SOS Education

Débats politiques, confrontation avec d'autres idéologies politiques...

SOS Education

Messagede Nico37 le Dim 9 Mai 2010 10:41

L’ultra-vérité sur SOS-Education (1)


Mon billet récent sur [url=http://education.blog.lemonde.fr/2010/02/03/quand-meirieu-est-«-bedeifie-»-par-sos-education/]la bande dessinée de SOS-Education[/url] présentant Philippe Meirieu comme l’homme qui détruit les cathédrales au Bulldozer, me fournit une occasion - derrière le titre ci-dessus, délibérément racoleur - de faire le point sur cette association, à laquelle j’ai consacré plusieurs articles ces dernières années dans feu Le Monde de l’Education puis dansLe Monde.SOS-Education est une association libérale. Je pourrais tout de suite écrire « ultralibérale », ce ne serait pas faux, cela fait toujours plaisir et permet de communier entre amis, mais j’appuie sur le frein. Pourquoi ? Parce que cet adjectif une fois écrit, le propos est fermé. Il n’y a plus rien à ajouter, rien à comprendre, rien à argumenter, et chacun peut même se dispenser de combattre intellectuellement et sur le terrain de l’opinion les idées ainsi désignées.
Les responsables de SOS-Education se considèrent comme libéraux. C’est même la seule étiquette qu’ils ne récusent pas pour eux-mêmes, ce qui permet de relativiser leur affirmation selon laquelle cette association fondée par un groupe de parents « préoccupés par l’instruction de leurs enfants » est « rigoureusement indépendante de toute formation politique, syndicale ou professionnelle ».

Un ensemble sans frontières précises

L’indépendance à l’égard de toute « formation » n’est pas l’indépendance à l’égard de tout courant d’idées. Dans la mouvance ult… pardon, libérale, SOS-Education voisine avec une pléiade d’associations proches ou sœurs. Elle partage avec certaines des thèmes de campagne, une population cible, un style de présentation, ainsi que des méthodes de prospection et de levée de fonds identiques à celles du marketing direct, comme le publipostage (les « mailings » et autres « référendums »).
Cet ensemble d’associations aux nombreux traits communs est souvent présenté comme une « nébuleuse » car aucune structure fédératrice n’existe qui permettrait d’officialiser leurs liens. Des relations entre elles sont parfois étayées - qu’elles se déclarent amies, partagent une même adresse ou aient en commun certains responsables - mais rien ne vient véritablement coiffer l’ensemble, qui n’a pas de frontières précises. De nouvelles associations, sur de nouveaux thèmes, y apparaissent de temps à autre.
Par ailleurs, rien ne prouve que l’engagement dans l’une de ces associations implique d’être forcément sympathisant de toutes les autres. Sous toutes les réserves qui précèdent, on peut relever dans l’apparente proximité de SOS-Education, mais sans que soit établie une échelle précise de cette proximité et sans non plus viser l’exhaustivité, les associations suivantes :
« Contribuables associés » (mobilisée contre « l’oppression fiscale »… et la suppression de l’ISF) ; « Avenir de la culture » (qui dénonce la pornographie) ; l’« Institut pour la justice » (qui s’en prend au « laxisme » judiciaire) ; « Sauvegarde retraites » (pour la fin des régimes spéciaux) ; « Créer son école » (qui appuie la création d’écoles hors contrat) ; « Droit de naître » (contre l’avortement)… Ces trois derniers exemples - retraites, création d’écoles, IVG -, montrent bien la diversité des configurations possibles : on peut être engagé dans l’une de ces causes sans épouser les deux autres.

La référence libérale

Si l’on élargit le cercle au-delà des structures fonctionnant selon les principes du marketing direct, il conviendrait alors d’y intégrer des dizaines d’autres, dont le point commun reste la référence libérale. Certaines sont des pôles de rassemblement, plus ou moins actifs selon les périodes, comme « Liberté chérie ». Se présentant comme « une jeune association libérale militante qui entend faire évoluer notre vieux pays », celle-ci avait organisé en 2003 une manifestation contre les grèves.
«Liberté chérie revendique (ou revendiquait, car je ne sais pas où en sont aujourd’hui certaines de ces associations) de nombreux partenaires: «Contribuables associés» et «Créer son école», déjà citées, mais aussi les «Cercles libéraux» (créés par Alain Madelin, mais qui ont cessé toute activité depuis l’élection présidentielle de 2007), l’ALEPS (Association pour la Liberté Economique et le Progrès Social), l’IFRAP (Institut Français pour la Recherche sur les Administrations et les Politiques publiques) et l’Institut Turgot.
Je m’arrête un instant sur ces trois dernières. L’ALEPS est animée par l’économiste Jacques Garello, «en rupture avec la pensée unique» et qui tient une chronique mensuelle sur Radio Courtoisie («La radio libre du pays réel»). Pour qui ne la connaîtrait pas, cette radio est un point de rencontre de la droite de la droite, dans toutes ses composantes et sans autre limite apparente que celle de la légalité. Sans la réduire à cela, ses critères de respectabilité très généreux lui font faire une place aux nostalgiques du maréchal.

