
L'auteur s'appelle Christophe, ça m'étonnerait pas que ce soit un ancien du forum (du côté de Tours)...
- le sectarisme et l'autoritarisme de l'OPB / FCL (dont torture et menace d'élimination physique des militants)


la Plateforme Communiste Libertaire appelle à voter aux législatives pour les candidats Front Populaire : https://plateformecl.org/le-rn-aux-portes-du-pouvoir/
VOTER SANS ILLUSIONS NI SCRUPULES
Plutôt qu’un gouvernement d’extrême droite, nous préférons affronter un gouvernement de gauche. Nous n’en attendons pas de changement social. Voter Front populaire est un choix tactique, il s’agit d’obtenir un répit. Quel que soit le gouvernement qui sortira des urnes, le mouvement social devra se battre pour faire avancer ses propres revendications. Front populaire face aux réactionnaires, révolution sociale contre le capital !

Bilan et perspective après les deux années d’activité précédentes de l’UCL.
Motion adoptée à 79,44% des mandats exprimés (5,61% de votes contre et 14,95% d’abstentions)
1. Bilan
1.1. Bilan politique de la période 2021-2025
1.1.1. Une situation internationale en pleine tourmente
1.1.1.1. Ces dernières années ont été le théâtre d’une accélération de la crise que traverse le capitalisme à l’échelle mondiale. La conséquence directe est l’augmentation spectaculaire du nombre de conflits armés dans le monde : +25 % entre 2023 et 2024. Les illusions vendues par les capitalistes d’une mondialisation heureuse après la chute du bloc soviétique sont ainsi balayées.
1.1.1.2. Ces dernières années ont notamment connu le génocide à Gaza (avec le soutien intéressé des impérialistes occidentaux à l’État d’Israël) ; la reprise de la guerre en Ukraine (qui a une double nature : résistance de l’État ukrainien et de populations ukrainiennes face à l’invasion de la superpuissance russe ; conflit inter-impérialiste entre l’OTAN et la Russie) ; la guerre civile syrienne (sur fond d’ingérences internationales et de volonté génocidaire de la Turquie contre le peuple kurde) ; les avancées du M23 contre les forces gouvernementales de la république démocratique du Congo (pour le contrôle des ressources minières de la région, revendues ensuite aux pays impérialistes alliés des différents protagonistes) ; le retour victorieux des Talibans au détriment des droits et libertés du peuple afghan et tout particulièrement des femmes. Une période marquée par le recul des forces groupées autour du régime iranien.
1.1.1.3. L’élection de Donald Trump aux États-Unis pèsera lourdement sur les prochaines années : politique intérieure brutale contre les travailleurs et toutes les minorités, relance de l’extractivisme, guerre économique tous azimuts, encouragement à la colonisation israélienne jusqu’au nettoyage ethnique de Gaza, menace d’annexion de territoires voisins (Panama, Canada, Groenland), chèque en blanc aux libertariens de la Sillicon Valley pour déployer leurs projets numériques antisociaux. Le retrait des USA de différentes instances internationales va conduire à un chaos et une reconfiguration des alliances dont la Chine devrait tirer parti.
1.1.1.4. L’impérialisme français a lui subi plusieurs revers avec les différents coups d’États en Afrique ayant renversé les régimes complices de la France. Ce recul explique le regain de violence pour se maintenir dans les territoires d’outre-mer : tentative de dégel du corps électoral en Kanaky visant à diluer le vote des kanaks majoritairement indépendantistes ; opération Wuambushu à Mayotte…
1.1.1.5. Les répressions contre les mouvements de protestations entamés sur les territoires outre-mer (Guadeloupe et Martinique en 2021, puis en hiver 2024/2025, Kanaky en 2024) ont entraîné de nombreux morts. L’État français n’a rien perdu de son caractère colonial.
1.1.1.6. Conscient de la perte d’influence de la domination française en territoire colonisé, Macron renouvelle au service de la grande bourgeoisie une forme renouvelée et ultra violente du colonialisme. La sortie du consensus politique issu des luttes des années 80 et 90 qui avaient abouti aux accords de Nouméa dans le cas de la Kanaky a mis le feu aux poudres d’une société déjà exsangue par des inégalités sociales énormes.
1.1.1.7. Dans le cas de Mayotte, la stratégie de division des populations comoriennes, initiée depuis des décennies par la France, se poursuit. La remise en cause du droit du sol à Mayotte, outre d’avoir pour effet un durcissement des droits des personnes sans papiers sur tout le territoire Français, stigmatise les populations locales et constitue une impasse politique pour la région des Comores.
1.1.1.8. Le déclin relatif mais continu de la puissance impériale française pousse l’État et les patrons à encore plus de compromis politiques et militaires avec toutes sortes de dictatures.
1.1.2. La France en crise économique
1.1.2.1. En 2020, la pandémie de Covid-19 a imposé aux gouvernements occidentaux une politique de confinement, dans l’attente des vaccins arrivés quelques mois plus tard. En France, les entreprises menacées par ces confinements ont été protégées par la politique du « quoi qu’il en coûte ». Le gouvernement a pris en charge une partie des salaires et des pertes pendant plusieurs mois. Les capitalistes et leurs profits ont été sauvegardés sans aucune contrepartie exigée.
1.1.2.2. La situation économique a aussi été déstabilisée par la généralisation de la guerre russo-ukrainienne en 2022. L’inflation boostée par le conflit a impacté durement les travailleur·ses, particulièrement les plus précaires.
1.1.2.3. Le retard considérable accumulé par la France et l’Union européenne sur les secteurs dominants du capitalisme que sont les nouvelles technologies numériques et l’extractivisme place les capitalistes français et européens dans des positions subalternes.
1.1.2.4. Pour autant, le gouvernement Macron reste tourné tout entier vers une politique pro-capital. Les allégements d’impôts sur les revenus financiers et la fiscalité des entreprises enrichissent massivement les grandes fortunes : le patrimoine cumulé des 500 plus grandes fortunes a plus que doublé entre 2017 et 2023. À l’inverse, la France compte près de 10 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté. Parmi elles, les jeunes, les femmes, les immigré·es, les personnes ayant un handicap sont surreprésenté·es. Au- delà de la pauvreté statistique, 45% des français·es ont du mal à régler leurs factures courantes.
1.1.2.5. Cet appauvrissement se double d’une politique de sape des services publics. Précarisations des statuts des salarié·es des secteurs publics et sous-financement provoquent une dégradation sans précédent des conditions d’accueil et de travail dans la santé, l’éducation, le social, les transports. En parallèle, dans le privé, l’emploi précaire ne cesse d’augmenter et les conditions d’emploi de se dégrader, comme le confirme l’augmentation continue depuis 2020 des mort·es au travail (759 en 2023). Au-delà des effets d’annonce, il y a plus de fermetures que d’ouvertures d’usines en 2024 et le chômage s’envole. Seul le secteur militaro-industriel se renforce, signe d’une course aux armes de plus en plus croissante. En ce début d’année 2025 un budget fortement austéritaire et d’offensive contre les classes populaires est voté.
1.1.3. La France en crise démocratique
1.1.3.1. Sans réelle majorité, élu uniquement comme moindre mal face à Marine Le Pen en 2022, Macron et son gouvernement dirigent constamment dans le passage en force : contournement du parlementarisme et utilisation abusive des clauses constitutionnelles sont devenus monnaie courante. La répression des mouvements sociaux et politiques atteint des paliers inédits.
1.1.3.2. Radicalement libéral, le camp présidentiel n’a cessé de se rapprocher de l’extrême droite, dont il reprend l’obsession sécuritaire et migratoire. Le retour du débat sur « l’identité nationale » du gouvernement Bayrou en janvier 2025 a abouti à ce que le Sénat adopte en mars 2025 une proposition de loi LR, soutenue par le gouvernement, pour durcir les restrictions au droit du sol à Mayotte, optant pour imposer un délai d’un an de résidence à un parent pour que son enfant obtienne la nationalité française. Ce dernier épisode montre une fois de plus la radicalisation vers l’extrême droite de ce gouvernement qui pourrait étendre la remise en cause du droit du sol. Cet épisode montre aussi que Valls, nommé ministre des outres mers, issu il y quelques années des rangs du PS, participe aussi à cette dérive.
1.1.3.3. Cette extrême droite, incarnée électoralement par le RN, n’a cessé de se renforcer. Elle profite du fait que la droite LR souffre d’un manque de leader fédérateur. Ouvertement soutenue par une portion grandissante des capitalistes mûs par la peur du déclin et du blocage de leurs intérêts économiques, elle est aujourd’hui installée dans de nombreuses sphères du pouvoir. À l’Assemblée nationale, depuis l’élection législative anticipée de juin 2024, 123 députés RN et 16 députés UDR (Ciotti) sont ses porte-voix. Dans les rues, les groupuscules néo-fascistes, néo-nazis, identitaires, royalistes, etc., se développent et participent par la violence et la propagande à cette conquête progressive du pouvoir par l’extrême droite.
1.1.4. La réaction de notre classe
1.1.4.1. Notre camp social n’est pas resté sans réaction face à la politique macroniste menée depuis 2017 : gilets jaunes (en 2018-2019), mouvement des retraites de 2019-2020, mouvements contre la Loi sécurité globale, contre la loi Séparatisme, luttes contre les violences policières.
1.1.4.2. La période fin 2021-2022 a été marquée par l’élection présidentielle et la potentialité d’une victoire de l’extrême droite avec un recul temporaire de la conflictualité.
1.1.4.3. 2023 est une année charnière : celle du mouvement social le plus massif numériquement depuis 13 ans, avec le passage en force du recul de l’âge de la retraite. Pendant six mois, les cortèges syndicaux, unitaires, ont été imposants. Au-delà, le mouvement est marqué par le retour des tentatives de blocages total ou partiel. Néanmoins, en l’absence d’une grève massive, le mouvement ne parvient pas à arrêter le gouvernement. Deux ans plus tard, cette réforme macroniste passée au forceps continue de traumatiser le paysage politique français, de tous bords politiques, et les positionnements sur son abrogation sont devenus des marqueurs politiques forts et incontournables dans les recherches d’alliances politiciennes.
