Tunisie

Re: Tunisie

Messagede vroum le Jeu 3 Fév 2011 12:14

Révolution en Tunisie

In Le Monde libertaire n°1621 (3-9 février 2011)

http://www.monde-libertaire.fr/international/item/14211

1621TunisieAu début des années soixante, Jean Duvignaud, professeur de sociologie à la faculté de Tunis, emmena ses étudiants à Chebika, une oasis pauvre et archaïque du sud de la Tunisie, dans le but de réaliser une étude sociologique de terrain. Les jeunes hommes et femmes qui participèrent à cette recherche, issus de la moyenne et haute bourgeoisie tunisoise, découvrirent avec stupeur la réalité d’un pays qu’ils ne soupçonnaient même pas, un pays à mille lieues des promesses de développement que la toute jeune république tunisienne d’alors, encore ivre de sa toute fraîche indépendance, servait au peuple tunisien 1. Cinquante ans plus tard, c’est avec la même surprise, teintée d’incrédulité, que les opinions publiques occidentales découvrent la face cachée du « miracle » tunisien, avec l’irruption du peuple de Sidi-Bouzid. Qu’un pays aussi calme, vanté pour sa stabilité, sa modernité et sa prospérité fasse irruption de manière aussi inattendue sur la scène de l’histoire, et s’invite dans le mouvement des insurrections ; diantre, voilà de quoi réviser les certitudes selon lesquelles les peuples de la périphérie n’ont d’autre choix que la chicotte autoritaire ou la férule religieuse. D’un tel événement, on ne peut dire qu’il surgisse de nulle part, comme si le peuple qui l’a mis au jour n’avait pas d’histoire, et aucune conscience de celle-ci.

Des origines

Des insurrections, l’histoire tunisienne en a connu, et certaines des plus célèbres, comme celle de 1864 2, sont nées précisément dans cette même région du centre-ouest déshérité et frondeur, qui a déclenché la révolution de décembre 2010. Plus tard, au premier temps du protectorat français, instauré en 1881, d’autres soulèvements populaires ont marqué la mémoire du peuple tunisien et la naissance du mouvement indépendantiste. Des grèves, des affrontements parfois durement réprimés, des assassinats, dont celui du leader syndicaliste Ferhat Hached 3 en 1952, ont scandé la marche vers l’indépendance, acquise en 1956. Et le long règne de Habib Bourguiba ne s’est pas passé sans heurts ni frictions : 1969, émeutes dans tous le pays contre la collectivisation des terres (la Tunisie vit alors une expérience « socialiste » sous la conduite du Premier ministre Ben Salah) ; 1972, manifestations des étudiants durement réprimées (et coup de pouce donné aux islamistes par le gouvernement pour contrer les gauchistes) ; 1978, le jeudi noir du 26 janvier, 200 morts lors de la répression contre les manifestations à l’appel de l’Union générale tunisienne du travail (un certain Ben Ali à la direction de la sécurité) ; 1984, émeutes dites du pain, encore une fois durement réprimées. Mais s’il faut chercher une source au mouvement qui a pris naissance le 17 décembre dernier, c’est dans la révolte du bassin minier de Gafsa de 2008.

Gafsa 2008

Cette région du sud-ouest, à l’orée du désert, prés de la frontière algérienne, a été le théâtre durant l’année 2008 d’une série d’émeutes et de mouvements de protestation préfigurant ce qui vient de se produire en décembre 2010 et janvier 2011 4. Dans cette région, le principal employeur est la Compagnie générale du phosphate. Ses salariés sont bien payés, eu égard au standard tunisien : 1 000 dinars (500 euros), soit près de cinq fois le salaire minimum. Cette activité a subi les plans de libéralisation et de restructuration qui ont divisé par trois les effectifs en vingt ans, sans qu’aucun projet de réindustrialisation ou de reconversion ne vienne suppléer à cette situation, alors que les cours mondiaux du phosphate s’envolaient (+125 % entre 2007 et 2008 !) : le taux de chômage officiel, dans la région, atteignait près de 30 %. Ce sont les jeunes chômeurs diplômés, regroupés au sein d’une Union des diplomés chômeurs, non reconnue, qui ont lancé le mouvement de protestation, rejoint par les lycéens, les travailleurs précaires, les familles d’ouvriers accidentés du travail. Sit-in, manifestations, blocages des routes et des chemins de fer (par où transite le phosphate extrait des mines), affrontements avec la police : toutes les modalités d’action ont été mises en œuvre dans cette lutte, de manière spontanée, sans cadres politiques et avec très peu de soutien syndical. La maigre opposition politique reconnue alors par Ben Ali est loin du terrain, et préoccupée par l’élection présidentielle de 2009, à laquelle, toute honte bue, elle a décidé de prendre part : on connait les résultats de cette mascarde 5. Et le soutien syndical est resté strictement local, sans pratiquement aucune implication de l’échelon régional, voire contre lui, et encore moins national. L’isolement, l’absence de soutien extérieur 6, l’inexpérience des protestataires et surtout le déploiement de tout l’appareil répressif ont eu raison de ce mouvement. Mais des « germes ont été semés dans le désert 7».

Du régime

Lorsque le général Ben Ali prend le pouvoir, le 7 novembre 1987, à la faveur de ce qu’on a appelé un coup d’État médical, le régime issu de l’indépendance est à bout de souffle. Le président Bourguiba, qui a fait modifier la Constitution en 1975 afin d’être président à vie, est quasiment sénile. Le mouvement islamiste a posé des bombes et menace de prendre le pouvoir. La situation est extrêmement tendue ; aussi, l’annonce de la déposition du « Combattant suprême » est accueillie avec soulagement par un grand nombre de Tunisiens. D’autant plus que le nouveau président s’engage à réformer l’état, à démocratiser la société, et à préserver les principaux acquis du bourguibisme que sont le droit des femmes et l’accès à l’éducation pour tous. Mais faut-il croire en la parole d’un flic ?
Très vite, le nouveau maître de Carthage va cadenasser la Tunisie. Après avoir durement réprimé le mouvement islamiste, emprisonnant 30 000 de ses membres avec l’aval de tous les partis, il va peu à peu retourner son appareil répressif contre ces mêmes partis, les faisant disparaître, contraignant les leaders de l’opposition à l’exil. Peu à peu, une chape de plomb va tomber sur la Tunisie. Dans le même temps, il va obtenir l’appui des puissances occidentales, en leur servant le discours frelaté du rempart contre l’islamisme, de défenseur du droit des femmes et de modernisateur de la Tunisie. L’ouverture des frontières avec la suppression progressive des droits de douane, l’adoption des plans d’ajustement du FMI et l’application du modèle économique capitaliste dans sa version néolibérale, ainsi que sont alignement sans réserve sur la politique extérieure des États-Unis et de la France au lendemain de la chute du mur de Berlin, vont en faire un des meilleurs élèves du système. Alors qu’il n’a aucune étoffe, aucune légitimité historique, contrairement à son prédécesseur, il va imposer son style, ou plutôt son absence de style, en s’appuyant sur les deux principaux piliers de son système : la police et le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), qu’il a construit à sa main à partir du vieux parti socialiste destourien, héritier du Néo-Destour de Bourguiba. La conjoncture internationale lui est propice : l’économie tunisienne décolle, avec des taux de croissance annuels de 5 % entre 1995 et 2002. La faible croissance démographique (1,3 % par an), l’installation de nombre d’industries étrangères, attirée par une main-d’oeuvre bon marché et réputée travailleuse et docile, le développement du tourisme, tout cela concourt à ce qu’on appelle alors la naissance du dragon africain. Le revenu par tête d’habitant devient le premier d’Afrique du Nord. La politique du crédit facile permet à la classe moyenne de se donner l’impression d’accéder à la prospérité : ce sont les années du « consomme et tais-toi ». Ben Ali s’achète ainsi facilement l’accord de la majorité de la population, attirée par ce nouveau modèle économique qui lui apporte les joies du consumérisme. Cela vaut bien qu’on ferme les yeux sur les dérives autoritaires. Et puis le voisin, le géant algérien, depuis toujours craint par les Tunisiens, est plongé dans une atroce guerre civile, dont Ben Ali profite indirectement : « C’est moi ou le chaos. » Le RCD étend alors son emprise sur la société : pas un village, pas une administration ou une entreprise qui ne possède sa cellule. Elle voit tout, sait tout et presque tout passe par elle. Une démarche administrative ? Un emploi dans la fonction publique ? Un logement ? Le RCD est là. Il finira par revendiquer près de 2 millions d’adhérents (soit 20 % de la population !). La plupart par opportunisme, plus que par idéologie. L’autre pilier du régime, la police, va prendre un essor considérable. Selon les sources, il y a dans la Tunisie de Ben Ali entre 100 000 et 180 000 flics : ceux en tenue, mais aussi les polices parallèles, les indicateurs, les milices. Autant de flics qu’en France, pour une population deux fois moindre.

