Albert Camus, le libertaire

Albert Camus, le libertaire

Messagede vroum le Dim 29 Jan 2012 10:37

Albert Camus, le libertaire

Albert Camus et la pensée libertaire


Voilà un sujet d'étude que lycéens et étudiants ont peu de chance de se voir proposer.
Quant aux professionnels de la critique, qu'elle soit littéraire ou philosophique, ce n'est pas sous cet angle qu'ils abordent Camus. On lit Albert Camus, mais on le lit souvent mal.
Est-ce que sa pensée dérangerait ? Pour les uns, c'est l'écrivain de l'absurde, pour les autres un moraliste bien pensant dissertant sur la révolte sans souci d'efficacité (critique de gauche pour simplifier) ou un adversaire du communisme (essai de récupération de droite). Ces diverses approches, par leur côté réducteur, sont autant de négations d'une pensée de l'équilibre entre justice et liberté, absurdité et révolte, homme et société, vie et mort.
De Bab-el-Oued au prix Nobel

Rien ne prédisposait Camus à obtenir le prix Nobel de littérature. Né en 1913, dans une famille pauvre, il perd son père en 1916, tué à la bataille de la Marne. Elevé par sa mère qui fait des ménages et ne sait pas lire, il est remarqué par son instituteur qui le présente à l'examen des bourses du secondaire. Bachelier, mais aussi footballeur et membre d'une troupe théâtrale, Camus, atteint de tuberculose, ne peut se présenter à l'agrégation de philosophie.
Qu'importe ! Camus se lance dans l'aventure journalistique avec Pascal Pia. C'est Alger républicain où Camus se fait remarquer par des enquêtes qui dénotent sa volonté de justice et son souci de ne pas renier ses origines. Parallèlement, Camus commence à écrire et à publier L'Envers et l'endroit en 1937, Noces en 1939, L'Étranger et Le Mythe de Sisyphe en 1942. Commence alors l'aventure de la résistance dans le réseau de résistance " Combat. " Il fait partie de la rédaction de Combat clandestin. A la Libération de Paris en 1944, première diffusion libre du journal Combat dont Camus est rédacteur en chef... et qu'il quittera en 1947 quand ce journal perdra sa liberté de parole. Il publie La Peste en 1947 et L'Homme révolté en 1950.

L'actualité algérienne ne le laisse pas indifférent et comme il avait tenté d'alerter l'opinion métropolitaine lors du soulèvement de Sétif en 1945, il le fait au début de la guerre d'Algérie sans résultat, le processus étant trop avancé. En 1957, l'Académie suédoise lui décerne le prix Nobel.
Ont eu encore le temps de paraître La Chute en 1956, Réllexions sur la guillotine en 1957 avant que Camus ne trouve la mort dans un accident de voiture le 4 janvier 1960.
Quarante-sept ans d'une vie bien remplie !

De l'absurde à la révolte

Le thème de l'absurde est au centre de trois œuvres de Camus : L'Étranger, Caligula et enfin Le Mythe de Sisyphe, essai dont l'ambition est de nous faire réfléchir sur notre condition d'homme.
Cette réflexion, devant la découverte de toute raison profonde de vivre, débouche sur le sentiment de l'absurde. Camus pose alors la question du suicide. Mais c'est pour l'écarter, car le suicide n'est pas seulement la constatation de l'absurde, mais son acceptation. Il écarte également la foi religieuse, les métaphysiques de consolation et nous propose la révolte, seule capable de donner à l'humanité sa véritable dimension, car elle ne fait dépendre notre condition que d'une lutte sans cesse renouvelée. L'absurde n'est pas supprimé, mais perpétuellement repoussé : " La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir le coeur d'un homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux ".
"L'Homme révolté ", il s'agit là de l'ouvrage majeur de Camus et ce n'est pas un hasard s'il a provoqué tant de remous lors de sa publication. Il ne s'agit pas d'approfondir cette œuvre dans le cadre de cette article, mais simplement d'en dégager quelques éléments essentiels.

Après avoir analysé La révolte métaphysique, révolte absolue, à travers Sade, Nietzche, Stirner, les surréalistes, Camus en vient à la suite logique, la révolte historique. De Marx au stalinisme, il met à jours les mécanismes qui transforment la révolution en césarisme. il met en cause le dogmatisme et le caractère prophétique de la pensée de Marx aggravée par la pensée léniniste qui instaure l'efficacité comme valeur suprême. Tout est prêt pour que la dictature provisoire se prolonge.
C'est la terreur rationnelle. La révolution a tué la révolte.

N'y a-t-il pas d'issue pour Camus ? Camus répond sous le titre La pensée de midi :" Les pensées révoltées, celle de la Commune ou du syndicalisme révolutionnaire, n'ont cessé de nier le nihilisme bourgeois comme le socialisme césarien."
- " Gouvernement et révolution sont incompatibles en sens direct, car tout gouvernement trouve sa plénitude dans le fait d'exister, accaparant les principes plutôt que de les détruire, tuant les hommes pour assurer la continuité du Césarisme. "
- " Le jour précisément, où la révolution césarienne a triomphé de l'esprit syndicaliste et libertaire, la pensée révolutionnaire a perdu, en elle-même, un contre poids dont elle ne peut sans déchoir, se priver. "
Ces quelques citations aux accents proudhonniens, montrent que Camus a choisi sa voie et font comprendre l'accueil hostile réservé à L'Homme révolté par les intellectuels de gauche en pleine guerre froide. Marionnettes du communisme international et volontiers donneur de leçons, ils se déchaînèrent. Peu nombreux, à part les libertaires, furent les défenseurs de Camus à cette occasion.

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Culture et Liberté organise la tournée de conférences de Maurice Joyeux sur Albert Camus (Montpellier, Nîmes, Marseille)...

Convergence entre Camus et les libertaires

On peut multiplier les exemples des interventions de Camus aux côtés des libertaires. Dans le procès contre Maurice Laisant, antimilitariste des " Forces libres de la paix " du meetings et manifestations organisés par les libertaires contre les procès et la répression en Espagne, ainsi que contre le socialisme " césarien " des pays de l'Est, contre la répression de Berlin-Est en 1953, celle des émeutes de Poznan en 1956 et celle de Budapest la même année. Quelques articles d'Albert Camus paraissent dans le Libertaire, puis dans le Monde libertaire. Il est également très proche des syndicalistes révolutionnaires de la Révolution prolétarienne avec qui il fonda "Les groupes de liaison internationale", pour aider les victimes du stalinisme et du franquisme.

Enfin, quand Louis Lecoin lance en 1958 sa campagne pour l'obtention d'un statut des objecteurs de conscience, Albert Camus participe activement à cette campagne dont il ne pourra malheureusement voir l'aboutissement.
Quand il trouve la mort en janvier 1960, c'est tout naturellement que le Monde libertaire de février 1960, qui est à l'époque mensuel et paraît sous un format 40X60 de quatre pages, il consacre l'ensemble de sa quatrième page avec, entre autres, des articles de Maurice Joyeux, Maurice Laisant, F. Gomez Pelaez et Roger Grenier.

La rédaction du Monde libertaire, quant à elle, signe un article intitulé Albert Camus ou les chemins difficiles, ce qui résume bien sa vie et son œuvre.

Groupe Proudhon de Besançon
Le Monde libertaire n°1048s, HS n° 6 (été 1996)
"Prolétaires du monde entier, descendez dans vos propres profondeurs, cherchez-y la vérité, créez-la vous-mêmes ! Vous ne la trouverez nulle part ailleurs." (N. Makhno)
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Re: Albert Camus, le libertaire

Messagede vroum le Dim 29 Jan 2012 11:05

Albert Camus et les libertaires, Lou Marin

http://anarchismenonviolence2.org/spip.php?article89

Lou Marin a publié aux Editons Egregore ce livre avec les textes auquels il fait une référence et une postface de Freddy Gomez, en vente à Publico

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Le 4 janvier 1960, Albert Camus est mort d’un accident de voiture. Pour commémorer cet événement quarante ans après, en 2000, la presse allemande a publié dans ses colonnes des souvenirs et des articles nécrologiques. Des journaux ont célébré le grand auteur, le dramaturge et même le combattant de la Résistance. Ses théories philosophiques donnèrent lieu à des débats critiques ; on les comparait avec celles de Sartre que certains jugeaient d’un meilleur niveau. Et on a réduit l’actualité du propos de Camus à sa seule dimension historique et politique, lui donnant le rôle d’un des premiers critiques du « totalitarisme » stalinien pendant la guerre froide. Cette attitude lui valut plus tard d’être célébré ou d’être regardé comme un idéologue décidément du côté de l’Ouest, voire comme un « colonialiste de bonne volonté » [1].

Et le Camus libertaire a été oublié une fois de plus.

La presse allemande a rarement jugé nécessaire de mentionner que ses contacts personnels, ses amitiés, sa pensée et ses actions permettaient probablement de classer Camus parmi les libertaires, et que c’était la toile de fond de son œuvre. Les journaux allemands essaient encore moins de faire ressortir les solutions libertaires et fédéralistes de Camus au problème de l’Algérie ; ce que des intellectuels maghrébins comme Assia Djebar ont proposé pour répondre aux événements algériens des années 1990.
[2] [3]

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Le mouvement politique anarchiste ne doit pas être confondu avec ce que les médias décrivent tous les jours comme « l’anarchie » : c’est-à-dire des tueries, le chaos, la violence – une situation à laquelle seules la police et l’armée peuvent mettre fin, en particulier l’Otan (voir le Kosovo, le Timor-Oriental, presque l’ensemble du continent africain, l’Afghanistan, l’Iraq).

Or les anarchistes pensent au contraire que ce sont ces forces qui créent cette situation qualifiée d’ « anarchie », tandis que l’on cherchera en vain des anarchistes dans les pays concernés.
L’anarchisme, c’est « la liberté et la loi dépourvues de violence » (Emmanuel Kant), et la plupart des mouvements anarchistes veulent atteindre cet objectif par des moyens non violents. Pour eux, si c’est la société qui engendre le pouvoir, cette société est aussi à même de le transformer : il faut cesser de se soumettre et de soutenir les personnes au pouvoir. Une quarantaine d’années après la mort de Camus, il peut sembler insolite de vouloir classer cet écrivain parmi les libertaires. Et souvent on évite de faire des choses insolites. Mais ici nous l’osons.

1. Camus et l’anarchisme non violent dans les pays germanophones

Parler dans les pays germanophones de l’importance libertaire d’un écrivain et journaliste politique suscite toujours de l’incompréhension. A la différence des pays francophones ou hispanophones, l’Allemagne a peu développé la théorie et la pratique anarchistes, sauf durant de courtes périodes.

En effet, l’Allemagne n’a pas de vieille tradition anarchiste qui permette la perception d’un Camus libertaire. Elle a connu temporairement une forme de renouveau anarchiste pendant les années 1920 et après 1968. Moi-même, j’ai pu observer ce phénomène durant mes dix-huit années de collaboration à « Graswurzelrevolution », journal anarchiste et non violent (qui existe depuis bien plus longtemps puisque fondé en 1972 à la fin du mouvement étudiant). Les groupes d’action non violents autour de « Graswurzelrevolution » ont, sur les plans théorique et pratique, donné le ton aux nouveaux mouvements sociaux allemands, en particulier à ceux dirigés contre les centrales nucléaires en RFA (Anti-AKW-Bewegung).

Ces groupes d’action ont lancé des idées nouvelles : par exemple l’occupation des chantiers de construction pour empêcher l’édification de la centrale nucléaire de Wyhl pendant les années 1970, la « République du Wendland libre » en 1980 et les actions dirigées contre les transports de matières nucléaires dans les années 1990, qui ont finalement abouti à l’arrêt de ces acheminements. Contrairement aux médias bourgeois, ces groupes d’action ont régulièrement insisté sur le lien entre l’anarchisme et la non-violence.

