La solidarité : Jusque dans les camps de la mort

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Messagede bajotierra le Dim 21 Sep 2014 16:12

Bonjour ,

J'ouvre ce fil en réaction a des propos que je lis ici ou là dans le milieu militant et qui au final ne font rien d'autre que de propager la désespérance .

Comment de nos jours de vieux militants peuvent ils se laisser aller a décourager les plus jeunes , alors même que contrairement aux idées reçues de l'idéologie dominante , dans les contextes les plus tragiques la solidarité était a l'oeuvre ....

Je commencerai par cette très belle photo ;

Image

1945

Deux ouvriers espagnols , d'âge mur , rescapés du camp de Mathausen , encadrent un enfant juif qu'il ont sauvé d'une mort certaine
Je suppose que de là où il sont (4 boulevard de Strasbourg a Toulouse ) ils se dirigent vers la place Wison , cette place fût pendant des décennies l'agora de l'exil républicain et libertaire .
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Re: La solidarité : Jusque dans les camps de la mort

Messagede bajotierra le Lun 22 Sep 2014 09:55

La Résistance dans les camps de concentration nationaux-socialistes



Est-il vrai que les détenus des camps de concentration nationaux-socialistes se soient laissés conduire comme des moutons à l'abattoir, qu'ils aient supporté passivement la tyrannie de gardiens très inférieurs en nombre? Non, répond Hermann Langbein, même là où l'inhumanité pouvait se déchaîner sans frein ni masque, l'humanité n'a jamais été complètement étouffée: l'existence de la résistance à l'intérieur des camps le prouve.


Dans une première partie, l'auteur étudie le milieu, fait ressortir les différences entre camps anciens et camps récents, expose le fonctionnement de l'administration autonome des détenus, examine les sources et leur critique (examen très émouvant quand on pense à ce que ces quelques manuscrits ont représenté de sacrifices et de souffrances pour ceux qui sont parvenus à les soustraire aux tortionnaires), les circonstances et les buts, différents selon les camps et les époques.

La deuxième partie est consacrée aux acteurs Allemands en proie à de terribles tensions intérieures; communistes que l'habitude de la discipline, de la hiérarchie et de la solidarité rend très aptes à la résistance; Polonais, les plus controversés avec leur élite d'officiers et d'intellectuels, trop souvent d'un chauvinisme et d'un antisémitisme féroces; Français méprisés et divisés, etc.

La troisième partie examine les faits de résistance: sauvetage de vies, rupture de l'isolement, évasions, rébellions et sabotages, lutte contre la démoralisation.

La quatrième partie, enfin, se penche sur les problèmes de la dernière période: l'évacuation.

Comme dans Hommes et Femmes à Auschwitz, on est frappé ici par la hauteur de vue et la conscience exigeante de l'auteur: il n'avance pas un fait qui ne s'appuie sur un témoignage _ ou sur plusieurs lorsque des divergences existent. Livre grave, qui ne laisse rien dans l'ombre ni rien au hasard, La Résistance dans les camps de concentration nationaux-socialistes (1938-1945) est la seule étude complète et impartiale sur ce sujet.



Hermann Langbein est depuis plusieurs années secrétaire du Comité international des Camps. Autrichien né à Vienne en 1912, membre des Brigades internationales en Espagne, il fut d'abord interné dans divers camps français, puis à Dachau (1941), à Auschwitz (1942) et à Neuengamme (de 1944 à la fin de la guerre). Il a consacré de nombreuses publications aux KZ nazis, dont Hommes et Femmes à Auschwitz (Fayard, 1975).


http://www.fayard.fr/la-resistance-dans ... 2213009254
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Re: La solidarité : Jusque dans les camps de la mort

Messagede bajotierra le Mar 23 Sep 2014 17:05

Témoignage d'une évasion collective a Mathausen


Le 20 janvier 1945, les officiers russes décident de s’échapper. Ils avaient un plan de bataille : le 2 février, à 0h50 du matin, moins 5 degrés, 10 cm de neige, ils attaquent le mirador, là, ils balancent des couvertures mouillées pour faire sauter les barbelés électrifiés ; avec l’extincteur et des cailloux, ils réussissent à prendre les mitrailleuses et ils sont maîtres du coin… ils partent à trois cents, trois cent cinquante… aussitôt la sirène dans tous les alentours est déclenchée… c’est la chasse à l’homme, la chasse "aux lièvres"… Les paysans avec les chiens, les gendarmes, les jeunesses hitlériennes, les réservistes, etc. cherchent jour et nuit… Les prisonniers repris ont tous été exécutés… Il y a eu deux survivants sauvés par une Autrichienne qui les a cachés jusqu’à la fin de la guerre… un petit bonhomme, un commandant aviateur, parti en direction du nord vers les maquis tchèques a survécu en mangeant des racines ; dans son évasion, il a tué un soldat de la Wermacht, s’est habillé avec l’uniforme et a vivoté de rapines ; il est fait prisonnier des Américains, il est resté trois ans prisonnier car il n’a pas osé dire qu’il était Russe, il n’a rien dit. Mais ses camarades qui ont appris son histoire, on ne sait comment, ont décidé de le rapatrier chez lui avec les honneurs… c’est la seule personne que j’ai revue…