La famille

Ce qui est nouveau dans ce régime, c’est la mainmise sur l’économie du pays par une clique maffieuse, qui se constitue autour des familles de Ben Ali et de sa femme, Leila Trabelsi 8. Depuis la chute du dictateur, les médias, jusque-là aveugles, ont fait leurs choux gras des comportements de ces voleurs et de leurs prédations. Tout ce qui pouvait être source de profit était accaparé par la famille, au besoin par la violence et les menaces, et pratiquement au vu et au su de tous. Des industriels, des banquiers, des hommes d’affaires, tunisiens et même étrangers, ont été soumis au racket de cette bande. Au point que des investisseurs potentiels ont préféré mettre un terme à leur projet, plutôt que de composer avec les clans. Ces attitudes ne sont pas spécifiques à la Tunisie, mais ils ont atteint un tel degré qu’ils ont fini par alerter l’ambassade des États-Unis, qui y voyait une menace pour la stabilité économique et politique du pays 9. Alors que sous Bourguiba la corruption était quasiment inexistante, elle est devenue systématique, à tous les échelons de la société. Même le Tunisien lambda se voyait harcelé par les flics qui lui extirpaient 20 dinars pour une infraction imaginaire au code de la route.

La société

Ce qui frappait le voyageur qui débarquait en Tunisie, à condition de sortir des réserves à touristes du bord de mer, c’était l’omniprésence du portrait du dictateur, partout, dans la rue, les boutiques ; les avenues du 7 novembre, places du 7 novembre, cafés du 7 novembre, avec leurs monuments sommet du kitch à la gloire du 7 novembre, «7», chiffre fétichisé jusqu’à paraître idolâtre dans un pays musulman, 7 novembre, date du début de « l’ère du changement » selon la logomachie officielle. La peur, qui devient surtout palpable depuis la fin des années quatre-vingt-dix, avec la méfiance qui s’instille sournoisement et qui pourrit les relations. La présence policière permanente, pesante, que l’on ressent dès l’arrivée à l’aéroport, avec ces flics arrogants, méprisants, sûrs de leur force et de leur impunité. Les discussions chuchotées, le silence devant l’étranger, la peur du mouchard au café ou dans le taxi : voilà quel a été le quotidien des Tunisiens pendant toutes ces années. Avec aussi le sentiment d’être pris pour des demeurés, des idiots auxquels on devait inlassablement répéter, par la télé, la radio et les journaux, tous les jours, que le président avait « pris en charge le destin de la nation et que sous sa conduite clairvoyante la société, forte de ses acquis en matière de démocratie et de droits humains, dus à la sûreté des choix présidentiels, allait relever tous les défis posés à la nation sur la voie du changement ». Véridique ! Pour ceux qui n’avait pas connu les démocraties populaires de l’autre côté du rideau de fer, et pour ceux qu’un voyage en Corée du Nord effrayaient (à juste titre), la Tunisie de Ben Ali offrait tout ce qu’un Big Brother était à même de fournir : le décalage total, radical, entre le discours et la réalité, à des sommets qu’Orwell lui-même aurait eu du mal à imaginer. Pour la galerie, il y avait quelques partis d’opposition tolérés, certains ayant mêmes des strapontins à l’Assemblée nationale. Lors des élections présidentielles, des opposants, choisis par le parti présidentiel, se présentaient, en s’excusant et en appelant le peuple à voter pour leur supposé adversaire. À l’issue de ces mascarades, le président Ben Ali se trouvait crédité de 95 % des voix… Et il recevait les félicitations de ceux, nombreux, qui, en France et ailleurs, voulaient faire croire à la démocratie en Tunisie. Par souci d’humanité, nous ne citerons aucun nom, les mêmes qui aujourd’hui apportent leur soutien « désintéressé et sincère aux légitimes aspirations du peuple tunisien 10 ». Mais dans cette société maintenue sous l’étouffoir, quelques-uns et quelques-unes, courageux, ont résisté. Des avocats, des militants et militantes des droits de l’homme, des politiques, des écrivains, des internautes ; certains l’ont payé cher, certains y ont laissé leur vie, je pense à Zouhair Yahyaoui, entre autres…

Et puis le peuple...

Celui qu’on croyait absent, écrasé, marginalisé est réapparu, presque par surprise, par une sorte de pied de nez que l’histoire nous réserve. Et il y a eu Mohamed Bouazizi, le marchand ambulant de Sidi-Bouzid dont le geste de désespoir a soulevé tout un peuple ; ce qui n’avait pu se faire en 2008 à Gafsa à tout à coup été possible, la jonction entre les différents acteurs de la société s’est faite : jeunes des villes et des campagnes, chômeurs et ouvriers, avocats et marginaux. Et très tôt, ce que nos pitoyables journaux français ont appelé une émeute, comme s’il s’agissait d’un fait divers de banlieue, s’est transformé en une gigantesque tornade qui a balayé un dictateur, et qui s’en prend maintenant à la dictature. Aujourd’hui un peuple a retrouvé sa dignité, un peuple d’un petit pays de la périphérie, assigné au rôle de destination du tourisme de masse et de réserve de main-d’œuvre bon marché, a su renversé le cours de l’histoire et a soulevé une gigantesque vague d’espoir dans le monde entier; un peuple désarmé, seul, sans aide extérieure est en train de filer la trouille à tous les tyrans, est en train de démentir tous ceux qui pensaient que seule la dictature convient aux métèques arabo-musulmans, qui seraient par essence incompatibles avec l’idée même de démocratie 11. Un peuple aux prises avec son histoire, qui a bien d’autres obstacles à surmonter. Par sa volonté de vivre, il a forcé le destin, il a dissipé les ténèbres et il a brisé ses chaînes.

Mohamed, groupe Pierre-Besnard de la Fédération anarchiste

1. Jean Duvignaud, Chebika, Plon. Un très beau film a été tiré de ce livre : Les Remparts d’argile de Jean Bertucelli.
2. B. Slama, L’Insurrection de 1864 en Tunisie, Ceres, 1967.
3. Ferhat Hached a fondé l’Union générale tunisienne du travail en 1947, qui a été l’un des principaux artisans de l’indépendance. Les rapports de ce syndicat avec le pouvoir ont toujours été conflictuels, et même Ben Ali n’a pu totalement le mettre à sa botte.
4. Pour de plus amples informations : Larbi Chouikha et éric Gobe, « La Tunisie entre la révolte du bassin minier de Gafsa et l’échéance électorale de 2009 », L’Année du Maghreb, vol. V, 2009 (http://anneemaghreb.revues.org/623).
5. Lors de cette élection, Ben Ali n’obtient que 89,62 % des suffrages…
6. À l’exception de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), du Parti communiste ouvrier tunisien (PCOT, interdit à l’époque) et de quelques personnalités…
7. Moncef Marzouki, opposant de la première heure à Ben Ali, ancien dirigeant de la LTDH, président du Conseil pour la république (CPR, interdit sous Ben Ali).
8. Nicolas Beau et Catherine Graciet, La Régente de Carthage, La Découverte, 2009.
9. Les câbles américains sur la Tunisie sont consultables en français sur internet : taper « tunileaks » dans un moteur de recherche. Les Français n’ont rien vu venir…
10. Pour immortaliser cette amitié franco-tunisienne du temps de Ben Ali, un mur de la honte (wall of shame) se constitue sur Facebook.
11. Michel Onfray, préface à L’Impasse islamique, Hamid Zanaz, éditions libertaires, 2009.
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Re: Tunisie

Messagede Antigone le Sam 5 Fév 2011 21:48

Lieux communs - 05 fev 2011
http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article438

Tunisie: « Ni cellules destouriennes, ni partis politiques ! »
Entretien avec un camarade tunisien
(Propos recueillis le 4 février par le collectif Lieux Communs)

Depuis le soulèvement populaire de décembre-janvier en Tunisie, l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT), la principale organisation stalinienne qui a toujours eu un rôle central dans le gouvernement du pays, cherche sérieusement à accéder au pouvoir en récupérant le mouvement à son profit. Quelles sont les inévitables rivalités de clans qui se déroulent en son sein et y a-t-il une lutte interne entre la base et l’appareil ? Existe-t-il une frange dissidente qui serait capable de rompre vraiment avec la direction et son idéologie mortifère ?

L’UGTT est le seul organisme syndical reconnu en Tunisie et il a participé directement à la construction de l’Etat tunisien: beaucoup de ses cadres ont été des responsables et des ministres dans les différents gouverne­ments du Pays depuis des décennies. Sa direction a été toujours un allié du pouvoir et a presque systématiquement soutenu ses choix économiques et sociaux. Son histoire est marquée par une trahison totale des aspirations des masses, qu’il s’agisse du soulèvement de Ksar Hellal en 1977-78 ou plus récemment de celui de la région minière de Gafsa en 2008 ou, bien entendu, de l’insurrection générale contre le despotisme de Ben Ali.