1.1.4.4. Le meurtre de Nahel, en juin 2023, embrase une large partie des quartiers populaires, exténués par les dégradations sociales et économiques de leurs conditions de vie. Ces révoltes seront durement réprimées. D’une manière globale, les mouvements de contestations, notamment écologistes et syndicaux, continuent d’être criminalisés de manière inédite. La répression frappe les manifestations anti-bassines de Saint-Soline en mars 2023. De manière encore plus profonde, elle frappe le mouvement de solidarité avec la Palestine vis-à-vis duquel on a vu s’épanouir une large campagne politico-médiatique, allant d’une partie de la social- démocratie à l’extrême droite et n’hésitant pas à instrumentaliser la notion d’antisémitisme à des fins de soutien à Israël et de diabolisation d’une partie de la gauche et du camp décolonial.
1.1.5. L’évolution des gauches dans la période
1.1.5.1. L’émergence d’un bloc réformiste, avec la NUPES en juin 2022, puis le NFP en juin 2024, dessine de nouvelles ambitions entre les partis et leaders qui composent ces coalitions. Le front républicain s’est considérablement élargi au vu du risque d’arrivée au pouvoir de l’extrême droite, allant de la gauche de la macronie au NPA-Anticapitaliste.
1.1.5.2. L’extrême gauche est divisée, apparaît en recul prolongé et produit presque autant de propositions stratégiques que de partis.
1.1.5.3. Le POI s’est rallié à Mélenchon dès 2017 et est aujourd’hui complètement intégré à LFI.
1.1.5.4. Le NPA-Anticapitaliste hésite à franchir complètement ce pas. La révolution lui parait être une perspective trop lointaine par rapport à l’urgence fasciste. Il considère que dans la conjoncture actuelle, appliquer un programme réformiste conséquent (comme celui du NFP) nécessiterait de toute façon un affrontement de classe quasi-révolutionnaire.
1.1.5.5. LO et le NPA-Révolutionnaires considèrent au contraire que les accointances fascistes des capitalistes ont toujours été évidentes et que la lutte des classes entre prolétariat et bourgeoisie n’est pas fondamentalement reconfigurée par le fascisme ; il n’y aurait donc pas de raison de changer de logiciel.
1.1.5.6. RP de son côté analyse de manière ultra-volontariste la conjoncture actuelle comme une période pré-révolutionnaire.
1.1.5.7. Les mouvements autonomes, en recul dans la rue, ont une réalité variable. Ils ont joué un rôle central dans l’émergence des Soulèvements de la terre, qui multiplient les campagnes et montrent un véritable changement de cap dans la volonté de faire des fronts d’actions communs.
1.1.5.8. Le réseau A2C, qui mélange des trotskistes et des autonomes, se renforce et développe des analyses qui rejoignent parfois les nôtres.
1.1.5.9. En dehors de l’UCL, le mouvement libertaire organisé est en état de faiblesse quasi inaudible à l’exception de quelques dynamiques locales.
1.1.5.10. L’évolution de l’UCL est l’objet de la suite de cette motion.
1.2. Bilan de l’UCL dans l’action
1.2.1. Des orientations d’intervention inégalement investies
1.2.1.1. Nous donnerons deux exemples : une réussite relative, « Pour une contre-offensive trans », et un échec relatif, « L’intervention des communistes libertaires dans les mouvements sociaux des quartiers populaires ».
1.2.1.2. Suite au travail interne exemplaire de la commission Antipatriarcat, un texte soutenu au préalable par une tournée de formation a été voté par l’organisation. Analysant l’offensive réactionnaire anti-trans comme un cheval de Troie fasciste, il nous a doté d’un cadre d’analyse et d’action clair. Sa publication par le journal et son édition en brochure ont permis la diffusion large de nos idées, appuyant l’organisation de réunions publiques et facilitant notre intervention lors des mobilisations.
1.2.1.3. Durant la mobilisation de mai 2024, les GL se sont mobilisés dans la rue et, selon les situations, dans les cadres unitaires locaux. Une note interne a été produite par la commission Antipatriarcat, analysant les dynamiques d’instrumentalisation de la lutte par RP et fournissant des perspectives tactiques à court et moyen terme. Lors de cette mobilisation, notre coordination est néanmoins restée faible et limitée à la remontée d’information, elle-même peu fournie.
1.2.1.4. Enfin, l’UCL s’est stratégiquement investie dans l’ExistransInter d’octobre 2024 après avoir tiré des leçons de ses erreurs lors de la précédente édition. L’investissement de camarades dans l’organisation de l’événement et sa fédéralisation en interne ont permis d’apporter un soutien fort au service d’ordre de la marche bien qu’au détriment de notre apparition en cortège.
1.2.1.5. Après le meurtre de Nahel et les révoltes qui ont suivi, l’UCL, comme une partie importante de la gauche, a mieux réagi que lors d’évènements similaires comme en 2005. Nous avons été réactives et réactifs dans notre expression fédérale et avons participé assez rapidement à la construction de manifestations politiques de soutien aux révoltes, contre le racisme et les violences policières. Cependant nous avons rapidement atteint nos limites : faiblesse du nombre de nos adhérent·es vivant dans ces lieux, mais aussi faiblesse des organisations implantées dans les quartiers populaires qui ne facilite pas le contact. Conscient·es du problème, nous nous sommes donc doté·es d’un texte lors de notre dernier congrès.
1.2.1.6. Malheureusement, force est de constater que cette motion de congrès « L’intervention des communistes libertaires dans les quartiers populaires » n’a pas été suivie d’effet. Nous devons reconnaître un écueil récurrent, à savoir la production de textes politiquement consensuels mais relativement hors sol quant à nos capacités réelles à les mettre en action. À l’avenir nous devrons être vigilant·es à construire des positions en partant de nos réalités et avec des objectifs atteignables.
1.2.1.7. À ce titre, est-ce que la place de notre intervention concernant les quartiers populaires ne se situerait pas dans les organisations syndicales, en particulier les Unions locales ? Est-ce que ce n’est pas particulièrement à cet endroit que des travailleur·euses militant·es à l’UCL peuvent côtoyer des travailleur·euses des quartiers populaires ? C’est aussi dans ces organisations que nous pouvons dépasser la division raciste et lui supplanter la lutte des classes.
1.2.2. Les campagnes fédérales
1.2.2.1. L’UCL a mené plusieurs campagnes fédérales depuis sa création. Mais la notion de « campagne » n’est pas clairement définie dans notre organisation. Nous décidons, lors d’une CF en général, de frapper en même temps avec un matériel dédié. Nous gagnerions à mieux planifier nos campagnes, à mieux définir notre vision globale du sujet. Quels objectifs à court et moyen terme, quelles étapes ? Quelle stratégie pour y arriver ? Quelles actions concrètes ici et maintenant ?
1.2.2.2. On peut quand même affirmer que les campagnes, quand elles sont bien menées et investies par l’ensemble de la fédération, nous permettent de : travailler à une production théorique spécifique utile et à son partage dans l’UCL ; rendre davantage visible un discours communiste libertaire priorisant pendant un temps un sujet précis ; donner une meilleure visibilité à l’UCL et faciliter le recrutement.
1.2.2.3. En termes de résultats, leur appropriation par toute la fédération est pour le moins mitigée. Certaines ont été fortement investies par les GL (c’est le cas des deux campagnes du 8 mars) quand d’autres sont presque désertées (campagne européenne par exemple). Pour garantir à une campagne une large appropriation dans la fédération, nous devons nous assurer dès le départ de son caractère réellement consensuel dans l’UCL, qu’elle soit animée par un GT dédié, pro-actif et avec un effectif suffisant et représentatif, qu’elle mette en relation les commissions pour diviser le travail selon les espaces compétents et ainsi impliquer largement nos instances, et enfin nous devons prendre le temps de convaincre les camarades de l’utilité de telles campagnes.
1.2.2.4. Nous devons particulièrement penser à qui nous nous adressons. Croire que l’UCL aujourd’hui peut être audible auprès d’un très large spectre de l’opinion, c’est se fourvoyer. Une campagne peut cibler, dans notre camp social, les personnes sensibles aux discours des gauches et qui recherchent déjà une voix à suivre. Éviter le maximalisme et l’entre-soi mais plutôt partir de revendications palpables en articulant avec notre projet révolutionnaire.
1.2.2.5. Sur la forme, dans l’ensemble, nous arrivons à produire un matériel varié et complémentaire (tracts, argumentaires quatre pages, documents de cadrage, affiches, autocollants, vidéos longues et courtes, articles dans le journal, publications sur les réseaux sociaux, logos…). La création d’une commission Propagande nous permettra d’aller plus loin dans ce sens.
1.2.2.6. Pour finir, nous constatons un gros manque de travail en fin de campagne pour en tirer les leçons.
1.2.3. Les évènements ponctuels fédéralisés
1.2.3.1. L’UCL a organisé ou a participé à plusieurs évènements ces dernières années, des journées d’été rouge et noir aux meetings unitaires en passant par les manifestations fédéralisées. Nous proposons ici d’évoquer deux exemples caractéristiques de notre action : un évènement UCL, « Au taf », et une mobilisation unitaire, la marche kurde Vérité et justice.
1.2.3.2. La seconde édition de « Au taf » à Lyon en mai 2024 a été l’occasion de dresser un bilan du climat syndical. Ces rencontres permettent de partager et confronter nos positions avec des courants proches, syndicalistes de luttes, autogestionnaires et révolutionnaires. Nous faisons entendre une forme de singularité dans le mouvement social sur des sujets qui sont peu portés ou de manière assez confidentielle. De plus les thématiques de rencontre sont inépuisables, ce qui permet d’imaginer facilement des suites. La fréquentation est modeste, mais elle nous permet d’imaginer pouvoir ritualiser cette rencontre et espérer en faire un temps ancré dans le mouvement social. Une appropriation plus large par la commission Travail et par le GL accueillant que ce qui a été fait à Lyon sera nécessaire pour éviter que cela repose de nouveau sur trop peu d’épaules. La retransmission et la mise en avant ont tardé et les débats ont été mis en ligne un an plus tard.
1.2.3.3. La manifestation Vérité et justice est devenue un moment important dans l’année pour l’UCL car il s’agit d’une manifestation fédéralisée à laquelle participent de nombreux GL. Cela nous permet chaque année de faire un focus important sur la cause kurde et visibiliser ainsi les luttes kurdes tout en partageant nos analyses. Cette date nous permet de garder un lien fort et fidèle avec le mouvement de libération du Kurdistan. Pour l’UCL, c’est un moment où l’on visibilise l’organisation et ses militant·es, où l’on se retrouve pour échanger entre camarades, où l’on se donne de la force en étant ensemble. Il paraît donc pertinent de poursuivre cette dynamique fédérale, et éventuellement de profiter de la montée à Paris de nombreux·ses camarades pour organiser d’autres moments dans le weekend, par exemple un temps de formation internationaliste/anti-impérialiste ou une rencontre publique.
