L'électeur: un imposteur potentiel

Débats politiques, confrontation avec d'autres idéologies politiques...

L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede Béatrice le Sam 26 Mar 2011 01:07

LE CRIMINEL, c'est l'Electeur ! par Albert Libertad


C’est toi le criminel, ô Peuple, puisque c’est toi le Souverain. Tu es, il est vrai, le criminel inconscient et naïf. Tu votes et tu ne vois pas que tu es ta propre victime.

Pourtant n’as-tu pas encore assez expérimenté que les députés, qui promettent de te défendre, comme tous les gouvernements du monde présent et passé, sont des menteurs et des impuissants ?

Tu le sais et tu t’en plains ! Tu le sais et tu les nommes ! Les gouvernants quels qu’ils soient, ont travaillé, travaillent et travailleront pour leurs intérêts, pour ceux de leurs castes et de leurs coteries.

Où en a-t-il été et comment pourrait-il en être autrement ? Les gouvernés sont des subalternes et des exploités : en connais-tu qui ne le soient pas ?

Tant que tu n’as pas compris que c’est à toi seul qu’il appartient de produire et de vivre à ta guise, tant que tu supporteras, - par crainte,- et que tu fabriqueras toi-même, - par croyance à l’autorité nécessaire,- des chefs et des directeurs, sache-le bien aussi, tes délégués et tes maîtres vivront de ton labeur et de ta niaiserie. Tu te plains de tout ! Mais n’est-ce pas toi l’auteur des mille plaies qui te dévorent ?

Tu te plains de la police, de l’armée, de la justice, des casernes, des prisons, des administrations, des lois, des ministres, du gouvernement, des financiers, des spéculateurs, des fonctionnaires, des patrons, des prêtres, des proprios, des salaires, des chômages, du parlement, des impôts, des gabelous, des rentiers, de la cherté des vivres, des fermages et des loyers, des longues journées d’atelier et d’usine, de la maigre pitance, des privations sans nombre et de la masse infinie des iniquités sociales.

Tu te plains ; mais tu veux le maintien du système où tu végètes. Tu te révoltes parfois, mais pour recommencer toujours. C’est toi qui produis tout, qui laboures et sèmes, qui forges et tisses, qui pétris et transformes, qui construis et fabriques, qui alimentes et fécondes !

Pourquoi donc ne consommes-tu pas à ta faim ? Pourquoi es-tu le mal vêtu, le mal nourri, le mal abrité ? Oui, pourquoi le sans pain, le sans souliers, le sans demeure ? Pourquoi n’es-tu pas ton maître ? Pourquoi te courbes-tu, obéis-tu, sers-tu ? Pourquoi es-tu l’inférieur, l’humilié, l’offensé, le serviteur, l’esclave ?

Tu élabores tout et tu ne possèdes rien ? Tout est par toi et tu n’es rien.

Je me trompe. Tu es l’électeur, le votard, celui qui accepte ce qui est ; celui qui, par le bulletin de vote, sanctionne toutes ses misères ; celui qui, en votant, consacre toutes ses servitudes.

Tu es le volontaire valet, le domestique aimable, le laquais, le larbin, le chien léchant le fouet, rampant devant la poigne du maître. Tu es le sergot, le geôlier et le mouchard. Tu es le bon soldat, le portier modèle, le locataire bénévole. Tu es l’employé fidèle, le serviteur dévoué, le paysan sobre, l’ouvrier résigné de ton propre esclavage. Tu es toi-même ton bourreau. De quoi te plains-tu ?

Tu es un danger pour nous, hommes libres, pour nous, anarchistes [sic]. Tu es un danger à l’égal des tyrans, des maîtres que tu te donnes, que tu nommes, que tu soutiens, que tu nourris, que tu protèges de tes baïonnettes, que tu défends de ta force de brute, que tu exaltes de ton ignorance, que tu légalises par tes bulletins de vote, - et que tu nous imposes par ton imbécillité.

C’est bien toi le Souverain, que l’on flagorne et que l’on dupe. Les discours t’encensent. Les affiches te raccrochent ; tu aimes les âneries et les courtisaneries : sois satisfait, en attendant d’être fusillé aux colonies, d’être massacré aux frontières, à l’ombre de ton drapeau.

Si des langues intéressées pourlèchent ta fiente royale, ô Souverain ! Si des candidats affamés de commandements et bourrés de platitudes, brossent l’échine et la croupe de ton autocratie de papier ; Si tu te grises de l’encens et des promesses que te déversent ceux qui t’ont toujours trahi, te trompent et te vendront demain : c’est que toi-même tu leur ressembles. C’est que tu ne vaux pas mieux que la horde de tes faméliques adulateurs. C’est que n’ayant pu t’élever à la conscience de ton individualité et de ton indépendance, tu es incapable de t’affranchir par toi-même. Tu ne veux, donc tu ne peux être libre.

Allons, vote bien ! Aies confiance en tes mandataires, crois en tes élus.

Mais cesse de te plaindre. Les jougs que tu subis, c’est toi-même qui te les imposes. Les crimes dont tu souffres, c’est toi qui les commets. C’est toi le maître, c’est toi le criminel, et, ironie, c’est toi l’esclave, c’est toi la victime.

