dépassé la peur mais cela peut conduire aux évolutions les plus agressives et imprévisibles: délinquance, viol, vol à main armé, violence... Disons que l’imaginaire radical tunisien pourrait très bien se déchaîner et entraîner le pire.

Quant à nous, nous avons refusé, malgré la pression, de nous organiser en partis politiques et de participer aux manigances politiciennes. Nous refusons la démarche classique qui consiste à axer le travail sur le combat contre les instances politiques pour s’arracher une position - et ce d’autant plus que ces groupes opposants n’ont aucun poids significatif. La faillite du stalinisme et l’échec des groupes conspirationnistes doit ouvrir de nouveaux horizons de lutte et de nouvelles pratiques. L’autonomie, pour nous, consiste en partie à s’adresser aux autres comme étant aussi capables d’être autonomes et nous comptons sur la capacité créative et imaginative des citoyens. Nous nous adressons donc à toute la société, et non aux politiciens et idéologues, et ce dans les domaines le plus variés et qui concernent chacun : l’agriculture, le féminisme, l’écologie, la laïcité, le chômage, l’éducation,... Nous nous consacrons aux problématiques sociales et intellectuelles, qui sont urgentes, en nous adressant à tout le monde sans exception - sauf ceux qui prônent une idéologie, et particulièrement les gauchistes, nationalistes arabes et intégristes. Par contre, nous discutons avec les jeunes attirés par leurs discours car nous considérons que, d’ici les élections, leur masse de sympathisants va se réduire. On évite donc le jargon trop révolutionnaire en traitant des questions qui relèvent de la vie courante, et en premier lieu la lutte contre le salafisme.


L’insurrection tunisienne a provoqué des mouvements analogues dans tout le monde arabe et au-delà, et l’afflux de réfugié Libyens fuyant la guerre touche directement les populations frontalières, qui font preuve d’un dévouement extraordinaire, au dire même des instances internationales. Quelle est l’opinion des tunisiens sur ces « révolutions arabes », la contestation en Israël ou les mouvements de démocratie directe du printemps en Espagne et en Grèce ?

En général le peuple tunisien a suivi de près les soulèvements en Egypte, au Yémen, en Syrie, et bien sûr en Libye, notre voisin immédiat. Mais dans tous ces pays, les nationalistes arabes et baathistes jusqu’ici dominants sont maintenant hais par les populations et chacun craint que les forces réactionnaires (les émirats, le capitalisme mondial) détournent ces mouvements pour les soumettre à leurs agendas politiques et leurs stratégies dans la région. Par exemple on sent qu’il y a une tentative d’utiliser les frères musulmans comme la cinquième colonne pour servir les intérêts financiers de l’oligarchie mondiale. Quant au mouvement en Israël il est presque méconnu, sauf par nous et quelques démocrates, car nos intellectuels voient en ces mouvements un conflit interne au sein de l’ennemi, y compris ceux qui se disent anarchistes ou anarchisants ! Nos intellectuels nationalistes et islamo-gauchistes chauvins sont devenus aveugles.

Quant aux mouvements de démocratie réelle ou de démocratie directe, elles ont eu un écho limité et, pire encore, les staliniens ont usurpé leurs slogans pour les utiliser dans leurs propagandes, exactement comme lors de la formation des « comités de protection » ici en Tunisie (3). Des jeunes se disent anarchistes mais ils ne connaissent rien de l’histoire du mouvement anarchiste et leurs actions ne diffèrent pas beaucoup des manipulations et de l’opportunisme des staliniens. En lisant les textes publiés par les mouvements de démocratie réelle en Espagne, en Grèce et au Portugal nous avons été étonnés par la clarté, le contenu simple et compréhensible, l’absence de toute référence idéologique y compris libertaire. Nous avons traduit certains appels en langue arabe, tandis que des gauchistes y ont vu un appel réformiste pas suffisamment révolutionnaire (4).


