Le gauchisme post-moderne en débat

Débats politiques, confrontation avec d'autres idéologies politiques...

Le gauchisme post-moderne en débat

Messagede Protesta le Mar 19 Avr 2016 21:46



Le gauchisme post-moderne en débat


[*]«Aujourd’hui une poignée d’autonomes et d’anars nourris à l’insurrectionnisme le plus naïf font quasiment office de porte-parole
autoproclamés des idées libertaires, et tout le monde semble d’accord pour qu’ils continuent leur petite entreprise de sabotage inconscient.
«On n’entend qu’eux dans les médias alternatifs avec leur "hauts faits d’armes" et leurs "barricades héroïques" qu’ils ont dressées là où la domination les attendait depuis des mois. Jusqu’au prochain "contre-sommet", où ils nous remettront une couche de "faut tout péter" sans en avoir jamais les moyens. C’est quoi ces types?
«C’est quoi leur but ? Se construire leur propre mythe ? A qui, à quoi servent réellement leurs "actions"? Quel enseignement en tirent-ils?
Qu’ils sont les super warriors /résistants de l’époque ? Pour moi c’est juste une version viriliste du Bisounours qui croit encore naïvement que
ces démonstrations sont "de force" alors qu’ils sont pilotés et/ou canalisés depuis des plombes par leurs adversaires (et non, ce n’est pas défaitiste
de considérer la puissance adverse comme énorme). Dans cette société de contrôle que nous dénonçons quotidiennement, oui l’adversaire est tout
puissant et nos marges de manœuvres faibles, et particulièrement "risibles" sur le terrain de la confrontation par la force.»[*]
Un internaute anonyme sur Rebellyon. info, le 5 novembre 2008

Pourquoi avons-nous choisi d’utiliser l’expression gauchisme post-moderne pour nommer cette partie? «Gauchisme» parce que ce courant se veut plus radical que les partis de gauche traditionnels et que l’extrême gauche trotskyste. Et post-moderne parce qu’il reprend un certain nombre de thèmes du postmodernisme appliqué aux sciences sociales. Les études culturelles (ce que les Anglosaxons appellent les «cultural and gender studies» et qui consistent à «déconstruire» les discours des «mâles blancs occidentaux» sexistes et colonialistes), l’environnement, l’écologie, les «nouveaux mouvements sociaux» sont les sources d’inspiration et les sujets de réflexion des intellectuels postmodernes. Ils ne s’intéressent ni à la division du travail, ni aux classes sociales ni à l’exploitation capitaliste, ni à la destruction de l’Etat, questions «ringardes», selon eux.