Nous autres, las de l’oppression des maîtres que tu nous donnes, las de supporter leur arrogance, las de supporter ta passivité, nous venons t’appeler à la réflexion, à l’action [sic].

Allons, un bon mouvement : quitte l’habit étroit de la législation, lave ton corps rudement, afin que crèvent les parasites et la vermine qui te dévorent. Alors seulement du pourras vivre pleinement.



LE CRIMINEL, c’est l’Electeur !


Placard anti-électoral, 1er mars 1906.
Publié par l’anarchie n°47 et signé Albert Libertad.
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Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede de passage le Sam 26 Mar 2011 19:00

Aies confiance en tes mandataires

Ha !!!
cette fameuse "CONFIANCE " si tant vantée !! :religion:
patrick
de passage
 

Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede Tuxanar le Sam 26 Mar 2011 20:54

LE CRIMINEL, c'est le chômeur.
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Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede pit le Dim 27 Mar 2011 00:55

Qui n'a pas la conscience n'est qu'un pauvre con, c'est le côté élitiste et méprisant de l'individualisme "anarchiste".
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Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede destroi! le Dim 27 Mar 2011 10:39

L"inconscient" votard n'est qu'une belle et gentille poire complice au moins en idées... Le gentil bétail bisounours est non méprisable...

Qui "délire" est un taré... Le criminel c'est l'étranger...

Les abstentionnistes ne sont pas des abrutis dépourvus de sens critique. Les abstentionnistes ne sont pas des égoïstes qui se désintéressent de tout de qui ne se rapporte pas à leur petit horizon individuel. Les abstentionnistes sont ceux qui font du processus électoral l’analyse la plus juste. Considérer que voter ne sert à rien est tout simplement une évidence : mais c’est une évidence à laquelle on est d’autant plus sensible qu’on est plus écrasé par ce système et qu’on ne possède pas d’autre perspective que de végéter dans la misère ou de se faire exploiter à longueur de journée.

http://www.leondemattis.net/?2006/12/06/5-labstention
Exister c'est nazi. Mourir c'est stal'.

www.lesanarsaupouvoir.fr
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Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede Béatrice le Dim 27 Mar 2011 12:31

L'électeur :

En ce jour du 27 mars 2011 , son jour de gloire est enfin arrivé !
Dans la solitude de l'isoloir , il va , à nouveau , se sentir investi d'un incommensurable pouvoir ,
convaincu que son vote va inverser le cours de l'Histoire !
Incorrigible patenté , demain , il ne manquera pas , à nouveau , de jeter l'opprobre sur l'immense
majorité de réfractaires à la "votation" , parfaits bouc-émissaires de ses propres turpitudes .

L'électeur : un potentiel ennemi masqué...

Béatrice
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Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede anouchka le Dim 27 Mar 2011 15:19

Poême de gaston couté
***
Les électeurs

Ah! bon Guieu qu'des affich's su' les portes des granges!
C'est don' qu'y a 'cor queuqu' baladin an'hui dimanche
Qui dans' su' des cordieaux au bieau mitan d'la place?
Non, c'est point ça!... C'tantoût on vote à la mairie
Et les grands mots qui flût'nt su' l'dous du vent qui passe:
Dévouement!... Intérêts!... République!... Patrie!...
C'est l'Peup' souv'rain qui lit les affich's et les r'lit...

(Les vach's, les moutons,
Les oué's, les dindons
S'en vont aux champs, ni pus ni moins qu'tous les aut's jours
En fientant d'loin en loin l' long des affich's du bourg.)

Les électeurs s'en vont aux urn's en s'rengorgeant,
" En route!... Allons voter!... Cré bon Guieu! Les bounn's gens!...
C'est nous qu'je t'nons à c't'heur' les massins d'la charrue,
J'allons la faire aller à dia ou ben à hue!
Pas d'abstentions!... C'est vous idé's qui vous appellent...
Profitez de c'que j'ons l'suffrage univarsel ! "

(Les vach's, les moutons,
Les oué's, les dindons
Pàtur'nt dans les chaum's d'orge à bell's goulé's tranquilles
Sans s'ment songer qu'i's sont privés d'leu's drouéts civils.)

Y a M'sieu Chouse et y a M'sieu Machin coumm' candidat.
Les électeurs ont pas les mêm's par's de leunettes:
- Moué, j'vot'rai pour c'ti-là!... Ben, moué, j'y vot'rai pas!...
C'est eun' foutu crapul'!... C'est un gas qu'est hounnéte!...
C'est un partageux!... C'est un cocu!... C'est pas vrai!...
On dit qu'i fait él'ver son goss' cheu les curés!...
C'est un blanc!... C'est un roug'!... - qu'i's dis'nt les électeurs:
Les aveug'els chamaill'nt à propos des couleurs.

(Les vach's, les moutons,
Les oué's, les dindons
S'fout'nt un peu qu'leu' gardeux ait nom Paul ou nom Pierre,
Qu'i' souét nouer coumme eun' taupe ou rouquin coumm' carotte
l's breum'nt, i's bél'nt, i's glouss'nt tout coumm' les gens ' qui votent
Mais i's sav'nt pas c'que c'est qu'gueuler: " Viv' Môssieu l'maire! " )

C'est un tel qu'est élu!... Les électeurs vont bouére
D'aucuns coumme à la nec', d'aut's coumme à l'entarr'ment,
Et l'souér el' Peup' souv'rain s'en r'tourne en brancillant...
Y a du vent ! Y a du vent qui fait tomber les pouéres!

