Evolution du syndicalisme - avoir un oeil sur la CGT

Débats politiques, confrontation avec d'autres idéologies politiques...

Re: Evolution du syndicalisme - avoir un oeil sur la CGT

Messagede vroum le Ven 25 Fév 2011 11:26

Cégétiste au FN : la CGT réunit tous ses adhérents de Moselle le 28 février

http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/

Le 31 janvier, un syndicaliste CGT, Fabien Engelmann, annonçait dans un long entretien accordé à Riposte Laïque et co-écrit par Pierre Cassen, le dirigeant de cette association, avoir adhéré au Front national.

Passé par Lutte ouvrière, puis par le NPA- il a même figuré en position de numéro deux sur la liste de ce parti en Moselle lors des élections régionales de 2010- ce militant syndical indiquait, entre autres, avoir fait le choix de rejoindre le FN “avec l’arrivée de Marine Le Pen”. Dans cet entretien, M. Engelmann faisait également état de sa participation aux “Assises internationales contre l’islamisation”, organisées par Riposte Laïque et le Bloc Identitaire, le 18 décembre dernier à Paris (lire notre post ici ).

Depuis, la presse régionale l’annonce comme candidat FN aux cantonales.

Lundi 21 février, l’Union départementale CGT de Moselle a annoncé avoir suspendu le syndicat des communaux de Nilvange, dont M. Engelmann est le secrétaire général. Nilvange est une commune de la vallée de la Fensch en Moselle où le FN a réalisé des scrores relativement élevésaux régionales de mars 2010.

“Dans un premier temps, on lui a demandé de démissionner. Il a refusé. On a réuni son syndicat. Les gens, en majorité, ont refusé de le désavouer. Du coup on a pris une mesure conservatoire, on va les voir jeudi prochain et continuer à expliquer que les idées du Front national n’ont pas leur place à la CGT” indique Denis Pesce de l’UD CGT de Moselle. “C’est un petit syndicat de petite commune, explique-t-il, qui compte 25 syndiqués. Les types trouvent qu’il est bien. Ils disent, en gros, : ce qu’il fait politiquement ne nous regarde pas”.

“Quand des idées comme celles là se trouvent véhiculées dans notre corps militant, c’est peut être aussi qu’on a raté quelquechose” poursuit Denis Pesce qui se dit “particulièrement inquiet de la résonance des thèses du FN” dans le monde ouvrier qu’il côtoie. “On entend plein d’analyses faciles sur les immigrés, la droite-la gauche tous pourris. Il y a un ras le bol de Sarko et pas de relève crédible de la gauche. J’entends des salariés dire du coup: “faut voter FN”.”

“Pour l’instant, c’est un cas isolé. Mais il est emblématique” affirme Thierry Gourlot, président du groupe FN au conseil régional de Lorraine. M. Gourlot qui est par ailleurs encarté à la CFTC cheminot assure : “Moi-même je vois qu’à la SNCF, il y a plein de cégétistes qui ont leur carte au Front”. Toujours selon ce cadre “mariniste”: “Fabien ne serait pas venu sous Jean-Marie Le Pen. C’est le discours laïque et sur les services publics de Marine qui l’a séduit. C’est un militant de Riposte laïque”.

La CGT a décidé de réunir le 28 février l’ensemble de ses adhérents de Moselle sur l’extrême droite. La fédération CGT des services publics qui a appuyé l’UD CGT 57 dans sa démarche sera représentée. Signe que l’affaire est prise au sérieux, la confédération sera également là, envoyant Francine Blanche, membre de la commission exécutive (la direction de la CGT).

NB: Me Gilbert Collard, tiendra avec son client Fabien Engelmann, Louis Aliot et Thierry Gourlot, une conférence de presse jeudi 24 février dans l’après midi. “On n’expliquera les raisons pour lesquelles une action en justice sera engagée”, précise Me Collard, par ailleurs avocat de Marine Le Pen. Pour l’instant, l’avocat n’a pas trouvé de jurisprudence correspondant au cas de son client. “On déterminera la ligne de défense jeudi midi”, nous a indiqué pour sa part Louis Aliot qui entend plaider la “discrimination politique”. Par ailleurs, si la ligne du FN concernant les “relations sociales” n’est “pas encore arrêtée”, M.Aliot, vice président en charge du projet, annonce qu’une charte devrait être créée: “la défense des intérêts des travailleurs ne passe pas forcément par des syndicats existant depuis 50 ans.” Il ajoute néanmoins qu’il n’est pas favorable à la création de syndicats estampillés FN, comme dans les années 1990: “Cela a été une erreur stratégique grave”.
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Re: Evolution du syndicalisme - avoir un oeil sur la CGT

Messagede Nico37 le Ven 25 Fév 2011 19:44

Communiqué de la Fédération CGT des Services publics et de l’Union départementale CGT de la Moselle

Les idées du Front national n’ont pas leur place dans la CGT.

Ces dernières semaines, le secrétaire général du syndicat CGT des agents territoriaux de la mairie de Nilvange (Moselle) a fait connaître publiquement sa récente adhésion au Front national et sa candidature sous cette étiquette aux prochaines élections cantonales. Dans une interview publiée sur un site Internet, dans laquelle il se prévaut de son appartenance à la CGT, il défend les thèses du FN sur la préférence nationale, sur l’immigration comme cause du chômage, et contre la régularisation des sans-papiers.
Pour nos organisations, cette situation est intolérable à double titre : d’une part, parce qu’un militant CGT se fait ainsi le propagandiste de thèses contraires aux valeurs fondamentales et aux orientations de notre organisation ; d’autre part, parce que sa démarche constitue une tentative d’instrumentalisation de la CGT à des fins politiques.
Réunis le 15 février dernier à l’initiative de l’UD CGT 57 et de la Coordination syndicale départementale des Services publics, 26 adhérents du syndicat de Nilvange ont dans leur majorité refusé de désavouer leur secrétaire général.
En conséquence, et en concertation avec l’UD CGT 57, la commission exécutive de la Fédération CGT des Services publics, réunie le 16 février, a décidé, sur la base des statuts confédéraux et fédéraux, la suspension immédiate de l’affiliation du syndicat de Nilvange à la Fédération. Cette décision entraîne, dès sa notification au syndicat et à l’employeur, l’arrêt immédiat de toute activité CGT dans la collectivité. La CEF renvoie au Comité national fédéral, qui se tiendra en avril, le soin de statuer sur la situation de ce syndicat et les sanctions définitives à prendre. Celles-ci pourront aller jusqu’à la dissolution dans l’hypothèse où un syndicat ne pourra d’ici là être reconstruit sur des bases conformes aux valeurs et orientations de la CGT, avec les syndiqués qui
désapprouvent la dérive actuelle.
Cette situation est l’occasion pour nos organisations d’appeler leurs adhérents à la plus grande vigilance, à la combativité et à l’information des salariés face à une organisation politique prônant le rejet de l’étranger comme exutoire à la détresse sociale et développant des thèses économiques et sociales contraires aux intérêts du salariat. Nos organisations seront particulièrement attentives à toute nouvelle tentative d’instrumentalisation de la CGT par un parti politique qui s’est toujours attaqué au syndicalisme démocratique, comme l’ont encore récemment illustré ses prises de position durant le mouvement de lutte contre la réforme des retraites.

Le 21 février 2011

Fédération CGT des Services publics – Case 547 – 263 rue de Paris 93515 Montreuil Cedex – Tél. 01 48 18 83 74
Union Départementale CGT de la Moselle – 10 rue de Méric – BP 42026 – 57054 METZ CEDEX 2 – Tél. 03 87 75 19 53
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Re: Evolution du syndicalisme - avoir un oeil sur la CGT

Messagede Nico37 le Lun 28 Fév 2011 20:24

ENTRE LES LIGNES

LA CGT ET « LE SEXE DES ANGES »

Perturbée par l’affaire Fabien Engelmann, cégétiste suspendu par la fédération nationale pour être passé du NPA au Front national (lire RL du mercredi 23 février), l’union départementale de la CGT Moselle organise aujourd’hui, à partir de 14 h 30, un grand débat sur l’extrême droite. Celui-ci se déroule dans la grande salle du conseil régional, proposée par Jean-Pierre Masseret, président socialiste de la Région. Thierry Gourlot, chef de file frontiste en Lorraine, s’est, dans un premier temps, étonné de ce geste « pour une réunion syndicale dont l’objet est de s’en prendre à une formation politique siégeant démocratiquement au sein de l’institution régionale ». Dans un second temps, il a diffusé un communiqué sur le mode grinçant : « Pendant que les responsables CGT, déconnectés des réalités et coupés de leur base, disserteront sur le "sexe des anges frontistes", les militants du Front national (dont ceux, nombreux, encartés à la CGT) continuent à se battre sur le terrain ».

Publié le 28/02/2011


Metz : les élus FN expulsés de l’hémicycle aujourd'hui par la CGT

Image
Photo AFP


Metz. Le combat a bien failli ne pas se jouer que sur les idées, aujourd'hui au Conseil régional Lorrain.

L’hémicycle accueillait une réunion interne de la CGT. Un débat destiné à expliquer aux adhérents pourquoi la CGT combat les idées du Front National. Mais avant le débat, c’est le pugilat qui s’est invité en salle pleinière.

