Autonomes

Débats politiques, confrontation avec d'autres idéologies politiques...

Re: Autonomes

Messagede Berckman le Ven 27 Mar 2009 13:19

Merci pour ces précisions Antigone.

Sur l'allemagne, je faisais référence aux camarades se revendiquant dans les années 70-80 de l'autonomie, mais qu'il est sans doute effectivement plus exact de définir comme "guévaristes".
La difficulté étant de distinguer ce qui recoupe des identifications issues de "l'effet de mode" dont tu parles et le courant de l'autonomie ouvrière en tant que telle.
En tout cas le moins qu'on puisse dire c'est que ton post est éclairant.
Petite question subsidiaire : que pense du de la brochure éditée aux éditions spartacus, qui est l'un des rares travaux synthétique en français sur la question ?
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Re: Autonomes

Messagede Antigone le Ven 27 Mar 2009 16:28

La brochure dont tu parles s'appelle "L'Autonomie, le mouvement autonome en Italie et en France". Elle a été publiée en avril 78...

La 1ere partie consacrée à l'Italie est une traduction d'un article de la revue Liaisons Ouvrières (collegamenti operaio). Elle est imbibée d'une rhétorique incompréhensible à nous autres français à moins d'avoir suivi un stage de plusieurs mois dans une école marxiste (et encore !). Mais c'était la manière de parler des italiens. Le PCI n'était seulement important politiqueMment, il l'était surtout culturellement, et toutes les élites intellectuelles et militantes italiennes s'exprimaient de cette manière.

La 2e partie est un instantané sur l'activité des groupes autonomes de la région parisienne. Il vaut ce qu'il vaut. Il est daté de décembre 77 et aujourd'hui, il manque singulièrement de recul.

L'Autonomie italienne a connu 2 périodes: 74-75 et 76-77. La première période est la plus intéressante parce que la révolte commence par s'exprimer culturellement et son esprit va se transmettre très vite dans l'ensemble de la société. La deuxième période est politique, le langage perd de sa spontanéité, et la langue de bois des groupes politiques va finir par tout envahir. Et plus on va vouloir chercher des pespectives politiques et plus les groupes qui cherchent à créer le parti vont se mettre en avant...

D'ailleurs, la première phrase de la brochure rejoint un peu ce que je viens de dire:
Aujourd'hui, quand on parle de la planète de l'autonomie en Italie, on ne se réfère plus à un ensemble d'organismes autonomes d'usines ou de zones mais à un ensemble de groupes politiques.

Voila. Et si on en reste là, on ne comprend pas grand chose.

Je te conseille de lire plutôt "Italie 77, le "Mouvement", les intellectuels" - Documents rassemblés par Fabrizio Calvi, édité au Seuil en 1977. Un ouvrage en forme de témoignage, plus complet (200 pages au lieu de 30) et plus analytique aussi, même s'il ne couvre (malheureusement) que la période qui va de janvier à septembre.

Un petit passage plutôt marrant extrait de ce livre, chapitre "la révolte des exclus" et que j'avais annoté:
Les "Indiens métropolitains" sont une des composantes les plus significatives de cette aire. Ils ont fait brusquement irruption au sein du Mouvement en février 77 et se sont retirés sur la pointe des pieds quand la grande presse s'est interessée d'un peu trop près à leurs danses sacrées. La première tribu s'est formée à Rome, mais très vite d'autres "Peaux Rouges" se sont installée à Milan, Turin, Florence... Ils demandent la libéralisation du haschisch, de la marijuana, du LSD, la réquisition des immeubles vides, la création de rondes anti-familles afin d'enlever les mineurs conditionnés par leurs parents, un kilomètre carré de verdure pour chaque habitant, le renvoi dans leur pays d'origine de tous les animaux détenus dans les zoos...

On est loin du P38...
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Re: Autonomes

Messagede autonomia operaia le Mar 7 Avr 2009 23:10

Putain je suis également étonné de la méconnaissance des gens de ce forum sur l'histoire de l'autonomie. C'est actuellement chez les jeunes militants un courant super important (et qui tends à le devenir plus)... n'y aurait il que des vieux sur ce forum?
Bon alors j'ai pas grand chose à rajouter à l'intervention de Antigone à part de recommander la lecture de "A l'assault du ciel" de Steeve Wright chez Senoneverohttp://senonevero.communisation.net/ (autonomes tendances marxistes) afin de comprendre la situation en Italie dans les années 70.


Je rajouterais aussi une serie de liens internet

http://cettesemaine.free.fr/ (journal phare de l'autonomie, j'aime pas du tout)
http://meeting.communisation.net/ (la tendance marxiste française très en marge)
http://www.non-fides.fr/ (la tendance anarchiste,largement majoritaire en france, c'est pas le cas par exemple en Allemagne, mais bon c'est pas des marxistes tendance stal...)
http://basseintensite.internetdown.org/ (toutes les brochures issus de la mouvance autonome là vus avez de quoi vous marrer)
http://infokiosques.net/ (recueuil de moult textes)

Pour vous faire un rapide topos sur "ou sont les totos actuellement?" bah c'est principalement: les luttes étudiantes, les luttes de sans papiers, les luttes anticléricales... On les retrouvera pas à manifester pour la retraite à 50 ans quoi... On les voit souvent dans les contres sommets au sein des Black bloc...
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Re: Autonomes