(Les vach's, les moutons,
Les oué's, les dindons
Prenn'nt saoûlé' d'harb's et d'grains tous les jours de la s'maine
Et i's s'mett'nt pas à chouér pasqu'i's ont la pans' pleine.)

Les élections sont tarminé's, coumm' qui dirait
Que v'là les couvraill's fait's et qu'on attend mouésson...
Faut qu'les électeurs tir'nt écus blancs et jaunets.
Pour les porter au parcepteur de leu' canton;
Les p'tits ruissieaux vont s'pard' dans l'grand fleuv' du Budget
Oùsque les malins péch'nt, oùsque navigu'nt les grous.
Les électeurs font leu's courvé's, cass'nt des cailloux
Su'la route oùsqu' leu's r'présentants pass'nt en carrosses
Avec des ch'vaux qui s'font un plaisi' - les sal's rosses! -
De s'mer des crott's à m'sur' que l'Peup' souv'rain balaie...

(Les vach's, les moutons,
Les oué's, les dindons
S'laiss'nt dépouiller d'leu's oeufs, de leu' laine et d'leu' lait
Aussi ben qu's'i's -z- avin pris part aux élections.)

Boum!... V'là la guerr'!... V'là les tambours qui cougn'nt la charge...
Portant drapieau, les électeurs avec leu's gâs
Vont terper les champs d'blé oùsqu'i'is mouéssounn'ront pas.
- Feu! - qu'on leu' dit - Et i's font feu! - En avant Arche!-
Et tant qu'i's peuv'nt aller, i's march'nt, i's march'nt, i's marchent...
...Les grous canons dégueul'ent c'qu'on leu' pouss' dans l'pansier,
Les ball's tomb'nt coumm' des peurn's quand l'vent s'cou' les peurgniers
Les morts s'entass'nt et, sous eux, l'sang coul' coumm' du vin
Quand troués, quat' pougn's solid's, sarr'nt la vis au persoué
V'là du pâté!... V'là du pâté de peup' souv'rain!

(Les vach's, les moutons,
Les oué's, les -dindons
Pour le compte au farmier se laiss'nt querver la pieau
Tout bounnment, mon guieu!... sans tambour ni drapieau.)

...Et v'là!... Pourtant les bét's se laiss'nt pas fer' des foués!
Des coups, l' tauzieau encorne el' saigneux d'l'abattoué.
. Mais les pauv's électeurs sont pas des bét's coumm's d'aut'es
Quand l'temps est à l'orage et l'vent à la révolte...

I's votent!...
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Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede Béatrice le Dim 27 Mar 2011 17:35

L'abstentionniste : un réfractaire qui sommeille ...

Le réfractaire : un indéfectible rebelle à "l'esprit de corps" ...

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Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede Denis le Dim 27 Mar 2011 19:55

Vous n’êtes que des poires

Par Zo D’Axa (1900)

jeudi 15 janvier 2009

Electeurs,

En me présentant à vos suffrages, je vous dois quelques mots. Les voici :

De vieille famille française, j’ose le dire, je suis un âne de race, un âne dans le beau sens du mot — quatre pattes et du poil partout.

Je m’appelle Nul, comme le sont mes concurrents et candidats.

Je suis blanc, comme le sont nombre de bulletins qu’on s’obstinait à ne pas compter et qui, maintenant, me reviendront.

Mon élection est assurée.

Vous comprendrez que je parle franc.

Citoyens,

On vous trompe. On vous dit que la dernière Chambre composé d’imbéciles et de filou ne représentait pas la majorité des électeurs. C’est faux.

Une Chambre composée de députés jocrisses et de députés truqueurs représente, au contraire, à merveille les Electeurs que vous êtes. Ne protestez pas : une nation a les délégués qu’elle mérite.

Pourquoi les avez-vous nommés ?

Vous ne vous gênez pas, entre vous, pour convenir que plus ça change et plus c’est la même chose, que vos élus se moquent de vous et ne songent qu’à leurs intérêts, à la gloriole ou à l’argent.

Pourquoi les renommerez-vous demain ?

Vous savez très bien que tout un lot de ceux que vous enverrez siéger vendront leur voix contre un chèque et feront le commerce des emplois, fonctions et bureaux de tabac.

Mais pour qui les bureaux de tabac, les places, les sinécures si ce n’est pour les Comités d’électeurs que l’on paye ainsi ?

Les entraîneurs de Comités sont moins naïfs que le troupeau.

La Chambre représente l’ensemble.

Il faut des sots et des roublards, il faut un parlement de ganaches et de Robert Macaires pour personnifier à la fois tous les votards professionnels et les prolétaires déprimés.

Et ça, c’est vous !

On vous trompe, bons électeurs, on vous berne, on vous flagorne quand on vous dit que vous êtes beaux, que vous êtes la justice, le droit, la souveraineté nationale, le peuple-roi, des hommes libres. On cueille vos votes et c’est tout. Vous n’êtes que des fruits… des Poires.

On vous trompe encore. On vous dit que la France est toujours la France. Ce n’est pas vrai.

