Abstention record au premier tour des municipales

Débats politiques, confrontation avec d'autres idéologies politiques...

Abstention record au premier tour des municipales

Messagede bajotierra le Lun 24 Mar 2014 21:02

L'abstention a atteint dimanche un niveau jamais vu au premier tour des municipales avec plus de 38 %, nouvelle marque de la désillusion des électeurs à l'égard de la politique. À 1 heure lundi, le taux d'abstention calculé par le ministère de l'Intérieur sur près de 23 millions de bulletins dépouillés s'élevait en métropole à 38,72 %. Lors des précédentes élections municipales, en 2008, l'abstention avait déjà atteint un record historique, à 33,46 % avec une participation de 66,54 % au premier tour, et à 34,80 % au second tour (participation de 65,20 %). Depuis 1988, tous les scrutins, excepté la présidentielle, ont vu l'abstention progresser.

Trois instituts de sondage, l'Ifop-SAS pour i>Télé, CSA pour BFM TV et Ricoh, et TNS Sofres-Sopra, estimaient en fin d'après-midi le taux de participation final à 65 % des inscrits, soit un taux d'abstention de 35 %. Harris Interactive pour M6 évaluait de son côté cette participation à 64,9 %, soit 35,1 % d'abstention. OpinionWay chiffrait l'abstention à 36 %. Ipsos/Steria pour France Télévisions, Radio France, Le Monde, Le Point, LCP/Public Sénat annonçait, pour sa part, une abstention nationale de 39,5 %.

"Certains électeurs ont exprimé, par leur abstention ou leur vote, inquiétudes, voire doutes", a réagi le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. "Tous les responsables politiques" devraient entendre le message de l'abstention "trop élevée" au premier tour", a lancé le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, ajoutant que "rien n'est joué" pour son camp pour le second tour. Comme Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls, le porte-parole du PS, David Assouline, a appelé à "mobiliser les abstentionnistes de gauche", à "tout faire pour empêcher" le FN "de conquérir des villes". Le vice-président de l'UMP Brice Hortefeux a estimé que l'"érosion importante de la participation" aux municipales n'était pas seulement due à de la "lassitude", mais aussi au "mécontentement" des Français. Radical, Olivier Besancenot (NPA) a affirmé que l'abstention démontrait que "le système politicien est carbonisé".

Disparités importantes


La participation a montré des disparités importantes selon les régions. Dans plusieurs villes d'Ile-de-France, l'abstention a été particulièrement forte, comme à Stains (Seine-Saint-Denis, 61,05 %), aux Mureaux (Yvelines, 57,37 %) ou à Créteil (53,91 %). À Paris, la participation s'est élevée à 56,51 %, un résultat globalement stable par rapport à 2008, mais avec dans le détail une moindre mobilisation des bastions de gauche. À Marseille, l'un des points chauds du scrutin, l'abstention était évaluée à plus de 46 %. La désaffection pour les isoloirs a été particulièrement marquée dans le Nord : Roubaix a battu tous les records, avec une abstention de 61,58 %, suivie de peu par ses voisines Tourcoing (55,11 %) et Lille (52,56 %).

En revanche, les villes qui ont le mieux voté sont essentiellement situées dans le Sud-Est, comme Dignes (31,64 %), Fréjus (31,53 %), Sorgues (31,26 %) ou Saint-Gilles (28,58 %). À noter que le Front national a réalisé quelques-uns de ses meilleurs résultats dans ces villes.

Outre-mer, la participation était de 48,98 %, contre 58 % il y a six ans, à La Réunion. En Guadeloupe, elle était de 22,97 % à midi, heure locale, au lieu de 23,03 %. En Martinique voisine, elle était de 23,67 % à 11 h 45, au lieu de 16,75 % en 2008. Mais à Mayotte, le plus jeune des départements, elle a fait un bond de presque 10 points, à 67,80 %, à rebours de la tendance dans l'Hexagone.

Désillusion


Lhoumois, une commune rurale des Deux-Sèvres qui avait eu aux municipales de 2008 le plus fort taux de participation de France (94 %), s'est encore distinguée en votant en masse, mais sans faire aussi bien. Ce village de 145 habitants a affiché 96 votants sur 113 inscrits, soit 84,96 % de participation.

