Bloquage national du 17 Novembre 2018

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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede Pierre-Joseph le Jeu 6 Déc 2018 16:49

Je suis assez d'accord avec ces deux revendications simples et synthétiques qui me semblent assez bien recouvrir toutes les tendances du mouvement:
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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede frigouret le Ven 7 Déc 2018 12:23

On parlait plus avant de " de la capacité politique des classes ouvrières", de Proudhon, du coup je le relis , un extrait :

Parmi les partisans du communisme, il en est qui, moins intolérants que les autres, ne proscrivent pas d’une manière absolue la propriété, la liberté industrielle, le talent indépendant et initiateur ; qui n’interdisent pas, au moins par des lois expresses, les groupes et réunions formés par la nature des choses, les spéculations et fortunes particulières, pas même la concurrence aux sociétés ouvrières, privilégiées de l’État. Mais on combat ces influences dangereuses par des moyens détournés, on les décourage par les tracasseries, les vexations, les taxes et une foule de moyens auxiliaires dont les anciens gouvernements fournissent les types, et que la morale d’État autorise :

Impôt progressif ;

Impôt sur les successions ;

Impôt sur le capital ;

Impôt sur le revenu ;

Impôt somptuaire ;

Impôt sur les industries libres.

En revanche, franchises aux associations ;

Secours aux associations ;

Encouragements, subventions aux associations ;

Institutions de retraites pour les invalides du travail, membres des associations, etc., etc.

C’est, comme l’on voit, et comme nous l’avons dit, l’ancien système du privilége retourné contre ses bénéficiaires ; l’exploitation aristocratique et le despotisme appliqué au profit de la plèbe ; l’État serviteur devenu la vache à lait du prolétariat et nourri dans les prairies et pâturages des propriétaires ; en résumé, un simple déplacement de favoritisme ; les classes d’en haut jetées en bas et celles d’en bas guindées en haut ; quant aux idées, aux libertés, à la justice, à la science, néant.

Sur un seul point, le communisme se sépare du système d’état bourgeois : celui-ci affirme la famille, que le communisme tend invinciblement à abolir. Or, pourquoi le communisme s’est-il prononcé contre l’institution matrimoniale, inclinant avec Platon et les premières sectes chrétiennes au libre amour ? C’est que le mariage, c’est que la famille est la forteresse de la liberté individuelle ; que la Liberté est la pierre d’achoppement de l’État, et que pour consolider celui-ci, le délivrer de toute opposition, gêne et entrave, le communisme n’a vu d’autre moyen que de ramener à l’État, de rendre à la communauté, avec tout le reste, les femmes et les enfants. C’est ce que l’on appelle encore d’un autre nom : Émancipation de la femme. Jusque dans ses écarts, on voit que le communisme manque d’invention et se réduit à un pastiche. Une difficulté se présente : il ne la résout pas, il la sabre.

Tel est en résumé le système du Luxembourg, système qui, n’en soyons pas surpris, doit conserver des partisans nombreux, puisqu’il se réduit à une simple contrefaçon et représaille de la plèbe substituée aux droits, faveurs, priviléges et emplois de la bourgeoisie ; système dont les analogues et les modèles se retrouvent dans les despotismes, les aristocraties, les patriciats, les sacerdoces, les communautés, hôpitaux, hospices, casernes et prisons de tous les pays et de tous les siècles.

La contradiction de ce système est donc flagrante ; c’est pourquoi il n’a jamais pu se généraliser et s’établir. Constamment il s’est écroulé aux moindres essais.

Supposez un moment le pouvoir aux mains des communistes, les associations ouvrières organisées, l’impôt braqué sur les classes qu’aujourd’hui le fisc épargne tandis qu’il pressure les autres, tout le reste à l’avenant. Bientôt toute individualité possédant quelque fortune sera ruinée ; l’État sera le maître de tout : après ? N’est-il pas clair que la communauté, surchargée de tous les malheureux dont elle aura détruit ou confisqué la fortune, encombrée de tout le travail auparavant abandonné aux entrepreneurs libres, recueillant moins de forces qu’elle n’en détruit, ne suffira pas au quart de sa tâche ; que le déficit et la famine amèneront en moins de quinze jours une révolution générale, que tout sera à recommencer, et que pour recommencer on procédera par une restauration ?

Telle est pourtant l’absurdité anté-diluvienne qui depuis trente siècles a rampé, comme le limaçon sur les fleurs, à travers les sociétés ; qui a séduit les plus beaux génies et les réformateurs les plus illustres : Minos, Lycurgue, Pythagore, Platon, les Chrétiens et leurs fondateurs d’ordres ; plus tard Campanella, Morus, Babeuf, Robert Owen, les Moraves, etc.

Toutefois, il est deux choses que nous devons noter à l’avantage du communisme : la première, c’est que, à titre de première hypothèse, il était indispensable à l’éclosion de l’idée vraie ; la seconde, qu’au lieu de scinder, comme a fait le système bourgeois, la politique et l’économie politique et d’en faire deux ordres distincts et contraires, elle a affirmé l’identité de leurs principes et essayé d’en opérer la synthèse. Nous reviendrons sur ce sujet dans les chapitres suivants.
8-)
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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede Pierre-Joseph le Ven 7 Déc 2018 13:40

Excellent texte, qui n'a pas pris une ride. On pourrait juste ajouter à la liste des limaçons Karl Marx, bien qu'il fut certainement moins génial que les autres.