1.2.3.4. Même constat que pour les campagnes : il ne suffit pas que le SF annonce le remboursement des transports pour qu’il y ait affluence. Une animation fédérale doit être mise en place, en suivant l’exemple réussi de la manifestation à Guéret en Creuse en défense des forêts.
1.3. Bilan de la vie interne de l’UCL
1.3.1. L’UCL était une toute jeune organisation lorsque le Covid est arrivé. Elle venait d’accueillir un nombre important de nouvelles et nouveaux militant·es et de mettre en place un nouvel outil de communication interne, le Discourse.
1.3.2. Cette conjoncture potentiellement déstabilisante a percuté une organisation traversée par des tensions politiques pré-existantes. La préparation des congrès de 2021 et 2023 ont été des périodes de conflits internes difficiles. Ces différends ont, à trois reprises, abouti au départ de quelques dizaines de camarades. Au delà de la perte numérique de militant· es, ces départs ont entretenu un climat de tension dans l’organisation rendant difficile un travail de construction politique.
1.3.3. Le congrès de 2023 n’a ainsi pas réussi à se donner un texte d’orientation générale. Les orientations politiques de ce congrès (« Réflexion syndicaliste révolutionnaire », « Pour une contre-offensive trans » et « L’intervention des communistes libertaires dans les mouvements sociaux des quartiers populaires ») semblent déconnectées les unes des autres. Elles donnent l’image d’une organisation fonctionnant en silos, peu compatible avec notre stratégie révolutionnaire. De fait, ces orientations ont été appliquées à la carte selon les intérêts des groupes locaux. Il n’y a pas eu de vraie campagne ou mobilisation coordonnée durant les deux années écoulées.
1.3.4. L’UCL peine également à faire fonctionner sa propre structure interne fédérale. La plupart des commissions ne reposent que sur le travail de quelques camarades, plusieurs d’entre elles ne sont pas représentées au SF. Le SF lui-même est en sous-effectif permanent et use les camarades les un·es après les autres.
1.3.5. Si le congrès de 2023 n’a pas permis d’aboutir à un texte d’orientation générale, il a tout de même adopté deux textes structurants : le protocole d’adhésion fédéral et le texte « Former pour la révolution ». Ces textes proposaient un tronc commun d’accueil et de formation pour tou·tes les militant·es. Ils avaient tous deux vocation à développer notre unité, en veillant à recruter des militant·es réellement en accord avec nos principes d’une part, et en développant une culture de l’organisation commune d’autre part.
1.3.6. La commission Formation tire un bilan quantitatif et qualitatif très positif de la nouvelle politique de formation obligatoire pour l’adhésion (cf. bilan fourni par la commission). Les camarades ayant suivi la formation d’accueil « Militer à l’UCL » ont majoritairement fait des retours positifs sur cette formation. Cependant la CF de mars 2025 a montré que ce bilan ne fait pas consensus dans l’organisation.
1.3.7. Au sein de la motion « Former pour la révolution » votée lors du congrès précédent, la commission Formation était mandatée pour d’abord créer cette formation puis ensuite former des formateur·ices locaux. Cette seconde phase où les GL sont responsables de proposer des formateur·ices peine à advenir. Très peu de formateur·ices sont engagé·es dans cette démarche. Ceci a pour conséquence que la formation ne tient que sur les forces de la commission Formation. Pour une plus grande flexibilité, il est nécessaire que chaque groupe local prenne sa part d’investissement dans la mise en place de cette formation.
1.3.8. Des GL ont demandé une évolution vers un fonctionnement moins contraignant. Faute de retours suffisants pour mesurer les effets négatifs de ces contraintes et proposer des évolutions, la commission Formation invite les GL à faire des retours plus systématiques.
1.3.9. Ce déploiement insatisfaisant de la formation d’accueil empêche la commission Formation de se tourner vers ses autres missions. Les évolutions de la politique de formation et son appropriation par l’ensemble de l’organisation seront un enjeu important d’ici au prochain congrès.
2. Comment analyser la période qui s’ouvre
2.1. La contradiction majeure du capitalisme
2.1.1. Le développement sans précédent des capacités productives et la concentration des moyens de productions, notamment en Chine, entraînent une crise durable de sur-accumulation. Dans un système mondialisé où les intérêts des différentes puissances et de leurs bourgeoisies respectives se sont fortement entremêlés, les possibilités négociées de sortir de cette crise sont limitées. Le retour de Trump brouille un peu plus les cartes.
2.1.2. La capacité du capitalisme à constamment se réinventer et à innover, par la concurrence et l’investissement, est en panne. Malgré la reprise après le choc économique du début de la pandémie de Covid-19, la croissance du PIB stagne dans les pays occidentaux (moins de 2%) et se tasse en Chine (autour de 5%). Les capitalistes cherchent désespérément de nouvelles sources d’extraction de plus-value, des innovations majeures qui ouvriraient de nouveaux marchés : on les voit s’agiter autour de la conquête spatiale, de la fusion nucléaire, ou encore de l’intelligence artificielle.
2.1.3. Mais ces nouvelles sources de plus-value relèvent pour le moment de la science-fiction. Pour l’IA et la conquête spatiale, l’écart gigantesque entre les investissements et les profits est probablement en train d’engendrer une bulle spéculative historique.
2.1.4. Depuis 2010, le capitalisme extractiviste et le capitalisme numérique occupent les dix premières places de capitalisation boursière mondiale. À elles seules, ces dix entreprises concentrent désormais autour de 10 % du total des capitaux boursiers en circulation dans le monde. Par le monopole et la rente, le capitalisme extractiviste et le capitalisme numérique tendent à empêcher le fonctionnement « normal » d’un capitalisme régulé par la concurrence. Les lois antitrust et autres dispositifs étatiques ou internationaux de régulation de la concurrence et de démantèlement des monopoles ne semblent plus employés. L’injection d’argent public en 2008 après la crise des subprimes puis en 2020 pour le « quoi qu’il en coûte » tendent au contraire à consolider les monopoles et à rendre les plus grandes entreprises « trop grosses pour tomber », c’est-à- dire que tout doit être fait par les États pour empêcher leurs faillites. Le secteur Big Tech du capitalisme numérique a ainsi aspiré une quantité phénoménale d’investissements publics alors qu’il est établi depuis les années 1990 que ce secteur est en réalité très peu productif (c’est le « paradoxe de la productivité »). Cette concentration monopolistique du capital dans les mains de Big Tech explique donc ainsi, au moins en partie, la stagnation durable.
2.2. La barbarie impérialiste contre les peuples
2.2.1. Après le 11 septembre 2001, l’impérialisme états-unien et ses alliés ont brandi la « guerre au terrorisme » comme étendard pour justifier des guerres impérialistes généralisées. Brandir la menace du « terrorisme islamiste » permet aux impérialismes occidentaux de légitimer un impérialisme guerrier tous azimuts, de la guerre états-unienne en Irak aux massacres israéliens en Palestine, en passant par l’intervention française au Mali. Parallèlement, la « guerre au terrorisme » s’accompagne de la création de figures de « l’ennemi intérieur » et du renforcement de normes de genre prescriptives, comme en témoignent, en France, l’offensive islamophobe généralisée et la guerre faite aux femmes voilées.
2.2.2. Pourtant, derrière ces justifications, les guerres impérialistes sont la continuation de l’accaparement économique des ressources par d’autres moyens. Dans un contexte d’urgence écologique, les appétits impérialistes n’hésitent plus à employer la force militaire, en Ukraine (agriculture et terres rares), au Groenland (terres rares) ou au canal de Panama (contrôle du commerce mondial).
2.2.3. Le recul de l’anti-impérialisme à l’échelle mondiale et jusque dans la gauche révolutionnaire, est une donnée indéniable depuis un demi-siècle, et à plus forte raison depuis le 11 septembre. Mais le paysage anti-impérialiste n’est pas désert : la lutte de libération nationale palestinienne et le mouvement de solidarité global avec la Palestine, le soulèvements populaires contre l’impérialisme français au Sénégal, le mouvement de libération nationale kurde, le soulèvement anticolonialiste en Kanaky et les luttes contre la vie chère dans les Antilles constituent le ferment d’un renouveau des résistances contre l’impérialisme.
2.3. La conflictualité de classe
2.3.1. La crise du capitalisme incapable de tenir ses promesses, l’accélération de l’histoire imposée par la crise écologique et l’impérialisme guerrier sont autant de conditions propices à une intensification de la conflictualité de classe.
2.3.2. Cette conflictualité se manifeste d’abord par les nombreuses luttes des femmes et des personnes LGBTI, luttes antiracistes et anticoloniales, luttes écologistes, luttes sociales en Guadeloupe et lutte de libération nationale en Kanaky, ainsi que par la remontée en puissance des grèves dans de nombreux secteurs aux États-Unis par exemple. Le mouvement massif de 2023 en France contre la réforme des retraites, qui a impacté sur la durée le paysage politique du pays, en est également une manifestation. En retour, ces luttes consolident la conscience de classe. Il y a là une opportunité majeure pour notre camp social, mais celui-ci reste pour le moment trop fragmenté pour vraiment s’en saisir.
2.3.3. La bourgeoisie est consciente que le système qui la maintient au pouvoir est en panne et qu’elle doit sidérer les masses populaires mondiales en frappant vite et fort pour empêcher toute auto-organisation populaire. La démocratie libérale, avec sa séparation des pouvoirs, ses libertés individuelles est devenue un obstacle pour les capitalistes qui nourrissent une puissante vague brune mondiale, la montée en puissance de discours et politiques ouvertement racistes, sexistes, transphobes…
2.4. Le rétrécissement de la puissance européenne
2.4.1. L’Europe est en déclin, attaquée par la Russie militairement, par les États-Unis et la Chine économiquement. La menace d’invasion du Groenland, colonie danoise, idée totalement inconcevable hier, illustre l’accélération de l’histoire en cours. Les créanciers états-uniens ou chinois jouent comme bon leur semble avec l’asphyxie financière de l’Europe endettée. La guerre en Ukraine coûte toujours plus cher et les choix de Trump risquent d’entraîner les États européens dans une guerre contre la Russie. Les tentatives d’opposition institutionnelle de l’UE à l’autoritarisme des Big Tech états-uniens et chinois semblent vaines tant que de véritables solutions alternatives ne se développent pas, sous contrôle populaire, à base de réseaux fédérés décentralisés et de logiciels libres.