La fin de la dictature et l’ébullition qui s’en est ensuivi a marqué le début de mouvements plus ou moins populaires, et dernièrement une nouvelle tentative de mouvement « Kasbah » a eu lieu à la mi-juillet. La répression policière a fait un mort, provoquant le rétablissement local du couvre-feux, et l’organisation peu après d’une manifestation unitaire des formations dites « de gauche » qui accusent l’extrême-droite religieuse. Qu’en pensez-vous ?

Il faut dire que les deux grandes manifestations de la Kasbah de janvier-février [« Kasbah I » & « Kasbah II » (5)] regroupaient deux forces contradictoires: D’une côté un mouvement citoyen épris de liberté et qui veut continuer la lutte contre les symboles du despotisme et de l’autre les partis politiques d’extrême-gauche et d’extrême-droite regroupés sous le drapeau du soi-disant « Comité de Protection de la Révolution » (CPR), une coalition des plus opportunistes aujourd’hui au pouvoir. Pour la nouvelle tentative du mouvement Kasbah ayant lieu à mi-juillet, c’est la même chose: elle fut elle aussi organisée par les staliniens, les nationalistes arabes et surtout les intégristes. Elle s’est finalement soldé par un fiasco pour les intégristes, car la population en générale et surtout les petits commerçants du Souk ont compris le véritable enjeu, particulièrement lorsque le noyau dur de la manifestations, les 300 personnes qui réunissaient autant l’extrême-droite que extrême-gauche, ont poussé la police à intervenir violemment dans la mosquée où elles s’étaient retranchées...


Le mot d’ordre « dégage ! » qui avait marqué la fin de l’insurrection a été repris un peu partout par la suite pour évincer des ministères, des administrations, des gouvernorats et des entreprises, les cadres qui avaient trempés dans la corruption généralisée qu’organisait le clan Ben Ali – Trabelsi. Ces mobilisations locales, spontanées et indépendantes étaient d’autant plus prometteuses que, menées avec une retenue et une prudence admirables, elles semblaient pouvoir déboucher sur une volonté de contrôle permanent des élus et des représentants, donc sur une dimension centrale de la démocratie directe. Qu’en est-il actuellement et sur quels obstacles culturels ou politiques les gens buttent-ils dans cette perspective ?

Le mouvement de refus des anciens responsables du pouvoir de Ben Ali continue et des actions de protestation dans les régions, les entreprises et administrations n’ont jamais cessé. Alors il y a cette volonté de contrôler, mais ce n’est qu’un germe. C’est un mouvement important à suivre, à renforcer et à soutenir, mais il ne faut pas l’exagérer ou le surestimer. La décadence politique de notre pays est très importante, et il n’y a aucune pratique ou pensée vraiment pertinente, ni du côté des intellectuels, ni du côté du peuple. Les gens refusent les corrompus, despotes et les anciens collaborateurs de Ben Ali mais en même temps, ils demandent au pouvoir d’être assistés: nous voulons des entreprises, et des routes, et l’eau potable, et le développement régional... En fait la solution réside non dans le « développement » tel qu’on l’entend habituellement, mais bien dans le soutien à toutes les régions par une répartition équitable des biens et des ressources disponibles. Par exemple, on sait que la nappe phréatique de Sidi Bouzid, d’où tout est parti, a été surexploitée et que la pollution des sol et la salinisation ont atteint des degrés inacceptables. Nous, nous appelons à une conversion écologique de l’économie dans un cadre global, voire mondial.


Venons-en aux innombrables luttes dans les entreprises, qui inventaient quasiment au fur et à mesure toutes les pratiques de grèves, de revendications, d’actions directes, etc... Elles devaient s’affronter non seulement à la direction et à sa répression débridée, mais également à l’indifférence des militants de « gauche », sans parler du reste de la population, qui n’y voyait que confusion et menace pour le redémarrage économique du pays. La situation a-t-elle changée aujourd’hui ?