"Cette hausse de l'abstention reflète un rejet du personnel politique, amplifié par les dernières affaires", a estimé Frédéric Dabi (Ifop). "Mais elle illustre également la désillusion des électeurs à l'égard de la capacité des politiques de pouvoir changer les choses." Même analyse pour Ipsos/Steria. Selon une enquête réalisée juste avant le scrutin, les personnes qui n'étaient pas certaines de voter - les jeunes étant les plus nomrbeux - donnaient deux raisons principales : parce "que ces élections ne changent rien à leur vie quotidienne" (44 %) et "pour manifester leur mécontentement à l'égard des hommes politiques en général" (39 %).


Des résultats proches de ceux d'une enquête réalisée dimanche par Harris Interactive : outre le fait qu'ils n'étaient pas à l'endroit où ils sont inscrits sur les listes électorales (44 %), les abstentionnistes n'ont pas voté parce que "cela ne changera pas grand-chose à leur vie quotidienne" (28 %) et parce qu'ils n'ont "pas confiance dans les responsables politiques" (24 %).

http://www.lepoint.fr/municipales-2014/ ... 7_1966.php
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Re: Abstention record au premier tour des municipales

Messagede Die blaue Blume le Lun 24 Mar 2014 21:54

Hourrah. :drapA:


En revanche, les villes qui ont le mieux voté sont essentiellement situées dans le Sud-Est, comme Dignes (31,64 %), Fréjus (31,53 %), Sorgues (31,26 %) ou Saint-Gilles (28,58 %). À noter que le Front national a réalisé quelques-uns de ses meilleurs résultats dans ces villes.



Pour renverser un sophisme trop connu des anarchistes, on peut clairement dire qu’en incitant les individu-e-s à voter, les votard-e-s contribuent à augmenter le score du FN, une argument à décocher à nos « ami-e-s » d’extrême-gauche. Le vote nationaliste est un vote massif et d’adhésion et pas seulement grossi par les abstentionnistes. Qui a déjà eu l’occasion de se rendre dans ces communes a déjà pu se frotter à ce fascisme méridional explicite.
Tous les partis combattent l'abstentionnisme, mais aucun comme le parti socialiste, lequel se rend bien compte qu'il ne tient le peuple sous sa tutelle que par le mensonge du suffrage universel. Libertad
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Re: Abstention record au premier tour des municipales

Messagede Lehning le Lun 24 Mar 2014 23:10

Bonsoir !

Voui et comme par hasard c'est le coin de Denis et Béatrice...

Salutations Anarchistes !
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Re: Abstention record au premier tour des municipales

Messagede bajotierra le Mar 25 Mar 2014 13:18

les votard-e-s contribuent à augmenter le score du FN,


Bien vu !
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Re: Abstention record au premier tour des municipales

Messagede Pavillon Noir le Mer 26 Mar 2014 10:46

http://fa86.noblogs.org/?p=11276

[Poitiers] Et le grand vainqueur est… l’abstention !

Et le grand vainqueur est… L’abstention !

Youpi ! Avec 47,81% des inscrit.e.s à Poitiers, soit une belle progression de plus de 4,5%. Un “record”, paraît-il. Voilà de quoi redonner le sourire et l’espoir dans le bon sens humain !

Et pour celles et ceux qui s’en indigneraient, monté.e.s sur leurs ergots citoyennistes, appelant au “vote utile” ou au “barrage citoyen contre les idées fascistes”, je me contenterais de les renvoyer à cette discussion, déjà publiée sur notre blog. http://fa86.noblogs.org/?p=10871 S’ils et elles ont d’autres arguments à opposer à notre refus d’être représenté.e.s, à notre refus de désigner quelqu’un pour nous dire à notre place ce que nous devons faire et contraindre les autres à faire pareil, je les lirai avec attention… ou pas.

L’abstention : c’est le seul chiffre qu’on citera aujourd’hui. Laissons donc, dans un grand rire, politicard.e.s et journalistes pérorer sur les autres chiffres à virgule, sur les “victoires”, les “reculs”, les “implantations”, les “pentagulaires” et “quadrangulaires”, et autres interprétations piteuses d’une réalité qui leur échappe et leur échappera toujours, la nôtre, après tout c’est leur beurre.