Mais à partir du moment où cette direction a compris que Ben Ali était sur le point de tomber, elle a retourné son discours et a même appelé à la grève générale qui avait été déjà décidée et appliquée par les citoyens (l’information fut transmise par internet et des réseaux sociaux). Les staliniens ont alors compris que la direction de l’UGTT était dans l’embarras et ils ont sauté sur l’occasion pour transformer le cadre organisationnel comme marche-pied pour le pouvoir. Donc on peut dire que les intérêts ont convergé: la direction pour cacher leur trahison et les staliniens pour profiter du cadre de l’UGTT dans une visée conspiratrice.

La lutte entre les différents clans du « Front du 14 janvier » a déjà commencé: par exem­ple, les nationalistes arabes ont attiré l’attention sur le fait que les chaînes de télévision n’ont permis qu’aux gauchistes de s’exprimer... Au fur et à mesure les militants de base découvrent les visées des soi-disant leaders du mouvement qui ont par exemple récemment déclaré qu’ils étaient pour un régime parlementaire tout en exi­geant un gouvernement populaire, ce qui dévoile un double discours total. Et dans le même temps tout le monde assiste à l’intégration des mouvements gauchistes dans le système... On va donc assister à des divisions au sein même de ces formations. Car il faut dire que le soulèvement populaire a franchi un pas vers la rupture avec le système ancien y compris le spectacle politique (pouvoir et opposants) auquel nous sommes conviés.

Nous pensons que les idéologies gauchistes et intégristes ont perdu du terrain dans les têtes et qu’il incombe à chacun qui en est conscient de participer à leur faillite totale. D’ailleurs les gauchistes du 14 janvier nous ont interpellés pour nous demander les causes de notre refus d’adhérer à ce front: c’est un signe évident de faiblesse. Nous constatons qu’ils veulent éviter toute critique fondée d’où qu’elle vienne.

On constate que cette vie politique tunisienne post-insurrection est monopolisée par des organisations politi­ques qui allient toutes, selon des proportions variables, des doses de nationalisme arabe, de baasisme, de gauchisme et d’islamisme... Pourquoi de tels mélanges baroques ? Leurs compromis avec l’intégrisme particulièrement est-il de l’opportunisme ou un reste d’empreinte religieuse traditionnelle ?

Les intégristes ont adopté le jargon gauchiste et les gauchistes se veulent les champions de la défense d’une identité pure sachant que l’identité arabe a comme base l’Islam: car il ne faut pas oublier que c’est à travers l’Islam qu’on est devenus arabes... Il n’y a pas vraiment de compromis entre les gauchistes et les intégristes mais ce sont deux aspects d’une même idéologie qui se base sur une référence unique et qui s’attache à des guides, qu’il s’agisse de Syed Kotb pour les intégristes [premier théoricien islamiste des Frères Musulmans, exécuté en 1966] ou de Trotsky, Lénine, Staline, ou Che Guevara pour les autres... Nous sommes une société qui n’a pas rompu avec l’idée du leader et du guide spirituel...

Mais comme je l’ai remarqué, le soulèvement actuel est un pas vers la rupture avec ces idéologies, dans la population en tout cas et c’est ce qui est important. D’ailleurs la majorité des tunisiens sont convaincus que « notre révolution est celle du peuple et on ne veut pas qu’elle soit récupérée par qui que ce soit » et parmi les slogans du soulèvement, il y a: « Ni cellules destouriennes, ni partis politiques, c’est la révolution des jeunes ».

Oui, mais les révolutions ont souvent accouché de régimes plus ou moins autoritaires, issus de la réaction ou des rangs mêmes des insurgés. Quelle sont les chances pour l’UGTT de récupérer effectivement le mouvement et de prendre véritablement la tête du pays ? Et quel serait le régime mis en place si ils y arrivent effectivement ?

Maintenant que le front du 14 janvier a bien su utiliser le cadre de l’UGTT, il n’en a plus besoin. D’ailleurs, et dans le cadre de l’ouverture politique, un autre syndicat va être créé. L’UGTT est donc une organisation agonisante. Quant à la récupération, c’est la bourgeoisie qui est mieux placée pour la réaliser car en mettant fin à l’économie mafieuse de Ben Ali et sa famille qui gênait même les investisseurs étrangers, de nouveaux investisseurs vont arriver, et surtout dans les régions dites « non développées ». C’est d’ailleurs le programme même des staliniens ! Pour eux la solution au chômage, c’est la croissance et le développement !!! Dans leur programme économique on lit: axer sur l’industrie lourde, utilisation des techniques les plus avancées dans le domaine de l’agriculture y compris pesticides et semences à haut rendement (qui sont évidemment sous la main des cartels des semences !!!). Dans l’hypothèse d’une récupération stalinienne et baasiste du mouvement, à laquelle je ne crois pas, on assisterait à la mise en place d’un pouvoir totalitaire, sanguinaire et bureaucratique qui ajouterait aux ingrédients staliniens d’autres nationalistes chauvins. Disons que ça serait inspiré autant d’Hitler que de Staline... Il ne faut pas se faire d’illusions.

Parallèlement aux manœuvres pour instrumentaliser le mouvement à des fins politiciennes, il y a un peu partout dans le pays des luttes informelles. Sur quelles bases (sociales, régionales, revendicatives, idéologiques,...) les gens se regroupent-ils ? Comment s’organisent-ils et cherchent-ils à créer de nouvelles organisations réellement populaires et non bureaucratiques ?

Même si le soulèvement a perdu de sa force et son envergure insurrectionnelle, des luttes persistent encore dans les régions. Elles prennent la forme de revendications sociales générales, soutiennent l’exigence d’évincer certains responsables corrompus, veulent régler certaines questions relatives à des abus de l’ancien régime, etc. Ce mouvement a touché toutes les composantes de la société.

Pour l’instant, quelques organisations se sont constituées, telles que des associations de défense des chômeurs. Ce n’est pas un hasard: c’était le point de départ du soulèvement, et il est loin d’être réglé.

Justement, les revendications que formulent les Tunisiens sont à la fois sociales et politiques et pourraient se retrouver dans la volonté d’instauration d’une démocratie directe que combattent à dessein les grandes magouilles politiciennes liées aux intérêts internationaux. Du côté du peuple tunisien, dans sa diversité et ses contradictions, quels sont les réflexes et les mentalités qui s’opposent à une réelle égalité entre tous ?

Quand on affirme qu’il s’agit seulement d'un soulèvement, et non d’une révolution, cela veut dire qu’on n’est pas arrivé à formuler des exigences claires pour une vraie démocratie, qui ne peut être que directe. Ce qui s’oppose à cela, c’est d’abord l’idée de l’assistance des institutions de l’Etat, qui sont toujours très présentes: les gens ont peur de l’inconnu. Il faut dire aussi que le despotisme de Ben Ali, la faillite des courants marxistes-léninistes ou arabisants et l’apathie politique qu’a connu notre société n’ont pas favorisé un climat d’échange de points de vue... Au contraire, tout ça a plutôt favorisé tous les discours réactionnaires et totalitaires. En l’absence d’une pratique politique démocratique, qui soutient et qui se nourrit d’une quête d’une pensée libre, les soi-disant intellectuels se sont repliés sur leurs idéologies sclérosées. Mais le soulèvement populaire a ouvert une brèche qui pourrait permettre le dépassement de cette situation. Bien sûr tout dépend de l’effort que les vrai partisans d’une démocratie radicale vont apporter à son élaboration.

Le soulèvement tunisien a des effets sensibles dans tout le monde arabe, et les événements actuels en Egypte sont très gros de risques géopolitiques. Comment les Tunisiens vivent-ils ce qui se passe là-bas ? Quelles perspectives y voyez-vous vous-mêmes ?

Nous pensons bien entendu que le soulèvement a eu des répercussions directes sur les pays du Maghreb voire sur tous les pays arabes. Mais cela peut aussi avoir des implications sur l’Europe car tout le monde surveille de loin ou de près ce qui se passe en Tunisie, en Egypte, au Yémen, en Albanie…. Mais le mot d’ordre « dégage ! », qui est repris un peu partout, ne nous suffira pas dans un combat contre toute forme de despotisme dure et douce...

Quant aux risques géopolitiques: la seule source de peur pour nous les Tunisiens, c’est l’intervention de Khadhafi ou l’intervention directe des troupes étrangères. Mais ceci est quand même improbable du fait de l’implication des grandes puissances dans d’autres régions du monde.

Dernière question: dans le contexte dans lequel vous êtes, que faites-vous, quelle parole portez-vous ? Et que peuvent faire les gens à travers le monde et particulièrement en Europe pour vous aider dans votre combat ?

Nous pensons que le combat actuel doit se faire sur deux plans: théorique et pratique. C’est-à-dire d’une part clarifier nos positions et provoquer la discussion autour des questions réelles, telles que le chômage, le travail, le mode de vie, la démocratie, etc. et d’autre part aider à l’émergence et au maintien de formes d’organisation et d’expression autonomes.