Pour revenir à ce week-end, si des bavures, des arrestations, des blessés et peut-être quelques morts (espérons que non) sont à prévoir, je pense cependant que la vision d'un bain de sang est très exagérée.
Je pense que la mort du mouvement viendra plutôt d'une récupération politique que d'une semaine sanglante bis. L'histoire nous démontre malgré tout qu'ils en sont capables.
Je craignais déjà le débarquement de la CGT la semaine dernière mais j'avais sans doutes sous estimer leur déconnexion avec la vie réelle. Leur petit rassemblement à Paris a été minable et n'a pas du tout intéressé les gilets jaunes. Echec total. A Toulouse, l'affaire a mieux marché (ça ne m'étonne pas) et, du coup, les medias ont présenté ça comme une victoire. C'est tout le contraire. Si les gilets jaunes suivent la CGT, ils sont foutus. Il suffit, pour s'en persuader, de regarder le bilan des luttes qu'ils ont menées ces 30 dernières années.
Je crains qu'ils mettent encore plus le paquet ce week-end. J'ai entendu Mélanchon dire qu'ils allaient encadrer des groupes de lycéens pour les "protéger". Quels moyens ils ont pour les protéger contre les CRS, les gendarmes et peut-être l'armée? Que dalle! Je pense plutôt qu'ils vont les utiliser pour gonfler leurs effectifs et tourner l'attention vers eux. Cette stratégie est vraiment dégueulasse, tant pour les lycéens qui risquent de finir comme Malik Oussekine, que pour l'intention qu'il y a derrière de manipuler et de diviser le mouvement.
J'ai déjà entendu Mélanchon prétendre que les revendications des gilets jaunes sont les siennes à 75% puisque ce sont celles du peuple. C'est évidemment totalement faux: la moitié des revendications sont, à peu près, celles de la France Insoumise mais l'autre moitié sont plutôt celles du Rassemblement National. Et ces revendications sont souvent contradictoires. Aujourd'hui, cela se voit très bien sur toutes les listes de revendications des gilets jaunes mais demain, sur le coup de l'émotion suscitée par la mort d'un nouveau Malik ou d'un nouveau Rémy, plus vraisemblablement un nouveau Malik, les choses vont se troubler.
On a déjà vu le collectif Adama semer la discorde parmi les gilets jaunes. Une nouvelle bavure pourrait leur donner ce qui leur manque pour récupérer ce mouvement et je crains que ce soit leur stratégie. Ceux qui la dénonceraient seraient immanquablement taxés de racistes et de complotistes.
J'ai pourtant entendu une député En Marche reprocher à Rufin ou Besancenot d'utiliser les lycéens comme des boucliers. La critique est assez juste et prouve que leur stratégie est assez limpide mais elle sonne aussi comme l'aveu qu'ils ont bien l'intention de leur tirer dessus.
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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede bajotierra le Ven 7 Déc 2018 16:07

Je n'étais pas à Toulouse , mais ce qui m'en a été dit c'est qu'effectivement il y a eu une manipulation d'éléments gauchistes en gilet jaune pour faire la jonction avec la CGT la rencontre fût filmée (c'est ce que tu as vu ) mais houleuse et donc très brève , fin du chapitre . Cependant il est vrai que dans cette ville l'extreme droite est discrète ce qui donne des appétits de récupération aux gauchistes .

Sinon pour revenir à la discussion

Avez vous lu ce texte de Onfray ?
https://michelonfray.com/interventions- ... -et-apres-
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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede Pierre-Joseph le Ven 7 Déc 2018 17:34

Je ne suis pas arrivé jusqu'à la fin du texte, trop long et trop con. J'ai lu le passage où il dépeint Bakounine comme un idéaliste sans cervelle qui jette des pavés.
Il se fout vraiment de notre gueule! Il feint de ne pas connaître l'Internationale et le rôle qu'il y a joué.
Moi aussi je préfère Proudhon à Bakounine mais je ne vais pas réécrire l'histoire en racontant n'importe quoi. Ce n'était peut-être pas le penseur du siècle mais il a joué un rôle important dans l'Internationale pour tenter justement de l'empêcher de mourir dans les mains de Marx, exactement comme il faut aujourd'hui tenter d'empêcher les gilet jaunes de mourir dans les mains de Mélanchon.
En plus, il accuse sans preuve les anarchistes et, à travers Bakounine, peut-être même l'AIT, d'avoir tagé l'arc de triomphe alors que ces tags n'ont pas été revendiqués, ni leurs auteurs identifiés. Peut-être même qu'il s'agit de la police.
Donc Onfray, laisse Proudhon tranquille. Il n'a rien à voir avec toi et tu ne comprendras jamais rien à ses bouquins. Ce n'est pas à ta portée. Ou plutôt éteint BFMTV et lis le pour de vrai mais, en attendant, ferme ta gueule!
Merci
Dernière édition par Pierre-Joseph le Ven 7 Déc 2018 18:00, édité 1 fois.
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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede rastanar le Ven 7 Déc 2018 17:59

Et moi je m'aperçois que toute la semaine les lycéens en ont pris plein la tronche,ils se sont fait humilier,menacer et physiquement malmener,mis à genoux,mains derrière le dos ou alors derrière la tête,
contre un mur,considérer comme des criminels,sont-ils des des factieux,le nouveau terme à la mode de nos chers politicards,terme lancer par le ministre de l'intérieur,Christophe Castaner,relayer par les
merdias(BFMTV,LCI,iTélé et j'en passe),peut-on nier ce genre d'agissements orduriers de la part de la police mobile ?,cette police soi-disant républicaine ou plus exactement milice d'état,alors les pensées
philosophiques de Onfray et du même acabit,je m'en tape...ça laissera personne de marbre,franchement on va où là ?...tout est fait pour dissuader les gens pour ne pas aller à Paris demain,la peur d'un
samedi noir ?. Ce gouvernement porte de lourdes responsabilités sur les épaules.

