Du syndicalisme et de la scissiparité

Débats politiques, confrontation avec d'autres idéologies politiques...

Du syndicalisme et de la scissiparité

Messagede bajotierra le Dim 30 Déc 2012 15:04

salut ,

pour initier le débat je sauvegarde cette intervention pêchée sur un autre forum

clovis écrit :

C'est la première fois que j'interviens sur ce forum que j'ai découvert un peu par hasard, et il me semble que Kzimir a raison : il faudrait laisser se décanter l'affaire, encore terriblement émotive pour certains (n'est-ce pas, Freakers ?)
Pour autant, moi qui ai participé à la création de la CNT Solidarité Ouvrière, je voudrais préciser un certain nombre de choses.
1) Cette scission, nous ne la voulions pas au départ. Nous y avons été contraints. Même si nous regroupons aujourd'hui près de 1200 adhérents, soit en gros plus du double de la CNT Vignoles, nous mesurons bien ce que ces chiffres ont de dérisoire au regard des tâches que nous nous sommes fixées : rien moins que l'abolition du capitalisme à l'échelle mondiale et l'instauration du communisme libertaire. Excusez du peu !

2) Le poids spécifique qu'il faut atteindre pour peser sur le cours de la lutte des classes est certes important mais il ne fait pas tout. A ce compte-là, la CGT ou la CFDT auraient raison de nous considérer avec mépris.
D'un autre côté, demeurer à une poignée de convaincus qui trépignent sur les trottoirs en glapissant "grève générale, grève générale", alors qu'ils sont dans l'incapacité d'impulser une grève ne fût-ce que dans une seule boîte, cela devrait quand même poser problème. Si l'on fait de nécessité vertu et que l'on se glorifie de n'être que quelques uns, alors autant rejoindre la micro CNT-AIT ou un des innombrables nano groupes autonomes qui s'en sont fait une marque de fabrique.

3) Prétendre qu'avoir un ou plusieurs salariés techniques (et non des "permanents") dans un syndicat signifie avoir renoncé à l'autogestion est une ânerie. Commode, certes, lorsque l'on veut noyer son chien en l'accusant d'avoir la rage bureaucratique, mais une ânerie quand même.

Car c'est confondre tout simplement autogestion et bénévolat.

Qu'un syndicat de dix personnes (moyenne d'adhérents des coquilles vides de la CNT Vignoles) puisse se passer de salarié, il n'y a là rien de plus normal. En l'espèce, on n'a pas affaire, là, à un syndicat mais à un groupe de propagande, à un groupe d'intention syndicale. Dès lors, effectivement, quand on se contente de coller des affiches, d'aérer drapeaux et banderoles lors des manifestations et de distribuer de temps en temps tracts et journaux et d'organiser des concerts (très important, les concerts), on peut effectivement compter sur son temps libre. Surtout si le groupe en question est composé essentiellement d'étudiants ou de professeurs. Sans aucunement médire de mes nombreux amis et camarades professeurs et étudiants, il faut bien admettre qu'ils disposent d'un peu plus de temps libre que les autres salariés. Mais le mieux, vous en conviendrez, c'est de disposer d'un retraité, comme celui qui passe en ce moment ses journées aux Vignoles.
Pour le coup, c'est un permanent qui en permanence tient des permanences. Et en plus, il n'est pas salarié, il ne coûte rien aux syndicats ! Que demande le peuple ?

Plus sérieusement, lorsqu'un syndicat atteint une certaine dimension, comme c'est le cas du syndicat du Nettoyage, de l'Hôtellerie Restauration ou des quelques gros syndicats en formation à la CNT Solidarité Ouvrière, le bénévolat ne suffit plus. Le syndicat du Nettoyage, par exemple, compte en moyenne entre 1400 et 1600 adhérents. Compte tenu des allées et venues, départs, retours, cotisations incomplètes, etc. il faut compter un peu plus de 600 adhérents sur une année pleine.
Et qui sont ces adhérents, que viennent-ils faire à la CNT Solidarité Ouvrière ? Sont-ils de simples consommateurs de services, comme le proclament un peu facilement les salariés protégés et les salariés du mensonge des Vignoles ?
Ce sont pour la plupart des travailleurs immigrés, souvent primo migrants, qui bien souvent ne parlent pas le français, ou alors très mal, qui sont très souvent aussi sans papiers. Ils travaillent dans des conditions très, très dures : lever à des heures impossibles le matin pour aller bosser dans des lieux éloignés de leur domicile, avec une rebelote le soir, après la fermeture des bureaux, ateliers et magasins. Ils sont souvent en CDD, ou à temps partiel. Les travailleurs d'une même boîte travaillent dans des lieux éclatés, souvent dans des départements différents, par petites équipes. Isolés, fragilisés, ils sont à la merci de petits chefs hargneux et de grands chefs crapuleux. Pas vraiment l'idéal pour se syndiquer et résister aux pressions, n'est-ce pas ?