Toute forme de soutien est la bienvenue, et quelle que soit sa forme. Mais l’essentiel, c’est de transformer ce soulèvement en un mouvement universel de telle sorte qu’il puisse être considéré, aussi, comme le vôtre.
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Re: Tunisie

Messagede id73160 le Dim 6 Fév 2011 08:15

juralibertaire a écrit:Deux tués dans une manifestation contre la police

Deux personnes ont été tuées samedi dans des affrontements entre des manifestants et des policiers dans la ville du Kef, dans le nord-ouest de la Tunisie, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Intérieur.

D'après l'agence gouvernementale TAP, les manifestants voulaient le limogeage du chef de la police de la ville du Kef pour «abus de pouvoir dans l'exercice de ses fonctions».

Selon des sources syndicales jointes par l'AFP au Kef, 200 à 300 personnes se sont rassemblées devant la préfecture du Kef pour réclamer le départ du commissaire Khaled Ghazouani.

La manifestation a dégénéré en affrontements lorsque ce dernier a giflé une manifestante, provoquant la colère de la foule qui a tenté de s'introduire au poste de police avant d'y mettre le feu.

La police a répliqué en tirant et deux manifestants, âgés de 19 ans et 49 ans, ont été tués, selon ces sources.

Trois autres manifestants ont été grièvement blessés et transférés dans un hôpital de Tunis, selon la TAP et des source syndicales.

La veille, plusieurs centaines de personnes avaient manifesté devant un poste de police de Sidi Bouzid, berceau de la «révolution du jasmin» dans le centre du pays, après la mort de deux personnes qui y étaient détenues.

Le ministre de l'Intérieur, Farhat Rajhi, a confirmé leur mort, affirmant qu'il s'agissait d'un crime qui pourrait être l'oeuvre de partisans de l'ancien régime du président Ben Ali, qui a fui le pays le 14 janvier.

Leur presse (Agence Faut Payer), 5 février 2011.

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Re: Tunisie

Messagede 1+1=plus que 2 le Dim 6 Fév 2011 15:41

Antigone a écrit:
Lieux communs - 05 fev 2011
http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article438

Tunisie: « Ni cellules destouriennes, ni partis politiques ! »
Entretien avec un camarade tunisien

Super ce texte Antigone, merci de l'avoir relayé ! Ça devient de fait un texte de référence !!

le soulèvement populaire a ouvert une brèche qui pourrait permettre le dépassement de cette situation. Bien sûr tout dépend de l’effort que les vrai partisans d’une démocratie radicale vont apporter à son élaboration.

C'est exactement ça, la brèche est ouverte, le débordement ne dépend que des partisans qui sont là-bas et ici. J'entendais ce matin une combattante égyptienne dire : "le monde entier nous regarde, il faut aller jusqu'au bout[...]"
Cela prouve bien, si on en doute que, pour les combattantes et les combattants de là-bas, notre regard, notre solidarité active comptent énormément, et que bien évidemment il est source de motivation et renforce leur détermination. Mais qui pourrait douter d'une chose pareil ? Ces gens qui risquent leur vie et qui se proposent de construire la liberté ont besoin de toutes nos forces ! Dans cette bataille, entre autre psychologique, le ton de toute nos critiques positives et négatives est important. Il faut donc, si l'on se considère comme partisan de cette Lutte d'émancipation, que nos critiques soient systématiquement constructives et encourageantes. Basta donc des chroniques bon marchés au goût amer de la défaite. La question n'est pas d'être béatement optimiste non plus, mais comme il est dit plus haut dans le texte "le soulèvement populaire a ouvert une brèche ", alors plus nous serons nombreux là-bas ET ici à nous engouffrer dedans alors plus la brèche s'agrandira et plus nous augmenterons les possibilités de voir se craqueler et finalement s'éventrer les murs, en ce moment si fragiles, du Capitalisme... Aussi pour être encore plus précis, il ne s'agit pas d'une brèche, mais bien déjà d'innombrables et d'énormes brèches. Ne pas nous engouffrer dedans avec énergie serait un non-sens ?!...


Dernière question: dans le contexte dans lequel vous êtes, que faites-vous, quelle parole portez-vous ? Et que peuvent faire les gens à travers le monde et particulièrement en Europe pour vous aider dans votre combat ?

Nous pensons que le combat actuel doit se faire sur deux plans: théorique et pratique. C’est-à-dire d’une part clarifier nos positions et provoquer la discussion autour des questions réelles, telles que le chômage, le travail, le mode de vie, la démocratie, etc. et d’autre part aider à l’émergence et au maintien de formes d’organisation et d’expression autonomes.

Toute forme de soutien est la bienvenue, et quelle que soit sa forme. Mais l’essentiel, c’est de transformer ce soulèvement en un mouvement universel de telle sorte qu’il puisse être considéré, aussi, comme le vôtre.


Cette interview est tout bonnement excellente !
Toutes les bases saines d'un processus révolutionnaire libertaires y sont décrites. Oui il y a de quoi avoir de l'espoir et oui nos frères et nos sœurs qui là-bas se battent pour la liberté méritent notre plein soutien. A chacun d'entre nous et à chacun de nos groupes (si nous en avons) de savoir imaginer les formes actives de soutien que nous pouvons et DEVONS leur apporter.

Personne ne dit que c'est facile...
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Re: Tunisie

Messagede spleenlancien le Mer 9 Fév 2011 18:40

Aujourd'hui, le Sénat tunisien a autorisé l'exécutif a gouverné sans lui grâce à des decrets-lois "pour permettre au gouvernement de travailler".
Sans commentaire...
spleenlancien
 

Re: Tunisie

Messagede Antigone le Mer 9 Fév 2011 20:58

spleenlancien a écrit:Aujourd'hui, le Sénat tunisien a autorisé l'exécutif à gouverner sans lui grâce à des decrets-lois "pour permettre au gouvernement de travailler".
Sans commentaire...

En même temps, ce sénat servait de vernis démocratique à la dictature. Les parlementaires ne m'ont pas été présentés mais je suppose que ce sont des produits de l'époque Ben Ali. Le pouvoir gouverne toujours comme il l'entend. Alors, décrets-lois ou autre chose, les moyens qu'il se donne importent peu.


AFP, EMarrakech - 09 fev 2011
http://www.emarrakech.info/Tunis-tirs-d ... 53893.html

Tunis: tirs de sommation d'un soldat pour disperser une foule, un blessé

"Un militaire a tiré vers le sol et une balle a atteint un jeune au pied. Il a été évacué vers un hôpital", a déclaré à l'AFP Rim Rabihi, une chômeuse de 22 ans venue réclamer une aide. Le jeune homme blessé, Lotfi Safra, âgé de 26 ans, est originaire de Bab Souika, un des quartiers populaires de Tunis.

Selon plusieurs témoignages recueillis par l'AFP, une foule compacte s'était formée dans la matinée devant des bureaux du ministère des Affaires sociales, qui avait commencé la veille à distribuer des aides aux chômeurs et handicapés. Les bureaux n'avaient pas encore ouvert et la foule manifestait son impatience, refusant de s'organiser en rangs comme le leur demandaient les militaires en faction devant le bâtiment. Un militaire a effectué des tirs de sommation alors que la foule menaçait d'entrer de force, toujours selon des témoins.
Dans plusieurs régions, le gouvernement distribue une aide de 30 dinars (15,5 euros) par chômeur et de 150 dinars (78 euros) par handicapé, sur présentation de la carte d'identité et/ou du certificat d'invalidité.

La situation sociale et sécuritaire reste très tendue en Tunisie où le gouvernement a allégé le couvre-feu mais a fait appel aux réservistes de l'armée à partir du 16 février. La police, bras armé du régime répressif de Ben Ali, ayant pratiquement disparu des rues depuis le départ du président déchu le 14 janvier, c'est l'armée qui assure la sécurisation des ministères et bâtiments stratégiques.

En fin de matinée, quelques dizaines de personnes manifestaient sur l'avenue Habib Bourguiba, dans le centre de Tunis, pour dénoncer l'usage des armes par les militaires et réclamer le départ du gouvernement de transition.


"J’ai interrogé un jour un policier poliment en lui demandant pourquoi lui et tous ses collègues faisaient tout cela ? Il a alors poussé un souffle de profonde tristesse et il répondu: ” Mon frère je suis payé pour t’humilier … ”
(lu sur Nawaat, 09/02/2011)
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Re: Tunisie

Messagede La Critique le Jeu 17 Fév 2011 13:39

comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seule, a la contagion de la revolution tunisienne vient s'ajouter la mort prochaine, inch allah, de zine ben ali


Ben Ali victime d'une attaque cérébrale
D'après les confidences de source totalement sûre obtenues à Tunis, l'ancien président tunisien Ben Ali,
qui se trouve en Arabie Séoudite, vient d'être victime d'une attaque cérébrale
et transporté d'urgence à l'hopital de Djedda.

L'ex chef de l'Etat a été admis dans cet établissement réservé aux princes séoudiens
sous une fausse identité, pour raison de sécurité. Son état est
jugé très inquiétant. Toujours d'après les mêmes sources à Tunis, Ben Ali serait
plongé dans le coma.