Messagede qierrot le Mar 7 Avr 2009 23:51

je ne sais pas justement si Antigone définirais ces éléments d'autonomes au regard de l'Histoire et du sens...si j'ai bien compris son entendement du mouvement. D'ailleurs ton pseudo pour moi fait référence, même dans son entendement français de la fin des années 70, à du sens que je ne trouve pas vraiment dans ce qui est plutôt une forme de l'anarchisme individualiste pour beaucoup d'entres eux, et surtout des résurgences souvent mal digérées de situationisme, ce qui est souvent appelé post situationisme. Non fides est peut-être révélateur d'une forme d'être, d'une attitude, plus que de pensée d'ailleurs, mais n'est pas réellement un groupe, ou du moins un groupe très nombreux...Mais de fait et même s'il y a une forme d'entorse, dans la mesure où l'on est un peu dans l'indéfinissable, le terme d'autonomes (et de totos) permet d'identifier...Parce que sinon, on va appeler çà comment ? :siffle:
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Re: Autonomes

Messagede Pia le Mer 8 Avr 2009 14:47

autonomia operaia a écrit:Putain je suis également étonné de la méconnaissance des gens de ce forum sur l'histoire de l'autonomie. C'est actuellement chez les jeunes militants un courant super important (et qui tends à le devenir plus)... n'y aurait il que des vieux sur ce forum?
Bon alors j'ai pas grand chose à rajouter à l'intervention de Antigone à part de recommander la lecture de "A l'assault du ciel" de Steeve Wright chez Senoneverohttp://senonevero.communisation.net/ (autonomes tendances marxistes) afin de comprendre la situation en Italie dans les années 70.


Je rajouterais aussi une serie de liens internet

http://cettesemaine.free.fr/ (journal phare de l'autonomie, j'aime pas du tout)
http://meeting.communisation.net/ (la tendance marxiste française très en marge)
http://www.non-fides.fr/ (la tendance anarchiste,largement majoritaire en france, c'est pas le cas par exemple en Allemagne, mais bon c'est pas des marxistes tendance stal...)
http://basseintensite.internetdown.org/ (toutes les brochures issus de la mouvance autonome là vus avez de quoi vous marrer)
http://infokiosques.net/ (recueuil de moult textes)

Pour vous faire un rapide topos sur "ou sont les totos actuellement?" bah c'est principalement: les luttes étudiantes, les luttes de sans papiers, les luttes anticléricales... On les retrouvera pas à manifester pour la retraite à 50 ans quoi... On les voit souvent dans les contres sommets au sein des Black bloc...



Que c'est bancal et peremptoire!
Cette Semaine te foutrait un gnon si tu avais dis en face qu'ils étaient le journal phare de l'autonomie... :lol:
CS est un journal anarchiste, pas plus ni moins que Non Fides.

Parler de tendance anarchiste majoritaire en France, poisson d'avril? Soyons sérieux... La majorité se retrouve dans le marxisme dit anti-autoritaire, très classiste. Les anarchistes ne sont que quelques-uns, souvent marginalisés et ne se réclament quasi jamais de l'autonomie.
Ensuite il ne faut pas tout confondre, les autonomes et les anarchistes hors organisations permanentes (important à préciser dans des pays de merde comme la France ou l'Espagne) n'ont rien à voir ensemble.

Ensuite, je ne répondrais pas aux saloperies habituelles de certains mais préciserait juste que Non Fides n'est pas un groupe, mais un journal, qui édite également des brochures et qui anime un site. Nul intérêt donc de tirer un "bilan d'activité" puisque les activités ne sont pas réalisées sous quelconque nom, mais par des individus. Si vous n'arrivez pas à comprendre ça, je ne peux rien faire!
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Re: Autonomes

Messagede autonomia operaia le Mer 8 Avr 2009 20:40

l'anarchisme individualiste pour beaucoup d'entres eux

:roll:

Cette Semaine te foutrait un gnon si tu avais dis en face qu'ils étaient le journal phare de l'autonomie... :lol:

C'était une boutade :mrgreen:
Je dis ça parce que quand tu lis tu vois qu'ils se prennent trop pour la cuisse de Jupiter ça me fait marrer...

Soyons sérieux... La majorité se retrouve dans le marxisme dit anti-autoritaire, très classiste. Les anarchistes ne sont que quelques-uns, souvent marginalisés et ne se réclament quasi jamais de l'autonomie.

Bah écoute... moi la jeunesse que je fréquente et qui se qualifie "d'autonomes" est exclusivement anarchiste. Allez on va caricaturer "les totos" ( :aime: ) se revendiquent très souvent du mouvement autonome, autonomes de toutes organisations, de toutes structures institutionnelles... je te parles pas des anars inorganisés, qui se revendiquent pas en opposition avec le orgas, qui n'articulent pas leur lutte sur des positions autonomes mais simplement en marge de ces organisation... Après comme disait Qierrot, y a une bonne dose de situationisme aussi chez les jeunots (mais pas une once d'individualisme par contre). Pour moi un autonome c'est un mec libre dans ses pensée et ses actes indépendamment de tout mandat, programme politique, qui se structure en relation pas uniquement basé sur une étiquette mais qui parvient à s'organiser collectivement tout de même (chose qui peche à l'heure actuelle chez les "totos" (grosse pincettes, je trouve pas d'autres mots... ah si anarcho autonome :bourre: ).
Et puis l'autonomie c'est des formes de combat... c'est les autoréduc', c'est l'émeute, c'est l'assembléisme, le squat tout ça quoi...
Mais l'autonomie pour moi se détache plus ou moins de l'idéologie... je me retrouve plus facilement avec un marxiste mouvementiste dans les luttes sociales que avec un anar centraliste... j'ai moi même une forte culture marxiste (sors de ce corps, sors de ce corps) je le confesse...
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Re: Autonomes