2.4.2. Cet affaiblissement de l’État français et de ses voisins d’Europe ouvre des brèches pour les luttes, notamment anti-impérialistes, que les révolutionnaires doivent exploiter. Mais il ne faut pas s’y tromper : en l’absence de transformation révolutionnaire, ce seront d’abord les plus démuni·es qui vont payer l’addition et les pots cassés.
2.5. Les propositions de réponse politique en Europe
2.5.1. Face à cette perte de puissance rapide, les projets politiques divergent.
2.5.2. Les extrêmes droites européennes s’alignent sur Trump (Le Pen, Meloni, l’AfD, etc.) ou sur Poutine (Orban), tout en continuant de travailler ensemble sans que cela ne pose de souci. Chez les fascistes, les allégeances sont aussi souples et mobiles que l’idéologie. Les extrêmes droites bénéficient de l’aggravation de la conjoncture et de la fragmentation des luttes. Le sentiment de déclassement leur permet de capter un large pan de l’électorat populaire.
2.5.3. Les libéraux comme Macron, Merz ou Starmer espèrent pouvoir restaurer la grandeur économique d’antan et redonner à l’Europe la capacité de tenir tête aux autres, en poursuivant tête baissée la politique pro business. Ils sont globalement désavoués. Alors que Macron prophétisait la fin du clivage gauche-droite, il a finalement été vaincu par le retour en force de celui-ci.
2.5.4. Malgré la conflictualité de classe, la gauche a globalement du mal à fédérer autour d’elle. Les sociaux- démocrates modérés, socialistes et écologistes, sont tiraillés entre leurs ailes gauche et droite, ce qui les empêche de dégager un plan cohérent. Les sociaux-démocrates radicaux, comme LFI ou Podemos, sont prisonniers des alliances indispensables pour des victoires électorales.
2.5.5. L’extrême gauche a perdu tout le capital électoral gagné dans les années 2000 et peine à recruter dans la jeunesse.
3. Perspectives politiques pour l’UCL
3.0.1. Les perspectives politiques et l’investissement de l’organisation dans les campagnes décrites ci-après feront l’objet d’un travail approfondi par un groupe de travail dédié, avec pour mandat d’élaborer une feuille de route à l’issue du congrès. Cette feuille de route sera soumise au vote lors de la Coordination Fédérale qui suivra le congrès.
3.1. Continuer à construire l’organisation
3.1.1. En dépit de ses faiblesses structurelles, l’UCL a pu mener des campagnes et adopter des positions fortes sur des sujets devenus centraux, notamment les questions antipatriarcales, antifascistes, et dans une moindre mesure sur l’antiracisme et l’écologie. Elle doit continuer ses efforts en ce sens pour faire vivre ses orientations, en renforçant ses outils de coordination interne et en faisant vivre ses orientations sur le terrain.
3.1.2. Avec quelques centaines de militant·es, notre capacité à peser politiquement sur la société est minime. Cependant, depuis le congrès de 2023, notre politique de formation semble porter des fruits. Il est nécessaire de continuer ces efforts et de les amplifier. Notre capacité à mutualiser nos moyens, en particulier à l’échelle régionale entre groupes locaux, doit se renforcer. L’objectif de faire grossir nos rangs tout en maintenant une dynamique de formation est essentiel.
3.1.3. Enfin, après plusieurs turbulences fortes, l’organisation a gagné en méthode de débat. Mais il apparaissait déjà en 2023 le besoin d’un outil permettant à l’ensemble des militant·es d’approfondir notre projet révolutionnaire. Il s’agit de se doter d’un programme révolutionnaire qui nous soit propre, de réécrire un projet de société comme celui que portait Alternative libertaire en son temps. Pour mener ce travail, sur le modèle de la commission Héritage créée après la fusion AL-CGA, un groupe de travail est mandaté pour lancer le travail et les débats en interne comme en public.
3.2. Des axes forts pour les mois à venir
3.2.1. L’extrême droite vise les municipales 2026
3.2.1.1. Lors de la dissolution de juin 2024, l’UCL a décidé de prendre ses responsabilités : entre un bloc réformiste, le Rassemblement national et un bloc bourgeois en crise, nous avons appelé à voter « sans illusion ni scrupule » pour le premier. Nous ne regrettons pas ce choix.
3.2.1.2. Le répit est temporaire : rien n’indique que l’Assemblée nationale ne sera pas dissoute à nouveau dans un avenir proche. Les prochaines municipales de 2026 seront à coup sûr une nouvelle occasion pour l’extrême droite de consolider son emprise. Face au risque de cette consolidation, ou de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite, la question d’un appel au vote se posera à nouveau.
3.2.1.3. À l’heure actuelle, on peut craindre que la réponse du mouvement social ne soit pas suffisante pour faire refluer l’extrême droite, en dépit du regain de mobilisation manifeste en juin dernier et de la condamnation récente de Marine Le Pen et du RN en première instance. La question du vote « barrage » se présentera probablement à nouveau à l’organisation, au plus tard en juin 2027. Dans cette perspective l’organisation devra tirer un bilan de son choix lors des élections législatives anticipées de 2024, afin d’éclairer son choix pour les futures élections. Dans l’hypothèse d’un nouvel appel au vote « barrage », l’UCL maintiendra dans ses campagnes une critique ferme des réformismes et de la démocratie bourgeoise et libérale.
3.2.1.4. Concernant les municipales, porter un mot d’ordre unique semble complexe, étant donné la multiplicité des situations locales. Mais dans les communes où l’extrême droite prend la place, elle la rend difficilement voire ne la rend pas, avec des conséquences locales énormes, en particulier pour les minorités. Chaque GL, selon sa situation, se posera la question du soutien et de ses modalités aux listes locales. Cependant, comme le prévoient les Statuts, « militer avec ou se présenter sur une liste, coalition ou variante électorale sans l’approbation d’une Coordination Fédérale » constitue toujours une rupture du contrat militant.
3.2.1.5. Cela ne remplace en rien le travail mené de longue date sur la mobilisation sociale contre l’extrême droite, dans les structures syndicales, dans les collectifs antifascistes ou les mobilisations de rue. Ces mobilisations restent prioritaires pour l’UCL.
3.2.2. Les municipales : étape dans la stratégie d’accession au pouvoir de LFI
3.2.2.1. Après avoir globalement négligé l’échelon local dans sa stratégie d’implantation, tout indique que LFI opère un virage et compte désormais sur les élections locales, et tout particulièrement les municipales de 2026, dans sa stratégie d’accession au pouvoir. De nombreux candidat·es malheureux aux législatives dernières sont déjà en campagne et jouent la carte de la mobilisation des quartiers populaires « contre les réseaux de notables installés » et le clientélisme, quitte à s’enfermer dans un bras de fer avec les partis de gauche traditionnelle (PS, PCF…). Il s’agit pour le « mouvement gazeux » de matérialiser une partie du soutien populaire, de bâtir un ancrage local et de l’étendre en utilisant, comme ils le font avec les postes de député·es, comme espace de contestation permanent à l’intérieur même de l’État. Ce changement tactique et ses oscillations en ce qui concerne le rapport de LFI aux autres partis de gauche n’est pas sans effet sur les collectifs locaux de militant·es dans lesquels l’UCL peut être impliquée.
3.2.2.2. C’est avant tout avec les associations, organisations et collectifs agissant dans les quartiers populaires que LFI entend réaliser ce mouvement tactique : début février, elle organisait avec elles les troisièmes rencontres nationales des quartiers populaires (RNQP), qui avaient lieu à Toulouse. Cette structure réunit des ancien·nes du Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB), du Forum social des quartiers populaires (FSQP), mais aussi membres du Tactikollectif, des activistes du comité Adama, des militant·es d’AC le feu, des collectifs « Vérité et justice », etc. ; autant d’organisations avec lesquelles l’UCL entend travailler et qui se situent sur la question prioritaire de l’antiracisme et des quartiers populaires. Il est donc fondamental que l’UCL réfléchisse et suive de près les débats et les alliances réalisées entre ces forces et sache s’y situer.
3.2.3. La dette et la taxation du capital : ne pas taxer plus mais prendre tout !
3.2.3.1. Deux campagnes anticapitalistes de masse se discutent à gauche, dans les associations et syndicats. Nos forces ne nous permettent pas d’en porter le lancement mais dans nos organisations de masse nous pouvons en promouvoir l’idée, par exemple lors de l’Université d’été des mouvements sociaux qui se tient fin août à Bordeaux. Ces campagnes seraient aussi des outils pour démasquer la duplicité sociale du RN.
3.2.3.2. Face à l’imminence d’une prise de pouvoir de l’extrême droite en France, et face à la faiblesse historique de la gauche révolutionnaire, il paraît indispensable de réfléchir à un compromis tactique pragmatique. Si l’extrême droite parvenait à prendre le pouvoir, la traversée du désert pour les révolutionnaires serait longue et douloureuse. Rien ne dit même que le courant communiste libertaire organisé survivrait à cette épreuve.
3.2.3.3. Faire un compromis tactique, c’est conserver notre horizon stratégique, la construction de contre- pouvoirs en période non révolutionnaire, mais penser une étape intermédiaire. Le courant communiste libertaire, héritier du syndicalisme révolutionnaire, n’a jamais rechigné à articuler réformes et révolution. La question est plutôt de bien choisir les réformes à promouvoir.
3.2.3.4. Prioriser tactiquement n’est pas hiérarchiser politiquement. Tous les systèmes de domination doivent être combattus et renversés ensemble.
3.2.3.5. LFI et le NPA-A identifient la dette publique comme un levier central de conflictualité politique, dans la mesure où elle reflète l’emprise croissante des logiques rentières et monopolistiques du capitalisme contemporain. Si cette lecture permet de révéler certains mécanismes de domination, elle reste enfermée dans une perspective de renégociation avec l’ordre existant, sans remise en cause des rapports de production.
3.2.3.6. Dans ce cadre, l’UCL ne doit pas s’associer à une campagne large centrée sur la taxation plancher à 2 %, qui constitue une illusion réformiste. Penser que la fiscalité serait en elle-même une contradiction du capitalisme revient à légitimer la classe bourgeoise dans son rôle de gestionnaire des besoins sociaux à travers l’État.