Parmi les diverses personnes qui ont inspiré ces mouvements, de différents pays et origines, on peut compter Etienne de La Boétie, le Mahatma Gandhi, Gustav Landauer, Pierre Ramus, Clara Wichmann, Henriette Roland-Holst, Martin Luther King, et aussi Albert Camus. Pour un grand nombre de militants non violents, en particuliers ceux de « Graswurzelrevolution », « l’Homme révolté » n’offre pas seulement un intérêt littéraire et philosophique ; il justifie également une révolte à concrétiser. Cette dernière a ensuite pris la forme d’actions directes dirigées contre un système d’État policier qui a montré son vrai visage après les luttes contre le nucléaire.

L’importance que revêt la pensée d’Albert Camus pour « Graswurzelrevolution » tient à cet esprit de révolte qui se marie très bien avec la négation catégorique caractéristique du mouvement anarchiste. Cette pensée particulière de Camus, j’en ai pris connaissance dans les récits de camarades et amis et à la lecture des publications. Ainsi la série d’articles de Camus intitulée « Ni victimes ni bourreaux », traduite en allemand par le Berlinois Wolfram Beyer, un anarchiste non violent également collaborateur de longue date de « Graswurzelrevolution » [4]. En tentant de décrire plus en détail le lien entre Camus et l’anarchisme, j’essaie seulement une fois de plus de définir la position libertaire et critique de Camus sur la violence [5]. Cependant, ces derniers temps, le silence sur le lien entre Camus et l’anarchisme (qui a duré une quinzaine d’années après la Seconde Guerre mondiale) a été brisé [6], pendant que philosophie et littérature évoluaient de façon positive. Horst Wernicke, en particulier, s’est appliqué à décrire dans son livre « Albert Camus. Aufklärer - Skeptiker - Sozialist » l’influence que l’anarcho-syndicalisme et les idées de P.-J. Proudhon et de Simone Weil ont exercée sur Camus. Wernicke a écrit aussi des articles portant sur des domaines de moindre importance ou sur des détails du mouvement libertaire, de même sur l’amitié entre Camus et le poète et résistant René Char [7]. Dans son dernier ouvrage, Heinz Robert Schlette écrit que le terme d’« anarchiste modéré » est probablement le plus approprié pour décrire Camus [8].

2. La conception anarchiste de Camus et la presse libertaire

Une analyse systématique du rapport que Camus entretenait avec l’anarchisme ne devrait pas se limiter aux seuls aspects philosophiques et littéraires. On devrait insister sur les débats d’actualité. Et, en ce qui concerne Camus, ils ne sont guère compréhensibles à qui n’a pas une connaissance détaillée de son travail journalistique. C’est ici que s’ouvre le vaste champ des relations amicales qui liaient Camus à l’anarchisme français, un fait peu analysé jusqu’à présent. Car Camus s’est non seulement engagé dans des journaux anarchistes comme rédacteur et collaborateur permanent, pour « Témoins » par exemple, mais il a aussi agi : il a, en tant que témoin, défendu des libertaires devant les tribunaux ; ainsi de Maurice Laisant, à l’époque responsable « Monde libertaire », qui avait été accusé d’être l’instigateur d’une campagne d’affiches antimilitaristes et anticolonialistes contre la guerre d’Indochine de 1945 [9].

Pendant les années 1940 et 1950, Camus entretint des sentiments amicaux et des liens avec des responsables de journaux anarchistes de pays francophones ou d’autres. Parmi eux, Rirette Maîtrejean, qui fut coéditrice du journal « l’Anarchie », et qui écrira plus tard pour « Témoins », Maurice Joyeux et Maurice Laisant du « Monde libertaire », Jean-Paul Samson et Robert Proix de la revue culturelle et antimilitariste « Témoins » [10]. Ainsi, au cours d’une conversation sur la question de l’Algérie, Helmut Rüdiger témoigne des relations personnelles que Camus eut avec lui : « Dans un entretien, Camus me déclara sans ambages que le FLN était à son avis un mouvement totalitaire. Il peut y avoir différentes opinions sur cette question, la littérature et les publications du FLN peuvent être interprétées (sic). D’autre part, un grand nombre de syndicalistes partagent l’avis de Camus et pensent que l’avenir de l’Algérie ne peut être fondé que sur la coopération des mouvements rivaux qui s’entretuent aujourd’hui sans pitié [11]. »

Malheureusement, cette référence est unique et peut donner lieu à discussions. Rüdiger collaborait à « Die freie Gesellschaft », journal allemand socialiste libertaire d’après-guerre, et également au journal anarcho-syndicaliste suédois « Arbetaren ». Il vécut en Suède après 1939 et fut un des théoriciens les plus importants du mouvement anarcho-syndicaliste suédois. Selon les informations de Hans Jürgen Degen, qui mène des recherches sur Rüdiger, ce dernier a rencontré Camus à plusieurs reprises. En 1957, il a interviewé Camus en Suède pour « Arbetaren » ; d’autres entretiens auraient eu lieu à Paris. Il est probable que les connaissances de Camus sur l’anarcho-syndicalisme lui venaient entre autres des informations fournies par Rüdiger.
Dans mon livre « Ursprung der Revolte », j’ai analysé les divers contacts et liens avec les journaux anarchistes en m’appuyant sur deux publications. Il faut donc comprendre mon travail comme un début d’analyse systématique ou bien comme une incitation – engagée – à continuer dans cette voie. J’ai exploré plus profondément le contenu de l’article anarcho-pacifique de Camus extrait du « Soir républicain » qui paraissait en 1939-1940 à Alger, publié par Camus et Pascal Pia [12] Voir Marin (note 5), pp. 29-37. Les articles de Camus au « Soir républicain » sont tous publiés dans « Fragments d’un combat, 1938-1940, « Alger républicain », « le Soir républicain », « Cahiers Albert Camus », n° 3, deux tomes, ici tome 2, Paris, 1978.]]. J’ai également étudié la collaboration de Camus à la revue « Témoins », éditée par Jean-Paul Samson à partir de son exil en Suisse. Samson s’y était réfugié pour échapper à la sanction consécutive à son insoumission durant la Première Guerre mondiale [13]. Ces deux publications ont façonné à leur manière la conception de l’anarcho-syndicalisme de Camus et revêtent donc une grande importance.
Après avoir exposé la contribution de Camus à ces périodiques, j’aimerais évoquer brièvement l’influence qu’il exerça sur la revue syndicaliste « la Révolution prolétarienne » et rapporter ensuite certains aspects touchant à ses amitiés libertaires.

3. L’engagement de Camus au « Soir républicain » et à « Témoins »

Quoique l’oncle de Camus, Acault, et son professeur d’université Jean Grenier l’aient prédisposé à s’intéresser au mouvement anarchiste, ce furent plus ses expériences pendant les années passées à Alger à la fin des années 1930 qui l’ont poussé vers des positions libertaires. Il a très vite été exclu du Parti communiste (1937). C’est au moins à partir de la révolte des mineurs asturiens en 1934 que Camus observa de près les événements de l’Espagne républicaine, fortement dominée par le mouvement anarcho-syndicaliste. En raison de ses liens avec Francine Faure (sa seconde épouse), il se rendit régulièrement dans les milieux des immigrés espagnols, en particulier ceux d’Oran. Le compte rendu de ces visites et la série d’articles dans « Alger républicain » sur l’exploitation coloniale de la population berbère, et finalement la censure qui frappa « le Soir républicain » l’amenèrent à soutenir des positions pacifistes libertaires. Cette attitude apparaît clairement dans ses articles du « Soir républicain » de 1939 et de 1940 qui furent souvent écrit en collaboration avec Pascal Pia. Dans le « Manifeste du conformisme intégral », Camus et Pia font une satire du conformisme étatique et de la censure. Dans « Profession de foi », ils se décrivent eux-mêmes comme des pacifistes et critiquent « le nationalisme professionnel » de la France. Dans « Notre position », ils défendent le droit individuel à l’objection de conscience pendant la Seconde Guerre mondiale, mais critiquent néanmoins le pacifisme gouvernemental et les accords de Munich de 1938.

Dans « Comment aller vers un ordre nouveau », Camus met en garde contre la dynamique et la cruauté de la guerre et plaide pour un cessez-le-feu. Cependant, la Tchécoslovaquie et la Pologne ne doivent pas en être les victimes. C’est déjà à cette époque que Camus lança l’idée d’une Société des nations qui ne devrait pas être soumise à la volonté des États nationaux. Dans la série d’articles de l’après-guerre « Ni victimes ni bourreaux », il plaida à nouveau en faveur d’un parlement mondial élu au suffrage direct. Les articles du « Soir républicain », souvent écrits sous des pseudonymes, n’étaient pas expressément anarchistes, et le journal ne se qualifiait pas officiellement de « libertaire ». Son analyse politique de la structure de la société pouvait être partagée par des anarchistes de l’époque. C’est ce qui ressort d’ailleurs nettement des « Fondements juridiques de la liberté » où Camus et Pia étudient l’évolution interne de la France, constatant que les États capitalistes et démocratiques ne sont pas capables de se défendre contre les dictatures fascistes de l’époque et qu’en plus ils laissent eux-mêmes entrevoir une propension à la dictature. En France, cette tendance se manifesta par la promulgation de décrets gouvernementaux non démocratiques (comme en Allemagne avec Papen/Schleicher) et en Algérie sous la forme d’une dictature militaire déclarée. Ainsi, les démocraties bourgeoises et capitalistes ne sont pas comprises comme l’alternative au fascisme, mais comme un précurseur de celui-ci – ce qui a été une analyse anarchiste typique de cette époque qui s’était déjà manifestée lors des analyses de l’évolution allemande et italienne jusqu’au fascisme et national-socialisme.
Même si « le Soir républicain » ne s’est pas qualifié clairement d’anarchiste, l’analyse de ses articles justifie très bien la thèse du biographe Herbert R. Lottman qui soutenait le contraire [14]. C’est un reproche que le financier Jean-Pierre Faure avait également formulé ; choqué par le « cours anarchiste » du journal, il avait voulu arrêter son soutien financier au moment même où le censeur militaire l’interdisait [15]. Camus définissait lui-même son rôle au « Soir républicain » comme engendré par les événements politiques. Et cela l’ouvrit rapidement au mouvement anarchiste.

D’une certaine façon, « Témoins » fut pour Camus un prolongement du « Soir républicain », non plus sous forme pacifiste anarchiste mais sous forme de condamnation anarchiste et antimilitariste de la violence. On peut commencer une brève analyse des articles de Camus pour « Témoins » en 1954 avec « Calendrier de la liberté » où il souligne l’importance de deux dates pour l’histoire des mouvements libertaires : le 16 juillet 1936, début de la révolution espagnole, et le 17 juin 1953, révolte des travailleurs en RDA. Dans cet article, Camus associe déjà deux formes de révolte.

Après cela, Camus proposa de publier la lettre de Simone Weil adressée à Georges Bernanos, dans laquelle elle témoigne des excès commis par des anarchistes pendant la guerre d’Espagne. La publication de la lettre dans « Témoins » (n° 7, 1954) provoqua une discussion parmi les lecteurs libertaires français qui écrivirent à la rédaction de la revue. En même temps, ce fait démontre la capacité des anarchistes français à faire spontanément une autocritique à un moment où la gauche communiste et dogmatique nie ou défend l’existence de camps soviétiques.