Messagede conan le Mer 8 Avr 2009 21:04

Euh, ça existe, les "anars centralistes" ? :)
On en apprend tous les jours !
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Re: Autonomes

Messagede Antigone le Mer 8 Avr 2009 22:33

autonomia operaia a écrit:
Pour moi un autonome c'est un mec libre dans ses pensée et ses actes indépendamment de tout mandat, programme politique, qui se structure en relation pas uniquement basé sur une étiquette mais qui parvient à s'organiser collectivement tout de même (chose qui peche à l'heure actuelle chez les "totos" (grosse pincettes, je trouve pas d'autres mots... ah si anarcho autonome ).
Et puis l'autonomie c'est des formes de combat... c'est les autoréduc', c'est l'émeute, c'est l'assembléisme, le squat tout ça quoi...
Mais l'autonomie pour moi se détache plus ou moins de l'idéologie... je me retrouve plus facilement avec un marxiste mouvementiste dans les luttes sociales que avec un anar centraliste... j'ai moi même une forte culture marxiste (sors de ce corps, sors de ce corps) je le confesse...


On n'empêchera jamais des gens de se dire "autonomes", même si l'Autonomie est un mouvement qui a disparu en 1979.
On ne les empêchera pas non plus de se coller cette étiquette en y associant un contenu assez éloigné de la rupture qui a caractérisé la fraction la plus radicale des années 70.
C'est comme ça... L'autonomie n'a jamais été une marque déposée.
Je pense seulement que le propre de l'autonomie, c'est de refuser toute qualification. Alors, il vaut peut-être mieux éviter d'employer des mots chargés d'un passé souvent embarrassant quand on n'est pas sûr du sens qu'on souhaite leur donner.
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Re: Autonomes

Messagede Pia le Jeu 9 Avr 2009 00:22

autonomia operaia a écrit:
l'anarchisme individualiste pour beaucoup d'entres eux

:roll:

Cette Semaine te foutrait un gnon si tu avais dis en face qu'ils étaient le journal phare de l'autonomie... :lol:

C'était une boutade :mrgreen:
Je dis ça parce que quand tu lis tu vois qu'ils se prennent trop pour la cuisse de Jupiter ça me fait marrer...

pourquoi dis tu cela?
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Re: Autonomes

Messagede Polack le Lun 13 Avr 2009 21:56

J'ai parcouru ce sujet un en diagonale je dois bien le dire... Mais malgré le fait que ce soit mon 1er post je me permettrai tout de même une remarque ou deux :

J'ai cru sentir un certain dédain sur ce forum ou sur le terrain, pour ceux qui se qualifient ou sont qualifiés d'autonomes. Je pense qu'il faut respecter les modes d'action et de pensée de chacun des courants. Au delà des différents, de nombreux points d'entente peuvent être trouvés sur le terrain.

Les autonomes que je connais ne sont pas des incultes, des casseurs sans culture politique, sans revendications. Ils savent également s'organiser et participent aux luttes locales, de ce que j'en vois chez môa, dans la concertation et le consensus.

Si certaines actions violentes peuvent être maladroites, sujettes à caution, ou mal interprétées, ce n'est pas l'apanage des autonomes. Et plutôt que de tout dénigrer en bloc je pense qu'il faut faire un tri. Si l'on pense que cela décrédibilise un mouvement, ce qui peut être le cas, il convient tout de même de ne pas les décrédibiliser eux.

voilà, je ne me retrouve pas vraiment dans cette mouvance, ni dans aucune d'ailleurs n'étant pas trop au fait des différentes étiquettes que certains se plaisent à se coller sur la tronche.

Je pense tout de même qu'avant de casser du toto sur le plan théorique ou dans les luttes locales, on a tout intérêt à ce concentrer sur ce qui nous unit.
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Re: Autonomes

Messagede fu hsang le Lun 13 Avr 2009 23:34

humpf ...comme tu l as si bien dit dans ta presentation , ce sont les autres qui te collent les etiquettes , et apres libre a toi de t en reclamer ou pas

quant a savoir si l Autonomie est morte en 79 , c est comme de dire que l anarchisme est mort en sur les barricades de barcelone , c est pour moi avoir une attitude de gardien du temple et du savoir ...je pense qu une certaine forme d autonomie est morte , comme un certain anarchisme est mort en 36 , car dirent cela c est admettre qu elles sont figés et non evolutives , comme les autonomes de 70 79 n avaient rien a voir avec les autonomes de 20 30 ni l autonomie espagnoles pre cnt
quant a se referer a l histoire , je pe,nse qu il ne faut pas trop en abuser car apres on voue un culte au passé
fu hsang
 

Re: Autonomes

Messagede qierrot le Mer 15 Avr 2009 08:56

fu hsang a écrit:quant a se referer a l histoire , je pe,nse qu il ne faut pas trop en abuser

La connaître est pourtant intéressant et important.
Et çà permet de ne pas en "abuser"...
Des "autonomes" avant les "autonomes", dans les années 20 30 ??
qierrot
 