Toutes les listes pouvaient bien afficher des façons différentes de gérer la misère économique, politique et affective, mais elles avaient toutes en commun le même leitmotiv : aller voter ! Ne pas s’abstenir ! Lutter contre “l’ennemi” abstentionniste ! Comprenons-les, les pauvres : on verrait certes mal ces candidat.e.s gérer le capitalisme, si personne ne leur donnait la légitimité nécessaire pour décider politiquement à la place de tout le monde, à la façon dont le Capital nous exploite et décide pour nos activités.

Si on compte toutes celles et tous ceux qui ne prennent même plus la peine de s’inscrire sur les listes électorales, sans oublier les “étrangers” extra-communautaires vivant ici, sans oublier non plus les prisonniers privés de droits civiques, on dépasse confortablement la moitié des habitant.e.s. qui n’ont pas voté ce dimanche. Comme quoi, la sainte “majorité absolue” légitimant la domination d’une clique sur tout le monde, est bel et bien du vent, comme elle l’a toujours été et le sera toujours. De quelque couleur qu’il ou elle soit, le ou la maire aura été “élu.e” avec une petite minorité de voix.

Nous sommes tou.te.s des minorités. L’argument de la “majorité” est toujours celui du grégaire, du suivisme, de l’autoritarisme, de la non-pensée, de la résignation, de l’unité fictive du “peuple”, du déni de la multiplicité humaine et des expériences complexes qui tissent notre quotidien réel.

On m’objectera que les gens qui s’abstiennent le font pour des raisons très différentes, et sont loin d’être tou.te.s anarchistes. Et bien ? encore heureux, mazette. Par colère, par ennui, par pied-de-nez, parce qu’on s’en branle, parce que ce week-end on préfère taquiner le poisson, faire risette avec une.e amant.e, faire la fête avec des potes… Nous avons tou.te.s des raisons et des motivations différentes d’envoyer aux orties la “représentativité”, c’est-à-dire le renoncement consenti à notre puissance d’agir. Et c’est tant mieux ! Et puis, un monde sous “programme anarchiste”… quel non-sens, quand l’anarchisme c’est partir de nous-mêmes, de la multiplicité de nos situations réelles, pour nous émanciper mutuellement, en nous fédérant librement, plutôt qu’en nous enfermant. Contrairement à ces candidat.e.s ayant l’étrange et pompeuse prétention de considérer “le peuple” comme une masse uniforme à faire paître dans l’enclos de leur triste vision étriquée, de leur programme en X points de suture sur la plaie béante que laissent Etat, Capital et Patriarcat sur nos vies, nous aimons la multiplicité, nous ne parlons pas au nom des autres car nous refusons qu’on parle en notre nom… nous ne revendiquons que notre subjectivité assumée.

Reste que s’abstenir, ça ne change rien, pas plus que de voter… si nous nous refusons à vivre nos rêves, nos désirs, nos idées ! Et là mes ami.e.s, y’a du boulot pour faire ravaler leur morgue aux chefs de tout poil, qui nous enterrent au quotidien. Une fois le cirque électoral passé et “l’élu(e)” couronné(e), espérons qu’on se remettra à lutter ensemble au jour le jour. Car au-delà des fausses divisions politiciennes, les puissants continuent leur lutte des classes, et nous en mettent plein la gueule, faut bien le reconnaître. Pendant que les médias nous servent leur sitcom électoral tricolore avec un aplomb tragi-comique, la révolte gronde, en Argentine, au Venezuela, en Grèce, en Espagne, en Ukraine, à Taïwan et ailleurs, les appels à solidarité abondent. Pendant que les têtes de liste crient à tue-tête “on va ga-gner”, ici même à Poitiers (voire “on a ga-gné” avec 15% des voix exprimées !), des gens continuent de se battre pour leur gueule et celle de leurs camarades, pour gagner vraiment le droit de vivre ici, d’avoir un toit, d’avoir de quoi bouffer, de s’exprimer librement, de renvoyer l’oppression policière, judiciaire, sexiste, raciste, patronale dans les cordes.

Abstention oui, mais abstention active !

Juanito, Pavillon Noir, 25 mars 2014

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Re: Abstention record au premier tour des municipales

Messagede bajotierra le Sam 29 Mar 2014 17:01

La question du FN


Tract de la CNTAIT34 distribué Jeudi a Béziers


Les échéances électorales arrivent, les partis républicains vont être tentés de critiquer Ménard. Cependant , ces critiques ne sont pas émises dans l’intérêt populaire mais seulement dans un objectif électoraliste.