« Témoins » publia par la suite « Le refus de la haine », préface de Camus au livre de Konrad Biber qui venait juste de paraître, « l’Allemagne vue par les écrivains de la Résistance française ». Camus y actualise les principes de la Résistance : comme la Résistance avait à l’époque rejeté la conception bourgeoise et pacifique de la paix, il aurait fallu qu’elle refusât alors la conception communiste de la paix qui maintenait le statu quo autoritaire en Europe de l’Est. Par cette attitude, il s’oppose catégoriquement à la série d’articles de Sartre « Les communistes et la paix ». L’éditeur de la revue catholique de gauche « Esprit », Jean-Marie Domenach, décrit de son côté par Samson comme « néo-stalinien » [16], écrivit une lettre de protestation. Camus défendit sa position dans le numéro suivant de « Témoins ». La divergence avec Domenach montre que la controverse entre Sartre et Camus était un sujet débattu dans les journaux anarchistes de l’époque, dont la plupart soutenaient sans partage la position de Camus.

En 1956, Camus rédigea une préface pour une édition spéciale de « Témoins » à l’occasion du 20e anniversaire de la Révolution espagnole. Il y clame sa solidarité avec les étudiants et les travailleurs espagnols et critique les positions de Moscou, de Washington et de la gauche dogmatique française qui n’ont pas voulu la victoire du peuple espagnol. En automne 1956, « Témoins » publie plusieurs articles de Camus contre la répression de la révolte hongroise par les troupes soviétiques, dont l’un est la reprise du discours de la Salle Wagram du 15 mars 1957. De plus, « Témoins » publie un débat amical avec l’écrivain hongrois Miklos Molnar. Contrairement à Camus, Miklos croit toujours en la capacité réformatrice des socialismes d’Etat de l’Europe de l’Est.
Dans « Témoins » n° 18-19, on peut lire un hommage littéraire de Camus, « Pour Dostoïevski », où il dit comprendre le repli de l’écrivain russe sur la religion. Ce dernier cherchait les valeurs morales non historiques auxquelles Camus tenait également mais qu’il ne comptait pas trouver par la voie religieuse.

En décembre 1958, Camus critiqua dans « Témoins » l’exécution d’Imre Nagy en Hongrie. Un appel à soutenir un « comité pour la sauvegarde des réfugiés espagnols », créé juste quelque temps auparavant, fut la dernière contribution de Camus à « Témoins ».

A la mort de Camus, « Témoins » publia un numéro spécial avec des souvenirs et des hommages (n° 23 de mai 1960). On y trouve entre autres les témoignages d’amis anarcho-syndicalistes et d’ouvriers du Livre. Rirette Maîtrejean y dit la grande estime de Camus pour le révolutionnaire Victor Serge, poursuivi par Staline. Robert Proix raconte que Camus reconnaissait s’être trompé en soutenant la candidature de Pierre Mendès France en 1956 et qu’il s’était tourné à nouveau vers les objectifs libertaires. C’est sur la base de ces entretiens qu’a été publié plus tard le livre sous la direction de Robert Proix « A Albert Camus, ses amis du Livre » [17]. C’est probablement dans l’entourage de « Témoins », vers la fin des années 1950, que Camus s’est senti le plus à l’aise. La revue avait un tirage de moins de 1000 exemplaires. Camus assista à environ cinq ou six rencontres de la rédaction à Paris qui se tenaient pour la plupart chez Proix. En revanche, Samson, en raison de son insoumission, n’avait toujours pas le droit de rentrer en France sans encourir le risque d’être arrêté.

4. Camus et « la Révolution prolétarienne », ses amitiés

Albert Camus s’impliqua dans « la Révolution prolétarienne » avant « Témoins ». Sa collaboration y fut moindre, tant par le nombre de ses contributions que par sa participation au sein de la rédaction. Ce fut par l’intermédiaire des organisations d’aide aux prisonniers politiques d’Espagne et d’Union soviétique, mais aussi d’autres régimes autoritaires, créées en 1948, le Groupe de liaison internationale (GLI), que Camus prit des contacts avec les syndicalistes révolutionnaires réunis autour de Pierre Monatte. Lors de discussions avec Camus, Monatte avait caractérisé les adeptes de Sartre de « papillons qui sont attirés par la lampe russe » [18]. Par cette formule, il avait clairement pris position pour Camus. Au sein du GLI, la critique ouvrière contre l’Union soviétique pouvait aller du trotskisme à l’anarcho-syndicalisme ; cependant, toutes ces tendances travaillaient de façon solidaire. L’anarcho-syndicaliste allemand Helmut Rüdiger, qui avait régulièrement écrit des articles dans « Die freie Gesellschaft » sous le pseudonyme « Observateur », avait rédigé à plusieurs reprises des rapports sur l’état du mouvement anarchiste français. Il décrit ainsi les membres de la rédaction de « la Révolution prolétarienne » : il s’agissait « de vieux marxistes et d’anarcho-syndicalistes de longue date qui, contrairement au gros du mouvement syndicaliste international, avaient appartenu un certain temps, pendant les années 1920, au Komintern, mais avaient rompu depuis » [19].

C’est avec Robert Louzon et Alfred Rosmer, qui fut plus tard un ami de la famille Camus, que Monatte édita avant 1914 « la Vie ouvrière ». Après la première guerre, il vécut sa phase procommuniste, qui s’acheva en 1924 avec son exclusion du parti pour s’être opposé à sa bolchevisation. En 1925, il fonda « la Révolution prolétarienne », qui porta jusqu’en 1930 le sous-titre « revue syndicaliste-communiste », plus tard le sous-titre « revue syndicaliste révolutionnaire ». Pendant la guerre froide, le journal, qui paraissait une fois par mois, prit position contre une nouvelle guerre mondiale qui menaçait et milita en faveur de la paix, en prenant clairement parti contre les staliniens [20]. Au début des années 1950, lorsque Camus écrivait dans ce journal, celui-ci comptait environ 1400 abonnés [21].
La première contribution de Camus parut en mai 1951 sous le titre « L’Europe de la fidélité ». Quand des contacts officiels entre les Etats-Unis et l’Espagne de Franco s’établirent, Camus s’indigna qu’on utilisât un rallié aux vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale pour servir les objectifs de la guerre froide ; on pensait que la force militaire de l’Espagne méritait que ce pays soit partie prenante des futures hostilités à l’égard de l’Union soviétique : pour Camus, c’était une realpolitik inconcevable, mise en œuvre sur le dos des vaincus : la CNT anarcho-syndicaliste et les autres républicains espagnols. Camus rejette cette Europe de la duperie, de la trahison et de la pure politique. Il s’engage alors pour une Europe sans violence, pour une Europe pénétrée par le syndicalisme ouvrier. Il est opposé à une Europe du chaos et de l’insécurité qui est l’image même du régime de Franco. Il aspire à une Europe de la culture, l’opposé même de ce régime [22]. Dans le numéro de juillet 1952, « la Révolution prolétarienne » publia, en plus du sujet de l’intégration occidentale de l’Espagne de Franco, la lettre ouverte par laquelle Camus refusa d’accepter une invitation officielle de l’Unesco, qui le sollicitait pour participer à une commission sur la culture et l’éducation. Il refusa car cette organisation était justement en train d’intégrer l’Espagne de Franco en son sein [23].
Parmi les rares articles de Camus traduits en allemand, en voici deux : en septembre 1953 est publié « Restaurer la valeur de la liberté », en janvier 1958, « Hommage à un journaliste exilé » avec un éloge de la rédaction quand Camus reçut le prix Nobel. Dans les premières éditions de « Rowohlt Fragen der Zeit », ces deux textes portent les titres allemands « Brot und Freiheit » et « Ehrung eines Verbannten ». Il est intéressant de noter que ces textes se retrouvent dans la table des matières de l’édition « Fragen der Zeit », qui n’a été publiée qu’en 1960, sous deux appellations distinctes : « Allocution du 10 mai 1953 » et « Allocution inédite » [24].

Le discours que Camus a tenu à la Bourse du travail de Saint-Etienne en mai 1953, donc devant un public majoritairement de syndicalistes, est certainement l’une de ses contributions politiques les plus belles et les plus engagées pour le mouvement libertaire. Dans son allocution, Camus s’oppose au matérialisme social pour défendre une option plus idéale de la liberté obtenue par la lutte des opprimés, celle défendue par les gouvernements n’en étant pas une.

« La société de l’argent et de l’exploitation n’a jamais été chargée, que je sache, de faire régner la liberté et la justice. Les Etats policiers n’ont jamais été suspectés d’ouvrir des écoles de droit dans les sous-sols où ils interrogent leurs patients. Alors, quand ils oppriment et qu’ils exploitent, ils font leur métier et quiconque leur remet sans contrôle la disposition de la liberté n’a pas le droit de s’étonner qu’elle soit immédiatement déshonorée [25]. »

Puis Camus reproche à Marx d’avoir commis une erreur fondamentale en sacrifiant le mythe des libertés civiques sur l’autel du concept de la liberté en soi :

« Il fallait dire justement que la liberté bourgeoise n’était pas la liberté, ou dans le meilleur des cas, qu’elle ne l’était pas encore. Mais qu’il y avait des libertés à conquérir et à ne jamais plus abandonner. [...] D’une juste et saine méfiance à l’égard des prostitutions que cette société bourgeoise infligeait à la liberté, on en est venu à se défier de la liberté même. Au mieux, on l’a renvoyée à la fin des temps, en priant que d’ici là on veuille bien ne plus en parler. [...] La liberté bourgeoise, elle, peut procéder en même temps à toutes ses mystifications [26]. »
Camus critique ensuite la dialectique cynique de la guerre froide : « A celui qui présente l’esclave des colonies en criant justice, on montre le concentrationnaire russe, et inversement [27]. »
Mais Camus ne veut pas échanger la justice contre la vraie liberté : « Les opprimés ne veulent pas seulement être libérés de leur faim, ils veulent l’être aussi de leurs maîtres. Ils savent bien qu’ils ne seront effectivement affranchis de la faim que lorsqu’ils tiendront leurs maîtres, tous leurs maîtres, en respect [28]. »

La séparation de la liberté et de la justice équivaudrait à la séparation du travail et de la culture.

Le vrai travail devrait être aussi créatif que le travail d’un artiste. Puisque les gouvernements ne maintiennent pas les libertés démocratiques, mais que celles-ci sont conquises par les mouvements sociaux, les libertés restantes doivent toujours être défendues et même continuellement élargies par les travailleurs. Selon Camus, les libertés acquises ne sont pas de pures illusions, mais le résultat des luttes sociales contre le pouvoir.

« Hommage à un journaliste », pour la défense de la liberté de la presse, prend pour exemple l’exil forcé de l’ancien président colombien Eduardo Santos qui fut un président plutôt libéral (1938-1942) de la Colombie. Après lui, il y eut plusieurs régimes militaires en Colombie. Eduardo Santos les a critiqués, spécialement pour la suppression de la liberté de la presse. Début des années 1950, le régime militaire voulut se débarrasser de son critique en le nommant à un poste privilégié, l’ambassade de Colombie en France. Santos refusa et créa le quotidien « El Tiempo » à Bogotà qui fut considéré très vite comme le plus important d’Amérique latine. Eduardo Santos dut essuyé plusieurs tentatives d’attentat et, en août 1955, le journal fut interdit et Santos exilé. Camus utilise son cas pour réfléchir à la signification de la liberté de presse [29]. Avec ces deux textes, la rédaction avait publié un bref extrait de la préface de Camus pour le livre de l’ancien trotskiste Alfred Rosmer, « Moscou sous Lénine ». Cet ouvrage est en gros une défense du léninisme par rapport au stalinisme. Dans l’extrait de la préface, Camus ne partage pas tout à fait la défense du léninisme soutenue par Rosmer. Il critique en particulier Rosmer qui approuva l’écrasement de Kronstadt en 1921 et sous-estima les effets de la dissolution du Parlement russe – prélude aux persécutions de l’ensemble des révolutionnaires. Sur ce sujet, Camus reste hésitant et préfère laisser la question ouverte plutôt que de prendre clairement position [30].