Re: Autonomes

Messagede Antigone le Mer 15 Avr 2009 18:42

fu hsang a écrit:quant a savoir si l Autonomie est morte en 79 , c est comme de dire que l anarchisme est mort en sur les barricades de barcelone , c est pour moi avoir une attitude de gardien du temple et du savoir ...je pense qu une certaine forme d autonomie est morte , comme un certain anarchisme est mort en 36 , car dirent cela c est admettre qu elles sont figés et non evolutives , comme les autonomes de 70 79 n avaient rien a voir avec les autonomes de 20 30 ni l autonomie espagnoles pre cnt
quant a se referer a l histoire , je pe,nse qu il ne faut pas trop en abuser car apres on voue un culte au passé


Considérant la période actuelle de crise économique qui s'est ouverte en 1973-74, l'Autonomie ouvrière est à ce jour la dernière opposition radicale à avoir émergé, et qui a contesté l'ordre établi en posant la question de son renversement.
Mais quand on se réfère à l'histoire du XXe siècle, on s'aperçoit qu'à toute époque de telles oppositions sont apparues, crise ou pas crise, en lien étroit ou pas avec la classe ouvrière, et se plaçant toujours en position d'accusateur par rapport à une dérive, à une dénaturation ou à une "trahison".
Les Oppositions conseillistes de 1917-22 (Luxembourg, Pannekoek, Kollontai) se sont constituées en réaction à la confiscation des soviets par les bolcheviks au profit de l'appareil d'Etat. A partir de 1923 jusqu'aux années 30, des Oppositions dites "de Gauche" ont pris le relais en réaction à la stalinisation des PC et de l'IC (Trotsky, Bordiga, Korsch. Munis).
Elles ont toutes survécu à la guerre, aux 30 Glorieuses, et leurs idées sont encore représentées de nos jours dans des organisations spécifiques, même si certaines sont restées à l'état groupusculaires.
Je pense que tu faisais allusion à ce que je viens d'évoquer quand tu parles "d'autonomes de 20-30". Par contre, pour moi la CNT ne s'est pas constituée comme les oppositions qui lui étaient contemporaines. C'ést une organisation anarchiste qui s'est comportée comme une organisation anarchiste.

Les oppositions qui sont nées après la guerre, dans une période d'expansion économique, n'étaient plus en lien avec des mouvements sociaux. C'est par conséquent dans des revues élitistes (Socialisme ou Barbarie, l'Internationale Situationniste) qu'elles ont développé des théories qui mettaient en parallèle la nature contre-révolutionnaire et pourrissante du stalinisme avec le cauchemar aliénant dans lequel nous précipite la société de consommation.
Le point commun de toutes ces oppositions, c'est leur héritage marxiste.

Voila. Je pense qu'il est effectivement important de se référer à l'histoire. Et c'est en la considérant de cette façon qu'on peut affirmer sans prendre trop de risques que d'autres oppositions verront le jour dans l'avenir, influencées par des mouvements sociaux qui auront forcément des caractéristiques différentes des mouvements antérieurs.

Quand je dis que l'Autonomie ouvrière a pris fin en tant que mouvement en 1979 avec la disparition des derniers groupes d'entreprises, je ne me pose pas en gardien du temple. Je rapporte simplement les faits.
Par la suite, l'Autonomie a connu un prolongement théorique via le courant conseilliste jusqu'en 1981-82, puis déclinant avec le post-situationnisme jusqu'à la fin des années 80.
Depuis, le point de rupture d'origine qui était l'alliance implicite entre les syndicats et l'Etat, la nécessité de s'organiser en dehors de toute organisation institutionalisée, s'est estompée dans l'esprit de ceux qui aujourd'hui se disent "autonomes" au profit d'un état de rebellion aux contours encore bien imprécis.
Par contre, lorsque tu dis qu'une certaine forme d'autonomie est morte, je suis d'accord. Mais j'irai plus loin...

Je rappellerai que la langue française n'a que deux mots pour définir le fait de se placer en dehors d'un cadre établi pour s'auto-administrer: indépendance et autonomie. Les nationalistes et les régionalistes ont fait main basse sur les termes d'indépendantiste et d'autonomiste. Indépendant est un mot qui revet une connotation de droite depuis que les libéraux l'ont utilisé pour faire oublier qu'ils étaient de droite. Reste le mot autonome qui n'est pas une marque déposée...
Ceci ne veut pas dire que la prochaine opposition radicale reprendra le terme d'autonome, mais faute de mieux, on reprend les termes qui ont déjà servi.

La société a énormément changé, surtout au niveau de ses moyens de communication. Ces 30 dernières années ont vu le modèle centraliste se disloquer, des modes d'organisations plus souples et plus horizontaux apparaitre. L'individualisation s'est répandue. Des échanges par réseaux sont en train prendre leur essor. Tous ces phénomènes additionnés me laissent à penser que les prochaines oppositions radicales s'identifieront autrement.
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Re: Autonomes

Messagede leo le Ven 17 Avr 2009 20:27

Je suis en gros d'accord avec Antigone.