Pour le “pluralisme scolaire”

L’IFRAP se présente comme «le think-tank de la société civile» et «un des premiers laboratoires d’idées français». Surprise: l’IFRAP est devenu, en novembre 2009, la «fondation IFRAP», reconnue d’utilité publique par décret signé du premier ministre et du ministre de l’intérieur… Sa vocation affirmée à «effectuer des études et des recherches scientifiques» a quelque chose d’étonnant. Un peu comme si, à l’extrême opposé, Lutte Ouvrière fondait un «institut d’observationdes entreprises» et prétendait en faire reconnaître le caractère scientifique.
Enfin, l’Institut Turgot, fondé à Bruxelles en 1990 pour promouvoir «les avantages de la liberté personnelle et des idées libérales», est présidé par Guy Millière, néo-conservateur français ayant soutenu en 2003 l’invasion de l’Irak, ce pays où il fait aujourd’hui si bon vivre et jouir de la liberté personnelle. Dans la liste des membres du conseil scientifique de cet institut figure - c’est là où je voulais en venir - un nom cher à SOS-Education: celui de Philippe Nemo.
Non que cet intellectuel libéral, ex-«nouveau philosophe», en soit le créateur. Mais il en est l’ami et la «référence assumée», selon, l’expression d’un responsable de l’association. Grand spécialiste français de Friedrich Hayek, auteur notamment de «Pourquoi ont-ils tué Jules Ferry» (1991) et «Le Chaos pédagogique» (1993), maître de conférences à HEC, enseignant à l’ESCP-EAP (Sup de Co Paris), Philippe Nemo fait partie de ceux qui pensent que l’effondrement du système éducatif français prend sa source «collectiviste» au plan Langevin-Wallon de 1947.
Sur le site de l’association, il ne faut pas chercher longtemps pour trouver son manifeste «Pour le pluralisme scolaire». Philippe Nemo y propose de rompre avec un système «soviétiforme»: il préconise «que la collectivité finance l’enseignement», en fonction d’un «cahier des charges national», mais «que la prestation d’enseignement soit asssurée par des écoles indépendantes». C’est la fameuse proposition du «chèque éducation: au lieu que l’Etat subventionne directement les établissements scolaires, les parents reçoivent un chèque pour payer la scolarité de leurs enfants.
A ce sujet, Vincent Laarman, le délégué général de SOS-Education, que j’avais rencontré en 2006 pour mes articles sur l’association, dément formellement être, comme cela a été écrit ça et là, le correspondant de l’association américaine «Alliance for separation of school and state»: «C’est absurde. Nous, nous sommes pour un financement public de l’éducation». A l’occasion de cette enquête, j’avais constaté le refus par cette association américaine du système du voucher (chèque éducation) au motif que «celui qui vient toucher le chèque, l’Etat lui passe les menottes».
Comme quoi, il y a toujours encore plus libéral que ceux qui se désignent ainsi.
A suivre.
Luc Cédelle

L’ultra-vérité sur SOS-Education (2)


Fondée en novembre 2001, SOS-Education représente l’aile libérale de l’antipédagogisme. A ce propos, chacun ayant donné plus ou moins récemment sa définition de ce néologisme indispensable au débat éducatif, j’y vais de la mienne, qui est délibérément… enfin, à vous de voir.
Antipédagogisme : système idéologique étonnant, né en France au début des années 1980, aussi radical que transversal et permettant, à travers la contestation virulente de la politique éducative, de se poser très avantageusement en héros de la lutte contre la barbarie sans jamais affronter de barbares et sans avoir à renier aucun de ses engagements antérieurs, actuels ou futurs sur l’ensemble du spectre politique.
Il était donc fatal que l’antipédagogisme ait sa déclinaison libérale.
SOS-Education s’est fait largement connaître en 2005-2006 par sa campagne contre les « méthodes globales et semi-globales » d’apprentissage de la lecture (formulation empruntée à Sauver les lettres et permettant de stigmatiser la quasi-totalité des méthodes utilisées dans les écoles).