Malade depuis déja plusieurs années, le dictateur tunisien avait été très éprouvé
par son départ forcé de Tunisie. Son épouse, Leila Trabelsi, n'est plus à ses cotés.


trouvé la
http://nicolasbeau.blogspot.com/2011/02 ... brale.html
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Re: Tunisie

Messagede 1+1=plus que 2 le Jeu 17 Fév 2011 14:15

Désolé mais je n'adhère pas à ta remarque...

Perso, célébrer la mort ne fait pas partie de mes aspirations et pratiques, que je veux constructives...
Si nous étions dans le feu de l'action je te dis pas que je pourrais pas me laisser emporter à cette nouvelle par un défoulement et un soulagement collectif spontané, mais là derrière mon ordi...

La mort par maladie de ce tyran ne sert à rien, et puis s'il crève ça arrangera tant de monde... Ce n'est donc pas je trouve "une bonne nouvelle"...

à +

______________________________
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Re: Tunisie

Messagede La Critique le Jeu 17 Fév 2011 14:17

moi je suis sur que ca fera plaisir aux tunisiens, et c'est le principal.
La Critique
 
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Re: Tunisie

Messagede La Critique le Jeu 17 Fév 2011 14:21

et pour rassurer tout le monde, inch allah c'etait pour rire. On est d'accord hein?
La Critique
 
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Re: Tunisie

Messagede 1+1=plus que 2 le Jeu 17 Fév 2011 14:54

La Critique a écrit:moi je suis sur que ca fera plaisir aux tunisiens, et c'est le principal.


Ça c'est une lecture à connotation nationaliste...
En tant qu'anationalistes, faisons donc attention à ce genre de dérapages...

Ma partie c'est le monde, ma famille l'humanité !
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Re: Tunisie

Messagede La Critique le Jeu 17 Fév 2011 14:58

1+1=plus que 2 a écrit:
La Critique a écrit:moi je suis sur que ca fera plaisir aux tunisiens, et c'est le principal.


Ça c'est une lecture à connotation nationaliste...
En tant qu'anationalistes, faisons donc attention à ce genre de dérapages...

Ma partie c'est le monde, ma famille l'humanité !


oui chef
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Re: Tunisie

Messagede fu hsang le Jeu 17 Fév 2011 15:00

je croyais que les anars etaient apatrides et anti familles car elles ne faisaient que reproduire et consolider le capital !!!
fu hsang
 

Re: Tunisie

Messagede 1+1=plus que 2 le Dim 20 Fév 2011 18:24

Thala solidaire, un site d'infos bien fourni : http://thalasolidaire.over-blog.com

Description : Thala solidaire est un site dédié à la ville de Thala. Thala étant une petite agglomération du centre-ouest de la Tunisie. Cette ville est connue pour son histoire, sa résistance et sa misère. Thala solidaire a pour objectif de rassembler toutes les forces créatives pour donner à cette terre un droit à la vie...
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Re: Tunisie

Messagede 1+1=plus que 2 le Lun 21 Fév 2011 11:00

Salut,

Quelqu'un sait-il traduire ce qui est dit dans cette video svp.
https://www.facebook.com/video/video.ph ... nts&ref=mf

Merci.

D'après le titre (tiré de Thala Solidaire ) il s'agit de revendications (apparemment de la rue ?) qui seraient les mêmes à Tunis et à Sfax...
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Re: Tunisie

Messagede Antigone le Ven 25 Fév 2011 19:00

El Watan - 25 fev 2011
http://www.elwatan.com/depeches/une-mar ... 56_167.php

Une marée humaine réclame à Tunis le départ du gouvernement de Ghannouchi

Plus de 100.000 Tunisiens, selon la police, ont réclamé vendredi le départ du gouvernement de transition dirigé par Mohammed Ghannouchi, devant la Kasbah, épicentre de la contestation. Devant la place de la Kasbah, noire de monde, des policiers ont avancé le chiffre de "plus de 100.000 manifestants" tandis que des hélicoptères de l'armée survolaient cette zone située au coeur de Tunis. Selon des membres du Croissant-Rouge et des manifestants, il "s'agit de la plus grande manifestation depuis la chute de Ben Ali" le 14 janvier.

Répondant à des appels à la mobilisation relayés sur Facebook et profitant du fait que la journée de vendredi soit un jour férié, des Tunisiens sont venus affirmer que leur "révolution" qui a chassé du pouvoir le régime de Ben Ali "ne sera pas usurpée". Des manifestants scandent "Ghannouchi dégage", "Ca suffit avec les mises en scène", "Honte à ce gouvernement". D'autres brandissent des banderoles où l'on peut lire "Ghannouchi, ton insistance montre que tu caches ta mauvaise foi".
"Révolution jusqu'à la victoire", "En avant les braves de la liberté", "Nous arracherons la répression de notre terre", "Ghannouchi prend tes chiens et démissionne", "Non à la confiscation de la révolution", scandaient d'autres manifestants qui traversaient l'avenue centrale Habib Bourguiba en direction de la Kasbah. "Nous sommes là aujourd'hui pour faire tomber le gouvernement", lance Tibini Mohamed, un étudiant de 25 ans.

Quelques milliers de manifestants ayant participé à ce rassemblement géant ont convergé dans l'après-midi Avenue Habib Bourguiba, en plein centre de Tunis, pour continuer à réclamer devant le siège du ministère de l'Intérieur le départ de Ghannouchi et de son gouvernement.
Le Premier ministre a déplacé ses bureaux fin janvier de la Kasbah après une première manifestation, au cours de laquelle des Tunisiens avaient campé près d'une semaine devant ses locaux. Il avait alors transféré son cabinet au palais présidentiel de Carthage, dans la banlieue sud de Tunis.

Mohammed Ghannouchi a été le Premier ministre de Ben Ali de 1999 jusqu'à sa chute le 14 janvier dernier sous la pression populaire. Après la formation, le 17 janvier, d'un gouvernement d'union nationale dans lequel l'équipe sortante avait conservé la majorité des postes, des milliers de personnes avaient manifesté quotidiennement pour obtenir leur démission.
Sous la pression de la rue, M. Ghannouchi avait remanié le gouvernement de transition épuré des principaux caciques de l'ancien régime le 27 janvier. Depuis, des élections libres ont été annoncées pour dans six mois mais le pouvoir de transition n'a pas fixé de date ni donné de précisions sur le type de scrutin qu'il comptait convoquer. Mais devant l'insécurité, ajoutée au mécontentement social face à l'absence d'amélioration dans le quotidien des Tunisiens depuis la chute de Ben Ali, la mobilisation de la rue ne faiblit pas.

Etudiant en droit, Ramzi, déclare à l'AFP que les Tunisiens "vivent dans un vide politique".
D'autres manifestants ont déployé une pancarte d'une vingtaine de mètres où l'on peut lire: "Sit-in jusqu'à la dissolution du gouvernement". De nombreux jeunes sont enroulés dans le drapeau tunisien, certains brandissent des balais avec des pancartes proclamant "Ghannouchi dégage". D'autres manifestants scandent "dégage le RCD", le Rassemblement constitutionnel démocratique, le puissant parti de Ben Ali, suspendu le 6 février en prévision de sa dissolution.
4 000 Tunisiens avaient déjà manifesté dimanche devant la Kasbah pour réclamer, outre la démission du gouvernement transitoire, l'élection d'une assemblée constituante et la mise en place d'un système parlementaire. Cette manifestation et les précédentes se sont transformées en sit-in devant la Kasbah, des jeunes y campant le jour, et depuis peu la nuit.
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Re: Tunisie