Les intellos postmodernes conçoivent «le monde social comme un enchevêtrement de flux» et se passionnent pour les «micro-pouvoirs».
Leur hostilité aux Lumières, au marxisme et au rôle de la classe ouvrière, leur scepticisme face à la science et au rationalisme, le rôle déterminant
qu’ils accordent aux différentes formes d’oppression (raciale, sexuelle, familiale, etc.) les rapprochent politiquement des anarchistes, des libertaires voire des autonomes; à part le courant de l’Autonomie ouvrière italienne1, courant peu connu en France, et n’ayant pas eu d’équivalent dans les usines et les quartiers de l’Hexagone. C’est ainsi que l’on peut constater, dans le vocabulaire des radicaux-spontanéistes, de nombreux emprunts de thèmes et de concepts à l’idéologie post-moderne. Il est probable que les «gauchistes» post-modernes français récuseront d’autant plus violemment une telle appellation que le post-modernisme n’a pas été la cible de violentes critiques des marxistes, comme cela s’est passé dans le monde académique anglo-
saxon, où tout ce beau monde s’est retrouvé en concurrence et a dû se battre férocement pour l’attribution de chaires dans les universités. Sur le
plan philosophique, le gauchisme post-moderne gaulois prospère sur les ruines intellectuelles des compagnons de route du mao-spontanéisme
(Foucault) et de ses avatars post-soixante huitards (MLF, FHAR, etc.), du situationnisme (Debord, Vaneighem), voire même de quelques idées
prises chez un ex de Socialisme ou Barbarie (Lyotard). Ce courant protéiforme va bien au delà du mouvement anarchiste traditionnel, d’autant plus qu’il rejette ou ignore, le plus souvent, l’histoire du mouvement ouvrier et ses grandes tendances. Ses adeptes combinent un certain nombre de thèmes à la mode depuis une trentaine d’années pour créer leur propre cocktail idéologique en utilisant la totalité ou une partie des ingrédients suivants:
–l’écologie et son catastrophisme apocalytique;
–la fin des idéologies (qui se traduit par une aversion pour le marxisme et un relativisme antirationaliste);
–un féminisme ignorant les oppositions de classe;
–une aversion pour la «société de consommation»(qui aboutit souvent à une sorte d’élitisme et de mépris pour les prolos «aliénés par la marchandise et la télé»), dénonciation d’autant plus absurde que les seules «victimes» d’une éventuelle surconsommation se trouvent dans la petite bourgeoisie (traditionnelle ou salariée), et non chez les ouvriers, les salariés précaires, les chômeurs et les RMIstes;
–la valorisation acritique des «cultures indigènes» du Sud (parfois teintée de mysticisme);
–le tiersmondisme(et une indulgence particulière pour les nationalismes et les régimes dictatoriaux du Sud);
–une défiance, voire un mépris, vis-à-vis de tout discours centré sur la classe ouvrière (qui s’accompagne souvent de la dénonciation de l’«ouvriérisme»);
–une apologie du «précariat» qui ignore les intérêts sociaux opposés au sein de cette catégorie souvent plus statistique que sociale, du moins
dans les pays du Nord;
–une indifférence à la question des droits démocratiques au nom d’un amalgame plus ou moins assumé théoriquement entre démocratie, fascisme et dictature (cf. l’usage de concepts comme «démocrature», «totalitarisme soft», «total-démocratie», etc.);
–un rapport au politique centré sur le «festif», l’accomplissement des «désirs» et l’épanouissement individuel dans les activités de résistance et de désobéissance généralisée au Capital et à son Etat;
–et même parfois une référence positive à l’autogestion, vieux mythe que l’on croyait définitivement enterré, grâce aux échecs retentissants des autogestions yougoslave et algérienne et à la façon dont ce thème avait été utilisé par la CFDT et le PS dans les années 70. Cette partie de la revue commence par le Manifeste pour une désobéis-sance générale, texte moins connu que L’Appel ou L’insurrection qui vient, mais dans lequel le lecteur retrouvera la plupart des thèmes du gau-chisme post-moderne évoqués ci-dessus. La discussion à propos de L’insurrection qui vient et de Les mouvement sont faits pour mourir que nous reproduisons ci-après a eu lieu par écrit avec plusieurs étudiants et ex-étudiants entre décembre 2008 et février 2009. Elle est donc un peu hé-térogène au niveau du style des interventions mais, à l’heure où le gouvernement Sarkozy tente de criminaliser certains éléments dits «ultra-gauches» ou «anarcho-autonomes» (termes passe-partout, délibérément choisis pour s’appliquer à peu près à n’importe quel partisan de l’action directe) en obligeant l’extrême gauche électoraliste à choisir le camp de l’Etat et à se démarquer de toute action violente, il peut être utile de s’interroger de façon critique sur le contenu de certains discours politiques «radicaux», tels qu’on les retrouve dans des tracts, sur des sites Internet ou dans deux livres assez représentatifs de ces tendances confuses, et aussi sur leur réception chez les jeunes et plus spécifiquement chez les étudiants. Le débat est ouvert.


Ni patrie ni frontières


1
On lira à ce sujet un livre d’Emilio Mentasti, traduit et publié en 2009 aux Nuits rouges:
La Garde rouge raconte. La comité ouvrier de la Magneti Marelli, 1975-1979
"Salut Carmela, je suis chez FIAT! Je vais bien... Si,Si, nous pouvons parler tranquillement, c'est Agnelli qui paye!"
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