Avec l'approche des élections, les partis bourgeois, systématiquement, brandissent un danger fasciste pour s'en servir d'épouvantail et nous pousser à voter pour eux. Ce système représentatif est une mascarade.Il vise à nous faire croire que notre choix électoral aura un impact important sur les politiques qui seront menées. Comme si ce processus électoral n'avait pas déjà prouvé son incapacité à changer quoi que ce soit pour nous ! Quel que soit le parti porté au pouvoir par les élections, il continuera à mettre en place un plan d'austérité et nous continuerons à subir l'exploitation patronale et la répression ! Tous appartiennent au même camp, celui de la bourgeoisie, tous servent le capitalisme !


Les partis qu'ils soient de gauche ou de droite condamnent moralement l'idéologie fasciste mais n'explique jamais pourquoi le racisme va à l'encontre des intérêts des travailleurs.


Or, le fascisme, c’est la dictature ouverte et terroriste des capitalistes les plus chauvins et les plus réactionnaires sur les travailleurs. Il est instauré en cas de danger révolutionnaire ou pour mobiliser le peuple pour la guerre. C’est du capitalisme que naissent naturellement les idées réactionnaires, les groupes fascistes.


La gauche tente d’agiter le spectre d’un hypothétique danger fasciste et la nécessité de sauvegarder la démocratie bourgeoise et son processus électoral en votant pour elle. C’est sur un combat d’arrière garde qu’elle nous amène. Car l’étape, aujourd’hui, est la lutte pour détruire le capitalisme et le pouvoir de la bourgeoisie, la lutte pour la révolution.


Que faire alors ?


Il est important de s'organiser pour nous défendre contre le fascisme, mais il ne faut surtout pas se cantonner à la critique « antifa » mais aussi et surtout à la critique du système capitaliste qui crée tous ces dangers idéologiques.
La lutte contre les fasciste n'est qu'une partie de la lutte des classes .


« La dictature c'est ferme ta gueule, la démocratie c'est cause toujours »


CNTAIT34 cnt-ait34@outlook.fr

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Re: Abstention record au premier tour des municipales

Messagede Pavillon Noir le Sam 29 Mar 2014 17:26

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Re: Abstention record au premier tour des municipales

Messagede bajotierra le Sam 29 Mar 2014 17:35

ah oui merci pour le lien ... et les carmélites , quel spectacle !
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Re: Abstention record au premier tour des municipales

Messagede vroum le Dim 30 Mar 2014 15:21

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Re: Abstention record au premier tour des municipales

Messagede bajotierra le Mer 2 Avr 2014 15:07

Abstention massive : pourquoi les anarchistes ratent-ils le coche ?

Alors que l'anarchisme est le seul courant politique à prôner l'abstention, les anarchistes sont devenus quasi muets, on ne nous entend plus. Nous serions pourtant les seuls à pouvoir donner un sens politique à ce phénomène de masse... Mais non, nous nous taisons. Certains vont jusqu'à considérer qu'il faudrait remettre en cause ce principe même ( voir à ce sujet un article du dernier numéro du Monde libertaire) alors que nous devrions êtres en pleine campagne abstentionniste, alors que devraient fleurir, candidats abstentionnistes, meetings, tracts devant les bureaux de vote et que se passe-t-il ? Silence radio !
On peut applaudir aujourd'hui au suicide politique du PS, que ce parti disparaisse et nous en en réjouiront mais nous, anarchistes, faisons-nous mieux ? Ce n'est pas certain, n'est-ce pas un suicide politique de ne pas jouer le rôle qui devrait être le notre ?
Les classes populaires s'abstiennent pour manifester leur désaccord avec le système en place, devons nous attendre que des politiciens assez retords apparaissent pour les amener à voter à nouveau ?
Que nos mots d'ordre comme l'abstention deviennent des évidences politiques pour des millions de travailleurs et nous restons à observer, à attendre l'arme au pied. L'histoire ne repasse pas les plats plusieurs fois. Les organisations politiques lorsqu'elles ne sont pas à la hauteur des enjeux doivent se réveiller ou alors se dissoudre et disparaître, constatant qu'elles ne servent à rien et laisser la place à du neuf, en phase avec les nouvelles formes de l'expression populaire


http://endehors.net/news/abstention-mas ... s-le-coche
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Re: Abstention record au premier tour des municipales

Messagede totto le Jeu 3 Avr 2014 00:11

bajotierra a écrit:La question du FN

Tract de la CNTAIT34 distribué Jeudi a Béziers

(...) Car l’étape, aujourd’hui, est la lutte pour détruire le capitalisme et le pouvoir de la bourgeoisie, la lutte pour la révolution.