Messagede Nico37 le Ven 25 Fév 2011 19:30

Tunisie: les plaies "mentales" explosent dans l'ère post-Ben Ali

De Sonia BAKARIC (AFP) – Il y a 1 jour

TUNIS — Hospitalisé dans une clinique de Tunis pour dépression, Ahmed, ancien employé de la famille de Leïla Trabelsi, l'épouse de l'ex-président Ben Ali, dit avoir "craqué" par peur de représailles et sous la pression de proches du Raïs déchu de Carthage.
Ahmed, la cinquantaine, raconte d'une voix à peine audible à l'AFP avoir reçu plusieurs appels téléphoniques de "proches de Leïla", la femme la plus détestée de Tunisie, après la fuite du président déchu et de ses proches en Arabie saoudite.
Ces "proches de Leïla" lui demandaient de faire le nécessaire "pour protéger" une de leurs maisons à Sidi Bou Saïd, une banlieue chic au sud de Tunis.
Puis, se souvient-il, "des prisonniers se sont évadés dans un quartier populaire" près de Tunis.
"J'étais chez moi avec mes filles quand des prisonniers ont encerclé ma maison. J'ai entendu des tirs. J'ai eu tellement peur que j'ai pris mon fusil de chasse, sans munitions, pour leur faire peur". Ahmed, dit ensuite, avoir passé "quatre nuit blanches de peur qu'ils reviennent" avant de "craquer" et d'être hospitalisé.
En pleine dépression, il a dit avoir encore reçu de nombreux appels de "proches de Ben Ali" alors qu'il était alité, mais il a "refusé de répondre". "Je dois être fort pour guérir". Un ami à son chevet lui dit: "Tu te souviens quand je te disais il faut faire attention, ces gens vont nous rendre fous, et voilà le résultat".
Plus de deux décennies de terreur orchestrées par le régime policier de Ben Ali qui a enchaîné filatures, menaces, emprisonnements, délations et tortures, ont laissé des traces durables sur les Tunisiens, dont une grande partie se dit "broyée psychologiquement". La chute de Ben Ali a favorisé l'émergence d'"une multitude de cas de dépressions nerveuses, de troubles psychologiques et de symptômes anxieux", explique à l'AFP un psychiatre tunisien, le Dr Habid Nouredine.
"Nous assistons, dit-il, à l'apparition d'un stress post-traumatique social, il s'agit non seulement de troubles anxieux très importants, mais également des compensations dépressives dans cette période de latence". "Suivant l'ampleur des symptômes qui peuvent aller d'une simple anxiété à des épisodes délirants ou des phobies, les traitements anti-dépresseurs sont relayés par une psychothérapie", précise-t-il.
"C'était calme la première semaine de ce point de vue après la révolution tunisienne, mais il y a maintenant de plus en plus de cas d'hospitalisation pour des problèmes psychiatriques", dit-il. Ces personnes, selon le médecin, sont hospitalisées dans des cliniques ordinaires faute d'établissements psychiatriques à Tunis.
Selon un autre psychiatre, il y a également "des soins à domicile pour des gens qui ont soutenu Ben Ali et qui se terrent chez eux".
La chute de Ben Ali "est un grand facteur de stress, d?autant que cet incident était imprévisible, du moins par son ampleur et son timing. Cela exige (...) des stratégies efficaces de gestion du stress", explique un autre psychiatre de Tunis, le Dr Fethi Touzri.
"C?est aussi, selon lui, un moment de grande sollicitation émotionnelle du fait de la sédimentation de 23 ans d?un régime qui n?a pas été amène avec tout le monde. La représentation sociale du régime et de sa chute sont de ce fait de grands bouleversements mentaux".
Il semble que "les populations qui ont beaucoup souffert ou qui ont subi des abus et des atteintes à leurs droits fondamentaux seront les plus affectées, mais ce qui est déterminant, c?est d?une part la +quantité+ de souffrances mais surtout comment ces souffrances ont été infligées et comment elles ont été perçues".
Dans les rues de Tunis, qui ont balayé l'ancien régime à coup de manifestations, il n'est pas rare de voir des Tunisiens perdus dans leurs monologues.
Nico37
 

Re: Tunisie

Messagede Antigone le Sam 26 Fév 2011 18:43

Le Monde - 26 fev 2011
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2 ... r=RSS-3208

Violents affrontements entre manifestants et forces de l'ordre à Tunis

De violents affrontements opposaient samedi 26 février manifestants et forces de l'ordre dans le centre de Tunis. Des policiers ont tiré de nombreuses grenades lacrymogènes et effectué des tirs de sommation, tandis que les manifestants les bombardaient de pierres.

Des dizaines de rafales d'armes automatiques, des tirs incessants de gaz lacrymogènes, des tirs de sommation, des sirènes de voiture de police et d'ambulances, des hurlements de policiers et de manifestants ont résonné pendant plus de quatre heures et une multitude d'arrestations musclées étaient opérées en fin d'après-midi. Le ministère de l'intérieur a annoncé l'interdiction de circuler pour les piétons et les voitures dans l'avenue Habib Bourguiba dans le centre de Tunis, théâtre de violents affrontements, à partir de ce samedi 18 heures jusqu'à dimanche minuit.

Des manifestants ont de leur côté arraché des panneaux publicitaires et des bancs pour tenter de freiner la progression des fourgons de police. Des jeunes femmes participaient également aux affrontements et jetaient des pierres sur les policiers qui, pour la plupart des Tunisiens, symbolisent toujours la répression exercées sous le régime de Zine El Abidine Ben Ali, chassé du pouvoir le 14 janvier.

Des soldats sont venus prêter main forte aux forces de police mais les manifestants demeuraient déterminés à pourchasser à leur tour les forces de police pour les pousser à se retrancher vers le ministère de l'intérieur, à deux cent mètres environ de l'avenue de Paris. L'avenue Bourguiba, plongée dans d'épais nuages de gaz lacrymogènes, était jonchée de pierres, de poubelles arrachées et de barrières métalliques.

Ce nouveau rassemblement de manifestants a eu lieu au lendemain de violents affrontements entre policiers et groupuscules qui avaient tenté de pénétrer dans le ministère et avaient incendié ou saccagé trois commissariats dans le centre. Vingt-et-un policiers ont été blessés et plusieurs véhicules de police incendiés, a indiqué samedi le ministère de l'intérieur. Plus de 100 000 personnes, mobilisées via Facebook, avaient réclamé vendredi le départ du gouvernement de transition dirigé par Mohammed Ghannouchi au cours de la plus grande manifestation à Tunis depuis la chute de Ben Ali le 14 janvier.

Au lendemain de cette manifestation géante et des heurts qui ont suivi, deux journaux tunisiens ont averti que le pays risquait de s'enliser dans le chaos, si le gouvernement transitoire restait "insensible" au message du peuple. L'équipe de transition, ignorant ces appels, a annoncé la tenue d'"élections au plus tard mi-juillet" sans préciser s'il s'agissait d'un scrutin présidentiel ou législatif.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
AFP, France24 - 26 fev 2011
http://www.france24.com/fr/20110226-le- ... oue-survie

Le gouvernement tunisien, confronté à une crise de confiance, joue sa survie

Confronté à une grave crise de confiance, le gouvernement transitoire tunisien peine à trouver ses marques et joue sa survie face à des manifestants qui ne cessent de réclamer sa démission, annonçant des mesures qui semblent dépassées face aux revendications de la rue.

Dans une "Tunisie qui vit une situation exceptionnelle, le gouvernement de transition brille par une série de cafouillages et navigue à vue sous la pression de la rue", estime un politologue tunisien, Laarbi Chouikha. Cet universitaire "regrette l'absence d'une véritable politique et d'une stratégie de communication" du gouvernement qui joue son avenir en étant confronté "à une grosse méfiance populaire" alors qu'il doit d'organiser les élections de l'après-Ben Ali. Or, selon lui, "la rue ne doit pas dicter la politique du gouvernement car face à cette confusion, n'importe qui peut demander n'importe quoi en disant "je parle au nom du peuple".

Plus de 100.000 personnes, mobilisées via Facebook, ont réclamé vendredi le départ du gouvernement de transition dirigé par Mohammed Ghannouchi au cours de la plus grande manifestation à Tunis depuis la chute de l'ancien président Zine El Abidine Ben Ali, le 14 janvier.
Alors que la manifestation battait son plein, le gouvernement ignorant les appels à la démission, annonçait en fin d'après-midi la tenue d'"élections au plus tard mi-juillet" sans préciser s'il s'agissait d'un scrutin présidentiel ou législatif. Dans la foulée, le gouvernement annonçait la saisie des biens mobiliers et immobiliers ainsi que des avoirs de 110 anciens collaborateurs et membres de la famille du président déchu, dont son fils de 6 ans.

"Le gouvernement n'est pas à l'écoute de la rue, il aurait fallu que Ghannouchi s'adresse au peuple vendredi soir et exprime la position de son gouvernement sur ce qui se passe dans le pays", estime un autre universitaire, Ridha Hamdi. Il existe, selon lui, "un fossé entre le peuple et ses dirigeants qui ne sert que les intérêts des partisans de l'ancien régime. La grande question est de savoir si le gouvernement fait la sourde oreille pour gagner du temps ou s'il est complètement dépassé".
Depuis la fuite en Arabie saoudite du président Ben Ali, un gouvernement de transition dirigé par son ancien Premier ministre Ghannouchi et comprenant des membres de l'ex-opposition a promis de consacrer pluralisme et démocratie.
Devant l'insécurité, ajoutée au mécontentement social face à l'absence d'amélioration dans le quotidien des Tunisiens, la mobilisation de la rue n'a pas faibli.

Selon l'avis d'un magistrat indépendant, Mokhtar Yahyaoui, "les revendications politiques doivent s'excercer au sein des institutions politiques et non dans la rue". "Les manifestants font du chantage, ou bien le gouvernement tombe ou ils bloquent le pays, ce n'est pas la démocratie". Les manifestants, selon lui, "sont bien organisés politiquement et financièrement, il y a des gens bien structurés derrière eux, qui travaillent avec un agenda politique et leur intérêt est de semer le chaos". "Ils ont supporté le régime de Ben Ali pendant 23 ans et maintenant ils sont incapables d'attendre quelque mois, ce n'est qu'un gouvernement de transition", ajoute le magistrat, soulignant que "le gouvernement a échoué à établir une relation de confiance avec les citoyens" et estimant qu'il "aurait du demander l'extradition de Ben Ali et son épouse dès le début.
Plus d'un mois après la chute du président, le gouvernement annonçait avoir demandé à Ryad son extradition ainsi que celle de son épouse, Leïla. Quelques jours plus tard, la télévision nationale annonçait la "découverte de grandes quantités d'argent et d'or" dans un ancien palais des Ben Ali.
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Re: Tunisie

Messagede Antigone le Mar 1 Mar 2011 17:46

L'actualité en Tunisie, on la connait, la démission de Ghannouchi date de dimanche, mais ces deux articles décrivent surtout une ambiance qui n'est pas prête de retomber de sitôt.