Mais je ne dirais pas que l'Autonomie ouvrière est morte en 1979 : mais ce qu'on a appelé "mouvement autonome" parisien (hormis la capitale, il n'y avait qu'à Toulouse et à Caen où on a pu parler de présence notable des "autonomes") n'a pas duré deux ans, depuis sa date de naissance - la réaction collective d'un certain nombre de camarades à la mort de Baader, Ensling et Raspe (de mémoire !) avec occupation de Libé et les manifs pour Klaus Croissant - à l'automne 1977 et la fin dans la séquence 23 mars 79 (manif "offensive" des sidérurgistes)-23 avril 79 (naufrage politique de l'autonomie lors du meeting de la Mutualité).

L'autonomie ouvrière, dans sa dynamique sociale-politique, s'est sans doute effondrée parallèlement mais pour d'autres raisons : la fin d'une certain phase d'accumulation qui était aussi une phase de montée des luttes ouvrières car elles y étaient en grande partie corrélée. La fin des années 70, c'est aussi le début d'une réorganisation du capitalisme, la fin des "30 glorieuses", et une contre-offensive de la bourgeoisie autour de la réduction des "coûts" de la main d'oeuvre avec les premiers plans de licenciement et l'invention des "plans sociaux". La sidérurgie sera la première touchée (plan Dubigeon)
L'autonomie ouvrière, on l'a retrouvé encore dans des luttes "dos au mur", je pense aux sidérurgistes de La Chiers (Ardennes) qui ont gagné aussi à coup d'explosifs et de fusils (il y avait des groupes armés ouvriers dont l'un s'appelait Vireux Vaincra, VV) un des meilleurs plan social qui soit dans le contexte du moment. Et puis l'explosion de Longwy en 84. Mais là aussi, les luttes étaient défensives, déterminées, autonomes par plein d'aspects (radio de lutte, actions directes de toutes sortes...). Mais une fois les travailleurs licenciés, hors de l'usine, hors de la production.... l'activité autonome ouvrière s'éteint d'elle même. On la retrouvera aussi en 83 avec la grève des ouvriers immigrés (OS) de Talbot (Poissy) qui se sont soulevé en masse, contre la direction et le syndicat fasciste CSL. La gauche au gouvernement, Mauroy déclarant que ces travailleurs étaient "islamistes", a organisé l'isolement de ces travailleurs et aucune initiative de solidarité n'est venue du mouvement syndical "français", pas même de ses "oppositions" internes.
Le PS au pouvoir a été l'artisan de cette offensive contre l'autonomie ouvrière, en même temps qu'il donnait plus de moyens aux bureaucraties syndicales (lois Auroux) en particulier dans les secteurs étatisés, SNCF, etc., et ça c'est assez cohérent.

Quant aux "autonomes", ils n'ont jamais cessé d'exister, au long des années 80 et 90. Mais s'il y a eu de multiples expériences politiques ces 30 dernières années 'essentiellement sous la forme de collectifs), le "mouvement autonome" inaugural (avec ses AG bordéliques mais avec 500 personnes et parfois plus) est bien mort un certain 23 avril 1979 dans la grande salle de la Mutualité.
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Re: Autonomes

Messagede fu hsang le Ven 17 Avr 2009 21:30

wé .. et bien content que ce mouvement (celui que vous decrivez ) soit mort alors ... parce que pour moi y a pas grand chose d autonome dans ce que tu dis ...c est juste des revendications salariales un plus musclé avec des armes ... wé .. aucune construction , rien de creatif ... juste avoir une plus grosse prime .. humpf .. ils leur ont filé et ils ont ferme leur gueule apres ??
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Re: Autonomes

Messagede Antigone le Sam 18 Avr 2009 12:45

leo a écrit:L'autonomie ouvrière, on l'a retrouvé encore dans des luttes "dos au mur", je pense aux sidérurgistes de La Chiers (Ardennes) qui ont gagné aussi à coup d'explosifs et de fusils (il y avait des groupes armés ouvriers dont l'un s'appelait Vireux Vaincra, VV) un des meilleurs plan social qui soit dans le contexte du moment. Et puis l'explosion de Longwy en 84. Mais là aussi, les luttes étaient défensives, déterminées, autonomes par plein d'aspects (radio de lutte, actions directes de toutes sortes...). Mais une fois les travailleurs licenciés, hors de l'usine, hors de la production.... l'activité autonome ouvrière s'éteint d'elle même. On la retrouvera aussi en 83 avec la grève des ouvriers immigrés (OS) de Talbot (Poissy) qui se sont soulevé en masse, contre la direction et le syndicat fasciste CSL.

Les luttes "dos au mur" contre les restructurations de branches dont tu parles, même si elles étaient dures et déterminées, n'en étaient pas moins défensives et sont restées contrôlées par les syndicats du début à la fin, même si par moments, cela ne s'est pas fait sans mal.
Je ne leur trouve aucun rapport avec l'Autonomie ouvrière qui était, elle, clairement anti-syndicale, offensive, et révolutionnaire.

Pour en revenir à Longwy qui a effectivement été une lutte emblématique des années 79-84 pour ce qui concernait la défense des bassins d'emplois, j'aurais quelques remarques à faire.