La France perd, de jour en jour, toute signification dans le monde — toute signification libérale. Ce n’est plus le peuple hardi, coureur de risques, semeur d’idées, briseur de culte. C’est une Marianne agenouillée devant le trône des autocrates. C’est le caporalisme renaissant plus hypocrite qu’en Allemagne — une tonsure sous le képi.

On vous trompe, on vous trompe sans cesse. On vous parle de fraternité, et jamais la lutte pour le pain ne fut plus âpre et meurtrière.

On vous parle de patriotisme, de patrimoine sacré — à vous qui ne possédez rien.

On vous parle de probité ; et ce sont des écumeurs de presse, des journalistes à tout faire, maîtres fourbes ou maîtres chanteurs, qui chantent l’honneur national.

Les tenants de la République, les petits bourgeois, les petits seigneurs sont plus durs aux gueux que les maîtres des régimes anciens. On vit sous l’œil des contremaîtres.

Les ouvriers aveulis, les producteurs qui ne consomment pas, se contentent de ronger patiemment l’os sans moelle qu’on leur a jeté, l’os du suffrage universel. Et c’est pour des boniments, des discussions électorales qu’ils remuent encore la mâchoire — la mâchoire qui ne sait plus mordre.

Quand parfois des enfants du peuple secouent leur torpeur, ils se trouvent, comme à Fourmies, en face de notre vaillante Armée… Et le raisonnement des lebels leur met du plomb dans la tête.

La Justice est égale pour tous. Les honorables chéquards du Panama roulent carrosse et ne connaissent pas le cabriolet. Mais les menottes serrent les poignets des vieux ouvriers que l’on arrête comme vagabonds !

L’ignominie de l’heure présente est telle qu’aucun candidat n’ose défendre cette Société. Les politiciens bourgeoisants, réactionnaires ou ralliés, masques ou faux-nez républicains, vous crient qu’en votant pour eux ça marchera mieux, ça marchera bien. Ceux qui vous ont déjà tout pris vous demandent encore quelque chose :

Donnez vos voix, citoyens !

Les mendigots, els candidats, les tirelaines, les soutire-voix, ont tous un moyen spécial de faire et refaire le Bien public.

Ecoutez les braves ouvriers, les médicastres du parti : ils veulent conquérir les pouvoirs… afin de les mieux supprimer.

D’autres invoquent la Révolution, et ceux-la se trompent en vous trompant. Ce ne seront jamais des électeurs qui feront la Révolution. Le suffrage universel est créé précisément pour empêcher l’action virile. Charlot s’amuse à voter…

Et puis quand même quelque incident jetterait des hommes dans la rue, quand bien même, par un coup de force, une minorité ferait acte, qu’attendre ensuite et qu’espérer de la foule que nous voyons grouiller — la foule lâche et sans pensée.

Allez ! allez, gens de la foule ! Allez, électeurs ! aux urnes… Et ne vous plaignez plus. C’est assez. N’essayez pas d’apitoyer sur le sort que vous vous êtes fait. N’insultez pas, après coup, les Maîtres que vous vous donnez.

Ces Maîtres vous valent, s’ils vous voient. Ils valent, sans doute, davantage ; ils valent vingt-cinq francs par jour, sans compter les petits profits. Et c’est très bien :

L’Electeur n’est qu’un Candidat raté.

Au peuple du bas de laine, petite épargne, petite espérance, petits commerçants rapaces, lourd populo domestiqué, il faut Parlement médiocre qui monnoie et qui synthétise toute la vilenie nationale.

Votez, électeurs ! Votez ! Le Parlement émane de vous. Une chose est parce qu’elle doit être, parce qu’elle ne peut pas être autrement. Faîtes la Chambre à votre image. Le chien retourne à son vomissement — retournez à vos députés…

Chers électeurs,

Finissons-en. Votez pour eux. Votez pour moi.

Je suis la Bête qu’il faudrait à la Belle Démocratie.

Votez tous pour l’Âne blanc Nul, dont les ruades sont plus françaises que les braiements patriotards.

Les rigolos, els faux bonshommes, le jeune parti de la vieille-garde : Vervoort, Millevoye, Drumont, Thiébaud, fleurs de fumier électoral, pousseront mieux sous mon crottin.

Votez pour eux, votez pour moi !

Zo D’Axa. La Feuille, Anthologie 1897-1899 (Les Feuilles, parue en 1900)
Denis
 

Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede Denis le Dim 27 Mar 2011 19:59

Le Bétail électoral

Par Albert Libertad (19 avril 1906)

dimanche 15 février 2009

Ici même, j’ai croqué à grands traits le bétail syndical, le bétail patriotique, le bétail des jaunes, le bétail des honnêtes, il faut aujourd’hui que je dépeigne le plus important des bétails, le plus fort par la bêtise, le bétail électoral.

Sur la peau d’âne du tambour nationaliste, sur la baudruche des tambourins républicains, aux cordes de la guitare sentimentalement humanitaire, aux cuivres de la trompette révolutionnaire, voilà que se bat, que se touche, que se donne le rappel du bétail ; c’est le ranz des électeurs qui retentit partout à travers l’espace.