Image
(Vu sur le Parisien)



Propos d'un flic : "Voilà une classe qui se tient sage".
Le soulèvement aura lieu...tu aura beau prier ton dieu---La Canaille

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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede Pierre-Joseph le Ven 7 Déc 2018 18:06

Je n'avais pas bien compris ce que voulait dire Macron quand il reconnaissait avoir manqué de pédagogie pour mettre en place ses réformes. Ca a le mérite d'être plus clair.
Dernière édition par Pierre-Joseph le Ven 7 Déc 2018 21:47, édité 1 fois.
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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede frigouret le Ven 7 Déc 2018 20:25

:lol:
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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede bajotierra le Lun 10 Déc 2018 18:16

Gilets Jaunes: Crise de la représentation



L’idée d’être représentés par des porte-paroles ne semble pas faire l’unanimité au sein des gilets jaunes (GJ). Benjamin Cauchy[1] et Jacline Mouraud[2] se sont inclinés face aux menaces de mort[3] reçues de la part de GJ qui refusent d’être représentés ou qui ne reconnaissent aucune légitimité aux porte-paroles mis en avant par les médias. Le refus de la représentation est une position tout à fait cohérente avec la forme d’organisation autogestionnaire adoptée par les GJ depuis le début du mouvement, mais elle implique une communication et une négociation difficile avec le pouvoir. Si les partis et syndicats peuvent profiter de leur structure hiérarchisée pour avancer des revendications précises et présenter des interlocuteurs au gouvernement, il est plus difficile de négocier face à une masse hétérogène, sans porte-parole officiel et avec des revendications extrêmement variées, parfois contradictoires, parfois fantasques.

La démocratie représentative en question

Il est propre à la démocratie représentative de générer une rupture entre gouvernants et gouvernés. Si les citoyens peuvent élire des représentants pour assurer théoriquement leur souveraineté, ils n’en sont pas moins dépourvus de souveraineté effective car ces représentants exercent le pouvoir politique à leur place et de manière totalement indépendante. Ils constituent une classe dirigeante à part entière : la classe politique. Le mandat représentatif, qui s’oppose au mandat impératif, assure au mandaté d’exercer sa fonction jusqu’à son terme et ce qu’il respecte ou non ses engagements envers les mandants. Il y a donc une contradiction fondamentale entre l’idée de démocratie et de représentation. Cette contradiction s’explique historiquement par l’origine même du système représentatif. Comme l’explique Bernard Manin dans Principes du gouvernement représentatif, « les démocraties contemporaines sont issues d’une forme de gouvernement que ses fondateurs opposaient à la démocratie » puisqu’elles aspiraient à réserver l’exercice du pouvoir à l’aristocratie, jugée seule capable de raison et de faire des choix éclairés, le peuple étant lui trop inculte et gouverné par ses passions. Pour James Madison le but du système représentatif est « d’épurer et d’élargir l’esprit public en le faisant passer par un corps choisi de citoyens dont la sagesse est le mieux à même de discerner le véritable intérêt du pays ».

Certaines revendications des GJ[4] soulignent fortement l’idée que les représentants du peuple ne le représentent pas assez fidèlement. Le retour à un mandat présidentiel de 7 ans a pour objectif « d’envoyer un signal positif ou négatif au président de la République concernant sa politique » à travers « l‘élection des députés deux ans après l’élection du président de la République[…] Cela participait donc à faire entendre la voix du peuple ». L’idée de rémunérer les représentants élus au salaire médian peut à la fois être compris comme une volonté symbolique d’avoir des représentants du peuple à l’image du peuple, mais aussi d’éloigner de la politique celles et ceux qui ne s’intéressent qu’au pouvoir et à l’argent.

Cette crise est-elle à craindre ou à exploiter ?

Face à une telle défiance vis-à-vis de la représentation politique, tout le monde n’apporte pas les mêmes réponses. D’un côté les partisans de la démocratie directe souhaitent révolutionner l’organisation sociale et politique afin d’assurer une souveraineté effective du peuple. A l’opposé, les populistes avancent l’idée qu’une personne providentielle pourrait, mieux que les autres, représenter la volonté du peuple et servir ses intérêts[5] sans avoir à assurer d’avantage de souveraineté effective du peuple.

Ces deux tendances se retrouvent également au sein des GJ. A travers les slogans les appels à la révolution et à la démissions de Macron se côtoient de manière confuse. Quand certains en appellent à la nomination d’individus en qui ils reconnaissent une forte autorité et répondent à la question dans une optique populiste, comme le fait le porte-parole des GJ du Vaucluse Christophe Chalençon[6] (dont la légitimité est tout aussi controversée[7] que celle de ses deux pairs cités en début d’article) d’autres invitent les GJ à adopter un fonctionnement démocratique à travers la constitution d’assemblée populaire, comme à Commercy. Même si une prise de position aussi claire pour la démocratie directe est marginale, elle n’en traduit pas moins la façon dont ont fonctionné les GJ depuis le début du mouvement: de manière auto-organisée, sans représentants ni chefs.




Appel des Gilets Jaunes de Commercy pour la démocratie directe

C’est sur ce terreau fertile que peuvent à la fois pousser les mauvaises herbes populistes et les idées révolutionnaires. S’il faut nécessairement éviter les travers de l’angélisme, qui prête à toute révolte auto-organisée une aspiration révolutionnaire, et les jugements à l’emporte-pièce, qui disqualifient tout mouvement populaire dans laquelle sont présents quelques éléments populistes, il faut également tenter de voir en quoi ces formes « nouvelles » d’organisation et d’action correspondent à nos aspirations à la démocratie directe et en quoi elles peuvent s’en éloigner afin d’apporter des réponses politiques concrètes et pertinentes, de mettre des mots sur les maux. Une partie du mouvement des GJ adopte de fait des préoccupations (remise en cause de la représentation politique) et des pratiques (autogestion, action directe) inconsciemment anarchisantes. Il est nécessaire de travailler à rendre cette adhésion consciente et active au risque de voir le populisme remporter définitivement la bataille, faute d’alternative révolutionnaire.