3.2.3.7. À rebours de cette logique, l’UCL doit défendre une stratégie de rupture fondée sur l’extension des droits sociaux par l’augmentation des cotisations. Cette orientation, portée notamment dans les syndicats de classe, permet de sortir les travailleuses et les travailleurs des logiques d’endettement, en affirmant leur rôle de productrices et producteurs de valeur économique. Elle ouvre la voie à l’abolition du marché de l’emploi. Dans cette perspective, l’UCL doit militer pour la mise en sécurité sociale de secteurs essentiels comme l’alimentation ou le logement, en renforçant et en subvertissant les initiatives existantes telles que les caisses alimentaires ou les luttes pour le droit au logement.
3.2.3.8. Plutôt que de se placer sur le terrain de la fiscalité, l’UCL doit aussi porter une campagne offensive pour sortir la Sécurité sociale de l’emprise de l’État, en revendiquant une gestion directe par les travailleuses et les travailleurs, fondée sur les cotisations. Contre l’étatisation, la technocratie et l’impôt, cette orientation permet de repolitiser la question sociale et de construire des formes concrètes d’autonomie de classe.
3.2.3.9. En parallèle, notre organisation tiendra un discours critique sur la nature de la dette elle-même, produit de la non taxation du capital. Nous développerons des argumentaires faisant le lien entre capital et extrême droite, entre crise écologique et nécessaire remise en question du capitalisme. Ainsi, nous pourrons idéalement porter des mots d’ordre qui dépasseront largement le simple cadre d’une renégociation, en attaquant la propriété elle-même : la nécessité de l’expropriation des capitalistes par la grève générale.


Coordination dans la construction des contre-pouvoirs
En regardant dans le passé, l’UCL souhaite renforcer une unité stratégique, ni dirigiste ni spontanéiste, basée sur les contre-pouvoirs et la grève générale expropriatrice, en travaillant collectivement sur les tactiques d’animation autogestionnaires des luttes, en homogénéisant stratégiquement la fédération de l’intérieur, et en orientant la sociologie de l’UCL au profit de cette stratégie.
Motion adoptée à 81,37% des mandats exprimés (4,90% de votes contre et 13,73% d’abstentions)
Motion
0.1. Un contre-pouvoir est un pouvoir, une puissance sociale, exercé contre le pouvoir établi de l’État et du capital dans le cadre des luttes de masse. Par luttes de masse, il est entendu les luttes à caractère de classe portées par les masses populaires en défense de leurs intérêts. Par masses populaires, il est entendu le prolétariat et les fractions de classes intermédiaires, encadrement, petites bourgeoisies, etc., qui choisissent à l’instant considéré de s’identifier au prolétariat et de se rallier à ce dernier. Ainsi, un contre-pouvoir renforce la conscience de classe et, en s’opposant au capital, impacte les rapports de production de la société. Un contre-pouvoir se mesure à la force et à la vitesse de son action contre le pouvoir. Un contre-pouvoir se mesure donc après l’action, ou au mieux pendant celle-ci.
0.2. Le renforcement de la conscience de classe et l’impact sur les rapports de production rapprochent l’horizon révolutionnaire. Ce potentiel révolutionnaire se réalise si les contre-pouvoirs se maintiennent et se fédèrent à l’occasion d’une situation de crise qu’ils peuvent avoir participé à déclencher. La fédération des contre-pouvoirs forme le double pouvoir pré-révolutionnaire. Ce dernier est caractérisé par un affrontement ouvert avec l’État et le capital. Si cet affrontement est remporté par notre camp social, il y a alors rupture révolutionnaire.
0.3. En période non révolutionnaire, par exemple pendant que ces lignes sont écrites, l’État et le capital cherchent à neutraliser et à dissoudre les luttes et les organisations des masses populaires, par l’intégration, l’institutionnalisation et la répression. Quand leurs manœuvres réussissent, les contre-pouvoirs ne sont qu’éphémères. L’émergence de la fédération des contre-pouvoirs ne sera donc pas spontanée. Il est nécessaire qu’une action déterminée, organisée et coordonnée soit opposée à celle de l’État et du capital. C’est la première raison pour laquelle la coordination s’impose.
0.4. L’idée que la révolution est le produit d’un contre-pouvoir exercé par les masses directement contre le capital et l’État, sans substitution, n’est pas propre au courant communiste libertaire. D’autres courants emploient des concepts similaires, que le nom retenu pour en parler soit « contre-pouvoir » ou non. Le courant communiste libertaire puise dans ces concepts, en reprend certains éléments, et souhaite s’inscrire dans un dialogue plutôt qu’un rejet dogmatique.
0.5. Notre objectif stratégique est l’exercice du contre-pouvoir par des assemblées générales populaires qui s’opposent au capitalisme, au racisme et au patriarcat, et qui fonctionnent suivant un modèle fédéraliste autogestionnaire. Nous pensons, non pas que la fin justifie les moyens, mais que les moyens doivent être mis en adéquation avec les fins. Nous estimons que les moyens susceptibles en période non révolutionnaire de préfigurer de futures assemblées générales populaires sont par exemple les syndicats, associations et collectifs de lutte. En effet, les masses y prennent conscience de leur puissance et se servent de ces outils pour construire des rapports de forces structurés et organisés durablement, hors du champ des élections bourgeoises.
0.6. Pour construire des contre-pouvoirs à partir de cette base, notre courant théorise un concept d’intervention sur le terrain des luttes, l’animation autogestionnaire des luttes. Cette conception de la pratique sociale se tient à distance à la fois du dirigisme et du spontanéisme. Par dirigisme, il est entendu la conviction fossilisante qu’il incombe aux militant·es révolutionnaires de prendre la direction les masses, quitte à empêcher l’auto-organisation. Par spontanéisme, il est entendu la croyance naïve en une capacité des masses à mener la révolution sociale sans aucune intervention d’une minorité consciente. Ces deux écueils peuvent provenir de nous-mêmes, de nos propres contradictions, hésitations et tensions. Ils peuvent aussi provenir d’autres courants politiques organisés assumant parfois tout à fait ouvertement d’être dirigistes ou spontanéistes. Quelle que soit la provenance, la mise à distance vis-à-vis de ces écueils exige un travail constamment renouvelé. C’est la deuxième raison pour laquelle la coordination s’impose.
0.7. Au sein des organisations et des luttes de masse, nous avons des adversaires, des militant·es qui ne partagent pas nos valeurs ou nos objectifs tactiques. Ces adversaires ne sont pas nécessairement plus spontanéistes ou dirigistes que nous mais, bien souvent, se regroupent et se coordonnent. Cela nous impose de riposter collectivement pour défendre et poursuivre notre construction des contre-pouvoirs. C’est la troisième raison pour laquelle la coordination s’impose.
0.8. L’UCL a donc vocation à former et à coordonner des animateur·rices autogestionnaires des luttes, en mettant les moyens en adéquation avec les fins et donc en évitant toute forme de fraction secrète. C’est un de ses principaux rôles en période non révolutionnaire, et c’est l’objet de cette motion.
0.9. La motion commence par tirer un bilan de cette coordination depuis la création de l’organisation ; elle planifie ensuite une stratégie d’amélioration de cette coordination ; et enfin elle propose des étapes tactiques concrètes pour la mise en application de cette stratégie. Par stratégie, il est entendu le plan de long terme et à grande échelle permettant d’atteindre les objectifs. Par tactique, il est entendu la manœuvre élémentaire, de court terme et à petite échelle, mettant en œuvre concrètement la stratégie.
0.10. Le terme contre-pouvoir a aussi été employé jusque-là par l’UCL dans un deuxième sens, directement synonyme de syndicats, associations et collectifs de lutte. On parle alors de s’implanter dans un contre pouvoir et non pas de le construire ; on parle alors d’être un contre-pouvoir et non pas de l’exercer. Cette notion est en vérité plus proche de celle de fronts de lutte ou d’organisations de lutte. Avant la création de l’UCL en 2019, le courant communiste libertaire en France était divisé entre Alternative libertaire (AL) et la Coordination des Groupes Anarchistes (CGA). AL parlait à la fois de contre-pouvoirs, de fronts de lutte et d’organisations de lutte. La tendance à employer le terme contre-pouvoir indifféremment pour toutes ces notions peut être repérée dès les dernières années d’AL. La CGA ne parlait pas de contre-pouvoirs et s’intéressait par contre à la théorie spécifiste d’Amérique latine sur les fronts de lutte. La fusion entre AL et la CGA a retenu le terme de contre-pouvoir.
0.11. Dans les années qui ont suivi cette fusion, l’UCL a connu un fort turnover militant. À cause de ce turnover, le glissement sémantique s’est généralisé et a rapproché notre conception du contre-pouvoir de la conception promue par le libéralisme politique. Ce dernier présente en effet la presse libre, les syndicats libres, les associations libres, les partis d’opposition pouvant se présenter aux élections libres, etc., comme des contre-pouvoirs. Mais le libéralisme ne tolère aucun impact de ces contre-pouvoirs sur les rapports de production capitalistes. Il importe de revenir au sens premier de la notion de contre-pouvoir pour lui redonner toute sa force et sa portée révolutionnaire. Les syndicats, associations et collectifs de lutte ne sont pas des contre-pouvoirs. Mais, par notre action coordonnée, nous pouvons parvenir à ce qu’ils exercent un jour un contre-pouvoir populaire.
1. Bilan
1.1. L’UCL de 2019 à 2025
1.1.1. Dès sa création en 2019, et dans la continuité de ses organisations mères AL et CGA, l’UCL a adopté un discours volontariste sur l’implantation de ses militant·es dans les organisations de lutte de masse. Cette politique d’implantation sociale est parfois appelée « marcher sur deux jambes ». Les deux jambes, l’organisation spécifique communiste libertaire et les organisations de lutte de masse, sont ainsi comprises comme fonctionnant en parallèle, en harmonie, à égalité, sans relation de subordination.
1.1.2. Cette absence de subordination signifie que nous n’envisageons pas l’implantation dans les luttes de masse comme un mandat donné par l’UCL. Nous nous opposons au principe de la courroie de transmission. Dans le mandat impératif que nous pratiquons au sein de l’UCL et que nous souhaitons généraliser à toute la société autogérée, il est indispensable de bien identifier la structure donneuse de mandat. Quand nous assumons par exemple un mandat syndical, il s’agit bien d’un mandat donné par l’organisation syndicale, selon les modalités décidées par celle-ci, en toute indépendance. Mais si l’implantation sociale n’est pas un mandat donné par l’UCL, alors quel est le rôle de l’UCL dans cette implantation ? Une fois que les camarades sont en position d’animation autogestionnaire des luttes, quels droits et devoirs cela implique-t-il vis-à-vis de l’UCL ? L’UCL n’a jusque-là pas eu de réponse collective à apporter à ces questions.