Dans le numéro 424, 1/1958, hormis l’hommage à Santos, on peut lire un appel de Camus critiquant vertement les attentats commis par le FLN, dirigés contre des syndicalistes. Camus se demande ici si ces attentats ne révèlent pas une tendance totalitaire dans le mouvement indépendantiste. Des syndicalistes étaient tués les uns après les autres et avec chaque mort l’aventure algérienne devenait un peu plus ténébreuse. Les libertaires se devaient de pousser un cri d’alarme afin de retirer aux anticolonialistes leur bonne conscience qui justifiait tout, en premier lieu les meurtres. En fait, ces attentats visaient des syndicalistes algériens partisans de Messali Hadj, ancien ami de Camus. Ils avaient lutté ensemble contre le colonialisme pendant les années trente [31].


Le dernier texte de Camus pour « la Révolution prolétarienne » fut publié après son accident de voiture et suivi d’un article nécrologique amical de Raymond Guilloré. C’est une lettre dans laquelle il s’exprime sur la littérature prolétarienne. Camus ne croit pas à une littérature spécifiquement prolétarienne. Comparant André Gide et Léon Tolstoï, il qualifie le premier d’élitiste bourgeois et il admire la capacité du second à pouvoir écrire de façon si simple et si agréable que sa littérature touche le cœur des hommes de toutes les couches de la société. Il s’agit ici d’un talent que Gorki, Istrati et d’autres écrivains possèdent aussi. L’objectif des gens au pouvoir, que ce soit des dictatures ou des démocraties régies par l’argent, est toujours de séparer la culture et le travail. En revanche, la littérature de Tolstoï transcende cette ligne de démarcation [32].

Il faut tenir compte des fréquentations et des amitiés de Camus à « la Révolution prolétarienne » pour bien comprendre le travail qu’il y a effectué. Le journal de Monatte est d’abord aussi le journal dans lequel Simone Weil, dont Camus était un grand admirateur, publia des articles dans les années 1930 [33].

À l’époque où Camus commença d’écrire pour « la Révolution prolétarienne », il travaillait sur une édition des œuvres de Simone Weil qui devait paraître chez Gallimard. Dans les années 1950, « la Révolution prolétarienne » publiait régulièrement des souvenirs et des discussions sur les œuvres de Simone Weil – sur « l’Enracinement » [34] par exemple –, Camus a donc dû s’y sentir à l’aise. D’autant que le journal faisait paraître des commentaires élogieux sur ses propres livres : ainsi le compte rendu de Jacques Muglioni [35] sur « l’Homme révolté », ou bien celui relatant une rencontre de typographes et de correcteurs, arrangée par Nicolas Lazarevitch, chez Camus après que celui-ci eut reçu le prix Nobel. A cette occasion, Camus souligna l’importance d’une notion de créativité du travail – la vraie culture du travail – opposé à la séparation de la culture et du travail. Un travailleur libre doit être créatif comme un artiste, selon Camus. Dans la comparaison connue entre Gide et Tolstoï, Camus s’engage de nouveau en faveur d’une littérature touchant tous les hommes et refuse finalement d’avoir un rôle de dirigeant pour les travailleurs [36].

En lisant les numéros de « la Révolution prolétarienne » des années 1950, j’ai fait une découverte qui m’a surpris moi-même. En décembre 1951, un « cercle Zimmerwald » avait été créé sous l’impulsion de Monatte. Le nom de ce cercle était une allusion aux opposants socialistes et pacifistes de la Première Guerre mondiale qui s’étaient retrouvés lors d’une conférence à Zimmerwald. Contrairement à eux, le cercle, qui craignait une troisième guerre mondiale, cherchait à s’y opposer en propageant l’idée d’une nouvelle internationalisation et en affirmant son indépendance afin d’éviter toute nouvelle léninisation comme cela s’était produit la première fois.

Il est intéressant de constater que le fondateur et président du premier cercle de Zimmerwald, en dehors de Paris, était un vieil ami de Camus quand celui-ci vivait en Algérie : il s’agissait de Messali Hadj (Camus et Hadj militèrent ensemble au sein du PCF/PCA dans les années 1935-1937). Le socialiste algérien Hadj, exilé pour des raisons politiques, vivait à Niort avec une liberté de mouvement restreinte. Il avait non seulement entretenu des contacts avec des mouvements libertaires mais était lui-même engagé dans le mouvement syndicaliste. Les syndicalistes du cercle de Zimmerwald voyaient toujours un « camarade » en Messali Hadj. Celui-ci avait envoyé un hommage émouvant à l’assemblée plénière du cercle parisien de Zimmerwald de 1954. Il y promettait de poursuivre son engagement en faveur des travailleurs français « malgré les énormes difficultés qui surgissent parfois et malgré l’incompréhension du peuple français » [37] en faveur du mouvement indépendantiste algérien. Il cherchait le contact avec le mouvement libertaire des travailleurs français afin de nouer une alliance avec les travailleurs immigrés algériens, à l’époque tout de même au nombre de 500 000, dont 150 000 vivaient à Paris et aux alentours et dont la plupart appartenaient au Mouvement national algérien (MNA), son mouvement. Il voulait réduire le risque d’une fracture au sein tant de son organisation que du mouvement syndicaliste français – il s’agissait ici d’une conception de mouvement totalement différente de celle du FLN. Hadj, en désaccord avec un Ferhat Abbas modéré et représentant de la bourgeoisie algérienne, se posait plutôt en rival prolétaire et socialiste du FLN, et indépendant de Nasser au Caire et de l’Union soviétique [38].
Même si le nationalisme algérien de Messali Hadj ne concordait pas avec la pensée de certains camarades du cercle de Zimmerwald et de « la Révolution prolétarienne », en particulier, la critique du nationalisme de Roger Hagnauer [39], le dirigeant du MNA maintint son soutien à l’internationalisme et continua à coopérer avec eux. Rien qu’en France, 4000 Algériens furent tués dans les luttes fratricides entre FLN et MNA. En Algérie même, il y eut des massacres, comme celui de Mélouza, en 1957, dans lequel le FLN extermina 374 sympathisants messalistes [40]. Ce fut en particulier à cette époque que « la Révolution prolétarienne » s’engagea, comme Camus, pour que les autorités coloniales françaises cessent de persécuter Messali Hadj : en octobre 1954 contre l’expulsion de Hadj de France, ensuite contre son arrestation en Algérie [41].

L’avocat de Messali Hadj, Yves Dechezelles, proche de l’entourage de « la Révolution prolétarienne », a, en plus, été très clair lors de sa critique de « l’Algérie hors la loi » de Francis et Colette Jeanson (amis de Sartre), désapprouvant le soutien sans condition de la gauche au FLN. Il importe de rappeler que Francis Jeanson était l’auteur de la critique de « l’Homme révolté » dans « les Temps modernes ». Celle-ci avait conduit à la rupture avec Sartre. C’est avec une grande lucidité que Dechezelles démontre, grâce à de longues citations, que Francis et Colette Jeanson avaient pour seul objectif de discréditer Messali Hadj auquel ils reprochaient contre toute réalité de n’avoir aucune influence, de coopérer avec la police coloniale française et finalement d’être trotskiste. En tenant ces propos diffamants, Jeanson et Sartre suivaient une ligne clairement orthodoxe et stalinienne [42].
La critique de Camus à l’égard du FLN, qui se voulait le seul représentant du mouvement indépendantiste, se perçoit d’autant mieux si l’on prend en compte le combat contre les messalistes. Camus les préférait au FLN, jugé trop autoritaire et centraliste, Messali Hadj entretenant des contacts avec les groupes libertaires en France.
Quand le collaborateur de Camus, Jean de Maisonseul, fut interpellé après l’allocution de Camus en faveur d’une trêve en Algérie, Monatte avait annoncé qu’il pourrait organiser une campagne pour le faire libérer [43].
C’est seulement en tenant compte de ce cadre que la position libertaire de Camus s’offre en alternative à l’Occident capitaliste et à l’Est étatique.

5. Mettre Camus en pratique

Pour conclure, j’aimerais faire une remarque sur l’anarchisme, si on l’oppose au capitalisme et au marxisme. Je ne me considère ni comme un universitaire ni comme un homme de lettres, même si je cherche à écrire avec la plus grande clarté et en collant le plus possible à la réalité : je n’arrive pas à garder l’objectivité qui devrait satisfaire aux exigences scientifiques et d’esthétique littéraire.

Je m’intéresse à Camus sur un plan passionnel et pratique – lire les œuvres du théoricien de la révolte est une inspiration pour la mise en pratique de cette révolte. Le « non » de Camus à l’oppression est un modèle pour mon propre « non » anarchiste et une critique de la violence utilisée contre l’organisation sociale de la RFA : système du chômage, séparation du travail et de la culture, danger croissant du nationalisme et du racisme, xénophobie et expulsion institutionnalisée, État nucléaire toujours présent et armée fédérale sur le pied de guerre. J’interprète le « non » de Camus comme une incitation à s’engager pour la liberté et la révolte contre ce système.

Camus a été un écrivain politique, non, dans le sens de Sartre, comme quelqu’un qui a sacrifié ses propres positions aux nécessités d’un parti ou d’une idéologie, mais dans un sens libertaire en faveur d’une critique de l’idéologie, d’une critique de la violence, d’une critique du nationalisme. Il est difficile de comprendre le fond libertaire de Camus si l’on s’en tient à l’esthétique de son œuvre littéraire.
Les personnages des drames de Camus traduisent bien cet engagement politique : « les Justes », « le Malentendu », « les Possédés », « l’État de siège » ne peuvent pas être compris si l’on ne tient pas compte de son option politique qu’il entend soumettre à débat.

L’expert littéraire de la « Frankfurter Allgemeine Zeitung », Jürg Altweg, a écrit dans « Die langen Schatten von Vichy », paru en pleine phase de renouveau de Camus dans la France intellectuelle des années 1990, au chapitre le concernant : « La critique du totalitarisme par les nouveaux philosophes a provoqué un choc qui a suscité le renouveau de l’intérêt pour Camus, qui s’est maintenu puis amplifié lors de la publication du « Dernier Homme » [44]. »

Nous pouvons nous réjouir en France du renouveau de la pensée de Camus, et en Algérie à cause de la guerre civile, de la réhabilitation de sa position critique sur la violence et le nationalisme du FLN. Cependant, nous devons aussi veiller à éviter que les nouveaux philosophes, apologistes du système, et les conservateurs ne l’instrumentalisent. Présenter Camus seulement comme un des premiers critiques du totalitarisme limiterait sa place au cadre de la guerre froide, ce qu’il a toujours voulu fuir, et négligerait la sensibilité libertaire profonde qui sous-tend son œuvre.

Lou Marin

[1] Lothar Baier, Sankt Albert. « Der Mythos von Camus’Größe vom Entstehen einer modernen Heiligenlegende », dans « SZ am Wochenende », n° 130, « Süddeutsche Zeitung », 8/9, juin 1996

[2] Assia Djebar, « Weißes Algerien », Zürich, 1996

[3] Abdel Wahab Meddeb, « Le partage » dans « Dédale », « Literaturzeitschrift », printemps 1996.

[4] Voir Wolfram Beyer, « Albert Camus – ein Libertärer », dans « Albert Camus, Weder Opfer noch Henker », Schriften des Libertären Forums Berlin, n° 1, édité par Internationale der Kriegsgegner/innen (IDK Berlin), Berlin, 1991 ; Wolfram Beyer, « Albert Camus. Weder Opfer noch Henker », dans « Grasswurzelrevolution Kalender 1991 », Berlin, paru auparavant comme traduction allemande dans « Tintenfaß, Magazin für den überforderten Intellektuellen », édité par Franz Sutter, n° 11, Zürich, 1984, écourté un peu par la rédaction ; Wolfram Beyer/Normann Stock, « Albert Camus. Stichwort für das Lexikon der Anarchie », Berlin/Heidelberg, 1997.