[1] https://france3-regions.francetvinfo.fr ... 78957.html

[2] https://france3-regions.francetvinfo.fr ... 75882.html

[3] https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video ... 22430.html

[4] https://www.nouvelobs.com/politique/201 ... ement.html

[5] Cette différence entre populisme et aspirations révolutionnaires est déjà traité ici : https://refractairejournal.noblogs.org/ ... es-autres/

[6] https://www.europe1.fr/societe/un-porte ... re-3812579

[7] https://www.lci.fr/social/christophe-ch ... 06344.html



https://refractairejournal.noblogs.org/ ... N9gJR25TsE
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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede simentof le Lun 10 Déc 2018 20:20

Ha ha ça fonctionne toujours, mes identifiants. 6 ans plus tard ! Vous vous souvenez ? Quand une bonne partie des non-syndiqués et les trotskistes se sont barrés du forum. Comme moi. C'est mon côté anarchiste, je prefere la liberté à la censure, bizarre hein ? Non, vous avez pas pu oublier en plus j'ai l'impression de retrouver le forum dans le même état, comme Lénine, pas bougé, toujours les mêmes pseudos. Bref c'est toujours tenu par la CNT-AIT je devine, mais c'est pas dit à l'entrée ...

Bon pour les gilets jaunes, il y a pas grand chose à attendre, il se passe juste ce qui se passe dans d'autres pays comme la Grèce à mon avis, quand les opposés politiques ont fini par se rejoindre dans le rejet du milieu. Passé à Toulouse, j'ai vu un drapeau du NPA et un type avec une croix de Lorraine et bien sur plein de gilets fluos et y'a pas mal de gens qui mettent un gilet au parebrise aussi. Mais aussi des bagnoles cramées et des vitrines cassées comme quoi il y a aussi des bon éléments :) A mon avis tout ça finira récupéré par la politique mais c'est toujours intéressant. Et là au moins c'est des vrai.e.s révolté.e.s et ça change des rapports habituels entre les gens où tout n'est que fric. Je préfère encore ça aux anars qui ont des beaux principes, qui ont tout compris machin, mais qui font pas grand chose. A mon avis ça vaut le coup d'y passer et pk pas de participer mais sans illusion, un peu comme les ZAD.
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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede Pierre-Joseph le Mar 11 Déc 2018 00:27

Je ne me rappelle pas mais les trotskistes ou anarcho-trotskistes, syndiqués ou non, tu les trouveras plutôt sur le forum anarchiste révolutionnaire. A mon avis, ces gens ne sont pas anarchistes parce qu'ils demandent, notamment, le réengagement financier de l'état dans les services publics. Ils se moquent bien que ce réengagement ne puisse se faire que par l'impôt, au détriment des travailleurs. Ces gens là n'ont jamais vraiment réfléchi à ce qu'est l'impôt ou même les cotisations salariales, qui sont ceux qui les prélèvent et qui en profite. Le mouvement des gilets jaunes n'est donc vraiment pas pour leur plaire et ils se le prennent en pleine face.
D'ailleurs, on ne les voit pas beaucoup dans ce mouvement. Besancenot s'agite en remuant les vieux poncifs mais il reste loin derrière Mélanchon qui, malgré son âge, me paraît mieux placé pour le maillot jaune. Sur le terrain des idées, je n'ai d'ailleurs pas perçu de grandes divergences…
Je ne sous-estime pas ces adversaires, d'autant plus qu'ils ont déjà partiellement réussi à imposer à un mouvement anti-taxe le rétablissement d'un impôt: l'ISF! C'est quand même un comble.
J'espère que les gilets jaunes continueront à leur tenir tête:
L'idée de la redistribution des richesses par l'impôt est profondément liberticide puisqu'elle suppose une autorité qui, sans avoir aucune compétence avérée en la matière, décide qui peut donner et qui a droit de recevoir. C'est toujours une autorité arbitraire qui profite à ceux-ci au dépend de ceux-là, qui développe les clientélismes et le corporatisme. L'éducation nationale en est un bien triste exemple.
C'est encore pire, cette idée suppose une égalité de tous les contribuables devant cette autorité qui est un mensonge qui ne berne plus personne depuis longtemps. Plus on est riche, plus on a le pouvoir de ne pas payer ses impôts et inversement. La nature de l'autorité qui prélève l'impôt n'y est pour rien.
Bref, tant qu'il y aura des impôts, il y aura un état qui le centralisera et qui, parce que c'est sa nature, prendra aux pauvres pour donner aux riches. Un tel système ne peut que conduire à la situation actuelle. Il faut donc en sortir.
Une autre revendication qui tend à émerger de ce mouvement est le Referendum à initiative citoyenne ou populaire déjà repris par Mélanchon, Le Pen et les seconds couteaux Besancenot et Philippot.
La revendication semble donc rassembler large! Pourtant, en l'état, elle ne m'emballe pas totalement. Ses modalités restent trop floues. Surtout, les urnes et isoloirs ne semblent pas être remis en question, alors que cela me paraît primordial. Je veux bien d'un referendum si on va voter, dans les différents lieux de vote, en assemblée et à main levée. Sinon, cela reste de l'ostracisme et la possibilité de tricheries, de bourrage d'urnes comme on en a trop vus. Le symbole est vraiment trop répugnant. Il faut que ça brûle!
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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede rastanar le Mar 11 Déc 2018 18:01

Les gens découvrent que les luttes d'influences existent surtout quand il y a pas de petits chefaillons,alors évidemment il est sûr que des clowns papillonnent autour et vont jouer les beaux parleurs
avec Macron et sa clique,les Moraud,les Chalençon,les Cauchy qui ont un certain parcours bien ou assez droitière,quand ce n'est pas eux,ce sont les gauchos de la France Insoumise par exemple,ils
tournent comme des vautours qui ont vu un cadavre qui n'est pas encore froid,dehors les raclures !. Alors évidemment les menaces physiques avec les invectives insultantes par le biais de facebook,
voir de mort si c'est avéré peuvent mettre un terme au mouvement des gilets jaunes,est-ce que pour autant certains parmi les gilets jaunes se font-ils avoir comme des bleus ?.