La CGT a su très habillement manoeuvrer pour éviter de se faire dépasser.
Tout d'abord, au lieu de s'enfermer sur place, d'en rester à une occupation des lieux qui était dévenue traditionnelle depuis 68, elle a compris qu'il fallait permettre à la revolte de s'exprimer hors de l'entreprise parce que la pression y était devenue trop forte et qu'elle risquait de se faire piétiner.
La meilleure façon de canaliser une révolte, de la faire aller là où l'on veut qu'elle aille, c'est de l'accompagner, quitte à ce qu'il y ait ça et là des dégâts collatéraux comme les mises à sac d'une chambre patronale ou d'une sous-préfecture.
La CGT a joué la stratégie du soufflet: on popularise la lutte auprès de l'opinion, on va à la rencontre des élus ceints de leur écharpe tricolore jusqu'à un point culminant plannifié de longue date, une démonstration nationale la plus eblouissante possible (manif du 23 mars 79), après quoi le soufflet ne pourra que retomber... et c'est ce qui s'est passé.
Ceux qui voulaient affronter drectement le pouvoir étaient noyés dans cette radicalité sous contrôle, et en plus, ils étaient à la CFDT (!) qui, pour faire bonne figure face à la CGT, ne proposait, à travers des reconversions, qu'une autre manière de faire avaler la pillule.

Après 81, alors que la gauche au gouvernement poursuivait ce que la droite avait entrepris, la CGT n'a pas craint d'utiliser des méthodes violentes, de les cautionner au besoin, parce qu'ainsi elle préservait l'essentiel, son image de syndicat combattif et sa place de premier syndicat d'une part, mais aussi le contrôle entier sur les actions entreprises afin de ne pas être prise en flagrant délit de collaboration avec l'Etat.

Les luttes dont tu parles n'avaient donc rien d'autonomes.
Une barre de fer n'est pas autonome en soi, a fortiori quand on y trouve un auto-collant de la CGT. Des méthodes violentes, illégales au regard de la loi, il y en a eu. On a pu utiliser des explosifs, certes, et il y a aujourd'hui des séquestrations, mais tout est réfléchi, calculé en vue de faire avancer des négociations, diminuer la portée des plans sociaux. Tout cela est resté et reste encore sous contrôle syndical.

Voila plus d'une trentaine d'années que la crise dure et les syndicats se sont adaptés. Ils ont appris à utiliser la révolte des travailleurs pour la canaliser et la faire aller dans leur sens. Mais ce qu'ils veulent éviter à tout prix, c'est que les travailleurs se retournent contre eux, s'organisent de manière "autonome", car alors il n'y aurait plus d'intermédiaires entre le patronat et la classe ouvrière et du même coup, le système serait en danger.

°°°°°°°°°°°°°

Je me permets d'apporter mon petit témoignage sur l'Autonomie ouvrière d'entreprise telle que je l'ai vécue.

En 1978, j'ai participé à un groupe aux PTT. C'était quelques mois après la fin d'un conflit. J'avais déchiré ma carte de la CGT.
Ce groupe a été formé au mois de janvier à l'initiative de quelques militant(e)s de sensibilité revolutionnaire: ex-OCT, sympathisant OCL, ancien de la FA de 68, auxquels s'étaient joints des non-syndiqués qui avaient joué un rôle actif dans la grêve. Notre base de départ était claire: anti-syndicale, anti-gestionnaire, anti-éléctoraliste et féministe.

Nous faisions des réunions presque toutes les semaines qui réunissaient une quinzaine personnes chaque fois, et pas forcément les mêmes, avec des gens très "convenables", des ménagères mères de famille...
L'essentiel de notre activité était de réaliser un petit journal ronéotypé que nous vendions 1 franc symbolique (il n'y a eu que 2 numéros).
Notre but avoué était d'être déjà organisés, prêts à agir au moment où la prochaine grêve se déclencherait. C'était une sorte de comité de grêve en attente de grêve. Mais nos préoccupations dépassaient les limites de l'entreprise. Ainsi, avant les élections législatives, nous avons rédigé un texte qui appelait à l'abstention.

Après le premier numéro, des dissenssions sont apparues. Le problème venait que nous n'avions pas d'existence "légale" dans l'entreprise, pas de droits. Nous vivions à la merci d'une sanction disciplinaire, d'une dénonciation des petits chefs pour "activité politique non autorisée", mais aussi de la CGT qui n'acceptait pas de nous voir empiéter sur son terrain.
Malgré notre ligne anti-syndicale, certains ont commencé par évoquer la possibilité de nous constituer en "syndicat libre", puis après le 2e numéro, se rendant compte de la difficulté de la têche, ils ont décidé "d'investir en masse" la section CFDT qui sommeillait, afin d'en prendre la direction et de s'en servir comme "couverture".
Après la rentrée de septembre, ils ont mis leur plan à éxécution et notre groupe s'est dissout.
Un an après, la dite "couverture" s'était transformée en édredon, et le gaucho de l'UTCL/LCR qui tenait le secrétariat de section avant l'invasion avait réussi à défendre son fauteuil.

L'autonomie était dans l'air du temps. Cependant, notre groupe (qui d'ailleurs n'avait pas de nom) ne s'est jamais revendiqué autonome. Pourtant il l'était de fait.

Ce n'est qu'un peu plus tard, lorsque j'ai rejoint Tribune (ex-T2 de la LCR, au début proche des positions de Castoriadis) que j'ai appris qu'il y avait eu des dizaines de groupes d'entreprises en France qui s'étaient constitués au même moment.
J'ai eu l'occasion de croiser quelques un(e)s de leurs animateurs au cours des réunions inter-groupes que PIC ou le Cercle Marxiste de Rouen organisaient en 1980. Certains groupes comme à Michelin-Clermont ou Peugeot-Sochaux sont allés jusqu'à revendiquer l'abolition du salariat. D'autres ont plongé dans l'ultra-gauche conseilliste (Chantiers navals-St Nazaire) ou se sont intégrés temporairement à d'autres groupes (Téléphonie Thomson-Paris). La plupart sont morts d'épuisement, d'étouffement ou ont disparu en silence comme le mien.