[5] Voir Lou Marin, « Ursprung der Revolte. Albert Camus und der Anarchismus », Heidelberg 1998.8

[6] Voir par exemple le recueil d’articles assemblés par Heinz Robert Schlette, « Wege der deutschen Camus-Rezeption », Darmstadt

[7] Voir Horst Wernicke, « Albert Camus. Aufklärer - Skeptiker - Sozialist, Hildesheim/Zürich/New York, 1984 ; Horst Wernicke, « Albert Camus Novelle, Die Stummen » (1957). « Camus’ politische Positionen in den fünfziger Jahren », dans : Franz Josef Klehr/Heinz Robert Schlette, « Der Camus der fünfziger Jahre », Stuttgart, 1997, pp. 39-52 ; Horst Wernicke, « Geist und Mut. Albert Camus, René Char : Haltungen und Handeln im Widerstand », dans Heinz Robert Schlette, « Erkenntnis und Erinnerung. Albert Camus », Pest-Chronik, Bonn, 1998, pp. 35-36.

[8] Voir Heinz Robert Schlette, « Der Sinn der Geschichte von morgen » « Albert Camus’ Hoffnung », Frankfurt a. M., 1995, p. 27.

[9] Voir « Maurice Laisant condamné » et « Le pacifiste » dans « Albert Camus et les Libertaires », « Volonté anarchiste », 26, Paris, 1984, p. 19 et p. 37

[10] Lire la reproduction électronique de cette revue sur le site de la Presse anarchiste], Pierre Monatte et André Rosmer de « la Révolution prolétarienne », Louis Lecoin de « Défense de l’homme » et de « Liberté », Gaston Leval et Georges Fontenis du « Libertaire », Giovanna Berneri de « Volontà » (en Italie) et José Ester Borràs de « Solidaridad Obrera (en Espagne). Camus avait en outre des contacts avec des journaux anarcho-syndicalistes suédois (« Arbetaren »), allemand (« Die freie Gesellschaft ») et latino-américain (« Reconstruir » en Argentine) [[Voir Lou Marin (note 5), p. 65

[11] Voir Helmut Rüdiger, « Albert Camus als politischer Denker », dans « Arbetaren », Stockholm, n° 2, 1960, en version allemande dans Helmut Rüdiger, « Sozialismus und Freiheit », Münster/Wetzlar, 1978, pp. 146-150, ici p. 148

[13] Ibid, pp. 101-122.

[14] Herbert R. Lottman, « Camus. Eine Biographie », Hamburg 1986, p. 184.

[15] Marin (note 5), p. 36

[16] Ibid, p. 111

[17] Robert Proix, « À Albert Camus, ses amis du Livre », Paris, 1962.

[18] Monatte, cité d’après Lou Marin (note 5), p. 56

[19] Helmut Rüdiger en tant qu’« Observateur » : « Französische Diskussionen über Zimmerwald », dans « Die freie Gesellschaft », n° 29, 3/1952, p. 145.

[20] Charles Jacquier, « Avant-propos », dans Charles Jacquier, « Simone Weil, l’expérience de la vie et le travail de la pensée », Arles, 1998, p. 10

[21] Chiffre trouvé dans les mentions légales de « la Révolution prolétarienne » à l’IISG, Amsterdam, juin 1999

[22] Albert Camus, « L’Europe de la fidélité », dans « la Révolution prolétarienne » n° 351, 5/1951, p. 159

[23] Albert Camus, « Franco, défenseur de la culture ! », dans « la Révolution prolétarienne », n° 364, 7/1952

[24] Albert Camus, « Fragen der Zeit », Reinbeck ,1960, 223.

[25] Ibid. p. 76 ou Albert Camus, « Restaurer la valeur de la liberté », dans « la Révolution prolétarienne », n° 376, 1953, p. 242.

[26] Ibid., p. 77.

[27] Ibid., p. 78

[28] Ibid., p. 80

[29] Albert Camus, « Ehrung eines Verbannten », dans « Fragen der Zeit » (note 24), pp. 83-89, en français : Albert Camus, « Hommage à un journaliste exilé », dans « la Révolution prolétarienne », n° 424, 1/1958, p. 218

[30] Albert Camus, « Ceux qui ont refusé le déshonneur et la désertion », dans « la Révolution prolétarienne », n° 420, 9/1957, p. 170

[31] Albert Camus, « Post Scriptum », dans « la Révolution prolétarienne », n° 424, 1/1958, p. 220.

[32] « Albert Camus et la littérature prolétarienne », dans « la Révolution prolétarienne », n° 447, 2/1960, p. 26

[33] Patrice Rolland, « Simone Weil et le syndicalisme révolutionnaire », dans Charles Jacquier, « Simone Weil, l’expérience de la vie et du travail de la pensée, Arles, 1998, pp. 69-106.

[34] Voir A. Sousbie dans « la Révolution prolétarienne », n° 335, 1/1950, p. 24, voir aussi les analyses théoriques et les explications d’Albertine Thévenon, « Simone Weil que nous avons aimée, quand il était temps », dans « la Révolution prolétarienne », n° 357, 12/1951, p. 379, et la série d’articles d’Andrieux/Lignon : « Simone Weil et la condition ouvrière, dans « la Révolution prolétarienne », n° 367, 11/1952, 317-324 ; n° 368, 12/1952, 355-360 ; n° 370, 2/1953, pp. 33-36.

[35] Jacques Muglioni : « La Révolte contre l’histoire », dans « la Révolution prolétarienne », n° 358, 1/1952, p. 40.

[36] « Albert Camus chez les travailleurs du Livre », dans « la Révolution prolétarienne », n° 424, 1/1958, p. 23.<

[37] Messali Hadj, « Message de sympathie à l’assemblée générale du cercle Zimmerwald à Paris », dans « la Révolution prolétarienne », n° 381, 2/1954, pp. 62 et 64 : « La Vie des cercles ».

[38] Voir Lou Marin (note 5), pp. 141 et 158.

[39] H. Rüdiger, « Französische Diskussion über Zimmerwald » (note 19), p. 147.

[40] Voir Lou Marin (note 5), p. 141 et p. 158.

[41] Déclaration du cercle Zimmerwald sur la déportation de Messali Hadj, dans « la Révolution prolétarienne », n° 401, 12/1955, p. 287 et « Libérez Messali Hadj ! », dans « la Révolution prolétarienne », n° 404, 3/1956, p. 22

[42] Yves Dechezelles, « À propos d’un livre sur l’Algérie : lettre ouverte à Francis et Colette Jeanson », dans « la Révolution prolétarienne », n° 403, 2/1956, p. 45.

[43] Voir Lou Marin (note 5), p. 139

[44] Jürg Altweg, « Die langen Schatten von Vichy », Wien, 1998, p. 193.
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Re: Albert Camus, le libertaire

Messagede vroum le Dim 29 Jan 2012 11:56

4. Albert Camus, compagnon de doute

http://www.lelibertaire.net/article114.html

Comme pour celle des surréalistes, l’action de Camus aux côtés des anarchistes a été durablement occulté par ses commentateurs. Il faut peut-être y voir une manifestation supplémentaire du mépris dans lequel les intellectuels bien-pensants ont longtemps tenu le courant libertaire. Pourtant les preuves de cet engagement ne manquent ni dans son œuvre ni dans sa vie et n’ont pas échappé à quelques auteurs qui en ont fait la démonstration. Au moment de sa disparition en février 1960, la rédaction du Monde libertaire pouvait ainsi rappeler les liens qui l’unissait au célèbre écrivain et rendre hommage à sa fidélité.

Albert Camus, qui au-dessus de tout plaçait l’esprit d’équipe, était notre camarade. Son amitié, qui n’a jamais supposé une adhésion entière à toute les solutions que nous proposons aux hommes, ne s’est jamais relâchée. Sa présence dans nos manifestations, ses contacts avec quelques-uns d’entre nous aux heures difficiles en font foi. [1]

Déjà, en 1948, André Prudhommeaux le présentait, à l’occasion du compte-rendu d’une discussion avec le Cercle des étudiants anarchistes, sous les traits d’un « sympathisant libertaire et qui connaît fort bien la pensée anarchiste ». [2] Camus, lui-même, n’a jamais fait mystère de son attachement à la tradition libertaire. [3] Il ne manque pas dans ses pièces de théâtre ou ses romans d’indices pour étayer cette thèse. Il suffit de citer des oeuvres comme La Peste, L’Etat de siège ou Les Justes pour s’en convaincre. Mais L’Homme révolté constitue sans doute son effort le plus évident dans ce sens. Publié en 1951, aux éditions Gallimard, cet essai contient, en effet, une véritable profession de foi anarchiste. En étudiants les incarnations successives de la révolte historique, artistique ou métaphysique, Camus révèle une ligne de démarcation entre la mesure et la démesure, l’hédonisme et le nihilisme, en d’autres termes, entre le socialisme libertaire et le socialisme autoritaire. Par le choix de ses exemples : Netchaiev, Bakounine, Stirner, Nietzsche, Lautréamont, Dostoïevski, les dandys ou les surréalistes, autant que par son propos, le livre s’inscrit tout à fait dans une problématique libertaire. Comment faire la révolution en évitant le recours à la terreur ? La dernière partie intitulé « La pensée du midi », fait d’ailleurs ouvertement référence au syndicalisme révolutionnaire et au mouvement anarchiste.

Le jour, précisèment, où la révolution césarienne a triomphé de l’esprit syndicaliste et libertaire la pensée révolutionnaire a perdu, en elle-même, un contrepoids dont elle ne peut, sans déchoir, se priver. (...) L’histoire de la Ière Internationale où le socialisme allemand lutte sans arrêt contre la pensée libertaire des Français, des Espagnols et des Italiens, est l’histoire des luttes entre l’idéologie allemande et l’esprit méditerranéen. La commune contre l’Etat, la société concrète contre la société absolutiste, la liberté réfléchie contre la tyrannie rationnelle, l’individualisme altruiste enfin contre la colonisation des masses, sont alors, les antinomies qui traduisent, une fois de plus, la longue confrontation entre la mesure et la démesure qui anime l’histoire de l’Occident, depuis le monde antique. [4]

Elle se poursuit sur le même ton par un vibrant appel à une résurrection de l’anarchisme qui offrirait à ses premiers combattants une revanche posthume.

La pensée autoritaire, à la faveur de trois guerres et grâce à la destruction physique d’une élite de révoltés, a submergé cette tradition libertaire. Mais cette pauvre victoire est provisoire, le combat dure toujours. [5]

Une invitation que la rédaction du Libertaire pouvait difficilement refuser. A la question « le révolté de Camus est-il des nôtres ? » [6], Georges Fontenis répond par l’affirmative mais reproche à l’écrivain de ne pas avoir assez insisté sur l’Espagne ou l’Ukraine et de présenter Bakounine sous les traits d’un nihiliste endurci, en faisant abstraction de sa penséee et de son action spécifiquement anarchiste. Il ne se console qu’en admettant que le livre contient d’amirables pages. La réception du livre par le secrétaire général de la F.A. paraît d’autant plus mesurée qu’elle intervient au moment de la polémique provoquée par la publication de L’Homme révolté. Tandis que les surréalistes reprochent au livre ses conceptions artistiques, la gauche marxiste condamne ses positions politiques. Dans ce contexte, les libertaires apparaissent comme ses alliés les plus sûrs, peut-être les seuls qui ne risquent pas de dénaturer son message. Aussi, la semaine suivante, la critique de Jean Vita [7] dans Le Libertaire sera-t-elle nettement plus chaleureuse.