La preuve que non,structurer,s'organiser en assemblée générale,sans représentants,la démocratie directe,oui,la démocratie représentative,non,puisque c'est un joujou de la classe dominante(patro-
-nale et libérale). Une assemblée ouverte par et pour la base et non pour les spécialistes de la bureaucratie.Ceux du Commercy par exemple ont compris bien des choses,tant mieux.


:arrow: https://fr-fr.facebook.com/gildas.malassinet/videos/2535064923173240/?hc_location=ufi
(Ici un débat ouvert sur Toulouse Samedi dernier qui a duré plus de 2 heures,ça devient intéressant de plus en plus !. Ce n'est pas parfait loin de là !.)
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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede Protesta le Mar 11 Déc 2018 23:15

Salut Simenhof :)

ça prend une tournure intéressantes

https://www.youtube.com/watch?v=dfLIYpJHir4

"Salut Carmela, je suis chez FIAT! Je vais bien... Si,Si, nous pouvons parler tranquillement, c'est Agnelli qui paye!"
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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede simentof le Mar 11 Déc 2018 23:57

Euh non, les troskistes sont pas des anarchistes pour sûr, bien qu'ils soient assez forts pour se faire passer pour n'importe quoi. Surtout en france, je dirais même que le vrai français est un trotskiste. D'ailleurs Mélenchon est lui-même un ancien trotskard, c'est pour ça qu'il plaît aux foules comme Besancenot.
Pour ce qui est de l'impôt, évidemment que c'est pas très bien vu que l'argent non plus c'est pas très bien, on peut même dire que c'est le fond du problème et ça y'a jamais eu un parti pour le remettre en question, même pas chez les communistes, preuve qu'ils sont une arnaque. Ni chez les GJ d'ailleurs.

En ce qui concerne la démocratie, je suis absolument contre, qu'elle soit directe ou indirecte. Ça c'est la base de l'anarchisme les enfants, ça s'appelle l'illégalisme, dommage que vous l'ayez pas encore compris (à votre âge).

Bon pour ce qui est des GJ, je leur donne un bon point : j'ai pas vu un seul drapeau tricolore à Toulouse, ce qui prouve surtout que c'est la ville la plus intelligente et la plus insoumise de ce pays de merde.
Mauvais point : porter tou.te.s le même gilet c'est pas du tout une idée libertaire ça, la liberté c'est pas un truc de moutons. En plus ils remettent pas en question leur mode de vie à base d'auto qui pue qui écrase qui renverse qui provoque des guerres au moyen orient qui pollue et rend malade qui est fliquée trop facilement qui est autiste qui prend tout la place qui fait trop de bruit qui provoque un réchauffement de la planète, qui est un pur produit du productivisme. Et pour ça je crois qu'ils peuvent quand même aller se faire foutre.
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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede frigouret le Mer 12 Déc 2018 03:03

Parce-que tu te déplaces en âne ou en canoë peut être ?
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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede rastanar le Mer 12 Déc 2018 14:08

C'est marrant,il y en a toujours qui jouent aux plus anars que les autres,alors qu'ils font de belles boulettes avec le côté méprisant sur des personnes qui n'ont pas vraiment de pratiques politiques,
ils innovent,c'est tout à leur honneur,je trouve...se mettre en gilet jaune,pas libertaire ?,pas grave.

Et puis le côté fleur bleue,la mère nature,les bagnoles qui polluent et réchauffent la planète,la pauvre...exploiter par"le pur produit du productivisme". Le productivisme d'où vient ce terme ? :
Le premier sens historique de ce concept vient des années 1930 propagées par des idéologues venues de l'extrême droite tel que L'ordre nouveau(1931-1939)avec des intellectuels tels que Denis
de Rougemont,Jean Jardin,Claude Chevalley,etc...aussi proche du courant individualiste chrétien donc se basant sur une morale religieuse qui flirt avec le fascisme,en France collaboration avec
le parti le Faisceau animé par un certain Philippe Lamour qui fonda une revue qui s'appela national-révolutionnaire Plans,qui se permis d'envoyer une lettre à Hitler le 15 novembre 1933...et j'en
passe et des meilleurs...

Lire : Agro-écologie et Ecologisme : Anti-productivisme ou Anti-capitalisme ?.(Publié par Anarchosyndicalisme n° 161 datant du 25 novembre 2018.)

N'importe qui peut se faire avoir quand on n'en connaît pas les origines !.

Bonne journée à toi quand même Simentof.
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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede simentof le Jeu 13 Déc 2018 18:35

frigouret a écrit:Parce-que tu te déplaces en âne ou en canoë peut être ?


Tu compares avec un vélo, tu verras que ma petite liste au-dessus elle a plus du tout la même gueule. En fait tu peux tout enlever sauf le besoin de le fabriquer évidemment et de l'entretenir de temps en temps. Bref à côté de l'impact et de la brutalité d'une voiture ou d'un camion ou d'un avion c'est du pipi de chat. Sinon j'ai rien contre le canoé ou l'âne. A choisir entre ça ou le monde dans lequel on m'oblige à vivre, je préfère encore ça, largement.
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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede simentof le Jeu 13 Déc 2018 19:00

rastanar a écrit:C'est marrant,il y en a toujours qui jouent aux plus anars que les autres,alors qu'ils font de belles boulettes avec le côté méprisant sur des personnes qui n'ont pas vraiment de pratiques politiques,
ils innovent,c'est tout à leur honneur,je trouve...se mettre en gilet jaune,pas libertaire ?,pas grave.


Bon alors moi j'exagère pas dans tout ce que je dis, je suis vraiment anarchiste, je pense vraiment tout ce que je dis et crois-moi que c'est pas du tout un avantage dans la vraie vie, la soumission et le consensus c'est nettement plus rentable, où qu'on soit.