Jean-Luc Mamoury, vice-président du groupe FN ; Yves Gelszinnis et Dominique Bild, élus régionaux se sont invités au débat et ont été expulsés de la salle par le service d’ordre de la CGT. Le tout pile poil sous la caméra de France3, une aubaine pour les trois élus FN qui ont vociféré au scandale. «Je suis chez moi ici, vous ne pouvez pas m’empêcher d’entrer !», hurlait Yves Gelszinnis alors que dans la salle fleurissaient les noms d’oiseaux. Avant d’ajouter «Je reviendrais avec Me Collard ! (l’avocat de Fabien Engelmann, NDLR).»

Après que les trois élus aient été physiquement invités à quitter la salle, le vice-président du groupe FN tentait une nouvelle entrée avant d’être à nouveau expulsé au motif que la réunion était «interne à la CGT», martelaient les syndicalistes réunis.

Lire demain le reportage complet de Stéphanie Schmitt dans nos éditions papier de Lorraine

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De la CGT au Front National

Les 26 membres de la CGT de Nilvange en Moselle suspendus car ils ont refusé de se désolidariser de leur secrétaire Fabien Engelmann, candidat FN aux cantonales, sont dépassés par cette polémique " politique ".

Notre reportage du 25 février. Le reportage Boulevard Saint-Germain, dans les salons d’une grande brasserie parisienne, FabienEngelmann, ex-secrétaire de la CGT des agents territoriaux de Nilvange en Moselle, exclu par la centrale de Montreuil pour sa candidature aux prochaines cantonales sur une liste FN, annonce avec son médiatique avocat Me Collard qu’il va porter plainte contre la CGT.
Au même moment à Nilvange, Lionel Hoffmann, jette par la fenêtre un regard désabusé sur le stade municipal dont il est le concierge. « Toute la France nous regarde. On s’en serait bien passés. Tout ça, c’est politique et pas syndical. Je ne comprends pas l’ampleur que ça prend. »
Virés, en effet. Les 26 agents communaux ont été exclus et leur syndicat dissout, après qu’ils aient apporté leur soutien à FabienEngelmann. « Pour moi, qu’il soit au FN ce n’est pas incompatible avec le syndicat. Ca n’a rien à voir. D’ailleurs en 2010, Fabien était sur les listes du NPA. Ca n’a posé aucun problème ». Pour Denis Pesce, secrétaire de l’union départementale CGT de Moselle, « les thèses xénophobes et racistes du FN ne sont pas compatibles avec la CGT. Elles sont intolérables ». Et Denis Pesce voit dans cette affaire « un bon moyen de s’offrir une campagne médiatique à moindre coût pour le Front National. » L’union départementale de Moselle a dailleurs convoqué ce soir une nouvelle réunion, avec l’espoir « de faire élire un nouveau bureau » à Nilvange.
Du côté du stade municipal, Lionel Hoffmann est catégorique : « S’ils ne réintègrent pas Fabien, on essayera de créer un syndicat, autonome. Et même s’ils le réintègrent. Sur le principe avec la CGT c’est foutu. Pour moi il n’y aura pas de retour en arrière. »
Pour autant, « il n’est pas question qu’on nous étiquette tous FN. Car ce n’est pas le cas ! », se défend Lionel Hoffmann. Pas question pour le concierge de laisser entrer la politique dans le syndicat. « Je me souviens en 2006, quand on a monté le syndicat, des collègues m’ont demandé si j’étais communiste ! ? Vous voyez nous au niveau de l’histoire de la CGT on est des novices. Ce qui nous intéresse ce sont les petites victoires qu’on a obtenues ensembles. » De meilleures indemnités par-ci, une nouvelle balayeuse par là.
Les syndicalistes de Nilvange persistent et signent. Pas question de lâcher le « camarade » Fabien. « Quand bien même il serait au FN ou n’importe où, on s’en fout. Avec ou sans syndicat, je continuerai toujours à me battre, en tant que citoyen. Et puis on ne va quand même pas descendre dans la rue parce que la CGT nous a viré. »
Au siège de la centrale syndicale, on confirme que l’engagement politique est incompatible avec les statuts. Des membres de la direction confédérale sont chargés de « déminer » cette affaire qui démontre que Marine Le Pen a réussi son pari : dédiaboliser le FN. En 2007, la centrale avait commandé un sondage et réalisé que 11 % de ses adhérents avaient voté FN.

Droits de l’Homme

Lors d’un point de presse hier à Paris, Me Gilbert Collard, qui défendra Fabien Engelmann, a indiqué que l’action judiciaire serait déposée « sous 48 heures » au tribunal de grande instance de Paris.
« On va demander d’annuler cette décision sectaire » sur le fondement des articles 9 et 10 de la Convention européenne des Droits de l’Homme qui protègent les libertés de pensée et d’expression, a-t-il ajouté.
« L’engagement de Fabien (au sein du FN) n’a rien d’incompatible avec la défense des droits de l’Homme », a estimé Me Collard. Il a précisé qu’il connaissait Marine Le Pen depuis 25 ans, mais n’était pas encarté FN.

Stéphanie Schmitt
Nico37
 


Re: Evolution du syndicalisme - avoir un oeil sur la CGT

Messagede Nico37 le Mar 8 Mar 2011 19:23

Adresse de Bernard Thibault, Secrétaire général de la CGT
Cher(e)s camarades,

À circonstance exceptionnelle, démarche exceptionnelle, je m’adresse directement aux secrétaires généraux des organisations de la CGT suite à l’annonce par la direction d’un parti politique, le Front national, de son intention de porter plainte à l’encontre de la CGT au motif qu’un de ses candidats aux élections cantonales est suspendu dans l’attente d’autres décisions.
La direction du Front national revendique au travers de la tenue de ce futur procès d’en faire « un événement dans la vie politique et sociale française en faisant reconnaître le FN comme un parti politique comme les autres». Pour eux« la liberté d’opinion est bafouée », « il faut déverrouiller l’étau syndical » et cela s’inscrit « dans la stratégie de Marine Le Pende conquérir le champ social et le monde du travail » dixit P. Alliot, Vice Président du FN.

Naturellement, la CGT saura répondre devant tout tribunal de son bon droit. Les jurisprudences européenne et française sont suffisamment fournies pour qu’il n’y ait aucun doute sur l’issue juridique de cette affaire.
Ce n’est pas tant le terrain du droit qui motive le FN que la campagne que cette affaire peut alimenter.
Nous avons à faire face à une volonté délibérée d’instrumentalisation du combat syndical et donc de la CGT pour promouvoir les thèses du FN parmi les salariés.
Après que nous ayons mis en échec par voie de justice, dans les années 90, toutes les tentatives du FN de créer des pseudos syndicats qui n’étaient que des succursales de ce parti (FN-Police, FN-RATP …), nous avons égalementrepoussé la tentative du FN de présenter ses candidats derrière la façade de la Confédération nationale des Travailleurs (CFNT) aux élections prud’homales de 2008.
Confronté à ses échecs successifs, le FN avait explicitement indiqué dès cette époque que sa stratégie consistait à s’infiltrer dans les organisations existantes. Nous savons qu’il y est parfois parvenu dans des sections syndicales d’autres confédérations peu regardantes.
Cet entrisme dans les syndicats a clairement pour objectif d’en faire des marchepieds au service d’une stratégie politique. C’est ce qu’il a réalisé dans le syndicat CGT des Territoriaux de Nilvange affilié à la fédération des Services publics et à l’union départementale de la Moselle.
Comment comprendre le choix du FN de présenter aux élections cantonales un adhérent de fraiche date (4 mois) si ce n’est pour instrumentaliser sa première qualité de secrétaire général d’un syndicat CGT. Cette appartenance syndicale qui est historiquement une tare aux yeux de l’extrême droite compte tenu « de la philosophie marxiste de la CGT » devient subitement une qualité en période électorale. Les deux organisations, union départementale et fédération concernées, travaillent en étroite relation pour faire face à la situation.
Les membres de la Commission exécutive confédérale réunis le 1er mars ont apporté un soutien unanime aux procédures qu’elles ont engagées. Nous avons également décidé d’élaborer un argumentaire détaillé pour les organisations qui reviendra sur la véritable nature du FN.
J’ai clairement indiqué lors de notre discussion qu’il revenait en particulier aux secrétaires généraux des organisations de la CGT de veiller au respect des valeurs fondamentales et des statuts de la CGT dans leur organisation. Cela nécessite de revenir sur quelques principes :
- la CGT est ouverte à tous les salariés quels que soient leurs statuts social et professionnel, leur nationalité, leurs opinions politiques, philosophiques et religieuses ;
- la liberté de candidature aux élections politiques est elle aussi reconnue dés lors qu’elle s’exerce en respectant l’indépendance de l’organisation et que nul ne se réclame de son appartenance à la CGT pour des fins autres que l’action du syndicat. C’est une règle de vie commune qui s’applique quelques soient les étiquettes et qui préserve ainsi l’unité des adhérents dans la CGT pendant et au-delà des campagnes électorales.
Ces principes rappelés, il n’est cependant pas envisageable qu’au nom de la liberté d’opinion dans la CGT, la CGT puisse être représentée, à quelque niveau que ce soit, par des militants revendiquant par ailleurs publiquement leur adhésion au concept de « préférence nationale » qui est le socle du FN. Ceci pour une raison simple mais oh combien essentielle : cela est contraire aux principes et aux valeurs fondamentales de la CGT inscrits dans ses statuts.