Je n'ai pas grand chose à dire de l'Autonomie que j'appelais "non ouvrière", celle de la Coordination parisienne. Je n'ai assisté qu'à une AG, et je n'ai jamais rien vu d'aussi bordélique. Je n'étais donc pas présent à la Mutu pour son enterrement.
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Re: Autonomes

Messagede leo le Sam 18 Avr 2009 15:31

Sur l'autonomie ouvrière, il y a plusieurs conceptions possibles. Pour moi, ce n'est pas seulement les petits noyaux de travailleurs politisés qui s'en revendiquent (avec comme perspective l'abolition du salariat, le communisme libertaire, etc), en gros des militants ouvriers révolutionnaires, mais un mouvement tendanciel des travailleurs tels qu'ils sont, et ils ne sont pas révolutionnaires, avec plus ou moins d'intégration, d'apathie, de suivisme vis-à-vis des organisations syndicales ou de la hiérarchie de la boîte, ou au contraire faisant preuve d'autonomie collective, de capacité de s'auto-organiser, de définir eux-mêmes quel sont leurs intérêts. Qu'il y en aient qui aient le badge CGT collé sur le blouson, où est le problème ?

Je suis d'accord, c'est pas la violence des moyens qui fait l'autonomie du mouvement. Et puis il y a violence et violence. Celle de la CGT de 83, en région parisienne était clairement une stratégie de l'appareil, avec des actions de SO préparées, comme les gauchistes (maos, Ligue) en faisaient dans les années 70. Je ne suis pas sûr qu'à Longwy, se soit le même schéma qui ait fonctionné ; c'était un peu quand même la base, avec ses militants syndicaux de base, de l'UL, qui étaient dans l'organisation de la lutte et de certains de ses débordements. Et d'ailleurs, les instances bureaucratiques, les fédérations métal (CGT comme CFDT) comme les unions régionales ont bien sagement laissé les gens se battre dans leur coin. Il y avait un facteur local très fort sur le bassin de Longwy qui explique la particularité de cette lutte, que l'on n'a pas retrouvé ailleurs, ni à Denain, ni dans d'autres sites lorrains. A Longwy, la lutte était sortie de l'usine, avec des chômeurs, d'autres travailleurs du bassin, se retrouvant dans les actions et les dynamiques collectives. Il y a avait un camarade de Longwy qui expliquait tout ça dans Courant Alternatif, avec des articles, des interviews d'acteurs de la lutte. Ces articles ont été depuis publiés (après ré-écriture) dans un bouquin édité par Acratie, dont j'ai oublié le titre, mais qu'il est facile de retrouver.

Je crois pour en terminer là qu'une des condition de l'autonomie ouvrière est le degré de révolte des protagonistes. S'ils sont un peu révoltés ou très en colère, cela ne provoque pas les mêmes effets, en terme d'intégration oui d'autonomie. Et ça, ce niveau de révolte, c'est bien quelque chose qui ne nous appartient pas, sur lequel il n'y a pas grand chose à faire.
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Messagede Antigone le Sam 18 Avr 2009 18:15

leo a écrit:Sur l'autonomie ouvrière, il y a plusieurs conceptions possibles. Pour moi, ce n'est pas seulement les petits noyaux de travailleurs politisés qui s'en revendiquent (avec comme perspective l'abolition du salariat, le communisme libertaire, etc), en gros des militants ouvriers révolutionnaires, mais un mouvement tendanciel des travailleurs tels qu'ils sont, et ils ne sont pas révolutionnaires, avec plus ou moins d'intégration, d'apathie, de suivisme vis-à-vis des organisations syndicales ou de la hiérarchie de la boîte, ou au contraire faisant preuve d'autonomie collective, de capacité de s'auto-organiser, de définir eux-mêmes quel sont leurs intérêts. Qu'il y en aient qui aient le badge CGT collé sur le blouson, où est le problème ?


Ce "mouvement tendanciel des travailleurs" dont tu parles a existé en Italie entre 1974 et 77.
Mais en France, s'il y a bien eu des embryons d'autonomie, il n'y a pas eu de mouvement.
Dans la coordination parisienne, il y avait des étudiants et des jeunes chômeurs et s'il y avait des ouvriers, il étaient isolés dans leur entreprise et minoritaires dans la coordination.

Toutefois, lorsque qu'en novembre 77 j'ai proposé l'dée de ce groupe d'entreprise, je ne me souviens pas avoir reçu une approbation immédiate et enthousiaste des uns et des autres, loin s'en faut.
Pour que tout le monde accepte de se retrouver autour d'une table, il a fallu au préalable faire une sorte de "paix des braves" entre des individus connus pour avoir des idées d'extrème-gauche, qui avaient chacun une culture bien marquée qui provenait du maoisme , du trotskysme, de l'anarchisme, et surtout mettre de côté les susceptibilités.
Finalement, ce qui a permis au noyau de se constituer, c'est qu'aucun de nous n'était organisé, et par conséquent ne pouvait être soupçonné de récupérer l'initiative à son profit. Mais ce qui a joué en notre faveur a joué aussi en notre défaveur puisque n'étant pas organisés, nous n'avions aucune autre information sur ce qui se passait ailleurs que ce qu'on pouvait en lire dans les journaux.