Et des pratiques politiques j'en ai pas non plus puisque j'en ai jamais fait de la politique. Alors que les GJ on sent bien que ça les démange. Arrêtez avec le côté misérabiliste là, on sent bien qu'y a l'idée des "petites gens" tout innocents derrière, qui n'existent que dans l'imaginaire gauchiste. Depuis la temps qu'ils représentent les "99%" ils se font toujours b**ser, bizarre quand même. Mort au peuple, vive l'anarchie.
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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede Protesta le Jeu 13 Déc 2018 21:06

https://lamouetteenragee.noblogs.org/po ... e-sur-mer/


[quote]Rapide aperçu du mouvement
des gilets jaunes à Boulogne-sur-mer

La seule certitude que nous avons pour le moment, c’est que les choses évoluent très rapidement. Si nous ne participons pas activement au mouvement des gilets jaunes local, à plusieurs reprises nous nous sommes rendus sur différents ronds points à la rencontre de ses protagonistes. Nous avons pu y observer les éléments qui tranchaient d’avec les mobilisations que nous avions vécu ces dernières années. Nous avons aussi pu pointer quelles limites caractérisaient une dynamique qui appelle à son élargissement et son dépassement comme en attestent des revendications qui désormais débordent largement la seule question des taxes.

Dans « Une page se tourne »(1), le tract que nous avons distribué le 9 octobre 2018, lors d’une manifestation syndicale locale, nous écrivions qu’il ne fallait pas «sous-estimer la profonde exaspération qui transpire partout dans les boîtes et dans la société en général ». Nous concluions qu’il n’y avait pas « à désespérer mais à élaborer les nouveaux outils de la période. Des outils au service, non pas de tel ou tel intérêt corporatiste, mais de la classe à laquelle nous appartenons. Tout est à refaire et il n’y a pas de temps à perdre ! ».

Quelques semaines plus tard, il semblerait que cette nécessité ait commencé à trouver un début de réponse concrète sur le bitume. Certes, pour le moment dans des formes encore embryonnaires et hybrides, loin de l’immaculée conception de la classe et de sa pure conscience qu’entretiennent encore certains. Et c’est sans aucun doute parce que depuis quelques années le cours des luttes sociales revêt des formes transitoires et parfois contradictoires que la réalité dans toute sa complexité ne se laisse pas étreindre aussi aisément que nous le désirerions.

Un mouvement inter-classiste : oui ! mais …





Dès le départ, les médias bourgeois ont présenté les gilets jaunes comme un regroupement de petits patrons, de commerçants, d’indépendants mais aussi d’employés et d’ouvriers. Cette proximité entre une petite bourgeoisie en voie de déclassement(2) et des prolétaires attelés à la défense des intérêts des premiers n’était pas sans rappeler quelques épisodes historiques assez funestes. Cette configuration existe belle et bien à certains endroits en France, mais elle ne semble pas représentative de l’ensemble du mouvement et surtout de ce que nous avons pu observer sur les ronds points de l’agglomération boulonnaise.

A vrai dire, des petits patrons, nous n’en n’avons pas croisé, ce qui ne signifie pas qu’ils ne sont pas présents. Au rond point du boulevard Industriel de la Liane, une commerçante en retraite et son mari nous ont avoué manifester pour la première fois. Ils étaient venus réclamer l’augmentation de leur pension de retraite face à un hyper-marché où ils se sentaient davantage en sécurité, car à les écouter, «Capécure est malfamé (…) on y trouve plutôt des jeunes»(3). A Capécure, en effet, nous avons plutôt croisé des jeunes hommes et des jeunes femmes, mais pas uniquement. L’un d’entre eux, mécanicien dans une entreprise à Outreau, participait lui aussi à une mobilisation collective pour la première fois de sa vie. Il était venu avec des proches et évoquait surtout les taxes sur le carburant et les difficultés pour sa soeur de reprendre un commerce. Il se félicitait de l’ampleur de la mobilisation, notamment sur … les réseaux sociaux. « Nous y sommes un million ! », affirmait-il, alors que lui et ses camarades comptaient pour une dizaine autour d’un feu de palettes face à la conserverie Delpierre. Entre l’évidence tangible et la fausse réalité vituelle, il y avait une fois de plus un fossé… Lorsque nous lui avons demandé si des ouvriers des boîtes de Capécure les rejoignaient parfois après leurs postes, il ne sut pas nous répondre. Pourtant, des ouvriers et des ouvrières il y en a dans ce mouvement. Des travailleurs de différents secteurs, des intérimaires, des chauffeurs, des salariés de l’agglo, des territoriaux, des marins de société de ferry, et des jeunes sans boulot, sans oublier les retraités … Il y a une véritable base prolétarienne qui n’est pas, et chacun l’aura compris un simple copié-collé de la clientèle traditionnelle des promenades syndicales en centre ville. Des travailleurs qui avaient troqué la chasuble syndicale contre le gilet jaune pour l’occasion, nous en avons reconnu quelques-uns, mais en réalité très peu.

Le plus étonnant est d’entendre certains gilets jaunes qualifier de « grève » les actions de terrain qu’ils mènent après le travail ou pendant le week-end. Quel sens donnent-ils à ce terme ? C’est difficile à dire. Le samedi 24 novembre, sur la zone industrielle de la Liane, l’ambiance était familiale. Pour un certain nombre d’entre-eux, les gilets jaunes étaient venus en couple, accompagnés de leurs enfants. Les quelques deux cents personnes présentes formaient un agrégat de groupes plutôt affinitaires mais qui ne communiquaient pas forcément entre eux. C’est certainement le trait le plus significatif de ces rassemblements. On n’y échange pas réellement, on y débat encore moins, mais en cela ce mouvement n’est pas en dessous des dernières mobilisations syndicales qui brillèrent avant tout par leur absence de contenu. Cette fois encore, l’action de ralentissement ou le blocage des flux de marchandises suffisent à exprimer avant tout une colère. Cela risque d’être une des limites importante à dépasser dans la suite que parviendra à se donner ou non ce mouvement. Faire nombre, ici ou ailleurs ne suffira pas.

Et dans les boîtes ?