La CGT « agit pour une société démocratique, libérée de l’exploitation capitaliste et des autres formes d’exploitation et de domination, contre les discriminations de toutes sortes, le racisme, la xénophobie, et toutes les exclusions » (statuts de la CGT).
Le FN, quoi qu’il en dise, ne peut pas être considéré comme un parti politique comme les autres, par la CGT comme par l’ensemble du mouvement syndical. Les positions du FN, en préconisant la préférence nationale sont même contraires aux principes républicains et aux textes internationaux, comme les tribunaux l’ont dit lors de jugements successifs.
Il est de notre responsabilité dans ce contexte de faire preuve d’une grande vigilance et d’une réactivité collective déterminée. C’est une exigence supérieure à toute autre considération, y compris la perte éventuelle de syndiqués, voire exceptionnellement la perte d’un syndicat.
On ne transige pas avec les valeurs fondatrices de la CGT.
Les organisations syndicales qui, en Europe, n’ont pas su porter les principes d’entraide et de solidarité qui sont au fondement de la constitution des syndicats, sont aujourd’hui en prise aux pires difficultés, avec des partis d’extrême droite très influents, voire au sein de gouvernements.
L’histoire nous enseigne que les partis fascistes se sont souvent parés de vertus sociales pour accéder au pouvoir.
Face à ce risque majeur pour les salariés et la démocratie, il est de notre responsabilité d’éclairer les salariés par l’information et le débat sur la réalité des thèses et des positions du FN, sur le plan économique et social comme en matière de libertés publiques.
Même repeinte à « la couleur Marine », l’exploitation par le FN des peurs et de la précarité sociale engendrée par les politiques en vigueur demeure la même et trouve sa source selon lui dans une cause principale : l’étranger. L’immigré comme le français qui n’est pas « de souche » sont ainsi présentés comme les responsables de tous les maux. Cela a comme conséquence de détourner l’attention des véritables causes de l’exploitation dont les salariés, quelque soit leur origine, sont victimes et donc de contribuer à entretenir le système tant décrié.
D’ailleurs, régulièrement, les déclarations du FN ont dénoncé les mobilisations syndicales, ce fut encore le cas lors des manifestations pour défendre les retraites :
- Marine Le Pen le 22 octobre 2010 : « Ensemble, gouvernement et syndicats jettent la France dans le chaos … Voilà deux semaines que la France s’installe dans le chaos, entre grève, manifestations et blocus … La tolérance zéro doit s’appliquer à tous les émeutiers. »
- Bruno Gollnisch le 4 novembre 2010 : « le sabotage de l’économie française caractérise l’action des dirigeants de la CGT
… Ces blocages frappent avant tout les salariés qui se rendent à leur travail, les entreprises et menacent l’emploi … La CGT doit être rendue pénalement responsable, ses dirigeants doivent en répondre ».
Face à l’offensive du Front national, soyons convaincus que l’opinion et le comportement de la CGT auront de l’influence chez les salariés.
Mettons la conviction nécessaire dans les formes de débat permettant la participation la plus large des syndiqués afin d’empêcher le FN d’instrumentaliser la CGT et de duper les salariés sur ses motivations véritables.
Autant que de besoin, la direction confédérale pourra vous apporter le soutien nécessaire dans vos initiatives.
Voilà, Cher(e)s Camarades, les éléments d’information et d’appréciation que je tenais à vous apporter et qui permettront, je l’espère, de mobiliser par votre intermédiaire l’ensemble des directions syndicales pour la défense de nos valeurs communes.
Bien fraternellement et bon courage.

Bernard THIBAULT Secrétaire général de la CGT
Nico37
 

Re: Evolution du syndicalisme - avoir un oeil sur la CGT

Messagede Nico37 le Mar 29 Mar 2011 18:19

Accueil houleux à la CGT pour Fabien Engelman, le syndicaliste frontiste

Fabien Engelmann, secrétaire du syndicat CGT des agents territoriaux de la mairie de Nilvange, suspendu de la CGT il y a un mois pour avoir porté les couleurs du FN aux cantonales, a reçu lundi un accueil houleux au siège de la confédération, où il a défendu son double engagement, n’y voyant pas d’incompatibilité.

Plusieurs centaines de militants cégétistes (plus de 1 000, selon la centrale) attendaient de pied ferme Fabien Engelmann, secrétaire du syndicat CGT des agents territoriaux de la mairie de Nilvange, qui a été entendu par la fédération des services publics.
Cette fédération se prononcera le 6 avril sur la suite à donner à cette affaire, qui met en jeu toute la section syndicale mosellane, également suspendue après s’être dite solidaire de son secrétaire.
Pour la CGT, «il faudra reconstruire un syndicat à Nilvange».
Sous les huées et les slogans anti-FN, Fabien Engelmann, accompagné du secrétaire adjoint de sa section, a dû franchir la foule compacte sous l’escorte du service d’ordre de la centrale, ainsi que de deux membres du «département protection sécurité» du FN, pour sa réunion avec le secrétaire général de la fédération, Baptiste Talbot.
Le Front national avait lui-même annoncé sa convocation, en précisant que l’intéressé s’adresserait à la presse à sa sortie. Un choix considéré comme une provocation par les militants CGT, qui avaient répondu en masse à l’appel de la CGT de Paris pour l’en empêcher.
«Il n’était pas question d’une conférence de presse à côté d’un haut lieu de des luttes ouvrières, de la solidarité, de la fraternité», a déclaré Francine Blanche, membre de la commission exécutive du syndicat, à l’issue de la rencontre.
«Ce que porte le FN n’a rien à voir avec le syndicalisme, il n’y aura pas de FN dans la CGT», a-t-elle martelé.
La rencontre de Fabien Engelmann avec les journalistes n’a effectivement pas eu lieu devant le siège de la centrale. Après moins d’une heure d’entretien, il été invité à quitter discrètement le bâtiment, à la demande de la police, selon lui.
Mais il a donné rendez-vous à la presse un peu plus tard dans Paris, pour raconter l’accueil que lui avaient réservé «deux cents personnes hyper-excitées, des gauchistes englués dans la pensée unique».
«On m’a craché dessus et donné des coups dans les jambes. Ca me rend triste. On n’est pas obligé d’être d’accord sur tout mais de là à en venir aux mains et à m’insulter... J’ai le droit d’aimer Marine Le Pen et de militer au Front national. Je ne vois pas où est le problème», a-t-il dit.
Le syndicaliste qui avait annoncé qu’il porterait plainte pour «discrimination politique» contre la CGT, a précisé avoir saisi vendredi le tribunal de Bobigny.
Pour leur part, les syndicats CFDT, CGT, FSU, Solidaires et Unsa se sont dit mi-mars, dans une déclaration commune, «déterminés à empêcher l’instrumentalisation du syndicalisme par le Front national, qui n’est pas un parti comme les autres et dont les orientations sont à l’opposé» de leurs valeurs.
Après la CGT, FO et SUD, la CFDT a annoncé lundi avoir engagé une procédure d’exclusion contre un de ses membres, candidat du Front national aux cantonales, également en Moselle, battu au second tour.
Fabien Engelmann avait lui été éliminé au premier tour faute d’avoir franchi la barre des 12,5% d’inscrits.
«On est allé en Moselle dès la fin janvier pour discuter avec un maximum de militants, les camarades se sont battus et M. Engelmann n’est pas passé», s’est félicité Francine Blanche.
La responsable reconnaît cependant qu’il y a une «leçon à tirer": «les syndicats ne sont pas assez présents», notamment auprès des salariés les plus précaires.
Nico37
 


Re: Evolution du syndicalisme - avoir un oeil sur la CGT

Messagede Nico37 le Jeu 7 Avr 2011 00:42

La CGT a décidé d'exclure Fabien Engelmann (FN) de ses rangs pour Le Monde.fr | 06.04.11 | 18h33 • Mis à jour le 06.04.11 | 18h49

Fabien Engelmann, 31 ans, secrétaire du syndicat CGT des agents territoriaux de la mairie de Nilvange et candidat FN aux élections cantonales de mars dans le canton d'Algrange, pose le 23 Février 2011 dans une rue de la cité sidérurgique de Nilvange.AFP/PATRICK HERTZOG

Le comité national fédéral de la fédération des services publics CGT, réuni mercredi 6 avril, a décidé, à l'unanimité de ses membres (58 départements représentés à cette réunion), la désaffiliation du syndicat CGT de la mairie de Nilvange (Moselle).

Cette décision devrait être notifiée officiellement, dès jeudi, à indiqué au Monde, le secrétaire général de la fédération CGT des services publics, Baptiste Talbot.

Cela signifie l'exclusion de fait de Fabien Engelmann, responsable CGT du syndicat des agents territoriaux de la mairie de Nilvange, qui s'était présenté aux élections cantonales, en mars, sous l'étiquette du Front national.

La décision de la fédération concerne non seulement M. Engelmann mais aussi les 26 syndiqués de sa section syndicale.