Une fois mis sur les rails, ça a créé un appel d'air immédiat comme si nous répondions à une demande et le petit noyau s'est vite étoffé. En tout cas, à ce moment-là, nous étions loin d'imaginer que des dizaines d'autres expériences autonomes étaient en cours dans d'autres entreprises.
Avec le recul, je pense que si nous l'avions su, nous aurions probablement eu la tentation d'extrapoler, nous emballer, voir ce mouvement plus gros qu'il n'était et en exagérer les enjeux...

Je pense aussi que le fait d'avoir eu cette idée précisément en novembre 77, au moment où avaient lieu des manifestations de soutien aux prisonniers de la RAF et à Klaus Croissant, n'était pas le fait du hasard... Il y avait dans l'air une sorte d'alchimie qui pouvait laisser penser que l'Etat, déjà affaibli par la crise, se trouvait dans une situation défensive et qu'il fallait être présents.
Il n'en demeure pas moins que le fait que de tels groupes radicaux se soient constitués au même moment sans aucune concertation, prouve à mon avis qu'il y avait bien les conditions pour qu'un mouvement de fond prenne naissance... mais il n'y avait pas forcément la situation, sinon ces groupes auraient trouvé des raisons et des moyens pour durer plus longtemps.

Si ce mouvement avait vraiment pris, je suis certain que celui qui aurait eu le badge CGT collé sur le blouson ne l'aurait pas gardé longtemps.

leo a écrit:c'était un peu quand même la base, avec ses militants syndicaux de base, de l'UL, qui étaient dans l'organisation de la lutte et de certains de ses débordements. Et d'ailleurs, les instances bureaucratiques, les fédérations métal (CGT comme CFDT) comme les unions régionales ont bien sagement laissé les gens se battre dans leur coin.


Je crois que des responsables syndicaux aux niveaux local et départemental ont participé sciemment à des actions de débordement (après avoir retiré leur badge). Ils l'ont fait pour montrer à leur troupe qu'ils étaient bien là à leur côté et qu'ils les comprenaient, pour ne pas être accusés d'être des planqués et en retirer plus de crédit et plus d'autorité par la suite.
Dès lors les instances supérieures n'étaient plus obligées de se montrer pour faire passer la ligne.
Les syndicats ne jouent pas seulement un rôle tampon dans l'entreprise, ils reproduisent aussi cette fonction dans leurs structures entre la base et les différents niveaux de gestion et de prise de décision.
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Re: Autonomes

Messagede lou le Lun 29 Juin 2009 16:06

Pour moi un autonome c'est un mec libre dans ses pensée et ses actes indépendamment de tout mandat...


Désolé les filles, l'autonomie c'est pas pour vous... :roll:
je serai post-féministe quand nous en serons au stade du post-patriarcat.
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Re: Autonomes

Messagede Seitanarchist le Mar 7 Juil 2009 21:35

:lol: ouais j'ai relevé aussi.

Sinon assez de choses intéressantes lues à droite à gauche, mais pas mal d'énormités.
Genre " les anars hors-orga " sont " inorganisés " et seraient " majoritaires ".
Je vois pas trop ce qui te permet de dire ça (déjà on veut les statistiques ;)) : chez les gens hors orga qu'on peut croiser il y en a pas masse qui se revendiquent "autonomes" déjà et d'une et pour ceux qui le font les anarchistes revendiqués sont rares. La plupart des gens qui se revendiquent anarchistes sont à mon sens membres d'organisations.
Je crois que les gens de non-fides seront d'accords avec moi ladessus.

Beaucoup d'anars s'organisent comme ils peuvent quand ils ne sont pas dans une organisation.
Sur la base de l'affinité POLITIQUE avec d'autres gens (à défaut de mieux) : c'est à dire sur des manières de lutter, de préférence avec des gens qui sont anarchistes, mais pas forcement.
Ou alors dans des comités, dans des assemblées générales, dans des occupations, sur les piquets de grève. Etc...

Ensuite ... pfff. manifester "pour la retraite". Bon. Comme diraient certains : qu'on nous permette de nous en foutre.
Certains organisés qui ne sont pas anarchistes considèrent aussi que c'est du réformisme et que ça ne concerne que les gens qui veulent aménager la société de classe et pas s'en débarasser.
Et ce ne sont pas forcement des jeunes, ou même des "fils de classe moyenne".
Pour l'exemple c'est un cheminot SNCF syndiqué à sud, la 40ene, qui m'a tenu ce discours à moi.
Il me disait " moi t'façon j'y crois pas aux réformes, et il y a bien un moment où il va falloir arrêter de mentir aux gens façon NPA : exiger des réformes sur la retraite sans exiger avant tout un changement de société : C'est inutile ".
Fin de citation.
Je suis d'accord avec ça et il y a pas besoin d'être "toto " pour le penser.
Après pour moi, faire grève, c'est l'occasion qui fait le larron comme on dit.

Mais qu'on me fasse pas croire que les gens de mon âge ( je suis loin de la retraite ) qui font grève y croient une seconde à ce genre de revendications...
"Les gens doivent se battre pour eux-mêmes, leurs propres raisons, leur propre vie, même si ils ont à se battre seuls. Après tout, combien de mouvements ont existé avant qu'ils ne soient reconnus comme des mouvements sociaux ?" Peter Gelderloos
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