Votez pour Tartempion, votez pour Machin, votez pour Truc. Des affiches multicolores vous rapprochent à tous les coins de rue afin de vous raconter la candeur, l’esprit, la loyauté d’un quelconque candidat.

En peu de lignes, un Gérault-Richard des boulevards extérieurs, un Rouvier de grands chemins, un Marchand du surin et de la pince [1] deviennent des parangons de vertu, d’honnêteté et de douceur.

Le bétail électoral commente la force de la houlette d’Untel, le coup de fouet de Tel autre, le doigté crapuleux de Chose et le coup de gueule tonitruant de Machin. Le bétail pèse aussi la valeur des promesses faites ; non pas qu’il ignore que jamais elles ne sont tenues, mais pour se donner un peu d’illusion.

La lune, le bonheur, la diminution des impôts, la liberté, autant de chimères auxquelles il ne croit plus mais auxquelles pourtant il lui paraît bon de sembler croire encore. Il court aux rendez-vous que lui donnent les apprentis bergers après avoir fait un choix au zanzibar du troquet. Chez les nationalos ou chez les socialos ? Les dés répondent.

Il garnit la salle et il écoute religieusement l’orateur-candidat qui découpe des tranches de bonheur et débite des petits paquets de réformes. Il ouvre la gueule et les oreilles pour en prendre davantage.

« Les alouettes tomberont toutes rôties dans ta bouche ; ton taudis deviendra un palais ; tu auras des rentes à trente ans, dit le candidat. —Ah ! Ah ! Ah ! qu’il parle donc bien, cet homme ! Ce sont des mensonges qu’il nous raconte, mais que cela nous fait du bien de croire un moment que ce sont des vérités », dit le votard.

Quelquefois, il arrive qu’un autre candidat interrompe pour dire : « Ce n’est pas exact, les alouettes tomberont toutes bouillies dans ta bouche. » Et le bétail électoral suit, attentif, le débat passionnant : « Bouillies ou rôties ? Comment seront préparées ces alouettes qu’il ne mangera pas ? »

Alors que tous sont dans le rêve, une voix interrompt brutalement, sans précautions oratoires, les bonimenteurs : « Les alouettes ne tomberont ni rôties ni bouillies dans ta bouche, nigaud. Et si elles tombaient jamais toutes prêtes, ce serait de par ta bêtise, dans la gueule des candidats. » Alors, ce sont des cris, des vociférations : « À mort ! qu’on le tue ! qu’on le chasse ! La ferme ! Mouchard ! Agent de la réaction ! Jaune ! Rouge ! Jésuite ! Communard ! »

Celui qui veut jeter la vérité est entouré, bousculé ; les poings se lèvent sur sa tête, on lui crache au visage, on le jette dehors.

Et tranquille, le prometteur détaille le bonheur, offre le paradis et le bétail électoral reprend le fil du rêve qu’il fait tout éveillé, boit à nouveau le vin décevant de l’espérance.

Comme dans tous les troupeaux, il y a les meneurs, les gens du comité. Ce sont ceux à qui le candidat a promis autre chose que la viande creuse de l’espoir. Ils ont mission de « chauffer » la salle, de veiller à ce qu’aucun gêneur ne puisse entrer. Ils préparent le public, ils soûlent de vinasse quelques forts-à-bras qui feront de leur poitrine un rempart au bonimenteur.

À coté d’eux, il y a quelques sincères : ceux dont la bêtise atteint le dernier degré. Ils font l’appoint le meilleur, ce sont les moutons qui sautent par-dessus bord, montrant la voie à tout le troupeau.

Disons-le bien haut : que le bétail électoral soit tondu, mangé, accommodé à toutes les sauces, qu’est-ce que cela peut bien nous faire ? Rien.

Ce qui nous importe, c’est qu’entraînés par le poids du nombre nous roulons vers le précipice où nous mène l’inconscience du troupeau. Nous voyons le précipice, nous crions « Casse-cou ! » Si nous pouvions nous dégager de la masse qui nous entraîne, nous la laisserions rouler à l’abîme ; pour ma part même, le dirai-je ? je crois bien que je l’y pousserais. Mais nous ne le pouvons pas. Aussi devons-nous être partout à montrer le danger, à dévoiler le bonimenteur. Ramenons sur le terrain de la réalité le bétail électoral qui s’égare dans les sables mouvants du rêve.

Nous ne voulons pas voter, mais ceux qui votent choisissent un maître, lequel sera, que nous le voulions ou non, notre maître. Aussi devons-nous empêcher quiconque d’accomplir le geste essentiellement autoritaire du vote. Chez les nationalistes et les socialistes, chez les républicains et les royalistes, partout nous devons porter la parole anarchiste « Ni dieux ni maîtres ».

Et par la raison, et par la violence, il nous faut empêcher la course à l’abîme où nous entraînent la veulerie et la bêtise des votards. Que le bétail électoral soit mené à coups de lanières, cela nous importe peu, mais il construit des barrières dans lesquelles il se parque et veut nous parquer ; il nomme des maîtres qui le dirigeront et veulent nous diriger.

Ces barrières sont les lois. Ces maîtres sont les législateurs. Il nous faut travailler à détruire les unes et les autres, dû-t-on, pour cela, disperser au loin le fumier où poussent les députés, le fumier électoral.