Claire Guélaud


Le syndicaliste FN exclu de fait de la CGT, son syndicat dissous

La CGT des services publics a exclu de fait mercredi Fabien Engelmann, membre du FN, et prononcé sa "désaffiliation" du syndicat des agents de la mairie de Nilvange (Moselle) dont il était secrétaire, selon un communiqué CGT.

Fabien Engelmann, candidat aux dernières cantonales sous l'étiquette Front national, a été exclu de fait mercredi de la CGT, et son syndicat de Nilvange (Moselle) dissous, selon un communiqué CGT.

Sans surprise, l'organisation dirigée par Bernard Thibault est donc allée au bout de la procédure disciplinaire engagée dès le mois de février après l'annonce de la candidature du syndicaliste de 31 ans, qui lui avait valu d'être immédiatement suspendu de la CGT ainsi que les 26 membres du syndicat de la mairie de Nilvange, qui avaient refusé de se désolidariser.

"On est surpris de cette décision qui montre le côté sectaire, voire stalinien des dirigeants de la CGT", a réagi M. Engelmann, annonçant qu'il contesterait en justice cette décision "complètement illégale".

Presque toutes les centrales syndicales (CFDT, FO, SUD, CFTC) ont été confrontées ces dernières semaines à des cas, isolés, d'adhérents par ailleurs encartés au FN. La plupart ont engagé ou laissé prévoir des procédures disciplinaires.

Le 9 mars, le numéro un de la CGT Bernard Thibault avait pris la plume pour rappeler à tous les responsables que "les principes" et "valeurs" de la confédération étaient incompatibles avec les thèses du FN comme son concept de "préférence nationale".

Le FN avait riposté avec le concours d'un avocat très médiatique, Me Gilbert Collard, en annonçant le dépôt d'une plainte pour violation des "libertés de pensée et d'expression". Dans la foulée, il a rendu publique la création d'une "association de défense" de ses militants subissant dans leurs syndicats "discriminations politiques et exclusions".

Les décisions concernant Nilvange ont été prises "à l'unanimité" par le Comité national de la fédération des services publics, dont dépendait le syndicat mosellan, et "en accord" avec la CGT de la Moselle, a précisé le secrétaire général de cette fédération, Baptiste Talbot.

La confédération les justifie par "la publicité donnée par Fabien Engelmann à son adhésion au FN, parti prônant des thèses contraires aux valeurs de la CGT, et l’utilisation de son appartenance à la CGT" lors de la campagne des cantonales. Malgré un score de 23,4% à ce scrutin, M. Engelmann avait été éliminé au 1er tour, devancé par le PS et l'UMP.

La CGT justifie la désaffiliation du syndicat de Nilvange par "la confiance renouvelée par la majorité des adhérents à F. Engelmann après cette annonce publique".

Toutefois, les adhérents qui souhaiteraient rester à la CGT pourront ré-adhérer "sur la base du partage des valeurs" de la centrale syndicale.

Cette option ne vaut pas pour Fabien Engelmann, dont le Comité national "constate qu’il s’est de lui-même mis en dehors de la CGT, en l’instrumentalisant au profit" du FN.

Une tentative de conciliation avait échoué le 28 mars. Convoqué à Montreuil, siège de la CGT, M. Engelmann, ancien de Lutte ouvrière puis du NPA d'Olivier Besancenot, n'avait rien renié de son engagement politique. "Je ne vois pas où est le problème", avait-il déclaré, après un accueil particulièrement houleux, sous les huées de quelques centaines de cégétistes.

Mercredi, la fédération CGT des services publics a aussi "adopté un plan de travail d’alerte et d’information des agents territoriaux quant aux projets du Front national concernant la Fonction publique", qu'elle juge "contraires aux principes de neutralité, d’égalité de traitement" du service public.
Nico37
 

Re: Evolution du syndicalisme - avoir un oeil sur la CGT

Messagede vroum le Jeu 14 Avr 2011 08:55

Les militants CGT face au FN et à eux-mêmes

in Le Monde libertaire n°1631 (14-20 avril 2011)

http://www.monde-libertaire.fr/syndicalisme/item/14457

Image

1631CGTY a-t-il le feu au lac ? Fabien Engelmann (CGT) et Daniel Durand-Decaudin (CFDT) en Moselle, Annie Lemaheu (FO) dans le Nord, et Franck Pech (Sud) en Haute-Garonne, à ce jour, ils ne sont que quatre militants syndicalistes, sur des dizaines de milliers, à avoir bravé les foudres de leurs confédérations en se portant candidats pour le Front national aux élections cantonales.

Quatre de trop, quatre qui font tache et qui ont bénéficié d’une publicité médiatique à faire rêver une présidente du FN. Laquelle n’a pas loupé l’occasion de monter les enchères en annonçant la tenue d’une conférence de presse devant le siège de la CGT, à l’occasion de la convocation de Fabien Engelmann par sa fédération, ultime étape avant son exclusion quasi certaine le 6 avril.

Une provocation délibérée à laquelle la confédération CGT a répondu par un comité d’accueil de quelques centaines de militants. L’occasion d’aller sentir la température parmi eux, du côté de ces cadres du premier syndicat hexagonal, pour la plupart délégués syndicaux ou permanents.

Ce lundi 28 mars après-midi, lendemain d’élections où le brun fut en vedette, le soleil brille et il fait chaud à l’entrée et dans la cour du siège de la CGT à Montreuil ; les drapeaux rouges du syndicat claquent au vent, les militants badgés papotent entre eux et l’ambiance serait presque bon enfant s’il n’y avait de l’électricité dans l’air.

Comité d’accueil devant le siège de la CGT. Une tension qui va se libérer en boulets de canon à l’arrivée du « facho » : « Fabien dégage ! », « Fabien dégage ! », « Dégage ! », « FN hors de la CGT ! », « À bas, à bas le FN ! », avec au final : « Travailleurs français, immigrés, même patron, même combat ! »

Au-delà de cette démonstration de force et de détermination, que pensent des militants syndicaux aguerris de la montée du Front national, la perçoivent-ils parmi les salariés, sont-ils inquiets ?

Chômeur et ouvrier du livre, Nicolas se réfugie dans le déni : « J’y crois pas ! C’est une manipulation des médias, c’est fait pour nous faire peur. » Et de citer, comme pour se rassurer, un sondage récent indiquant que les sympathisants des syndicats ont moins tendance à voter FN que la moyenne nationale.

Bruno, cheminot en bureau d’études à la gare du Nord et délégué CGT, explique que les thèses du FN ont assez peu de prise dans une entreprise comme la SNCF, mais il convient que « dans certaines banlieues, il peut y avoir un sentiment d’exaspération ».

Alain, délégué CGT chez Thalès, dit ne rien ressentir au travail mais autour de lui, « sur les marchés, en distribuant des tracts, en rencontrant des personnes qui disent des choses qui ne se disaient pas avant. Elles s’autorisent des réflexions racistes, elles regrettent qu’il y ait “trop d’étrangers”, elles disent qu’“on est plus chez nous”, du Guéant au quotidien ».

« Ça irait mieux avec le FN ! » Un constat approuvé très personnellement par Lloyd, jeune étudiant en psychologie, militant de la Jeunesse communiste, Guadeloupéen depuis peu en métropole qui parle du racisme au quotidien et se souvient de cette vieille dame à qui il demandait son chemin et qui s’est mise à crier au voleur !

Christine, « quasi permanente » à l’union locale CGT du xxe arrondissement à Paris, ne « voit, elle aussi, rien dans son travail » mais reconnaît une progression des idées du FN parmi les salariés en général, « puisqu’il essaye de faire croire qu’il a un programme social ». Un phénomène « anecdotique parmi les syndiqués mais très certainement palpable parmi les salariés », confirment Antoine, libraire à Paris, et Monique, déléguée syndicale à France Télécom.

Alors, un fantasme créé et alimenté par les médias, cette « pénétration des idées du FN parmi les salariés » ? Manifestement, cela dépend d’où l’on est dans le salariat.

Ainsi, Arnaud, délégué syndical central CGT de Manpower, n’y va pas par quatre chemins : « En toute franchise, oui, on ne peut pas le nier, on le sent, on le voit dans les discussions, “Ça iraitmieux avec le FN !”, ça se dit, ça y va. Par exemple, on a des combats très forts pour les sans-papiers et beaucoup de salariés considèrent que le combat n’est pas là, le truc c’est de préserver “nos emplois”, c’est le “communautarisme”, les gens reprennent les thèses de Le Pen sans réfléchir ! »

« Ces idées-là, elles sont de plus en plus dans la classe ouvrière et ça, c’est mortel pour nous », s’alarme Philippe, mécanicien, délégué CGT à Citroën Aulnay. Josiane, déléguée syndicale CGT à DHL, redoute les « procédés des militants du FN qui infiltrent les syndicats et ne se déclarent qu’ensuite ».

« Y a une course de vitesse entre l’extrême gauche d’un côté et la montée du FN de l’autre », théorise Gérard, du Syndicat national des chercheurs scientifiques, membre du bureau national de la FSU. Michel, au bureau confédéral de la CGT, ne cache pas que son organisation est « énormément inquiète », mais il se rassure en constatant « qu’il y a un phénomène de barrage au FN pour une majorité d’électeurs ».