Toutes ces luttes continuent: on a vu des blocages des transports ou des pompes à essence, ou encore des mobilisations plus « écologistes ». Leur intérêt est qu’ils sont indépendants vis-à-vis des partis politiques. Les grèves elles-mêmes elles ont abouti à des acquis matériels intéressants, sur plusieurs plans, notamment l’organisation du travail et le refus de la soumission aux instances bureaucratiques. Comme d’habitude l’UGTT [l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens, seul syndicat autorisé sous Ben Ali] est contre ces mouvements. Signalons qu’elle fut l’organisatrice du dit CPR, donc qu’elle est, comme toujours, du côté du pouvoir, et que les gauchistes se sont ralliés à cette direction en suivant une tactique consistant à éviter de la critiquer sachant qu’elle leur fourni toute la logistique... Quant à nous, notre force est très limitée et d’ailleurs même si nous en avions la force, notre façon d’agir n’est pas celle d’encadrer ou influencer ces mouvements: nous avons définitivement rompu avec ces méthodes staliniennes.


Dans ce contexte, l’émigration vers l’Europe et surtout la France joue un rôle très important: comment faut-il comprendre le débarquement de jeunes Tunisiens à Lampedusa dès la fuite du dictateur ? Les gauchistes français en ont fait, contre toute attente, les représentants du mouvement révolutionnaire: comment cela est-il interprété par les tunisiens, et qu’en pensez-vous ?

Défendre les émigrés clandestins, c’est défendre leur exploitation dans des travaux au noir... Et d’ailleurs ces jeunes ne veulent que profiter de la société de consommation européenne et vos gauchistes, comme les nôtres, n’ont encore rien compris. En général ces émigrés sont mal vus par la population qui considère que ce n’est pas la solution mais qu’il faudrait plutôt s’atteler à construire le pays. (6)


Le régime de Ben Ali était une dictature policière et son effondrement a mis au premier plan une institution militaire qui semble aujourd’hui jouer un rôle de garde-fou face à un ministère de l’intérieur qui peine à se réformer. Les nombreux partisans de l’ex-RCD, estimés à plusieurs centaines de milliers, ont fait un moment profil bas, mais n’ont pas désarmé, puisque certains se sont réfugiés en France, d’autres ont formé un parti autour de l’ancien ministre de l’Intérieur et beaucoup noyautent d’autres formations politiques : quelles sont actuellement leurs forces, leurs stratégies et comment la population les perçoit-elle ?

Juste après le 14 janvier on a vécu une période d’instabilité et d’insécurité et on a dû monter la garde pour protéger nos familles, quartiers et maisons des délinquants échappés des prisons et des masses déchaînées des quartiers populaires. La police avait disparue et quelques gauchistes conspirateurs en ont profité pour appeler à usurper le pouvoir : un avocat parmi eux a même dit à une foule : « Le pouvoir est jeté dans la rue allez le prendre », alors que tout le monde n’attendait que le retour de l’ordre... Aujourd’hui, l’ancienne police est corrompue et refuse de participer au maintien de la sécurité tandis que la corporation a connu des divisions importante et ne peut plus intervenir comme avant. L’Europe, de son côté, a envoyé une commission chargée de la formation policière, et on assiste au recrutement de nouveaux éléments. Une bonne partie de la population se réjouit de ces mesures : il ne faut pas négliger le fait qu’un sentiment de peur et de crainte plane encore sur la pays, tandis que la police traditionnelle refuse de jouer son rôle de protection civile de peur d’être taxée de violente, et donc d’incarner la survivance de l’ancien régime. Et il ne faut pas oublier la corruption...

Mais quand on parle de contre-révolution, on la limite aux seuls partis pro-RCD en oubliant toutes les autres forces réactionnaires alliées au capitalisme mondial, et essentiellement le mouvement intégriste. Mais cet oubli n’est pas anodin: les staliniens alliés aux intégristes voient tout ce qui bouge comme étant RCD même les salafistes djihadistes: c’est un prétexte très commode mais très dangereux !