Sur le fond, on pourrait qualifier le mouvement des gilets jaunes de mouvement de consommateurs et en cela il fut marqué dès le début d’une emprunte corporatiste indiscutable. Pour le moment encore ses acteurs réclament la satisfaction des besoins élémentaires du quotidien : pouvoir se nourrir, se loger, se déplacer, bref, reproduire la force de travail, et pour d’autre simplement ne pas crever. Cette caractéristique explique en partie sa sociologie composite. Elle le rend ouvert à tous les vents d’où qu’ils viennent, à fortiori depuis l’effacement historique du mouvement ouvrier organisé. Mais s’il est un mouvement de consommateur et non un mouvement de producteur, il n’en demeure pas moins porté par une grande partie de ces derniers.

Le débrayage de deux heures des salariés de la plateforme d’appel boulonnaise Armatis pour rejoindre les gilets jaunes est à notre connaissance la seule initiative de ce genre dans la région. Un camarade qui travaille dans cette boîte nous a expliqué que l’appel a été lancé, non pas par les syndicats dont certains ont suivi et d’autres non, mais par un simple salarié et une fois de plus par l’intermédiaire des réseaux sociaux. Sa proposition a rapidement reçu l’adhésion de la majorité de ses collègues de travail qui ont quitté la boîte pour ralentir la circulation sur le boulevard industriel.

Sur les lieux de travail où nous sommes présents, on observe un clivage assez net entre l’encadrement et le personnel de service. Les premiers demeurent prudents face aux événements, si ce n’est inquiets, seule une infime minorité acquiesce. Les seconds s’en réjouissent, certains ont participé une fois ou deux aux rassemblements, tous se demandent ce qu’attendent les syndicats ?





Les blocages

Pour avoir participé à de nombreuses actions sur la zone de Capécure, nous savons depuis longtemps faire la différence entre ce qui relève du spectacle syndical co-produit avec les renseignements généraux et la sous-préfecture, des actions spontanées, seules en mesure de porter efficacement un coup à la circulation de la marchandise. C’est avec une certaine satisfaction que nous avons constaté que les actions entreprises ces dernières semaines n’étaient pas feintes. Mieux ! interviewé par un jeune blogueur local qui lui demandait de s’expliquer sur le manque à gagner des patrons, un jeune bloqueur tout aussi local, lui rétorqua que «les patrons sont les amis de Macron, donc tout va bien ! » Ici aussi, l’anti-macronisme semble la valeur la mieux partagée mais lorsqu’il se double d’un discours de classe, c’est que manifestement, il y a plus …

Xénophobie, sexisme …

Le peu de temps passé auprès des gilets jaunes ne nous permet pas d’affirmer qu’ils sont l’expression d’un ressentiment à l’égard des étrangers en général ou des femmes en particulier. La présence des femmes dans ce mouvement a été plusieurs fois soulignée. Nous confirmons qu’elles y sont en nombre plus important sur les ronds points que lors d’actions syndicales traditionnelles. Qu’il puisse y avoir des tendances xénophobes et sexistes chez certains gilets jaunes, cela ne fait aucun doute, mais guère plus ou moins que dans n’importe quelle couche de cette société. Lors d’actions contre « la loi travail », nous avons avons été les témoins de propos xénophobes tenus à l’égard de chauffeurs polonais, comme de conduites sexistes de la part de syndicalistes éméchés sur certains points de blocages. Nous ne nous faisons donc aucune illusions sur ce qu’il est malheureusement possible de voir et d’entendre en pareilles circonstances. Les jaunes n’ont pas le monopole du dérapage, dans tous les cas inexcusable.

Drapeau tricolore et marseillaise

Si en règle générale, nous n’accordons que peu de crédit aux symboles lorsqu’il s’agit de cerner la réalité d’une situation, cela nous fait vraiment mal au bide de nous retrouver dans la rue aux côtés de personnes brandissant leur drapeau tricolore. D’abord, parce que contrairement à un mythe toujours vivace, il n’est l’emblème d’aucune révolution. Mariage de la couleur de la monarchie et de celles de la ville de Paris, c’est sous ses plis que la bourgeoisie impose depuis deux siècles sa domination sans partage sur l’ensemble de la société. Il fut l’étendard sous lequel cette même bourgeoisie massacra et déporta en 1871 des milliers de communards. Ce sont toujours sous ces trois couleurs que l’Etat français mena ses expéditions et perpétua ses massacres coloniaux. C’est sous cette bannière enfin, que des centaines de milliers de prolétaires furent expédier à la boucherie pour les intérêts de quelques industriels. Certaines légendes ont la vie dure, c’est bien regrettable.

Sur l’agglomération, fort heureusement, les ronds-points sont peu pavoisés. Il y a parfois un de ces bouts de chiffon planté là, mais ce n’est pas ce que l’on remarque immédiatement. Et là encore, les gilets jaunes n’ont rien inventé. Lors de la mobilisation des retraites en 2010, un camarade syndicaliste et ses copains qui travaillaient à la Continentale arboraient fièrement des T-shirts qu’ils avaient fait confectionner exhibant la tête de Guevara sur fond de drapeau tricolore. A la vue de notre moue septique, le copain en question se crut obligé de nous apporter une explication qu’on ne lui demandait d’ailleurs pas(4). Plus près de nous, lors des premières manifestations contre la « loi travail», plusieurs jeunes dont c’était le premier engagement, brandissaient comme signe de ralliement ce même étendard national, qu’ils abandonnèrent progressivement.

Comme il l’a été rappelé à maintes reprises, nombre de gilets jaunes sont vierges de toute implications dans les combats sociaux et ils vivent cette première fois avec le bagage qui est le leur, cela ne fait pas d’eux pour autant des réactionnaires forcenés. Quarante ans de dépolitisation quasi ininterrompue et l’effacement du mouvement ouvrier organisé ont laissé derrière eux un champ de ruines politique, social et culturel dont on ne mesure l’étendue du désastre que lorsque la vie collective tente de reprendre ses droits. On ne cesse de le répéter, tout est à reconstruire.