Eh bien, contre toute attente, tous ces bamboulas (délicieuse expression entendue dans la bouche d'une des cheftaines des Vignoles), tous ces bougnoules, portos et autres métèques qui ne font pas l'effort d'apprendre le français (autre remarque de la même cheftaine) tous ces "sans", ces sans papiers, sans instruction, ne sont pas sans conscience de classe ! Il faut avoir lutté à leurs côtés, avoir partagé avec eux occupations de locaux, piquets de grève et manifestations pour savoir que ceux qui ont adhéré à la CNT savent très bien pourquoi. Et qu'ils ont la rage au ventre et l'envie de se regrouper pour se battre.
Oh, bien sûr, la plupart ignorent qui est Bakounine. Certains d'entre eux font encore cinq fois par jour la prière tournés vers La Mecque. Et je ne jurerais pas qu'en grattant un peu on ne serait pas fort surpris d'avoir leur opinion sur la nécessaire virginité des femmes avant le mariage.
Mais sur ces questions comme sur bien d'autres, la conscience vient des pratiques. Des rencontres. Des discussions, des échanges entre camarades. Et si certains ont encore beaucoup à apprendre sur l'histoire du mouvement ouvrier, s'ils ont encore à faire des progrès vis à vis des femmes et des enfants, ils ont aussi beaucoup à nous apprendre sur la démocratie de base, sur la détermination, sur le sens de l'organisation....

Un syndicat, pour peu que l'on adhère aux théories du syndicalisme révolutionnaire (ou de l'anarchosyndicalisme, au choix) rassemble les prolétaires sur une base de classe et non sur une base idéologique. Ensuite, la formation des uns et des autres se fait sur la base de la réciprocité, de l'entraide. Avec des hauts et des bas, des avancées et des reculs. Parce que nous ne sommes pas en dehors de la société que nous combattons, parce que nous sommes, comme tout le monde, tissés de ses contradictions.

Mais ce que nous a appris à contrario la fréquentation des perroquets, c'est qu'il faut plus que jamais faire confiance à l'initiative de la base, conserver le goût de l'expérimentation, de l'ouverture. Et, sans jamais renoncer aux orientations générales qui sont celles des révolutionnaires que nous sommes, pratiquer la recherche, réfléchir, ne pas tenir tout pour acquis une fois pour toutes et accepter le dialogue. Et éviter de considérer une organisation comme un lieu de psychothérapie où régler les comptes d'une enfance douloureuse ou les ratages individuels. Difficile, certes, mais pas impossible.
Nous tentons le pari.
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Re: Du syndicalisme et de la scissiparité

Messagede vroum le Dim 30 Déc 2012 15:08

Purée la scissiparité ! il a fallu que j'aille chercher le dictionnaire ! http://fr.wikipedia.org/wiki/Scissiparit%C3%A9 :D

Le processus de mitose étant achevé et la cytodiérèse (ou lacytokinèse ou cytocinèse selon votre convenance) étant bien nette, quid du risque de délétion et de translocation chromosomale de l'identité syndicale des deux nouvelles structures qui risquerait d'aboutir à une apoptose réciproque ? :gratte:
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Re: Du syndicalisme et de la scissiparité

Messagede bajotierra le Dim 30 Déc 2012 20:31

Le processus de mitose étant achevé et la cytodiérèse (ou lacytokinèse ou cytocinèse selon votre convenance) étant bien nette, quid du risque de délétion et de translocation chromosomale de l'identité syndicale des deux nouvelles structures qui risquerait d'aboutir à une apoptose réciproque ?


on peut aussi se poser cette question :D

mas ce n'est pas sur la division de la cellule, ni des mutations aléatoires qui peuvent l'accompagner :wink: , que je voulai attirer l'attention


je voulai signaler d'emblée que le phénoméne de scission peut aussi participer d'un processus de développement , et le cas le plus connu est celui du developpement des colonies bactériennes

..
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Re: Du syndicalisme et de la scissiparité

Messagede bajotierra le Lun 31 Déc 2012 21:02

peut être donc que l'important n'est pas le monbre des sigles qui se réclament de l'anarchosyndicalisme , et encore moins les aspects négatifs inhérents a toute organisation humaine , mais les différends contenus qui peuvent servir a un développement de le conscience émancipatrice


a l'heure actuelle pourquoi donc ne pas considérer par exemple les expériences respectives des travailleurs du nettoyage CNT SO , de la section syndicale CNT PSA et de la lutte sur NATAIS menée par la CNTAIT comme autant de balises sur ce chemin ?
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