1.1.3. Parallèlement à la difficulté à répondre à ces questions, il a toujours été entendu que la coordination au sein de l’UCL n’excluait pas d’autres formes de coordination, que ce soit dans des cadres informels ou au sein de tendances ou réseaux formalisés. Ces autres formes de coordination peuvent être éphémères ou pérennes et peuvent par exemple impliquer d’ancien·nes ou de futur·es membres de l’UCL, des militant·es sans parti ou avec, des révolutionnaires, des réformistes, etc. La compatibilité de ces coordinations avec l’UCL se juge à l’aune des valeurs et des objectifs. Ces autres formes de coordination ont sans doute été à double tranchant : elles nous ont certes permis de trouver des allié·es, mais elles nous ont aussi parfois rendu aveugles à la nécessité de renforcer la coordination au sein de l’UCL.
1.1.4. Au niveau local, les pratiques sont hétérogènes. La base commune implicitement admise par tous les groupes locaux est qu’un·e militant·e qui demande des informations ou des conseils sur son militantisme de masse doit les recevoir si possible. Au-delà de cette base d’entraide sur demande, quelques groupes locaux ont récemment mis en place des pratiques formalisées de rédaction et de diffusion de comptes rendus internes sur le militantisme de masse de leurs membres. Ces pratiques sont encore embryonnaires et marginales dans l’organisation.
1.1.5. Au niveau fédéral, le bilan est très maigre. Les commissions d’intervention sont en berne, tout comme les groupes de travail Solidaires et CGT. Le groupe de travail Planning familial s’est récemment lancé et son existence est peu connue. Ces instances fédérales permettent ponctuellement des échanges d’informations ou de conseils, mais guère plus. Les commissions d’intervention sont concentrées sur l’intervention de l’UCL dans le débat public, plutôt que sur la coordination de l’intervention des militant·es de l’UCL dans les fronts de lutte. Le recensement fédéral des implantations locales dans les organisations de masse n’a pas été terminé et s’est soldé par un échec, faute de conviction collective quant à son intérêt. Les priorités stratégiques mises en avant par les premiers congrès de l’UCL, comme par exemple l’unification syndicale, la contre-offensive trans ou l’implantation dans les quartiers populaires, n’ont que trop peu été déclinées collectivement dans notre militantisme de masse. Aucun bilan n’en a été tiré jusque-là.
1.1.6. L’enquête sociologique de 2025 indique qu’environ 75% d’entre nous sont syndiqué·es. L’enquête de 2020 indiquait, elle, un taux de syndiqué·es de près de 60%. La hausse est notable et positive mais elle est à mettre en regard de la baisse globale de nos effectifs. La hausse s’explique peut-être par des départs de militant·es non syndiqué·es.
1.1.7. Nous faisons parfois preuve d’une réticence à recruter pour l’UCL dans notre entourage professionnel ou dans les organisations de masse. Cette réticence peut avoir différentes explications, par exemple : appréhension vis-à-vis de l’indépendance des mouvements sociaux ; isolement ; surexposition de l’UCL. Quoi qu’il en soit, le recrutement et la formation d’animateur·rices autogestionnaires des luttes pâtissent d’un état de fait de recrutement passif, où nous laissons les personnes venir à nous.
1.1.8. En 2025, nous sommes essentiellement implanté·es dans les secteurs de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche, de la santé et du social, et de l’informatique, sur des postes à niveau de diplôme élevé (près de 50% de bac +5 ou plus). Il s’agit là d’un biais sociologique connu dans l’extrême gauche, mais qui n’est pas pour autant indépassable. Certains partis sont mieux implantés chez les ouvrier·ères ou les employé·es que l’UCL et parviennent à attirer plus de travailleur·ses peu ou pas diplômé·es. Nos implantations féministes, LGBTI, antiracistes ou sur d’autres fronts de lutte sont elles aussi limitées. En dehors de quelques métiers dans quelques secteurs professionnels, nos militant·es sont donc souvent isolé·es. Cet isolement tend à s’auto-entretenir et constitue évidemment un obstacle à la coordination collective.
1.1.9. Pour expliquer le faible degré de coordination de nos militant·es là où notre nombre n’est pas un obs tacle, nous avançons l’hypothèse supplémentaire suivante. Il y a dans le concept d’animation autogestionnaire des luttes une profonde contradiction dialectique, une articulation difficile entre dirigisme et spontanéisme. Cette contradiction nous place collectivement en porte-à-faux. Trouver un équilibre est difficile dans la pratique comme dans le discours et le fait même d’en parler entre nous est compliqué.
1.2. Regarder dans le passé pour comprendre le présent
1.2.1. On peut essayer d’expliquer ce bilan en remontant plus loin dans le passé. L’UCL est, par la branche AL, issue du courant anarchiste plateformiste. Dans la Plateforme organisationnelle générale des anarchistes de 1926, les auteurs, un groupe d’anarchistes russes ou ukrainiens en exil en France, théorisaient l’unité tactique. Ils entendaient par là une « concordance rigoureuse » entre les « méthodes tactiques employées par les membres séparés ». Pour éviter les contradictions entre tactiques, le choix était fait de rejeter la diversité des tactiques.
1.2.2. Mais l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL), ancêtre d’AL, active de 1976 à 1991, s’était éloignée du plateformisme. Elle avait fait le choix d’abandonner l’unité tactique, qu’elle jugeait trop dirigiste pour la période historique de reflux des luttes dans laquelle l’UTCL évoluait. À la place, l’UTCL proposait un concept nouveau d’unité stratégique, qui permettait de laisser plus d’autonomie et de réactivité aux militant·es dans les luttes et de rendre l’organisation plus attentive aux évolutions et aux revendications des mouvements sociaux. Cependant, dans son bilan final, l’UTCL disait craindre d’être allée trop loin dans la direction du spontanéisme.
1.2.3. Dans cette motion, nous formulons l’hypothèse que l’UCL est elle bel et bien allée trop loin dans cette direction. En lieu et place d’unité stratégique, il ne nous reste plus qu’une unité théorique et éthique. Théorique, car nous portons toujours dans les luttes de masse la même analyse matérialiste des systèmes de domination et de leur renversement. Éthique, car nous incarnons toujours un même idéal autogestionnaire, démocratique, sincère. Mais l’unité stratégique a échappé à l’UCL quand celle-ci a cédé au spontanéisme. La construction des contre-pouvoirs par l’animation autogestionnaire des luttes n’est plus qu’une stratégie parmi d’autres. Parfois même, elle semble se réduire à un slogan et perdre son caractère stratégique.
2. Mieux se coordonner, pour et par l’unité stratégique
2.1. L’unité stratégique, ni dirigiste ni spontanéiste
2.1.1. Le dirigisme, le spontanéisme et l’autogestion ne sont pas juste des idées ou des intentions abstraites. Au contraire, ce sont avant tout des pratiques qui dépendent du contexte historique et de la conjoncture du niveau d’organisation des masses populaires. Dirigisme et spontanéisme n’ont pas le même sens pendant un mouvement de grève générale massif comme Mai 68 ou dix ans plus tard, quand l’UTCL analysait le reflux des luttes.
2.1.2. Par exemple, se réunir entre camarades de l’UCL avant une assemblée générale pour étudier et préparer l’ordre du jour peut être une bonne chose pour l’autogestion ou, au contraire, relever du dirigisme. C’est bénéfique pour l’autogestion si de nombreuses forces politiques sont attendues à cette assemblée générale et si on sait que certaines vont tenter d’imposer leurs vues contre l’avis majoritaire des personnes en lutte. Au contraire, c’est dirigiste si l’affluence à cette assemblée générale va être faible, les débats peu animés, et si l’UCL est la seule force politique organisée attendue.
2.1.3. Pour situer le dirigisme, le spontanéisme et l’équilibre autogestionnaire, il faut raisonner en termes de positions dans un champ du pouvoir analysé avec attention. La pratique autogestionnaire prend les positions jugées utiles ou nécessaires, mais ne les monopolise pas durablement. Notre niveau de coordination doit dépendre de cette analyse.
2.1.4. C’est en vertu de cette analyse qu’il semble que l’UCL ne peut pas actuellement viser une unité tactique. L’UCL est une organisation très modeste au sein d’un mouvement social fragmenté dans une période de rapport de forces historiquement faible pour les masses populaires. Un trop haut niveau d’interventionnisme tactique ne pourrait et ne saurait exister sans nous faire tomber dans le dirigisme (par exemple si nous incitions nos militant·es à viser systématiquement certains mandats précis dans les fédérations ou les syndicats professionnels). Plaquer aujourd’hui une unité tactique homogène sur des luttes hétérogènes serait une politique contraignante, inadaptée et sourde aux revendications et aux aspirations légitimes des masses populaires. Au contraire, dans un mouvement social divers et en constante reconfiguration, nos tactiques doivent être également diverses et capables de souplesse.
2.1.5. L’UCL part donc d’un état spontanéiste d’unité seulement théorique et éthique et doit se déplacer sans aller jusqu’à un état dirigiste d’unité tactique. Nous situons l’équilibre autogestionnaire dans la conjoncture actuelle au niveau de l’unité stratégique. Ni dirigiste ni spontanéiste, l’unité stratégique communiste libertaire respecte, valorise et défend l’indépendance des mouvements sociaux. Elle est pensée et coordonnée collectivement mais se déploie à visage découvert. Elle est politiquement plus affirmée qu’une simple unité théorique et éthique mais elle laisse libre cours à des tactiques diverses adaptées à des réalités hétérogènes – ce qui ne signifie pas que l’organisation se lave les mains des questions tactiques, nous allons y revenir.
2.1.6. L’objectif de l’unité stratégique est la construction des contre-pouvoirs. L’unité autour de cet objectif clairement identifié donne du sens à la coordination des animateur·rices autogestionnaires des luttes.