Des « syndicats subventionnés » à la « pornographie »

Derrière cet inusable produit d’appel, elle propose des options plus ouvertement idéologiques : non seulement le chèque éducation, mais aussi l’hostilité aux « syndicats subventionnés », aux mouvements pédagogiques et parfois aux « agitateurs qui font de la subversion dans les écoles », sans oublier la « pornographie » de certains livres de littérature de jeunesse.
Vincent Laarman, son délégué général, lorsque je l’avais rencontré en 2006, ne voyait pas malice dans l’utilisation de l’apprentissage de la lecture comme tremplin vers d’autres sujets. « Nous, on s’adresse aux gens, on ne passe pas notre temps à demander des subsides pour organiser des colloques. Il n’y a pas de contradiction entre le refus de la méthode globale et nos propositions d’ensemble sur l’éducation. C’est l’éthique de la responsabilité qui est à la base de toutes nos positions. »
Aborder ce type d’organisation c’est forcément, compte tenu de ses accointances au sein de la mouvance libérale et du positionnement majoritaire de celle-ci aux confins les plus droitiers de la droite, se poser des questions sur sa respectabilité. Ce questionnement, ici, est journalistique, c’est-à-dire que sa finalité n’est pas d’incriminer ou d’innocenter qui que ce soit, mais d’informer correctement.

Zéro relâchement

A gauche et à l’extrême gauche, on se pose peu ce genre de questions. Généralement, l’étiquetage sommaire suffit : libéral = ultralibéral = facho-réac, point barre. Stigmatisation maximale garantie, permettant d’associer confortablement l’adversaire aux « heures les plus noires de notre histoire ». Le problème avec ce type de réflexe, c’est d’une part qu’il ne fait disparaître personne par magie et d’autre part qu’il peut conduire à des attitudes inappropriées.
Du délégué général de l’association, Vincent Laarman, je ne connais que le personnage public. Mais, ce personnage incarnant des idées qui, pour moi comme pour beaucoup d’autres, sont à la fois d’un exotisme total et réputées extrémistes, j’ai évidemment guetté lors de nos discussions le moindre signe qui viendrait étayer cette suspicion. J’ai guetté longuement, en comptant un peu sur son possible relâchement. En vain.
Relâchement ? Je peux être totalement explicite : ayant la prétention d’être doté d’un « détecteur » interne performant en matière de racistes, de xénophobes ou d’antisémites, bref de vrais « fachos », je n’en connais pas qui, en plusieurs heures de discussion, ne se trahirait pas au moins un peu. D’une expression fugitive, d’un mot à double sens, d’un « vous voyez ce que je veux dire »… Là, rien.

Un autre univers politique

Bien sûr, je peux avoir été naïf. Mais j’ai surtout vu un interlocuteur ressemblant à ce qu’il voulait bien laisser voir : un catholique fervent, jeune patron issu d’une école de commerce (l’ESCP-EAP), militant libéral habité par sa cause et, sur l’éducation, doté d’idées simples et robustes que je ne partage pas et que, comme beaucoup de gens, je trouve effrayantes. Plusieurs années après cet entretien, l’association a certes commis toutes sortes de choses répréhensibles du point de vue de la gauche enseignante, (notamment appeler à signaler à l’administration les professeurs des écoles pratiquant les « mauvaises » méthodes) mais jamais ce que, dans le vocabulaire politique, on appelle des « dérapages ».
Cela ne veut pas dire qu’elle n’en commettra jamais, mais que rien ne permet jusqu’à présent de la caractériser comme si elle en avait commis.
Alors « ultra » ou pas, le libéralisme de SOS-Education ? Selon moi, oui, ultra. On voit bien que cette façon d’être libéral - batailleuse, intransigeante, volontiers « rétro » et souvent accompagnée d’un parfum d’ordre moral -, ne cadre pas, malgré des points communs et certaines passerelles, avec l’aile libérale de la droite de gouvernement.
Cette dernière, justement parce que son objectif est de conquérir ou de garder le pouvoir, est sensible aux rapports de force, portée aux compromis et tempérée par ses alliances avec la droite étatiste. Elle relève clairement d’un autre univers politique.