Albert Libertad dans L’anarchie.
19 avril 1906.
Denis
 

Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede anouchka le Dim 27 Mar 2011 20:33

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Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede Denis le Dim 27 Mar 2011 20:47

Élisée Reclus

Lettre à Jean Grave



Clarens, Vaud, 26 septembre 1885.

Compagnons,

Vous demandez à un homme de bonne volonté, qui n'est ni votant ni candidat, de vous exposer quelles sont ses idées sur l'exercice du droit de suffrage.

Le délai que vous m'accordez est bien court, mais ayant, au sujet du vote électoral, des convictions bien nettes, ce que j'ai à vous dire peut se formuler en quelques mots.

Voter, c'est abdiquer ; nommer un ou plusieurs maîtres pour une période courte ou longue, c'est renoncer à sa propre souveraineté. Qu'il devienne monarque absolu, prince constitutionnel ou simplement mandataire muni d'une petite part de royauté, le candidat que vous portez au trône ou au fauteuil sera votre supérieur. Vous nommez des hommes qui sont au-dessus des lois, puisqu'ils se chargent de les rédiger et que leur mission est de vous faire obéir.

Voter, c'est être dupe ; c'est croire que des hommes comme vous acquerront soudain, au tintement d'une sonnette, la vertu de tout savoir et de tout comprendre. Vos mandataires ayant à légiférer sur toutes choses, des allumettes aux vaisseaux de guerre, de l'échenillage des arbres à l'extermination des peuplades rouges ou noires, il vous semble que leur intelligence grandisse en raison même de l'immensité de la tâche. L'histoire vous enseigne que le contraire a lieu. Le pouvoir a toujours affolé, le parlotage a toujours abêti. Dans les assemblées souveraines, la médiocrité prévaut fatalement.

Voter c'est évoquer la trahison. Sans doute, les votants croient à l'honnêteté de ceux auxquels ils accordent leurs suffrages — et peut-être ont-il raison le premier jour, quand les candidats sont encore dans la ferveur du premier amour. Mais chaque jour a son lendemain. Dès que le milieu change, l'homme change avec lui. Aujourd'hui, le candidat s'incline devant vous, et peut-être trop bas ; demain, il se redressera et peut-être trop haut. Il mendiait les votes, il vous donnera des ordres. L'ouvrier, devenu contre-maître, peut-il rester ce qu'il était avant d'avoir obtenu la faveur du patron ? Le fougueux démocrate n'apprend-il pas à courber l'échine quand le banquier daigne l'inviter à son bureau, quand les valets des rois lui font l'honneur de l'entretenir dans les antichambres ? L'atmosphère de ces corps législatifs est malsain à respirer, vous envoyez vos mandataires dans un milieu de corruption ; ne vous étonnez pas s'ils en sortent corrompus.

N'abdiquez donc pas, ne remettez donc pas vos destinées à des hommes forcément incapables et à des traîtres futurs. Ne votez pas ! Au lieu de confier vos intérêts à d'autres, défendez-les vous-mêmes ; au lieu de prendre des avocats pour proposer un mode d'action futur, agissez ! Les occasions ne manquent pas aux hommes de bon vouloir. Rejeter sur les autres la responsabilité de sa conduite, c'est manquer de vaillance.

Je vous salue de tout cœur, compagnons .

Élisée Reclus.
Denis
 

Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede anouchka le Dim 27 Mar 2011 20:50

Fred Alpi, JeanèFrançois B. social démocrate

Jean-François B, employé de bureau
Citoyen modèle payant ses impôts
A été jeune et rebelle autrefois
Et même fumé de la marijuana
Il subit sans broncher la névrose
D'un petit chef de pas grand chose
Qui le veut docile et travailleur
Pas le genre à compter ses heures
Jean-François B
Est social-démocrate
Il est de gauche, mais de droite
Il n'a pas la rage,
Il n'a pas la haine
Il espère seulement
De plus grandes cages,
De plus longues chaînes
Epargnan-gnan et électeur fidèle
Gratte-clavier professionnel
Il croit à l'économie de marché
Parce qu'ils l'ont dit à la télé
Il se voit déjà en retraite
Il voit ses collègues faire la quête
Pour une couronne
de fleurs synthétiques
Et du mousseux tiède
dans des gobelets plastique
Les pantoufles de Jean-François
Font chaque jour plus de dégâts
Que n'importe quel bruit de bottes
Il ferme sa gueule et il vote
Il ne défile jamais dans la rue
Préfère rester assis sur le cul
Devant l’écran qui lui dit quoi faire
Pour être consommateur exemplaire
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Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede Denis le Dim 27 Mar 2011 20:57

texte d' Octave Mirbeau

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Denis
 

Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede destroi! le Dim 27 Mar 2011 21:01

La Grève des électeurs.

Octave Mirbeau, Le Figaro, novembre 1888

Une chose m'étonne prodigieusement — j'oserai dire qu'elle me stupéfie — c'est qu'à l'heure scientifique où j'écris, après les innombrables expériences, après les scandales journaliers, il puisse exister encore dans notre chère France (comme ils disent à la Commission du budget) un électeur, un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, qui consente à se déranger de ses affaires, de ses rêves ou de ses plaisirs, pour voter en faveur de quelqu'un ou de quelque chose. Quand on réfléchit un seul instant, ce surprenant phénomène n'est-il pas fait pour dérouter les philosophies les plus subtiles et confondre la raison ?