Afrik - 28 fev 2011
http://www.afrik.com/article22169.html

Tunisie : Essebsi sur des charbons ardents
par Fouâd Harit

Le vent de la révolution continue de souffler en Tunisie, en attendant que la démocratie s’installe. Aujourd’hui, le ministre tunisien de l’Industrie et de la Technologie du gouvernement de transition, Mohamed Afif Chelbi, qui figurait dans le dernier gouvernement du président déchu Zine El Abidine Ben Ali, a présenté sa démission. Cette décision intervient au lendemain de violents affrontements à Tunis, ayant entraîné la démission du Premier ministre Mohammed Ghannouchi, remplacé par Beji Caïd Essebsi.

La démocratie ou le chaos. Les protestataires ont obtenu la démission du Premier ministre Mohammed Ghannouchi, mais ils mettent déjà la pression sur son remplaçant, Beji Caïd Essebsi, 84 ans, ancien ministre des Affaires étrangères sous Habib Bourguiba, premier président de la Tunisie indépendante. Lundi, à Tunis, ils étaient encore nombreux sur la grande avenue Habib Bourguiba et à camper sur la place de la Kasbah, en dépit des importants renforts militaires déployés près du ministère de l’Intérieur. « Nous maintenons notre sit-in jusqu’à la formation d’une Assemblée constituante et la reconnaissance du Conseil de protection de la révolution », déclarait lundi matin à l’AFP le coordinateur du sit-in, Mohamed Fadhe, en référence à un collectif de l’opposition en cours de formation.

Et dans le courant de la journée, le ministre tunisien de l’Industrie, Mohamed Afif Chelbi, autre cacique du régime Ben Ali, a annoncé sa démission du gouvernement. En 2004, il avait déjà été nommé ministre de l’Industrie, de l’Énergie et des petites et moyennes entreprises dans un gouvernement dirigé par Mohamed Ghannouchi. La présence au sein du gouvernement de transition de ce même Mohamed Ghannouchi, ancien proche de Ben Ali, avait donné lieu à de violentes manifestations, vendredi et samedi, à Tunis. Ces manifestations ont entraîné la mort de cinq personnes, selon les chiffres du gouvernement…

"Ghannouchi, dégage !"
« Ghannouchi, dégage ! », hurlaient les Tunisiens vendredi et samedi derniers dans les rues de Tunis. A peine avait-il trouvé ses repères à la tête du gouvernement de transition, que Mohamed Ghannouchi devait, à son tour, céder face à la révolte populaire. Les manifestants lui reprochaient sa lenteur dans la restructuration du gouvernement. Ils l’accusaient de vouloir confisquer la révolution et rétablir la dictature, et ce, bien que le gouvernement ait réitéré sa promesse d’organiser des élections, au plus tard, le 15 juillet. Dimanche après-midi, M. Ghannouchi, Premier ministre du Gouvernement provisoire, a annoncé sa démission lors d’une conférence de presse.

Il a alors affirmé que « des forces occultes s’emploient à faire échouer l’expérience distinguée que connaît la Tunisie depuis l’évolution du 14 janvier », lit-on sur Babnet. Il a rajouté qu’il ne « souhaitait pas être la cause ni à l’origine des décisions qui pourraient provoquer encore des victimes » et que sa démission « fournira une meilleure atmosphère pour la nouvelle ère ».

Ils étaient plus de 100 000 personnes, mobilisées via Facebook, à s’être rassemblés aux abords du Parlement pour célébrer la démission de Mohamed Ghannouchi. Ces protestataires semblent déterminés à vouloir mettre un terme à la vie politique de tous les participants de l’ancien gouvernement Ben Ali. Des heurts entre forces de l’ordre et manifestants ont éclaté pendant ces journées de colères. Selon le gouvernement, cinq personnes ont trouvé la mort et plus de cent autres ont été arrêtées dans la journée de samedi. Interpellations qui s’ajoutent aux 88 autres, auteurs d’actes de vandalisme interpellés vendredi lors des premiers affrontements.

La post-révolution
Des groupuscules ont tenté de s’introduire dans le ministère de l’Intérieur et ont saccagé trois commissariats du centre de Tunis samedi. Des policiers ont tiré de nombreuses grenades lacrymogènes et effectué des tirs de sommation, tandis que les manifestants les bombardaient de pierres, apprend-on sur Lemonde.fr. Ces heurts ont duré plus de quatre heures.
D’autres manifestants ont, quant à eux, arraché des panneaux publicitaires et des bancs publics pour tenter de freiner la progression des fourgons de police. De jeunes femmes ont rejoint le mouvement en jetant des pierres sur les policiers.

La partie d’échec politique ne fait, visiblement, que commencer et les membres du gouvernement Essebsi doivent sûrement se demander quel sort leur sera réservé. En plus de devoir se faire accepter, lui et son équipe, par la rue tunisienne, et de préparer les prochaines élections générales, le nouveau Premier ministre hérite d’une situation économique plus que difficile.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Afrik - 23 fev 2011
http://www.afrik.com/article22124.html

Tunisie : un mois sans Ben Ali
Reportage dans les rues de Tunis

par Fouâd Harit

Le départ du dictateur Zine el Abidine Ben Ali, le 14 janvier 2011, a provoqué une explosion de joie dans l’ensemble du pays. Depuis, une multitude de manifestations se déroulent sur l’ensemble du territoire, principalement à Tunis sur l’avenue Habib Bourguiba, notamment pour réclamer le départ du Premier ministre, Mohammed Ghannouchi. Entre colère, crainte et espoir, la Tunisie se cherche un nouveau chemin.
« Ghanouchi dégage ! », entend-on dans les rues de Tunis. Malgré la saisie par l’Etat de tous les biens mobiliers et immobiliers du RCD (ancien parti au pouvoir), et la création du nouveau gouvernement d’union nationale le 17 janvier 2011, le peuple tunisien continue de demander le départ de Mohamed Ghannouchi ainsi que la dissolution du nouveau gouvernement dont certains postes clés sont occupés par d’anciens membres du RCD.

Les Tunisiens veulent que le milieu politique soit réorganisé de fond en comble. Mais il semble clair que les militants qui ont conduit la révolution veuillent garder le contrôle de la suite des événements. « Sous Ben Ali, les Tunisiens ne se mêlaient pas de politique, désormais c’est tout le contraire qui se passe: des groupes de discussion s’improvisent dans les rues, des orateurs exposent leurs vues, d’autres leur apportent la contradiction... », nous confie samedi un Tunisien qui s’était arrêté pour écouter un orateur sur l’avenue Bourguiba. On a en permanence l’impression, à Tunis, d’assister à une grande discussion publique sur tous les sujets du moment.

L’Etat d’urgence
Le samedi 19 février, l’heure était à la fête. Ce soir-là, l’équipe de football nationale s’est qualifiée pour les demi-finales de la CHAN 2011 en battant la RD Congo, avec un score final de 1-0. C’est l’effervescence ! Drapeaux sortis, chants nationaux psalmodiés, rassemblements avenue Bourguiba, klaxons ... Mais les chars de l’armée, les soldats et les barrages, encore très présents dans la capitale, rappellent que la Tunisie est toujours en état d’urgence.

Le pays, qui vit actuellement un tournant politique important, est placé en alerte rouge depuis le départ de l’ancien dictateur. C’est sous haute surveillance que tous les points stratégiques de la ville, tels que les ministères ou encore l’ancienne résidence des Ben Ali, sont gardés par l’armée. Un Tunisien venu fêter la victoire de l’équipe nationale, sur l’avenue Bourguiba, nous confie que « l’ambiance reste tout de même très tendue, on se croirait dans un pays en guerre ». L’avenue Bourguiba est devenue le point de rassemblement principal des contestations. C’est d’ailleurs l’un des rares endroits encore animés après 20h.

Un militant rencontré à Tunis déclare que « le couvre-feu était là pour rappeler qu’aucune sortie n’était tolérée après une certaine heure. Aujourd’hui, malgré la levée totale du couvre-feu, très peu de Tunisiens s’aventurent dans les rues une fois la nuit tombée, et tout particulièrement après minuit ». En cause: un climat d’insécurité perçu partout.
Les hôtels affichent: « incomplet ! ». Les touristes ont déserté la Tunisie et ne semblent pas encore prêts à revenir... Les tour-opérateurs tentent de relancer le tourisme en proposant des prix attractifs, sans succès jusque là.