2.2. Les contre-pouvoirs et la grève générale expropriatrice
2.2.1. La construction des contre-pouvoirs n’est pas un slogan. C’est notre stratégie, avec un contenu qu’il nous faut redécouvrir, repréciser, pour pouvoir ensuite concrètement se coordonner. En retour, l’amélioration de notre coordination affinera notre perception du contre-pouvoir.
2.2.2. La construction du contre-pouvoir populaire doit déboucher sur une grève générale expropriatrice, annonciatrice de l’entrée dans la phase du double pouvoir et de la possible rupture révolutionnaire. Cette grève expropriatrice doit être véritablement générale et donc doit dépasser la seule sphère du travail salarié. En particulier elle doit être féministe et viser le travail gratuit des femmes. C’est cette perspective de grève générale expropriatrice qui explique et justifie les choix que l’on fait de nos investissements aujourd’hui dans les organisations de masse que sont les syndicats, plannings familiaux, collectifs d’habitant·es, etc. C’est dans cette perspective que nous nous coordonnons. C’est aussi dans cette perspective que nous pouvons investir des collectifs internationalistes ou antifascistes, en y encourageant les pratiques unitaires et les rapprochements avec les organisations de masse. En effet, la solidarité internationale et l’autodéfense populaire sont nécessaires à la fois aujourd’hui pour nos luttes et demain pour défendre les contre-pouvoirs puis la révolution.
2.2.3. Pour mieux dessiner le contre-pouvoir à construire, il faut interroger la place de chaque secteur, et de chaque métier au sein de chaque secteur, dans cette grève générale expropriatrice. Cette réflexion doit partir de la réalité des classes laborieuses et des implantations de l’UCL, pensées dynamiquement et non pas comme un fait statique et inamovible. Comment décloisonner les grèves sectorielles pour construire des grèves générales interprofessionnelles ? Comment prendre en compte l’expertise des travailleur·euses sur leur travail, et donc sur les impacts de leur grève, afin de mieux appréhender la dynamique de chaque secteur ? Comment éviter l’écueil de la grève par procuration ? Les secteurs traditionnellement jugés bloquants le sont-ils par nature ou parce que l’auto-organisation, notamment syndicale, y est déjà forte ? Dans quelle mesure les reconfigurations actuelles du capitalisme affaiblissent le pouvoir de blocage de ces secteurs ? Dans quelle mesure ces reconfigurations nous obligent à investir d’autres secteurs ou métiers où l’histoire des luttes est moins ancienne et ancrée ? De quels secteurs ou métiers aurons-nous le plus besoin, après l’expropriation, pour reprendre en main la production et la reproduction ?
2.2.4. L’expérience du confinement en 2020 a montré que les « premières et premiers de corvée », école maternelle et primaire, santé, logistique, etc., loin de certains fantasmes ouvriéristes, sont des secteurs clés pour bloquer l’économie. Cela a confirmé l’importance de notre analyse sur les secteurs féminisés. La difficulté à mettre massivement en grève les services publics de l’éducation et de la santé n’en est que plus problématique. En revanche, l’enseignement supérieur joue un rôle économique nettement plus indirect, voire sacrifiable par l’État et le capital pour ce qui est de l’enseignement supérieur public universitaire. Mais la levée des cours libère les énergies étudiantes et la non délivrance prolongée de certains diplômes finira par secouer le marché du travail. Les secteurs de la logistique et du commerce, quant à eux, permettent d’écouler les biens produits dans les pays du Sud. Ils offrent donc le débouché commercial indispensable à la réalisation des profits. Ces secteurs sont peu syndiqués et remplis d’entreprises petites et moyennes, mais aussi de certaines grandes concentrations. Certains points des chaînes logistiques sont cruciaux. Le travail social, enfin, pèse sans doute peu économiquement mais son importance pour la reprise en main autogérée de la société est évidente. Il ne s’agit là que d’exemples ; une réflexion d’ensemble doit être menée.
3. Des chemins tactiques vers l’unité stratégique
3.1. Travailler ensemble les tactiques d’animation autogestionnaire des luttes
3.1.1. Choisir de se donner une unité stratégique, ce n’est pas pour autant décréter qu’il ne faut pas s’interroger sur les tactiques. C’est laisser ces interrogations entre les mains des militant·es au plus près du terrain, donc quand c’est possible dans leurs groupes locaux. Si la stratégie est la construction des contre-pouvoirs, alors les pratiques individuelles d’animation autogestionnaire des luttes doivent devenir des tactiques au service de cette stratégie.
3.1.2. Dans cette perspective, les commissions d’intervention doivent être des outils. Elles pourraient par exemple lister des questionnements tactiques de base : choix de se syndiquer dans un syndicat plutôt qu’un autre, de rejoindre une organisation féministe ou antiraciste plutôt qu’une autre, types de tâches et de mandats à privilégier selon la situation, marche à suivre pour promouvoir les pratiques autogestionnaires et identifier et dépasser les éventuels blocages, type de luttes à privilégier sur le territoire et dans la période, informations à connaître sur les courants politiques sous-marins présents dans le syndicat ou la lutte locale, etc. Ces listes de questionnements tactiques pourraient ensuite faire l’objet de discussions collectives, dans les groupes locaux puis en retour dans les commissions. C’est en permettant et en nourrissant de tels échanges non décisionnaires à l’échelle fédérale sur les tactiques des militant·es et de leurs groupes locaux que les commissions d’intervention retrouveront une utilité et attireront des militant·es.
3.1.3. Il est indispensable de rendre réguliers les compte-rendus d’activité dans les luttes et organisations de masse au sein des groupes locaux. Cela permet la diffusion des informations, la formation des nouvelles et nouveaux militant·es, et c’est un préalable à toute forme de coordination plus poussée. Ces comptes-rendus doivent être utiles, à la fois pour les militant·es novices ou implanté·es dans un tout autre front de lutte, et pour les militant·es en responsabilité ou avec des mandats lourds au sein de leur organisation de masse. En plus d’être utiles, ces comptes-rendus doivent être utilisés, et servir effectivement de base à des discussions dans les groupes locaux et dans les commissions d’intervention.
3.1.4. Plus généralement, nous devons transformer notre compréhension de l’implantation dans les luttes de masse. Il faut aller d’une compréhension contaminée par le libéralisme (individualiste, consumériste, méritocratique) vers une compréhension collective, de groupe. L’implantation des camarades dans les organisations de masse ne résulte pas d’un mandatement, mais ne doit pas non plus donner lieu à une observation passive. La relation avec le groupe doit être une relation de soutien tactique réciproque. Il doit être possible : d’échanger avec son groupe local sur la base des comptes-rendus d’activité pour cerner collectivement les enjeux réels des luttes ; d’identifier où envoyer des renforts issus de nos rangs quand les décisions prises par les masses peinent à être mises en application par manque de main d’œuvre militante, en veillant à ce que l’UCL ne prenne jamais toute la place et prépare son propre retrait ; de réfléchir ensemble préalablement à toute prise de responsabilité, en soupesant les bénéfices pour l’auto-organisation des masses et les risques d’enrôlement dans la bureaucratie des militant·es en responsabilité, qui peut mener à une perte de lien avec l’UCL et de perspectives révolutionnaires ; de réfléchir ensemble, de même, avant de démissionner de telles responsabilités ; de permettre des échanges fructueux au niveau fédéral entre militant·es, en responsabilité ou non.
3.2. Homogénéiser stratégiquement la fédération de l’intérieur
3.2.1. Outre les tactiques d’animation autogestionnaire des luttes, il s’agit aussi de penser tactiquement l’unification de la stratégie de l’UCL.
3.2.2. Il est important que les commissions d’intervention, avec l’appui de la commission Relations intérieures, reprennent et mènent à bien le recensement fédéral des implantations dans les organisations de masse. Ce recensement permettra aux groupes de travail et commissions d’intervention de trouver des camarades ressource dans les groupes locaux et de les aider à se coordonner. La sécurisation de ce recensement a déjà été pensée et ne devrait plus constituer un obstacle. Les commissions d’intervention conduiront également la réflexion, esquissée ci-dessus, sur la grève générale expropriatrice. Ces travaux portés par les commissions d’intervention sont des projets concrets, qui exigent que des militant·es s’y consacrent, mais qui en retour sont susceptibles de participer à redynamiser les commissions d’intervention. Des rapports remis régulièrement en coordination fédérale rendront compte de l’avancée de ces travaux.
3.2.3. Une fois les commissions d’intervention redynamisées, les instances fédérales décisionnaires (coordination fédérale, secrétariat fédéral, congrès) pourront penser et déployer la stratégie de construction des contre-pouvoirs de manière transversale, dans une véritable unité stratégique concevant les différents fronts de lutte comme complémentaires et non pas comme séparés voire concurrents. Les coordinations fédérales, en particulier, ne doivent plus être de simples chambres d’enregistrement d’orientations et de campagnes votées mais trop peu appliquées. Un temps important de l’ordre du jour des coordinations fédérales doit être dédié au bilan des orientations et des campagnes préalablement décidées : leur déploiement effectif par les groupes locaux, le public touché, l’impact sur la construction des contre-pouvoirs. Une campagne qui ne sert pas de point d’appui à la stratégie de l’UCL de construction des contre-pouvoirs doit être remise en cause.
3.2.4. La question de la coordination, de l’unification de la stratégie, soulève celle de la formation. La création et le déploiement de la formation « Animation autogestionnaire des luttes », annoncée par la commission Formation dans sa motion Former pour la révolution, au congrès d’Angers, doit devenir une priorité de la commission Formation. Pour libérer des énergies dans la commission Formation, la formation d’accueil « Militer à l’UCL » doit voler de ses propres ailes grâce à des formateur·rices en nombre suffisant hors de la commission Formation. En effet, l’organisation de cette formation d’accueil reste aujourd’hui très chronophage pour la commission Formation qui constitue encore la majorité de l’équipe de formateur·rices.
3.2.5. En outre, l’UCL proposera des formations fédérales « Militer dans tel ou tel front de lutte » (syndical, etc.) ou affinera celles déjà existantes. Ces formations ne seront pas des redites des formations d’accueil dans les organisations de masse, mais seront des outils pour travailler à la construction du contre-pouvoir dans une perspective communiste libertaire et autogestionnaire. Elles permettront de mutualiser les connaissances et de coordonner nos interventions. Ces formations seront conçues conjointement par les commissions d’intervention et la commission Formation et donneront lieu à l’édition de cahiers de formation, afin d’être appropriables y compris par les camarades ayant peu de temps pour suivre les formations internes de l’UCL.