Avant d’y arriver, évoquons les grands vainqueurs du soulèvement: les milieux aisés, la bourgeoisie compradore qui a dorénavant les mains libres sur les commandes du pays et qui est représentée par une quantité incroyable de partis et pseudo-partis. Y a-t-il réellement des projets politiques proposés conséquents et contradictoires susceptibles d’orienter la nation tunisienne ou ne sont-ils que des paravents pour une gestion oligarchique comme la connaissent tous les pays d’Europe ? Quel sera leur attitude face aux multiples crises, notamment économiques, qui secouent le monde et qui iront en s’accentuant ?

Ces partis de droite sont multiples: le spectre va des libéraux anciens RCDistes au parti patriotique libre jusqu’au aux partis modérés et centristes comme Ettakattol ou encore d’autres partis qui n’ont pas une influence considérable sur la scène politique, mais qui, regroupés, peuvent avoir un poids important.

Pour ce qui est des programmes et des projets qu’ils vendent, ils sont tous identiques et sans surprise: lutte contre le chômage, égalité, soutien et développement des régions délaissées par Ben Ali… De tels programmes sont inapplicables dans les conditions mondiales, à l’exception de quelques petites réformes. Le pouvoir actuel, et celui qui sortira des élections, quelque soit son orientation idéologique et politique, ne peut être qu’un allié de l’oligarchie mondiale. Aujourd’hui, il faut choisir entre l’intérêt du peuple et l’action en ce sens, et avec lui, ou prétendre au pouvoir.


La nébuleuse gauchiste – nationaliste s’était regroupée au sein du « front du 14 janvier », après avoir organisé entre eux des « comités révolutionnaires » afin d’usurper la légitimité des « comités de protection » que la population avait spontanément formé lors des journées noires où le pays avait été livré à lui-même. A l’époque, ces grands opportunistes jouaient la carte de l’union sacrée tout en misant sur tous les tableaux, subversif et parlementaire, marxiste et religieux, tandis que la population découvrait leurs visage et leurs pratiques: quels est l’état de leur force aujourd’hui, quels sont leurs projets, leurs alliances et l’attitude de la population à leur égard ?

D’abord il faut comprendre qu’ils n’ont aucun véritable contenu intellectuel: le gauchisme s’est effondré et il n’y a pas, à proprement parler, de nation tunisienne, ni de nation arabe...

Ce sont de grands opportunistes. Le « Comité de Protection de la Révolution » fut créé tout d’abord par des national-staliniens avec l’appui de l’UGTT, et ils l’ont ouvert aux intégristes musulmans, qui ont été les premiers à bénéficier du cadre qui n’est qu’un moyen pour voler le soulèvement et accaparer le pouvoir. Comme d’habitude, ils usent d’un double discours (et c’est la même chose pour les intégristes): d’une part ils appellent à la continuation du mouvement révolutionnaire pour « réaliser les objectifs de la révolution » (qui n’a jamais fixé d’objectifs à part contrer le pouvoir de Ben Ali !) et d’autre part se précipitent sur les plateaux-télé des chaînes de télévision y compris celle créée récemment par un collaborateur des Trabelsi... On a même consacré une émission de 5 heures au leader des staliniens, Hamma Hammami, relatant sa vie politique, familiale, personnelle... C’est le vide. Dernièrement, un grand homme d’affaire lié au secteur mondial du pétrole et qui a de multiples sociétés à l’étranger est apparu brusquement dans la scène, M. Riahi, leader du Parti Nationaliste Libre, nouveau parti. Il a pu se rallier des « leaders » des « comités révolutionnaires », surtout dans les zones d’où a commencé le soulèvement, et beaucoup en sont devenus les portes-parole dans leur régions, bien entendu moyennant un argent fou issu des milieux d’affaires américains et anglais... L’argent sale des intégristes et des partis de droite joue actuellement un rôle décisif.