Si les thèses de l’extrême droite progressent de façon angoissante parmi les salariés, les causes de ce glissement progressif sonnent comme des évidences pour les militants CGT.

Les causes sociales

« C’est dû au problème des conditions de vie en France qui se dégradent considérablement, c’est la première des choses. » (Philippe) ; « Les gens en ont raz le bol de ce qui se passe dans la société au niveau social, c’est une régression totale. » (Monique) ; « Il y a un rapport de proportionnalité immédiat entre le chômage et le taux engrangé par l’extrême droite » (Antoine) ; « La porte du problème, c’est le travail, alors on rejette la pierre sur l’étranger qui vient soi-disant prendre le travail. » (Josiane) ; « On n’a pas de boulot, on sait pas l’avenir. » (Arnaud).

Curieusement, de la part de militants syndicaux qui y sont quotidiennement confrontés, le mot « précarité » manque à l’appel. Un signe inconscient de désarroi et d’impuissance devant la gangrène qui ronge les bases sociales du syndicalisme ?

Les causes politiques

Si la politique d’extrême droite de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement comme de la droite en général est unanimement fustigée, la gauche, et précisément le Parti socialiste, accusé de toujours décevoir, ne sont pas épargnés. « Le problème, il est là, scande Philippe, il y a une dégradation politique en France depuis les années quatre-vingt, les gens votaient à gauche pour un programme bien particulier et ceux qui étaient au pouvoir n’ont pas appliqué ce programme-là. »
Alors, déplore Bruno, « c’est clair que les gens se disent : “On a essayé le PS, on a essayé l’UMP et c’est un peu la même chose, alors pourquoi pas le FN” ; les gens qui sont au chômage depuis des années, ils n’ont plus rien à perdre ! » « Les partis politiques de droite ou de gauche sont mis dans le même sac, tout le monde nous parle de l’affaire Bettencourt, les cigares… », conclut Patrick, récent retraité, auparavant délégué CGT au CIC.

Les causes médiatiques

Ainsi résumées par Arnaud : « On a tellement d’attaques médiatiques ; t’allumes la télé et t’entends parler que de ça (Marine Le Pen, le FN…), on en parle tout le temps, ça ancre en fait les gens dedans et ils finissent par y croire alors qu’il y a danger derrière ! »

Au final, se dessine le tableau peu réjouissant de salariés de plus en plus sensibles aux sirènes de l’extrême droite. Comment sortir de cette spirale perverse ? Comment redonner espoir au salariat ?

Les solutions ? Les cégétistes connaissent leurs classiques : dénoncer « l’imposture sociale » du FN et en même temps lutter pour l’unité et la solidarité entre tous les travailleurs, mener le combat sur les salaires, l’emploi…

Et quand on évoque la « défaite » récente sur les retraites, le sang des militants ne fait qu’un tour : exprimant le point de vue de ses camarades, Christine s’indigne, car si ce fut effectivement « une défaite parce que la réforme est passée, au niveau de l’opinion c’est pas une défaite quand on réussit à mettre quelques millions de salariés dans la rue ! » « Il faut voir les choses en positif ! », insiste Michel, membre du bureau confédéral.

Enfin, comme le résume Bruno : « Il faudrait qu’il y ait une vraie gauche, claire et nette, qui ne ménage pas la chèvre et le chou, une force suffisamment radicale qui fasse un vrai programme de gauche et non pas une version humaniste du programme de l’UMP. Une force qui dise que ce système-là on n’en veut pas, une force qui s’oppose au libéralisme, voire même au capitalisme. »

Fabien Engelmann, le militant CGT candidat du FN. Le bruit médiatique autour de quelques cas isolés de syndicalistes s’affichant au FN ne doit pas faire illusion. Il n’y a pas pour l’heure vraiment péril en la demeure. De même que l’UMP et le PS monopolisent le devant de la scène grâce à un système électoral sur mesure, les confédérations syndicales sont protégées par une loi sur la représentativité (actualisée le 20 août 2008) qui écarte les intrus.

Et si, le 20 mars, 24 % des ouvriers ont voté pour les candidats d’extrême droite (32 % pour le PS), seuls 9 % des salariés s’estimant proches d’un syndicat ont voté pour le FN au premier tour des cantonales, selon Harris Interactive pour Liaisons sociales. Un taux variant de 15 % pour les proches de FO à 8 % pour la CFDT et la CGC, 6 % pour la CGT, et 3 % pour Sud Solidaires.

Patrick Buisson, un fasciste conseiller de Nicolas Sarkozy. De quoi rabaisser le caquet d’un FN qui claironne avec tambours et trompettes sa volonté de créer des organisations syndicales catégorielles défendant la préférence nationale. Sans doute y a-t-il plus à craindre de l’annonce par le parti d’extrême droite, le 10 mars, de la création d’un Cercle national de défense des travailleurs syndiqués (CNDTS) destiné à pratiquer l’entrisme dans les syndicats.

Le danger principal, à court terme tout au moins, est plutôt, comme l’expriment les militants cégétistes dans cet article, qu’un nombre toujours plus grand de salariés, chaque jour un peu plus en souffrance, désespérés et déboussolés, reprennent à leur compte des idées xénophobes qui creusent leur tombeau social.

Des dirigeants sur la défensive. La déclaration commune de la CGT, la CFDT, la FSU, Solidaires et l’Unsa, le 17 mars, visant à mettre en garde les salariés contre les tentatives d’intrusion du FN, est bien, si l’on peut dire le « minimum syndical ». En face, il y a un parti qui, dans la plus pure tradition fasciste, est capable de tenir un discours de gauche, voire d’extrême gauche.

Telle Marine Le Pen qui fustigeait récemment des organisations syndicales « spécialisées dans la trahison des intérêts des travailleurs français. Courroies de transmission de l’idéologie ultralibérale et de la folie européiste, celles-ci cautionnent l’abandon des travailleurs français en les livrant à la concurrence des pays à bas coût de main-d’œuvre. Le jeu de dupes des syndicats a assez duré ».

Où sont les idées ? En vérité, ce que l’influence grandissante du FN révèle c’est la misère idéologique du syndicalisme français. « Partenaires sociaux » d’une concertation bidon dont les salariés paient le prix fort depuis trente ans, emprisonnées dans un système représentatif aussi injuste que soporifique, les confédérations syndicales se réveillent soudain en sursaut parce que le diable tambourine à leurs portes.

Sans nerfs, elles paient, en adhérents et en influence, avec en plus maintenant le péril fasciste, leur soumission historique aux partis politiques, hier le Parti communiste dont la CGT fut la courroie de transmission, aujourd’hui le Parti socialiste dont l’actuelle figure emblématique est le patron du FMI. De la tutelle intellectuelle de feu les staliniens à la remorque d’un ectoplasme soumis aux marchés financiers, on n’apprend pas à penser par soi-même.

Manifestation du 1er mai pour la réduction du temps de travail. Significativement, la réduction du temps de travail a disparu des discours syndicaux. L’objectif qui mobilisait le syndicalisme révolutionnaire, incarné en France par la CGT du début du vingtième siècle, dans sa volonté farouche de soustraire les salariés à la narcose et à la détresse du travail dénoncées en son temps par Pierre Naville, a purement et simplement disparu.

Il s’agissait alors de se battre pour que les travailleurs aient toujours plus de temps libre afin d’être en mesure de construire leur autonomie, condition d’un nouvel imaginaire social, prélude à l’abolition du salariat et à la révolution sociale.

Jean-Pierre Anselme
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Re: Evolution du syndicalisme - avoir un oeil sur la CGT