Contre la « droite conservatrice »

Le vocable « ultralibéral », même s’il est récusé par les intéressés, se justifie donc ne serait-ce que pour faire la distinction. Ses positions amènent les responsables de SOS-Education à ne se reconnaître dans aucun des partis ou mouvement politiques actuels. « La droite conservatrice française, m’expliquait Vincent Laarman, est corporatiste. Le système napoléonien, ça leur plaît… Ce qu’ils reprochent à l’éducation nationale, c’est surtout de ne pas la contrôler eux-mêmes ».
Cette conviction d’être « ailleurs » s’applique à l’ensemble de la mouvance dans laquelle s’insère l’association. Elle peut être rapprochée d’une citation de Philippe Nemo, la référence intellectuelle de SOS-Education, dans « Qu’est-ce que l’Occident ? » (PUF, 2004) : « On a cru que la vie politique et les enjeux de société se structuraient en deux camps, la gauche et la droite, alors qu’il y avait, en réalité, un jeu complexe entre trois pôles, la gauche, la droite et la démocratie libérale, cette dernière ayant rarement, jusqu’à nos jours, combattu sous ses propres couleurs. »
Bien sûr, le « ni droite-ni gauche » est une vieille constante de l’extrême droite. Toutefois, ce positionnement, même s’il reste un « marqueur » important, n’est pas suffisant pour caractériser de manière expéditive un extrémisme qui déborderait du cadre républicain. Toute la question, me semble-t-il, est là : ce qui déborde ou non de ce cadre. Car il est évidemment possible d’avoir toutes sortes d’idées extrêmes, sans pour autant être passible de l’apologie de crimes contre l’humanité ni représenter un danger immédiat pour la démocratie.

« L’éthique de la responsabilité »

Laissons notre balancier revenir de l’autre côté : cette mouvance n’est pas non plus faite de gentils bambins ! Non parce que ses idées, intrinsèquement, seraient toutes choquantes ou qu’elles auraient une visée oppressive. Au contraire, elles sont pavées de bonnes intentions. Mais leur application violenterait tellement de groupes sociaux, bouleverserait tellement d’équilibres issus de l’histoire, piétinerait tellement de valeurs qui nous semblent acquises que seul un pouvoir autoritaire serait en mesure de l’imposer. De ce point de vue, elles relèvent bien, à mon sens, d’une forme d’extrémisme.
Elles en relèvent aussi du fait qu’à l’étranger, elles ont accompagné et accompagnent encore des actes politiques brutaux. « L’éthique de la responsabilité » est un point de départ philosophique qui, de fil en aiguille, semble mener à toutes sortes de choix nettement moins avenants, du soutien à la calamité mondiale George Bush à l’enthousiasme pour le « choc des civilisations » en passant par l’adulation de la figure historique de Margaret Thatcher, l’hostilité envers « l’imposture » écologique et la lutte acharnée contre tous les filets de protection sociale…
De même que le léninisme, partant de l’émancipation des masses, en arrive à la dictature du parti unique, le libéralisme semble passer avec une facilité déconcertante de l’éthique de la responsabilité à l’éloge de la cruauté sociale.

Vitupération inopérante

Cela étant, ces idées sont, en quelque sorte, « en vente libre » dans notre société. On a le droit de les avoir. On ne peut et on ne doit pas être criminalisé de les professer. On ne peut faire porter sur les épaules de leurs défenseurs la réprobation morale induite par les applications extrêmes de ces idées à travers les âges et sur un plan mondial (à ce compte-là, peu d’idéologies seraient indemnes). C’est pourquoi la vitupération réflexe contre les « fachos-réacs » me paraît inappropriée et inopérante.
Dans le contexte français, les membres de cette mouvance n’ont pas de sang sur les mains (je connais l’objection : « c’est parce qu’ils n’ont pas de mains »… mais les libéraux ne sont pas seuls dans ce cas). Ils respectent les lois, ne mettent pas en cause les libertés démocratiques ni la légitimité des élus de la nation, ne menacent pas physiquement leurs contradicteurs, n’organisent pas de milices politiques…
Au moins tant qu’il n’a pas eu l’occasion de mettre ses idées en pratique, un « libéral » français, même « ultra », n’est donc pas plus odieux que ne l’étaient jadis - la comparaison ne plaira ni aux uns ni aux autres - un communiste stalinien, « working class hero » imposant la protection sociale et le droit des travailleurs contre des patrons implacables ou, plus près de nous, les mouvements gauchistes des années 1970 où sont nés politiquement la quasi-totalité des dirigeants actuels de la gauche politique et syndicale.
Ce développement, à mes yeux nécessaire pour situer SOS-Education dans son contexte, nous éloigne de l’action concrète de l’association, sur lesquelles nous allons revenir.
A suivre.
Nico37
 

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