Gaston Leval, qui connaissait pourtant Camus depuis 1945, offre une réception beaucoup plus réservée à l’ouvrage. Dans une série d’articles [8], il entreprend une défense de Bakounine dont L’Homme révolté dressait un portrait trop caricatural à son goût. Inauguré au mois de mars, le feuilleton se poursuit jusqu’à la fin du mois d’avril sans que jamais le ton de la critique ne vire à la polémique. Contrairement aux surréalistes, Gaston Leval conserve toute son amitié à Camus et n’hésite pas à faire de lui un disciple de Bakounine qui s’ignore.

L’étude de Leval donne à Camus l’occasion de s’exprimer dans Le Libertaire. Au lieu de réfuter les arguments de son critique, il proteste de sa bonne foi et admet, à propos de Bakounine, avoir un peu forcé le trait. Il fera rectifier dans les rééditions l’un des passages incriminé par Leval. Mais Camus en profite surtout pour renouveler son engagement libertaire tout en en précisant les limites.

(...) c’est par la déification de Marx que le marxisme a péri. La pensée libertaire, à mon sens, ne court pas ce risque. Elle a, en effet, une fécondité toute prête à condition de se détourner sans équivoque de tout ce qui, en elle-même et aujourd’hui encore reste attaché à un romantisme nihiliste qui ne peut mener nulle part. C’est ce romantisme que j’ai critiqué, il est vrai, et je continuerai de le critiquer, mais c’est cette fécondité qu’ainsi j’ai voulu servir. [9]

L’adhésion à l’anarchisme d’une personnalité comme Camus était inespérée pour les militants de la F.A. Mais au delà de la notoriété de l’écrivain et du philosophe, elle leur fournissait surtout un soutien théorique. L’Homme révolté est apparu, dès sa publication, comme une des oeuvres essentielles de la pensée libertaire contemporaine. En établissant une filiation entre Netchaiev, qui avait collaboré avec Bakounine, et Lénine, Camus mettait l’accent sur la tentation nihiliste de l’anarchisme. La pensée libertaire, à moins d’allier l’humanisme à la révolte, pouvait servir de tremplin à la dictature. Pour éviter cet écueil, il proposait une morale pratique qui correspondait assez bien à l’idéologie de nombreux libertaires d’alors. Dans une période difficile pour le mouvement, c’était l’espoir d’une remise en question et la promesse de lendemains meilleurs.

La seule passion qui anime L’Homme révolté est justement celle de la renaissance. En ce qui vous concerne, vous gardez le droit de penser, et de dire, que j’ai échoué dans mon propos et qu’en particulier je n’ai pas servi la pensée libertaire dont je crois pourtant que la société de demain ne pourra se passer. J’ai cependant la certitude qu’on reconnaîtra, lorsque le vain bruit qu’on fait autour de ce livre sera éteint, qu’il a contribué, malgré ses défauts, à rendre plus efficace cette pensée et du même coup à affermir l’espoir, et la chance, des derniers hommes libres. [10]

Si la thèse de L’Homme révolté ne pouvait qu’emporter l’adhésion des libertaires, son exposé sur la révolte artistique devait tout aussi inévitablement déplaire au groupe surréaliste. En dépit de la polémique déjà évoquée avec André Breton, les deux hommes se conservent une estime réciproque. Dans L’Homme révolté, Camus rendait hommage à la persévérance de Breton et saluait au passage le seul écrivain de son époque « à avoir parlé profondément de l’amour ». [11] Ils devaient se retrouver souvent dans le combat politique aux côtés des militants anarchistes. Au delà de positions esthétiques opposées, les surréalistes et Camus se rejoignaient dans la lutte contre tous les totalitarismes qu’ils soient d’obédience réactionnaire ou « révolutionnaire ».

Au moment où Albert Camus révélait dans L’Homme révolté son attachement à la tradition libertaire, il entrait en conflit avec Sartre et le groupe des Temps Modernes. C’était une raison supplémentaire pour les anarchistes d’admirer l’auteur de L’Etranger et de prendre sa défense. Depuis quelques années déjà, le climat des relations entre Sartre et Camus tournait à l’orage. En mai 1952, un article de Francis Jeanson intitulé « Albert Camus ou l’âme révoltée » [12] ouvre les hostilités. Dédaignant l’auteur de l’article, Camus répondit directement dans une lettre, datée du 30 juin 1952, à l’attention du directeur de la revue. Il s’attache à démonter les arguments de son contradicteur et dénonce sa mauvaise foi. Limitée au point de vue du marxisme orthodoxe, la critique de Jeanson a volontairement passé sous silence les références au syndicalisme révolutionnaire. « La Ière Internationale et le mouvement bakouniniste, encore vivant parmi les masses de la C.N.T. espagnole et française, sont ignorés ». [13] Son inquisiteur ne se donne même pas la peine de contredire ses arguments mais prétend l’excommunier définitivement. Camus ne cache pas son écoeurement devant de telles méthodes.

(...) je commence à être un peu fatigué de me voir, et de voir surtout de vieux militants qui n’ont jamais rien refusé des luttes de leur temps, recevoir sans trêves leurs leçons d’efficacité de la part de censeurs qui n’ont jamais placé que leur fauteuil dans le sens de l’histoire. [14]

Dans sa réponse publiée dans le même numéro, Jean-Paul Sartre faisait le constat d’une rupture définitive. L’intellectuel engagé qui avait protesté contre l’existence des goulags dans sa revue Les Temps modernes ne pouvait plus admettre qu’on mette en doute le Parti communiste même sous prétexte de dénoncer la terreur dans la révolution. Une fois de plus le message libertaire de Camus est passé sous silence. Son propos est réduit à une critique humaniste du marxisme, moyen facile pour pouvoir l’accuser de faire malgré lui le jeu de la droite.

Si L’Homme révolté et la polémique qui suivit sa parution éclairent l’adhésion idéologique de Camus à l’anarchisme, ils ne doivent pas occulter son action proprement militante. La fonction d’Albert Camus est aussi celle d’un intellectuel engagé qui signe des pétitions, fait des discours dans les meetings antifranquistes, lance des appels au profit de militants emprisonnés, témoigne dans les procès et participe au comité de rédaction d’une petite revue libertaire, Témoins. Il y cotoie Gaston Leval, Pierre Monatte ou André Prudhommeaux. [15] Mais sa collaboration à la presse anarchiste ne s’arrête pas là puisqu’on retrouve son nom dans un certain nombre de journaux comme La Révolution prolétarienne, avec laquelle il entretient de très bons rapports [16], Solidaredad obrera, et plus tard, Le Monde libertaire.

La participation active de Camus au mouvement est avant tout orientée en direction de l’Espagne et des pays du bloc communiste. Il est, en 1948, en compagnie de nombreux militants libertaires et syndicalistes révolutionnaires, l’un des fondateurs des Groupes de liaison internationale (G.L.I.) qui s’étaient donné pour but de venir en aide aux victimes des régimes totalitaires par l’envoi d’une aide matérielle et l’échange d’informations. [17] Son souci du sort réservé aux opposants de Staline et de Franco survit à la dissolution des G.L.I. en 1950. Mais la situation en Espagne est désormais au centre de ses préoccupations et l’oblige à prendre position publiquement à plusieurs reprises. Il multiplie les discours en hommage à la révolution espagnole [18] et Le Libertaire du 26 juin 1952 [19] peut publier une lettre d’Albert Camus dans laquelle celui-ci explique les raisons de son refus de collaborer avec l’U.N.E.S.C.O. Il ne pouvait tolérer la présence du représentant de l’Espagne franquiste dans cet organisme international.

Nous pourrions recenser encore d’autres interventions de Camus aux côtés des libertaires comme son soutien aux militants pacifistes, le 3 et le 9 décembre 1948 par exemple, à la Salle Pleyel pour défendre l’aviateur de l’US Air Force Garry Davis qui se déclarait « citoyen du monde » ou en faveur de Louis Lecoin et de son journal Liberté dans la campagne pour l’obtention du statut d’objecteur de conscience. En outre, il n’hésita pas à mettre en jeu sa propre notoriété pour tenter de faire cesser des poursuites ou d’alerter l’opinion publique. Son témoignage au procès de Maurice Laisant n’empêchera pas la condamnation du secrétaire à la propagande des Forces libres de la Paix. Il lui avait pourtant rendu un vibrant hommage dans sa déposition :

Il me semble impossible que l’on puisse condamner un homme dont l’action s’identifie si complètement avec l’intérêt de tous les autres hommes. Trop rares sont ceux qui se lèvent contre un danger chaque jour plus terrible pour l’humanité. [20]

L’appel dans le numéro de L’Express du 8 novembre 1955 en faveur de Pierre Morain, militant anticolonialiste, eu plus d’efficacité. En plus de prendre la défense des jeunes devant la justice, Camus manifestait également une grande déférence pour les vieux militants qu’il pouvait rencontrer comme Rirette Maîtrejean qui avait fréquenté la Bande à Bonnot.

Dans le mouvement libertaire, Albert Camus passe moins pour un compagnon de route que pour une sorte de maître à penser, si cette expression n’était pas totalement inappropriée pour des anarchistes. Elle conviendrait mieux à des commissaires politiques de la trempe de Louis Aragon ou Jean Paul Sartre. D’ailleurs, pour les libertaires comme pour beaucoup d’autres, Camus a fini par représenter une sorte d’anti-Sartre, de la même manière qu’André Breton faisait figure de négatif d’Aragon. Dans la préface à la brochure de Teodosio Vertone sur la pensée et l’action de Camus dans la mouvance libertaire, Roger Dadoun insiste sur cette antinomie.

Quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse Sartre est du côté des pouvoirs, qu’à sa manière tortueuse ou « dialecticienne », il conforte et révère [tandis que Camus] s’attache à préserver, de toute son énergie, ce qu’on pourrait nommer l’écart libertaire : juste la distance, ou la juste distance, qui permet à l’individu de ne pas se faire l’agent actif ou le complice d’une domination. [21]

Ce n’est pas le moindre de ses mérites, Camus est l’un des rares intellectuels que les compagnons pourront ranger dans leur camp dans le conflit qui les oppose aux marxistes. Comme le fera Michel Foucault dans les années soixante dix [22], il leur fournit les outils théoriques nécessaires au renouvellement de la pensée libertaire. Il les exorte surtout à ne pas céder à la tentation du romantisme nihiliste qui constitue la part maudite de l’idée anarchiste.

[1] « Albert Camus et les chemins difficiles », Le Monde libertaire n°57, février 1960, repris in Albert Camus et les libertaires, Antony, éd. du groupe Fresnes-Antony de la Fédération anarchiste, coll. « Volonté anarchiste » n°26, 1984, p. 30-32. Selon Pascal Pia qui l’avait connu en 1938 à la rédaction de L’Ager républicain, les sympathies de Camus allaient déjà « aux libertaires, aux objecteurs de conscience, aux syndicalistes à la Pelloutier, bref à tous les réfractaires », cité par C. Jaquier dans la notice qu’il lui a consacré pour le D.B.M.O.F., op. cit.

[2] André Prunier, « Discussion avec Albert Camus », Le Libertaire n°134, 18 juin 1948.

[3] Tout en refusant d’adhérer formellement à ce qui pourrait ressembler à un parti anarchiste. « Est-ce qu’on peut faire le parti de ceux qui ne sont pas sûrs d’avoir raison ? Ce serait le mien », « Dialogue pour le dialogue », Défense de l’homme, juillet 1949. Cette position est comparable à celle de Michel Foucault qui n’acceptait le qualificatif d’anarchiste malgré la proximité de ses thèses avec celles du courant libertaire. Voir sur ce point : Salvo Vaccaro, « Foucault et l’anarchie » in La Culture libertaire, op. cit., p. 123-138.

[4] Albert Camus, L’Homme révolté, Paris, Gallimard, coll. Folio / Essais, 1985, p. 372-373

[5] Ibid., p. 374.