Cool ! :v:
J'avais dû rater quelques étapes, je m'étais pas rendu compte qu'on en était déjà à celle là! :trinque:
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Re: Abstention record au premier tour des municipales

Messagede bajotierra le Jeu 3 Avr 2014 12:19

c'est vrai que le terme d'étape est mal choisi ..
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Re: Abstention record au premier tour des municipales

Messagede vroum le Ven 11 Avr 2014 09:14

Mairies FN : stop ou encore ?

http://www.monde-libertaire.fr/antifasc ... -ou-encore

À l’issue des élections municipales des 23 et 30 mars 2014, on peut affirmer que le paysage politique est chamboulé. Une abstention record, une gauche alternative au PS désunie et affaiblie, un parti de gouvernement battu à plate couture, une droite qui se refait une santé jusqu’à la prochaine fois… et, surtout, un courant post-fasciste qui progresse nettement.
Outre les identitaires de la Ligue du Sud de l’ex-mégretiste Bompard qui remportent trois mairies dans le Vaucluse 1, le Front national va gérer dix villes dont Béziers ou le VIIe arrondissement de Marseille. Les résultats obtenus vont aussi lui donner plus d’un millier d’élus qui vont siéger dans les conseils municipaux. C’est évidemment une situation inédite. La précédente poussée de fièvre pour ce parti, dans les années 1990, ne lui avait donné « que » quatre villes (Saint-Gilles, Toulon, Vitrolles, Marignane) ; toutes les gestions avaient été calamiteuses, certaines s’écourtant (Saint-Gilles) ou finissant au tribunal pour prises illégales d’intérêt (les époux Mégret). Comment cette situation s’est-elle installée et comment influer sur elle ?

Discours simplistes et manipulations
Pour les analyses, elles furent déjà répétées par les grands journaux. Sans nous étendre, donc, rappelons que le malaise social s’exprime sur fond de chômage de masse croissant : celui des plus de cinquante ans explose, celui des jeunes s’allonge dans le temps. Il y a entre cinq et neuf millions de personnes pauvres. Selon la dernière étude connue, en 2011, 146 000 ménages ont été assignés en justice pour impayés de loyer ou défaut d’assurance. Et les mal-logés sont nombreux. Les organismes publics ou associatifs qui déploient encore des filets de secours sont débordés. Une crise morale s’installe à grande échelle. On reproche à d’autres victimes de la crise du capitalisme ce que l’on n’a plus ou pas : du travail, des conditions de vie décente, un avenir. Le patronat fait pression sur les protections sociales, les syndicats et le mouvement social n’ont plus les moyens de bien résister. Les explications simplistes de l’extrême droite mordent et les manipulations vont bon train.

Politiquement, le FN occupe le terrain en glanant à gauche le social et à droite le conservatisme en se réclamant de tous les déclassés français. Bref, il a un discours qui louvoie. Il entretient une attitude faussement « rebelle » contre « l’establishment » bourgeois, les institutions nationales et européennes, et ceux qui en bénéficient, en avançant une image trompeuse de rupture politique, économique, du local à l’échelon européen. Et tant pis si l’image d’Épinal d’une France française, à l’abri derrière ses frontières, est un mensonge, car elle n’a jamais existé.

Partis déclassés et atonie sociale
Dans le même temps, les plongées en eaux profondes des crises économiques et politiques sont de plus en plus fréquentes. De récents sondages et l’abstention expriment à quel point tous les partis politiques sont déclassés dans l’opinion publique. Les scandales de corruption, d’écoutes téléphoniques, de fraudes électorales, de cumuls des fonctions politiques… ne font qu’alimenter la machine électorale frontiste.

En face, nous savons que les ripostes sociales tendent à s’affaiblir, à la fois par manque de crédit aux syndicats, par manque de solidarités sociales et de classes, par peur, et aussi par manque de débouchés politiques. Les épiphénomènes NPA et Front de gauche ne semblent pas tenir dans la durée.