Messagede vroum le Ven 29 Juin 2012 16:40

Analyse intéressante de la crise interne de la CGT

http://salvador-segui.blogspot.fr/2012/ ... crise.html

La CGT attendra encore que lui soit désigné son prochain secrétaire général. À la veille de la «grande conférence sociale» convoquée à la mi-juillet par le nouveau président de la République, le «parlement» de la centrale, son comité confédéral national, a décidé, le 19 juin, de repousser l’heure du choix du successeur de Bernard Thibault. Les courses par équipes qui animent les partis politiques pour l’intronisation du nouveau chef ont gagné une centrale ouvrière peu habituée à ces déchirements spectaculaires entre amis. La crise couvait depuis des mois ; elle a éclaté quand Bernard Thibault a été mis en minorité à la CGT, quand, le 25 mai la direction a rejeté la candidate qu’il voulait lui imposer pour lui succéder.
Un tel séisme dans l’organisation qui, depuis des décennies, assure la stabilité sociale du pays a de quoi inquiéter. Et de quoi susciter bien des interprétations plus ou moins sagaces qui, pour la plupart, s’écartent de l’essentiel, par méconnaissance de ce que sont les confédérations syndicales, de leur histoire et des règles qu’elles se sont données pour agir et pour durer.
Les forces centrifuges à l’œuvre dans la CGT expliquent mieux l’échec de Bernard Thibault que des rivalités de personnes, qu’une guerre des sexes ou qu’une querelle des anciens et des modernes, des conservateurs et des réformistes. Certaines de ces considérations ont joué, mais l’essentiel est ailleurs et ne peut apparaître que si l’on regarde de près le ressort intime de toute organisation, le nerf de la guerre, les cotisations.
Or la direction de la centrale tente d’imposer depuis des années une réforme de la collecte des cotisations. Et les fédérations ne l’appliquent, quand elles l’appliquent, qu’en freinant des quatre fers.
Les erreurs d’appréciation qui faussent l’analyse de la crise de la CGT viennent souvent d’une comparaison erronée avec les partis, qui s’arrêtent à la surface visible de la centrale. Dans leur fonctionnement actuel, les partis se résument le plus souvent à la somme des adhésions individuelles de citoyens à un organisme, qui prend le nom de parti pour se présenter aux élections et exercer le pouvoir. Encaissant au passage un financement public qui ôte à la cotisation volontaire de ses membres le poids spécifique qui n’était pas la moindre des garanties démocratiques de son fonctionnement. Le sommet de ce fonctionnement atomisé des partis est atteint avec l’organisation systématique de primaires pour l’élection présidentielle.
Les confédérations syndicales ont traditionnellement une nature différente. Leur assise est professionnelle. La CGT, comme la CGT-FO, sont composées non pas d’individus, mais d’unions et de fédérations de syndicats. Ces syndicats, eux, regroupent des individus, sur la seule base du travail salarié et de leur volonté de défendre en commun leurs intérêts particuliers de travailleurs. Sans tenir compte, d’ailleurs, de leurs opinions politiques ou religieuses. Les syndicats se groupent en fédérations nationales professionnelles, comme celles de la métallurgie, de la chimie, des postes, etc. Au plan local, ils forment des unions départementales interprofessionnelles. Ce sont ces unions et ces fédérations qui constituent la confédération et qui, entre autres responsabilités, élisent son secrétaire général. Ce sont elles qui financent la confédération par les cotisations qu’elles ont recueillies via leurs syndicats de base.
Ce qui s’est passé à la CGT le 25 mai, le jour où Thibault a été mis en minorité, est l’aboutissement d’un long affrontement entre deux forces opposées. La première vise à centraliser la vie de la CGT autour de sa direction confédérale. La seconde vise à préserver le cadre fédéraliste traditionnel de l’action syndicale. Depuis plusieurs congrès de la centrale, cette lutte se cristallise sur la collecte et la répartition des cotisations des syndiqués. Au moins deux congrès ont été nécessaires pour définir, officiellement, les règles actuelles : le 47e, en mai 2003 et le 48e, en avril 2006. Et c’est sans compter une longue maturation, qui a commencé bien avant, en fait depuis que l’hypothèse de l’effondrement électoral du Parti Communiste a hypertrophié les craintes que la chute du Mur de Berlin avait suscitées dans les cercles dirigeants de la CGT. Dès le milieu des années 1990, Lydia Brovelli, administratrice de la CGT, c’est-à-dire trésorière, tempêtait contre «la volonté d’autonomie, d’indépendance des organisations» qui provoquait des «blocages». «Par exemple, expliquait-elle, nous réfléchissons à un nouveau système de péréquation des cotisations».
Le résultat de ces réflexions stratégiques des sommets de la CGT, tendu vers sa survie, a été qu’il fallait trouver un remplacement au PCF pour assurer la cohésion de l’ensemble. Et ce remplaçant a été trouvé bien simplement : la bureaucratie confédérale, en centralisant les cotisations et en les répartissant elle-même entre les unions et les fédérations, a conquis sur le plan administratif le terrain que perdait le PC sur le plan politique. Tout le processus qui fait vivre financièrement la nouvelle forme d’organisation, d’une rare complexité, est exposé en une annexe aux statuts de la CGT. En quatre pages, sont développés les articles 34 à 36 des statuts et exposée le système qui dépossède les fédérations, principales victimes de la réforme, de l’essentiel de leur autonomie financière.
Pour résumer, les unions et les fédérations ont perdu leurs prérogatives de gestion des masses financières formées par la collecte des cotisations. Chacun des syndicats, au lieu de verser ses cotisations à son union départementale et à sa fédération nationale, les verse directement à la confédération, qui ensuite finance les unions, les fédérations et les autres structures qu’elle a mises en place.

Une tendance à l'éclatement
L’échec de Bernard Thibault s’est manifesté au mois de mai lorsque sa candidate, Nadine Prigent, a été refusée par la direction de la CGT, où l’influence de son concurrent direct, Éric Aubin, a reçu l’appui déterminant des fédérations les plus influentes. La première trop confiante dans le poids moral que le secrétaire général mettait dans la balance, a eu tendance à se reposer sur l’inertie de l’appareil. Le second, plus mordant, a fait campagne pour montrer qu’il connaissait mieux tous les dossiers et qu’il était plus apte à assumer les responsabilités. Et surtout, il a fait comprendre aux fédérations qu’il voulait mettre fin à une centralisation excessive de la CGT. Le résultat de l’affrontement ne sera connu qu’à l’automne, ainsi qu’en a décidé le « parlement » de la centrale le 19 juin. Ce ne sera que quelques mois avant le prochain congrès, qui est convoqué à Toulouse en mars 2013.
Qui que soit l’élu, ou l’élue, les forces qui ont provoqué la crise interne resteront à l’œuvre, rendues plus puissantes encore par les dernières initiatives prises par la CGT. Ces forces ont leur origine dans la composition même d’une organisation dont les racines sont professionnelles. Dès la fondation en 1895, la tâche première de la confédération a été de concilier les intérêts de catégories professionnelles qui, sur le long terme étaient communs, mais qui, dans l’immédiat pouvaient se manifester par des contradictions. Ainsi, pour prendre un exemple d’aujourd’hui, les intérêts des cheminots et ceux des routiers peuvent s’opposer, comme le chemin de fer s’oppose à la route, si leurs fédérations s’en tiennent à une conception corporatiste de leur action. Dans les autres confédérations, ces forces centrifuges sont équilibrées par l’attachement à une histoire commune et, à la CGT-FO, par un attachement partagé à la République dans sa dimension sociale. À la CFDT, ce sont les conceptions issues de la doctrine sociale de l’Église qui assurent la cohésion, qui a de la sorte une certaine dimension idéologique.
La tendance à l’éclatement de la CGT s’est trouvée récemment renforcée, lorsqu’a été négociée avec le patronat la réforme de la négociation collective que le gouvernement s’est empressé de transposer dans la loi, celle du 20 août 2008. Outre le volet relatif à la représentativité des syndicats, qui a été le plus popularisé, cette réforme a mis l’accent sur la négociation entreprise par entreprise, au détriment de la traditionnelle négociation par branche professionnelle. En même temps, a été porté un coup fatal au principe de faveur. Ce principe, constitutif de la dimension sociale de la République, permet au salarié de bénéficier des conditions que lui sont les plus favorables des conventions collectives ou des dispositions légales, au niveau de l’entreprise, de la branche professionnelle, de la nation. Avant que ce principe de faveur ne soit mis en cause, le niveau inférieur ne pouvait pas déroger au niveau supérieur, et les conditions les plus favorables étaient dues au travailleur.
La loi de 2008, en élargissant les dérogations, déjà possibles mais dans une moindre mesure depuis les lois Auroux du gouvernement socialiste des années 1980, a placé l’entreprise elle-même au centre de la négociation collective et a retiré la plus grande partie du grain à moudre pour les fédérations. Cette perte du poids spécifique des fédérations dans l’organisation confédérale de la CGT explique leur réticence accrue à la réforme de la collecte des cotisations voulue par la direction.
Privées d’une grande parties de leurs prérogatives dans la négociation, qui est le cœur de l’action syndicale, elles se voient privées de leurs ressources financières autonomes. De quoi nourrir la tendance de l’être à persévérer dans l’être et à alimenter bien des formes de résistance.

Source : Marianne
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Re: Evolution du syndicalisme - avoir un oeil sur la CGT

Messagede vroum le Mer 3 Avr 2013 11:32

Syndicalisme rassemblé ou compromis ?

« Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. »
Bertolt Brecht


In Le Monde libertaire n°1701 (28 mars-avril 2013)

http://www.monde-libertaire.fr/syndicalisme/16304-syndicalisme-rassemble-ou-compromis

Eh bien, ça y est ! La CGT a vécu son cinquantième congrès. L’événement, somme toute peu médiatisé comme on se doit de l’attendre des professionnels de l’information aux ordres d’une classe vivant du travail des autres, a été conclu par la bouche de son nouveau secrétaire général avec la promesse d’une organisation syndicale qui restera « exigeante » et ne « lâchera rien » pour éviter « d’aggraver les conditions faites au monde du travail ». Ouf, revenez les journalistes ! Restez, les riches ! Il n’y a rien à craindre puisque la CGT promet la poursuite de sa politique dans le renoncement à rompre avec le système marchand.

On pourrait se satisfaire d’un poulet de quelques lignes sarcastiques pour évoquer dans nos colonnes cet énième congrès de l’organisation syndicale la plus ancienne et la plus représentative. Mais il semble nécessaire d’être plus consistant pour réfléchir aux enjeux auxquels sont confrontés les syndicats en général, et la CGT en particulier. Quitte à revenir sur le sujet dans de futures publications du Monde libertaire.