[6] Georges Fontenis, « Le révolté de Camus est-il des nôtres ? », Le Libertaire n°296, 4 janvier 1952.

[7] Jean Vita, « Albert Camus. Un témoin de la liberté », Le Libertaire n°251, 12 janvier 1951.

[8] Gaston Leval, « Bakounine et L’Homme révolté d’A. Camus », Le Libertaire du n°308, 28 mars 1952, au n°311, 18 avril 1952.

[9] Albert Camus, « Révolte et romantisme », Le Libertaire n°318, 5 juin 1952.

[10] Ibid.

[11] Albert Camus, L’Homme révolté, op. cit. p. 130.

[12] Francis Jeanson, « Albert Camus ou l’âme révoltée », Les Temps modernes, mai 1952.

[13] Albert Camus, « Lettre au directeur des Temps modernes », Les Temps modernes n°82, août 1952, repris sous le titre « Révolte et servitude » in Albert Camus, Essais, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, 1990, p. 754-774.

[14] Ibid.

[15] Cf. Teodosio Vertone, L’Œuvre et l’action d’Albert Camus dans la mouvance de la tradition libertaire, Lyon, A.C.L., 1985.

[16] Cf. Raymond Guilloré, « Albert Camus et nous », La Révolution prolétarienne, février 1960.

[17] Cf. Roger Lapeyre, « Sur une activité d’Albert Camus », Le Monde libertaire n°57, septembre 1960 repris in Albert Camus et les libertaires, op. cit., p. 41-44.

[18] Discours anniversaire de la Guerre d’Espagne au Meeting des Amis de l’Espagne républicaine, juillet 1951 repris dans Témoins, été 1954 et « L’Espagne et la culture », discours à la Salle Wagram du 30 novembre 1952.

[19] Le Libertaire n°321, 26 juin 1952.

[20] « Agression gouvernementale contre les Forces Libres de la Paix. Maurice Laisant condamné », Le Monde libertaire n°5, février 1955, article reproduit in Albert Camus et les libertaires, op. cit., p. 19-21

[21] Roger Dadoun, « Camus et l’âme de la révolte », décembre 1984, in Teodosio Vertone, L’Œuvre et l’action d’Albert Camus dans la mouvance de la tradition libertaire, op. cit., p. 8.

[22] Cf. Michel Onfray, Politique du rebellle, Paris, Grasset, coll. « Figures », 1997, p. 169-201.
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Re: Albert Camus, le libertaire

Messagede vroum le Dim 29 Jan 2012 12:33

Lou Marin : Camus et les libertaires

Débat organisé par le Groupe La Sociale de la FA - Rennes


en 4 parties :







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Re: Albert Camus, le libertaire

Messagede vroum le Dim 29 Jan 2012 13:55

Albert Camus : l'Homme, la révolte, la révolution et le syndicalisme

Réflexions de Maurice Joyeux


« Le Syndicalisme comme la Commune est la négation, au profit du réel, du centralisme bureaucratique et abstrait » Albert Camus in L'Homme révolté .

Nous sommes au temps du meurtre, les meurtriers sont juges et l'innocent accusé. Camus veut comprendre et d'abord il va poser le problème du meurtre :

« Puis-je tuer les autres ? Et à cette question il va répondre -il le fera sans sensiblerie inutile- dans la peine capitale, il a très nettement déclaré : Je suis aussi éloigné que possible de ce mol attendrissement où se complaisent les humanitaires et dans lequel les valeurs et les responsabilités se confondent, les crimes s'égalisent, l'innocence perd finalement ses droits ». Et il rejoint le mouvement ouvrier révolutionnaire.

L'Homme Révolté est l'œuvre capitale de Camus. On l'affleure dans les revues, on l'ignore à la télévision, à la radio. Mais qu'est-ce que la révolte ? La révolte c'est d'abord le refus de l'homme d'être ce qu'il est. Une négation de l'absurde qui le confine dans une position dégradante. Une volonté de transformation des êtres et des choses. Un refus de la divinité. Mais écoutons Camus : « Le révolté au : sens étymologique, fait volte face. Il marchait sous le fouet du maître. Le voilà qui fait face. Il oppose ce qui est préférable à ce qui ne l'est pas. » Et Camus va analyser dans son ouvrage la révolte moteur de l'Histoire.

La révolte métaphysique est la révolte absolue. Elle s'affirme dans Stirner qui balaie toutes les certitudes et qui est la négation de tout ce qui nie l'individu et l'exaltation de tout ce qui l'exalte » pour se poursuivre à travers Nietzsche et le nihilisme. Puis elle débouche sur la révolte littéraire née avec Sade et qui enjambant le romantisme se prolongera vers le surréalisme. Camus a très exactement situé la révolte littéraire, insolente. Excentrique, exhibitionniste, stérile, qui débouche sur le conformisme et dont Rimbaud qui finira trafiquant attaché à son bien, est la plus probante illustration.

La révolte historique qui enfante la révolution est la suite logique de la révolte métaphysique. La révolte était innocence, refus d'accepter ou plutôt négation de la condition imposée, exhalation du droit. La révolution : « c'est l'effort pour imposer l'Homme en face de ce qui le nie » ; « La révolution est l'insertion de la révolte dans l'Histoire » ; «La révolte tue les hommes qui s'opposent au bon droit » dit Camus. La révolution détruit les hommes et les principes, ajoute-t-il, c'est la raison pour laquelle il n'y a pas eu de véritables révolutions dans l'histoire. » Et il en tire rapidement les conclusions qui s'imposent en écrivant : Gouvernement et révolution sont incompatibles en sens direct car tout gouvernement trouve sa plénitude dans le fait d'exister, accaparant les principes plutôt que les détruire. Tuant les hommes pour assurer la continuité du césarisme. Mais tuer les hommes ne mène à rien qu'à tuer encore. Pour faire triompher un principe, c'est un principe qu'il faut abattre, Et au terrorisme d'Etat, arme du gouvernement révolutionnaire, la révolte qui se veut révolution en faveur de la vie oppose la mesure qui garantit l'innocence du meurtrier et assume la responsabilité de l'acte devant l'Histoire. » Et de ce thème qui est au centre de la pensée révolutionnaire, il devait cette pièce magnifique : « Les Justes qui a donné à la révolte sa limite. »

Le cercle est bouclé, la révolte définie ses limites tracées, elle est l'état naturel de l'homme qui a pris conscience de l'absurde. Elle est l'innocence que confère le droit. Elle refuse d'ériger le meurtre en principe de gouvernement. Elle est réalité en ce sens qu'elle oppose la vie à l'abstraction politique. Elle dénonce la prophétie qui enserre l'homme dans un devenir inéluctable. Pour elle, l'homme est tout et les moyens doivent plier devant son exigence. La révolte protège la révolution, de la violence systématique, du calcul, du mensonge, du silence imposé.

Leur rapport est total ou alors la myslification commence. La révolution devient césarienne « Devenue impériale, la révolution est dans l'impasse. Si elle ne renonce pas à ses principes faux pour revenir aux sources de la révolte, elle signifie seulement le maintien pour plusieurs générations d'une dictature totale sur des centaines de mi1lions d'hommes » Et dans cet ouvrage qui devrait être une bible pour le mouvement syndical libre, Camus se refusait à sacrifier des générations pour des constructions abstraites. Il se vouait collant à la vie. Comment ?

Dans sa conclusion de « L'Homme Révolté », et la pensée de Midi, il allait nous le dire : « Alors quand la révolution, au nom de la puissance de l'Histoire devient une mécanique meurtrière et démesurée, une nouvelle révolte devient sacrée au nom de la mesure et de la Vie ».

La proposition que nous fait Camus repose sur deux constatations : Le monde est absurde et lorsque l'homme en prend conscience, il débouche alors sur la révolte. Toute l'œuvre de Camus tient en cette évidence qu'il a analysée dans ses deux essais.

Il reprendra le problème dans L'Etranger , le roman de l'absurde, dans La Peste , le roman des révoltes intimes des êtres contre ce qu'ils sont et qui refusent d'être lorsqu'ils sont placés devant l'absurdité, en l'occurrence un fléau. Il sensibilisera sa pensée dans son théâtre. Il essaiera à travers un récit magnifique par la forme, La Chute, de dégager une morale de sa constatation.

Mais pour Camus, essentiellement homme d'action et homme d'équipe, l'analyse doit déboucher sur le réel, sur la vie, Il a débroussaillé le chemin. Une question reste posée : Sur quoi débouche la révolte ? Il va y répondre clairement.

« Quant à savoir si une attitude -la Révolte- trouve son expression politique dans le monde contemporain. il est facile d'évoquer et ceci n'est qu'un exemple, ce qu'on appelle; traditionnellement : le Syndicalisme révolutionnaire. Ce syndicalisme même, n'est-il pas inefficace ? La réponse est simple : c'est lui qui en un siècle a prodigieusement amélioré la condition ouvrière depuis la journée des seize heures jusqu"à la semaine de quarante heures. L'empire idéologique lui, a fait revenir le socialisme en arrière et détruit la plupart des conquêtes du syndicalisme. C'est que le syndicalisme partait de la base concrète, la profession qui est à l'ordre économique ce que la commune est à l'ordre politique, la cellule vivante sur laquelle l'organisme s'édifie, tandis que la révolution césarienne part de la doctrine pour y faire rentrer de force, le réel. Le syndicalisme comme la commune, est la négation au profit du réel du centralisme bureaucratique et abstrait. La révolution du vingtième siècle au contraire, prétend s'appuyer sur l'économie mais elle est d'abord une politique et donc idéologie. Elle ne peut, par fonction. éviter la terreur et la violence faite au réel ».

Que voulez-vous donc monsieur Camus ? Se sont écriés un certain nombre d'intellectuels de gauche, après avoir lu L'Homme Révolté . Ce que veut Camus, c'est la libération de l'Homme de l'absurde. Son moyen, c'est la révolte et son expression la plus achevée : Le Syndicalisme révolutionnaire. Camus repousse les idéologies abstraites. Il veut rester avec l'homme qui travaille. Il veut participer à la grande aventure de sa libération. Les formes que prend son syndicalisme peuvent être discutées à l'intérieur de notre famille spirituelle, mais elles font partie d'un tout qu'on nomme le Syndicalisme. Elles s'insèrent dans un contexte « Le monde du Travail ».

Camus est le seul des grands écrivains contemporains et peut être le seul de tous les écrivains qui se sont penchés sur le problème social, à avoir universalisé le syndicalisme. Il lui a donné ses lettres de noblesse. Il l'a sorti du ghetto où les « idéologues distingués » le maintiennent. De cette force d"appoint des partis, de cette courroie de transmission des politicien. Camus en a fait l'outil de la libération contre l'absurde.

Camus est de chez nous. Camus est à nous. La révolution césarienne, touchée au visage par l'œuvre magistrale d'Albert Camus, sentant le danger qu'il représentait pour elle, a voulu le chasser du monde ouvrier. Autre part des spiritualités fatiguées par des divinités de carton pâte le guettent. Il faut se dresser contre les prétentions des uns et des autres.

La place de l'écrivain magnifique qui a écrit : " Les pensées révoltées, celles de la Commune ou du syndicalisme révolutionnaire n'ont cessé de nier le nihilisme bourgeois comme le socialisme césarien", est parmi nous.

Camus est mort depuis cinq ans. Le monde de la pensée, tout en exaltant l'écrivain. étend un voile pudique sur ce qui fut l'essentiel de sa pensée. Mais nous les travailleurs, les syndicalistes libres, nous porterons, Camus dans les usines, dans les bureaux, sur les chantiers, afin de réconcilier la révolte et la révolution à travers la mesure et la conscience.

Maurice Joyeux, in Le Monde libertaire année 1965
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Re: Albert Camus, le libertaire

Messagede nano le Lun 30 Jan 2012 12:05

Vroum ou SARKO II

La récup de Camus pour masquer les errements lambertiste d’un membre du groupe « La Sociale de Rennes ».