Les staliniens et nationalistes arabes n’ont rien à apporter sauf les schémas dépassés, et il n’y a rien à espérer d’eux, ils ont perdu sur tous les plans. D’ailleurs tout un courant au sein de la jeunesse est devenu un ennemi farouche de ces mouvements gauchistes et l’accusent de trahison. Nous sommes certains qu’après les élections, toute la jeunesse de ces partis les quittera en masse, déçus des pratiques opportunistes des leaders. Il est temps de changer de discours et de s’intéresser aux vrais problèmes en ouvrant des champs de lutte, en créant des réseaux multiples de discussion et d’échange de points de vue.


L’absence des islamistes, en tant que tels, durant le soulèvement ne leur empêche pas d’avoir beaucoup de crédit aujourd’hui dans toutes les couches de la population et de provoquer des rapports de forces quotidiens, même s’ils ont quitté la très hétéroclite « Instance nationale pour la protection de la Révolution » qui refusaient les financements étrangers quelle est leur stratégie actuellement, particulièrement autour de cette période délicate du Ramadhan ?

Les extrême-droite religieuses aspirent naturellement à l’usurpation des fruits du soulèvement. Aujourd’hui, les intégristes poussent les gauchistes à se manifester (même si leur nombre se réduit : quelques centaines à Tunis, à Sidi Bouzid et Gafsa) pour les manipuler tout en se consacrant au travail de propagande, d’abord dans les mosquées (7) et ensuite en offrant des habits et de la nourriture à des familles pauvres avec le soutien financier du Qatar. Ils ont une stratégie internationale: un des leader d’Ennahda, M. Djebali, est parti à Washington pour renforcer les rapports avec les USA, et en retour la plupart de leurs partis (PDP, TAKATTOUL et autres) furent invités par l’ambassadeur américain à un diner au mois de Ramadan et ils ont accepté l’invitation.

Quand on parle des intégristes il faut aussi parler des programmes des forces oligarchiques mondiales qui veulent limiter les dégâts en encadrant ces soulèvements par le soutien de certaines forces politiques, dont les intégristes soit disant modérés. Avec ce qui se passe en Libye, et le détournement du soulèvement qui s’est transformé en une guerre civile où l’OTAN joue un rôle décisif, on est en droit de parler des projets de l’oligarchie mondiale alliée aux intégristes, qui sont toujours très organisés et très implantés dans les populations. Si en Libye ils sont effectivement majoritaires, en Tunisie ils ne peuvent à eux seuls gagner le pouvoir. Car il faut dire, contrairement aux bêtises colportées ici par les pires tendances politiques, que Bourguiba fut un dictateur, mais un despote éclairé qui a instauré le code du statut de la femme qui est unique dans le monde arabe, marqué par un trait libéral inspiré de l’Europe. Les femmes tunisiennes et tous les démocrates sont très attachés à ces acquis.


Justement, le parti intégriste le plus populaire, Ennahda, joue la carte modérée face aux salafistes qui n’hésitent pas à terroriser en faisant le coup de poing dans les rues. Les mouvements anti-religieux qui se forment chez les jeunes ou chez les minorités berbères ont-ils une chance d’articuler un discours et d’adopter des pratiques capables de faire pièce à leur influence ?

Un mouvement de jeunesse est effectivement en train de naître, on le suit de près et on y participe: c’est le mouvement très critique contre les intégristes qui s’exprime par des écrits dans les journaux, sur facebook, internet, etc... C’est un mouvement autonome qui regroupe de simples citoyens, des libéraux, des intellectuels, des journalistes, et qui mène une lutte essentielle contre l’extrême-droite musulmane mondialisée, puisque des variantes semblables existent en Egypte et en Syrie. Ce qui est intéressant, aussi, dans ce mouvement, c’est qu’il a dépassé un certain stade pour approfondir la critique de l’histoire de la civilisation musulmane et de la religion. Nous assistons donc à la montée d’un mouvement laïque radical parmi la jeunesse, surtout des grandes villes et issue de toutes les couches sociales, surtout moyenne. Nous pensons que ce mouvement doit être alimenté par une pensée libertaire et doit déboucher sur la rupture entre le domaine religieux et politique.