La logique capitaliste
Le capitalisme est en crise ? C’est structurel et cyclique ! Cela s’observe aisément sans pour autant revenir sur les Canuts lyonnais, sur le krach de 1929, ou sur le New Deal, ni même sur les Trente Glorieuses… Depuis les années 1970, avec le taux de profit à la baisse (rémunération du capital), les capitalistes n’ont pas cessé de faire un sort mauvais au monde du travail par le gel des salaires dans les années 1980, l’intensification du travail, le new management et la terreur du chômage de masse pour retrouver, en 1990, un taux de profit très avantageux. Mais cela n’a toutefois pas engendré un nouveau cycle d’investissement dans l’appareil productif. Bien au contraire, le marché solvable se saturait et l’énorme masse financière des profits s’est investie dans les produits financiers. En parallèle, les banques étaient devenues les créanciers incontournables des États renonçant au recours à leur banque nationale et souvent à la planche à billets. Les États ont été conduits, de fait, aux privatisations, à la destruction des services publics et à une politique d’austérité. On sait le résultat en 2008 : avec l’éclatement des bulles financières, la classe politique, pour le secours d’une minorité d’accapareurs de richesses et de commis d’État, transformait la dette de ces derniers en remboursement exigible de la plus grande partie de la population dépourvue des richesses qu’elle produit. C’est toujours sur le plus gros troupeau qu’on tond le plus de laine.

Enfin, avec en parallèle la mondialisation du capitalisme (production et échanges) et les déréglementations prodiguées par le FMI, le G7, Davos et compagnie, la course à la meilleure profitabilité des actionnaires souvent incarnés par des fonds d’investissement ou de pension a continué d’agir sur la variable d’ajustement privilégiée par les capitalistes : les salaires.
Pour le confirmer, on sait que les investissements des entreprises non financières du CAC 40 ont baissé de 0,2 % en 2012 alors que les dividendes versés augmentaient de 5 % pour atteindre 40,9 milliards d’euros.

Travail trop cher
Le travail aurait un coût trop élevé pour l’économie et pour la pérennité des entreprises. Les médias assènent cet axiome, et les exploités le répètent. La délocalisation s’est ajoutée à la politique du chômage structurel de masse pour mieux amener l’évidence d’une baisse des salaires et d’une simplification du Code du travail. Le chantage à l’emploi sous-payé est accompli ou presque dans la signature scélérate de l’accord national interprofessionnel (ANI) du 11 janvier 2013 par la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC.

Dans les années 1970, la classe politique faisait entériner l’allégement des cotisations sociales pour favoriser les « emplois jeunes » sous prétexte de forte exposition au chômage de cette catégorie d’âge de la population active. Dans les années 1980 et 1990, les socialistes Mauroy, Rocard, Bérégovoy ont créé les TUC et des catégories de statuts sous-payées. La flexibilité était introduite par la loi Aubry des 35 heures en annualisant le travail avec les forfaits jour des cadres. Le CPE et le CNE n’ont constitué que des pistes « tests » de réactivité des organisations syndicales sur le terrain du statut et de la rémunération du travail. Actuellement, les employeurs sont exonérés de cotisations sociales jusqu’à 1,7 fois le smic. On comprend mieux la pression maintenue sur les bas salaires et sa fabrication de l’équilibre « alarmant » des caisses sociales.

La dégradation de l’emploi au nom de la rentabilité s’est traduite par le concept du recentrage sur le cœur de métier des entreprises pour imposer l’externalisation et la délocalisation. Aujourd’hui, la règle d’embauche n’est plus le contrat à durée indéterminée, mais celle de la précarité avec les contrats à durée déterminée (pour le meilleur des cas) ou l’intérim. La sous-traitance apportant main-d’œuvre aux entreprises (souvent du prêt de main d’œuvre illicite) est autant offerte par des sociétés que par des travailleurs ayant statut d’auto-entrepreneur. Le tertiaire et l’industrie prospèrent sur ces producteurs sans repère de classe qui abdiquent leurs garanties sociales présentes et futures.

Le dernier ANI va aggraver la précarité et la répandre sur l’ensemble du salariat. Sa transformation en loi sur la flexibilité va permettre aux employeurs de baisser ou d’augmenter le temps de travail, de réduire les salaires, de recourir plus facilement aux licenciements sans s’exposer aux juges et de raboter les recours des salariés aux prud’hommes.

Syndicat aux pieds d’argile
Le chantage à l’emploi des employeurs facilité légalement par gouvernements et parlements successifs impose des pressions terribles aux travailleurs. La désaffection pour l’engagement syndical trouve sa source dans une conscience sociale trop peu répandue et conjuguée avec une peur de se « griller » en se syndiquant. Si le renoncement de la CGT à rompre avec la société marchande est ancien, la désyndicalisation est un agent actif du réformisme pour la survie institutionnelle.

L’année 1936 marquait, avec les accords de Matignon, le début de l’institutionnalisation de la CGT, alors forte de quatre millions de syndiqués. Mais nous gagnions alors des conventions collectives, des congés payés et la semaine de quarante heures. Après la Seconde Guerre, la mainmise complète du Parti communiste sur la direction de l’appareil CGT – qui conduisit à l’union sacrée avec les camarades au gouvernement en 1981 – accélérera la décroissance des cégétistes. En 1992, Louis Viannet, aux commandes du secrétariat, tentait d’inverser cette décrue d’effectifs calquée sur celle du Parti communiste. De 2,5 millions d’adhérents en 1968, l’organisation passait à 2 millions « officiels » en 1980, puis à 630 000 en 1997 pour remonter aujourd’hui à 692 000. La CGT passait d’une posture antipatronale au « dialogue responsable entre partenaires sociaux ». La CGT quittait la FSM pour lorgner du côté de la CES (Confédération européenne des syndicats). Bernard Thibault n’aura été qu’un continuateur fidèle et énergique de cette transition réformiste.

Il y a eu volonté d’incarner tout à la fois la revendication historique et de supplanter la CFDT dans sa position inamovible d’interlocuteur privilégié du patronat et du pouvoir politique tout en cultivant sa proximité.

Sarkozy l’avait bien compris : en entreprise comme dans n’importe quelle relation sociale, il est utile de trouver un bon challenger pour affaiblir son partenaire privilégié en vue de mieux dominer et de mieux faire passer ses exigences. La direction de la CGT répondait présent et était élue à ce rôle. Même si toutes les organisations représentatives se sont compromises au moins une fois en signature d’accords interprofessionnels traduits en droits sociaux régressifs, la CGT s’est bien distinguée pour gagner une pole position ! De fait, nombre de cadres fédéraux et confédéraux sont davantage des experts de la négociation que des acteurs de la lutte des classes.

La volonté d’en être avec le Medef et le gouvernement, tout en prônant une résistance de sabre de bois avec l’alliance avec la CFDT, aura consisté en beaucoup d’essoufflement des bases mobilisées par des balades en ville (ne touchons pas à l’entreprise !) sans jamais appeler à la grève pour des sujets aussi graves que les retraites.

La faillite idéologique du PC n’a pas fait perdre les réflexes autoritaires en interne, si bien que certains bonzes ne sont peut-être plus communistes, mais demeurent staliniens. Il était indispensable pour eux de garder la mainmise sur un appareil syndical. À la différence d’une CFDT très centraliste, l’autonomie syndicale prévalait dans la CGT, même si l’autonomie consistait plus en baronnies et moins en enclaves syndicalistes révolutionnaires. La volonté de contrôle centraliste s’est portée sur le nerf de la guerre, l’argent. À cet effet, la réforme des cotisations (Cogétise) a été majeure pour faire en sorte que les cotisations syndicales affluent directement à la confédération qui en rétrocède une part aux organisations territoriales et aux fédérations qui les redistribuent ensuite aux syndicats. La victoire contre l’autonomie syndicale est quasi obtenue sous prétexte d’efficacité organisationnelle. Frachon en rêvait, Thibault l’a fait !

Un congrès sans perspective
Les médias l’ont attendu pendant un an. La succession au poste de secrétaire général est faite. Habemus secrétaire général de la CGT ! Que dire de Thierry Lepaon au sujet duquel il se dit beaucoup de choses ? Des rumeurs, il en circule mais une chose est vérifiable : sa participation au Conseil économique, social et environnemental en tant que représentant CGT a fait preuve d’une très bonne volonté « à bien faire les choses » dans le sens de la privatisation du rail…

Que dire de plus du congrès ? Si ce n’est que le millier de congressistes était en grande partie passé au filtre du consensus pour être délégués. L’exemple calamiteux de la délégation de la fédération du commerce en atteste caricaturalement. Il s’y est débattu un besoin de réorganisation territoriale pour mieux coller aux réalités économiques et salariales afin de déboucher sur des intentions. Tout comme est revenue la nécessité de syndiquer davantage de salariés avec les sempiternelles injonctions aux militants de base de mieux s’adresser aux salariés pour les convaincre, comme si les militants et militantes ne connaissaient pas leurs collègues… Même l’idée d’une fondation pour former des syndicalistes a été évoquée. Allons-nous vers un syndicalisme professionnel à l’américaine pour résoudre la difficile implantation des syndicats ?