Cheïtanov écrivait le Sam 7 Jan 2012 09:59
./viewtopic.php?p=121703 - p121703./viewtopic.php?p=121703 - p121703
Sur la vidéo de Bajoteria...
La gars qui parle et qui dit donc l'influence lambertiste et en est fier se nomme Fabrice et vient de Rennes.
Or, la personne qui signe les articles pro-FO dans le ML se nomme... Fabrice, du groupe... La Sociale de Rennes. D'ailleurs ses articles reprennent mot pour mot le discours du gars de la vidéo, et ce sont sûrement une seule et même personne.
Besoin de preuves plus concrètes ??????


Jean jacques – ex producteur des émissions pour Radio libertaire "Les Partageux de la Commune" et "ni maître ni dieu" censurée pour refus de cautionner les dérives racistes, homophobes, sexistes, handiphobes, autoritaires, politiciennes… de mandatés de la FA .
Communiqué lu avant l’émission pendant 4 semaines:
http://orailec.free.fr/Rlib/Ni_maitre_ni_dieu_27_03_2011_a.mp3
nano
 
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Re: Albert Camus, le libertaire

Messagede tatave le Lun 30 Jan 2012 12:17

nano a écrit:Vroum ou SARKO II

La récup de Camus pour masquer les errements lambertiste d’un membre du groupe « La Sociale de Rennes ».

Toute la gauche a essayé de récupérer Camus (les communistes entre autres).
Ce qui est interrogeable c'est ce besoin de se trouver des idoles, des gens à vénérer chez les anars.
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Re: Albert Camus, le libertaire

Messagede nano le Lun 30 Jan 2012 15:55

Cette recherche d’idoles n’est pas une démarche d’anars, idem pour la duplicité d’affilié du groupe La Sociale de Rennes.
D’autant que c’est plus la FA actuelle que Albert Camus qui a besoin de ces ablutions.
Il est sûr que Vroum aurait viré Camus de la FA.

Jean jacques – ex producteur des émissions pour Radio libertaire "Les Partageux de la Commune" et "ni maître ni dieu" censurée pour refus de cautionner les dérives racistes, homophobes, sexistes, handiphobes, autoritaires, politiciennes… de mandatés de la FA .
Communiqué lu avant l’émission pendant 4 semaines:
http://orailec.free.fr/Rlib/Ni_maitre_ni_dieu_27_03_2011_a.mp3
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Re: Albert Camus, le libertaire

Messagede vroum le Lun 30 Jan 2012 20:33

Les camps d'esclaves sous la bannière de la liberté, les massacres justifiés
par l'amour de l'homme ou le goût de la surhumanité, désemparent, en un
sens, le jugement. Le jour où le crime se pare des dépouilles de
l'innocence, par un curieux renversement qui est propre à notre temps, c'est
l'innocence qui est sommée de fournir des justifications. L'ambition de cet
essai serait d'accepter et d'examiner cet étrange défi.
-> albert Camus



Ten years after, détour par Lourmarin,
hommage et rétrospective concis !
Goin' home, révolté !

=> C'est dispo à l'accastillage pour écoute en mp3, par là :
**********************************************************
http://2doc.net/29ibq

ou

http://www.mediafire.com/?3msmylgdw0t
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Re: Albert Camus, le libertaire

Messagede Denis le Lun 30 Jan 2012 23:10

nano a écrit:Il est sûr que Vroum aurait viré Camus de la FA.


là , j'avoue, j'ai ri

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Re: Albert Camus, le libertaire

Messagede vroum le Lun 30 Jan 2012 23:32

nano a écrit:Il est sûr que Vroum aurait viré Camus de la FA.


En même temps il faut comparer ce qui est comparable Nano n'est pas Camus ou alors il a vraiment la grosse tête
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Re: Albert Camus, le libertaire

Messagede herope le Mar 31 Jan 2012 02:06

Albert Camus n'a jamais été libertaire que certains le récupère pour d'obscures raisons : question ? car entre sa position sur L'Algérie (en gros chacun de son côté ! Le Nobel , le show-bizz etc.....
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Re: Albert Camus, le libertaire

Messagede nano le Mar 31 Jan 2012 12:36

de vroum a écrit le Lun 30 Jan 2012 22:32
nano a écrit:Il est sûr que Vroum aurait viré Camus de la FA.

En même temps il faut comparer ce qui est comparable Nano n'est pas Camus ou alors il a vraiment la grosse tête


Oui, tout comme toi tu n'es pas le capitaine du Costa Concordia

Au même titre que Vroum n’est pas la FA, Philippe n’est pas la FA…

Ce même vroum écrivait le Jeu 20 Oct 2011 13:31
Pas de quartier ! Oui la FA va interdire l'autogestion et vroum et ninja (qui n' a pas choisi son pseudo au hasard !) sont mandatés pour liquider les autogestionnaires jusqu'au dernier !
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Y va descendre jusqu'où le mandaté aux relations intérieures de la FA?
Jusqu'au Titanic?

Petit détail, Vroum-Julien (ou peut-être Ninja) pourrait nous donner son avis sur les 5 ou 6 groupes qui ont proposé, lors du 68e et dernier Congrès de la Fédération anarchiste réuni les 11, 12 et 13 juin 2011 à Corbigny, d’exclure de la FA et de Radio libertaire ceux qui feraient la promotion de l’autogestion…
Cela est acté dans le « BI » d’octobre soit 4 mois plus tard.
Les dérives imposées à la FA par quelques « abrutis » de pouvoir discréditent cette assos, il serait souhaitable qu’elle n’entraîne pas l’idée libertaire.

Au vu des quelques 31 250 connexions sur le topic « La voix de ses maîtres » créé par Denis le Sam 2 Avr 2011, je me questionne, et d’autres, quant à ta présence virtuelle sur un forum fréquenté par des individus anarchistes ou intéressés par le projet de société libertaire que j’ai propagé pendant une vingtaine d’années sur Radio libertaire et plus précisément au travers de l’émission « ni maître ni dieu » durant 15 ans et censuré par 3 mandatés avec 3 motifs différents.
Si tu n’étais pas un « abruti » tu comprendrais que non content de te discréditer avec tes interventions tu entraînes avec toi la FA, car à ce jour tu est toujours mandaté aux « Relations intérieures » de cette orga.
Abruti : « Un individu est un libre penseur, quand il pense a posteriori, après examen, en partant toujours de connaissances physiques. Dans le cas contraire, nous l’appelons abruti.
Exemple: En tant que Bactériologiste Pasteur était libre penseur, anarchiste, etc..
En tant que croyant, Pasteur était un abruti: il acceptait la foi, parce que la foi est la foi.
En tant que citoyen, Pasteur était également un abruti: il se refusait à raisonner. Il acceptait la loi a priori, parce que ‘la loi est la loi’
» (Paraf Javal, septembre 1905)

Et je ne suis pas le seul à m’interroger sur ta présence dans des milieux libertaires :
anouchka écrivait le Ven 13 Jan 2012 15:59
….
qu'il y ait à la FA des individus qui aient des pratiques peu anarchistes (comme le pouvoir autoattribué par un individu (vroum en l'occurrence) d'exclure qui bon lui semble sans même prendre l'avis du reste de l'organisation!) c'est avéré, et même reconnu par celui qui pratique cet abus de pouvoir (sur le mode "oui, j'exclus qui j'ai envie et si t'es pas content c'est le même prix!).
que d'autres individus (une dizaine sur des centaines d'adhérent(e)s) approuvent et appuient ces pratiques, c'est tout aussi avéré (et tout aussi désolant).
que cette dizaine d'individus se soient organisés pour commettre ces abus (en meute, en complot lambertiste...) en revanche ça reste à prouver.


Que l’on te « garde » à la FA discrédite totalement cette orga.
Même si, et malgrè la règle de l’unanimité qui rend responsable chaque affilié de l’autre, certains persistent encore à dire, comme cet ancien Secrétaire général (eh oui « Mon général ») qu’un affilié n’est pas la FA.
A moins que la FA soit le Titanic de l’anarchie, de mémoire des groupes avaient fait des réunions publiques sur ce thème.
Est-ce que le « capitaine » du Costa Concordia est mandaté à la FA ?

Jean jacques – ex producteur des émissions pour Radio libertaire "Les Partageux de la Commune" et "ni maître ni dieu" censurée pour refus de cautionner les dérives racistes, homophobes, sexistes, handiphobes, autoritaires, politiciennes… de mandatés de la FA .
Communiqué lu avant l’émission pendant 4 semaines:
http://orailec.free.fr/Rlib/Ni_maitre_ni_dieu_27_03_2011_a.mp3
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Re: Albert Camus, le libertaire

Messagede vroum le Mar 31 Jan 2012 12:57

c'est quoi le rapport avec le sujet du topic ?
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Re: Albert Camus, le libertaire

Messagede vroum le Mar 31 Jan 2012 20:30

Dans l'autre pièce, Rateau regardait la toile, entièrement blanche, au
centre de laquelle Jonas avait seulement écrit, en très petits caractères,
un mot qu'on pouvait déchiffrer, mais dont on ne savait s'il fallait y lire
*solitaire* ou *solidaire.
-> albert Camus



=> C'est dispo à l'accastillage pour écoute en mp3, par là :
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http://bit.ly/hUmMsL

ou

http://www.mediafire.com/?3gw6frab35ca945
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Re: Albert Camus, le libertaire

Messagede nano le Mer 1 Fév 2012 13:17

C'est quoi le rapport de ta pub sur Camus avec tes procédés?
Même si certains ont dépassé le stade du langage articulé, il ne comprennent pas forcément ce qu'ils lisent.
Essaie de relire, ou de lire en suivant avec ton doigt, le "discours de Stockholm"...
T'est à l'image de ton maître Sarko, comme lui tu tentes une récup sur Camus et plus tu causes plus tu t'enterres.

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Re: Albert Camus, le libertaire

Messagede vroum le Mer 1 Fév 2012 22:36

Il s'agît de savoir si l'innocence, à partir du moment où elle agit, ne peut
s'empêcher de tuer. Nous ne pouvons agir que dans le moment qui est le
nôtre, parmi les hommes qui nous entourent. Nous ne saurons rien tant que
nous ne saurons pas si nous avons le droit de tuer cet autre devant nous ou
de consentir qu'il soit tué. Puisque toute action aujourd'hui débouche sur
le meurtre, direct ou indirect, nous ne pouvons pas agir avant de savoir si,
et pourquoi, nous devons donner la mort.
-> albert Camus



=> C'est dispo à l'accastillage pour écoute en mp3, par là :
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http://bit.ly/nsn7FW

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http://www.mediafire.com/?21135o7d64u5h02
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Re: Albert Camus,

Messagede herope le Jeu 2 Fév 2012 02:19

LE Monsieur te dit Albert n'est pas libertaire !
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Re: Albert Camus, le libertaire

Messagede nano le Jeu 2 Fév 2012 18:12

vroum a écrit le Lun 30 Jan 2012 22:32

nano a écrit:
Il est sûr que Vroum aurait viré Camus de la FA.

En même temps il faut comparer ce qui est comparable Nano n'est pas Camus ou alors il a vraiment la grosse tête


Lequel des deux serait libertaire pour Vroum?

« Quiconque nie l’autorité et le combat est anarchiste. » ( Sébastien Faure )

Aucun des cinq (herope, vroum, camus, faure, nano)

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Re: Albert Camus, le libertaire

Messagede vroum le Ven 3 Fév 2012 22:27

La côte entière est prête au départ, un frémissement d'aventure la parcourt.
Demain, peut-être, nous partirons ensemble.
-> albert Camus


=> C'est dispo à l'accastillage pour les mirettes en pdf, par là :
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