Les minorités berbères, majoritairement contre l’intégrisme, s’organisent mais leurs actions sont limitées sachant qu’elles commettent l’erreur de ne pas chercher des appuis et des alliances avec la majorité arabe.

De toutes les façons nous soutenons tous ces mouvements même les libéraux (car être libéral sur le plan politique en Tunisie n’a pas la même signification qu’être libéral en Europe): nous pensons que la situation est telle que, contre la montée de l’extrême droite religieuse, il ne faut pas hésiter à s’allier avec les forces démocratiques et libérales. Car les gauchistes et les nationalistes arabes sont totalement absents de ce mouvement. Les gauchistes pensent que ce sont de faux problèmes alors qu’au même moment les Emirs du Golfe versent des centaines de milliards aux différents courants salafistes pour saper les révolutions arabes. Nos gauchistes se moquent des mouvements pour la laïcité et pour la séparation entre le politique et le religieux et considèrent que ce n’est que du pure libéralisme... Il ne faut pas oublier que les gauchistes de tout bord n’ont jamais été et ne sont pas contre les intégristes musulmans mais essentiellement leurs alliés. Les seules manifestations contre les intégristes furent celles pour la laïcité et d’autres manifestations organisées par des simples citoyens (organisés tous les samedis) auxquelles nous avons nous-mêmes participé.


La population tunisienne est appelée à participer aux premières élections libres le 23 octobre prochain pour élire une assemblée constituante qui donnera au pays une nouvelle constitution. Depuis six mois, le nombre de partis déclaré a progressivement dépassé la centaine, et la majorité sont des organisations fantoches montées à des fins uniquement financières et arrivistes et cela explique partiellement que les tunisiens aient rechigné à s’inscrire, et souvent in extremis, sur les listes électorales. Quels sont les enjeux de cette période et de ces premières élections libre en Tunisie ?

D’abord il faut signaler que les élections étaient prévues fin juillet, puis elles ont été reportées, et c’est une décision bénéfique car les gens n’avaient pas le temps pour s’informer et choisir: c’était évidemment les intégristes qui voulaient précipiter les choses pour mettre à profit leur large ancrage dans la société.

Quant à l’enjeu de la nouvelle constitution, il est essentiellement religieux. Les intégristes veulent changer la constitution en promulguant la Charia, pour re-légaliser le polygamie (les fameuses 4 femmes), les jawaris [jeunes filles esclaves], couper la main du voleur, et... Samir Dilou (un des leader des intégristes d’Ennahda) l’a explicitement dit. Quant à Moncef Ben Salem, un autre leader intégriste, il a affirmé solennellement que la constitution actuelle, qui date de l’indépendance de 56, fut écrite par la France et les sionistes et que Bourguiba était un sioniste ! Alors que c’était lui qui a accepté d’inviter les palestiniens qui ont été chassés du Liban...

Pour ce qui est des pronostics, les modalités techniques électorales ne permettront pas aux intégristes de gagner, même s’ils feront un bon score (entre 15 et 30 %), et de toutes les façons la bourgeoisie libérale est en train de se rassembler pour avoir une majorité confortable. Le risque pourrait venir de l’alliance des gauchistes et des nationalistes avec les intégristes : une des fractions des staliniens appelle aujourd’hui à la coalition avec les islamistes.

Mais, plus généralement, malgré la propagande fournie par les différents partis politiques qui n’hésitent pas à utiliser les moyens les plus malsains, une étude dans les quartiers pauvres montre qu’une large proportion des classes déshéritées et délaissés ne vont pas participer aux élections. Pour eux, « ces élections sont pour les gens riches et qui veulent le pouvoir, nous n’avons pas confiance aux partis politiques qui nous vendent des discours ».


Article original :
http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article534
spleenlancien
 

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