Certes, la tendance « lutte des classes », qui fait fantasmer la presse, a pu exprimer de nombreuses critiques virulentes et fondées à la tribune. Nous ne sommes tout de même plus à la Grange-aux-Belles ! Certes, on sent aussi que, compte tenu des enjeux, les bases sont loin d’être toutes sur l’alignement au dialogue brandi par une direction renouvelée en têtes mais pas en intentions collaborationnistes. Le verrouillage de la délégation a fait que les voix étaient au rendez-vous de l’assentiment à une continuité du réformisme et du « syndicalisme de rassemblement » réaffiché surtout avec la scélérate CFDT.

Renoncer ou se battre
À l’évidence, ce congrès de la CGT n’engage pas à sourire à un paradis syndical promis. Dans un contexte où les plans de licenciement s’accélèrent sans raison économique valable, la barbarie capitaliste n’a pas fini d’envoyer par dizaines de milliers la population à la misère.

Nous avons affaire à des prédateurs sociaux, à des psychopathes qui ont la violence de l’État avec eux. La croyance ou l’espoir vaincu dans des sauveurs issus de la classe politique est toujours un carcan dans l’esprit de la plupart des exploités. Ce qui est certain, c’est que, même si le capitalisme ne nous envoie pas tout de suite à la guerre pour régénérer son cycle, ceux qui vont refuser isolément la domestication patronale exigeant le degré ultime de l’exploitation, la pauvreté, vont subir une répression sans nom et masquée de la vue d’une société déjà terrorisée par la menace économique.

Travailleur actif ou privé d’emploi, s’organiser en syndicat est une nécessité indispensable, quitte à dépasser les structures le moment venu pour rompre avec le système. C’est le nombre sur le terrain qui fera la différence. Nous ne lâcherons rien !

Kintpuash
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Re: Evolution du syndicalisme - avoir un oeil sur la CGT

Messagede vroum le Jeu 13 Mar 2014 16:24

Des syndicalistes havrais menacés de prison ferme au Havre
par PACO
mercredi 12 mars 2014 http://bellaciao.org/fr/spip.php?article140320

Le fantôme de la loi « anti-casseurs » rode au Havre. Quatre militants de la CGT comparaissaient devant le tribunal de grande instance le 21 février pour deux affaires a priori plutôt banales. Le Procureur de la République a requis deux mois de prison avec sursis et 300 euros d’amende dans une affaire et pas moins de six mois de prison ferme et 500 euros d’amende dans l’autre. Les jugements seront rendus le lundi 31 mars. Une pétition circule pour dénoncer, encore, la criminalisation de l’action syndicale.

Il faut remonter au 10 septembre 2013 pour comprendre la première affaire. Ce jour-là, journée de mobilisation nationale contre la réforme des retraites, la rue grogne contre la gauche gouvernementale qui a décidé de marcher dans les pas de Sarkozy. Après la manif du matin, un groupe de militants se dirige vers les locaux du PS et du PRG pour causer avec les représentants locaux des partis au pouvoir. En vain. La tentative de dialogue se transforme en joyeux collage d’affiches sur les vitrines du PS. Au passage, la plaque de la députée PS est dévissée. Plus loin, l’ambiance dérape chez les radicaux « de gauche ». Prévenus par les socialos, armés d’extincteurs, ils attendent les cégétistes qui se prennent des jets de neige carbonique. Dans la bousculade, un énervé du PRG s’en prendra même à un policier. Leur beau local n’échappe pas pour autant aux affiches et aux graffitis. « Traitres ! » Au bout du bout, quatre cégétistes sont poursuivis pour dégradations, vol et recel de la plaque parlementaire (pourtant rendue intacte quelques jours plus tard). Le procureur requiert deux mois de prison avec sursis et 300 euros d’amende pour les cégétistes. Pour leur violence ridicule, les gens du PRG ont au bout du nez trois et six mois avec sursis plus 400 et 500 euros d’amende. Fin du premier acte.

La seconde affaire nous ramène au 10 janvier dernier. Un mouvement de grève de quatorze jours secoue alors l’entreprise SPB, un centre d’appels. Les salarié-e-s réclament des hausses de salaire et de meilleures conditions de travail. Une altercation éclate entre des militants CGT et un huissier provocateur qui sifflote L’Internationale en prenant les grévistes en photo. Dans la bousculade, la serviette de l’huissier, ex-policier, échoue au milieu d’un feu de palettes. Les circonstances de l’incident sont floues, mais le procureur n’hésite pas à réclamer pas moins de six mois de prison ferme et 500 euros d’amende à l’encontre des deux co-secrétaires généraux de l’UL CGT du Havre tout en les menaçant. Il assure que face aux actions syndicales qu’il considère « de plus en plus violentes », il fera toujours des « réquisitions de fermeté ». Fin du second acte.

Les deux affaires étaient jugées le 21 février. Tous les autres procès prévus ont été repoussés. La salle du tribunal s’est peu à peu vidée avant de se remplir de militant-e-s solidaires des « Quatre du Havre ». Il aurait fallu un grand chapiteau pour contenir tous leurs soutiens. Devant le palais de justice, bloquant la circulation, plus de 3000 personnes piétinaient dans le froid. Un bon millier de dockers et portuaires CGT étaient là ainsi que des délégations syndicales du privé comme du public venues de toute la région et au-delà. Des drapeaux Solidaires, FSU et Unef flottaient avec ceux de la CGT pendant qu’une sono diffusait de multiples déclarations et messages de soutien ponctués par une version punk du Chant des Partisans signée Grand Final, un groupe havrais.

Quels mauvais jours annoncent ces procès qui réactivent l’esprit de la loi « anti-casseurs » ? « On cherche à travers ces poursuites à criminaliser l’action syndicale en groupe et l’action politique », soutenait maître Eric Baudeu, l’un des avocats des militants CGT, devant le tribunal du Havre. Dans les années 70, il était possible de poursuivre quelqu’un pour le simple fait qu’il était membre d’un groupe qui avait commis des dégradations ou des violences même si cette personne n’était pas personnellement impliquée dans les faits reprochés. Cette notion de « responsabilité collective », plus que dangereuse pour les libertés, a été enterrée en 1981 avec l’arrivée de la gauche au pouvoir...

A l’évidence, la CGT havraise défrise de nombreux patrons et politiciens. Intransigeant-e-s dans les luttes (et pas mal de ces luttes paient...), les cégétistes locaux prônent un syndicalisme de combat. Dans les couloirs de l’union locale, l’aura de Jules Durand est par exemple toujours bien vivante. L’histoire de ce syndicaliste révolutionnaire condamné à mort en 1910 suite à une stupéfiante machination patronale hante toujours les consciences. Mémoire rebelle toujours, le 10 mars dernier, avant d’aller se faire entendre au conseil municipal, les militant-e-s de l’UL donnaient le nom de Louise Michel, la célèbre communarde anarchiste, à une salle de réunion. L’histoire contemporaine intéresse aussi ces cégétistes. On se souvient que c’est dans cette UL que l’écrivain révolutionnaire Jann-Marc Rouillan avait pu s’exprimer le 5 mars 2013 parce que le préfet et le maire UMP du Havre lui interdisaient l’accès de la Scène nationale-Le Volcan où il était invité à débattre en compagnie de Richard Bohringer.

Par son nombre de syndiqué-e-s, plus de 8800, l’UL du Havre est la troisième union locale de France. C’est peu dire que cette force dérange. Alors, il est tentant de vouloir transformer en criminels des syndicalistes trop remuants. Sauf qu’il ne va pas être facile d’intimider des camarades déterminés. Les co-secrétaires généraux de l’UL CGT ont donné le ton lors de leur convocation au commissariat central le 21 janvier. Pas question de céder à la prise d’empreintes ADN. Pas question de mettre sur le même plan action syndicale et criminalité. Après les « Cinq de Roanne », on n’a pas fini d’entendre parler des « Quatre du Havre ». « Notre syndicalisme œuvre pour le progrès social. Il est la voix des salariés sacrifiés face à la dictature du patronat, malheureusement encouragée par la politique du gouvernement », souligne le syndicat en dénonçant « l’union sacrée du patronat et d’un parti politique pour tenter de stopper l’action de la CGT au Havre. »

« Lorsque l’on touche à un militant de la CGT, on touche à toute la CGT », martèlent les militants de l’UL havraise. Sans risque de se tromper, on peut affirmer qu’au-delà de la CGT, c’est l’ensemble du mouvement social qui est menacé par ces basses manœuvres sans précédent. Au Havre (où les actions musclées n’ont pas manqué ces dernières années) ou ailleurs. Les jugements seront rendus le lundi 31 mars, à 13h30. Pour soutenir les « Quatre », un rassemblement est prévu devant le palais de justice du Havre dès midi.

Militant-e-s syndicaux, politiques, associatifs, vous pouvez également signer la pétition en ligne Pour la relaxe des Quatre du Havre.
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Re: Evolution du syndicalisme - avoir un oeil sur la CGT

Messagede vroum le Jeu 3 Avr 2014 21:40

Thierry Lepaon dans le Nouvel économiste :

http://social.blog.lemonde.fr/2014/04/0 ... -12-avril/

"il n'existe à la CGT aucune opposition de principe face au patronat. L'entreprise est une communauté composée de dirigeants et de salariés. Ces deux populations doivent pouvoir réfléchir et agir ensemble dans l'intérêt de leur communauté".
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