reportage sur la lutte des munch

Débats politiques, confrontation avec d'autres idéologies politiques...

reportage sur la lutte des munch

Messagede apeqli le Mer 19 Déc 2012 22:41

http://urlink.fr/5Hq (les inrocks)

Denis a frappé un jour à la porte de Norbert. Il avait ouï dire que l’ancien syndicaliste disposait d’images inédites du musicien anarchiste Léo Ferré. Finalement, ce sont douze autres cassettes VHS, réalisées trente ans auparavant, qui retiendront son attention. En 1981, Norbert avait acheté avec sa prime de licenciement une improbable caméra Sony. L’ancien leader syndical CFDT de l’entreprise Munch lui décrit alors ses trente et un mois d’occupation d’usine, l’autogestion organisée par ces soudeurs, le rachat par un patron allemand qui finira en prison, la liquidation… Tout a été filmé et patiente là, sur l’étagère.

Environ, un an plus tard, Denis Robert a fait de cette trouvaille un documentaire. Le 17 décembre, dans une petite salle du centre Pompidou de Metz, était projeté en avant première le documentaire Les Munch, soudés à jamais. Le film sera diffusé sur France 3 en janvier*.

Dans son laïus introductif – prolongé pour meubler un problème de câble qui débouchera sur un premier pot donnant du temps au technicien, Denis Robert résume sa démarche.

“L’idée est simple : c’est en réfléchissant à l’histoire qu’on comprend mieux l’avenir. En voyant la lutte des Arcelor Mittal, on sentait pas mal de désespérance. Comme si on ne croyait plus à un combat gagnant.”

Quelques Mittal ont rencontré les Munch lors du tournage, certains sont aujourd’hui dans la salle. ”Ce film nous rappelle que les temps ont changé, il faut s’adapter aux nouveaux usages des patrons“, constate Antoine Terrak, ex sous-traitant de Florange très actif dans le conflit.

Un dialogue entre les jeunes ouvriers et leur double retraité

Denis Robert, qui, depuis 2003 et son film sur Clearstream**, n’avait pas touché une caméra, a pris avec Norbert les routes de la campagne lorraine et allemande, à la recherche des survivants. Avec sa fille Nina qui a monté le film en deux mois, ils ont choisi de ne pas reconstituer dans le détail le conflit de l’époque. Il s’agit davantage d’un essai. Une sorte de dialogue entre les jeunes ouvriers “un peu fous, un peu anars“, dixit Norbert, et leur double aujourd’hui retraité. Denis Robert tente ainsi de fixer ce qu’il avait imaginé comme titre au départ : “le dernier combat de la classe ouvrière”. Têtu, il a conservé la formule dans le lancement du documentaire.

“Je voulais comprendre sans juger, nous explique le journaliste. Comment est-on, par exemple, passé ici d’un vote FN faisant 1% à aujourd’hui quasiment 30% ?” Un grand moustachu prénommé Wadek, filmé depuis sa cabane de pêcheur, apporte un début de réponse. Embauché en 1969 à l’usine à l’âge de 16 ans, il dit avoir voté Marine Le Pen, par dépit, sans plus. Et pour sanctionner l’inaction des élus locaux de gauche ou droite. C’était ça ou il ne votait plus. Tayeb, embauché à 17 ans, ajoute à l’adresse des Mittal : “On a été beaucoup visité pendant les campagnes électorales mais surtout utilisés par les hommes politiques. Ne leur faites pas confiance.”

Il y aussi les absents, mot pudique pour ceux qui sont morts. Comme le gros Berny “qu’on avait pesé sur une balance de l’usine“, se remémore affectueusement Norbert autour d’un bœuf bourguignon dégusté après la projection. La femme de Berny ne sait pas comment l’expliquer mais pour elle, c’est le conflit qui l’a tué.

“Si j’étais patron aujourd’hui, je réagirais autrement”

Denis Robert a aussi retrouvé le patron de l’époque, René Munch. Il n’a toujours pas digéré l’épisode et le mannequin le représentant pendu à l’entrée de l’usine. “J’ai un profond sentiment d’injustice, je me suis battu pour eux, j’en pleurerais“, jure-t-il dans le documentaire, une mousse à la main.

Une rencontre entre trois ex-salariés et René Munch a été organisée. Un dialogue impensable au moment du conflit. Imaginez aujourd’hui Lakshmi Mittal et le syndicaliste Edouard Martin refaire le match dans un bar… Après un court blanc au moment des présentation, chacun cède du terrain. Norbert fait le premier pas: “On vous reproche rien“. Le patron : “Vous vous rendez compte dans quel état j’étais ? [Mais] si j’étais patron aujourd’hui je réagirais autrement.” Norbert trouve le moyen de glisser une phrase sur l’intérêt d’un management participatif qui “aurait été formidable“. L’ancien patron n’a pas l’air convaincu mais l’échange a eu lieu.

Puis vint à l’époque un second patron, allemand celui-la. Il déroba un jour les machines et fut condamné à 18 mois de prison ferme. Mais l’Allemand s’évada “grâce à des Portugais qu’il a trahis ensuite“, nous assure Norbert. Bref, le combat a fini par s’éteindre et chacun s’est perdu de vue. Reste pour Norbert une expérience où lui et ses potes ont autogéré une usine et engagé un autre combat, presque en dehors du monde du travail.

A la fin du film, Norbert clôt le débat par une question à méditer : “Est-ce que le monde d’hier, est-ce que le monde d’aujourd’hui, auraient souhaité que le monde ouvrier gagne ?”

Geoffrey Le Guilcher

*Première diffusion sur France 3 Lorraine : le 4 janvier à 15h30, seconde diffusion sur France 3 : le 6 janvier à minuit.

**Le 3 février 2011, après 10 ans de procédures judiciaires, Denis Robert a été blanchi par la Cour de Cassation de sa condamnation pour ses deux ouvrages Révélation$ et La Boite noire ainsi que pour son documentaire Les Dissimulateurs.

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