Paul LE CAËR, matricule 27 008 (Mauthausen, Wiener Neustadt, Redl Zipf)
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Re: La solidarité : Jusque dans les camps de la mort

Messagede bajotierra le Lun 29 Sep 2014 09:57

Toujours a Mathausen , organisation d'un réseau pour sortir des clichés clandestins , très bien résumé dans le texte ci dessous

Pourquoi tant de photos à Mauthausen et comment ont-elles été partiellement préservées ?


Un service spécialisé, l’Erkennungsdienst (service de l’identification photographique), y avait été créé, comme dans les autres camps, chargé de photographier chaque déporté à son arrivée – sous trois angles (de face, de demi-profil, de profil), avec son numéro en évidence sur une pancarte tenue devant la poitrine – ainsi qu’à son décès, mais aussi les visites officielles, les photos d’identité des personnels SS. À ces tâches se sont vite ajoutés des clichés de la vie quotidienne du camp, le développement des pellicules personnelles des SS du camp… Chaque photo était tirée à cinq exemplaires, au format 13 cm x 18 cm. Une épreuve était conservée sur place, les quatre autres envoyées aux quartiers généraux SS de Berlin, Oranienburg (siège de l’Office central de l’administration et de l’économie SS, incluant la gestion de l’ensemble des camps), Vienne et Linz. Les photos des visites officielles étaient très prisées des SS du camp et donnaient lieu à de multiples retirages et agrandissements.

L’Erkennungsdienst était dirigé, au moment des visites de Himmler de 1941, par l’adjudant SS, Friedrich Kornacz, seul autorisé à prendre les photos, remplacé peu après par l’adjudant-chef SS, Paul Ricken. Avec pour adjoint le sergent SS Hermann Peter Schinlauer. Six déportés travaillaient au labo photo sous leurs ordres en mai 1941 : un socialiste autrichien, Hans, était le Kapo, secrétaire du service et responsable de la transmission des tirages à l’administration SS. Un jeune républicain espagnol, Antonio García Alonso, fait prisonnier sous l’uniforme français en juin 1940, sur la ligne Maginot, et transféré début avril 1941 d’un Stalag autrichien à Mauthausen en même temps que 300 autres Espagnols, travaillait depuis début mai au labo photo : c’est lui qui était exclusivement chargé du développement des pellicules en chambre noire, tout en supervisant les tirages et les agrandissements. Stefan Grabowski, le « Polonais rouge », qui avait combattu en Espagne dans les Brigades internationales, gérait les planches-contacts ; Miroslav Lastowka, un autre Polonais, s’occupait des retouches ; Johann Gralinski aidait le Kapo dans le travail documentaire (légendes des photos, classement et rangement des négatifs) ; enfin un autre Espagnol, Ruiz, veillait à la propreté des lieux.

García s’est vite rendu compte que Grabowski, responsable avant son arrivée du développement, tirait clandestinement un sixième exemplaire de certaines photos et cachait cette collection dans le labo. Il continua lui-même ce travail qui, découvert, leur aurait valu une mort atroce, et a probablement mis de côté quelques clichés de la visite de Himmler du 31 mai. Fin 1942, García demanda un assistant, étant donné la surcharge de travail due aux arrivées massives de déportés, et proposa à Paul Ricken un nom, choisi en fait par les dirigeants clandestins à Mauthausen du parti communiste espagnol : un autre Catalan, Francesc Boix Campo, appelé couramment Francisco Boix, lui aussi combattant dans l’armée française et prisonnier de guerre, transféré comme García en tant que prisonnier politique à Mauthausen, un camp non géré par l’armée allemande – une double violation de la convention de Genève. Plus tard, en 1944, arriva dans le service photo un dernier Espagnol : José Cereceda.