Une certaine influence d’idées conservatrices parvient au cœur même de la gauche politique ou intellectuelle. Elle est en perte totale de repères, de projet, tant du point de vue politique que sociétaire, et donc en panne sèche de stratégies. D’ailleurs, l’abstention massive des dernières élections a surtout sanctionné des partis à gauche, qu’ils soient « à gauche de la gauche » ou dans le marécage du PS. Les succès actuels de l’extrême droite doivent aussi beaucoup au contexte d’un Hollande incapable d’apporter des lendemains qui chantent, mais aussi à une contre-révolution réactionnaire dont le socle fut à la fois les protestations de rue contre la loi sur le mariage pour tous et toutes et le succès désolant de pseudo-comiques développant des sentiments antisémites et des théories complotistes, toujours liées à des sphères politiques réactionnaires 2.
Les réponses apportées jusque-là contre le FN ont toutes montré inefficacité et échec, à terme. Globalement, ce qui apparaît, c’est que les barrages moraux, fondés sur des connaissances historiques, ne nous sont pas d’un grand recours : la mémoire des drames du fascisme s’estompe, se banalise et même se nie ! L’antisémitisme et le racisme, l’homophobie ou l’antiféminisme, ont retrouvé des partisans. Les jeunes générations sont tentées d’essayer, par les urnes, ce qui a échoué avec les choix politiques de leurs aînés.

Des modes libertaires d’intervention
Ces terribles et partiels constats nous renvoient encore une fois le lancinant : que faire ? Nous avons le choix entre la fuite, teintée d’un réalisme sombre, sans espoir, qui consiste souvent à rester isolé, ne pas – ou ne plus – s’impliquer dans la vie sociale ou politique (advienne que pourra) et faire comme si rien n’avait changé : le monde change, mais moi je ne change pas. Réconfortant, mais peu utile dans la réalité quotidienne… Une autre solution consisterait à se repositionner et à contribuer à prendre place dans la lutte sociale et politique contre les ravages sociaux, humains et écologiques du capitalisme qui trouve dans les populismes en Europe ou en Turquie des compléments politiques qui ajoutent une dimension supplémentaire aux crises systémiques. Deux types d’intervention s’ouvrent alors à nous. L’un, c’est le débat d’idées. Une société française à qui on martèle depuis trente ans que l’émancipation sociale, c’est has been, et que les immigrés sont fautifs des malheurs des travailleurs « français », et depuis quinze ans qu’il faut « liquider l’héritage de Mai 68 », devient partiellement autiste. En même temps que nous subissions le rouleau compresseur des crises capitalistes, une réelle contre-révolution était à l’œuvre, de façon désordonnée, mais qui s’exprime fortement aujourd’hui. C’est une lutte à ne pas délaisser car la bataille des idées influe aussi sur les pratiques sociales et les objectifs d’émancipation. Ou leur absence.

Autre intervention nécessaire : celle sur le terrain. Nous bénéficions déjà d’un certain recul sur les pratiques des élus municipaux frontistes des années 1990. Même si le FN 2014 a appris de ses erreurs, nous savons déjà que la première promesse des frontistes, c’est de faire baisser les impôts. Ils vont donc justifier les liquidations des associations culturelles et sociales par ce biais. De la même façon, ils vont sans doute mener une bataille contre les personnels des mairies et leurs syndicats. Aujourd’hui, il semble que le FN fait profil bas et ne souhaite pas, a priori, « idéologiser » ses gestions municipales. En clair, il ne fera pas de politique, mais de la gestion !

Bien entendu, sa gestion sera politique ; mais elle devra paraître neutre. Ainsi Bompard à Orange est-il perçu comme un bon petit père de famille qui prend soin des sous de ses administrés, pas comme un identitaire. Mais il faut, là aussi, apprendre du passé. Il faut durer dans l’opposition à la mise en œuvre des idées post-fascistes, et surtout décrypter les buts poursuivis, les groupes sociaux touchés. Le mouvement social n’a plus les capacités des batailles frontales dures qui eurent lieu dans les années 1990 à Toulon, Vitrolles.

