Sur Houria Bouteldja et l'homophobie

Sur Houria Bouteldja et l'homophobie

Messagede bajotierra le Lun 20 Juin 2016 19:49

Si on cherche des circonstances atténuantes au geste d’Omar Seddique Mateen, cet Américain d’origine afghane qui a tué cinquante personnes dans une discothèque homosexuelle d’Orlando, on n’en trouvera sans doute pas de mieux argumentées que dans les écrits de l’essayiste Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la République et auteur de «les Blancs, les Juifs et nous». Non que cette Française bien tranquille ait jamais justifié l’attentat. Mais les thèses qu’elle défend depuis plusieurs années écorchent l'oreille, au lendemain de la tuerie.

Citons ces mots de Bouteldja, écrits bien avant le massacre sur le blog des Indigènes de la République (le 12 février 2013):

"Il serait temps, une bonne fois pour toute, de comprendre que l’impérialisme – sous toutes ses formes – ensauvage l’indigène: à l’internationale gay, les sociétés du sud répondent par une sécrétion de haine contre les homosexuels là où elle n’existait pas ou par un regain d’homophobie là où elle existait déjà (…)»


L’homophobie serait donc une « réponse» du Sud au Nord. La réponse du dominé au dominant, de l’opprimé à l’oppresseur. Pour Bouteldja, «la haine contre les homosexuels» a des causes politiques. Elle s’inscrit dans la lutte contre un impérialisme et un universalisme dominateurs, hypocrites, fallacieux. Et si l’on en croit Bouteldja, cette «réponse» ne manque ni de légitimité ni de grandeur. Pour reprendre son vocabulaire, l’homophobie est une forme de «résistance» - un mot qui résonne positivement dans l’histoire de France :

"C’est pourquoi, de façon analogue, les quartiers populaires répondent à l’homoracialisme par un virilisme identitaire et… toujours plus d’homophobie. Quelle que soit la laideur apparente des réactions, elles ont une motivation commune : une résistance farouche à l’impérialisme occidental et blanc et une volonté obstinée de préserver une identité réelle ou fantasmée, ou en tout cas une identité qui fait consensus.»


Le terme savoureux, ici, c’est l’épithète «apparent». Bouteldja évoque «la laideur apparente des réactions» homophobes. L’apparence, traditionnellement, est trompeuse; c’est le contraire de la réalité. Ne vous arrêtez pas aux apparences, nous dit l’auteur. Les insultes homophobes, les violences homophobes ne sont pas laides, elles n’ont qu’une «laideur apparente». Pour ceux qui savent bien regarder comme Bouteldja, la laideur apparente a une beauté cachée. Belle est l’homophobie. Car, si les mots ont un sens, l’homophobie est, pour Bouteldja, une forme de libération et d’émancipation.


Saine est l’homophobie, car, en exécrant les homosexuels, le «sujet colonial» travaille à se désassujettir, dit-elle. Quelle est la prochaine étape du raisonnement? Affirmer qu’abattre un homosexuel, c'est faire d'une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre?

Car que l’on se définisse comme ‘‘homo’’ ou non, que l’on ait des pratiques homo-érotiques ou non, être un sujet colonial implique d’être toujours sommé de se définir par rapport à des ‘‘modèles d’intégration’’. Quand on aborde le sujet de l’‘‘homosexualité’’ dans les quartiers populaires, on ne peut faire l’impasse sur les injonctions à s’intégrer dans la démocratie sexuelle occidentale, et à la réaction de tous les acteurs à cette sommation.»

Dans l’étrange système de Bouteldja, l’homosexualité est haïssable, car c’est le bras armé de la République néocoloniale. Qui n’est pas homophobe n’est pas anticolonial. L’homosexuel est une chance pour l’indigène de la République: lutter contre l’homosexuel (en soi ou chez les autres), c’est se délivrer de la violence raciste du pacte républicain, ce nouvel indigénat. Vertus civilisatrices? Casser du pédé, c’est se décoloniser, c’est arracher ses chaînes, c’est se soustraire à la catastrophe de l’intégration, de l’assignation, de la sommation. Bravo. Hourra Houria.