Mais que fait la police ?
La police qui avait fait l’objet de vives critiques après la chute de Ben Ali, pour avoir été l’organe principal du régime, et s’être opposée de manière brutale aux militants, refait son apparition petit à petit... Cependant elle n’est pas forcément respectée, comme nous l’affirme un Tunisien présent samedi pendant la manifestation réclamant le départ de l’ambassadeur de France Boris Boillon : « pendant les manifestations contre Ben Ali, la police était sans pitié. Elle tirait volontiers sur nous. Avant on la respectait, maintenant elle fait profil bas ! »

Pendant le régime Ben Ali, les automobilistes étaient assez respectueux du code de la route. « Maintenant on se permet de griller les feux rouges, les priorités, sans parler des excès de vitesse... », déclare un chauffeur de taxi. « La police ne fait pas grand chose mis à part la circulation ou intervenir en cas de problème grave. Ils n’ont pas vraiment leur mot à dire pour le moment ». Il semble clair que les forces de police auront beaucoup de mal à retrouver leur autorité !

Des moments de joie avec l’armée !
Des jeunes s’amusent à se prendre en photo avec des militaires, qui pendant les révoltes ont été du côté de la population. D’ailleurs ils se prêtent volontiers au jeu, tout souriants... « Avant l’armée, c’était l’armée. Ils faisaient leur boulot et puis c’est tout ! on y prêtait pas forcément attention. Maintenant ils sont très respectés et on les aime beaucoup », nous confie l’un de ces jeunes qui se prenait en photo avec eux.

Les médias de l’heure ne sont ni la presse écrite, ni même la télévision, malgré les efforts de la chaîne NESSMA pour rendre compte des débats politiques 24h/24… Ce sont les groupes Facebook qui servent de source d’information prioritaire aux citoyens tunisiens, et qui organisent les mobilisations successives et les rassemblements publics… Beaucoup de Tunisiens souhaitent une stabilisation du paysage politique, qui permettrait le retour des touristes, la reprise économique, sans que leur pays ne perde son statut d’Etat laïque.


Tunisie focus - 01 mar 2011
http://www.tunisiefocus.com/20110301432 ... nisie.html

Manifester et protester,c'est bon pour le moral en Tunisie ?

Depuis la chute du président Ben Ali, les Tunisiens ont pris goût à la contestation. Et ils ne s'en privent pas. Jour après jour, les manifestations se succèdent pour réclamer le départ des pontes de l'ancien régime. Dans ce pays où tout est à reconstruire, on délaisse un peu le soccer pour découvrir les joies des débats politiques...

Le directeur d'une école secondaire de Zarzis avait opposé une fin de non-recevoir aux élèves qui voulaient descendre dans la rue. Alors ils ont mené leur propre micro-révolution entre les murs de l'école. En ce 24 février, ils sont réunis au centre-ville, pancartes à la main, à scander un seul mot - le plus populaire du printemps arabe: «Dégage!». Pour eux, la révolution du jasmin n'est pas terminée. «Nous n'allons pas nous taire, nous l'avons fait pendant trop longtemps, dit Youssna Milaoli, 18 ans. Aujourd'hui, tout a changé. Tout le monde peut parler, manifester.»

Depuis la chute du président Ben Ali, le 14 janvier, les Tunisiens ont pris goût à la contestation. Et ils ne s'en privent pas. «Il y a des manifestations chaque jour, dans chaque ville, chaque village», dit Moez Jumai, journaliste pour Radio Kalima. Clandestine jusqu'au départ du dictateur, sa radio diffuse maintenant sur la bande FM. Les Tunisiens appellent cela les «dégage parties». Ils manifestent pour obtenir la démission d'un diplomate ou d'un ministre jugé trop proche de l'ancien régime. Dimanche, après deux jours de violents affrontements qui ont fait six morts à Tunis, ils ont réussi à obtenir la tête du premier ministre, Mohamed Ghannouchi.

Deux autres ministres, qui faisaient aussi partie du cabinet du président déchu, ont remis leur démission hier. Mais ces départs ne suffisent pas à satisfaire une bonne partie des Tunisiens, qui souhaitent une rupture complète avec l'ancien régime. Dans la capitale, les protestataires qui réclament la démission du gouvernement de transition depuis une dizaine de jours campaient toujours, hier, sur la place de la Kasbah.
Pendant ce temps, à Zarzis, le militant Borhein Abichou s'affairait à peindre des pancartes pour la prochaine manif. «Tunisie, Égypte, Libye, même combat», disait l'une d'elles. «Freedom», disait une autre. Et, bien sûr, l'incontournable: «Dégage!»

Tout est à faire

Ce bouillant désir de changement des jeunes et des militants se heurte aux objections des entrepreneurs et d'une partie de l'élite tunisienne, qui préféreraient une transition en douceur. Alors que le pays plonge dans l'incertitude, les tenants de la modération appellent les révolutionnaires à tolérer le gouvernement de transition jusqu'aux élections de juillet.

D'ici là, les Tunisiens découvrent les joies des débats politiques. «Avant, on discutait sans cesse de soccer. C'était des discussions à n'en plus finir. Juste à propos du soccer. Maintenant, c'est de politique que l'on parle toute la journée!», s'esclaffe Mohamed Latif, chauffeur de taxi de Zarzis.
Il y a de quoi débattre pendant des heures. Zarzis, comme d'autres villes, doit démanteler les structures de l'ancien régime et apprendre à bâtir une démocratie naissante. Ici comme ailleurs, tout est à faire. Les habitants ont fait «dégager» le maire et ses conseillers à coups de manifestations devant l'hôtel de ville. Aujourd'hui, c'est le «comité populaire provisoire de Zarzis» qui a pris les choses en main. «Nous devons tout reconstruire», dit le porte-parole du comité, Bouzoumista Hechmi. «Il faut même créer de nouvelles lois. Celles de Ben Ali avaient été pensées en fonction de son propre bien, et non de celui de son peuple.»

Génération Facebook

Walid Fellah, 27 ans, est de cette génération d'internautes qui a participé activement à la révolution arabe. Dès les premières manifestations à Zarzis, il a filmé «l'acharnement du régime» sur les protestataires pour tout mettre en ligne sur sa page Facebook, qu'il a nommée Zarzis TV. «Pour que tout le monde sache ce qui se passe», explique-t-il. Ses vidéos se sont répandues comme une traînée de poudre sur la Toile. Le sang a coulé, aussi, dans les rues de Zarzis. La veille de la chute de Ben Ali, deux jeunes manifestants ont été abattus devant le poste de police. L'un d'eux était un ami de Walid. C'est un sacrifice que le jeune homme n'est pas près d'oublier. «La Tunisie ne peut plus reculer, dit-il. On fait l'apprentissage de la liberté. Et c'est à partir des régions que l'on pourra tout changer. Que l'on pourra bâtir un pays démocratique.»
Walid a fait des études en architecture, mais il n'a pas eu les moyens de les terminer. Alors, il travaille comme animateur dans les hôtels de Zarzis. Pour le moment. Ce ne sont pas les projets qui manquent. «Avant, je n'avais pas d'espoir. Je voulais partir. Mais aujourd'hui, je veux rester. Mon pays a besoin de jeunes pour le reconstruire.»
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Re: Tunisie

Messagede Denis le Mer 2 Mar 2011 22:26

1+1=plus que 2 a écrit:Salut,

Quelqu'un sait-il traduire ce qui est dit dans cette video svp.
https://www.facebook.com/video/video.ph ... nts&ref=mf

Merci.

D'après le titre (tiré de Thala Solidaire ) il s'agit de revendications (apparemment de la rue ?) qui seraient les mêmes à Tunis et à Sfax...


voui, ça y est, un copain algérien de Paris m'a traduit le message par téléphone en Français , c'est au pied levé mais bon ça donne ça :

Bonjour, je suis Hamed, l'un des jeunes qui ont organisé cette révolte qui se compose de quelques éléments dans ce théatre-(action collective de rue-manif) qui se déroule dans le pays et on a décidé..

(interruption du journaliste) : il n'y a pas d'organisation politique alors ?

(réponse de Hamed) : non, pas de parti ni de syndicat, c'est juste des efforts de chaque individus de chez nous, on s'est regroupé,
nous, les jeunes pour organiser cette révolte. Des groupes de jeunes avec des représentants dans chaque groupe. Je suis simple citoyen
et ils m'ont désigné (élu) pour que je soit coordinateur de ce groupe-ci.
Nos revendications sont très simples (basiques), ce ne sont pas des revendications impossibles à réaliser, vous pouvez les voir sur ce tableau :

- reconstruction de la charte national
- rectification de certains articles qui la compose
- annulation pur et simple de condamnation d'hommes politiques
-disparition de la répression et de la dictature
-refus catégorique et total de toutes ingérence des pays étrangers
-ouverture à tout les partis


la traduction n'est pas terminée, A+ avec mon copain :amour::
Denis
 

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