La sortie des photos hors du camp

Trois déportés étaient au courant de la collection secrète : Grabowski, mort fin 1944, García et Boix. Très malade, García fut hospitalisé au Revier (hôpital) de février à mars 1945. À son retour, la collection, d’environ 200 clichés, avait disparu de sa cachette. Boix, devenu dans l’intervalle Kapo du labo (mais il le nia au procès de Nuremberg), finit par dire à García l’avoir remise aux dirigeants communistes clandestins, qui l’avaient dispersée et camouflée dans le camp. Après le suicide de Hitler le 30 avril, annoncé à la radio le lendemain, le commandant de Mauthausen ordonna à Paul Ricken de détruire l’ensemble des négatifs et des photos de l’Erkennungsdienst, pour effacer les traces de l’esclavage et de la barbarie à l’œuvre dans le camp. García et Boix réussirent alors à soustraire encore des négatifs et des photos.

L’organisation clandestine espagnole avait, quelques semaines avant, décidé de faire sortir du camp les clichés cachés depuis quatre ans, grâce à deux jeunes communistes catalans, Jacinto Cortés et Jesús Grau, qui portaient chaque jour ses repas à un Kommando d’Espagnols travaillant au village de Mauthausen. Ils avaient sympathisé au fil des mois avec Anna Pointner, une habitante voisine du chantier, qui accepta de dissimuler les photos dans une lézarde du mur de son jardin. Et le 5 mai, donc, le camp fut libéré.

Boix, apparemment, récupéra le lot de clichés et l’emporta en France où il travailla pour la presse communiste : le 1er juillet, l’hebdomadaire Regards publia 21 des photographies ; le 1er août, le quotidien Ce soir leur consacra un numéro spécial. En 1946, Boix s’attribua le mérite d'avoir sauvé 20 000 photos… Mais « sa » collection fut éclatée : García récupéra certains tirages, Boix en vendit à des agences de presse, notamment tchèques, avant sa mort survenue en 1951, à l'âge de 31 ans, de tuberculose – il est enterré au cimetière parisien de Thiais. Boix devint ensuite un héros porté par la mémoire du Parti communiste espagnol, clandestin sous Franco, et du PCF. García, lui, soupçonné de sympathies trotskystes, n’a pas bénéficié de la même valorisation. L’historien américain David Wingeate Pike, qui a très longuement interviewé García, décédé en 2000, a réhabilité aujourd’hui son rôle dans la soustraction et le sauvetage des photos.

Des photos SS présentées comme preuves aux procès de Nuremberg et Dachau


Francisco Boix fut le seul Espagnol appelé à témoigner devant le tribunal militaire international de Nuremberg, les 28 – le même jour que Marie-Claude Vaillant-Couturier – et 29 janvier 1946. Six photos apportées par Boix furent projetées devant le tribunal et versées au dossier des preuves. Dans sa déposition, il certifia, par le biais des photos développées et tirées à l’Erkennungsdienst, la présence de Kaltenbrunner (en compagnie de Himmler) et de Speer (en mars 1943) lors de visites officielles de Mauthausen ou de l’annexe de Gusen – alors que les deux accusés niaient connaître le camp. C’était là la raison d’être de la comparution de Boix, cité comme témoin de l’accusation par Charles Dubost, procureur adjoint de la délégation française.

C’est à Dachau qu’eut lieu, du 7 mars au 13 mai 1946, le procès de 61 responsables, médecins, gardes et Kapos du camp de Mauthausen. Ils furent jugés par un tribunal militaire américain, bien que Mauthausen fît partie de la zone d’occupation soviétique : c’était en effet l’armée américaine qui avait libéré le camp. Francisco Boix témoigna de nouveau, le 11 mai, et fournit 30 photographies qui furent versées au dossier d’accusation comme preuves. Tous les accusés plaidèrent non coupables ; tous furent jugés coupables de violation des lois de la guerre et de la convention de Genève, 58 étant condamnés à mort (mais 9 virent leur sentence commuée en prison à vie) et 3 à la prison à vie. 49 furent donc pendus les 27 et 28 mai 1947, à la prison de Landsberg, dont August Eigruber, le Gauleiter de la Haute-Autriche, qui accompagnait Himmler lors de ses visites du camp en avril-mai 1941. Paul Ricken, de son côté, qui dirigea l’Erkennungsdienst de mi-1941 à début 1944, puis fin avril-début mai 1945, fut condamné à la prison à vie le 23 juillet 1947, sur la base de faux témoignages de Kapos. On le libéra en novembre 1954.

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Re: La solidarité : Jusque dans les camps de la mort

Messagede bajotierra le Mar 21 Oct 2014 15:38

ENTRAIDE ET SABOTAGE / LA RESISTANCE CLANDESTINE A BUCHENWALD


La volonté de continuer de dire "non" aux nazis, même dans les camps et malgré une mort promise, se manifeste d'abord chez les déportés allemands (souvent des résistants déportés dès 1933 à Sachsenhausen, Lichtenburg, ou Dachau, puis transférés à Buchenwald dès sa création en 1937), antifascistes communistes ou socialistes.