3.2.6. Une division du travail tacite s’effectue dans l’organisation entre militant·es très impliqué·es dans l’UCL et peu en dehors d’une part, et militant·es très impliqué·es hors de l’UCL et peu dedans d’autre part (même si de nombreuses réalités se trouvent à divers points entre ces deux pôles). Questionner cette division du travail est nécessaire pour une meilleure coordination de nos militant·es. Il faut travailler à éviter qu’une coupure trop nette ne continue de s’opérer entre ces deux profils militants. Cette coupure appauvrit notre organisation, nos analyses et la puissance de nos actions. Elle entraîne parfois des départs (suite à une perte de vue de l’organisation) ou une perte de lien avec les réalités du terrain. La coupure peut être atténuée par exemple par des contacts téléphoniques réguliers entre les secrétaires de groupes locaux et les camarades qui n’ont pas eu le temps de venir en réunion de groupe depuis longtemps. Un des objectifs de ces contacts réguliers doit être de permettre la participation de ces camarades à la vie du groupe. Notre stratégie révolutionnaire de construction de contre-pouvoirs ne peut être réalisable que si nous parvenons à militer à la fois à l’UCL et à l’extérieur.
3.2.7. Pour aider les différents profils militants à se comprendre, il nous faut aussi conserver l’objectif de maximiser la proportion de militant·es de l’UCL syndiqué·es et implanté·es dans des organisations de masse. Il y a bien des situations matérielles qui rendent cela difficile et il est pour le moment précieux d’avoir des camarades qui se dédient quasiment uniquement à notre organisation, à ses groupes locaux et à ses instances fédérales. Mais il demeure fondamental de ne pas accepter une situation de fait qui amènerait à nourrir la coupure. Il est de la responsabilité des groupes locaux d’identifier les blocages qui peuvent être levés et de les lever collectivement. Une implication syndicale est presque toujours possible (par exemple au niveau interprofessionnel, dans des commissions de syndicalisation, d’aide aux sans-papiers, d’accueil juridique, etc., à défaut d’un syndicalisme au niveau professionnel). Les exceptions sont rares et doivent le rester.
3.3. Orienter la sociologie de l’UCL au profit de notre stratégie
3.3.1. Une fois les militant·es de l’UCL réuni·es derrière la stratégie de construction des contre-pouvoirs, l’étape tactique suivante consiste à inscrire l’UCL, organisation évidemment composée d’individus, dans une dynamique sociologique qui évolue.
3.3.2. L’enjeu de notre intervention et coordination dans les organisations de lutte pose la question de notre recrutement et de notre développement. En effet, intervention et coordination ne peuvent avoir de véritables impacts que si elles s’effectuent à des endroits centraux du rapport de forces.
3.3.3. Si le recrutement est une question politique, alors il manque à l’UCL une véritable politique de recrutement, aux contours dessinés collectivement. L’état de fait du recrutement passif et la réticence à recruter pour l’UCL dans notre entourage professionnel ou militant doivent être dépassés. Notre politique de recrutement doit se positionner sur un spectre reliant deux pôles. Le premier, prioriser l’évolution quantitative et ainsi augmenter le nombre de militant·es de l’UCL sans tenter d’en changer le « visage ». Le second, prioriser la modification d’implantation sociale de nos membres et aller recruter des adhérent·es travaillant dans certains secteurs ou investissant certains fronts de lutte. Il s’agit, non pas de choisir un pôle, mais de placer le curseur sur une position intermédiaire soigneusement réfléchie. Pour dynamiser notre capacité à nous coordonner dans les luttes, nous devons d’abord atteindre une masse critique (un nombre suffisant de militant·es) qui est encore lointaine, que l’on parle de milliers ou de dizaines de milliers de militant·es ou même plus. Cette masse critique est aussi nécessaire pour sécuriser notre trésorerie.
3.3.4. Il faut donc en priorité accroître notre nombre de militant·es et réussir à nous implanter dans les espaces géographiques où nous ne sommes pas encore présent·es. Cela n’empêche en rien les groupes locaux ayant déjà atteint une taille importante de réfléchir à une modification d’implantation sociale locale et à déployer leurs actions en conséquence. Mais le nombre substantiel de groupes de taille très restreinte nous semble rendre prématuré de leur demander de privilégier un type de profil plutôt qu’un autre. De nouvelles enquêtes sur la sociologie de l’UCL seront réalisées périodiquement pour mesurer l’évolution.
3.3.5. Sans attendre la masse critique qui nous permettra de mieux orienter les recrutements, nous pouvons d’ores et déjà travailler à une communication et à un fonctionnement interne plus inclusif. Il faut par exemple 54 renouer avec les tracts en bandes-dessinées des débuts de l’UCL ou avec le projet de Manifeste facile à lire et à comprendre (FALC).
3.3.6. Dès maintenant, nous pouvons aussi déployer un volet de politique d’embauche permettant d’aiguiller nos camarades recherchant un travail ou un secteur d’activité. Il ne s’agit pas d’établir des militant·es dans l’industrie comme des trotskistes ou maoïstes ont pu le faire en France dans les années 1970-1980. Il s’agit de s’installer dans des secteurs propices au déploiement de notre stratégie de construction des contre pouvoirs, en soupesant les critères issus de notre réflexion sur la grève générale expropriatrice.
3.3.7. Une contradiction devra être résolue, entre l’orientation vers des secteurs où une tradition syndicale forte existe, ce qui permet d’importants droits syndicaux et des conditions d’emploi tendanciellement meilleures qu’ailleurs, et l’orientation vers des secteurs souvent précaires et peu syndiqués mais au cœur des reconfigurations actuelles du capitalisme, secteurs féminisés, sous-traitance, auto-entrepreneuriat, très petites entreprises, etc. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’aider les camarades à vivre au mieux leurs choix professionnels, afin de rendre matériellement possible l’apprentissage et la pratique de l’animation autogestionnaire des luttes. Adossé à la commission Travail, un petit groupe de référent·es fédéraux sera mandaté pour que cette politique d’embauche connaisse le succès dans la prochaine période.
4. Correction du Manifeste - Contre-pouvoir, double pouvoir et rupture révolutionnaire
4.1. Nous corrigeons le Manifeste pour préciser la « définition » des contre-pouvoirs dans le sens de ce qui est défendu plus haut, en soulignant l’importance de concevoir les choses en termes d’« exercer » un contrepouvoir et/ou construire le contre-pouvoir et non pas d’« être » (ou ne pas être) un contre-pouvoir.
Dans le chapitre « Contre-pouvoir, double pouvoir et rupture révolutionnaire », remplacer :
La prise de conscience révolutionnaire s’appuie généralement sur une expérimentation concrète à travers la lutte de classe, les luttes émancipatrices et leur autoorganisation. Syndicats de lutte, comités de privé·es d’emploi, comités de mal logé·es, organisations féministes, collectifs antiracistes, comités dénonçant les violences policières… Tous participent d’une logique de contrepouvoir face au capitalisme et à l’État.
Ces contrepouvoirs sont potentiellement les embryons d’une alternative politique et sociale, mais potentiellement seulement. Ils peuvent le devenir s’ils adoptent des pratiques autogestionnaires et des perspectives anticapitalistes, antipatriarcales, antiracistes, écologistes, révolutionnaires… Le courant communiste libertaire doit y contribuer activement, et veiller à s’opposer aux discours et aux pratiques dirigistes, car la liberté n’est pas pour nous une fin lointaine autorisant le recours à n’importe quel moyen, mais elle est le but et le moyen.
par (en gras ce qui change) :
La prise de conscience révolutionnaire s’appuie généralement sur une expérimentation concrète à travers la lutte de classe, les luttes émancipatrices et leur autoorganisation. Syndicats de lutte, comités de privé·es d’emploi, comités de mal logé·es, organisations féministes, collectifs antiracistes, comités dénonçant les violences policières… Tous peuvent préfigurer des assemblées générales populaires capables d’exercer des contre-pouvoirs face au capitalisme et à l’État.
Ces contrepouvoirs sont potentiellement les embryons d’une alternative politique et sociale. Ils peuvent le devenir s’ils se maintiennent et se fédèrent à l’occasion d’une situation de crise qu’ils peuvent avoir participé à déclencher. Le courant communiste libertaire doit contribuer activement à la construction de contre-pouvoirs autogestionnaires et opposés au capitalisme, au racisme et au patriarcat. L’animation autogestionnaire des luttes, ni spontanéiste ni dirigiste, sert cette construction et met en adéquation la finalité révolutionnaire et les moyens aujourd’hui déployés.
Plus loin, remplacer :
Les contrepouvoirs actifs en amont peuvent alors former l’armature d’un maillage d’organes démocratiques – qu’ils se nomment fédérations locales, fédérations d’industries, communes, conseils, comités de quartier ou d’usine, assemblées populaires – qui commencent à reprendre en main les activités économiques et sociales. La fédération progressive de cet ensemble dessine les contours d’un pouvoir populaire concurrençant le pouvoir d’État.
par :
Les assemblées générales populaires constituées en amont et exerçant des contre-pouvoirs durables – qu’elles se nomment syndicats, unions locales, communes, conseils, comités de quartier — peuvent alors commencer à reprendre en main les activités économiques et sociales. La fédération progressive de cet ensemble dessine les contours d’un pouvoir populaire concurrençant le pouvoir d’État.
Nos autres orientations de congrès adoptées depuis la création de l’UCL seront corrigées par un groupe de travail mandaté à cet effet, afin d’harmoniser l’emploi du terme contre-pouvoir. Ce groupe de travail rendra ses travaux lors d’une coordination fédérale et ceux-ci devront être approuvés par un vote à 60%.
5. Ajouts aux Statuts
5.1. Nous complétons les Statuts comme suit.
Ajouter au paragraphe 3.3.9. :
En particulier, des formations continues sur les spécificités et les enjeux du militantisme communiste libertaire dans chaque front de lutte sont régulièrement dispensées.
Ajouter au paragraphe 5.4.1.9. sur la commission Formation :
La commission Formation organise la formation continue en lien avec les autres commissions.
Ajouter au paragraphe 5.4.2.1.2. sur les rôles des commissions d’intervention :
Les commissions d’intervention ont pour tâche de coordonner l’intervention des militant·es de l’UCL sur leur champ d’intervention.
Ajouter un paragraphe 5.4.1.4. :
5.4.2.1.4. La liste des commissions d’intervention et leurs mandats sont précisés dans le Règlement intérieur.

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