Donc, nous avons tout intérêt à nouer des relations avec des syndicats, des associations locales, des personnes dans ces communes, afin de comprendre les enjeux et les finalités. Il y a là un travail de contacts, de réseaux (syndicaux), d’accompagnement à faire prioritairement dans des communes où le lien associatif est souvent très faible ou à renouveler. Nos journaux ou nos radios peuvent s’ouvrir pour faire connaître les réalités et les résistances à l’œuvre. Et nous pouvons décliner nos idées forces et nos propositions pratiques. Il faut rompre avec les logiques institutionnelles qui dépolitisent et rendent dépendants du pouvoir politique (subventions, délégations aux partis politiques…), les représentations politiques toutes en faillite, et donner de la place et du temps à la recherche de nouvelles formes de résistances populaires 3 autour ou dans ces communes. Nous savons créer et animer des espaces collectifs autogérés, aux pratiques horizontales et sans subventions, en toute autonomie ; nous savons fonctionner en réseau ou lien fédératif ; nous savons comment mettre en œuvre des réunions publiques, des événements contre-culturels, autant de noyaux possibles de résistance sociale et politique. Nos modes d’action et notre philosophie peuvent trouver des débouchés. L’adversité peut parfois générer des réactions surprenantes…

Ne pas rester sur la défensive
La Fédération anarchiste ne doit pas rester sur la défensive. Nous sommes nous aussi impactés par la crise du politique, la perte des repères, le refus de changer le monde, la fascination techno-consumériste, le cynisme et le désengagement du « tous pourris ». Les litanies du libéralisme comme fin de l’histoire, de la fin des idéologies, de l’individualisme ultralibéral… agissent à bien des niveaux et justifieraient de tourner le dos à l’action sociale, syndicale… ou anarchiste.

Si nous voulons prendre pied dans la lutte de solidarité avec ceux et celles qui vont devoir supporter le FN au quotidien, il va nous falloir faire preuve de disponibilité ; que nous acceptions de nous décloisonner, de sortir d’un isolement organisationnel et d’un discours trop souvent rodés, sans remises en question. Nos outils de communication, notre culture politique spécifique et notre pratique de terrain peuvent être proposés et trouver un regain d’écoute ; nos groupes, du travail de terrain politique. Nous pouvons valoriser l’importance d’établir une contre-société à l’échelle de la commune, à partir de collectifs solidaires, groupes contre-culturels, critiques, qui pourront apporter des réponses libertaires plausibles à partir d’alternatives autogérées, anticapitalistes, égalitaires et… antifascistes. Dans cet objectif, le réseau des lecteurs du Monde libertaire et des auditeurs de Radio libertaire doit nous aider à prendre pied dans ces communes à gestion frontiste. Tous ensemble, tous ensemble…

Daniel Vidal

1. Orange, Bollène et Camaret-sur-Aigues.
2. Lire à ce sujet Le Monde libertaire hors série n° 54, « Le silence des pantoufles », toujours en kiosques.
3. Par opposition aux professionnels de la politique et de la représentation.
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Re: Abstention record au premier tour des municipales

Messagede Lehning le Sam 12 Avr 2014 03:51

Bonsoir !

Pas mal l'article de Daniel mais il me semble qu'il manque une analyse de l'abstentionnisme ou plutôt de qui sont les abstentionnistes et leurs motivations. (Leurs motivations étant un élément très important).
Le sont-ils/elles devenu-e-s ? Ont-ils/elles jamais eu de carte d'électeur-trice ? Pourquoi ne vont-ils/elle plus voter ? L'ont-ils/elles jamais fait ?

Pour moi, les abstentionnistes sont intéressants pour le mouvement anar. J'y vois un potentiel de personnes susceptibles (il n'y a pas que des pêcheurs à la ligne là-dedans) d'être proche du mouvement anarchiste , ayant pour certain-e-s déjà acquis-e le fait que voter, ça nuit à la santé ( pour ne pas en dire + :x ) ; que les politicard-e-s, de quelque Parti qu'ils/elles soient, ne sont que la plupart du temps que des prometteurs-ses, (et de +, les votard-e-s leur donnent des chèques en blanc basée sur des belles promesses qui ne sont que du bla-bla pour se faire élire !^^)
Un bon nb d'abstentionnistes ont compris cela aussi je pense. (dégoûté de la politique politicienne, découvrant presque tous les jours un nouveau scandale lié aux politiques ou une nouvelle injustice ou une nouvelle guerre, la remontée des Religions et du fascisme, de l'antisémitisme, etc.

En résumé, je pense qu'il y a là un chantier important: il y a probablement un taux important de sympathie chez les abstentionnistes pour les idées anars. :)

Salutations Anarchistes !
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Lehning
 
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