Ils seront rejoints par d'autres nationalités et d'autres obédiences politiques et spirituelles par la suite et constitueront une organisation de résistance totalement clandestine.

Ainsi le "Comité international clandestin" de Buchenwald, fruit d'une initiative des Résistants allemands, voit le jour en été 1943 suite à une réunion ultra-secrète.

Walter Bartel, arrivé à Buchenwald en 1939, en sera le chef jusqu'à la libération du camp en avril 1945



L' ENTRAIDE
Sur la résistance clandestine dans le camp, Marcel Paul écrira dans sa préface du livre de Pierre Durand "Les Français à Buchenwald et à Dora" (op. cit): (...) "Rejetant la débrouillardise individuelle, immorale et au demeurant inefficace, nous ne pouvions nous appuyer que sur la solidarité, le soutien mutuel, l'aide apportée au plus jeunes, aux vieillards, aux malades, aux désespérés. C'est à partir de cette volonté, née des profondeurs de la détresse, que s'est créée dans les camps de la mort, dès leur naissance, (...) la première forme de l'organisation clandestine.
Ce fut vrai pour toutes les nationalités présentes dans les camps. Ce le fut singulièrement pour les Français de Buchenwald.
Il y a eu dans ce domaine des gestes bouleversants (le mot est insuffisant) : de la soupe collectée par cuillère dans les gamelles de ceux qui eux-mêmes mourraient de faim et cependant consentaient ce lourd sacrifice pour sauver plus faibles qu'eux; le vol au péril de la mort, jusque dans les magasins SS, de pommes de terre, de légumes, de sucre, de linge... L'ombre de la potence planait... et préalablement celle de la torture"(p.11)



LE SABOTAGE
Pour résister humainement, il fallait s'entraider. Pour résister politiquement, il fallait saboter le travail.
Petit sabotage par-ci, petit sabotage par-là, et voilà une vis qui prend du jeu, des pièces d'artillerie, des moteurs, des installations électriques qui subissent une "défectuosité" et la production industrielle de guerre allemande dans certaines usines qui s'en trouve ralentie



http://www.buchenwald-dora.fr/1lecampde ... estine.htm
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Re: La solidarité : Jusque dans les camps de la mort

Messagede bajotierra le Ven 1 Mai 2015 17:10

5 mai, jour de la libération du camp de Mauthausen

Ils portent le triangle bleu des apatrides et à l’intérieur du triangle la lettre S pour Spanien. Au début, ils occupent les places les plus exposées dans le camp et effectuent les travaux les plus pénibles. Ils ne trichent pas face à l’atrocité de leur condition mais ils se souviennent qu’ils sont des combattants et non des victimes. Dès lors, ils entrent en résistance, leur but collectif sera de survivre et de collecter toutes les preuves possibles pour témoigner de la terrible déshumanité.
Sur les 7 200 hommes envoyés au camp de Mauthausen, les deux tiers ont été exterminés. Mais animés de la volonté farouche de combattre le fascisme, ils n’ont jamais cessé de résister et de s’entraider, ce qui permit à 2000 d’entre eux de survivre pour témoigner.
Mauthausen et ses kommandos fut un des derniers camps libérés, le 5 mai 1945. À cette date, le comité clandestin espagnol, qui avait été le moteur de l’organisation internationale clandestine de résistance du camp, était prêt à défendre chèrement la vie des survivants. Au moment du rapatriement, les Espagnols ne pouvaient pas rentrer dans leur pays. Aussi après des négociations, furent-ils rapatriés en France puisque c’est de ce pays et à cause de leur engagement à le défendre qu’ils avaient été déportés.

Pour toutes ces raisons qui lient étroitement le combat des antifascistes espagnols à l’histoire de la France dans la Seconde Guerre mondiale, nous serions heureux de vous accueillir, 70 ans après, au cours de cet hommage rendu à ceux qui sont tombés et à ceux qui ont pu résister, et nous souhaiterions vous donner la parole afin que leur engagement pour la liberté soit marqué de votre considération, dans ce lieu symbolique de toutes les luttes populaires pour la liberté.

Rendez-vous le 5 mai 2015, 15h 30, cimetière du Père Lachaise, porte Gambetta, rue des Rondeaux, Paris 20e (métro Gambetta).



http://www.24-aout-1944.org/5-mai-jour- ... 1ration-du
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