Le rapport à la police

Lors de notre premier passage auprès des gilets jaunes, le samedi 17 novembre vers midi, nous avons été surpris d’observer la présence de la police parmi les manifestants. Ils étaient là chez eux, tête nue au soleil, à discuter tranquillement avec les personnes mobilisées. Une semaine plus tard sur le rond-point de la ZI de la Liane, on remarqua moins de familiarité et un peu plus de distance de part et d’autre. Un incident nous démontra que les choses n’étaient pas figées et que l’attitude des manifestants s’adapte au gré des circonstances. Les choses peuvent basculer dans un sens comme dans l’autre, mais les personnes mobilisées souhaitent garder le contrôle de leur action. Ainsi, une voiture de police banalisée bloquée par les gilets jaunes réclama l’intervention d’un cordon de flics du commissariat visiblement peu à l’aise pour mener ce genre d’intervention. L’altercation se termina sur le parking de l’hypermarché où les flics retirèrent leurs casques sous une salve d’applaudissements et les encouragements des manifestants à les rejoindre.

Il est clair que si la sous-préfecture décide de siffler la fin de la partie, c’est à dire comme à chaque fois que les patrons du port le réclament, ce ne sont pas les policiers locaux qui interviendront et certainement pas de cette façon. En la matière, il faut surtout se garder de toute naïveté qu’un certain citoyennisme de gauche comme de droite entretient depuis des lustres sur le caractère prétendument républicain de la police de l’Etat français. Si l’Etat décide de faire le ménage, il le fera comme il l’a toujours fait, dans le sang et sans retenue. Les derniers événements parisiens et autres en ont apporté la confirmation.





Le contenu et la suite

Comme nous l’avons dit, les choses évoluent rapidement. Les revendications des gilets jaunes prennent peu à peu un caractère ouvertement politique dont il est bien difficile de démêler les tenants et les aboutissants. Une seule chose est certaine, une brèche a été ouverte dans le consensus social. Est-il possible de s’y engouffrer afin d’appuyer la dimension de classe qui existe indubitablement en son sein ? La suite des événements nous le dira.

Boulogne-sur-mer le 09/12/2018

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Une page se tourne : https://lamouetteenragee.noblogs.org/po ... se-tourne/

(2) Nombreux sont ceux qui ont comparé le mouvement des gilets jaunes à celui de Pierre Poujade. Au delà de ce qu’il y a d’irritant à systématiquement rechercher des éléments de comparaison dans des périodes antérieures et dissemblables, c’est avant tout la composition sociale de la dynamique actuelle qu’il importe d’interroger. Le mouvement de Poujade, comme celui de Dorgères avant lui et de Nicoud après lui reposaient tous trois sur des bases sociales relativement homogènes, en passe d’être progressivement liquidées mais encore bien réelles. Le Front Paysan de Dorgères , par exemple, comptait plus de 400 000 cotisants, pratiquement tous paysans et petits ou moyens propriétaires. Qu’y a-t-il de commun entre ces événements et ce qui se déroule actuellement sous nos yeux ? Bien peu de choses, si ce n’est rien en réalité.

(3 )Capécure est le quartier industriel du port de Boulogne-sur-mer.

(4) Le copain y voyait en fait l’association de deux symboles pour lui révolutionnaires : l’icône sud-américaine et le 1789 français.[/quote]
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Re: Bloquage national du 17 Novembre 2018

Messagede Pierre-Joseph le Jeu 13 Déc 2018 22:47

Encore un mort sur un barrage à Avignon, percuté par un poids lourd. C'est aussi une particularité tragique de ce mouvement, qui montre le degré d'engagement des gilets jaunes et qui rend tout à fait insupportables les commentaires goguenards à leur sujet. La veille, à Bagnols-sur-Cèze, un autre s'était attaché aux rails en apprenant que la gare allait être débloquée. Je crois que beaucoup de gens n'ont pas encore compris à qui ils ont à faire.
Une révolution est une force contre laquelle aucune autre puissance, divine ou humaine, ne peut prévaloir, dont la nature est de se fortifier et de grandir par la résistance même qu'elle rencontre. On peut diriger, modérer, ralentir une révolution: la plus sage politique consiste à lui céder pied à pied, afin que l'évolution éternelle de l'Humanité, au lieu de se faire par vastes enjambées, s'accomplisse insensiblement et sans bruit. On ne refoule point une révolution, on ne la trompe pas, on ne saurait la dénaturer, ni à plus forte raison la vaincre. Plus vous la comprimez, plus vous augmentez son ressort, et rendez son action irrésistible. C'est à tel point qu'il est parfaitement égal, pour le triomphe d'une idée, qu'elle soit persécutée, vexée, écrasée dans ses commencements, ou qu'elle se développe et se propage sans obstacle. Comme l'antique Némésis, que ni les prières ni les menaces ne pouvaient émouvoir, la révolution s'avance, d'un pas fatal et sombre, sur les fleurs que lui jettent ses dévots, dans le sang de ses défenseurs et sur les cadavres de ses ennemis.
Toute révolution se pose d'abord comme plainte du peuple, accusation contre un état de choses vicieux, dont les plus pauvres sentent les premiers la douleur. Il n'est pas dans la nature des masses de se révolter, si ce n'est contre ce qui leur fait peine, au physique ou au moral. Y a-t-il là matière à répression, vengeance, persécution ? Quelle folie! Un gouvernement qui fait consister sa politique à éluder le vœu des masses et à refouler leur plainte, se dénonce lui même: c'est le malfaiteur qui combat ses remords par de nouveaux forfaits. A chaque attentat, la conscience gronde plus terrible, jusqu'à ce qu'enfin la raison du coupable se trouble, et le livre au bourreau.
Pour conjurer les périls d'une révolution, il n'est qu'un moyen, je l'ai déjà dit: c'est d'y faire droit.
Proudhon dans Idée générale de la révoltion
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