Où est-il le Balzac qui nous donnera la physiologie de l'électeur moderne ? et le Charcot qui nous expliquera l'anatomie et les mentalités de cet incurable dément ? Nous l'attendons.

Je comprends qu'un escroc trouve toujours des actionnaires, la Censure des défenseurs, l'Opéra-Comique des dilettanti, le Constitutionnel des abonnés, M. Carnot des peintres qui célèbrent sa triomphale et rigide entrée dans une cité languedocienne ; je comprends M. Chantavoine s 'obstinant à chercher des rimes ; je comprends tout. Mais qu'un député, ou un sénateur, ou un président de République, ou n'importe lequel parmi tous les étranges farceurs qui réclament une fonction élective, quelle qu'elle soit, trouve un électeur, c'est-à-dire 1'être irrêvé, le martyr improbable, qui vous nourrit de son pain, vous vêt de sa laine, vous engraisse de sa chair, vous enrichit de son argent, avec la seule perspective de recevoir, en échange de ces prodigalités, des coups de trique sur la nuque, des coups de pied au derrière, quand ce n'est pas des coups de fusil dans la poitrine, en vérité, cela dépasse les notions déjà pas mal pessimistes que je m'étais faites jusqu'ici de la sottise humaine, en général, et de la sottise française en particulier, notre chère et immortelle sottise, ô chauvin !

Il est bien entendu que je parle ici de l'électeur averti, convaincu, de l'électeur théoricien, de celui qui s'imagine, le pauvre diable, faire acte de citoyen libre, étaler sa souveraineté, exprimer ses opinions, imposer — ô folie admirable et déconcertante — des programmes politiques et des revendications sociales ; et non point de l'électeur « qui la connaît » et qui s'en moque, de celui qui ne voit dans « les résultats de sa toute-puissance » qu'une rigolade à la charcuterie monarchiste, ou une ribote au vin républicain. Sa souveraineté à celui-là, c'est de se pocharder aux frais du suffrage universel. Il est dans le vrai, car cela seul lui importe, et il n'a cure du reste. Il sait ce qu'il fait. Mais les autres ?

Ah ! oui, les autres ! Les sérieux, les austères, les peuple souverain, ceux-là qui sentent une ivresse les gagner lorsqu'ils se regardent et se disent : « Je suis électeur ! Rien ne se fait que par moi. Je suis la base de la société moderne. Par ma volonté, Floque fait des lois auxquelles sont astreints trente-six millions d'hommes, et Baudry d'Asson aussi, et Pierre Alype également. » Comment y en a-t-il encore de cet acabit ? Comment, si entêtés, si orgueilleux, si paradoxaux qu'ils soient, n'ont-ils pas été, depuis longtemps, découragés et honteux de leur œuvre ? Comment peut-il arriver qu'il se rencontre quelque part, même dans le fond des landes perdues de la Bretagne, même dans les inaccessibles cavernes des Cévennes et des Pyrénées, un bonhomme assez stupide, assez déraisonnable, assez aveugle à ce qui se voit, assez sourd à ce qui se dit, pour voter bleu, blanc ou rouge, sans que rien l'y oblige, sans qu'on le paye ou sans qu'on le soûle ?

À quel sentiment baroque, à quelle mystérieuse suggestion peut bien obéir ce bipède pensant, doué d'une volonté, à ce qu'on prétend, et qui s'en va, fier de son droit, assuré qu'il accomplit un devoir, déposer dans une boîte électorale quelconque un quelconque bulletin, peu importe le nom qu'il ait écrit dessus ?... Qu'est-ce qu'il doit bien se dire, en dedans de soi, qui justifie ou seulement qui explique cet acte extravagant ?

Qu'est-ce qu'il espère ? Car enfin, pour consentir à se donner des maîtres avides qui le grugent et qui l'assomment, il faut qu'il se dise et qu'il espère quelque chose d'extraordinaire que nous ne soupçonnons pas. Il faut que, par de puissantes déviations cérébrales, les idées de député correspondent en lui à des idées de science, de justice, de dévouement, de travail et de probité ; il faut que dans les noms seuls de Barbe et de Baihaut, non moins que dans ceux de Rouvier et de Wilson, il découvre une magie spéciale et qu'il voie, au travers d'un mirage, fleurir et s'épanouir dans Vergoin et dans Hubbard, des promesses de bonheur futur et de soulagement immédiat. Et c'est cela qui est véritablement effrayant. Rien ne lui sert de leçon, ni les comédies les plus burlesques, ni les plus sinistres tragédies.

Voilà pourtant de longs siècles que le monde dure, que les sociétés se déroulent et se succèdent, pareilles les unes aux autres, qu'un fait unique domine toutes les histoires : la protection aux grands, l'écrasement aux petits. Il ne peut arriver à comprendre qu'il n'a qu'une raison d'être historique, c'est de payer pour un tas de choses dont il ne jouira jamais, et de mourir pour des combinaisons politiques qui ne le regardent point.