Dans son dernier livre, Bouteldja se moque du démocrate qui entre burlesquement en extase chaque fois qu’un «lascar» déclare son homosexualité devant micros et caméras. A chacun son extase. La sienne est de prouver que l’homophobie est une haine légitime qui riposte à une violence illégitime. Selon Bouteldja, c’est presque un devoir moral: si vous n’exécrez pas les homosexuels, vous êtes au fond un traître: vous collaborez avec un ordre injustement établi, celui de la «démocratie sexuelle occidentale». Si l’on suit la méandreuse et calamiteuse pensée de Bouteldja, pour le «sujet colonial», l’homophobie - en Floride ou ailleurs - est une réaction de survie.

Fabrice Pliskin


http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/201 ... ental.html
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Re: Sur Houria Bouteldja et l'homophobie

Messagede Candide le Dim 14 Aoû 2016 17:03

Et de ça, elle en pense quoi, la mère Bouteldja ?

Muhammed Wisam Sankari est un réfugié syrien homosexuel qui a été décapité à Istanbul, selon l'association Kaos GL.

Le corps d'un réfugié syrien homosexuel a été retrouvé décapité et horriblement mutilé deux jours après sa disparition fin juillet dans le centre d'Istanbul, a annoncé Kaos GL, une association militante turque de défense des droits des homosexuels. Muhammed Wisam Sankari, qui avait fui la guerre en Syrie, avait disparu le 23 juillet après avoir quitté son domicile dans le quartier d'Aksaray, situé au coeur de Fatih, un district d'Istanbul réputé «islamo-conservateur».

Corps méconnaissable
Son corps a été retrouvé à Yenikapi, dans le même district, a précisé l'association. Le réfugié était arrivé à Istanbul il y a un an. Mais il souhaitait quitter la métropole turque où il ne se sentait pas en sécurité. Selon ses amis, il a été menacé de viol par un gang d'hommes armés de couteaux.

L'un de ses amis, Gorkem, est allé reconnaître la dépouille. Gorkem, en larmes, a expliqué que le corps de la victime était si mutilé qu'il n'a pu être identifié «que grâce à son pantalon». «Ils avaient tailladé le corps de Wisam si violemment que deux lames de couteau se sont brisées dans sa chair. Ils l'ont décapité. Le haut de son corps était méconnaissable, il était éviscéré», a-t-il expliqué.

«Si tu es homosexuel, tu es une cible»

Ryan, un colocataires de la victime; explique que le réfugié syrien avait été enlevé et violé cinq mois plus tôt. «Ils l'avaient emmené en voiture dans une forêt où ils l'avaient battu et violé», a dit Ryan. «Ils allaient le tuer mais il a eu la vie sauve en se jetant sur la route. Nous sommes allés voir la police, mais rien n'a été fait», a-t-il accusé.

Un autre ami gay, identifié sous le nom de Diya, a indiqué à Kaos GL qu'ils étaient tous effrayés alors que l'homophobie est très répandue en Turquie. «J'ai très peur. J'ai l'impression que tout le monde me regarde. J'ai été enlevé deux fois», a-t-il ajouté.

«Personne ne se préoccupe de nous. Que tu sois Syrien ou Turc, cela ne fait aucune différence. Si tu es homosexuel, tu es une cible». L'homosexualité est légale en Turquie mais la communauté gay se plaint régulièrement de discriminations et de harcèlement dans ce pays musulman conservateur.

En juin dernier, le gouvernement avait interdit deux manifestations LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres) durant le mois de jeûne du Ramadan, une «Trans Pride» et une «Gay Pride» dispersées avec le concours des forces de l'ordre.

(Information parue dans leparisien.fr)
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Re: Sur Houria Bouteldja et l'homophobie

Messagede Groucho Marx le Sam 20 Aoû 2016 11:05

A noter, la présence d'HB à la fac du Mirail jeudi prochain.

https://www.facebook.com/events/671074366373323/

Dans le cadre d'un colloque qui a l'air bien crétin: « Philosophies européennes et décolonisation de la pensée »

http://europhilomem.hypotheses.org/3487
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Re: Sur Houria Bouteldja et l'homophobie

Messagede bajotierra le Dim 28 Aoû 2016 17:42

Bon papier d'Halimi , qui de plus cite une participante de ce forum :wink:


Le monde de Bouteldja est simple : il y a eu une France colonisatrice humiliée par le IIIe Reich, et une France résistante qui allait devenir exterminatrice. Inutile d’objecter que le pays défait en juin 1940 ne se résume pas à la colonisation. Ou que d’autres que Genet ont salué la « divine surprise » de sa déconfiture, dont un certain maréchal Pétain, qui, quinze ans plus tôt, avait férocement réprimé les insurgés marocains du Rif. Quant aux résistants, quelques-uns ont aussitôt fustigé les massacres de Sétif et de Guelma en 1945 et combattraient plus tard la torture en Algérie. Mais ce ne sont là que des broutilles, et nous sommes pressés, n’est-ce pas ?

La provocation relative à Adolf Hitler pouvait cependant ne pas suffire à faire surgir un intellectuel médiatique de son abri. Bouteldja met donc toutes les chances de son côté : « Je ne suis pas innocente. Je vis en France. Je vis en Occident. Je suis blanche. Rien ne peut m’absoudre. » Irrémédiablement coupable d’être blanche, et toujours aucune réaction ? Même pas une tribune indignée de Pascal Bruckner ? Alors, nouvel axe d’attaque. Bouteldja écrit : « “Il n’y a pas d’homosexuels en Iran.” C’est Ahmadinejad qui parle. Cette réplique m’a percé le cerveau. Je l’encadre et je l’admire. (…) Ahmadinejad, mon héros. (…) La Civilisation est indignée. (…) Et moi j’exulte. » Étrange jubilation de sa part, tout de même, à entendre le président d’un pays qui exécute les homosexuels prétendre qu’ils n’existent pas.

Mais les livres sont aussi écrits pour que leurs auteurs en éprouvent du plaisir. En bonne logique, ce chapelet de facéties n’appellerait donc aucun commentaire. Seulement, Bouteldja ne s’amuse pas ; elle entend donner des leçons d’émancipation à la gauche. Laquelle est sommée de tout subordonner — la domination sociale, la domination masculine, la persécution des minorités sexuelles — au combat contre l’hégémonie « blanche ». Et de le faire adossée à une réflexion théorique ne comportant en définitive qu’une variable, « Occident » contre « Indigènes », symétriquement conçus en blocs presque toujours homogènes, solidaires, immuables.

Entre le salarié de M. Bernard Arnault, ouvrier mais « blanc » comme son patron, donc responsable au même titre que lui du crime colonial, et l’homme « indigène » qui bat sa sœur ou sa compagne, Bouteldja a choisi. La condition de dominé du premier ne l’intéresse pas vraiment, puisqu’il est par ailleurs solidairement coupable du pire. Le second doit en revanche être, sinon encouragé, en tout cas « protégé » par ses victimes, que Bouteldja invite à « deviner dans la virilité testostéronée du mâle indigène la part qui résiste à la domination blanche » afin de canaliser sa violence vers d’autres destinataires (2). Mais, en dernière analyse, priorité « à ma famille, à mon clan, à mon quartier, à ma race, à l’Algérie, à l’islam ».

Pour s’assurer que toutes les balises historiques du combat multiséculaire pour l’émancipation humaine (le rationalisme, le syndicalisme, le socialisme, le féminisme, l’internationalisme…) seront balayées par les torrents essentialistes et religieux qu’elle appelle de ses vœux, Bouteldja conclut son propos par une oraison furieusement anti-Lumières. Le « potentiel égalitaire » du « cri Allahou akbar ! » tient à ce qu’il « remet les hommes, tous les hommes, à leur place, sans hiérarchie aucune. Une seule entité est autorisée à dominer : Dieu ». L’universalisme, en somme, mais comme le clergé le prêchait au temps de Louis XIV. S’il faut vraiment choisir, dans ce genre de bréviaire, Bossuet était plus inspiré.

Serge Halimi


(1) Houria Bouteldja, Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l’amour révolutionnaire, La Fabrique, Paris, 2016.


(2) Cf. « Bouteldja, ses “sœurs” et nous », Le blog de Mélusine, 20 juin 2016.
https://blogs.mediapart.fr/melusine-2/b ... rs-et-nous




https://www.monde-diplomatique.fr/2016/08/HALIMI/56087



Sinon dans le train de l'homophobie islamiste on a ça, encore a Istanbul :

Hande Kader, militante transexuelle et figure du mouvement LGBT turc, a été retrouvée morte au bord d'une route le 8 août dernier. Son corps a été entièrement brûlé et retrouvé à Zekeriyakoy, un quartier d'Istanbul. Elle était âgée de 22 ans. Hande Kader était une personnalité dans le milieu LGBT, elle qui avait osé s'interposer entre la police et les militants lors de la Gay Pride en 2015.



http://www.lalibre.be/actu/internationa ... e6c1db1db0
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