Que lui importe que ce soit Pierre ou Jean qui lui demande son argent et qui lui prenne la vie, puisqu'il est obligé de se dépouiller de l'un, et de donner l'autre ? Eh bien ! non. Entre ses voleurs et ses bourreaux, il a des préférences, et il vote pour les plus rapaces et les plus féroces. Il a voté hier, il votera demain, il votera toujours. Les moutons vont à l'abattoir. Ils ne se disent rien, eux, et ils n'espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera, et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l'électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit.

Ô bon électeur, inexprimable imbécile, pauvre hère, si, au lieu de te laisser prendre aux rengaines absurdes que te débitent chaque matin, pour un sou, les journaux grands ou petits, bleus ou noirs, blancs ou rouges, et qui sont payés pour avoir ta peau ; si, au lieu de croire aux chimériques flatteries dont on caresse ta vanité, dont on entoure ta lamentable souveraineté en guenilles, si, au lieu de t'arrêter, éternel badaud, devant les lourdes duperies des programmes ; si tu lisais parfois, au coin du feu, Schopenhauer et Max Nordau, deux philosophes qui en savent long sur tes maîtres et sur toi, peut-être apprendrais-tu des choses étonnantes et utiles. Peut-être aussi, après les avoir lus, serais-tu moins empressé à revêtir ton air grave et ta belle redingote, à courir ensuite vers les urnes homicides où, quelque nom que tu mettes, tu mets d'avance le nom de ton plus mortel ennemi. Ils te diraient, en connaisseurs d'humanité, que la politique est un abominable mensonge, que tout y est à l'envers du bon sens, de la justice et du droit, et que tu n'as rien à y voir, toi dont le compte est réglé au grand livre des destinées humaines.

Rêve après cela, si tu veux, des paradis de lumières et de parfums, des fraternités impossibles, des bonheurs irréels. C'est bon de rêver, et cela calme la souffrance. Mais ne mêle jamais l'homme à ton rêve, car là où est l'homme, là est la douleur, la haine et le meurtre. Surtout, souviens-toi que l'homme qui sollicite tes suffrages est, de ce fait, un malhonnête homme, parce qu'en échange de la situation et de la fortune où tu le pousses, il te promet un tas de choses merveilleuses qu'il ne te donnera pas et qu'il n'est pas d'ailleurs, en son pouvoir de te donner. L'homme que tu élèves ne représente ni ta misère, ni tes aspirations, ni rien de toi ; il ne représente que ses propres passions et ses propres intérêts, lesquels sont contraires aux tiens. Pour te réconforter et ranimer des espérances qui seraient vite déçues, ne va pas t'imaginer que le spectacle navrant auquel tu assistes aujourd'hui est particulier à une époque ou à un régime, et que cela passera. Toutes les époques se valent, et aussi tous les régimes, c'est-à-dire qu'ils ne valent rien. Donc, rentre chez toi, bonhomme, et fais la grève du suffrage universel. Tu n'as rien à y perdre, je t'en réponds ; et cela pourra t'amuser quelque temps. Sur le seuil de ta porte, fermée aux quémandeurs d'aumônes politiques, tu regarderas défiler la bagarre, en fumant silencieusement ta pipe.

Et s'il existe, en un endroit ignoré, un honnête homme capable de te gouverner et de t'aimer, ne le regrette pas. Il serait trop jaloux de sa dignité pour se mêler à la lutte fangeuse des partis, trop fier pour tenir de toi un mandat que tu n'accordes jamais qu'à l'audace cynique, à l'insulte et au mensonge.

Je te l'ai dit, bonhomme, rentre chez toi et fais la grève.

http://www.homme-moderne.org/textes/cla ... greve.html
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Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede Béatrice le Dim 27 Mar 2011 21:03

Je vote
Tu votes
Il vote
Nous votons
Vous votez
Ils trinquent...
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Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede Salva le Dim 27 Mar 2011 22:01

Un corbeau sur une branche d'arbre tiens dans son bec un fromage.
Le renard lui demande: "Vas-tu voter pour Poutine?"
Le corbeau ne répond pas de peur de perdre son fromage.
Le renard insiste: "Dis-moi simplement oui ou non, vas-tu voter pour Poutine?"
Le corbeau excédé répond: "Oui!" et lâche le fromage.
Le renard s'en saisit et s'enfuit.
Le corbeau se demande alors: "Si j'avais répondu non, est-ce que cela aurait changer quelque chose?"

Anonyme, morale Russe pendant les élections présidentiels de 2004.


POUR NE PAS VOTER
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Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede bim le Lun 28 Mar 2011 00:01

Je me demandais... le jour où on nous soumettra un referendum sur le rétablissement de la peine de mort, et ben je crois que j'irais voter :gerbe:
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Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede Tuxanar le Lun 28 Mar 2011 08:16

En fait ce fil c'est pour poster des textes et s'autocongratuler de ne pas aller voter ?
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Re: L'électeur: un imposteur potentiel

Messagede Béatrice le Lun 28 Mar 2011 10:10

A Tuxanar :
Fil conducteur , congratulation , pour exprimer notre anti-électoralisme , quoi de plus normal dans un forum anarchiste ? Mais le
débat reste ouvert aux contradicteurs dans ce forum , et cela , je pense que tu le sais mieux que moi-même qui y suis entrée depuis peu .
Il m'a paru intéressant d'ouvrir ce topic , deux jours avant les élections . Voilà tout .
Béatrice
 

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